Ils ont fait l'actu: Yannick Neuder revient sur son expérience comme ministre de la Santé
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Le grand public l'a découvert fin 2024 lors de son entrée au sein du gouvernement de François Berérou. Alors et après la chute de celui-ci en octobre dernier, il a finalement regagné les bandes de l'Assemblée et retrouvé ses fonctions au sein du CHU de Grenoble. Retour sur l'actualité sur BFM2 avec ceux qui l'ont vécu.
Bonjour Yannick Neder. Vous avez été donc ministre chargé de la santé et de l'accès aux soins pendant près de de 10 mois. Quel regard vous portez aujourd'hui sur ce passage au sein du gouvernement ?
Qu'est-ce que vous en retenez aujourd'hui ? Voilà, je pense que c'est un passage pour moi qui a été positif dans le sens que j'ai essayé d'être le plus utile possible à mon pays et puis surtout pour la santé des Français, les conditions de travail des soignants. Donc c'est une expérience enrichissante.
Quelle mesure vous en gardez le plus symboliquement de ce passage au gouvernement ? Qu'est-ce qui vous a le plus marqué ? Quel dossier vous a le plus marqué ?
Bah, je pense que je j'ai été nommé un 24 décembre, on était en plein cyclone euh à Mayotte, le cyclone Shido. Donc, je pense que ma priorité était de faire face justement à aux 300000 concitoyens qui étaient euh sans abri, euh qui étaient au cas de vent. Donc ça a été effectivement de mobiliser les réserves sanitaires, de mobiliser vaccins, produits pour pouvoir rapidement euh porter assistance, porter secours et se rendre sur place dans les meilleures conditions possibles pour porter pour porter l'aide nécessaire à la population.
Et je pense que ça c'est une expérience importante. De toute façon, ce ministère c'est un ministère de crise hein puisque les crises ont été multiples et variées. Ensuite, il y a eu le le chikungunia à la réunion avec plus de 120000 cas.
Il y a eu les clusters de de rougeol, de méningites, les épisodes naturellement de grippe, de broncholite et puis l'épisode les épisodes caniculaires 2025. Donc c'est vraiment un ministère de crise. C'est vrai que quand on passe devant ce ministère dans le 7e, on a l'impression d'une grosse machine.
Est-ce que vous en étant dedans en tant que ministre, vous voyez vraiment une action très rapide ou au contraire, voilà l'image que peuvent avoir peut-être les les citoyens, c'est vraiment beaucoup de fonctionnaires et des choses parfois un peu longues à se mettre en place. Alors certes, il y a il y a cette inertie entre guillemets administrative, mais je pense que ce qui nuit le plus à l'action politique et à l'action du ministre, quel qu'il soit et quelle que soit sa couleur politique, c'est l'instabilité politique avec l'absence de majorité à l'Assemblée nationale, des ministres qui qui changent beaucoup et je pense que ça ne permet pas d'avoir une vision avec une une vision pluriannuelle, une loi de programmation en santé qui pourrait se faire sur plusieurs années, sur 5 ans avec un budget pluriannuel. C'est ces éléments-là qui permettraient de changer structurellement les choses pour effectivement améliorer l'accès aux soins, améliorer les conditions de travail de nos soignants, que ça soit en ville ou à l'hôpital.
Mais cette absence de stabilité, ce changement incessant et bien permet pas aux politiques de pouvoir dérouler l'action qu'ils souhaitent mettre en place forcément. Et justement, vous avez quitté le gouvernement après la chute de François Beirou. Vous ne regrettez pas de ne pas avoir continué justement par la par la suite ?
Non, je regrette pas. J'ai été à très clair hein sur ce sujet-là. Si vous voulez, j'avais pas de vision claire sur ma ligne budgétaire.
Euh j'étais en désaccord sur le positionnement des retraites pour mes fonctions ministées m'avait amené à beaucoup côtoyer les ministres européens quand on voit que le Danemark est à 70 ans, l'Allemagne à 67 ans. Je pense que c'est des mesures pas pas très populaires, mais je pense que les dépenses de santé vont vont continuer d'augmenter dans ce pays. Alors, il faudra naturellement les freiner un peu parce qu'elles peuvent pas augmenter comme 4 % d'augmentation spontanée. on n pas une croissance à 4 % donc il faut freiner cette augmentation.
