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interviewyoutube.com· 1 avril 2026 21 min

La grande interview : Bruno Retailleau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et notre invité dans la grande interview sur CNews et sur Europe 1, c'est Bruno Retailleau. Bonjour à vous.

0:04
Bruno Retailleau

Bonjour, Laurence Ferrari.

0:05
Présentateur

Président des Républicains, candidat à la présidentielle. On va parler dans un instant de la crise énergétique qui frappe la France, du pouvoir d'achat des Français. Mais d'abord, j'ai une question très simple, Bruno Retailleau. Est-ce que la droite est morte ? Est-ce que la zizanie qui règne entre vous tous ne va pas vous condamner à la disparition ?

0:20
Bruno Retailleau

La droite n'est pas morte. C'est d'ailleurs le principal enseignement du scrutin municipal, puisque nous avons gagné beaucoup, beaucoup de villes moyennes. Bien sûr, pas Paris-Lyon-Marseille. Paris-Lyon-Marseille, c'est 4,3% du corps électoral. Mais ailleurs, c'est nous qui avions fait les meilleurs scores, que ce soit en termes de siège, que ce soit en termes de voix. Donc, la France est à droite. Malheureusement...

0:41
Présentateur

Mais c'est la zizanie entre vous ? Vous n'êtes pas d'accord les uns avec les autres ?

0:44
Bruno Retailleau

La droite, par rapport à la gauche, je le regrette d'ailleurs, la gauche a toujours ce réflexe du collectif. Quoique, aujourd'hui, un peu moins. Et la droite, elle aime les querelles gauloises. Simplement, ce que je dis...

0:55
Présentateur

Oui, mais sans le charme d'Astérix.

0:56
Bruno Retailleau

Sans doute. Et encore moins celui d'Amenix et d'Idéfix. Mais je pense que la France vit un moment crucial. Je crois que l'élection présidentielle de 2027 sera un moment vraiment capital. Il ne faut pas louper cette élection présidentielle. Et je pense qu'il faudra se rassembler à un moment ou à un autre, mais sur des idées. Voilà.

1:16
Présentateur

Sur un programme. On est d'accord. Mais il faut une personne pour l'incarner.

1:18
Bruno Retailleau

Non, attendez. Il faut d'abord un projet. Moi, je veux renverser la table. Il y en a marre du « en même temps ». C'est pas ce que veulent les Français. Et si on veut redresser la France, croyez-moi, c'est certainement pas avec des synthèses molles. Jamais, jamais, je n'atteindirais mes convictions dans une soupière d'eau tiède.

1:35
Présentateur

C'est ce que dit Edouard Philippe. Il dit « Les Français en aura la couenne ». Alors c'est son expression de la politique. Vous partagez ce constat avec lui ?

1:41
Bruno Retailleau

Non. Ils sont déçus, non pas de la politique. Ils sont déçus des hommes et des femmes politiques. Les Françaises et les Français, on en a marre de ceux qui perpétuent les mêmes problèmes, plutôt que de trouver les solutions. J'ai un point de désaccord avec Edouard Philippe. Quand il parle de l'immigration, par exemple.

1:58
Présentateur

Ça ne vous va pas ce qu'il propose ?

1:59
Bruno Retailleau

Je vois bien que pour moi, l'immigration n'est plus une chance. Parce que c'est devenu, non pas le problème principal, mais il aggrave tous nos problèmes de logement, de santé, mais y compris de sécurité. Et quand il dit, par exemple, l'immigration de travail, c'est bien. Non, aujourd'hui, qu'est-ce qu'on voit ?

2:16
Présentateur

Choisis et contrôlés.

2:17
Bruno Retailleau

Choisis et contrôlés, bien sûr. Mais si l'immigration de travail pouvait résoudre notre problème de main-d'œuvre, pourquoi alors il y a tant d'immigrés qui sont au chômage ? Pourquoi est-ce que les immigrés ont un taux de chômage quasiment du double par rapport aux natifs en France ? Et donc, on voit bien qu'on accueille ce qu'on croit être des travailleurs. En réalité, on accueille surtout une immigration de peuplement. Mais en pensant accueillir des travailleurs, on fabrique des chômeurs. Donc, si on veut faire baisser l'immigration, pardon, moi j'ai une proposition. Il faudra changer la Constitution et il faudra faire un référendum. Ce sera les Français qui devront choisir.

