[PODCAST] Parc Dragon Ball : les habitants du Val-d’Oise entre espoir et inquiétudes
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Willem, à quoi ressemble aujourd'hui le site de l'ancien parc d'attractions Mirapolis ?
- 2:16OuverteRéponse directe
Les premières informations sur un nouveau projet de parc d'attraction sur ce site du Val-d'Oise sortent en plein cœur de l'été. Willem, quelles sont les réactions à ce moment-là ?
- 3:21OuverteRéponse directe
Il y a déjà des premières confirmations pour Le Parisien. Comment ça se passe ?
- 4:04OuverteRéponse directe
Marie Persida, tu connais bien l'histoire du parc d'attraction Mirapolis. Qui portait ce projet à l'époque ?
- 5:14OuverteRéponse directe
Mirapolis à l'ouverture du parc, donc en 1987, à quoi ça ressemble ?
- 6:50OuverteRéponse directe
Mais après cette inauguration qui est un succès, ça se complique. Que s'est-il passé ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:17PrésentateurFait
« Projet financé par l'Arabie Saoudite et dévoilé le 24 août à l'Elysée par Emmanuel Macron à l'occasion de la visite en France du prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman. »
- 0:27PrésentateurFait
« Il est question pour l'instant de trois parcs, dont un sur le thème de Dragon Ball. »
- 0:38PrésentateurFait
« Il n'y a par exemple pour l'instant pas de calendrier officiel. »
- 0:42PrésentateurFait
« Les Saoudiens n'ont pas encore l'autorisation des ayants droit du manga. »
- 4:36InvitéFait
« Mirapolis, c'est un projet un peu fou au départ qui est porté à la fois par son architecte qui s'appelle Anne Fourcade et l'argent d'un milliardaire saoudien qui s'appelle Haïs Pharaon. »
- 6:19InvitéFait
« C'est Jacques Chirac en personne, qui était Premier ministre, qui vient l'inaugurer. »
- 6:30InvitéFait
« Il déclarera d'ailleurs « Mirapolis, c'est géant » et il laissera tous les manèges et repartira complètement enthousiaste pour cette réussite à la française. »
- 7:03InvitéFait
« Mais il y a un commando de forains qui s'introduit dans le parc et qui commence à dégrader les attractions. »
- 7:10InvitéFait
« Après les incidents provoqués hier à Mirapolis par un groupe de forains, deux personnes sont toujours hospitalisées, victimes d'un traumatisme crânien. »
- 7:32InvitéFait
« C'est un échec économique assez rapidement et d'ailleurs, il va passer de main en main. »
- 8:02InvitéFait
« Le vrai nœud du problème, c'est que le chiffre de fréquentation visé au départ dans le business plan n'est jamais atteint. »
- 10:37InvitéChiffre
« Gargantuesque. On parle de 6 milliards d'euros d'investissement, 22 000 emplois directs, 80 000 emplois indirects. »
- 10:42InvitéFait
« Le tout autour d'un parc basé sur le thème de Dragon Ball. »
- 11:26InvitéChiffre
« Mais ce qu'on peut dire, c'est que le parc s'étendra sur 50 hectares. »
- 11:30InvitéFait
« Le parc saoudien ferait 7 zones, 7 zones liées aux 7 boules de cristal de Dragon Ball. »
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Bonjour,
c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
Un
projet de parc d'attraction sur l'ancien site de Mirapolis dans le Val d'Oise près de Sergie. Projet financé par l'Arabie Saoudite et dévoilé le 24 août à l'Elysée par Emmanuel Macron à l'occasion de la visite en France du prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman. Il est question pour l'instant de trois parcs, dont un sur le thème de Dragon Ball, mais il y a beaucoup de flou autour de ce projet ambitieux.
Il
n'y a par exemple pour l'instant pas de calendrier officiel et les Saoudiens n'ont pas encore l'autorisation des ayants droit du manga.
