[PODCAST] 2027 : entre Attal et Philippe, la bataille du centre est engagée
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Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien. Qui sera le champion du bloc central à l'élection présidentielle de 2027 dans un peu moins d'un an ? Ce sera soit Édouard Philippe, soit Gabriel Attal, tous les deux candidats déclarés. Ils sont l'un comme l'autre ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron, un homme avec qui ils ont depuis pris leur distance. Édouard Philippe et Gabriel Attal ont conclu en février 2025 un pacte pour cette élection. Pas d'attaque directe dans les médias et celui qui sera le moins bien placé début 2027 devra s'effacer au profit de l'autre.
On fait le point sur ce duel au centre aujourd'hui dans Codesources avec deux journalistes du service politique du Parisien, Alison Tassin et Thomas Soulier. Le samedi 30 mai, Gabriel Attal va tenir son premier meeting depuis qu'il s'est déclaré candidat. Ça se passe à Paris, au Parc des Expositions. Thomas Soulier, décrivez-nous la salle avant qu'il monte sur scène. Est-ce qu'on sent que la campagne présidentielle est lancée ?
Quand j'arrive dans la salle, je vois tout de suite que c'est plutôt dans un format à minima. Dans cette salle, il y a environ, je compte, 4000 chaises, on va dire. Donc c'est un meeting, on va dire, plutôt moyen en termes d'affluence. Dans quasiment la même salle, c'est la salle d'à côté, Emmanuel Macron, il y a 10 ans, il réunissait entre 10 et 15 000 personnes. Alors pourquoi ce différentiel ? D'abord parce qu'Emmanuel Macron, c'était 5 mois avant le premier tour. Là, nous sommes un an avant le premier tour. Et puis ce jour-là, ce samedi, finale de la Ligue des Champions, deux joueurs de tennis français au Roland-Garros. Et puis cette canicule, il fait très très chaud à Paris.
Malgré tout cela, il y a quand même beaucoup de fans qui viennent voir Gabriel Attal. Aussi des curieux que je crois dans la salle, pas seulement des militants qui viennent voir la bête Attal sur scène. On sent tout de suite l'ambiance, la ferveur d'un début de campagne du côté de Gabriel Attal.
Avec vous, je vois les visages de la France. D'une France unie, diverse, ambitieuse. Vous êtes des milliers de Français venus de tous les territoires, de l'Hexagone, de nos Outre-mer, de l'étranger.
Vous allez nous raconter à la fin de ce podcast ce qu'il faut retenir de ce meeting. Dans ce podcast, aujourd'hui, on vous raconte cette compétition en cours au centre pour 2027. Alors pour bien comprendre, il faut d'abord rappeler les résultats du premier tour de la présidentielle 2022. Il y a trois candidats qui se détachent. Emmanuel Macron à 28%, Marine Le Pen 23% et Jean-Luc Mélenchon près de 22%. Tous les autres sont très loin derrière, sous la barre des 10%. Le quatrième, Éric Zemmour, est à 7%. Alison Tassin, il y a vraiment trois forces politiques qui se détachent ce soir-là.
Oui, et il faut rappeler que cette élection présidentielle de 2022, finalement, elle est le fruit de celle de 2017. Autrement dit, en fait, c'est la poursuite de l'éclatement des partis historiques de droite, de gauche. Emmanuel Macron parvient encore à ce moment-là à concentrer ce qu'on appelle un bloc central au milieu du RN et de LFI. Mais le contexte, c'est celui du déclenchement de la guerre en Ukraine, qui permet aussi à Emmanuel Macron, finalement, de se faire réélire. On appelle ça à l'époque l'effet drapeau.
Justement, est-ce que les Français peuvent reproduire ça en 2027, alors qu'Emmanuel Macron bat des records d'impopularité ?
Alors, de toute évidence, non, puisqu'aujourd'hui, la configuration politique n'est plus du tout la même. Emmanuel Macron n'a pas désigné d'héritier ni de suite politique. Il n'y a donc pas de candidat naturel pour reprendre le flambeau d'Emmanuel Macron. Et même ses anciens premiers ministres cherchent à prendre leur distance face à un président qui rencontre moins de 25% de code de popularité.
Alors, on en vient à ce duel des centristes. Édouard Philippe a 55 ans. Il a été le premier ministre d'Emmanuel Macron de 2017 à 2020. Quel est son bilan à Matignon ? Qu'est-ce qu'il a fait ?