Les Français se détournent de la politique. Pourquoi ? Parce qu'elle est impuissante. Parce qu'elle renvoie ce spectacle des ambitions personnelles. Et surtout parce que la démocratie, en réalité, a quitté notre régime républicain. Jamais les Français...

3:07
Présentateur

La démocratie a quitté la République ?

3:09
Bruno Retailleau

Je vais m'expliquer. C'est grave ce que vous dites, Bruno Caillot ? Oui, c'est très grave. Je pense qu'on est de moins en moins dans un régime démocratique. C'est la question de l'État de droit.

3:15
Présentateur

Un régime autoritaire, on est ?

3:17
Bruno Retailleau

Non, mais pour moi, l'État de droit, c'est un cadre qui est un cadre juridique. Mais aujourd'hui, on voit bien que l'État de droit est un cadre qui est un cadre idéologique. Quand, par exemple, le Conseil constitutionnel interdit aux parlementaires de durcir la justice des mineurs. Ça n'est plus la démocratie. Vous avez été confronté avec vos lois ? C'est aux gens. Mais attendez, je pense que justement, la démocratie comme l'État de droit, c'est la séparation des pouvoirs. Il y a l'auteur de la loi, le législateur, et il y a l'interprète. Mais on ne doit pas mélanger les choses.

Et les Français, aujourd'hui, cette déception, cette fatigue démocratique, vient du fait qu'ils sentent bien qu'il y a l'impuissance du politique qui est complètement ligotée par toutes ces jurisprudences. Il va falloir s'en libérer. C'est ce que je propose. Et je mettrai sur la table une révision constitutionnelle qui sera ambitieuse, audacieuse et qui sera la rupture.

4:04
Présentateur

Il y a l'impuissance des politiques, mais il y a aussi les divisions personnelles. Pourquoi est-ce que vous refusez toute logique de candidature unique à droite en prenant le risque d'une division fatale, Bruno Rutaillot ? Nombreux sont ceux dans votre parti qui la réclament, même à l'extérieur de votre parti. Et vous vous dites non, pas question.

4:17
Bruno Retailleau

Mais je ne dis pas non, pas question. Je dis simplement qu'aujourd'hui, quand on me parle de primaire, ce que je constate, c'est qu'il y a autant de gens qui sont contre la primaire que ceux qui sont pour la primaire. Ce que je constate, c'est que parmi ceux qui sont pour la primaire, il y a autant d'avis qu'il y a de formes de primaire. C'est la zizanie, donc. C'est la zizanie. Donc moi, je suis concret, je suis un rural, et je pense que la vie politique se grandit lorsqu'il y a un débat d'idées. C'est ce que j'essaie de porter.

Je veux renverser la table, je veux porter un projet de rupture, je veux rompre avec tout ce qui a mis et affaibli la France, mis la France à terre, rompre avec le laxisme migratoire, sécuritaire, rompre aussi avec le laxisme budgétaire, l'appauvrissement des Français. Et c'est à partir du projet qu'on arrivera à dessiner une perspective, qu'on permettra aux Français de se reconnecter à la vie politique. Parce qu'alors là, ils verront que ce que l'on propose les concerne directement. Moi, je veux proposer un 13e ou 14e mois, à condition de travailler une demi-heure simplement, de plus par jour.

Et j'annule les cotisations à partir d'un seuil, cotisation sociale pour l'employeur comme pour le salarié. C'est bon pour l'entreprise et c'est bon pour la salariée. Je veux réviser la Constitution pour baisser l'immigration, pour avoir une politique sécuritaire beaucoup plus ferme.

5:31
Présentateur

C'est un programme radical que vous avez proposé aux Français.

5:32
Bruno Retailleau

Exactement.