Ça veut pas dire qu'il faudra pas soigner les gens, bien au contraire, il faut soigner forcément mieux et puis surtout on a une augmentation des maladies chroniques, une augmentation du vieillissement de la population. Donc c'est pour ça que moi pendant mon action euh au ministère, j'ai essayé d'être le plus utile possible avec un certain nombre de lois, notamment sur la formation des soignants puisqu'on a globalement le même nombre de soignants qu'il y a 50 ans. Je parle notamment des médecins.
Donc alors que nous sommes 15 millions de plus que la population a vieilli, que le rapport au travail a changé. Donc c'était la loi qui a permis de supprimer le numérus numérus apertus, de partir euh en fait du nombre de médecins en fonction des besoins de territoire, de permettre aussi les passerelles entre les différentes professions et puis surtout de permettre aux étudiants français qui sont partis étudier en Roumanie, en Espagne, en Belgique de pouvoir finir leurs études en France tellement nous manquons de médecin. Et puis le deuxième grand plan sur la formation et les pratiques professionnelles, c'était la loi infirmière où où j'ai pu effectivement euh quand j'étais ministre au banc et bien favoriser effectivement la pratique avancée, le premier recours aux soins en validant le diagnostic infirmier, la consultation infirmier et puis le le traitement infirmier qui sont les éléments de proximité pour la population.
Puis il y a eu d'autres éléments sur les violences sexistes et sexuelles, sur le renforcement euh des actions pénales contre toute personne qui agresse les soignants et puis permettre aussi de rendre anonyme les déclarations de dépôt de plainte des soignants pour éviter notamment les représailles que ça soit à l'hôpital ou que ça soit en libéral. Donc c'est des actions multiples et variées sur la formation, sur les soignants. Puis ça a été aussi l'occasion de poser le plan santémental puisque ça avait été décidé par Michel Barnier comme grande cause nationale, repris par François Bairou.
Et ce plan santé mental, je l'ai présenté [grognement] en 2025 en conseil des ministres avec une digmatisation du sujet qui je crois maintenant s'est installé. une volonté de pouvoir faire le repérage que ça soit sur le lieu de scolarisation de nos enfants, sur les lieux professionnels dans la vie associative et puis ensuite de traiter puis de renforcer la filière puisqu'on manque cruellement de soignant que ça soit des infirmiers en pratique avancée, que ça soit des psychiatres, des pédopsychiatres, des psychologues donc former plus pour soigner mieux. En vous écoutant Yannique Neder, on a l'impression que parfois être ministre, c'est c'est faire des concessions, c'est devoir parfois appliquer des directives, des politiques décidées plus haut par peut-être le le Premier ministre.
C'est pas toujours facile. On n pas toujours les les mains libres quand on est ministre d'un gouvernement. Bah quand on quand on est ministre, on est soumis à des arbitrages, à une solidarité gouvernementale.
Alors parfois les arbitrages, vous les gagnez, vous les perdez. Moi, je pense que le ministère de la santé gagnerait être un ministère d'État pour justement gagner davantage ses arbitrages pour pouvoir permettre cette loi de programmation pluriannuelle, pour permettre justement de savoir ce que l'on veut faire en santé et pas de parler la de la santé au parlement qu'au moment du budget. Je suis toujours assez frappé qu'on applaudisse les soignants pendant les canicules, pendant les feux, pendant les grippes et puis que à partir du mois d'octobre novembre, on trouve que tout ça coûte cher.
Donc je pense qu'il y a besoin effectivement d'un ministère d'État qui permettrait comme l'intérieur, comme les armées, les policiers, les militaires et bien protègent les Français. Je pense que les soignants protègent les Français également. Donc ministère d'État avec une vision pluriannuelle euh un budget pluriannuel pour permettre avoir des vraies actions de structuration notamment sur la prévention puisque la prévention reste le parent pauvre en France autour de 180 € par habitant alors qu'on est à plus de 450 en Allemagne et puis de favoriser aussi les marges d'efficience nécessaires pour financer demain l'innovation et l'accès au nouveaux médicaments.