Alors, il faut quand même rappeler qu'Édouard Philippe, à l'époque, lors de sa nomination, c'est un inconnu. Presque personne ne le connaît. Il est issu de l'UMP, c'est un jupéiste. Il n'a pas fait la campagne d'Emmanuel Macron. Et donc, les Français apprennent à le connaître. Alors, son bilan, en fait, il est l'artisan des premiers grands chantiers d'Emmanuel Macron. Certaines réformes de l'école, la réforme de la SNCF ou de l'apprentissage. Mais ce qu'on retient surtout, c'est l'un des moments les plus crispants de son passage à Matignon. C'est la mesure d'abaissement de la limitation à 80 km heure sur les routes secondaires. Et c'est là le creuset de la future crise des gilets jaunes.
Il achopera aussi sur la réforme des retraites, qui était un gros dossier pour Emmanuel Macron. Et puis, c'est aussi l'homme de la première crise du Covid, où il est crédité d'un certain sérieux et d'une forme d'honnêteté. Quand il quitte Matignon, donc, c'est à noter, il a une certaine bonne cote de popularité.
Thomas Soulier, après ses trois années à Matignon, Edouard Philippe a été victime d'une maladie. Et on l'a vu se transformer physiquement. Rappelez-nous ça.
L'alopécie, c'est le nom de cette maladie. C'est une perte des cheveux, des sourcils et de la barbe. Et là, il apparaît méconnaissable, Edouard Philippe. Les Français ne le reconnaissent pas. Mais depuis, les cheveux ont repoussé la barbe aussi un petit peu. Il a eu même cette formule dans les colonnes du Parisien. Je suis revenu d'entre les chauves.
Gabriel Attal a 37 ans. Il est député des Hauts-de-Seine, président du groupe macroniste à l'Assemblée. Il a été premier ministre d'Emmanuel Macron de janvier à septembre 2024. Thomas, qu'est-ce que l'on retient de son passage à Matignon ?
Son bilan est maigre parce qu'il est resté à peine quelques mois. Vous disiez jusqu'en septembre. Vous avez raison, mais c'est peut-être même jusqu'au mois de juin. Parce qu'au moment même où Emmanuel Macron décide de dissoudre l'Assemblée nationale, il n'a plus de pouvoir. Et durant trois mois, il reste à Matignon, mais sans ne pouvoir rien faire. Ce que l'on retient, c'est la crise agricole. En janvier 2024, Gabriel Attal arrive à Matignon. Il se retrouve confronté à une immense crise. Les agriculteurs sont sur les routes, font des barrages. Et lui, il prend le dossier en main.
On se souvient notamment de l'image désormais mythique de Gabriel Attal qui fait une conférence de presse sur des bottes de foin et puis qui va sur l'autoroute rencontrer les agriculteurs. Il a lancé aussi d'autres chantiers, mais qui ont rapidement avorté. Quand vous discutez avec Gabriel Attal, il parle plus souvent de son bilan à l'éducation nationale que son bilan à Matignon et notamment le choc des savoirs, le redoublement qui est de retour et surtout, surtout, l'interdiction de l'abaya dans les écoles. Ça, vraiment, il en fait un marqueur politique.
Vous parliez de juin 2024. Le dimanche 9 juin 2024, après la défaite du camp macroniste aux élections européennes, Emmanuel Macron ne l'a pas prévenu qu'il allait dissoudre l'Assemblée. Et ça, Gabriel Attal l'a très mal pris.
C'est à la fois une douche froide pour lui et une vraie rupture avec le président. Lui affirme qu'il ne l'a appris qu'une heure et demie avant l'annonce, en fin d'après-midi, ce fameux dimanche électoral d'Européenne. C'est une bascule dans sa carrière politique parce que lui, le plus jeune Premier ministre de la Ve République, il sait très bien qu'il va devoir, dans quelques semaines, quitter Matignon car il y aura de nouvelles élections législatives et quels que soient les résultats, il devra faire ses valises.
C'est le début d'une crise politique qui va durer. A l'automne 2025, Sébastien Lecornu remplace François Bayrou au poste de Premier ministre le 9 septembre. La formation de son gouvernement prend de longues semaines, 26 jours précisément. Finalement, la liste des ministres est dévoilée le dimanche 5 octobre mais elle ressemble beaucoup, cette liste, à celle du gouvernement Bayrou. Pas de vrai changement. Les oppositions crient au scandale. Le 6 octobre 2025, invité du 20h de TF1, Gabriel Attal dit qu'il ne comprend plus les décisions d'Emmanuel Macron.
