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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 25 septembre 2025 48 min

Gérard Larcher : « Le sujet n’est pas de taxer les plus riches »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Pour cet entretien spécial, nous avons le plaisir d'accueillir Gérard Larcher. Bonjour. Bonjour. Merci d'être là, vous êtes président du Sénat. Merci d'avoir accepté de répondre pendant 45 minutes aux questions de la presse quotidienne régionale. Et à mes côtés, pour vous interroger, Stéphane Vernet de Ouest France. Bonjour Stéphane.

0:26
Invité

Bonjour.

0:27
Présentateur

Et Fabrice Vessereudon du groupe EBRAS, les journaux régionaux de l'Est de la France. Bonjour Fabrice. Bonjour Auriane.

0:32
Invité

Bonjour Gérard Larcher.

0:32
Présentateur

Et Gérard Larcher, vous répondrez également aux questions de nos journalistes en région. Delphine Blanchard de la Nouvelle République qui est à Poitiers. Stéphane Bénier de Tévérenne en Bretagne. Et puis Nicolas Vignol de la Voix du Caillou qui sera en Nouvelle-Calédonie. On va évidemment revenir sur la situation politique, sur les premiers pas de Sébastien Lecornu. Mais d'abord, on avait envie de vous entendre sur la situation internationale préoccupante. De nouveaux drones non identifiés ont survolé cette nuit des aéroports du Danemark. Ces intrusions, elles ont eu lieu en Pologne, en Estonie, en Roumanie. En Norvège. Est-ce qu'il faut s'en inquiéter, selon vous ?

1:06
Gérard Larcher

Il ne faut pas s'en inquiéter, il faut réagir. Il faut réagir. Et pour ça, nous avons l'organisation du traité de l'Atlantique Nord. Et d'ailleurs, notre pays y contribue déjà dans la surveillance, notamment du ciel polonais, balte et roumain. Et sur ce sujet-là, il n'y a aucune faiblesse à avoir.

1:27
Présentateur

– Mais est-ce que ces intrusions ne révèlent pas les failles de l'OTAN ?

1:30
Gérard Larcher

– En tous les cas, on a vu que les Polonais étaient capables de réagir. On a vu que nos amis baltes aussi avaient la volonté de réagir. Aujourd'hui, naturellement, face à ces menaces, il faut à la fois de la détermination et en même temps, j'allais dire, une forme de calme. Mais il ne faut rien laisser passer.

1:53
Invité

– Sur le front du bras de fer avec la Russie, Donald Trump a dit hier que l'Ukraine pouvait gagner. Que pensez-vous de ce volte-face ?

2:01
Gérard Larcher

– Écoutez, en tous les cas, l'Ukraine, aujourd'hui, la victoire de la Russie, qui a attaqué un pays à l'intérieur de ses frontières, serait une catastrophe pour les valeurs qui sont les nôtres. Et donc, nous sommes aux côtés de l'Ukraine, de manière déterminée, pour le droit international. C'est une position qui doit être claire et qui doit être constante dans le temps. Voilà pourquoi je pense que les efforts qui sont déployés par les chefs d'État et le gouvernement, par le président Emmanuel Macron, sont des efforts qu'il faut soutenir. Que Donald Trump, aujourd'hui, en arrive à cette conclusion, cela ne peut que me réjouir, en espérant que cette conclusion sera stable dans le temps.

2:49
Présentateur

– Fabrice, une question sur le discours d'Emmanuel Macron sur la Palestine.

2:54
Invité

– Oui, la France a reconnu l'État de Palestine. La classe politique a été divisée sur le sujet, y compris dans votre camp, avec Bruno Retailleau, vous-même.

3:04
Gérard Larcher

– Nous sommes depuis plus de 40 ans pour la solution à deux États. Elle a été affirmée, réaffirmée, moi-même l'ai réaffirmée en décembre 2023, je le rappelle, en me rendant à la fois en Israël et dans les territoires palestiniens. Donc c'est une position constante. Est-ce que les conditions qui ont été mises sont claires et rigoureuses ? La réponse à aujourd'hui, non. Naturellement, première des conditions qui doivent être claires et rigoureuses, libération des otages, désarmement du Hamas et renforcement de l'autorité palestinienne. Autorité palestinienne, mais en même temps, autorité palestinienne qui est niée par la colonisation d'Israël.

Et donc, ces réalités-là, il faut les prendre en compte. Je constate qu'il ne suffit pas de reconnaître l'État de Palestine. Encore faut-il qu'il puisse siéger à l'ONU. Or, veto américain n'a pas encore sa place autrement que comme observateur. Et puis, il y a une exigence dont on a peu parlé, mais que le président de la République a rappelée, mais sur lequel nous devons être intransigeants. Il faut aussi que les pays arabes reconnaissent Israël. Parce que la solution, je le rappelle, c'est deux États vivant l'un à côté de l'autre, en paix et en sécurité. Je sais que c'est très difficile, mais il n'y a pas d'autre voie que la solution à deux États.

4:36
Présentateur

– Mais ça veut dire qu'il n'aurait pas dû prononcer ce discours lundi soir ?

4:39
Gérard Larcher

– Écoutez, il y avait des symboles, personnellement… – Vous l'avez trouvé équilibré ? – Discours. Mais je dis, il n'y a pas de conditions claires et rigoureuses. Je m'en étais entretenu avec le ministre des Affaires étrangères deux jours avant, et je pense que sur ce sujet, en plus la symbolique vis-à-vis de la communauté juive, choisir le nouvel an juif, il y a des symboles sur lesquels il faut être très attentif.

5:05
Présentateur

– On va passer à l'actualité nationale et les premiers pas de Sébastien Lecornu, le nouveau Premier ministre qui a rencontré hier les syndicats qui à la sortie ont annoncé une nouvelle journée de mobilisation le 2 octobre prochain. Il a raté son rendez-vous avec les organisations syndicales ?

5:17
Gérard Larcher

– Il est dans la phase de consultation. Il leur propose un certain nombre de thèmes sur lesquels il faut travailler, et je pense que le thème travail, le thème financement de la protection sociale, par exemple, c'est deux thèmes tout à fait essentiels, et paritarisme, dialogue social. J'ai une certaine habitude du dialogue social, historiquement, dans mon engagement, et encore aujourd'hui, je pense que le Premier ministre devra faire des propositions pour les partenaires sociaux. – Mais est-ce qu'il aurait dû les faire hier maintenant ? – Moi, personnellement, je pense que la mobilisation du 18, elle traduit une forme d'inquiétude.

D'ailleurs, regardons-la, cette mobilisation, elle est d'abord une mobilisation de la fonction publique, et dans le secteur des transports. – Mais, je ne vais pas vous dire qu'il n'y a pas de... – Vous l'avez trouvée importante, cette... – Je l'ai trouvée significative, et en même temps significative. Moi, je ne considère jamais que ces moments-là sont des moments à passer par perdre des profits.

