Marc Fesneau : Sécheresse : "on est dans l'urgence et le court terme"
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Il y a des décisions qui s'imposent à la France et qui viennent contrarier le politique. Prenez la décision de la Cour européenne de justice le 19 janvier dernier sur les néonicotinoïdes. Il ne peut y avoir de dérogation à l'interdiction de ces insecticides qualifiés de tueurs d'abeilles. Voilà ce qu'a dit la justice européenne. Le gouvernement français souhaitait pourtant prolonger d'un an le régime dérogatoire décrété pour protéger les semences de betterave de la jaunisse, une maladie transmise par des pucerons. La décision de la Cour, basée à Luxembourg, a signé le glas de cette volonté politique.
Les betteraviers français doivent renoncer aux néonicotinoïdes et ils seront indemnisés, promet l'exécutif, si la jaunisse apparaît sur les plans de betterave. Alors la France, premier producteur européen de sucre, n'était pas le seul pays à avoir adopté un régime dérogatoire. Dix autres Etats membres avaient emprunté cette voie. Allemagne, Pologne, Espagne, République tchèque ou encore Finlande. Mais eux vont pouvoir, même après la décision de la Cour, pulvériser directement sur les plans un autre insecticide de la famille également des néonicotinoïdes, car ce dernier n'est pas prohibé par l'Union européenne.
Eux vont pouvoir le faire, mais la France, qui est allée plus loin dans l'interdiction, ne le pourra pas. Et pour bien comprendre, il faut remonter au quinquennat de François Hollande. A l'époque, décision est prise d'interdire l'ensemble des néonicotinoïdes. Et pour donner le temps de s'adapter au monde agricole, la loi n'entre en vigueur qu'en 2018, sous le quinquennat d'Emmanuel Macron. Et puis, en 2020, une épidémie de jaunisse dévaste une grande partie des récoltes de betterave. C'est là que des dérogations sont prises, pour une durée limitée, le temps de trouver des alternatives. Mais les solutions peinent encore à émerger.
Revenir au régime antérieur n'a donc pas le même impact pour tous les pays de l'Union. Et, ironique d'histoire, le volontarisme de l'époque de la France revient comme un boomerang pénalisant les agriculteurs français. Bonjour Marc Fénault. Bonjour. Ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire, vous êtes notre invité dans le sens politique, alors que s'ouvre aujourd'hui la plus grande ferme de France, le Salon de l'Agriculture Porte de Versailles à Paris. Oui, Emmanuel Macron parcourt d'ailleurs ses allées en ce moment, mais nous ne pourrons vous demander de réagir à ses déclarations, car nous avons enregistré cette émission hier après-midi.
Alors, revenons d'un mot sur ce dossier des néonicotinoïdes. Cette décision de la Cour de justice de l'Union a contrarié vos plans. Quelles conclusions en tirez-vous ?
Il y a plusieurs conclusions. D'abord, comme vous avez très bien décrit ce qui s'est passé et le process qui a amené à cette situation, ça procède d'abord d'une surtransposition française. Au fond, en 2016, on décide, alors que, et c'est bien ça la difficulté, nous sommes dans le même espace et dans le même marché, le marché unique, et que donc nos concurrents directs, les Allemands, les Espagnols, et tous leurs pays et tous les pays voisins, continuaient à utiliser ces molécules, nous avons décidé de l'interdire. Le premier élément, donc, une surtransposition. Or, une surtransposition, quand les autres ne produisent pas d'interdiction, ça crée une situation de distorsion de concurrence.
Deuxième élément, sans doute, on n'a pas du tout pensé en 2016 à engager dans le même temps, au-delà de cette décision que j'estime qui était une mauvaise décision, c'est à engager les alternatives. C'est-à-dire à se dire, au moment où on savait que la décision allait venir, quel est le programme de recherche qu'on lance, quels sont les moyens qu'on lance dans cette affaire. Et c'est de ça qu'est venue l'idée de reprocéder par une forme de planification, en disant, en 2020, on réintroduit provisoirement l'autorisation faite, parce que ce qu'une loi avait fait, seule une loi pouvait le défaire ou le compléter, avec une forme de planification sur trois ans.
La décision de la Cour de justice, elle vient interrompre cette planification, ce qui n'est pas à le moindre des problèmes dans une planification. Une planification, on a un point A, on a un point B, on a un chemin, et normalement, on essaie d'éviter les écueils au milieu.
Et donc, cette décision est venue impacter rapidement cette stratégie de planification, ce qui fait qu'on est d'abord dans l'urgence, dans la situation de pouvoir répondre à des acteurs de filière qui se demandent s'ils vont pouvoir être couverts d'un risque, si le risque est avéré, sachant qu'en plus, la filière betterave est une filière très particulière, parce que l'intégration entre le producteur, le planteur et le transformateur est très grande. Il y a des contrats, des surfaces qui sont contractualisées pour produire de la betterave, parce que les outils de transformation ont besoin d'un certain nombre de volumes.
J'ajoute que la France est quand même la première productrice en Europe sur cette filière-là. À quoi ça doit nous inviter ? Ça doit nous inviter à faire en sorte que, d'abord, on pense au niveau européen quand on est sur ces sujets-là. Sinon, au final, on a des produits qui viendront de pays européens, il n'y a pas besoin de sortir de nos frontières, et qui viendront avec des normes dont on dit qu'elles ne sont pas bonnes. Alors, quel est l'intérêt de le faire si elles viennent d'autres pays, soit pour l'environnement, soit pour la santé, puisqu'au fond, évidemment, ça pose un problème. Deuxième élément, ça veut dire aussi que l'interdiction ne produit pas la solution.
Ça veut dire que néanmoins, il y a une tendance lourde sur un certain nombre de molécules où il y a des interrogations, et donc il faut que, concomitamment où les alertes commencent à arriver, où les interrogations commencent à naître, qu'on mette en place les alternatives pour que, dans la durée, on puisse préparer la sortie. C'est tout l'enjeu de la transition par la planification. S'il n'y a pas de planification, c'est des ruptures trop brutales. Et je disais l'autre jour, c'est ceux qui disaient qu'il y a des solutions, il n'y a qu'à interdire.