Je crois que c'est ces choses-là qui plaident pour un ministère d'État. Après, je n'ai pas souhaité rester, vous l'avez vous-même rappelé parce que si vous voulez avant d'être ministre de la santé, je suis avant tout un médecin, un médecin hospitalier. Je ne peux pas non plus renier 30 ans de vie professionnelle, de pratique professionnelle quand effectivement je n'avais pas forcément une vision sur les orientations et sur le cadre budgétaire.
Donc pas de regret. Justement, quel regard vous portez aussi sur l'action menée aujourd'hui par Stéphanie Rist au ministère de la santé, vous qui êtes donc redevenu notamment qui avez repris vos fonctions au sein du CHU de Grenoble, la gestion notamment des crises à nouveau, des canicules de cet été qui se poursuivent encore vous paraissent satisfaisant à sa place, vous auriez peut-être fait différemment ou non ? Bah, je pense qu'il y a il y a il y a une forme de continuité dans l'action.
Moi, je suis pas là pour juger euh ma successeur. Je pense qu'un certain nombre de choses que j'avais lancé euh et bien vont vont être ou seront poursuivies. Notamment, j'avais lancé et j'avais permis avec d'autres ministres au niveau européen de voter le plan cœur au niveau européen puisqu'il a été adopté par la Commission européenne en en décembre.
C'est un un plan qui permet de favoriser la prévention des maladies cardio-vasculaires euh qui avec la santé mentale et les cancers représente les principales causes euh de maladies de nos concitoyens et notamment de maladies chroniques et ça représentera même 70 % de nos dépenses de santé à l'one 2000 2030 2040. Donc il y a il y a ce plan cœur que j'ai pu faire adopter ensuite en tant que député pour favoriser la prévention sur les lieux d'entreprise, de pouvoir favoriser aussi l'information sur la sédentarité, les écrans, la bonne alimentation dans les écoles, permettre aux professionnels de santé comme les kinés, les pharmaciens de pouvoir prendre la tension artérielle parce que cholestérol, hypertension artérielle, diabète, bien souvent les patients, les Français en nom et ne se rendent pas compte monte. Donc l'idée c'est de pouvoir favoriser ce dépistage qui pourrait économiser entre guillemets 1400 décès par an et puis et bien permettre que nos populations soient en meilleure santé.
Ensuite, il y a eu une poursuite des actions que j'avais mis sur la santé mentale. J'avais lancé également le plan de lutte contre les violences sexuelles et sexistes. J'avais fait le premier comité de pilotage sur l'obésité. et je vois que ce sujet aussi a été poursuivi et puis j'avais donné une mission à trois euh professionnels qualifiés euh sur la désinformation en santé et pour poursuivre aussi cette action et bien je déposerai à la rentrée une proposition de loi pour lutter contre la désinformation en santé puisqu'on sait que la santé est un des principaux secteurs où il y a de plus en plus de désinformation que ça soit sur les les antivax ou sur beaucoup d'autres secteurs.
Donc je crois qu'il faut être vigilant. Donc, je crois qu'il faut être utile là où nous sommes. En tant que ministre, j'ai initié des choses.
Je me félicite quand ces choses-là ont été poursuivies par l'équipe qui m'a succédé et puis sur les autres et ben j'essaie de les poursuivre comme le plan cœur par la proposition de loi que j'ai fait adopter euh au Parlement et qui a été ratifié le 27 juillet dernier comme la désinformation en santé. Et puis un autre sujet qui me tient à cœur, c'est l'alimentation ultra transformée puisqu'on sait qu'avec des études récentes que ça augmente le taux de diabète, de pathologie cancéreuse de façon significative. Donc ça sera un des combats également de la rentrée en tant que parlementaire.
Oui, vous êtes d'ailleurs aussi coprapporteur de la mission d'information sur l'exposition des jeunes aux boissons énergisantes dont on a parlé notamment déjà il y a il y a quelques jours sur BFM2. Ce n'est pas frustrant Yan Needer quand on est ministre pendant un peu plus de de 9 mois. Donc d'initier des actions évidemment de mettre en place de porter des dossiers des fois qui qui tiennent qui vous tiennent à cœur, on le comprend et de voir ensuite que tout n'est pas suivi, que parfois ça a l'air d'être remis un peu de côté par les ministres suivants et que les actions n'avancent peut-être pas aussi vite que vous ne l'auriez souhaité.