Comme beaucoup de Français, je ne comprends plus les décisions du président de la République. Il y a eu la dissolution et il y a depuis des décisions qui donnent le sentiment, une forme d'acharnement à vouloir garder la main.
C'est la première fois que Gabriel Attal rompt publiquement avec Emmanuel Macron. C'est inattendu pour le grand public et donc Gabriel Attal appelle à changer de méthode. Finalement, il s'émancipe.
Thomas Soulier, de son côté, le lendemain, Édouard Philippe appelle Emmanuel Macron à la démission.
Oui, c'est un coup de tonnerre sur RTL durant la matinale. Il appelle à une élection présidentielle anticipée.
Il doit aujourd'hui, face à cet affaissement de l'État, face à cette mise en cause terrible de l'autorité de l'État, prendre la décision qui est à la hauteur de sa fonction. Et pour moi, la décision à la hauteur de sa fonction, c'est de garantir la continuité des institutions en partant de façon ordonnée. Donc en partant de façon anticipée.
On ne parle jamais de démission d'Emmanuel Macron, mais c'est in fine la même chose. Il explique que le président est devenu la cause de la crise politique, le problème dans ce pays et la raison de l'immobilisme au sein du Palais Bourbon et donc de l'Assemblée Nationale. Après ses propos, sa cote de popularité dans l'électorat macroniste s'effondre. Les électeurs macronistes nous en veulent beaucoup d'avoir appelé à cette démission du président. Bon, depuis, il a reconnu avoir été un petit peu brutal pour le citer durant cette interview sur RTL.
Edouard Philippe est à ce moment-là déjà candidat à la présidentielle depuis longtemps. Il s'est lancé en septembre 2024 dans une interview accordée à l'hebdomadaire Le Point. Comment est-ce qu'il a justifié sa décision de se lancer dans cette élection à ce moment-là ?
À ce moment-là, il veut décoller son image de macroniste. Il considère que s'il veut remporter la prochaine élection présidentielle, il doit enlever ce sparadrap car être macroniste est devenu un vrai sparadrap pour tout homme politique. Et donc, comme beaucoup de ses prédécesseurs, comme Manuel Valls l'a fait avec François Hollande ou encore Nicolas Sarkozy avec Jacques Chirac, Edouard Philippe se dit, je vais refaire la même chose, susciter une rupture et m'enlever l'étiquette de macroniste pour qu'arrivé en 2027, les Français ne me considèrent plus comme l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron.
Gabriel Attal s'est déclaré beaucoup plus récemment, on va y revenir tout à l'heure, mais tout le monde savait depuis longtemps qu'il visait l'Elysée. Et Thomas Soulier, vous avez révélé dans Le Parisien que les deux hommes, Philippe, Attal, ont conclu une sorte de pacte de non-agression. C'était le 10 février 2025 lors d'un dîner à Paris en marge de la campagne pour les municipales. Ils soutenaient tous les deux le même candidat à Paris, le centriste Pierre-Yves Bournazel. Rappelez-nous cet épisode.
On a appelé ça le serment du cirque d'hiver. Nous sommes un mois avant l'élection du maire à Paris et là, juste après ce meeting au cirque d'hiver où Pierre-Yves Bournazel avait réussi l'exploit de réunir ces deux hommes-là, les deux hommes partent en catimini dans un petit restaurant du 11e arrondissement de Paris, juste à côté du cirque d'hiver. Et là, ils crèvent l'abcès. Pour la première fois, les deux hommes parlent de l'élection présidentielle. Ils prennent ce soir-là deux décisions. La première, c'est de ne jamais taper l'un sur l'autre durant la campagne.
La deuxième, c'est que le moins bien placé dans les sondages en janvier ou février 2027 se désistera pour celui qui apparaît comme le favori.
Édouard Philippe a été réélu maire du Havre le 22 mars. Cette réélection pour lui était nécessaire avant de continuer à viser la présidentielle. Son entourage annonçait juste après cette élection un grand meeting et le dévoilement d'un programme. Ça n'a pas été le cas. Pourquoi ?