6:20
Invité

– Ils sont en position de force, les syndicats, aujourd'hui ?

6:23
Gérard Larcher

– Écoutez, ce n'est pas une question... Ce qu'il faudrait, c'est qu'ensemble, on rende la France plus forte. Je ne suis pas sûr que la grève et des manifestations à répétition soient une manière... Voilà pourquoi le temps du dialogue m'apparaît indispensable.

6:36
Invité

– Mais ce temps-là, un temps qui commence à devenir un temps long, à un moment, il va falloir que le Premier ministre se positionne. – Bien sûr. – Est-ce que vous pensez qu'il fera une déclaration de politique générale à son arrivée ?

6:47
Gérard Larcher

– Ah ben, c'est indispensable qu'il fasse une déclaration... – Ce n'est pas obligatoire ? – Non, mais vis-à-vis du Parlement, je dois vous dire que je lui ai déjà recommandé de faire une déclaration de politique générale, le jour où il aurait...

6:59
Présentateur

– Mais est-ce qu'il vous a dit qu'il en ferait une ?

7:01
Gérard Larcher

– J'ai bien le sentiment qu'il en fera une. Et en tous les cas, je pense que c'est une question de respect vis-à-vis du Parlement. Le Parlement est parfois malmené. Le Parlement n'a pas été du tout associé, y compris à la décision de François Bayrou, à la fin du mois d'août. Donc je pense qu'il faut repartir sur des bassaines.

7:22
Invité

Il y a un exécutif, il y a un Parlement. – Et c'est au moment de sa déclaration de politique générale qu'il mettra l'ensemble de sa feuille de route, de son programme, sur la table, pas avant ? – Bien sûr, c'est fait pour ça.

7:31
Gérard Larcher

– Il n'y a pas intérêt à faire des annonces avant, en fait ? – D'abord, il faut... – Notamment vis-à-vis des syndicats ? – Il y a un Premier ministre, il y a un gouvernement, et il faut qu'il établisse, notamment avec le socle commun, qu'on a appelé un contrat, mais qui peut être une lettre cadre, une feuille de route dans laquelle vous avez les 4-5 piliers, piliers budgétaires, piliers régaliens, le sujet, par exemple, de la politique de sécurité, de la politique migratoire, mais aussi le sujet de la décentralisation. C'est en fait la seule annonce qu'il est faite, aujourd'hui, c'est l'annonce de la décentralisation.

8:08
Invité

– Vous avez avancé sur ce socle commun, enfin en tout cas ce programme cadre, cet accord que demandent les Républicains ?

8:14
Gérard Larcher

– Le Premier ministre a une méthode, il réunit notamment, et ça me semble important, les présidents des partis politiques, ce qui n'était pas tout à fait le cas auparavant, et je lui ai dit aussi… – Il l'a encore fait mardi ? – Oui, et qu'il faut qu'il le fasse aussi avec les présidents des groupes politiques du socle commun du Parlement. Je prends un exemple, la semaine prochaine, ici même, je réunirai les présidents des groupes politiques du socle commun pour actualiser toute la feuille de route sur la décentralisation. Donc on a besoin de travailler ensemble.

8:51
Présentateur

– Sur le budget ?

8:52
Invité

– Oui, sur le budget, et un peu sur la méthode aussi. Le Premier ministre a confié aux journalistes de la presse régionale, dont nous deux ici présents, que la dette n'était plus le problème numéro un de la France, c'était un problème important parmi d'autres, comme la sécurité intérieure, la sécurité extérieure. Vous le pensez aussi ?

9:11
Gérard Larcher

– Je vous parlais de feuilles de route, de contrats de gouvernement, dans ces sujets-là, il y a le budget, donc la dette. Il y a aussi la sécurité intérieure et extérieure. C'est l'ancien ministre de la Défense, sécurité extérieure, on vient d'en parler. On parlait des drones qui survolaient l'Europe actuellement, c'est un vrai sujet.

9:38
Invité

– Ces derniers mois, on n'a parlé que de dettes, sous le gouvernement Bayouin, on n'a parlé que de dettes.

9:42
Gérard Larcher

– Oui, mais enfin la réalité, c'est que ce pays, il est à 3 400 milliards de dettes. C'est vrai que ce pays est en train de devenir le dernier de la classe dans l'Union européenne, que ce pays a aujourd'hui des niveaux de taux d'intérêt qui vont faire que dans trois ans, le premier budget sera le remboursement des intérêts de la dette. Voilà pourquoi la priorité, c'est la diminution de la dépense publique. – J'entends tous les débats, 15 jours, 3 semaines sur la taxation, mais le premier sujet, c'est la diminution de la dépense publique. Et ça n'est pas par hasard.

Si le Sénat, le 7 juillet dernier, a pris un travail en profondeur, réalisé par nos rapporteurs, de manière collective, plus de 70, nous avons proposé, et nous avons déposé, j'allais dire des orientations qui déjà nous conduisaient pour qu'elles soient totalement achevées, dans une diminution de la dépense publique qui se situait entre 30 et 32 milliards. Il nous reste à travailler la question de la fiscalité, de la lutte contre la fraude, quelque chose de tout à fait essentiel, avec une inquiétude particulière, c'est l'état du budget social. Nous nous apprêtons, malheureusement, sur l'assurance maladie, à dépasser les 15 milliards de déficit qui étaient prévus.

Je vous rappelle qu'on était quasiment à l'équilibre en 2019, et nous nous orientons plutôt vers 20 milliards l'an prochain si nous ne faisons rien.

11:10
Invité

– Vous avez évoqué la fiscalité, parler de taxation, alors on a bien compris que la taxe Zuckman ne passait pas du tout, mais il y a quand même la question de la taxation des plus riches ou des plus fortunés, ça, ça faisait partie des propositions de Michel Barnier, de mettre à contribution les ménages aux plus hauts revenus, on parlait de plus de 500 000 euros par an, donc une contribution exceptionnelle, c'est une proposition qui venait de vos rangs, quelque part. Aujourd'hui, comment se positionnerait la droite, les Républicains en particulier, par rapport à… – D'abord, on parle d'un postulat,

11:43
Gérard Larcher

c'est que nous sommes déjà la médaille d'or des prélèvements obligatoires en Europe. – C'est ce que savait Michel Barnier. – Oui, seconde chose, est-ce qu'on recherche plus d'équité fiscale ? La réponse est oui. Mais est-ce qu'on revient en recette de 1981 ? Ma réponse est non. Parce que s'il faut taxer uniquement le patrimoine, pardonnez-moi, ça sera une manière d'empêcher ce pays de redécoller. Donc, rechercher l'équité fiscale, c'est un travail que nous conduisons, d'ailleurs, depuis plusieurs mois, je pense au holding patrimonial, je pense à un certain nombre de niches, je pense à la lutte contre la fraude fiscale et sociale.