On était les premiers, dès que la décision a été décidée, à dire qu'il faut soutenir les producteurs de betteraves en couvrant un risque de perte pour jaunisse. Et donc, on a besoin de repenser notre système lucidement sur le fait qu'il y a des molécules dont on va sortir, ou dont on pourrait sortir, et crédiblement en essayant de chercher des alternatives.
Avec un secteur qui pourra se passer, vous le pensez, de produits chimiques à moyen, long terme ?
Moi, je pense qu'il ne faut pas raisonner comme ça. L'idée de dire, mécaniquement, sur tous les secteurs agricoles, on va interdire les produits phytosanitaires, c'est comme si on disait, on va interdire les produits pharmaceutiques, et ça sera mieux.
Essayons de travailler sur la réduction, essayons de travailler sur la substitution quand on peut le faire, mais dire dès à présent, dans un pas de temps qui est celui de l'échelle d'un gouvernement, ou de l'échelle de 5 à 10 ans, on va arrêter tous les produits phytosanitaires, voyez bien que vous prenez un risque sur votre souveraineté, on y reviendra peut-être, qui est un risque terrible, or on a besoin quand même d'assurer l'alimentation de notre population. Mais ça, ça ne veut pas dire que par ailleurs, on ne fait pas des efforts. Mais on a quand même.
Dire aujourd'hui, on peut sortir des produits phytosanitaires, et en même temps assurer la souveraineté, sortir de tous les produits phytosanitaires, c'est au fond mentir sur le sujet de la souveraineté.
Et en même temps, il faut désavancer.
Et en même temps, il faut qu'on avance sur un certain nombre de sujets. Il y a un certain nombre de produits qui sont autorisés, qui ne portent pas de risque en eux-mêmes. C'est des produits phytosanitaires. Les firmes phytosanitaires elles-mêmes, d'ailleurs, doivent travailler sur des produits qui soient moins à impact sur l'environnement, ou à impact très faible, ou voire à impact nul. Donc il ne faut pas par nature rejeter les produits phytosanitaires. Il faut travailler sur les variétés, donc sur les semences. Il faut travailler sur les outils de biocontrôle. Tout ça porte sa part d'interrogation parfois, mais à un moment, il faut quand même avancer pour produire.
De l'autre côté, Marc Fénault, le bio est confronté à une baisse de la demande. Après avoir connu des années de croissance à deux chiffres, en cette période de forte inflation, les consommateurs se détournent de ces produits bio, qui sont bien souvent plus chers que les produits issus de l'agriculture conventionnelle. Vous avez déjà annoncé des aides pour améliorer la communication de la filière, mais pas d'aides directes. Pourquoi ce choix ?
D'abord, d'où vient la crise ? Elle vient de deux sujets. Le premier, c'est l'inflation. Effectivement, un choix logique et qu'on peut comprendre des consommateurs, je dégrade la gamme, parce que ça me permet de retrouver dans mon panier une moyenne qui est la même que celle que j'avais avant. Donc ça, c'est un élément conjoncturel, au fond. Il y a un deuxième élément plus structurel, c'est que quand vous regardez dans le temps un peu plus moyen, la baisse de la consommation se produit à l'été 2021. Dès ce moment-là, il y a une stagnation, puis un début de baisse.
Donc ce n'est pas seulement l'inflation qui vient expliquer ce sujet-là, c'est un sujet que peut-être collectivement, d'abord, il ne faut jamais peut-être grief à qui que ce soit, on n'a pas vu, mais qui est le sujet de... Sur le segment de marché, qu'est-ce que dit le bio au consommateur ? Quand le consommateur achète du bio, qu'est-ce qu'on lui dit qu'il achète ? Il achète zéro phyto, il achète du local, il achète des pratiques, il achète des tailles d'exploitation. Et en fait, on a plutôt peu communiqué là-dessus, et peu dit ce qu'on achetait.
Et il y a quelque chose, il y a un phénomène qui a peu été vu, et qui est apparu, et qui est monté très en puissance au moment du Covid, c'est ce qu'on appelle le localisme. C'est la volonté de nos concitoyens d'acheter des produits près de chez eux. Et le produit près de chez soi, ce n'est pas forcément du bio. C'est de la qualité aussi, d'ailleurs.
Donc ça peut être au détriment du bio, ce consommé local.
Du coup, il y a un mouvement de transfert, et donc on ne va pas organiser la compétition entre le local, parce que les bio sont aussi des acteurs locaux. Mais donc on a besoin de travailler, c'est pour ça qu'il y a cet élément, de travailler sur la communication. Est-ce qu'il y a besoin d'aide conjoncturelle et de crise ? On va en discuter dans le salon, je ne vais pas fermer la situation, mais dans tous les sujets que j'essaie d'aborder, j'essaie d'aborder à la fois la gestion de crise, mais aussi d'aborder le temps moyen et long.
C'est-à-dire qu'il faut qu'à la fois, on essaie de ne pas faire passer le cap à ces agriculteurs qui font beaucoup d'efforts et pour qui se déconvertir en bio est quand même un crève-cœur. Et par ailleurs, c'est des moyens publics qui ont été mis depuis des années. Bon, donc il ne faut pas... Je rappelle que d'ailleurs, regardons les points positifs, on a doublé la surface, on est le premier pays en surface en termes de bio en Europe. On avait beaucoup vilipendé les politiques que nous menions. À la vérité, on est plus au rendez-vous que d'autres. Donc c'est plutôt une bonne nouvelle. Ce qu'il faut, c'est éviter la déconversion, encourager à ceux qui le veulent à se convertir.
Et donc on a des aides conjoncturelles, et puis structurellement, c'est qu'est-ce qu'on fait pour que le bureau retrouve son segment de marché. Et puis sans doute, ce qui est une erreur classique, quand on a une croissance à deux chiffres, on pense que ça va durer toute la vie. Mais les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Et donc c'est quand la croissance est à deux chiffres qu'on devrait s'inquiéter. Parce que c'est là qu'à un moment, il y a un point d'inflexion, et donc on a besoin de recorréler l'offre et la demande.
Marc Fénaud, dans vos missions telles que publiées au journal officiel, il y a, et c'est nouveau pour un ministère de l'Agriculture, la participation à la politique du gouvernement en matière de maintien de la biodiversité. Comment finalement on concilie cet impératif avec les demandes d'agriculteurs soucieux de leur rendement ?