Dans
le Val d'Oise, cette annonce a entraîné des réactions divisées entre espoir pour l'emploi et inquiétude notamment pour l'environnement. Cet épisode de Codesources est raconté par trois journalistes de l'édition du Val d'Oise, du Parisien, Marie Persida, Marie Briand-Locu et Willem Follop. Willem, à quoi ressemble aujourd'hui le site de l'ancien parc d'attractions Mirapolis ? C'est sur la commune de Courdimanche dans le Val d'Oise. Est-ce que tu peux nous
décrire les lieux ? On est à 5 minutes de la 15, l'autoroute qui traverse le Val d'Oise, et à 10 minutes de RER A, la gare de Sergi-le-Haut. On arrive au coin d'un rond-point, dans un site qui est assez isolé, avec ces espèces de barrières qui sont les derniers vestiges de l'ancien parc Mirapolis qui a été fermé il y a maintenant 35 ans. Sur le terre-plein d'accueil, on peut y voir une centaine de caravanes qui sont dispatchées sur les différents anciens parkings. Il y a une vraie communauté de gens du voyage qui s'est installée et qui s'est complètement sédentarisée depuis une dizaine d'années.
Et quand on dépasse ce terre-plein d'accueil, on s'enfonce dans la verdure, parce que sur les anciennes attractions a poussé une véritable forêt sur les 50 hectares de l'ancien site.
Et
qu'est-ce qu'il y a tout autour ? On est dans quelle région, dans quel secteur ? Alors le site se trouve à Courdimanche, qui est une petite commune de 7000 habitants. On est à la croisée entre la grande ville de Cergy, la ville nouvelle, et le parc naturel régional du Vexin, qui est composé essentiellement de forêts et de petites communes rurales. On est vraiment sur deux territoires qui s'opposent totalement avec une ville ultra bétonnée et un parc naturel avec des parcelles plutôt rurales.
Willem, les premières informations sur un nouveau projet de parc d'attraction sur ce site du Val-d'Oise sortent en plein cœur de l'été sur le média
en ligne Politico. Oui, on est en plein été, le 30 juillet, quand Politico sort un article sur ces fuites de l'Elysée à propos d'un projet saoudien du parc dans le Val-d'Oise.
L
'été est un peu mort, pour tout vous avouer. On est en pleine canicule, on fait des articles sur les différentes vagues caniculaires. Quand cette bombe arrive, c'est le branle-bas au combat directement. On se met dessus très concrètement, même si les fuites n'ont pas été officiellement confirmées.
Vous publiez des premiers papiers dans Le Parisien très rapidement. Quelles sont les réactions à ce moment-là et qu
'est
-ce que vous avez comme informations ? Et surtout, comment les gens
réagissent ? Sur place, ce n
'est
pas l'extase. Il n'y a pas forcément de réaction dithyrambique. Les gens ne nous croient pas forcément quand on leur annonce le projet. C'est-à-dire qu'il n
'y
a pas eu de visite officielle ni d'annonce à ce moment-là. Donc, on fait face à une grosse prudence des habitants
qui
se réjouissent quand même d'avoir un parc d'attraction aux portes de Cergy.
Il y a déjà des premières confirmations pour Le Parisien ou comment ça se passe
?
Alors, si vous voulez, les élus locaux ont cadenassé. Aucune info n'est réellement sortie, même si des sources proches nous ont confirmé que des discussions existaient. Tu vas
voir les membres de la communauté des gens du voyage dont on parlait à l'instant qui vivent sur le site de Mirapolis où ces dernières années, on parlait plutôt de la construction à venir d'un complexe hôtelier. Qu'est-ce qu'ils te
disent ? Oui, sur place,
je
suis allé voir Alfred qui est l'une des figures de la communauté de Mirapolis, si je puis dire. Et très vite, lui me dit qu'il ne croit pas à mon information, sachant qu'il est en contact avec les propriétaires actuels du terrain qui, eux, leur ont assuré que leur projet à eux, qui est un projet de complexe hôtelier, allait aboutir.
Marie
Persida, Marie, je donne aussi ton nom de famille parce qu'il y a deux maris dans cet épisode de Code Source. Tu travailles à l'édition du Val-d'Oise du Parisien depuis 16 ans. Tu connais bien l'histoire du parc d'attraction Mirapolis
qui
a ouvert ses portes en mai 1987. À ce moment-là, le parc Astérix et Euro Disney, donc Disneyland, n'existaient pas encore. D'abord, qui portait ce projet de Mirapolis à l'époque ?
