"Pour la République, contre l’antisémitisme" - Intervention de Yaël Braun-Pivet
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00Yaël Braun-PivetFait
« ce ne fut pas une simple manifestation, ce ne fut pas une simple marche, ce fut une rencontre, une rencontre entre nos deux institutions, l'Assemblée nationale, le Sénat, une rencontre avec le peuple français »
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« Plus de 100000 personnes à Paris, près de 200000 dans toute la France »
- 7:00Yaël Braun-PivetChiffre
« 46 % de nos jeunes de 16 à 24 ans disent n'avoir jamais entendu parler de la choa »
- 8:00Yaël Braun-PivetChiffre
« 60 % d'entre eux ignorent ce que fut la rafle du Veldive »
- 9:00Yaël Braun-PivetPromesse
« la loi du 31 juillet 2025 pour lutter contre l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur »
- 10:00Yaël Braun-PivetChiffre
« Sur le TikTok français, plus d'un quart des postes liés à la choa n ou déforme l'histoire de l'holocauste »
- 11:00Yaël Braun-PivetPromesse
« la loi visant à sécuriser et réguler l'espace numérique du 21 mai 2024 »
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Monsieur le président du Sénat, monsieur le vice-président du Sénat, mesdames et messieurs les parlementaires, madame l'ambassadrice pour les droits de l'homme chargé du devoir de mémoire relatif à la dimension internationale de la CHOA et d'expoliation, monsieur le président du CRIF, monsieur le président de l'autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, monsieur le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine antiLGBT. Cher Pierre-François Veille, mesdames et messieurs, on me pose souvent cette question lors de mes interviews ou lorsque je suis en déplacement. Madame la présidente de l'Assemblée nationale, quel est votre plus beau souvenir politique ?
Et à chaque fois, j'ai la même réponse limpide évidente le 12 novembre 2023. Parce que ce jour-là, ce ne fut pas une simple manifestation, ce ne fut pas une simple marche, ce fut une rencontre, une rencontre entre nos deux institutions, l'Assemblée nationale, le Sénat, une rencontre avec le peuple français, une rencontre qui portait sur l'essentiel, sur ce qui nous unit et nous relie, sur les valeurs de notre République. Pour bien comprendre le sens et la portée de cette marche, il faut repenser à ces quelques jours de stupeur et d'horreur ayant suivi le 7 octobre.
Ces jours où toutes les digues semblaient céder et au milieu des drames, je me souviens de cette question que m'a posé mon deuxième fils. Maman, à quoi ça sert d'avoir gagné une voix si tu ne t'en sers pas ? Alors avec le président du Sénat, avec le soutien du CRIF, nous avons porté nos voies.
Nous avons assumé les hautes responsabilités institutionnelles que nous exerçons en appelant nos concitoyens à marcher pour la République et contre l'antisémitisme, à marcher pour ce que nous sommes, à marcher pour défendre ces principes qui font notre République, la tolérance, la liberté, la laïcité. Cette laïcité qui permet que chacun puisse vivre en paix queles que soient ses origines et queles que soient ses croyances. C'est laïcité que le rapporteur de la loi du 9 décembre 1905 Aristide Brillant qualifiait de loi de liberté et d'où nous célébrerons le mois prochain dans nos assemblées respectives le 12enire.
Alors oui, ce 12 novembre 2023 fut le jour le plus marquant de ma vie politique. Le jour mais aussi le soir, car je me souviens en rentrant chez moi revoir ces images d'une foule immense et digne. Plus de 100000 personnes à Paris, près de 200000 dans toute la France.
Ces images où l'on ne voyait qu'un seul drapeau, le drapeau de la République française où nous n'entendions qu'un seul hymne chanter puissamment la Marseillaise [applaudissements] et j'ai compris alors la puissance sismique de la parole parle politique quand elle est juste et quand elle s'ajuste à l'âme profonde du pays. Et oui, je l'avoue, ce soir-là, j'ai versé une larme. Alors, cher Gérard Larcher, dans notre appel, nous citions ce mot de Clémenceau.
La France ne serait plus la France si elle refusait de nous entendre. Ce 12 novembre 2023, les Français nous ont entendu et pourtant je peux vous dire que jusqu'au dernier moment, la crainte nous habitait. la crainte que la mobilisation ne prenne pas, la crainte de rue clairsemée.
Et nous fumes donc les premiers surpris par une telle marée humaine. Mais ce qui me surprend plus encore, c'est le fait que 2 ans après, de nombreux Français me parlent encore de cette marche. C'est le fait, et on l'a vu dans le récent sondage que vous avez commandé que plus de 7 Français sur 10 s'en souviennent encore. et le fait que nous soyons réunis ici pour la commémorer comme un événement qui a fait date.