Mais on peut concilier les deux. Il y a bien des façons, on parlera peut-être des sujets de dérèglement climatique et de carbone, mais quand par la plantation de haies ou quand par le stockage du carbone dans les sols, les agriculteurs luttent contre le dérèglement climatique, ils luttent aussi contre la perte de biodiversité. Parce qu'on sait que 4 degrés, 3 degrés, 2 degrés, c'est une perte de biodiversité devant nous. Quand par ailleurs ils évoluent dans leur pratique, en réintégrant de la matière organique dans les sols, en faisant de la rotation des cultures. C'est tout le sens de ce qu'on a mis dans la PAC.
En essayant d'aller plus loin, et je souhaite qu'on aille plus loin sur la question de plantation de haies. Vous avez aussi une fonction de biodiversité, parce que c'est du stockage carbone, c'est du stockage d'eau, et c'est évidemment pour un certain nombre de... la vie faune, comme on dit, des éléments de biodiversité. Donc ça, je ne veux pas opposer, parce que je pense que c'est une erreur de concept même, je ne veux pas opposer la nécessité de reconstituer cette biodiversité, et au fond, à quel point elle peut aussi servir l'agriculture. Elle n'est pas un... Elle peut être un allié. Et on peut combiner les deux, d'une certaine façon.
Et l'erreur de dire, d'un côté, il ne faut faire que de la biodiversité sans soucier de l'agriculture, et de l'autre côté, de dire, les éléments qu'on demande sur la biodiversité seraient défavorables à la productivité, c'est sans doute une erreur. La réintégration de matériaux organiques dans les sols, c'est bon pour tout le monde. C'est bon pour la biodiv, c'est bon pour la production, c'est bon pour l'eau, c'est bon pour les sols, et la faune des sols. Et donc, c'est bien pour tout le monde. Et donc, il faut qu'on essaie de retricoter quelque chose d'un lien à la biodiversité, qu'il ne soit pas une hostilité, mais plutôt une complémentarité.
Et c'est tout le sens, d'ailleurs, du fait qu'effectivement, une partie de ce sujet-là soit aussi un sujet du ministère de l'Agriculture.
Toujours avec Marc Fénaud, votre arrivée au ministère de l'Agriculture aurait pu intervenir plus tôt, au moment de la formation du premier gouvernement du quinquennat Macron, mais vous auriez dit à François Bayrou, à ce moment-là, je ne sens pas le truc. Ça a été pas mal repris dans la presse. Vous étiez alors président du groupe Modem à l'Assemblée. Ministre, vous l'avez ensuite été, mais dans un autre domaine, chargé des relations avec le Parlement. En 2020, l'agriculture aurait pu vous revenir, mais vous échappe finalement pour faire de la place à d'autres élus Modem. Vous restez à votre poste.
Et puis, le 20 mai 2022, vous voilà choisi par Elisabeth Borne pour être son ministre de l'Agriculture. C'était le bon endroit, au bon moment ?
Bon, c'est pas à moi de juger, de savoir si c'était le bon endroit, le bon moment. Et à l'issue de ce que sera mon mandat de ministre de l'Agriculture, on verra si c'était au bon endroit, au bon moment. En tout cas, c'est un moment particulier de la vie de l'agriculture française. On voit bien qu'on est au tournant. Ce qu'on vient d'évoquer montre bien qu'on est quand même à un point de crispation parce qu'on est à un tournant. Les agriculteurs à juste titre nous disent vous voulez exercer les prérogatives de souveraineté, mais vous ne nous en donnez pas les moyens.
Après, sur le parcours, oui, c'est que j'avais considéré en 2017 qu'ayant été élu pour devenir, ayant été aux élections pour devenir député, pour devenir président de groupe, il était prématuré, ayant mené le combat avec eux et au fond, ayant été de ceux qui avaient participé aux négociations avec Marie-Hélène de Sarnez et François Bayrou, j'avais considéré que ça n'était pas logique dans une trajectoire. Et d'ailleurs, je l'avais fait en me disant que peut-être l'occasion ne se représenterait pas, mais qu'à la vérité, ça n'avait pas une importance capitale dès lors qu'on est à l'aise avec la décision qu'on prend au moment qu'on prend.
Et donc, on verra, là, ce que diront le reste des événements, si je veux dire, comment l'histoire continuera à se dérouler. Et après, il y avait quelque chose pour moi dans les relations avec le Parlement, je connaissais bien le Sénat pour y avoir travaillé, et j'ai toujours considéré qu'il fallait qu'on essaie d'avoir une vie parlementaire apaisée, reconnaissant que le moment est un peu compliqué désormais, mais qu'il y avait besoin, dans une démocratie, de faire vivre le Parlement, de le respecter, de le faire vivre, de faire vivre sa diversité.
Donc, j'ai été aussi très heureux aux relations avec le Parlement, parce que c'est une tour de contrôle, au fond, c'est assez discret, mais ça, ça n'était pas fait forcément pour me déplaire. C'est plutôt dans le moteur qu'à l'extérieur, pour prendre cette expression, et en même temps, c'est très utile pour faire tourner la mécanique, parce que la mécanique démocratique, c'est une mécanique compliquée.
Et l'agriculture, là, c'est vraiment en phase, aujourd'hui, avec votre parcours, vos origines familiales ?
C'est à la fois mon parcours, mon intérêt. Mon père a travaillé très longtemps dans le milieu agricole. J'ai appris beaucoup des agriculteurs de mon territoire, d'abord quand j'étais petit et que j'y venais en vacances ou en week-end, et ensuite quand j'ai décidé de m'y réinstaller. Donc, j'ai toujours eu une attention, une tendresse, un intérêt particulier pour la profession agricole et l'agriculture. Et donc, je me suis toujours dit qu'à tout moment, j'essaierais d'être utile à l'agriculture. Et je l'ai été comme élu local. Je vais essayer de l'être comme ministère de la Réalisation avec le Parlement. J'ai essayé de l'être comme président de groupe.
Évidemment, la fonction que j'occupe désormais, c'est une place beaucoup plus éminente, si je peux dire, pour être aux côtés des agriculteurs et surtout leur donner de la perspective.
Je crois même que vous aviez à un moment envisagé de reprendre une exploitation agricole.