On assiste à un vrai flottement dans l'entourage d'Édouard Philippe. Deux jours après le second tour, on sent qu'au fil des réunions dans le clan philippiste, il y a deux thèses qui s'affrontent. Ceux qui lui disent, Édouard, vas-y à fond, tu viens de gagner au Havre, tu fais la campagne. Et les autres qui lui disent, ce n'est pas le moment, les Français ne sont pas dans la campagne présidentielle. Il opte pour la deuxième option. En disant, entre les guerres, la crise du carburant, les Français ne pensent pas du tout à l'élection présidentielle. Il reporte ce meeting qui aura finalement lieu le 5 juillet prochain.
Alison Tassin, côté financier, et quelles sont les ressources d'Édouard Philippe pour mener cette campagne ?
Édouard Philippe est à la tête d'un parti qui s'appelle Horizon, qui est un parti qui est tout jeune finalement au regard de notre histoire politique, puisqu'il a été créé en 2021. Il doit donc se constituer une forme de caisse, de pécule. Et c'est pourquoi Édouard Philippe doit un petit peu s'activer. Il multiplie les petits déjeuners, les dîners, les levées de fonds. Il faut rappeler quand même qu'il a réussi à faire toute sa campagne pour les municipales au Havre sans contracter aucun prêt. Et on rappelle aussi qu'il a une trentaine d'élus à l'Assemblée nationale, ce qui lui permet aussi d'avoir un peu de subvention publique.
De son côté, Gabriel Attal est le patron du parti présidentiel Renaissance. Il a beaucoup plus de moyens financiers et humains.
Oui, parce que Gabriel Attal, il a récupéré le parti d'Emmanuel Macron fin 2024. Et donc, il est assis quasiment sur un trésor de guerre. Parce qu'en fait, il y a eu toutes ces années où il y a eu beaucoup de députés à l'Assemblée nationale. Ça a permis de récolter énormément de subventions publiques. Auparavant, Renaissance était propriétaire d'un siège qu'ils ont vendu. Donc là encore, ça permet de récupérer de l'argent. On parle de plusieurs dizaines de millions d'euros. Pour autant, ses proches assurent ne pas vouloir cramer la caisse entièrement pour cette campagne électorale. Et donc, ils ont dédié des personnes pour récolter des fonds lors de levées de fonds.
Et ils organisent des repas, des cocktails avec notamment des chefs d'entreprise ou des acteurs de la société civile. En 2025, ne serait-ce qu'avec ce fonctionnement, ils ont réussi à récolter 2 millions d'euros.
Cette année, 2026, le 23 avril, Gabriel Attal publie un livre sur sa vie. Ça s'appelle En Hommes Libres. Gabriel Attal livre un récit intime. Il parle du pouvoir, de ses blessures, du harcèlement qu'il avait subi à l'école, de son homosexualité ou encore de l'addiction de son père au jeu. Thomas Soulier, vous, qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans ce livre ?
Il y a deux parties dans ce livre. Un aspect très politique, le récit de la dissolution, des scènes inédites que l'on ne connaissait pas avec Emmanuel Macron, les raisons de la rupture. Et puis de l'autre côté, l'aspect personnel, le harcèlement scolaire qu'il a subi, son coming out, on le savait déjà, on n'apprend rien de nouveau. La seule chose qu'on apprend, c'est le fait que Stéphane Séjourné, aujourd'hui commissaire européen, ancien ministre des Affaires étrangères, est le compagnon officier de Gabriel Attal.
Alison Tassin, on a dit tout à l'heure que Gabriel Attal et Edouard Philippe ont conclu un pacte de non-agression. Mais le 25 mai, vous racontez dans Le Parisien que leurs conseillers, eux, ne se privent pas de dire du mal du camp d'en face.
Leurs entourages ne s'apprécient pas vraiment, voire se méprisent pour certains. Et donc, il y a des petites phrases qui font mal. Gabriel Attal, dans le privé, a pu dire « je suis meilleur que lui en campagne », ce qui a crispé du côté d'Edouard Philippe. Mais quelle campagne ? Il est maire de quelle ville a-t-on raillé à ce moment-là ? Et puis, il y a aussi du côté de Gabriel Attal, ses proches qui disent « ça se voit qu'Edouard Philippe n'aime pas les gens ». Donc, sur le fond, la compétition, elle est bel et bien là, en coulisses, entre les proches.