Alors, pourquoi ce succès ? Pourquoi cette postérité ? Je crois profondément cette marche, elle nous a fait du bien.
Elle nous a rappelé que la France, la vraie n'est pas antisémite. Que la France, que notre France, c'est celle d'Adolphe Crémieux, d'Alfred Drefus et d'Émilz Zola. C'est la France de Simone Veille et de Robert Badinter.
C'est la France des Lumières. C'est la France de ces mères qui à Bayonne, Cann, Lyon, Montpellier, Nice, partout en France ont planté des oliviers de la paix en hommage à Ilan Alimi quand l'un d'entre eux fut arraché et profané. [applaudissements] C'est cette France là, belle, fraternelle, que nous chérissons et que nous défendons.
Cette France qui se lève et qui s'engage pour l'autre. Alors oui, je suis fière de nous, fière de ce que nous avons réussi et quand je vois l'énergie et l'engagement de nos concitoyens, je suis aussi comme Richard Malka optimiste pour l'avenir de notre pays. Mais si je suis optimiste, je suis aussi lucide sur la haine qui hélas prospère.
Nous l'avons encore déploré avec consternation la semaine dernière à la philharmonie de Paris lors du concert de l'orchestre philharmonique d'Israël. les actions qui ont été menées pour perturber la représentation sous proprement irresponsable, intolérable et dangereuse. La France, notre France, c'est celle qui s'attachera toujours à respecter la liberté artistique, le dialogue, la culture, le respect mutuel et bien sûr le refus total de tout antisémitisme.
Cette explosion du venin antisémite est malheureusement une réalité dans notre pays. Vous en avez rappelé plutôt les chiffres accablants et effrayants. Selon le sondage que vous avez dévoilé ce soir, quasiment sep français sur 10 considère que l'antisémitisme est un phénomène répandu en France.
Cet effro au retour de la haine, Robert Badinter, lui qui repose désormais au Panthéon, l'avait aussi connu et je le cite "Jamais. Vous m'entendez ? Jamais je n'aurais cru que j'entendrais à nouveau crier dans les rues de Paris : "Mort ou juif !
Ces mots, il les avait tenus en 2014. C'était il y a 11 ans, c'était il y a un siècle. Ce retour de la haine antisémite, nous l'avons tous vécu à des degrés divers dans notre chair.
Et je le dis aussi, pour chaque agression, pour chaque plainte que j'ai déposé, j'ai reçu 100 fois plus de soutien. Tout était sincère. bien intentionné, aimant et aidant.
Et je dois vous faire sur ce point une confidence. Même les meilleures intentions du monde peuvent parfois m'agacer car je n'ai besoin de personne pour savoir que je suis chez moi en France. En tant que femme, en tant que juif, en tant que présidente de l'Assemblée nationale, je refuse toute assignation même bienveillante, même compatissante. [applaudissements] [applaudissements] Car la France en laquelle je crois, en laquelle nous croyons, n'est pas celle qui assigne, c'est celle qui unit.
C'est la France du 12 novembre, la France qui se lève pour ses valeurs. Cette France-là, cette société de l'engagement, il nous faut continuer à la porter, à l'incarner. Car cette marche, ne nous y trompons pas, n'était pas un aboutissement, c'était un commencement.
Ce n'est pas une marge d'un jour, c'est un engagement de tous les jours. Alors, après la marge du 12 novembre 2023, je crois que nous pouvons lancer ensemble un appel du 12 novembre 2025. Cette marche, continuons là ensemble.
Faisons chaque jour un pas pour la République. Bien sûr, à l'Assemblée nationale, nous faisons ces pas. Nous prenons notre part.
Nous avons voté la loi du 31 juillet 2025 pour lutter contre l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur. Une loi qui renforce la prévention, stigmatise, systématise le signalement et durcit les sanctions contre les actes antisémites. Et il le fallait.
Le documentaire qui a été diffusé montre ce qui se passe dans certaines de nos universités, dans ces lieux de savoir devenu parfois des lieux de haine. Alors oui, adopter des lois est nécessaire. Mais ce n'est pas suffisant.
Encore faut-il qu'elle soit appliquée avec rigueur pour que les fauteurs de haine soient effectivement poursuivis et condamnés. Les Français sont d'ailleurs en demande de fermeté comme votre sondage l'a montré ce soir. C'est pourquoi je me félicite des circulaires très volontariste émise le mois dernier par le garde des sauts.