Absolument. D'un grand-oncle, parfois on dit il rêvait d'être ministre de l'agriculture. S'il s'agissait de rêve, je rêvais plutôt d'être agriculteur. Si j'avais, on était dans le registre du rêve, j'avais envisagé ça et j'avais été, d'ailleurs c'est assez intéressant de voir que j'avais buté déjà à l'époque sur l'idée, d'abord de la formation qu'il fallait que je reprenne mais ça, c'est possible pour tout le monde. J'étais assez jeune, j'étais à la chambre d'agriculture à l'époque et deux, sur la reprise du capital.
Donc déjà à l'époque, la question se posait de est-ce qu'il y a un équilibre économique sur 100 hectares et deux, est-ce qu'il y a une capacité, comment dirais-je, à trouver les voies et moyens d'un équilibre en termes capitalistiques sur cette affaire.
Et votre famille est implantée dans ce terroir du Loir-et-Cher, plus précisément à Marche-Noire, commune de 650 habitants dont vous avez même été maire pendant près de 10 ans. Que représente ce village pour vous ?
C'est chez moi. C'est aussi simple que ici, cet endroit-là, c'est chez moi. C'est mon histoire, c'est ma culture, c'est là où je me sens bien, c'est là où j'ai envie de retourner. Je n'ai pas des envies de voyage quand je suis à Marche-Noire. C'est un écosystème qui m'est familier, d'abord d'enfance et de jeunesse, puis surtout quand je m'y suis installé avec ma femme et mes enfants. Et donc, c'est là que je considère qu'il y a du sens à être. Mais chacun, un chez-soi, au fond, d'une certaine façon. En tout cas, je souhaite à chacun d'avoir un chez-soi comme j'ai un chez-moi dans le Loir-et-Cher. Nous ne sommes pas des grands voyageurs puisqu'en 4 siècles, nous avons fait 12 kilomètres.
Sans doute que la terre y était favorable et qu'il y avait moins de nécessité par rapport à d'autres terroirs qui sont plus difficiles. Et donc, je suis très heureux d'avoir réinversé un cycle d'exode, si je peux dire, et d'avoir, de m'être réinstallé dans la maison qui était la maison familiale. Donc, c'est chez moi.
Alors aujourd'hui, Marc Fainot, pleinement heureux à votre poste de ministre de l'Agriculture, on l'entend. Votre nomination a été à l'époque saluée par la FNSEA, le premier syndicat agricole, mais a été plutôt critiquée par les milieux écologistes. Vous êtes chasseur, vous pratiquez la chasse à l'arc, vous défendez la corrida, vous ne cachez pas non plus vos critiques à l'égard des associations qui militent contre l'élevage, les antispécistes. Vous auriez même dit à leurs propos que ce sont des fous dangereux. Observez-vous, Marc Fainot, et dénoncez-vous une radicalité du côté des défenseurs de la cause animale ?
À la vérité, y compris dans mon parcours politique, ce que je regrette toujours, c'est la radicalité. Il y a deux choses que je regrette, c'est l'attitude de ceux qui sont spectateurs et qui disent « il n'y a qu'à Faucon » au fond, et qui ne produisent pas des solutions qui soient crédibles et réellement possibles. Et puis deux, c'est une forme de mise en cause permanente de gens avec une mise au pylori et à l'index de tous ceux qui ne pensent pas comme eux, ne font pas comme eux, ne sont pas comme eux.
Et cette incapacité dans cette société qui prôme souvent la bienveillance, le respect de celui qui est différent, le respect de ceux qui sont plutôt minoritaires dans la société, cette incapacité pour un certain nombre de gens, à comprendre ce qu'est l'autre humainement, mais ce qu'est l'autre aussi dans sa réalité agricole, dans sa réalité de contrainte. Oui, je le regrette beaucoup. Alors, je ne mets pas tout le monde dans le même sac de cette expression. Je pense qu'il y a des gens dans les ONG environnementales et des ONG environnementales avec lesquelles on peut travailler. Le sujet, c'est à chaque fois de sortir de son rang.
Quand vous êtes dans une association, une ONG, c'est toujours compliqué de dire « j'ai trouvé un compromis » parce qu'on est dans un pays qui n'aime pas le compromis, qui n'aime que le blanc ou le noir, qui n'aime que la confrontation. L'histoire de ce pays est faite de ça. J'ai un collègue ministre de l'agriculture qui est d'origine écologiste, politique, qui vient du milieu de l'écologie, qui y est toujours d'ailleurs. Je vous assure qu'il cherche en permanence le compromis et qu'il ne cherche pas à imposer une forme de radicalité.
Parler en Europe, c'est ça ?
Comment ?
Un collègue européen ?
Un collègue allemand, pardon, je n'ai pas dit que c'était un collègue allemand. Donc, un collègue allemand, écologiste, ministre de l'agriculture, végétarien. Mais, il ne vient pas m'imposer son style de vie, son style d'alimentation. Il ne vient pas dire qu'il est végétarien, il ne vient pas taper en permanence sur les élevages. Je regrette beaucoup dans ce pays qu'on n'arrive pas à parfois se parler, à se dire sur la biodiversité, on l'a évoqué il y a cinq minutes, on essaie de faire un pas.
L'histoire de l'humanité, c'est des petits pas et ceux qui rêvent, moi je préfère plutôt beaucoup de petits matins que des grands soirs qui n'arrivent jamais parce qu'au fond, le grand soir n'arrive jamais dans ce genre d'exercice et donc que chacun soit aussi modeste en disant j'essaie de faire ma part dans ce que nous devons faire pour essayer de faire des transitions y compris agricoles.
Et en même temps, Marc Fénaud, est-ce que l'interpellation d'associations comme elle de Sankador n'a pas contribué à une sensibilisation de l'opinion et des politiques au bien-être animal ? On voit que cette thématique est de plus en plus prégnante dans le débat.
Je ne suis pas sûr que ce mouvement-là n'ait pas été... Enfin, je suis même certain que ce mouvement-là avait déjà été enclenché avant et que les questions de bien-être étaient déjà posées sur la table avant qu'il y ait des vidéos. Après, je trouve toujours dangereux d'essayer de gouverner et de faire des transitions par l'émotion. Évidemment, c'est des images qui sont violentes et qui choquent. D'ailleurs, qui ne serait pas choqué par des images comme celle-là ? Est-ce que ça résume une profession ? Certainement pas. C'est des cas ultra minoritaires. Parfois, c'est pris dans un contexte particulier sans comprendre les contraintes des uns et des autres.