Non, je crois que il faut être utile là où nous sommes. Je pense qu'il y a des variations individuelles en fonction des choix de chacun. Moi, je me suis surtout guidé par mon parcours d'élu local puisque j'ai été maire, j'ai été vice-président de région, président de communauté de commune.
Je suis praticien hospitalier au CHU de Grenoble puisque je dirige le pôle de cardiologie. Donc, j'ai cette vision et du terrain et euh entre guillemets de de la fonction surgnante. Donc c'est ce qui a guidé mon action et je crois que là où nous sommes, bah il faut être utile.
Donc moi, j'ai essayé d'être utile euh dans les différents sujets que je vous avais évoqué. la loi infirmière, les urgences climatiques, les épidémies, euh le plan cœur, les violences sexistes et sexuel, le renfort sur les attaques contre les soignants, le plan obésité, la désinformation et puis tout ça, ça permet d'être poursuivi euh quand quand on redevient parlementaire. Je crois que c'est ça non ?
Je pense que le seul regret et j'espère que ça sera l'enjeu de la campagne présidentielle, c'est que ce ministère devienne bien un ministère d'État pour gagner effectivement davantage d'arbitrage pour avoir une programmation en santé qui soit pluriannuelle avec un budget pluriannuel avec des objectifs de santé et puis surtout la formation de nos soignants qui est au cœur de nos préoccupations. Donc je crois que ça sera aussi des sujets importants qui vont s'inviter dans la campagne présidentielle parce que je crois que la santé reste la première ou deuxème préoccupation des Français. Donc c'est un sujet majeur et je crois que c'est ça serait passé à côté de cette présidentielle si les thématiques de santé n'intervenaient pas.
C'est pour ça que je tiens le stylo pour le parti qui est le mien pour rédiger le programme et puis j'espère que et bien ces ces choses pourront être discutées pendant la période présidentielle. C'est vrai que la santé notamment avec les canicules que l'on vient de traverser devrait être au cœur de cette présidentielle. On le verra.
Une dernière question, Yan Neer. Donc vous êtes à nouveau au sein du CHU de de Grenoble où vous exercez quelques jours par semaine me semble-t-il. Est-ce qu'on vous parle de votre expérience de ministre ou est-ce que vous avez réintégré le CHU comme si vous n'en étiez jamais parti aussi ?
Quelle est un peu l'ambiance de travail ? Écoutez, l'ambiance est bonne. Moi, j'ai d'excellentes relations avec mes collègues de travail qui a qui était assez fier et content de me voir accéder à ces fonctions ministérielles, mais qui m'ont accueilli avec la même gentillesse et la même bienveillance.
Naturellement, on revient probablement un peu transformé par cette expérience ministérielle, mais au contraire, c'est de pouvoir mettre cette expérience bah au profit de l'établissement. où je travaille depuis depuis 25 ans et puis pourvoir continuer à justement se nourrir du terrain puisque c'est aussi les les évolution professionnelles qui permettent de bâtir la politique hein, c'est très bottom up et puis aussi c'est aussi de pouvoir s'inspirer de ce que j'ai vu au niveau national pour améliorer encore la prise en charge des patients au quotidien. Donc je crois que moi je suis assez je revendique hein ce ce côté effectivement de ne pas être un pur produit entre guillemets de la politique et d'avoir eu une vie professionnelle avant d'en avoir une après et je crois que c'est aussi une permettre d'être aussi certain une certaine liberté dans les décisions puisque ne pas dépendre de la politique c'est aussi une façon d'en faire et d'en faire avec moins de contraintes et de pouvoir rester plus fidèle à ses convictions.
Yannique Noder, merci à vous d'avoir été avec nous sur BFM2. Député donc du groupe droite républicaine de Liser et ancien ministre chargé de la santé et de l'accès aux soins. Merci d'être revenu donc sur votre expérience passée notamment au sein de ce ministère de la santé.
L'information, elle continue sur BFM2. Yeah.
Yannick Neuder