Voilà pourquoi je vais souhaiter, comme le Premier ministre d'ailleurs, puisque nous étions tombés d'accord il y a quelques jours sur ce sujet, que parallèlement au dépôt du budget, il y ait le projet de loi, justice, fiscale et sociale. Vous savez qu'ici, nous avons un certain nombre de collègues qui, depuis des années, se battent pour que cette question de la fraude fiscale et sociale soit au premier rang.

12:46
Présentateur

– Au-delà de la fraude, Gérard Larcher, est-ce que vous êtes prêt à accepter une taxation des plus riches qui ne serait pas la taxe Zuckmann ?

12:52
Gérard Larcher

– Écoutez, il faut que nous analysions les propositions, mais personnellement, depuis des années, quand on fait de l'impôt, on a vu le résultat. Ce n'est pas ça qui a aidé à redresser notre pays. Donc, recherche de l'équité, recherche de l'équité, les symboles, c'est une chose. Ce qui compte, c'est que le pays retrouve de l'activité, qu'on le réindustrialise. D'ailleurs, le Premier ministre l'a mis au premier rang de ses préoccupations. Je dois vous dire que…

13:19
Présentateur

– Mais vous les entendez, les Français, notamment les classes moyennes, qui ont l'impression que c'est eux qui payent le plus

13:25
Gérard Larcher

et qu'on n'en demande pas assez aux plus élevés, aux plus riches. – A plus d'impôts. Et quand on s'est emballé sur la taxe Zuckmann, on a vu les conséquences éventuelles. On a parlé aux Français, vous savez, Doctolib, il serait passé à la taxe Zuckmann. Je prends cet exemple. Mistral, l'intelligence artificielle, à la taxe Zuckmann. Enfin, il faut qu'on soit raisonnable, ce qui ne veut pas dire qu'on ne cherche pas l'équité fiscale.

13:46
Présentateur

– Mais la taxe Zuckmann, même votre électorat y est favorable.

13:49
Gérard Larcher

– Elle s'inscrivait dans cette réflexion-là.

13:51
Invité

– Mais il faudra bien trouver un moyen de répondre aux exigences ou aux demandes des socialistes, notamment d'une partie de la gauche. Sinon, comment est-ce que Sébastien Lecornu pourrait sortir de l'impasse du budget, en fait ? Le risque, c'est qu'il y ait une censure immédiate de son gouvernement.

14:05
Gérard Larcher

– D'abord, en diminuant la dépense. L'impasse du budget, c'est d'abord diminuer la dépense publique. C'est le premier sujet. conforter les recettes, sans alourdir les prélèvements obligatoires dans ce pays, en recherchant plus d'équité. À mon avis, il y a la martingale qui doit nous permettre d'avancer. Je rappelle qu'on peut écouter un certain nombre de réflexions du Parti Socialiste, mais quand je regarde les résultats de leur congrès, il faut… on peut encore dépenser plus, il faut taxer plus, et on ne tient pas notre parole vis-à-vis de l'Union européenne, c'est-à-dire le retour à 3% à la fin de 2029.

Je crois que la crédibilité de la France, c'est de tenir sa parole et de redevenir, j'allais dire, un pays qui compte dans l'Union européenne. Or, notre souveraineté, elle dépend de notre capacité à sortir, j'allais dire, de l'impasse financière dans laquelle nous sommes entrés.

15:07
Présentateur

Donc, ça veut dire que si Sébastien Lecornu cède à certaines demandes des socialistes, ce sera sans vous, ce sera sans les LR ?

15:12
Gérard Larcher

On l'a dit clairement, ça fait partie de la feuille de route sur laquelle on échange, mais je vous le redis, la recherche de l'équité, ça fait partie aussi de l'approche, et notamment dans la tradition gaulliste qui est la mienne.

15:23
Présentateur

David Lysnard, le maire de Cannes, président de l'Association des maires de France, c'est-à-dire qu'il était impensable de participer à un gouvernement qui taxerait les plus riches. Vous êtes sur cette ligne ?

15:30
Gérard Larcher

Écoutez, le sujet, ce n'est pas de taxer les plus riches, le sujet, c'est de diminuer la dépense et de rechercher l'équité fiscale.

15:38
Invité

Parmi les autres totems ou les autres points très forts mis en avant par les socialistes, il y a aussi la réforme des retraites ou en tout cas la suspension de la réforme des retraites. Quelle sera votre position sur ces institutions ?

15:49
Locuteur

Non.

15:49
Invité

C'est clair ? Donc, on ne touche à rien ?

15:51
Gérard Larcher

Non. Je rappelle qu'ici, nous avions fait des propositions que nous avons retrouvées dans les discussions de ce qu'on a appelé le conclave. Je pense à la situation des femmes, je pense à la situation de ce que certains appellent l'usure professionnelle ou la pénibilité. Les critères de pénibilité. Eh bien, tout ceci, pas que les critères, la pénibilité. C'est-à-dire, pendant la carrière, comment on évite d'entrer, j'allais dire, dans l'usure professionnelle ? Et donc, là-dessus, naturellement, que le débat reste ouvert.

16:21
Invité

Et ça, c'était des choses qui étaient très fortement portées par la CFDT dans le cadre du conclave. Pourquoi est-ce que Sébastien Lecornu n'a pas fait un geste en ce sens hier, quand il a reçu l'intersyndicale ?

16:31
Gérard Larcher

D'abord, je rappelle que le conclave ne rassemblait pas toute l'intersyndicale. Et donc, c'est un sujet qu'il peut aborder avec la CFDT, avec la CFTC, avec Force Ouvrière éventuellement, avec toutes celles et tous ceux qui ont envie de faire progresser parce que je pense qu'aujourd'hui, vous savez, le débat, chez nos voisins allemands, c'est plutôt 67 ans, 69 ans, c'est pas une suspension d'une réforme, qu'en plus, on ne sait pas financer. Et qui met en cause le modèle par répartition, qui est un des piliers de notre modèle social ?

Pensons qu'en faisant cela, pour les générations à venir, alors, je veux dire, il n'y a plus pour eux d'espoir d'avoir un système par répartition, sur lequel, d'ailleurs, il faudra lancer d'autres réflexions, certains évoquent la capitalisation, d'autres, des systèmes différents, en tous les cas. – Et vous, vous êtes favorable à la capitalisation ? – Pas suspension de la réforme des retraites, en tous les cas, ce sera 100 mois.

17:26
Présentateur

– Vous êtes favorable à une part de capitalisation ?

17:28
Gérard Larcher

– Oui, je pense qu'il faut tout explorer. Vous savez, on a une réalité démographique. Il y avait 4 actifs pour un retraité, aujourd'hui, il y a 1,6 actifs pour un retraité. Moi, je ne sais pas faire si on ne se pose pas des questions.

17:41
Invité

– Dernière question là-dessus, Fabrice. – Et sur la constitution du gouvernement, vous savez, vous faites beaucoup de terrain encore, vous faites partie de ces études, vous ne sont pas beaucoup sur le terrain. Vous savez que les Français attendent que les politiques trouvent une solution de déblocage. Vous l'entendez aussi sur le terrain. Là, on a le sentiment que personne ne veut bouger. Tout le monde campe, la droite, la gauche, tout le monde campe sur ses positions.