Il a exigé que des réponses fermes, rapides et dissuasives soient systématiquement prises contre tous les actes et propos antisémites ou appelant à la négation ou à la destruction de l'État d'Israël. Cette fermet doit s'appliquer partout, dans le monde réel comme dans le monde virtuel. où la haine trouve un écho redoublé.
Une étude de l'UNESCO l'a en effet montré. Sur le TikTok français, plus d'un quart des postes liés à la choa n ou déforme l'histoire de l'holocauste. À ce fléau numérique, la loi visant à sécuriser et réguler l'espace numérique du 21 mai 2024 apporte un certain nombre de réponses, notamment en prévoyant une peine complémentaire de bannissement des réseaux sociaux pour ceux qui propagent la haine en ligne et atteinte à nos valeurs fondamentales.
Cette année, pour la première fois, cette peine de bannissement a été prononcée par la justice dans une affaire de pédopornographie. Et cette première application doit désormais en appeler d'autres contre tous ceux tenant des propos antisémites et haineux sur les réseaux sociaux. Mais c'est la présidente de l'Assemblée nationale qui vous le dit.
Cette réponse législative est pénale effective, si indispensable soit-elle, ne suffira pas à elle seule. Nous aurons beau voter des centaines de textes en plus. Si les cœurs ne changent pas, si les consciences ne s'éveille pas, l'ancre lois sèchera en vain.
C'est pour cela que nous devons relancer ou actualiser notre appel du 12 novembre pour en faire un appel à l'engagement de tous. Cet engagement citoyen, c'est à bord à notre jeunesse que nous le devons. Vous avez rappelé les chiffres de la haine antisémite, mais il est d'autres statistiques que je trouve tout aussi glaçante. 46 % de nos jeunes de 16 à 24 ans disent n'avoir jamais entendu parler de la choa. 60 % d'entre eux ignorent ce que fut la rafle du Veldive.
Nous connaissons ce mot si tragique et véridique d'visel. Oublier les morts serait les tuer une seconde fois. Que dirait-il aujourd'hui ?
Voilà notre véritable échec. Nous risquons de devenir un peuple de somnambule et de replonger dans la nuit. Alors, je voudrais vous lancer cette proposition, cet appel.
Je souhaiterais, je rêverai que chaque enfant de notre République puisse se rendre au moins pendant une fois pendant sa scolarité sur un lieu de mémoire de la choa. Nous connaissons la force de l'éducation par la pierre, par le patrimoine, par l'identification aux héros locaux également. Et c'est pourquoi je vais à chaque fois voir des jeunes partout en France pour transmettre cette mémoire de l'indicible. encore récemment à Toule avec mon collègue Dominique Potier auprès de centaines de collégiens et de lycéens.
Et c'est pourquoi je soutiens de toutes mes forces la maison des enfants d'ieux dont la tragédie parle tant à notre jeunesse. Je m'y suis rendu à deux reprises et nous étions encore il y a peu cher Jonathan Arphi un événement en soutien. Et c'est pourquoi j'ai ouvert également plus largement l'Assemblée nationale à la mémoire de la choix en accueillant par exemple à la fin de l'année dernière une exposition intitulée Déporté j'avais ton âge qui a été vu chaque jour par des centaines de nos jeunes.
Alors oui, la marge du 12 novembre n'est pas terminée. Continuons à marcher chaque jour pour la République et nos valeurs. Je sais, nous savons que nous pouvons compter sur vous. que nous pouvons compter sur toi cher Jonathan Arphi sur le CRIF dont je sais tout l'art d'engagement pour transmettre les valeurs de la République.
Et je sais cher Gérard que je pourrais toujours aussi compter sur toi. Quelques jours après la marche, le trombinoscope nous a décerné le prix des personnalités politiques de l'année. Et comme tu l'avais si bien dit, ce prix ne récompensait pas notre duo, il récompensait l'orchestre symphonique que nous avions formé ce jour-là avec les Français.
Car nos concitoyens n'attendent pas de nous la division. Ils ont besoin de responsables politiques capable de rassembler et d'être garant de l'essentiel. Et cher Gérard, je le sais, nous serons toujours là pour l'essentiel.
L'essentiel, ce sont les valeurs de notre République. C'est l'état de droit. C'est le préambule de 1946.
L'essentiel, c'est aussi la stabilité institutionnelle. Et dans cette période tumultueuse où tant de concitoyens se sentent parfois perdus, nous tenons la barque. Nous sommes les gardiens de nos institutions et de notre état de droit.