Le vendredi 22 mai, Gabriel Attal est dans le département de l'Aveyron pour son annonce de candidature dans la commune de Mur de Barèze, un village de 700 habitants. Alison, tout a été soigneusement préparé pour créer des images d'un Gabriel Attal au milieu d'une France provinciale qui parle à beaucoup de monde.
Oui, une petite place de village, un grand drapeau français fixé derrière lui. C'est vraiment une carte postale qu'a voulu livrer l'ancien Premier ministre. Et pour ça, il a fait simple, il s'est inspiré directement de Jacques Chirac. Donc, il est là, sur cette place de village. Les habitants ont été prévenus qu'un petit débat allait avoir lieu avec le maire quelques jours avant. Mais c'est le matin même, pour beaucoup, qu'ils ont appris que Gabriel Attal allait venir ici et faire sa déclaration de candidature. Le public est assez âgé, il y a quelques jeunes aussi qui sont venus. Et il y a donc un débat avec quelques questions sur des thématiques comme l'hôpital, comme l'école.
Et puis, tout d'un coup, le maire du village se met à la fin à poser cette question à Gabriel Attal. Est-ce que vous êtes candidat ? Tu peux me le dire, tu peux nous le dire, cher Gabriel, es-tu candidat à l'élection présidentielle de 2027 ?
C'est parce que j'aime profondément la France et que j'aime profondément les Français que oui, cher Pierre, j'ai décidé d'être candidat à la présidence de la République.
Ce jour-là, Alison Tassin, Thomas Soulier, Gabriel Attal vous accorde une interview pour Le Parisien dans laquelle il parle de son programme. Il refuse de se dire de droite, de gauche ou social-démocrate. Il affirme vouloir mettre en place quatre grands chantiers, école, salaire, frontière et IA, intelligence artificielle. Il se dit aussi ouvert à un débat sur la GPA, la gestation pour autrui, donc le recours à une mère porteuse pour avoir un enfant. Alison Tassin, pourquoi est-ce qu'il parle de ça alors que c'est un sujet qui divise beaucoup ?
Gabriel Attal, il compte faire campagne sur des sujets progressistes de société. Il est identifié sur ces sujets-là. Alors, on le disait juste avant, il a assumé être en couple avec un autre homme politique, Stéphane Séjourné. Il n'a aucun tabou sur son homosexualité. Et donc, la question lui a été posée à titre personnel sur son désir d'enfant. Question à laquelle il a répondu, c'est une question qui se posera peut-être un jour, mais pas aujourd'hui. Et donc, ce combat, il veut le porter politiquement, mais avec prudence. Il est élu président de la République. Il ne l'imposera pas. Il laissera le débat se faire parce qu'on le sait.
Souvent, ces sujets sont plus l'affaire de convictions personnelles que de réelles idéologies politiques.
Thomas Soulier, d'un mot, Gabriel Attal est plus à gauche qu'Edouard Philippe.
Oui, au vu de leur parcours politique, Gabriel Attal vient du Parti Socialiste, le PS. Il avait été collaborateur de l'ancienne ministre Marisol Touraine et militant donc PS. Lui, Edouard Philippe, il le revendique. Je suis un homme de droite. Il a participé à la création de l'UMP au début des années 2000. La GPA est une vraie divergence de fond entre les deux hommes. interrogé là-dessus, Edouard Philippe a rappelé que lui, président, jamais, il ne ferait la légalisation de la GPA.
À cette période, Gabriel Attal fait beaucoup parler de lui. Au passage, en privé, il semble revenir en partie sur le pacte conclu avec son concurrent. Gabriel Attal explique en off qu'il y aura un rassemblement en janvier ou février 27 uniquement si, je cite, le risque de voir Jean-Luc Mélenchon au second tour est avéré. De son côté, Edouard Philippe a fait deux déplacements à l'étranger. Le premier en Belgique, le 21 mai où il a parlé de lutte contre le narcotrafic. Et quelques jours plus tard, le mardi 26 mai, il s'est rendu en Ukraine à Kiev où, Alisson Tassin, il a rencontré le président Volodymyr Zelensky.
Oui, c'est la troisième fois qu'Edouard Philippe va en Ukraine. Cette fois, c'est parce qu'il était invité à un sommet international annuel des villes et des régions à Kiev. Il raconte son trajet sur les réseaux sociaux. Il s'est affiché auprès de Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, qui lui-même a publié une vidéo de cet entretien. C'est évidemment un marqueur fort pour les candidats à la présidentielle, marquant cette volonté d'Europe, ce soutien affiché, et finalement aussi une forme de continuité dans le soutien de la France à l'Ukraine. On le voit d'ailleurs, il n'est pas le seul à avoir été là-bas. Gabriel Attal y est allé déjà quatre fois, il est retourné en début d'année.