17:59
Gérard Larcher

C'est pour ça que, bien sûr, vous savez, j'étais dans un département qui m'est cher, M. Vernet aussi, le département de l'Orne, où j'étais samedi dernier. La semaine d'avant, j'étais dans les Hautes-Alpes. Les gens me disent, mais vous ne pouvez pas laisser le pays dans cet état. Vous avez une responsabilité. Et vous devez. C'est ce que j'essaie de faire à ma place, très clairement. Le dialogue, c'est d'ailleurs ce qui se passe au Sénat. Ça ne veut pas dire qu'on sera d'accord sur tout. Mais on a une capacité de construire des choses en commun. En tous les cas, c'est la marque du Sénat.

18:34
Présentateur

Et demain, vous serez dans la Vienne. On va se rendre tout de suite. On va à Poitiers. On retrouve Delphine Blanchard. Bonjour, Delphine. Merci d'être avec nous. Bonjour. Journaliste à la Nouvelle République. On va parler avec vous, Delphine, de la question de la décentralisation.

18:45
Invité

Oui, tout à fait. Bonjour, M. Larcher. Vous êtes l'invité demain du Congrès des maires ruraux de France au Palais des congrès du Futuroscope dans la Vienne. Et donc, vous serez face à plus de 10 000 maires. Vous en parliez tout à l'heure. Sébastien Lecornu a récemment annoncé un grand acte de décentralisation en attendant notamment des propositions venant des élus locaux. La plupart des maires, nous, que nous avons interrogés, ils n'y croient plus du tout à ces promesses de décentralisation. On leur a fait le coup trop de fois. Qu'allez-vous leur dire demain à ce sujet ? Et puis d'ailleurs, vous, est-ce que vous y croyez vraiment à ce grand acte ?

19:18
Gérard Larcher

Moi, je n'en renonce jamais. Ça fait des années que nous parlons d'un nouveau souffle de la décentralisation. Tout est prêt. Le Sénat y a beaucoup travaillé, de manière d'ailleurs transgrosse politique. Nous avons sorti un ensemble de propositions en 2023. 15 propositions pour retrouver le pouvoir d'agir. Nous avons déposé les propositions de loi en 2024. Donc, et la semaine prochaine, je réunis, notamment dans le cadre du socle commun, je réunirai et je verrai aussi les présidents de groupes d'opposition et minoritaires pour que le Sénat puisse faire des propositions avant le 31 décembre. Je leur dis qu'il ne faut jamais désespérer, il faut y croire.

Je pense qu'il faut être très pragmatique. On a besoin de retrouver de la liberté. On a besoin de retrouver de l'autonomie fiscale et financière. Il faut clarifier les rapports entre l'État et chaque strat de collectivité, les communes, les départements et les régions. Hier, je travaillais avec un certain nombre de départements. Avant-hier, je recevais Carole Delga pour en parler au niveau des régions. Et donc, ce que nous ferons demain, c'est bien sûr passer un message, mais aussi écouter ce que nous diront les maires ruraux. Et d'ailleurs, c'est un peu un symbole.

J'y vais avec la présidente de l'Assemblée nationale parce que je pense que c'est tout à fait essentiel que l'ensemble de la représentation nationale partage les préoccupations de celles et de ceux qui sont le socle de la République aujourd'hui. Les 35 000 communes, c'est le socle de la République.

20:51
Présentateur

Et Delphine Blanchard, vous avez une autre question pour Gérard Larcher.

20:54
Invité

Est-ce que vous pensez vraiment que ce soit une urgence pour les Français à l'heure où ils se mobilisent pour boucler leur fin de mois et où ils regardent les prix de l'essence à la pompe, que les syndicats manifestent une nouvelle fois la semaine prochaine ? On en a parlé. Est-ce qu'il y a vraiment un grand acte de décentralisation ? C'était vraiment une priorité ? C'était vraiment la première chose à annoncer ?

21:13
Gérard Larcher

C'est, pardonnez-moi, la vie quotidienne des Françaises et des Français. Elles se jouent d'abord dans leur commune. Vous savez, le matin, quand ils conduisent leur enfant au collège, c'est le département. Quand les plus grands vont au lycée, c'est la région. Donc, agir sur la vie quotidienne. Je crois que les Français attendent de nous une capacité à faire leur synthèse et à nous écouter et parfois à prendre des décisions communes. Mais ils attendent aussi des réponses dans leur vie quotidienne. Ce qu'on appelle la proximité. Or, la proximité, c'est vraiment quelque chose de tout à fait essentiel.

Et il y a un deuxième principe peut-être difficile à comprendre qu'ils appellent la subsidiarité. Ce qu'on peut faire en proximité, on le fait mieux en proximité que de manière centralisée.

22:02
Présentateur

– Merci Delphine. – Et à demain. – Et on regarde la hymne de la Nouvelle République. Gérard Larcher, dans son interview à la presse régionale, Sébastien Lecornu a promis un grand acte de décentralisation. Ça fait depuis 2017 qu'Emmanuel Macron promet cet acte. Est-ce que vous pensez que cette fois, c'est la bonne ?

22:18
Gérard Larcher

– Écoutez, en tous les cas, j'allais dire chiche. Et nous, nous sommes prêts. Nous allons actualiser nos propositions.

22:25
Présentateur

– Mais est-ce qu'Emmanuel Macron est prêt ?

22:26
Gérard Larcher

– En tous les cas, je lui en ai parlé, Emmanuel Macron. J'ai dit qu'on ne pouvait plus attendre. Et qu'en plus, ça contribuait. Ce que nous venons d'entendre de la part de votre consoeur, c'est que les gens se disent, et notamment les élus, mais ce n'est pas vrai, on n'y arrive pas, on n'y croit plus. Ça fait combien de congrès dont on parle de ça, que ce soit dans le domaine du logement ? Est-ce que la crise du logement, la manière de se sortir, ce n'est pas, par exemple, de confier à la commune ? Est-ce que dans le champ social, où nous voyons un certain nombre d'aberrations dans le champ social, est-ce que ça n'est pas en confiant plus au département ?

23:01
Présentateur

– Mais qu'est-ce qu'il vous dit, Emmanuel Macron ? Pourquoi on n'en voit pas la couleur depuis 8 ans ?

23:05
Gérard Larcher

– Parce que je pense qu'il n'y croyait pas. Au départ, c'était un de nos motifs, d'ailleurs, de véritable, j'allais dire, désaccord entre nous. – Et aujourd'hui ? – Je pense que la situation du pays nécessite la proximité, j'insiste là-dessus. Le ciment de la République, aujourd'hui, c'est d'abord les territoires.