Mirapolis, c'est un projet un peu fou au départ qui est porté à la fois par son architecte qui s'appelle Anne Fourcade et l'argent d'un milliardaire saoudien qui s'appelle Haïs Pharaon qui a investi pour monter tout ce parc. C'était un très gros événement et c'est présenté comme une réussite à la française parce que c'est énorme, elle est très moderne et ça nous paraîtrait un peu désuée aujourd'hui. Mais les attractions pour l'époque, vraiment, étaient au top de la technologie. Embarquement en nacelle pour émotion au cœur de la ville engloutie. Un voyage dans la cité d'Isle, le pays du roi Granelon et de la fée Mélusine.
Un étrange balai de laser, des scènes étonnantes entre l'eau et la lumière.
Mirapolis à l'ouverture du parc, donc en 1987, à quoi ça ressemble ?
Alors il faut imaginer qu'on arrive dans un immense espace qui n'est pas complètement bétonné comme les parcs d'attraction aujourd'hui parce que c'est un espace naturel, il y a notamment beaucoup de plans d'eau, il y
a
beaucoup d'arbres. Et à l'entrée, il y
a
une immense statue de gargantua très colorée qui mesure 35 mètres d'un gargantua assis, donc énorme. Gargantua qui deviendra l'emblème de Mirapolis et qui est lui-même une attraction en fait.
Parce
qu'à l'intérieur de gargantua, on circulait dans des wagonnets pour découvrir les différents organes du corps humain. Et dans toutes ces attractions, à chaque fois, il y
a
un côté évidemment ludique, mais il y a aussi un côté pédagogique. C'était ce qui faisait la marque de fabrique du parc, qui était vraiment présenté comme un emblème de la culture française. On y faisait référence
à
Rabelais, qui évidemment a créé le personnage de Gargantua. Léonard de Vinci, par exemple, il y avait aussi tout un volet sur les impressionnistes qui ont imprégné le territoire du Val d'Oise. Et ça, c'était vraiment la carte de visite de Mirapolis qui s'avéra d'ailleurs un succès au début, le 20 mai 1987. C'est Jacques Chirac en personne, qui était Premier ministre, qui vient l'inaugurer. Et là, circulent des photos de Jacques Chirac hilare au pied de Gargantua, qui est très enthousiaste. Il déclarera d'ailleurs « Mirapolis, c'est géant » et il laissera tous les manèges et repartira complètement enthousiaste pour cette réussite à la française.
Mesdames,
Messieurs, bonsoir. Mirapolis, c'est parti. Jacques Chirac a donné le coup d'envoi cet après-midi en inaugurant officiellement ce premier parc de loisirs de la région parisienne.
Mais après cette inauguration qui est un succès, ça se complique.
Effectivement, dès le lendemain, ça déchante parce que le public est bien au rendez-vous. Mais il y a un commando de forains qui s'introduit dans le parc
et
qui commence à dégrader les attractions. En fait, ils ont un conflit parce qu'ils disent qu'ils sont défavorisés par rapport à une histoire de TVA et qu
'ils
vont perdre de l'argent. Après les incidents provoqués hier à Mirapolis par un groupe de forains, deux personnes sont toujours hospitalisées, victimes d'un traumatisme crânien. Il s'agit d'un gendarme et du commissaire central de police de Pontoise. Une procédure judiciaire est en cours. Le gouvernement intervient parce que c'est un sujet qui lui tient à cœur et finalement calme les choses. Mais ça illustre un petit peu le côté rocambolesque de Mirapolis. C'est un échec économique assez rapidement et d'ailleurs, il va passer de main en main. D'abord, c'est le Club Med qui va le reprendre dès 1988.
Et l'année suivante, en 1989, contre toute attente, ce sont les forains eux-mêmes, qui au départ avaient critiqué cette ouverture, qui vont entrer dans la gestion avec la figure de leur communauté, Marcel Corpion. Et là, c'est le début de la fin pour le parc. Les usagers eux-mêmes disent qu'il y
a
un problème d'entretien.
Et
le vrai nœud du problème, c'est que le chiffre de fréquentation visé au départ dans le business plan n'est jamais atteint. Au bout de cinq saisons, le parc ferme ses portes définitivement.