Et Bruno Rotaillot, le candidat pour Les Républicains, y est allé quelques jours avant Edouard Philippe.
D'un mot, est-ce que dans l'équipe d'Edouard Philippe, il y a la volonté d'accélérer la campagne, de se montrer plus face à l'activisme de Gabriel Attal ?
Il y a d'abord eu cette interview d'Edouard Philippe dans nos colonnes, juste avant la déclaration de candidature de Gabriel Attal. Edouard Philippe a également fait une émission politique juste après. Et puis dans les matinales radio qui ont suivi, Gabriel Attal a pris la parole, Edouard Philippe est venu quasiment le lendemain ou le surlendemain pour faire cette interview. En fait, en sport, on appellerait ça tout simplement du marquage à la culotte, parce qu'il y a cette volonté de la part d'Edouard Philippe de ne pas laisser s'envoler son concurrent, ou en tout cas de le laisser surfer sur son actualité médiatique. Thomas Soulier.
On les a souvent comparés au Lièvre et la Tortue, la fable de Jean de La Fontaine. Le Lièvre, c'est Gabriel Attal, qui pense qu'il faut aller très vite pour imprimer dans l'esprit des Français. De l'autre, la Tortue, Edouard Philippe, qui considère, encore une fois, que les Français ne sont pas du tout dans la campagne présidentielle. Dans la fable de Jean de La Fontaine, à la fin, c'est la Tortue qui gagne.
Merci à vous d'être présents ici si nombreux, d'avoir bravé la chaleur.
On en revient au début de cet épisode de Codesources, le samedi 30 mai. Gabriel Attal est donc en meeting à Paris, porte de Versailles. Thomas Soulier, il est comment à la tribune ? Et est-ce qu'il y a un ou deux moments marquants ?
Oui, je dirais deux. D'abord, le fait qu'il n'utilise jamais le nom d'Emmanuel Macron dans son discours. Il remercie à un moment donné le président sans jamais employer le nom d'Emmanuel Macron. Il remercie de l'avoir nommé aux différents ministères et à Matignon. Non, mais on sent que la rupture s'effectue car il ne le nomme pas. Et puis, deuxième moment, c'est l'après-meeting. Le meeting se termine, porte de Versailles. Et là, il se met au fond de la salle pour dédicacer son livre en homme libre. Il y a environ deux, trois heures d'attente pour arriver à Gabriel Attal pour avoir juste un petit mot et une petite photo.
Les gens ne viennent pas pour Renaissance, ne viennent pas pour le bloc central. Ils viennent pour Gabriel Attal.
Le lundi 1er juin, le Parisien publie un sondage sur ce duel des centristes. Principal enseignement, si les deux candidats se maintiennent au premier tour, cela favorise un second tour RN-LFI.
Si Gabriel Attal et Edouard Philippe y vont, il y a un second tour probable entre Jean-Luc Mélenchon, qui se retrouve au coude à coude avec Edouard Philippe autour de 16-17%, et le RN, qui lui est très très haut, autour de 35%. En revanche, si les deux hommes se mettent d'accord, s'il n'y a qu'un seul candidat entre les deux, Jean-Luc Mélenchon ne pourrait pas, selon ce sondage, accéder au second tour. En coulisses, c'est un vrai argument pour ce qu'on appelle les unionistes, ceux qui veulent l'union du bloc central, en disant, regardez Gabriel Attal, regardez Edouard Philippe, s'il n'y a pas de rassemblement, c'est foutu, on s'efface au profit des deux extrêmes.
Merci Thomas Soulier, Alison Tassin. Cet épisode de Codesource a été produit par Clara Garnier-Amourou et Thibaut Lambert. Réalisation, Julien Moncouquiol. Codesource est le podcast quotidien d'actualité du Parisien. N'hésitez pas à vous abonner pour ne rater aucun épisode. Vous pouvez nous écrire, codesource.leparisien.fr. Et puis n'oubliez pas notre podcast hebdomadaire sur les affaires criminelles. Chaque samedi, Crime Story, présenté par Claudia Prolongeau et Damien Delsenis.
Édouard Philippe