23:23
Invité

– Stéphane, est-ce que vous comprenez bien ce que Sébastien Lecornu a en tête quand il parle de grands actes de décentralisation ? Il parle essentiellement et avant tout de redéfinition des compétences, il vous a adressé un courrier vendredi dernier, ainsi qu'à la présidente de l'Assemblée nationale, les présidents de régions, de départements, dans lesquels il vous demande d'avoir une contribution et il définit un certain nombre de thèmes qu'il voudrait vous voir étudier ou sur lesquels il attend vos propositions, la santé, l'environnement, le logement, l'urbanisme, le sport, la culture. Là, on parle de quoi, en fait ?

On parle d'un réaménagement, mais pas de suppression de strates de collectivité, c'est clair.

23:58
Gérard Larcher

– Il faut être pragmatique et concret, et notamment dans la situation politique dans laquelle nous sommes. Et puis, on ne va pas faire des Big Bang tous les 10 ans ou tous les 15 ans. Je crois que la première des choses à examiner, c'est les relations entre l'État et chaque niveau de collectivité territoriale. – L'État central, l'État déconcentré, les présidents régions. – L'État territorial et la commune, par exemple. Je parlais d'urbanisme et de logement et de simplification. Je parlais de social pour les départements il y a un instant, pour les régions, la question de la formation, tout à fait essentielle, y compris avec les partenaires sociaux ou la question de l'orientation.

Je crois qu'il faut se donner des objectifs simples, pragmatiques, concrets, qui peuvent être mis en œuvre rapidement. Et rendons, rendons à François Bayrou et au travail qu'il a fait Bruno Rotaillot, notamment ce qu'il a annoncé à Chartres, c'est-à-dire de donner au préfet des concentrations, eh bien l'autorité sur l'ensemble des services de l'État. C'est un motif, j'allais dire, d'espérance pour notamment le couple préfet-maire

25:07
Invité

et préfet-président de conseil départemental. – Concrètement, ça veut dire l'affaiblissement, voire la suppression, la disparition d'un certain nombre d'agences d'État ?

25:14
Gérard Larcher

– Alors c'est naturellement. D'abord, retrouver de l'autorité, puisque partie des agences échappait complètement aux représentants de l'État territorial, y compris dans une région chère au cœur d'Ouest de France, la Bretagne. On a vu de quelle manière il y avait cette perte de capacité. Et donc, ça m'apparaît tout à fait important de le faire. Mais je dis, il faut que ce soit du concret. Sinon, ce sera, j'allais dire, une annonce de plus. Attention, il y a tellement eu d'annonces et tellement de déceptions.

25:45
Présentateur

– C'est remettre de l'autorité ou supprimer des agences de l'État ?

25:48
Gérard Larcher

– Il y a un rapport excellent ici de Christine Lavarde et de Pierre Barros. Je pense que vous verrez une proposition de loi qui est déposée dans quelques jours, notamment par le groupe LR, 1 400 agences et opérateurs de l'État. C'est un mode d'organisation qui est totalement inadapté. Voilà pourquoi il faut faire cela parallèlement à cet effort de décentralisation.

26:14
Présentateur

– Mais juste là, c'est quoi ? C'est en supprimer ?

26:16
Gérard Larcher

– Bien sûr, et en fusionner. Est-ce qu'il y a des doublons ? Est-ce que dans un département où il y a une agence d'ingénierie, est-ce qu'il faut encore une agence nationale de cohésion des territoires ? Ça coûte cher. Et en plus, ça ne clarifie pas des relations entre l'État et la strata de collectivité.

26:37
Invité

– Vous parlez de ce que proposait déjà Amélie de Montchalin en début d'année. En fait, on est dans la continuité de choses qui ont déjà été engagées. – Enfin, qui ont été annoncées.

26:45
Gérard Larcher

– Je ne l'ai pas engagées. – Engagées concrètement, c'est vraiment la décision de Chartres du précédent Premier ministre.

26:51
Invité

– Vous parlez beaucoup des structures d'État, des agences, et vous parlez aussi beaucoup des maires qui ont été quand même dépossédés de pas mal de compétences au fil des années au profit d'un millefeuille auquel les Français… – Pas au profit d'un millefeuille. – Beaucoup. Est-ce que ce millefeuille, ce n'est pas aussi le moment d'en reparler ?

27:07
Gérard Larcher

– Les vrais millefeuilles, ce sont les normes qu'on a imposées aux collectivités. – Écoutez-moi, en disant 40% de plus du Code Général des Collectivités Territoriales, Code de l'urbanisme en 20 ans, j'allais dire plus 100%, Code de l'environnement en 20 ans, quasiment plus 1000%. En fait, ce n'est pas le millefeuille, c'est la complexité, la surnormalisation qui s'est imposée. Regardez, aujourd'hui, pour faire un plan d'urbanisme, ça parle aux citoyens, un PLU. Entre l'époque où j'étais maire à Rombouillet et ma successeur, qui est excellente, il faut deux fois plus de temps pour refaire le même document.

On a des agents, des intervenants, autour d'une table, il y a 50 personnes, il faut redonner le pouvoir d'agir au maire. – Et sans supprimer aucune strata ? – Ce qui ne veut pas dire qu'il ne doit pas être contrôlé, mais il faut redonner le pouvoir d'agir.

28:05
Présentateur

– Sans supprimer aucune strata ?

28:07
Gérard Larcher

– Ah non, ce n'est pas le débat aujourd'hui. Vous savez, le département, c'est un élément de proximité. Et quand j'ai été élu, en 2014, président du Sénat, on devait supprimer les départements. Je me souviens bien, François Hollande avait cet objectif. Et puis au mois d'août, il a commencé à hésiter, il a dit on gardera des départements ruraux. Puis j'ai été le voir après mon élection. J'ai dit ça, jamais. Je dois dire qu'inventons, parce que c'est notre histoire. Le département, il est lié, j'allais dire, à la révolution française, à la construction en même temps des communes. Ce n'est pas par nostalgie que je dis ça, c'est ce besoin de proximité.

28:45
Présentateur

– On parlait de l'état d'esprit des maires, il y a des municipales dans six mois. Est-ce que vous redoutez un nombre de communes sans aucun candidat ?

28:53
Gérard Larcher

– J'espère que non. Je m'interroge sur le nombre de communes où il n'y aura qu'une seule liste. Ce qui est un petit sujet pour la démocratie. D'autant plus que maintenant, nous allons être en scrutin de listes partout, ce qui favorise bien sûr la parité, parce que les municipales, c'est aussi un temps de débat, de choix, donc de démocratie vivante dans la proximité.

29:18
Présentateur

– Elle est en danger aujourd'hui, la démocratie locale ?

29:21
Gérard Larcher

– Elle vit pas mal, elle vit pas mal. Vous voyez, beaucoup de maires qui ont vécu ce mandat, qui avait quand même, on l'a oublié, débuté avec le Covid, dans des conditions d'élections extrêmement difficiles. Et donc, ils ont été, j'allais dire, des maires courageux, dans une demande et une tension collective qui est forte. On a vu les violences vis-à-vis des élus, on a vu les exigences, il faut que ce pays retrouve le sens du collectif, c'est d'abord à partir de la commune, à mon avis, qu'on retrouvera le sens du collectif.

