IVG : le sénateur Claude Malhuret raconte son expérience de médecin confronté à un infanticide
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
madame la Présidente du Congrès monsieur le Président du Sénat Monsieur le Premier Ministre mesdames et messieurs les ministres mes chers collègues je ne vais pas vous parler aujourd'hui de droit constitutionnel je voudrais si vous me le permettez vous raconter une histoire une histoire que je n'ai jamais raconté j'avais 25 ans j'étais coopérant médecin chef d'un petit hôpital dans un coin perdu d'un pays du Sud hôpital est un bien grand mot car les maigres équipements dont il disposait l'urit fait classer chez nous comme un dispensaire quant à médecin chef titre ronflant puisque en fait j'étais tout simplement le seul médecin dans cette circonscription de 50000 âmes avec une équipe d'infirmiers formidable habitué à travailler seul pendant le semestre ou l'année qui séparait habituellement le départ d'un coopérant français de l'arrivée de son successeur un jour après avoir entendu du remu ménage dans le couloir j'ai vu surgir dans mon bureau une jeune femme 17 18 ans peut-être dont je me rappellerai toujours le visage les jours rondes d'une adolescente toute rouge et inondée de larmes etoufflé une expression mêlée de terreur et d'incompréhension dans le regard les cheveux décoiffés les vêtements de travers comme si elle venait de se débattre les bras maintenus par deux gendarmes qui l'encadraient et la poussa dans la pièce sans ménagement le matin même un voisin intrigué par le manège de chiens errant qui s'acharnait à gratter la terre près de sa maison s'était approché et avait découvert le cadavre d'un nouveau-né à peine enfoui dans le sol l'enquête n'avait pas été bien difficile et l' me demandait désormais d'examiner la suspecte pour savoir si elle venait ou non d'accoucher j'étais pétrifié il s'agitait d'un enfanticide bien sûr et la loi Me commandait de m'exécuter mais je savais aussi parfaitement pourquoi cette jeune femme était là dans un pays comme tant d'autres où fille mère c'était le mot de l'époque signifiait bannissement social et des honneurs pour la famille où l'avortement était interdit et sévèrement puni et d'ailleurs comment cette quasi enfant aurait-elle pu se confier à quiconque pour trouver une feiseuse d'ange j'imaginais sa vie au cours des derniers mois engrossé par un séducteur de barrière peut-être comme souvent par un parent découvrant d'abord effrayé son retard de règle puis voyant son ventre s'arrondir et masquant sa grossesse avec de plus en plus de mal accouchant seul en se cachant enterrant maladroitement l'enfant sur place folle de douleur et de culpabilité puis rentrant chez elle et lavant ses vêtements dans la terreur d'être découverte et puis les chiens le voisin découvrant le cadavre les gendarmes et désormais le médecin moi je suis resté longtemps assis le visage caché dans les mains cherchant désespérément comment t éviter l'inévitable seul la jeune femme et l'infirmière étaient restés près de moi parlant ensemble dans leur langue que je ne comprenais pas au bout d'un moment sollicité par les gendarmes qui s'impatientaient l'infirmier major est entré dans la pièce suivie par l'un d'eux surpris par la scène pressé par le brigadier et n'ayant manifestement pas la même vision du monde que moi ni les mêmes scrupules avant que j'ai pu faire un geste il s'est approché de la jeune femme a abaissé son soutieng gorge et pressé son mamelon d'où a giclé le lait qui confirmer le diagnostic et les soupçons je revois encore cette adolescente redoublant de pleurs ressortir accabler entre ces deux gardes je repense souvent à elle et à ses yeux d'animal traqués et moi me demandant combien d'années de prison pour un infanticide et surtout combien d'années de culpabilité peut-être toute une vie pour avoir tué son enfant des histoires comme celles-là je pourrais vous en raconter d'autres si nous en avions le temps des avortements clandestins qui se terminent mal des condamnations des stérilités définitives chez nous aujourd'hui ces histoires n'existent plus depuis la loi veille et les interventions de ceux qui m'ont précédé ont porté notamment sur le fait de savoir si la liberté de l'IVG risque un jour d'être remise en question j'ai voulu aborder un autre versant de ce débat et vous dire que 40 % ou moins des femmes dans le monde vivent dans des pays où les drames tels que celui que je vous a retracé continue parce que rien n'a changé en étant le premier pays au monde à garantir cette liberté dans notre Constitution nous allons susciter là où nous sommes encore sinon un exemple du moins une référence des débats des prises de position des avancées j'espère qui rapprocheront le jour où comme ici les femmes seront libérées de la peur de la culpabilité et de l'impuissance à maîtriser leur destin au moment de voter mercredi dernier au Sénat j'ai revu une fois de plus le visage de cette jeune femme dont la vie et celle de son bébé ont été ané anti et je le reverrai tout à l'heure lorsque j'irai voter à nouveau en espérant que mon vote soit utile non seulement aux millions de femmes que la loi protège en France mais aussi aux millions de celles dans le monde qu'aucune loi ne protège comme moi tous les sénateurs de mon groupe se prononcera en leur âme se prononceront en leur âme et conscience très majoritairement nous voterons ce texte je vous remercie je vous remercie monsieur le président
Claude Malhuret