Entretien avec Edouard Philippe sur la réforme des retraites
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir monsieur le Premier ministre. Bonsoir. Quelle valeur a la consultation que vous organisez ce soir ? Faut-il considérer qu'en matière de réforme des retraites, rien n'est encore acté, rien n'est décidé ?
Il y a un certain nombre de choses qui sont claires. On veut faire une réforme, on veut créer un régime universel qui va venir se substituer progressivement aux 42 régimes existants aujourd'hui. On veut créer un régime solide qui s'équilibre dans le temps. On veut créer un régime qui est beaucoup plus juste que la grande diversité de ceux qui existent aujourd'hui. Mais une fois qu'on a posé ces principes, un régime par répartition, c'est-à-dire ceux qui cotisent aujourd'hui payent les pensions de ceux qui sont aujourd'hui à la retraite. Une fois qu'on a posé ces principes, il y a énormément de choses qui ne sont pas décidées. Comment est-ce qu'on passe des systèmes actuels au système futur ?
Quelle nature de solidarité, de droits familiaux on met dans le dispositif ? Il y a beaucoup de questions qui sont ouvertes. Et pour les trancher, il faut discuter avec les organisations syndicales. C'est ce que fait très bien le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye. Mais il faut aussi parler avec les Français et écouter ce qu'ils ont à dire, au moins autant que répondre à leurs questions.
Alors Jean-Paul Delevoye l'écrit noir sur blanc dans son rapport qui vous sert de boussole pour cette réforme. Le système actuel est quasiment à l'équilibre financier. Qu'est-ce qui nécessite finalement de réformer à nouveau le système des retraites ?
Vous posez bien la question. En réalité, cette retraite, cette réforme n'est pas une réforme budgétaire. Il y a un petit déséquilibre. Mais il n'est pas considérable si on regarde l'ensemble des systèmes de retraite. Et donc en fait, ce n'est pas pour revenir à l'équilibre qu'on fait cette réforme. On fait cette réforme parce que le système actuel, ou plus exactement les 42 systèmes actuels, ils ont été pensés, bien pensés d'ailleurs, à une époque qui n'est plus la nôtre, en 1945. Et il y a des sujets nouveaux qui sont apparus, des questions nouvelles qu'il faut régler.
Et il nous semble qu'avec un régime universel, par points, où tout ce que chaque euro cotisé par chacun de nos concitoyens, quel que soit sa situation, ouvrira les mêmes droits, il nous semble qu'on a un meilleur système. Et je pourrais donner beaucoup d'exemples de pourquoi c'est devenu nécessaire.
Alors la fin des régimes spéciaux, ça veut dire la fin de certains avantages pour des professions, estimez-vous, n'estimez-vous pas néanmoins que certaines professions méritent de partir plus tôt de par leur spécificité ?
Mais on ne va pas changer le fait que certains métiers sont spécifiques. Les militaires... Êtes-vous prêt, politiquement, à dire aux policiers, c'est fini la retraite anticipée ? Non, je ne suis pas prêt. Je ne suis pas prêt. Je ne suis pas prêt. Je ne suis pas prêt. Je voudrais aller jusqu'au bout de mon idée. Les militaires, ils ne vont pas partir à la retraite à 62, à 63 ou à 65 ans. Il y a un certain nombre de militaires qui, après avoir effectué leur contrat, passent dans la vie civile et ils ont quand même gagné des droits à la retraite, et il faut évidemment leur faire valoir.
L'idée, ce n'est pas de faire un système unique ou un système uniforme, c'est de faire un système universel, où on prend en compte un certain nombre de spécificités. Vous avez évoqué les policiers qui mettent en jeu des compétences régaliennes. Il faut évidemment que le système futur soit adapté à leurs spécificités, spécificités de carrière. Mais je suis convaincu que dans un système universel, où chaque Français cotise pour la pension de tous les retraités, on a quelque chose qui est plus juste, qui est plus solide, et qui est aussi beaucoup plus compréhensible pour les Français.
Je voudrais juste vous donner une question, et je le dis sans aucune espèce d'animosité, et certainement pas pour dénoncer tel ou tel. Mais en France, aujourd'hui, au moment où je vous parle, un conducteur de bus à Lonce-le-Saunier ou au Havre, que je connais mieux que Lonce-le-Saunier, il part à la retraite. Dix ans après, le conducteur de bus de Paris, de la RATP. Ce n'est pas très raisonnable.
Ça ne se justifie plus vraiment. Vous parlez de la RATP. Il y a une grève interprofessionnelle qui est annoncée pour le 5 décembre. Le gouvernement est-il prêt à reculer sur cette réforme ? Certains, dans votre camp, dans la majorité, disent qu'il faudrait peut-être repousser l'application de la réforme.
La question n'est ni repousser ni reculer. La question, c'est discuter. Nous avons dit dès le début que sur les principes, nous étions fermes. Un régime universel, oui, nous voulons un régime universel. Par répartition, nous ne voulons pas de la capitalisation. Ça, c'est clair. Mais nous avons dit dès le début que nous étions prêts à discuter. Et pendant plus d'un an, monsieur, pendant plus d'un an, Jean-Paul Delevoye a discuté avec les organisations syndicales pour essayer de dire, voilà les sujets qu'il va nous falloir trancher. Pour déblayer le terrain.
Jean-Paul Delevoye dit application 2025. Est-ce que pour calmer tout le monde, il faut reporter l'application de la réforme ?
Je voudrais juste au bout de mon idée. On a déblayé toute une série de sujets sur lesquels nous devons prendre des décisions. Et nous avons dit à toutes les organisations syndicales, je l'ai dit publiquement, Jean-Paul Delevoye l'a dit publiquement, le président de la République l'a dit publiquement, nous voulons discuter avec les organisations syndicales d'un certain nombre de sujets, dont la question de la transition et de la mise en œuvre. Il y a beaucoup de possibilités pour passer des systèmes actuels aux systèmes futurs. On peut faire tout brutalement une certaine année.
On peut faire des phases de transition, plus ou moins longues, on peut imaginer plusieurs façons de rentrer dans la forme. Et il ne s'agit ni de reculer, ni d'avancer, ni de bousculer. Il s'agit de discuter et de prendre une décision éclairée, négociée et concertée. Ça se fait dans le calme, ça se fait dans la discussion. C'est ce que Jean-Paul Delevoye a commencé à faire. Il a plus de 350 réunions prévues dans les mois qui viennent, Jean-Paul Delevoye. Pourquoi ? Parce que justement nous sommes ouverts à la discussion avec toutes les organisations syndicales qui veulent se prêter à cet exercice. Merci beaucoup Monsieur le Premier ministre d'avoir répondu à nos questions.
Merci à vous.
Édouard Philippe