29:55
Invité

– Il y a un autre aspect des choses autour des municipales, c'est qu'on voit qu'il y a une progression par capillarité du Rassemblement National, notamment au milieu rural, depuis des années, le vote ERN monte beaucoup. Est-ce que vous pensez qu'on pourrait, à l'automne prochain, à l'occasion des sénatoriales, voir arriver au Sénat, un nombre suffisant de sénateurs Rassemblement National pour créer un groupe, c'est-à-dire plus de 10 sénateurs ?

30:18
Gérard Larcher

– Oui, mais tout dépendra du résultat des municipales. Tout dépendra, sur 35 000 communes, vous le savez bien, il y en a plus de 30 000 dans lesquelles ça n'est pas le choix politique, mais le choix d'une équipe. Et donc, naturellement, il faut être attentif, j'allais dire, pour les élus, à la composition des listes. Mais si les Françaises et les Français choisissent, j'allais dire, des représentants qui, eux-mêmes, parce qu'ils seront délégués sénatoriaux au suffrage universel indirect, choisissent des sénateurs du Rassemblement National, ce sera une réalité qui traduira l'état du pays.

Je combats, vous le savez, de manière déterminée, le Rassemblement National, parce que je pense qu'ils n'apportent pas les réponses dont notre pays a besoin, mais à nous d'être en capacité de faire des propositions français dans leur vie quotidienne. C'est une des responsabilités de ma famille politique, c'est aussi une responsabilité des sénateurs tous ensemble, ici, quelle que soit leur sensibilité.

31:18
Présentateur

– Dans sa lettre au maire, Sébastien Lecornu remet l'aboutissement du texte sur le statut de l'élu avant les municipales. Est-ce que pour vous, ce doit être le texte prioritaire de la rentrée parlementaire ?

31:26
Gérard Larcher

– J'ai demandé son inscription, parce qu'on est en nouvelle lecture, le texte, il a été voté à l'unanimité. Vous savez, les moments d'unanimité dans ce pays, il faut plutôt les cultiver. Il a été voté ensuite à l'Assemblée Nationale, après de longs débats, à l'unanimité. Je pense qu'il faut maintenant le conclure, parce qu'on est maintenant à six mois des municipales, et qu'il faut que les élus connaissent leur statut, leur statut qui n'est pas qu'une affaire d'unanimité, loin de là. Quelle formation ? Quelle place dans la société ? Quelle place par rapport à la vie professionnelle, à la vie familiale ? L'accueil de jeunes élus ? Je pense au statut d'élu étudiant.

Je pense au statut aussi des élus qui ont un handicap. C'est tout ça qui est aujourd'hui présent dans le texte. – Donc il sera alors du jour, dès la reprise des travaux parlementaires ? – C'est ma demande expresse.

32:16
Présentateur

– Il y a une autre demande, un autre texte qui fait débat, c'est le texte sur la fin de vie. Le Sénat devait l'examiner le 7 octobre. Est-ce que ce calendrier sera maintenu ?

32:25
Gérard Larcher

– Non, parce que vous voyez bien, il pourrait être décalé. Mais ça dépend du gouvernement. Aujourd'hui, son inscription, naturellement, s'il est inscrit, nous l'examinerons. Je peux vous dire que la Commission des Affaires Sociales, il travaille avec ses rapporteurs.

32:40
Présentateur

– Mais vous nous dites non pour le 7 octobre ?

32:42
Gérard Larcher

– Ce n'est pas possible, puisque nous devrons avoir un débat de politique générale. Et je pense que ça pourrait être dans la semaine ou la semaine d'après.

32:51
Présentateur

– Mais ce sera au mois d'octobre ?

32:52
Gérard Larcher

– A priori, oui.

32:53
Présentateur

– Vous entendez Yael Brunpivet, elle défend ce texte. Elle ne comprendrait pas qu'il soit décalé.

32:58
Gérard Larcher

– Je veux qu'il y ait un débat ici, qu'il soit serein, qu'il soit ouvert. Il ne concernera pas d'ailleurs que la Commission des Affaires Sociales. Je pense notamment à la Commission des Lois. Et sur ce sujet, il faut un débat qui aille au fond. Mais ce n'est pas que la fin de vie, c'est les soins palliatifs. Car la première des choses, c'est, est-ce qu'on offre à tous les Français les soins palliatifs dignes de ce nom ? Ça n'est pas vrai aujourd'hui. Il y a donc une exigence majeure, y compris pendant le respect de la personne.

Voilà pourquoi je souhaite que le débat ici soit approfondi, autant sur les soins palliatifs que sur la question de la fin de vie, qui correspond à l'intime de chacun aussi, dans son appréhension, dans le respect à la vie. Et je souhaite que ce débat ici soit exemplaire. – Quid du texte sur le statut de la Corse ? – Sans doute plus tard, mais vous connaissez ma position. Le gouvernement doit suivre l'avis du Conseil d'État. C'est clair. La notion de communauté n'existe pas dans notre Constitution. Cette relation particulière à la terre, le Conseil d'État a dit qu'il ne connaissait pas ce concept. Et moi, personnellement, ce sera non s'il n'y a pas le contrôle du Parlement.

Par contre, en imposant que le contrôle du Parlement ait lieu dans un délai raccourci, parce que c'est vrai, ce n'est pas le Parlement. Les exécutifs ne transmettaient pas les demandes. Je pense que vis-à-vis, pas simplement de nos compatriotes corse, nos compatriotes ultramarins, on ne peut pas ne pas répondre à ce que prévoient les textes. Donc c'est clair, sur la Corse, je ne céderai pas sur l'éviction du Parlement. Je l'ai écrit à François Bayrou, je l'ai redit à Alain Lecornu.

34:41
Présentateur

– Plus tard, c'est quand ? C'est avant la fin de l'année ?

34:44
Gérard Larcher

– Vous souhaitez se défendre du gouvernement, là, maintenant.

34:47
Présentateur

– Et on va parler d'un autre statut, celui de la Nouvelle-Calédonie, dans quelques instants. Mais d'abord, on va parler de la mobilisation des agriculteurs. De nouveau mobilisés aujourd'hui et demain, à la peine de leur principal syndicat, la FNSEA. On va aller à Rennes retrouver Stéphane Beignet, directeur de l'information de TVRennes. Bonjour Stéphane, merci d'être avec nous pour interroger Gérard Larcher sur cette mobilisation des agriculteurs.