Sans comprendre parfois derrière ce qu'on montre du mal-être animal, quelque chose qui me soucie grandement plus parfois, c'est quand même le mal-être humain. Quand vous voyez ces situations-là, c'est parfois dans des élevages où le mal-être de l'éleveur est d'abord la première cause. Et donc, essayer de faire bouger les choses en expliquant aux gens ça, ça me paraît une mauvaise méthode. Et puis deux, ne soyons pas quand même trop naïfs. Il y a des associations, je ne sais pas si c'est le cas d'L214, mais au bout du bout du bout du bout, la volonté, ce n'est pas de dénoncer les conditions d'élevage. Au bout du bout du bout, c'est de dire qu'il ne faut plus d'élevage.
Et donc là, ils nous trouveront collectivement, je crois, au niveau du pays parce qu'on mange de la viande, on continuera à manger de la viande, on voit bien qu'on est sur une tendance baissière, mais globalement, on continuera à manger de la viande. Et je préférerais toujours que la viande vienne de France plutôt que de pays où par ailleurs, on ne se soutient pas autant que nous de la question de bien-être animal. Donc c'est comme ça qu'il faut essayer de... Mais ne soyons pas dupes sur les sous-jacents d'un certain nombre. On a bien des sujets, on l'a vu sur le nucléaire, où on vous explique qu'il faut sortir, il faut arrêter et en fait, à la vérité, c'est une impasse.
Donc c'est là aussi qu'on peut débattre du sujet.
France Culture, sens politique, à Nord-Jumet.
Marc Fénaud, avec nous dans Sens politique, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire. Alors depuis plus d'un mois, aucune pluie significative n'est venue arroser le sol français et le niveau des nappes phréatiques est particulièrement bas. La France est en état d'alerte, a même dit cette semaine votre collègue de la transition écologique, Christophe Béchut. L'agriculture consomme 50% des réserves d'eau, autant dire que le sujet est crucial pour le secteur de l'agriculture. On attend des restrictions d'eau en début de semaine, localement ?
Alors pardon, ce n'est pas 50% des réserves d'eau, c'est 50% du prélèvement d'eau et d'origine agricole. Ce n'est pas tout à fait la même... Les réserves sont beaucoup plus importantes. Ce n'était pas pour vous reprendre, c'est juste parce que c'est des sujets qui sont...
Vous avez raison de préciser.
Mais c'est important d'essayer d'être précis parce que c'est très compliqué ces sujets-là. Est-ce qu'on peut avoir des mesures de restriction d'eau ? Oui, il y en aura évidemment là à date dans quelques départements, plutôt sur piscine, lavage de voitures, etc. Parce que mieux vaut essayer d'anticiper. Donc avec le collègue Christophe Béchut, on travaille sur des mesures d'anticipation qu'on va travailler tout au long des semaines qui viennent pour garder ces... Mettons toutes les hypothèses sur la table, c'est-à-dire mars, avril, mai ressemblent à février, on est devant un problème assez majeur. Personne ne sait à la vérité puisque la météo n'est pas un...
Ce qu'on sait, c'est que les sols sont très secs, en assez grande profondeur. Pourquoi ? Parce qu'il n'a pas assez pluie et que d'eux, les réserves en eau ne se sont pas assez remplies. Les réserves en eau, c'est les réserves qui ont été créées par la main de l'homme et puis les réserves en eau, c'est les cours d'eau et les nappes phréatiques. Je rappelle toujours que le prélèvement en eau ne s'effectue pas tous les étés en France. Il y a des étés où il pleut suffisamment où c'est très marginal.
Donc on ne peut pas exclure non plus et on peut même l'espérer si ça peut être dans ce registre-là que nous ayons une pluviométrie qui n'appelle pas des besoins d'irrigation, qui appelle moins de besoins d'arrosage chez chacun d'entre nous. Mais en même temps, comme on est en situation de responsabilité, là on est dans l'urgence et le court terme. On a besoin de penser et de se dire si jamais nous étions dans ces hypothèses, qu'est-ce que disent les météorologues sur la prévision à moyen-long terme on va dire de cet été, qu'est-ce qu'on fait pour avoir des mesures de prévention ?
Alors il y a ces mesures de restriction d'eau conjoncturelle. D'autres mesures aussi prises un peu en urgence mais un peu plus pour le moyen-long terme, c'est de faciliter la réutilisation des eaux usées ?
Oui, alors on aura fait une rupture je pense très importante à la demande du président de la République et de la Première Ministre de travailler sur ces trois ministères principaux qui sont concernés, la grille, la transition écologique et la santé. Nous sommes un pays qui réutilise 1,8% de ce qu'on appelle les eaux grises. Je n'aime pas trop le terme eaux grises mais enfin des eaux issues de stations. Lesquelles eaux de stations sont régulièrement inspectées et doivent, comme elles rejettent dans le milieu, respecter un certain nombre de normes, y compris de normes sanitaires.
Mais nous étions dans un pays où la culture était de dire c'est des eaux grises et comme c'est des eaux grises on ne peut pas les réutiliser. Et donc on a un décret qui est au Conseil d'État qui est donc maintenant au public dont on entend le retour juridique qui va permettre de mieux réutiliser à la fois ces eaux pour l'agroalimentaire. Vous avez parfois des entreprises qui lavent des pommes de terre. Après tout, que le cycle des pommes de terre qu'elles lavent, elles réutilisent son eau, ça me paraît au fond d'un bon sens assez... Mais nous étions à 1,8% et les pourcents, les Italiens sont à 16 ou 17%. Je ne parle pas d'Israël et de la Californie.
Les Italiens, les Allemands sont à plus de 10%. Et donc vous voyez la masse d'eau qu'on peut essayer de réutiliser qui peut servir soit pour l'agroalimentaire soit dans certains cas par l'irrigation. Puis il y a un deuxième sujet si vous me permettez. Il y a des masses d'eau aujourd'hui qui sont du fait d'un défaut d'entretien, d'une absence de curage des ouvrages qui sont avec 20 à 30% d'eau en moins stockable que ce qu'elles étaient au début. Les voies navigables, les canaux, un certain nombre d'ouvrages et de retenues et donc on est en train de travailler aussi ces masses d'eau qui ne demandent qu'à pouvoir être remplies en période où il y a des eaux.
