Proche-Orient, Ukraine, Trump... Le coup de gueule de Claude Malhuret au Sénat
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Monsieur le président, monsieur le premier ministre, messieurs les ministres, on ne mange jamais autant qu'après une chasse avant une élection ou pendant une guerre, disait Clémenceau. Et c'est ainsi que tourne en boucle sur les chaînes d'info, les dessins animés où la bombe américaine en Iran perce comme du beurre 80 m de granite avant d'exploser. Même les services de renseignement américain n'arrivent pas à faire semblant d'y croire malgré les ordres de leur président.
C'est ainsi que les molats de Théan rabâchent dans leur communiqué même pas mal comme s'ils avaient gagné la guerre des 12 jours. C'est ainsi que Netaniaou tort les déclarations de l'AIEA pour expliquer que l'Iran était à 15 jours de déclencher l'apocalypse nucléaire. Personne ne se plaindra de la correction infligée à l'effroyable régime des Ayatolas.
Mais qui peut croire que le problème est réglé ? La guerre au Proche-Orient dure depuis 80 ans avec des trêves et des flambées. Elle continuera tant qu'on n'arrivera pas à imposer la solution qui garantisse à la fois les droits des Israéliens et ceux des Palestiniens.
Je ne vais donc pas ajouter un commentaire au concours de prophéti à court terme pour savoir si le cesser le feu est durable ou non, si le détroit d'Ormous va s'enflammer ou si les accords d'Abraham ont un avenir. Je voudrais en revanche évoquer un sujet brûlant pour nous et que ce conflit mette en évidence de façon angoissante où est passée l'Europe ? La guerre d'Ukraine, l'élection de Trump et l'embrasement du proche Orient ont révélé ce que personne n'a envie de voir.
L'Europe est en train de s'effacer comme un château de sable se dissou peu à peu au bord du rivage. Trump la méprise, V la déteste. La Chine n'y voit qu'un marcher pour ses voitures électriques.
La Russie a un continent décadent tremblant devant la guerre. Le reste du monde par sur son déclin. Quatre ou cinq fois par an, 27 chefs d'État débarquent de leur Mercedes noir et s'engouffrent dans le grand hôtel prestigieux d'une capitale historique, délivre des discours prédigérés autour de grandes tables rondes ornées de fleurs, accouchent difficilement d'un plus petit dénominateur commun.
Et puis, heureux d'avoir frôé le désaccord mais éviter le pire, se congratule de grandes tables dans le dos avant de gagner le podium de la photo de groupe avant que chacun reprenne son avion. En cas de crise, le scénario se détraque. Les contraintes de la frénésie médiatique ne peuvent attendre la convocation d'une réunion.
C'est alors la course au premier qui trouve une idée. Depuis le 7 octobre 2023, la France a successivement lancé la proposition baroque d'une coalition générale contre le Hamas, assurer à Israël de son soutien inconditionnel puis condamner la dévastation de Gaza. convoqué avec l'Arabie Saoudite une conférence sur les deux états tués dans l'œuf par les frappes en Iran avant de proposer désormais plus modestement une aide humanitaire aux Palestiniens et hier même d'appeler le boucher de Moscou au téléphone pour lui demander d'aider à trouver une solution sur le nucléaire iranien.
Aucune de ces initiatives n'a connu le commencement d'un début d'effet en Ukraine, le réveil européen après l'invasion s'essouffle. L'Allemagne, après 3 ans d'un chancelier qui s'est comporté comme une limande apeurée, a vu son successeur montrer les muscles en attendant que dès son arrivée, les taurus seraient livrés avant d'expliquer une fois au pouvoir qu'il ne le serait pas. La France en 2022 a proclamé l'économie de guerre.
Cette phrase était forte imprudente car nous en sommes aujourd'hui très loin. 3 ans plus tard. Impuissant, les dirigeants européens sont devenus les commentateurs des événements, campés devant les caméras comme une mouche qui se pose sur les cieux de la charrette et qui se dit "Quelle poussière je soulève Plus jamais la guerre entre nous, c'était le projet européen.
Mais depuis le 21e siècle, la réalité c'est la guerre avec les autres, les dictatures. On a transmis le fardeau aux Américains et l'Europe est devenue le continent du pacifisme. Oublions ce que rappelé Mitéran il y a 40 ans.