35:07
Invité

– Oui, Président Gérard Larcher, bonjour. Bienvenue en Bretagne, terre agricole et d'élevage par excellence. Oriane Nadi, demain, une grande manifestation sur nos territoires, à l'appel de la FNSEA. Il y a beaucoup d'inquiétudes du monde agricole, principalement sur les accords Mercosur. Président, le Sénat peut-il agir aujourd'hui pour bloquer ou amender l'accord UE-Mercosur ? Et puis, d'autre part, est-ce que les sénateurs peuvent-ils envisager des contre-mesures qui soient réellement efficaces pour protéger nos productions locales ?

35:45
Gérard Larcher

– D'abord, bonjour, vous savez, la Bretagne est aussi chère à mon cœur, du côté de l'île de Bas, vous voyez, au large de Roscoff, où je vois aussi le travail extraordinaire dans le Pays de Léon de cette agriculture à la fois de qualité, respectueuse de l'environnement et qui donne une identité. Il y a quelques jours sont sortis les chiffres conjoints de l'ANIA et des chambres d'agriculture. La part de notre pays, au plan mondial, son agriculture est en train de régresser à la vitesse grand V. Vous savez, importation plus 16% dans les six premiers mois de l'année, exportation plus 1%. Aujourd'hui, nous avons un problème de reconnaissance et de niveau de notre puissance agricole.

Et ce que demain, la FNSEA va nous dire, c'est qu'on combat à armes inégales. On combat à armes inégales avec des pays qui n'ont pas les mêmes règles que nous, et nous-mêmes, nous avons des règles parfois beaucoup plus difficiles que le reste des pays de l'Union européenne. Et donc, après ce débat un peu surréaliste que nous avons eu cet été autour de l'acétamipride et autour de la loi Dupland-Menonville, qu'est-ce que cherchait et qu'est-ce que cherche la loi Dupland-Menonville ? L'essentiel, d'ailleurs, à être mis en œuvre, c'est à ce que nous luttions à armes égales dans une agriculture de qualité et dans laquelle on ne lui met pas des entraves. Le Mercosur, question que vous me posez.

Là aussi, il faut des clauses miroirs. On ne peut pas fermer les yeux sur certaines importations qui se feraient dans des conditions que nous n'acceptons pas, ni dans l'Union européenne, ni en France. Il se trouve que la Commission européenne a scindé en deux, j'allais dire, l'accord Mercosur pour contourner les parlements nationaux. Nous sommes déterminés, aux côtés notamment de la ministre de l'Agriculture, le sera-t-elle demain, je le souhaite, mais ça, ça ne m'appartient pas, à ce que nous fassions valoir à la fois ces clauses miroirs et à la fois, j'allais dire, une équité de traitement dans le domaine de l'agriculture et de l'industrie agroalimentaire.

37:58
Présentateur

On entend votre détermination, mais est-ce que la France a encore les moyens de peser sur cet accord ?

38:01
Gérard Larcher

C'est bien pour ça, ça nous reconduit au budget. Je pèse si j'ai de la soufraînteté. Si je suis crédible financièrement, en tous les cas, nous nous sommes déterminés. On ne baisse pas les bras.

38:11
Présentateur

– Merci Stéphane Bénier, merci d'avoir été avec nous depuis Rennes. Stéphane, d'autres questions sur l'agriculture ?

38:16
Invité

– Oui, vous venez d'évoquer la loi Duplomb-Ménonville. Vous avez vu qu'elle avait recueilli 2 millions de signatures contre elle. Est-ce qu'il faut la revoir ?

38:24
Gérard Larcher

– Écoutez, l'essentiel de la loi a été admise. Sur l'acétamipride, la lecture du Conseil constitutionnel nous donne la voie. Et je pense que nos collègues ont sans doute l'intention, nos collègues Duplomb-Ménonville, de redéposer une proposition de loi. Je leur ai donné le Conseil simplement, parce que quand on lit l'avis du Conseil constitutionnel, qu'on demande l'avis du Conseil d'État, en tous les cas je suis disposé, puisque la Constitution me permet de le faire s'ils en sont d'accord. – Ils vont la redéposer quand ? – Parallèlement à cela, on va prendre, j'étais dans les Hautes-Alpes, je l'évoquais. Aujourd'hui, on a une forme d'hypocrisie.

Aujourd'hui, nous ne savons pas, par exemple, produire des noisettes dans notre pays du fait du retrait d'un certain nombre de substances qu'il faut utiliser, j'allais dire, de manière objective, avec la raison nécessaire. Mais on ferme les yeux sur ce qu'on importe de Turquie. Et d'ailleurs, ce sont les produits qui sont les produits au plus bas prix et qui sont ceux achetés par les gens les plus modestes. Il faut qu'on se dise la vérité. Ne fermons pas les yeux. Je pense que dans la mobilisation des agriculteurs, il y a cette dimension, soyons traités avec équité, notamment au sein de l'Union européenne.

39:49
Présentateur

– Ils vont la redéposer quand, leur proposition de loi ? – Ça leur appartient.

39:53
Gérard Larcher

Mais en tous les cas, l'essentiel, je pense bâtiment d'élevage, je pense aux questions d'eau, je pense aux approches territoriales de la loi Duplomb-Menonville, le seul point qui a été censuré. Mais pour des raisons, il faut lire la décision du Conseil constitutionnel, ce sont d'abord des raisons juridiques qui ne sont pas totalement infondées. Vous voyez, je ne critique pas le Conseil constitutionnel.

40:14
Présentateur

– Mais vous attendiez à ce que cette pétition fasse 2 millions de signatures ?

40:18
Gérard Larcher

– Non mais parce qu'on est parti dans une partie d'irrationnel. Est-ce que les gens avaient réellement lu ? Je pense sincèrement qu'aujourd'hui, il faut qu'on retrouve la raison sur ce sujet. Quand on regarde, y compris les dernières publications sur la viticulture, on voit qu'on en a fait une lecture partielle. Je pense qu'il faut retrouver parfois le chemin de l'objectivité. Et puis dire aux Français, est-ce que vous voulez qu'on ait une souveraineté alimentaire ?

40:49
Présentateur

– Et vous dites que le Conseil constitutionnel n'avait pas complètement tort. Du coup, vous regrettez les critiques qui ont eu lieu sur le Conseil constitutionnel,

40:56
Gérard Larcher

notamment dans votre camp ? – Non, parce que mon rôle de président du Sénat, c'est de regarder les attendus du Conseil et de se dire qu'on doit les prendre en compte.

41:04
Présentateur

– Et donc ne pas le critiquer ?

41:05
Gérard Larcher

– Je ne m'interdis pas de critiquer. Mais moi, comme je suis quelqu'un de positif, une fois que la page est tournée, il faut écrire une nouvelle page.

41:12
Présentateur

– Allez, on va aller en Nouvelle-Calédonie. Nouvelle-Calédonie, en juillet, dans votre département des Yvines, a été signé à l'accord de Bougival entre loyalistes et indépendantistes. Il prévoyait la création d'un État de Nouvelle-Calédonie doté d'une nationalité propre mais inscrit dans la Constitution. Et depuis juillet, les indépendantistes sont divisés. Le FLNKS le rejette. Pour en parler, on va à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. On retrouve Nicolas Vignol. Bonjour Nicolas. Merci beaucoup d'être avec nous. Rédacteur en chef de La Voix du Caillou avec des questions pour Gérard Larcher sur ce sujet.