Nous l'avons fait pour la République face à l'antisémitisme. Nous l'avons fait aussi il y a 1 an, jour pour jour en nous rendant ensemble lors d'un déplacement aussi crucial qu'inédit en Nouvelle-Calédonie pour recoudre les fils du dialogue et du destin communalédonien avec toujours cette même volonté de rassembler et de réconcilier. Car cher Gérard, si nos parcours et nos sensibilités sont différents, au fond, nous avons la même conviction.
Face aux haines, face aux fractures, nous n'avons pas seulement le pouvoir d'agir, nous en avons le devoir. Le devoir de refuser la fatalité, le devoir de poursuivre le combat pour la concorde et pour la paix partout et toujours en France comme dans toutes les régions du monde. Notre République porte en effet un message universel, celui du respect, du dialogue et de la dignité humaine.
Alors mesdames et messieurs, 2 ans après notre marche pour la République et contre la haine, une haine qui sévit dans toutes les régions du monde, c'est aujourd'hui une autre marche que je voudrais saluer avec vous. Une marche difficile, une marche incertaine, celle vers la paix au proche Orient. Cet espoir de paix si souvent brisé renaît pourtant aujourd'hui.
J'ai salué devant la représentation nationale l'accord de cesser le feu obtenu à Charmelcher Cher. et la libération des derniers otages israéliens vivants. C'est une nouvelle que nous attendions tant et qui nous a tous rempli d'une joie immense.
Pour les familles des otages, avec le président du Sénat, avec le CRIF, nous avons toujours été là. Nous les avons reçus à de très nombreuses reprises pour les accompagner, pour partager leur angoisse, pour les soutenir lorsqu'elles apprenaient l'insoutenable. Nous avons aussi répondu présent au Parlement pour bâtir la paix en s'appuyant sur ce formidable levier d'action que constitue la diplomatie parlementaire.
Cette diplomatie, c'est la diplomatie des peuples. C'est elle qui permet de renouer les fils du dialogue quand les autres sembleront plus. Cette diplomatie, nous l'avons fait vivre ces dernières années en multipliant les déplacements, les échanges, le dialogue à travers nos commissions des affaires étrangères et nos groupes d'amitié.
Et cette diplomatie parlementaire, nous l'avons fait vivre aujourd'hui même à l'Assemblée nationale où j'ai reçu monsieur Mammou d'Abass au côté d'une délégation transpartisane de députés. Je vous entends, je vous ressens. Mais nous avons pu échanger et j'ai pu lui dire en tant que présidente de l'Assemblée nationale de la République française, mais aussi en tant que femme, en tant que juive, tout ce que je pensais et tout ce que j'avais à lui dire.
Je peux vous dire que c'est important toujours de se parler et de se dire les choses en face. Alors, je sais que ce chemin est très précaire, que le CC le feu à Gaza a pu vaciller, que l'aide humanitaire se fait toujours au compte goutte et surtout que le ramasse doit encore nous rendre des corps de certains otages. Soyons clair, ce n'est pas encore la paix.
Mais la seule solution durable est politique, garantir la sécurité d'Israël tout en rendant effectif le droit des Palestiniens à un état. Pour se faire avec nos partenaires américains, européens arabes, nous poursuivons trois objectifs. Premièrement, la reprise massive et sans entrave des opérations humanitaires.
La restauration de la sécurité qui passe par la mise en place d'une force internationale de stabilisation et par la formation des forces palestiniennes de sécurité. et troisièmement, une gouvernance qui permet d'avancer paisiblement vers un avenir serein partagé. Ne passons pas à côté de cette nouvelle dynamique fut-elle difficile à emprunter ? [applaudissements] Mesdames et messieurs, j'ai parlé de Robert Badinter, j'ai parlé d'eel et pour conclure, j'aimerais vous parler de Simone Veille.
À l'Assemblée nationale en septembre dernier avec vous, cher Pierre-François, nous avons inauguré une œuvre d'art magnifique de Daniel Ourdé, l'arbre aux 1000 voix, un arbre de métal dont les 1000 feuilles célèbrent 1000 chef-d'œuvres de la littérature mondiale. À ces 1000 voix, j'ai tenu à ce que nous ajoutions une 100un voix. Une voix qui a raisonné avec une force singulière dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.
Une voix qui nous oblige, la voix de Simone Veille. Cette milé une feuille que j'ai accroché à cet arbre fut celle de son libre témoignage intitulé pour les génération future. Un inédit dans lequel elle transmet un message d'espoir mais aussi un puissant appel à l'engagement tourné vers la jeunesse de notre pays.
Un appel qu'elle conclut par cette exhortation. Il faut avoir ce courage pour les générations futures. Et ce courage, je sais que nous l'aurons toujours ensemble. [applaudissements] [applaudissements]
Yaël Braun-Pivet