Après
la fermeture définitive, en octobre 1991, les attractions ont été démontées et vendues, sauf le géant de Mirapolis, qui lui reste là pendant quelques années. Il est ensuite détruit le vendredi 1er septembre 1995. Gargantua est dynamité, il s'effondre au sol.
Gargantua a eu les yeux plus gros que le ventre. Le géant du parc Mirapolis de Sergi Pontoise n'est pas parvenu à drainer suffisamment de clients. La société a déposé le bilan. Le gargantua, situé à l'entrée du parc d'attractions, a dû s'incliner. Le centre employait 500 salariés.
Le
site devient la friche que Willem nous décrivait tout à l'heure. Marie ensuite, pendant des décennies, beaucoup de projets se succèdent sans aboutir.
C'est ça, les élus essayaient de faire quelque chose de ce site. Mais tous les promoteurs qui toquaient à la porte avaient des projets de logement. Et la mairie de Courdimanche, à l'époque, refusait totalement de créer un nouveau quartier parce qu
'ils
jugeaient que le site était trop excentré par rapport au centre-ville et qu'ils voulaient arrêter de s'agrandir. Il y a eu des projets un peu fous évoqués, notamment une piscine olympique. Il y avait des rumeurs de prison à une époque.
Il
y
a
eu très sérieusement l'idée de faire un centre d'entraînement pour le PSG. Finalement, c'est une autre ville qui l'a remportée. Jusqu'en 2016, il y
a
un projet plus sérieux qui s'est monté plus longtemps, qui consistait à construire une résidence de tourisme écologique pour les Parisiens, un petit peu, qui venaient prendre le verre. Il y
a
eu des plans,
il
y
a
eu des vues d'architectes, ça a pris forme. Et puis, finalement, l'argent n'a pas pu être réuni.
Et ces dernières années, il y avait un projet de parc hôtelier qui semblait avancer.
Depuis 2024,
il
y a un promoteur qui a racheté les terres et monté un programme qui comprend à la fois un côté résidence hôtelière avec des cottages pour les touristes et des immeubles de logement en mode co-living,
c
'est-à-dire cette nouvelle formule qui consiste à associer des jeunes et des anciens. Une idée qui fait sens dans la ville nouvelle de Sergi Pontoise, qui est très étudiante.
On
en revient donc à cet été 2026. Il y a eu les premières informations de Politico confirmées par le Parisien. Et le lundi 24 août, à l'Elysée, à l'occasion d'une visite en France du prince héritier d'Arabie Saoudite, Mohamed Ben Salmane, le président Emmanuel Macron annonce un projet ambitieux, William.
Gargantuesque. On parle de 6 milliards d'euros d'investissement, 22 000 emplois directs, 80 000 emplois indirects, le tout autour d'un parc basé sur le thème de Dragon Ball. Les contours du projet sont un peu flous.
Il
faut s'imaginer un projet qui serait calqué sur Disneyland Paris avec différentes zones. Le tout peut être lié au même thème de Dragon Ball. À quoi il pourrait ressembler ce parc ? Pour avoir un peu une idée de ce à quoi ce parc pourrait ressembler, il faut voyager jusqu'en Arabie Saoudite. Le fonds d'investissement saoudien qui finance ce parc est lié à Kidia. Kidia,
c
'est une ville qui sort complètement de terre, basée uniquement sur le divertissement et le jeu. C'est une ville en pleine construction ? Exactement,
c
'est une ville en pleine construction. Et à l'intérieur de cette ville, 12 parcs d'attractions sont également en construction, dont un parc Dragon Ball, dont le chantier a commencé en 2024. Et du coup, ça ressemble à quoi ? On a des infos ? Là encore, peu d'infos ont été diffusées sur la construction de ce parc. Mais ce qu'on peut dire, c'est que le parc s'étendra sur 50 hectares. Le parc saoudien ferait 7 zones, 7 zones liées aux 7 boules de cristal de Dragon Ball. Et au centre de ce parc se trouverait Shenron, un dragon de plusieurs mètres de haut, à l'intérieur duquel se trouverait une abstraction.
Marie Persida, au niveau régional, la présidente de région Valérie Pécresse, ou encore le président de l'agglomération de Sergi Pontoise, Jean-Paul Jandon, sont favorables à ce projet. Ils sont tous les deux interviewés par le Parisien. Qu'est-ce qu'ils disent en résumé ?