5:33
Présentateur

Encore un exemple de Zizani. Vous avez reçu David Nysnard qui a confirmé son intention qu'il claque la porte des Républicains. Je quittais l'air car le parti n'a pas quitté tout simplement ses ambiguïtés et la Macronie. Qu'est-ce que vous lui avez dit quand vous l'avez vu en tête à tête ? De vrai, est-ce que vous regrettez son départ aussi ?

5:47
Bruno Retailleau

Bien sûr, c'est un ami, David, c'est un ami, donc je ne dirai pas mal de lui. Simplement, je le lui ai dit, sa décision, je ne la comprends pas. Je pense qu'il avait préparé des semaines ou des mois. Bien sûr, il a créé sa boutique, donc je ne suis pas dupe.

6:01
Présentateur

C'est une échappée en solitaire ?

6:03
Bruno Retailleau

Pourquoi ? Je le pense, oui. Mais je pense qu'on va se rejoindre, parce qu'on a les mêmes convictions. Il reviendra. Il ne peut pas me reprocher, David. Écoutez, j'étais un ministre de l'intérieur du combat. Un ministre de l'intérieur qui n'a rien cédé, ni au président de la République, sur l'immigration, sur l'Algérie. Et quand j'ai vu que le Premier ministre était en train de faire des accords de boutiquier avec M. Olivier Faure, je suis parti du gouvernement. Beaucoup de gens m'ont dit, tu n'aurais pas dû partir. Je suis parti pour que mes convictions puissent être respectées. Depuis quand il y a eu, à la tête de LR, un président aussi libéral en termes économiques que moi ?

Donc, je pense que David nous rejoindra. Nos chemins se recroiseront. C'est ce que je souhaiterais.

6:40
Présentateur

Donc, les arguments qui avancent, pour son départ, sont faux, à vos yeux ? Ce sont un prétexte ?

6:45
Bruno Retailleau

En tout cas, je pense que ce sont des prétextes, oui, bien sûr. Pour tenter les chemins solitaires. Les choses sont très claires. Je n'ai rien à voir avec la Macronie. Je viens de le redire au sujet de l'immigration. Je n'ai pas voté, j'ai voté aucun budget au Sénat. Nous n'avons pas voté les budgets. Je regrette d'ailleurs que d'autres l'aient fait. Je l'ai dit, je le redis. C'est tout, voilà.

7:03
Présentateur

La primaire, juste en un mot, parce que je sais que les Français, ce n'est pas leur préoccupation. Vous allez soumettre ça au vote des militants LR, c'est ça ? Non, mais moi... Ils choisiront entre plusieurs formules ?

7:13
Bruno Retailleau

Lance Ferrari, vous avez compris que moi, je veux redonner le pouvoir au peuple. Ce que je veux pour le pays, je le veux pour le parti. Ça a été un engagement que j'ai pris pendant cette campagne qui m'a permis d'être élu président de LR. J'avais dit aux adhérents, c'est vous qui trancherez. C'est donc inscrit dans nos statuts. J'entends respecter cette règle démocratique et c'est eux qui trancheront entre une primaire fermée, une primaire un peu ouverte, ou la désignation du président de LR comme candidat naturel de LR.

7:41
Présentateur

Il n'y a pas de primaire vraiment ouverte qui irait de Gérald Darmanin à son rectum.

7:45
Bruno Retailleau

Non, mais on est une famille politique. Il faut déjà que l'on clarifie les choses dans notre propre famille politique où il ne vous a pas échappé qu'il y a des ambitions. Voilà. Donc ça, cette première étape, elle est absolument nécessaire. C'est une étape de clarification.

7:58
Présentateur

Bruno Retailleau, vous combattez le macronisme, vous combattez le RN, mais pour gagner en 2027, il va falloir élargir votre base électorale. Quelle est votre stratégie ? Ça sera d'aller convaincre les électeurs RN de reconstruire une alliance avec le centre. C'est crucial pour...

8:11
Bruno Retailleau

Moi, je suis pour l'alliance des électeurs de droite dans les urnes. Je l'ai souvent dit. Je crois en la majorité nationale. Je parle souvent de France des honnêtes gens. Eh bien moi, je pense qu'un électeur qui a voté pour Édouard Philippe au Havre pourra parfaitement rejoindre mon projet. Un électeur qui a voté pour Robert Ménard à Béziers pourra aussi le rejoindre. Et tous les électeurs du centre et de droite qui ont voté pour notre liste au municipal.