Les pacifistes sont à l'ouest, les missiles à l'est. La chute du mur de Berlin a nourri la fable des dividendes de la paix. Aujourd'hui, l'Europe, c'est le pacifisme plus le désarmement.
Dans un monde en guerre où les dictateurs ont juré de prendre leur revanche de leur défaite du 20e siècle, c'est un contresens absolu. La première conséquence de l'impuissance, c'est l'humiliation. l'humiliation en Iran bien sûr ou Cécile Colère et Jacques Paris, je voudrais ici à mon tour leur exp leur exprimer ma solidarité sont retenu dans des conditions inhumaines que nous n'arrivons pas à faire cesser malgré tous nos efforts.
L'humiliation lors du prêche de Van à Munique. L'humiliation lorsque Trump dit aux Européens qu'au Proche-Orient, on n' pas besoin d'eux. Il a le droit de le croire mais il pourrait bien regretter un jour son mépris. et comprendre lorsqu'il en aura besoin en mer de Chine ou ailleurs.
Tout le sens de la phrase de Churchill en 43. Il n'y a rien de pire que de combattre avec des alliés si ce n'est de combattre sans eux. Mais chacun sait qu'on peut demander à Trump et à ses tweetes de se projeter à cette échéance.
Ces menaces ont conduit les Européens à se prosterner devant lui à la J'ai rarement été aussi gêné qu'en voyant tant de chefs d'état rivaliser de courbette. Comme dit le proverbe chinois, si tu dois te prosterner, prosterne-toi très bas. Le secrétaire général de l'OTAN, ancien fier premier ministre des Pays-Bas, appelant Trump Papa, est un symbole éloquent de l'Europe d'aujourd'hui.
Pour remercier les Européens sans doute, Trump vient d'annoncer la fin des livraisons d'armes à l'Ukraine. La trahison annoncée est désormais totale. La complicité avec Poutine avouée.
Nous sommes seuls et au pied du mur. Nous avons eu 3 ans pour nous préparer à cette éventualité. Nous ne les avons pas mis à profit.
Nous ne sommes pas prêts. Nous n'avons ni les moyens ni la volonté de prendre le relais et de soutenir comme il faut ceux qui meurent par dizaines de milliers pour se défendre et pour nous défendre les Ukrainiens. C'est tragique pour l'Ukraine aujourd'hui.
C'est tragique pour l'Europe demain. L'urgence est de moderniser et de renforcer et surtout coordonner la défense européenne à la hauteur de la compétition stratégique de comprendre que les guerres d'aujourd'hui sont hybrides et que notre retard dans les drones, le numérique, l'intelligence artificielle et la lutte contre la désinformation est encore plus immense que l'insuffisance de notre armement conventionnel. La priorité, c'est aussi d'arrêter les discours desmobilisateurs assurant que nous ne sommes pas en guerre alors que les dictateurs sont en guerre contre nous.
Qu'ils le disent tous les jours et surtout qu'ils le font sur les réseaux sociaux envahis de troll dans nos entreprises ciblées par les sabotages et les cyberattaques au fond des mers par la section des câbles sous-marins, dans les airs par les provocations quotidiennes. Comment allons-nous persuader les Français de soutenir l'engagement prix à la de porter le budget militaire à 3 et demi % de notre PIB si on ne les convainc pas que nous subissons aujourd'hui une guerre qui a radicalement changé de nature et qui est en grande partie invisible. Comment les convaincre lorsqu'à l'Assemblée nationale, les deux extrêmes sont quasi majoritaires et que même s'ils se détestent, ils sont d'accord sur le pire, le soutien aux dictateurs qui nous ont déclaré la guerre.
Et enfin, comment arriver à ce que l'Europe retrouve le rond qui était le sien dans le monde si elle ne trouve pas la force d'aménager cette règle de l'unanimité qui l'a conduite à l'impuissance ? Arthur, le vainqueur de la guerre du Pacifique, disait "Les batailles perdues se résument en deux mots. Trop tard, l'Europe doit se réveiller.
Il lui faut seulement des peuples qui se souviennent de leur histoire et des dirigeants qui prennent la mesure des périls. Je vous remercie. Merci monsieur le président.
Ah.
Claude Malhuret