Ils sont assez emballés parce que pour eux, l'arrivée d'un tel parc d'attractions serait porteur de promesses, notamment au niveau de l'emploi, évidemment, et pourrait booster l'activité économique au sens large. Ils espèrent que ça pourrait même avoir un effet bénéfique sur les services publics, comme les transports qui pourraient être améliorés, voire même la santé, parce qu'on a un projet de rénovation d'hôpital à Pontoise qui est en berne depuis plusieurs années. Et là, il faudra bien soigner les touristes et pourquoi pas relancer un plan de réaménagement.
Tu parles des transports. Justement, comment est desservi aujourd'hui ce site au niveau de la route ou des trains ?
Là, on est au bout de la ligne du RER A. Il y a effectivement une gare qui n
'est
pas très loin, celle de Sergi-le-Haut.
Il
faut quand même compter 10 à 15 minutes à pied pour rejoindre le site. D'ailleurs, dans les projets d'aménagement,
il
y avait l'idée de construire notamment des pistes cyclables pour que ce soit plus facilement accessible. Et de l'autre côté, aussi tout proche de l'entrée de Mirapolis, il y a la D14 qui se situe dans le prolongement de la 15. Donc là, on est super bien desservi au niveau voiture.
Mais beaucoup de gens parlent de bouchons dans ce secteur. J'imagine qu'il faudrait aussi modifier les routes ?
Effectivement, la 15, c'est un axe qui est extrêmement bouché aux heures de pointe. Les gens vont travailler à Paris et puis après, ils rentrent. Donc là, il y
aura
sûrement quelque chose à faire. Et le RERA en lui-même est déjà un problème énorme.
Parce
qu'effectivement, il y a une gare. Mais Sergi est la branche la moins bien desservie du RERA de ce côté-là de l'Île-de-France. Avec une grosse différence par rapport aux autres destinations. C'est un serpent de mer depuis très très très longtemps. Et les élus n'ont jamais réussi à obtenir gain de cause. Donc il faudra forcément augmenter la fréquence de ces RER. Sinon, on ne voit pas comment les visiteurs pourraient arriver.
Marie
-Briand Locu, le mardi 25 août, tu es en reportage à Cours Dimanche pour faire réagir les habitants de la commune. Tu parles par exemple avec Michel, un homme d'une soixantaine d'années. Et il est très inquiet au lendemain de cette annonce.
Oui, Michel, c'est un retraité qui vit depuis très très longtemps à Cours Dimanche. Il est très attaché au cadre de vie, au côté un petit peu village. Je l'ai croisé dans la partie haute de la ville, de 7300 habitants. La partie historique avec la petite église. Le seul commerce, c'est une boulangerie. Michel, il est très inquiet, notamment du côté environnemental. Il me dit qu'avant, il y avait un projet de village nature qui lui paraissait plus soucieux de l'environnement. Michel dit que l'autoroute A15 est totalement bouchée et qu
'il
y
a
beaucoup d'accidents dessus. Il dit aussi que le RERA est toujours bondé. Il rappelle qu'on est aux portes du parc naturel régional du Vexin. Et il ne comprend pas qu'avec le dérèglement climatique, un tel projet puisse voir le jour.
Il y a aussi Laure, 54 ans. Elle a grandi ici et elle a peur de voir sa commune totalement transformée.
Laure, elle a connu l'époque où il y avait 7 fermes à Cours Dimanche. Aujourd'hui, il n'y
en
a aucune qui est en exploitation. Elle s'inquiète sur les changements que cela pourrait engendrer sur sa commune. Pour elle, un parc de cette ampleur, ça signifie plus de bruit, plus de nuisances, plus de pollution, plus de trafic aussi. Elle aimerait que sa ville reste à taille humaine. Seulement, sur la question de l'emploi, elle voit du positif. Et notamment, c'est elle qui m'a désigné son fils de 21 ans, qui notamment cherche des jobs étudiants.
Et lui, il dit quoi ?