8:36
Présentateur

Un électeur qui a voté Gabriel Attal, il pourrait vous rejoindre ou pas ?

8:39
Bruno Retailleau

Il y a des électeurs de droite à Renaissance. Gabriel Attal n'est pas un candidat de droite. Il a d'ailleurs dit qu'il voulait créer un comité de liaison, mais sans LR, qui lui paraissait trop à droite. Voilà. Mais il faut que les choses soient claires. Moi, je respecte toutes les convictions. Moi, j'ai les miennes. J'en ai jamais changé. Je trace ma route, simplement. Et je veux cette clarté vis-à-vis des Français. Pas de tambouille politique. Et ce qui me déprime le plus, quand je vois des tribunes qui disent qu'il faut absolument un candidat unique... 90 élus qui ont signé ces tribunes. Il y a des centaines d'élus. Ou une primaire. Mais il y a des milliers d'élus. Peu importe.

Mais ce que je leur dis, je les respecte aussi. C'est que vouloir un candidat unique, simplement pour avoir comme projet de battre les extrêmes, que ce soit Marine Le Pen, Jordan Bardella ou M. Mélenchon, c'est court comme projet. Je l'ai dit, je l'ai écrit dans la tribune au Figaro. Le rejet ne fait pas un projet. Ce qui est important, ce sont des idées. C'est la ligne qu'on va porter. Parce qu'en 2017, il n'y a pas eu vraiment de débat sur le projet. François Fillon, ce sont les juges qui ont imposé finalement un verdict. Ensuite, en 2022, pareil. Ce n'est pas le choix des Français. Il y avait la crainte de la guerre. Donc, on a escamoté la campagne. On a totalement effacé le projet.

Enfin, là, au moment où la France est au bord du précipice, je le pense vraiment, il faut qu'on discute du fond. C'est ce qui intéresse les Français.

10:00
Présentateur

Et il faut rallier aussi des gens à votre panache, je dirais. Est-ce que vous allez tendre la main à des formations comme celle d'Éric Ciotti, qui a remporté la mairie de Nice ? Est-ce que vous allez ouvrir un tout petit peu les portes de la droite ?

10:12
Bruno Retailleau

On se trompe. La tambouille politique, c'est ça qui n'intéresse pas les Français. Les accords d'appareil, ils s'en fichent complètement. Ce que les Français veulent, vous savez, nous sommes un grand peuple, une vieille nation, et sans doute un des peuples les plus politiques. Donc, ils savent distinguer le vrai du frau, la sincérité de l'insincérité. Et ce que je veux, moi, c'est réunir une majorité de bon sens, une majorité de bon sens, y compris avec des gens qui n'ont pas voté, qui ne votent plus ou qui ont parfois voté à gauche sur les idées.

10:42
Présentateur

Il est insincère, Éric Ciotti, c'est ce que vous dites ?

10:44
Bruno Retailleau

Mais pas du tout. Je m'adresse aux électeurs. Je m'adresse aux électeurs. Parce que les Français ne croient plus, ni dans les partis, ni finalement dans les chapeaux à plumes. Voilà.

10:54
Présentateur

Très bien. On va évoquer ce climat politique et délétère en France, dans cette période post-municipale, avec une stratégie d'antagonisation, d'hystérisation des débats menés par la France insoumise. 130 incidents recensés par le ministre de l'Intérieur, des maires menacés qui démissionnent, qui demandent la protection de la police. Est-ce que vous avez déjà vu ça dans notre pays ?

11:12
Bruno Retailleau

Non, c'est du jamais vu. Et c'est pour ça que l'élection en 2027, elle est cruciale, elle est capitale. Parce que non seulement la France va mal, très mal, il faut la redresser, mais pour la première fois, sous la Ve République, nous avons en France un parti sédicieux. Un parti qui encourage l'antisémitisme, qui encourage le racialisme. Souvenez-vous de la phrase de Jean-Luc Mélenchon, « tout blanc, tout moche », c'est-à-dire le racisme anti-blanc. Et un parti qui protège les violents. Donc, c'est pour ça que l'heure est grave. Et moi, je l'ai dénoncé bien avant le deuxième tour, au premier tour, avant le premier tour. J'avais dénoncé les accords de la honte.