Puis après, il y a la question de la construction de réserve de substitution pour faire en sorte qu'on puisse répondre à des besoins qu'on voit et qu'on identifie.
Ce qu'on appelle ou ce que les détracteurs appellent les méga-bassines ?
Oui, alors j'ai du mal avec le terme pour être... Je suis issu du Loir-et-Cher comme vous l'avez dit. Une bassine, c'est 10, 12, 15 hectares. Nous avons des étangs qui font ces surfaces-là. On n'a jamais dit que c'était des méga-étangs. Et qu'est-ce qu'on devrait dire de serpensons ? Vous voyez ce que je veux dire. La terminologie compte. Et c'est vrai que cette terminologie vient un peu stigmatiser. Alors ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des réflexions à mener. C'est exactement ce que je vous disais par ailleurs sur les phyto. Il n'y a pas des réflexions à mener pour qu'on ait un système agricole qui ne soit pas dépendant de l'irrigation totalement.
D'abord, je rappelle que c'est seulement 7% des surfaces en France qui sont irrigables ou irriguées. Donc ce n'est pas... 93% des surfaces ne sont pas concernées. Donc les systèmes de prairie, un certain nombre de cultures n'ont pas accès à l'irrigation. Personne ne pense qu'on va aller à 100%. Aucun pays ne fait ça d'ailleurs. Donc ce n'est pas ça l'objectif. Et donc on a besoin dans le système de dérèglement climatique d'essayer de créer des conditions qui fassent qu'on fait varier les assolements. On sait qu'il peut y avoir... C'est l'histoire de l'humanité agricole d'ailleurs.
Des mouvements qui fassent que parce qu'ici il fait plus sec on fait moins telle culture mais la culture sera faite ailleurs. On peut avoir des semences qui soient plus résistantes à l'eau. Les variétés d'hybrides de maïs qui ont été produites depuis 25 ans c'est 20 à 30% de moins d'eau. Le sujet du maïs ce n'est pas le sujet qui prend de l'eau il prend moins d'eau que du blé de maïs. Sauf qu'il arrive à un moment où il y a moins d'eau. Donc on a besoin de réfléchir.
Donc c'est réutilisation, toutes gouttes d'eau comptent, les ouvrages qu'on peut remobiliser, des réserves de substitution qui viennent plutôt dans un cycle atypique ou arithmique prendre de l'eau dans la période où il y en a plus et puis l'évolution des pratiques pour faire en sorte que le système soit plus résilient.
Avec sans doute des évolutions aussi dans nos assiettes issues de cette adaptation finalement à des sécheresses de plus en plus nombreuses a priori. Marc Fénaud, vous êtes, je le disais, ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire. La guerre en Ukraine a mis en lumière notre dépendance aux engrais et intrants venant de Russie et de Biélorussie. Dans quelle mesure a-t-on réussi à trouver d'autres sources d'approvisionnement ?
On en a trouvé en partie dans d'autres pays je pense ce qu'il y avait au Maroc ou dans des pays qui pouvaient produire. On en a sorti quand même d'Ukraine en partie parce qu'elle venait de ces pays-là aussi. Ça ne faisait pas partie d'ailleurs de l'embargo puisqu'on savait qu'il y avait un élément déterminant non seulement pour nous mais je voyais tout récemment mon collègue de Côte d'Ivoire eux aussi ont un problème d'engrais.
Le problème des engrais là aussi il faut qu'on dise il n'y a pas d'agriculture sans engrais la question c'est la décarbonation des engrais mais il n'y a pas d'agriculture sans engrais c'est de l'histoire multiséculaire les engrais organiques on avait des animaux aussi parce que ça permettait de faire la fumure comme on dit des sols et donc on a besoin d'engrais alors il y a deux dépendances il y a la dépendance engrais comment on essaie d'avoir de nouveau des unités qui produisent des engrais en les décarbonant mais on a besoin de produire des engrais sur le territoire européen donc on travaille beaucoup avec les collègues et avec la commission pour regarder et puis au fond on avait quand même une dépendance parce que ça a un impact pour nous sur les prix des céréales et sur le flux de céréales parce que les cours des céréales montent pas parce qu'on manque de céréales parce qu'on a peur de manquer de céréales parce qu'on n'est pas sûr que la mer noire va s'ouvrir aux bateaux qui transportent les céréales et quand vous regardez la stratégie qui a été celle de Vladimir Poutine elle est assez fascinante et désarçonnante que personne ne soit saisi de ces questions à l'époque c'est une stratégie de puissance par deux sujets l'alimentation et l'énergie sujet dont on avait pensé au niveau européen depuis très longtemps que c'était des sujets plutôt derrière nous que devant nous or quand vous n'êtes pas capable d'être souverain en termes énergétiques encore moins quand vous n'êtes pas capable d'être souverain en termes alimentaires au fond vous êtes dans la main y compris de gens qui sont parfois dans des dispositions hostiles à votre regard et donc la guerre en Ukraine elle vient nous montrer que l'alimentation c'est une arme et que donc la souveraineté c'est une nécessité parce qu'un pays qui ne peut pas nourrir sa population à la vérité c'est un pays qui perd la quasi-totalité de sa souveraineté comment vous pouvez décider de quelque chose d'hostile à un pays qui vous nourrit vous ne pouvez rien faire et donc c'est ce qu'on voit
et pour nourrir ce pays il faut des agriculteurs il y a un problème de renouvellement de génération en 2030 un agriculteur sur deux sera à la retraite que comptez-vous faire pour résoudre cette équation
alors d'ailleurs vous ne l'avez pas fait j'essaie de ne pas noircir le tableau aujourd'hui on a effectivement 380 000 agriculteurs selon les dénombrements mais disons 380 000 on pourrait dire 400 000 pour faire un compte rond on sait qu'à peu près 180 000 seront en situation de partir à la retraite dans les 10 ans qui viennent aujourd'hui le taux de renouvellement il est quand même de 65 à 70% donc on n'est on n'est pas à 100% mais on n'est pas non plus à quelque chose qui soit une espèce d'exode massif comment on fait en sorte qu'on puisse installer des agriculteurs on essaie de résoudre toutes les équations un peu complexes que j'ai posées sur la table c'est qu'on essaie 1.