Lui, il me dit d'emblée qu'il aime les mangas. Il adore Dragon Ball. Il a dit que si un tel parc existait à côté de sa commune, évidemment qu'il irait travailler là-bas, notamment en job d'été. Pour l'instant, il dit que les étudiants sont obligés d'aller soit sur Paris, soit à Cergy. Mais pour lui, les offres d'emploi sont surtout nombreuses à Paris. Il précise que c'est assez loin. Ce n'est pas toujours facile de s'y rendre.
Lui, il
est plutôt content. Et aussi, ce qu'il dit, c'est qu'évidemment, si un tel parc surgissait à côté de sa commune, il irait parce qu'il aime aller dans les parcs d'attraction.
Les commerçants de cours dimanche, eux, j'imagine qu'ils sont aussi plutôt contents de cette annonce ?
Oui, complètement. Je suis allée notamment au centre commercial de la Louvière. Il était désert lorsque je suis venue. Il y a quelques superettes. Il y
a
une boulangerie. Il y a une pizzeria qui fait beaucoup à emporter. Je les ai tous interrogés. Tous, ils disent que c'est un peu mort ici, qu'il y a peu de fréquentation. Fabrice Casté, il est coiffeur et vice-président de l'Association des commerçants. Lui estime que ce projet sera toujours mieux que la friche. Il disait qu'on ne pouvait pas vivre reclus sur nous-mêmes. Il soulignait qu'il n'y
avait
pas d'entreprise dans la commune. Après, il disait que c'était pour lui aussi important de respecter le cadre vert de la ville, notamment le fait que ce soit presque une ville aux allures de village aux portes du parc naturel du Vexin.
J'imagine que certains habitants de la région se disent que la valeur de leur maison ou de leur appartement va augmenter ?
Oui, il y en avait quelques-uns qui étaient plutôt contents par rapport à ça.
Il
y en a même un qui m'a dit que
si
ça peut me permettre de vendre ma maison à un meilleur prix, c'est tout bénef. Donc, les propriétaires sont plutôt contents. Après, l'inquiétude concerne surtout les locataires et les jeunes qui ont peur, eux, de la gentrification.
Marie, par ailleurs, tu as aussi appelé Philippe Décroué, le président de l'agglomération Val d'Europe, où se trouve Disneyland Paris, donc en Seine-et-Marne. Il a l'expérience de Disneyland et pour lui, ce nouveau projet annoncé sera très compliqué, très long à mettre en place.
Oui, lui, il a connu les débuts de Disneyland Paris. Il m'a rappelé qu'à l'époque,
ça
a été très compliqué. Il y a eu beaucoup d'opposition à ce projet. Il y a eu aussi des difficultés économiques. Même s'il n'y a pas eu de confirmation officielle, la date de 2030-2031 a été beaucoup relayée, notamment dans la presse. Lui, il estime que cette échéance est une plaisanterie. Il n'y croit pas. Pour lui, ça prendra beaucoup plus de temps. Et il dit aussi que l'Arabie Saoudite a une mauvaise image, notamment sur le non-respect des droits de l'homme. Pour lui, ça n'a rien à voir avec Disneyland Paris. Et d'ailleurs, ça l'agace qu'il y
ait
eu des comparaisons avec l'impact de Disneyland Paris dans la région.
Wilhelm, après l'annonce officielle, tu as reparlé avec les gens du voyage qui sont sur le site de Mirapolis. Qu'est-ce qu'ils te disent aujourd'hui, maintenant que le projet se confirme ?
Les inquiétudes se confirment, elles aussi. Eux veulent avoir l'assurance d'un point de chute. Comme je l'ai dit, ils sont plus de 400. C'est une vraie communauté qui doit migrer. Il faut savoir où les reloger.
Tu as aussi parlé avec des agriculteurs dont les terres se trouvent à proximité du site. Tu interroges notamment un représentant du syndicat agricole coordination rurale, classé politiquement à droite. Et il est très remonté face à l'absence de concertation avant l'annonce.
Oui, il
y a
une vraie colère. Eux mettent en avant le fait que les agriculteurs sont toujours les derniers à être mis au courant de ce genre de projet. D'autant plus que ces terres qui sont situées à Cours Dimanche et à Cergy font partie de leurs meilleures terres. On est sur des parcelles qui sont très fertiles.