Cette expression, c'est nous qui l'avons créée, c'est nous qui l'avons imposée dans le débat public. Et je ne suis pas du tout surpris de ce qui s'est passé à Creuil, à Creuil, à Saint-Denis, ou ailleurs. J'ai eu Christophe Carlier, le maire dont la mairie a été, comment dirais-je, abîmée, à Freyne, il y a quelques jours. Donc, ça ne mettonne...

12:08
Présentateur

Des individus de 14 à 16 ans qui ont été interpellés.

12:10
Bruno Retailleau

Oui, mais regardez, un élu de ce département me disait que pour une commune voisine, Villeneuve-le-Roi, la mairie avait été détruite. Un individu, un jeune, avait été pris. Il y avait eu son bornage téléphonique. Il y avait des preuves, y compris des empreintes. Il y a des empreintes, il est cop de 6 mois avec sursis. Il y a un appel et la cour d'appel le relaxe. Donc, zéro sanction. Donc, zéro sanction. Tant que nous aurons l'impunité en France, on n'y arrivera pas. Vous pourrez multiplier par 10, par 100, par 1000, les gendarmes, les policiers, qui sont des courageux, auxquels je rends hommage, vous n'y arriverez pas s'il n'y a pas une sanction pénale qui soit à la hauteur.

Et c'est la raison pour laquelle, une fois de plus, on n'y arrivera qu'avec le référendum, y compris sur la justice et justice des mineurs.

12:58
Présentateur

Bruno Retailleau, la Nouvelle France de Jean-Luc Mélenchon, vous dites que c'est la fin de la France. Vous avez même créé, vous voulez créer un observatoire des villes et les filles pour pointer les dérives, c'est bien ça ?

13:07
Bruno Retailleau

Totalement. Il ne faut rien, mais alors rien, leur laisser passer. Et vendredi, j'annoncerai...

13:13
Présentateur

Porte du voile dans les conseils municipaux, par exemple ?

13:14
Bruno Retailleau

Bien sûr. D'ailleurs, c'est un texte, c'est un amendement que nous avions fait passer au Sénat, d'un texte, d'une loi très récente, fin 2025, qui autorise les maires, dans leur règlement, à faire en sorte qu'on interdise le voile. Et moi, je demande à nos maires de prendre justement cette mesure dans leur règlement. Parce que la Commune et le Conseil municipal, c'est la petite République. La République, elle est laïque. C'est ce que proclame notre Constitution.

13:39
Présentateur

Elle est laïque et donc il faut pointer du doigt ces dérives, mais aussi les sanctionner ?

13:43
Bruno Retailleau

Il faut à la fois les pointer et bien entendu les sanctionner, ne rien laisser passer. C'est ce que nous allons faire. Nous allons créer un observatoire où nous allons dépouiller les délibérations de ces équipes municipales d'extrême-gauche, LFI, là encore, pour détecter des subventions du clientélisme, du favoritisme, des manquements à la laïcité, etc. Ou alors des maltraitances de leur personnel.

14:07
Présentateur

Quitte à subir les foudres de ce parti qui agit en meute, comme vous le savez.

14:11
Bruno Retailleau

Eh bien, je m'en fiche totalement. Non, ce sont des antirépublicains et je serai toujours leur adversaire.

14:18
Présentateur

Bruno Retailleau, la crise énergétique frappe notre pays après presque 30 jours de guerre en Iran. Sébastien Lecornu demande aujourd'hui au ministre d'utiliser les surplus des recettes fiscales liées aux hausses des prix des carburants pour des actions afin d'électrifier l'économie. Est-ce que c'est suffisant ? Est-ce que la politique d'aide saupoudrée que l'on voit jusqu'à présent est suffisante pour aider les Français ?