de se dire quels sont les éléments essentiels à l'installation d'un jeune l'accès au foncier le portage des capitaux dans un monde déréglé climatiquement mais aussi déréglé économiquement c'est à dire que vous avez 25 ans vous empruntez pour 500 000 1 million d'euros et vous ne savez ni votre climat ni votre climat économique ni votre marché d'une certaine façon je reconnais que c'est un élément d'instabilité qui est très fort et donc il faut qu'on arrive par ailleurs à résoudre ces éléments d'instabilité c'est comment on travaille sur des systèmes si la météo de Toulouse se trouve à Rennes à Rennes on a un modèle agricole nouveau qui va se construire ça ne veut pas dire qu'on n'a pas de modèle agricole mais c'est juste qu'il faut qu'on installe et à Toulouse évidemment par effet mécanique il faut qu'on installe et qu'on pense l'installation du jeune comme la première pierre de la transition donc ça c'est un deuxième élément troisième élément il faut qu'il y ait de la rémunération c'est tous les sujets des galimes la rémunération c'est d'avoir donné envie à quelqu'un d'avoir un métier parce que s'il n'est pas rémunéré ça ne peut pas être qu'une passion l'avécuteur parce que sinon c'est un sacrifice ça n'est plus une passion donc ça ne peut pas être sacrificiel donc ils ont besoin de pouvoir avoir de l'argent et des revenus
et sur ce point pardon je te interromps on est à la troisième version de la loi EGalim qui entendait permettre à la profession de mieux vivre de son travail ça veut dire qu'on n'y arrive pas
si ça veut dire qu'on y arrive mais que comment dirais-je parfois les grands distributeurs font preuve d'innovation quand je dis d'innovation je ne suis pas sûr que le terme soit très adapté font preuve de toutes les manœuvres par ici les pénalités logistiques là des choses d'une autre nature pour essayer de contourner les éléments de la loi donc ces lois successives moi d'abord je trouve plutôt vertueux qu'on fasse une loi qu'on l'évalue d'ailleurs c'est le parlement qui l'avait évalu avec nous qu'on en fasse une deuxième et là c'est c'est une troisième loi celle qui est portée par Frédéric Descrosailles en particulier et qui est passée à l'Assemblée au Sénat qui vise plutôt à revenir sur un certain nombre de dispositions pour essayer de les ajuster au mieux on y arrivera quand d'abord les distributeurs seront complètement convaincus que la souveraineté c'est aussi eux et qu'on ne peut pas être une entreprise nationale sans se soucier et qui s'occupe de l'alimentation sans se soucier de savoir si ça fait vivre les agriculteurs c'est une question de responsabilité on peut gagner de l'argent c'est pas le sujet mais il y a une responsabilité y compris de la grande distribution et deux c'est quand on redonnera de la valeur au sens à la fois propre comme au sens figuré de la valeur à l'alimentation c'est-à-dire est-ce que ça compte de s'alimenter parce que ça a un prix parce que ça a un coût et donc c'est aussi ce deuxième combat qu'il faut mener alors qu'une partie d'opérateurs de la grande distribution nous ont expliqué depuis des années que le mieux c'était de réduire la part de l'alimentation parce qu'on pouvait après faire d'autres achats et d'autres dans une société d'hyperconsommation or se nourrir et bien se nourrir c'est important
avec Marc Fénaud
ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire c'est une habitude dans l'émission nous demandons à notre invité de sélectionner un extrait sonore on l'écoute et on le commente ensuite avec vous
il faut vaincre ces préjugés ce que je vous demande là est presque impossible car il faut vaincre notre histoire et pourtant si on ne la vint pas il faut savoir qu'une règle s'imposera mesdames et messieurs le nationalisme c'est la guerre la guerre ce n'est pas seulement le passé cela peut être notre avenir et c'est nous c'est vous mesdames et messieurs les députés qui êtes désormais les gardiens de notre paix de notre sécurité et de cet avenir merci
vous avez reconnu François Mitterrand l'ancien président de la république un discours prononcé le 17 janvier 1995 à Strasbourg devant le parlement européen un discours qui présentait le programme de la France pour la présidence de l'union le nationalisme c'est la guerre dit François Mitterrand pourquoi ce choix Marc Fénaud ?
d'abord je trouve qu'il y a quelque chose d'émouvant c'est le dernier discours public en particulier à l'union européenne de François Mitterrand je n'étais pas de sa philosophie politique mais il y a quelque chose d'une fin de parcours et le dernier message puissant qu'il a porté il l'a porté devant le parlement européen avec une force malgré la maladie qui est assez incroyable donc il y a quelque chose à la fois d'émouvant et de puissant dans le discours et puis deux voilà un an Vladimir Poutine envahissait l'Ukraine et depuis des années il nourrissait un sentiment nationaliste de préjugé d'incapacité à passer les phases de l'histoire et on a sous les yeux la phrase de Mitterrand le nationalisme c'est la guerre et la guerre c'est pas le malheur des plus riches c'est le malheur des plus pauvres c'est le malheur des plus fragiles c'est le malheur des enfants et des vieillards et donc je trouve que il y a quelque chose c'était il y a donc 28 ans 95 il y a quelque chose de juste dans ce qu'on avait aussi eu d'inconscience collective que nous avions construit un espace de prospérité et parce que nous avions construit un espace de prospérité et de coopération le démon de la guerre le démon de la division le démon ne pouvait pas revenir sur le continent européen et à la vérité c'est ce que nous avons devant nous et donc ça doit nous interroger et ne pas penser que ce qui se passe en Ukraine d'abord c'est le continent européen mais ce qui se passe en Ukraine ne doit pas nous alerter sur parfois les attitudes qu'on a les tentations qu'on a moi je défends beaucoup notre culture notre patrimoine je suis un élu rural donc vous voyez je n'ai pas de je n'ai pas de sentiment apatriotique mais c'est une chose c'est de Gaulle qui disait le patriotisme c'est autre chose que le nationalisme le patriotisme c'est on aime sa patrie le nationalisme c'est on déteste les autres et on peut être dans un dans une dans une conjonction actuelle on voit bien que Vladimir Poutine et d'autres essayent y compris sur le continent européen d'entretenir la querelle et donc je trouve que cette vigie à laquelle nous appelait cette vigilance à laquelle nous appelait François Mitterrand 28 ans plus tard on se dit c'est tellement vrai et c'est tellement un point de vigilance que nous devrions avoir
effectivement et c'est quelque chose qui semble vous inspirer très fort revenons un petit peu en arrière si vous le voulez bien Marc Fénaud ce qui vous a déterminé à rentrer en politique c'est une rencontre est-ce qu'on peut dire ça comme ça ?