41:42
Invité

– Oui, bonjour. Bonjour M. le Président. – Bonjour. – Vous connaissez fort bien la Nouvelle-Calédonie. Vous y étiez encore en novembre de l'année dernière. Et vous avez participé à l'Élysée avec le Président de la République, votre collègue de l'Assemblée nationale, Galleon Pivet et le Premier ministre, Emmanuel Valls, le ministre des Outre-mer, à la séance de clôture des négociations de Bougival et donc de la signature de l'accord. Depuis cette signature, le gouvernement, il y a eu la crise politique en métropole, donc un blocage institutionnel qui empêche la mise en œuvre de cet accord. D'une part.

Et d'autre part, il y a la prise en compte du rejet de l'accord de Bougival par le FLNKS, alors même que sa délégation avait signé l'accord. Mais les membres de la délégation ont été sanctionnés, en tous les cas écartés du FLNKS. Donc il y a deux blocages. Et pourtant, Bougival avait suscité un grand espoir en Nouvelle-Calédonie et suscite toujours un grand espoir. Mais du fait de ces blocages, à la fois de politique nationale et de politique locale, la crainte est que cet espoir en Bougival se transforme en terrible désillusion. Selon vous, est-ce que Bougival est mort ?

43:03
Gérard Larcher

– Tout d'abord, en vous salvant, en vous disant mon attachement à la Nouvelle-Calédonie, car ça n'était pas mon premier déplacement. Vous savez que j'avais prononcé il y a quelques années le mot « souveraineté partagée ». Je sais que j'en avais parfois heurté certains, vous vous en rappelez. En fait, Bougival, c'est la conciliation entre la souveraineté et l'appartenance à la République française. Et donc, c'est un espoir qu'on n'a pas le droit d'éteindre.

Je note d'ailleurs qu'une partie de ceux qui réclament la pleine souveraineté, je pense à l'Unipalika, font une campagne d'explication pourquoi ils ont signé Bougival, pourquoi ils assument leur signature à Bougival et qu'ils le font parallèlement aux Républicains, aux Loyalistes, à l'éveil océanien ou à Calédonie ensemble. Alors, le Sénat a déposé une proposition de loi, je le rappelle, organique, pour le report des élections provinciales. Et j'ai demandé qu'elle soit examinée immédiatement après le discours de politique générale. Parce que nous n'avons pas le droit de décevoir ceux qui ont eu le courage de cheminer les uns vers les autres, alors que tout devait les opposer.

La deuxième des choses, et c'est là où il nous faut un exécutif, le ministre d'État Manuel Valls a continué à avancer dans un dialogue pour préparer le projet de loi constitutionnel. Et naturellement, au Sénat, nous l'attendons dans la foulée. Donc, il me paraît tout à fait essentiel qu'on avance et c'est pour moi, dans les priorités législatives, peut-être la première priorité, car des hommes et des femmes qui avaient du mal à se parler ou qui avaient en tous les cas du mal à conclure, ils ont été capables de faire à Bougival un pas décisif. On ne doit pas le décevoir, pas simplement pour eux, mais pour l'ensemble de nos compatriotes de Nouvelle-Calédonie, quelle que soit leur sensibilité.

45:11
Invité

Nicolas ?

45:14
Gérard Larcher

Oui, si je peux me permettre,

45:16
Invité

c'est d'autant plus important qu'il n'y a pas de plan B. Après, si Bougival ne fonctionne pas, on ne sait pas très bien où va aller la Nouvelle-Calédonie, qui, et vous l'aviez constaté vous-même en novembre 2024, sort de la crise, de l'insurrection menée par la CCAT, qui a entièrement détruit l'économie, le social, et surtout la confiance qui a existé entre les Calédoniens. Mais d'un point de vue économique, quel rôle peut jouer le Sénat dans la relance, dans la reprise de l'activité, et surtout dans le renouveau de la confiance qu'on peut avoir entre nous, les Calédoniens ?

45:57
Gérard Larcher

Le vivre ensemble, vous l'avez évoqué, quelque chose d'essentiel. Nous avons le budget, et nous savons que le soutien à la Nouvelle-Calédonie, par différents dispositifs budgétaires directs, prêts garantis, est indispensable. Nous aurons une attention particulière pour la Nouvelle-Calédonie, dans nos débats budgétaires, comme dans nos débats organiques ou constitutionnels. C'est pour moi, j'allais dire, une petite exception que nous devons faire pour la Nouvelle-Calédonie. Voilà pourquoi on n'a pas le droit d'échouer, parce que, vous l'avez dit, il n'y a pas de plan B.

Parce que le plan B, c'est des communautés qui se tournent le dos, qui n'ont plus de capacité à vivre ensemble, et on sait comment ça se termine. On l'a vu dans d'autres pays. On a le devoir, j'allais dire, de faire république ensemble, y compris dans cette construction particulière. « Suis generis », un État calédonien inscrit dans la République française, avec une partie de compétences régaliennes transférées. Voilà des réalités qu'il faut mettre en œuvre.

47:06
Présentateur

Merci Nicolas Vignol, merci d'avoir été avec nous depuis la Nouvelle-Calédonie, rédacteur en chef de La Voix du Caillou. Gérard Larcher, on voulait terminer par une question un petit peu plus personnelle. Est-ce que vous serez de nouveau candidat à la présidence du Sénat dans un an ?

47:18
Gérard Larcher

Écoutez, moi je suis un homme qui prend, c'est mon côté paysan, vétérinaire, je prends une saison après l'autre. Donc je ne répondrai pas sur ce sujet. Je suis pleinement président du Sénat, je le fais avec le même enthousiasme que le premier jour, et chaque chose en son temps, nous verrons.

47:34
Invité

Il se murmure que vous êtes entouré d'une jeune garde de sénateurs. Est-ce que vous prépareriez une succession ?

47:42
Gérard Larcher

Non, mais il y a une jeune garde de sénateurs, il y a une garde aussi pleine d'expérience. Il y a des hommes et des femmes de grande qualité ici, au Sénat. On travaille ensemble et le sujet que vous évoquez, c'est un sujet qui viendra le moment venu, c'est vrai avec les présidents de commissions, c'est vrai avec les présidents de groupes politiques. Très honnêtement, être président du Sénat, aujourd'hui c'est une responsabilité importante, c'est en même temps être tout simplement le capitaine d'une équipe qui parfois a des couleurs différentes, mais d'une équipe qui a envie de servir notre pays.

48:21
Présentateur

Merci Gérard Larcher. Merci beaucoup d'avoir été notre invité face à la presse régionale. Merci Stéphane Bernay, merci Fabrice Vessard-Edon. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. Merci à tous.

48:38
Locuteur

Merci à tous.