14:38
Bruno Retailleau

Deux choses. La première, parce qu'on est un pays appauvri, totalement endettés, on n'a plus de marge de manœuvre. Elle est là, la réalité. Et toutes celles et ceux qui proposent à nouveau des chèques, ce sont des chèques en bois. En revanche, ce que l'on peut faire, ce dont personne ne parle du reste, c'est que le prix du pétrole, enfin du gasoil, du carburant, dépend des éléments qui sont liés au produit, le prix du pétrole, le raffinage, la distribution. Déjà, on voit bien que la différence entre le gazole et l'essence, c'est le raffinage. Il faut donc garder nos capacités et les moderniser de raffinerie en France. C'est ça la souveraineté.

Deuxième élément, dans le prix, il y a les certificats d'économie d'énergie. Et là, il est prévu de les faire passer de 6 à 8 milliards. Je demande le moratoire, je demande le gel de ces 2 milliards d'augmentation. Pourquoi ? Parce que ces certificats d'économie sont faits pour dire aux Français, il faut économiser. Il n'y a pas de problème. Les prix sont tellement hauts que spontanément, naturellement, les Français économisent. Et je pense que ces 2 milliards, il faut les consacrer à des aides ciblées sur des secteurs qui risquent de disparaître. Je pense notamment à mes amis qui sont les pêcheurs en Vendée et en France.

Alors même que déjà, dans une assiette, quand vous avez des fruits de mer, du poisson, 80% viennent de l'extérieur. Alors qu'on est un grand pays maritime.

16:01
Présentateur

Il y a aussi la question des pénuries. Il y a près de 800 stations en France qui commencent à avoir des problèmes d'approvisionnement. Est-ce qu'il faut libérer les stocks stratégiques de pétrole et les consacrer à la France encore plus ?

16:13
Bruno Retailleau

Je pense qu'il le faudra. Mais nous sommes à la veille d'une crise qui pourrait être plus importante qu'on ne le pensait. Je pense qu'elle ne ressemble pas au choc pétrolier. Les prix avaient été multipliés par 4. La différence quand même, c'est que désormais, on a une électricité décarbonée grâce au nucléaire. Merci à ceux qui, au passage, ont fermé Felsenheim.

16:35
Présentateur

Édouard Philippe, en l'occurrence.

16:36
Bruno Retailleau

Enfin, le gouvernement d'Emmanuel Macron. Le gouvernement d'Emmanuel Macron. Donc là encore, je pense qu'il faut avoir une politique de bon sens et préserver nos atouts stratégiques. Mais là, on va sur le dur. Ça ne sert à rien de cacher quoi que ce soit. Et je pense qu'il va falloir faire en sorte qu'on prenne des bonnes décisions. On est appauvris, on est très endettés. Mais les économies, les milliards qu'on peut soustraire, on doit les avecter sur des aides ciblées.

17:00
Présentateur

Donald Trump, Bruno Rotailleux, annonce la fin des opérations américaines en Iran d'ici deux à trois semaines. Et puis il dit à ses alliés, enfin qu'il les gratigne, pour le détroit d'Hormuz, débrouillez-vous. Allez chercher le pétrole vous-même. Comment est-ce que vous interprétez cela ?

17:14
Bruno Retailleau

Je n'interprète rien du tout. Parce que M. Trump a dit ça hier, et demain il va dire autre chose. Donc ça ne sert à rien de commenter les commentaires de Donald Trump qui changent d'avis quasiment chaque jour. Simplement, c'est une guerre que nous n'avons pas provoquée, c'est une guerre qu'il a voulue, contre un régime qui est absolument condamnable. Mais ça ne se passe pas bien. Ça ne se passe pas bien du tout.

17:33
Présentateur

Mais vous condamnez cette intervention américaine, israélo-américaine ?

17:36
Bruno Retailleau

J'ai indiqué depuis le départ que je comprenais parfaitement Israël. C'est une question existentielle. Je pense que d'ailleurs, en termes de légitimité, même de légalité vis-à-vis du droit international, puisque l'Iran voulait détruire Israël, je pense qu'Israël était fondée à attaquer l'Iran. Par ailleurs, d'ailleurs, un pays qui ne respectait pas ses engagements en matière de prolifération nucléaire. Mais on voit bien qu'aujourd'hui, dans le monde actuel, dans le monde moderne, il est très difficile de régler les problèmes, et notamment de changer le régime par des guerres.