Marie-Briand-Locu, de ton côté, le jeudi 27 août après-midi, tu fais l'interview de la maire de Cours Dimanche, Sophie Mataran. C'est une élue d'Hivergauche. D'un mot, elle, est-ce qu'elle était au courant qu'il y aurait cette annonce ?
Elle en a entendu parler uniquement quelques heures avant par le préfet. Elle s'attendait à ce qu'il y
ait
des propositions de projets sur l'ancien parc de Mirapolis, mais pas de cette ampleur. Elle a été très surprise de l'investissement évoqué de 6 milliards et du nombre de créations d'emplois. Elle m'a parlé d'un véritable bouleversement pour la commune.
Donc,
si elle s'attendait à
ce
qu'il
y ait
un projet, oui, mais de cette ampleur, non.
Et elle, pour l'instant, est-ce qu'elle se prononce plutôt pour ou contre ce projet ?
Elle n'a pas d'avis tranché. Elle m'a dit qu'elle n'était ni pour ni contre. Elle voit des avantages et des inconvénients. Évidemment, elle regrette de ne pas avoir été autour de la table pour l'instant et souhaite l'être dans les années à venir.
Elle
souligne l'importance que la commune soit dans les échanges avec l'investisseur, avec l'État, avec les collectivités.
Elle
voit des avantages néanmoins sur le côté emploi et dynamisme de sa commune. Par contre, elle souligne qu'elle veut préserver le côté ville à la campagne de sa commune. Elle veut préserver le cadre de vie. Et elle m'a dit clairement, je n
'ai
pas envie que mes habitants doivent faire la queue comme s'ils allaient à Disneyland Paris pour rentrer chez eux.
D'un mot, on dirait que beaucoup d'habitants du secteur sont surpris de ne pas avoir été informés ou consultés.
Oui, ils étaient tous un peu abasourdis.
Ils
avaient beaucoup de questions quand je les ai rencontrés. La mère me l'a confirmé.
Ils
ont été habitués à ce qu'il y
ait
des projets qui reviennent sur cet ancien site de Mirapolis, mais pas de cette ampleur et encore moins avec un investisseur comme l'Arabie Saoudite. Beaucoup d'habitants auraient aimé des concertations. Ils auraient aimé être informés. Ils auraient aimé qu'on leur demande leur avis. Là, ils ont l'impression un peu de quelque chose qui leur tombe sur la tête.
Willem, on n
'en
sait plus sur ce début de mobilisation contre le projet Dragon Ball ?
Oui, sur les réseaux sociaux, un collectif a été créé avec à sa tête Tony Claveau, 25 ans, qui a fait partie de la liste d'opposition aux dernières municipales sur Cour Dimanche. Et il remonte le fait qu'eux non plus ne sont pas associés au projet. L'inquiétude principale, c'est de voir que la ville de Cour Dimanche, de 7000 habitants, va devenir totalement absorbée par ce projet, ce méga projet saoudien.
Oui, ils ont peur que ça change complètement la physionomie, le visage de Cour Dimanche.
C'est ça, c'est une ville qui est très tranquille, entourée de champs, où il fait bon vivre. Eux, ils ont peur d'être envahis par les Airbnb et les projets hôteliers démesurés.
Marie Persida, on a l'impression que ce projet divise beaucoup, pour l'instant, la population, c'est ça ?
Je pense qu'il y a d'abord la surprise, évidemment, de ne pas avoir été concertée. On n'en a jamais parlé avant. Et au-delà de ça, c'est un projet qui pose beaucoup de questions. On l'a dit tout à l'heure, ça va changer la physionomie de Cour Dimanche, ce qui peut inquiéter beaucoup les habitants. Et à Sergi-Pontoise, il y a un thème qui fait beaucoup parler depuis quelques années et qui a beaucoup agité la dernière campagne municipale, c'est celui de l'artificialisation des sols. Il y a des préoccupations écologiques, évidemment, qui apparaissent.
Et
là, on est en plein dedans, puisque si on veut construire un nouveau site, il va évidemment falloir tout urbaniser. Et ça, ça peut être un sujet brûlant dans le contexte actuel de crise écologique.
Merci
à Marie Persida, Marie-Briand Locu et Willem Follop.
sur l'affaire Epstein en six épisodes. Jeffrey Epstein, un pédocriminel passé entre les mailles du filet. Une série disponible sur toutes les plateformes.