c'est une culture familiale les déjeuners ou les dîners familiaux étaient peuplés de discussions politiques alors qu'on pensait à peu près les choses similaires mais il y avait toujours des querelles sur tel ou tel sujet pas des querelles des fâcheries générales mais il y avait toujours pour ceux qui ne nous connaissaient pas les amis qui venaient une espèce d'étonnement à parler de politique et puis après c'est une rencontre c'est d'abord Jacqueline Gouraud dans le Loir-et-Cher qui a été celle j'ai découvert Jacqueline Gouraud au moment où elle refuse d'accepter un accord avec le Front National c'était en 98 et de cette rencontre il y a d'abord une belle histoire personnelle quelque chose d'amical enfin je ne sais pas comment la définir avec elle et puis c'est la rencontre aussi évidemment avec François Bayrou
Voilà François Bayrou qui fait acte d'indépendance en 2007 en créant le Modem 1er décembre à Villepinte en Seine-Saint-Denis les statuts de ce nouveau parti sont adoptés et François Bayrou est élu président on l'écoute
Je ne me sens pas seul quand j'ai autour de moi les femmes et les hommes qui sont à cette tribune je ne me sens pas seul eux ne sont pas là parce qu'ils penseraient trouver ici un avantage d'ambition ils sont là parce qu'ils croient à ce que nous faisons et qu'ils ont la certitude que la société française attend de cette équipe qu'elle lui propose un chemin nouveau
Alors vous êtes aujourd'hui le vice-président du Modem comme le Modem d'ailleurs En Marche s'est construit sur ce positionnement ni droite ni gauche quelle est aujourd'hui l'identité de votre parti ?
Il s'est construit sur l'idée du dépassement le Modem à vrai dire l'indépendance de François Bayrou s'est affirmée par François Bayrou elle ne date pas de 2007 elle date finalement de bien avant elle date de 99 quand il avait décidé avec Marielle de Sarnez et avec d'autres que nous ayons nos propres listes au niveau européen alors qu'il était d'habitude quand il décide au fond de dire le centre c'est un espace à part ce n'est ni la droite ni la gauche et donc c'est ça le sous-jacent du Modem et puis le Modem c'est quand même s'inscrit dans une tradition longue de cette famille de pensée des humanistes des démocrates chrétiens disent certains des centristes peu importe la terminologie qui est une je trouve que le mot humaniste est un beau mot qui a la volonté toujours de poser le débat d'abord au niveau intellectuel autant que faire se peut ça ne veut pas dire que c'est compliqué pour autant d'ailleurs ou il doit être deux qui essaient de poser les débats de manière apesée ça n'empêche pas d'être ferme trois qui essaient de respecter la différence
est-ce que vous n'avez pas l'impression que le Modem aujourd'hui est-ce qu'il n'est pas un peu effacé voire délaissé on voit que sur les retraites vos propositions n'ont pas été retenues par exemple et qu'on pourrait avoir le sentiment que l'exécutif écoute davantage LR que le Modem de ses partenaires
je vous dirais François on a traversé tellement d'épisodes où on nous avait expliqué qu'on était marginaux disparus etc que je n'ai aucune inquiétude compte tenu de ce que nous pensons sur les sujets d'éducation sur les sujets économiques donc je n'ai pas du tout cette inquiétude là on fait partie de la majorité on fait entendre notre voix sur un certain nombre de sujets François Bayrou échange beaucoup avec le président de la république nous ministres on essaye de faire notre part je n'ai aucune inquiétude de cette nature là je trouve que quand on commence à s'inquiéter de l'effacement c'est qu'on n'est pas très sûr de ses convictions et pas très sûr de soi je pense que je suis assez comment dirais-je convaincu que ce que nous pensons ce que nous avons fait ça a de beau jour devant nous
vous pensez par exemple sur le projet de loi réformant les retraites vous avez encore un rôle à jouer pour faire entendre votre voix
écoutez quand vous regardez ce qu'on a dit on a d'abord essayé de porter l'idée qu'il fallait qu'on qu'on puisse prendre un peu de temps pour essayer d'expliciter c'est très compliqué d'expliquer cette réforme de retraite parce que ça renvoie chacun à son individualité de son parcours c'est une réforme qui par nature ne peut pas être populaire puisque c'est une réforme qui demande à chacun de faire une part d'effort c'est la vérité on ne va pas dire le contraire on essaye de la rendre malgré cela plus juste de faire en sorte que chaque des situations d'injustice petit à petit essayent d'être résorbées et puis on essaye aussi de faire quelque chose qu'il faut qu'on dise sans relâche qui est il faut qu'on arrive à faire en sorte que le système par répartition perdure parce que ça c'est une mesure de justice
mais les français ne l'entendent pas et pour l'instant sont très
non mais je le vois et je l'entends je ne dis pas le contraire mais la responsabilité politique c'est de dire on a besoin d'un système par répartition qui soit équilibré parce que plus personne ne dit désormais c'est déjà un élément qui est intéressant ne dit que le système est équilibré donc le modem avait demandé ça par ailleurs il était plutôt sur l'hypothèse de 64 ans par ailleurs il a demandé un certain nombre d'évolutions sur les carrières longues donc on est écouté on n'a jamais eu là où nous sommes et d'être existants on n'est pas obligé de porter son drapeau en permanence si on peut partager avec d'autres ici avec des sociodémocrates ou des socialistes là avec des LR là avec des gens évidemment de renaissance ou d'horizon je trouve que quand vous êtes sur des sujets aussi sérieux que ceux-là la question n'est pas de savoir qui porte l'étendard la question c'est est-ce qu'on arrive à avancer
Merci beaucoup Marc Fénaud d'avoir été notre invité dans Sens Politique merci également à Anne-Claire Bazin pour la préparation de cette émission Brice Carcia à la réalisation Anthony Thomasson à la technique vous pouvez réécouter cette émission sur le site de France Culture et l'appli Radio France la semaine prochaine nous recevrons Manuel Bompard coordinateur de la France Insoumise
Marc Fesneau