J'avais espéré, j'espérais que le peuple iranien, que le régime serait affaibli, mais pour l'instant, ça n'est pas le cas pour que le peuple iranien, dans un sursaut démocratique, puisse reprendre le pouvoir. C'est beaucoup plus difficile que ça, devant un régime qui est sanguinaire, et qui utiliserait y compris les armes de guerre contre son propre peuple.

18:24
Présentateur

Emmanuel Macron s'en tient à sa posture défensive, avec à la fois notre armada présente en Méditerranée, mais sans intervention directe. Donald Trump a dénoncé notre attitude, l'attitude de la France, qui aurait refusé le survol de son territoire pour certains avions chargés d'armement militaire. L'Élysée d'Aimant, qu'est-ce que vous comprenez là encore ? Il dénonce, il dit que les États-Unis s'en souviendront.

18:44
Bruno Retailleau

Écoutez, ce que je constate, c'est que depuis le départ, Donald Trump traite moins bien ses alliés que ses adversaires. Et ça, ça pose un problème au camp occidental. Il est d'ailleurs en train de détruire, si j'ose dire, le camp, l'allios occidental historique, notamment à travers le pacte de l'OTAN, la charte de l'Atlantique. Nous avons choisi, la France a choisi, à juste titre, de rester neutre. Et donc, on peut parfaitement, et d'ailleurs à Istres, je vous le dis, d'autres le savent très bien, à Istres, nous accueillons très régulièrement des vols qui transportent non pas des armes, mais des éléments techniques, si j'ose dire. On les accueille.

Donc, nous n'avons pas du tout l'attitude de M. Sanchez, le gauchiste espagnol. Que vous condamnez. Que je condamne parfaitement. Simplement, je pense que le président de la République a choisi une stratégie, on doit l'appliquer. Nous ne sommes pas co-belligérants. En revanche, il faudra que la coalition internationale, dès qu'il y aura un armistice ou un cessez-le-feu, puisse prendre le relais pour que le détroit d'Ormousse puisse être sécurisé. Et là, je pense que la France a un rôle à jouer. Qu'elle joue aussi, notamment sur la péninsule arabique.

On tire de nombreux missiles, vous savez, pour protéger, pour essayer de faire en sorte que les alliances que nous avons, comment dirais-je, passées, puissent être effectives.

20:02
Présentateur

Un dernier mot, qu'est-ce que vous dites aux Français qui nous écoutent, nous regardent ce matin ? Ça va durer, attention, la crise, elle va durer plusieurs mois, même si les opérations militaires s'arrêtent ?

20:11
Bruno Retailleau

En tout cas, c'est triste. Je pense que la crise durera. Je n'en sais rien du tout. Donc, je ne les tromperai pas. Je ne dis jamais ce que je ne sais pas. Simplement, il faut s'attendre, effectivement, à ce que cela dure. Et il va falloir s'organiser. Je parlais des certificats d'énergie. Je voudrais peut-être aussi parler, par exemple, en termes de logements. Il faut que les logements qui sont chauffés à l'électricité, mais qui sont dits, pas soit, comment dirais-je, thermiques, puissent être remis à l'allocation, parce qu'il vaut mieux chauffer à l'électricité qu'au gaz ou au fioul. Donc, c'est toutes ces décisions qu'il va falloir prendre.

Et surtout, encore une fois de plus, on le voit, la souveraineté, notre indépendance. Et notre indépendance, c'est aussi, elle est budgétaire, vous voyez. Quand un pays est surendetté, on n'a plus de marge de manœuvre. On est dépendant, notamment vis-à-vis de ceux qui détiennent la dette des étrangers.

20:59
Présentateur

Merci beaucoup, Bruno Rutaillot. C'était votre grande interview dans la matinale de CNews Europe. Bonne journée à vous.

La grande interview : Bruno Retailleau — Bruno Retailleau · Pourquijevote