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interviewfranceinfo — L'invité éco· 19 mai 2021 7 min

Covid-19 : pour Agnès Pannier-Runacher, "le vaccin AstraZeneca sera de moins en moins utile"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonsoir à tous. Pour accompagner le déconfinement, il faut des vaccins et du côté des vaccins, les choses changent sans arrêt. Bonsoir Agnès Pannier-Renaché.

0:13
Agnès Pannier-Runacher

Bonsoir Jean-Lémarie.

0:14
Présentateur

Ministre chargé de l'industrie et de l'approvisionnement en vaccins, c'est ce qui vous occupe beaucoup depuis quelques mois. AstraZeneca a de moins en moins de succès. Les médecins généralistes nous le disent, certains ne proposent même plus à leurs patients le sérum AstraZeneca. Il y a eu des retards de livraison, quelques rares effets indésirables, mais c'est arrivé. Et puis des doutes aussi, et c'est important, sur l'efficacité de ce vaccin. Est-ce que c'est fini AstraZeneca ?

0:39
Agnès Pannier-Runacher

Je crois qu'il faut être très humble par rapport à la circulation du virus. Le vaccin AstraZeneca a été validé par l'autorité du médicament européenne. C'est une des autorités les plus exigeantes au monde. C'est un vaccin efficace, c'est un vaccin sûr. C'est ce que nous dit cette autorité. Et moi je peux vous dire qu'il ne faut pas renoncer aux doses d'AstraZeneca. On en a besoin pour la planète, on en a besoin pour les plus de 55 ans aujourd'hui. Et donc aujourd'hui, notre priorité avec AstraZeneca, c'est de leur demander qu'ils rattrapent les livraisons en retard par rapport à l'Union européenne.

1:17
Présentateur

Madame la Ministre, dans le même temps, l'Union européenne n'a pas renouvelé pour l'instant sa commande à AstraZeneca. Est-ce que c'est une preuve de confiance ou de défiance ?

1:25
Agnès Pannier-Runacher

Ça c'est un autre sujet puisque les commandes...

1:27
Présentateur

C'est le même sujet.

1:28
Agnès Pannier-Runacher

Non pas tout à fait parce que les commandes que nous passons aujourd'hui sont des commandes pour les rappels et pour les formes vaccinales sur les enfants. Donc ce ne sont pas nécessairement les mêmes produits, ce ne sont pas les mêmes essais cliniques en tout cas. Et aujourd'hui, AstraZeneca ne poursuit pas d'essais pour des vaccins sur les enfants, ce qui est logique. Ils ont a priori moins de 55 ans. Et par ailleurs, sur les variants, ils n'ont pas du tout le même calendrier que Moderna et que BioNTech-Pfizer. Donc à ce stade, nous n'avons pas effectivement de discussion parce que nous n'avons rien à discuter sur les variants.

2:01
Présentateur

On discute avec Pfizer pour la suite par exemple des événements ?

2:04
Agnès Pannier-Runacher

Parce qu'eux ont déjà disponible des données cliniques sur les variants et sur les enfants et que donc c'est le moment d'avoir cette discussion. Et c'est pour ça que nous avons sécurisé des doses au niveau de l'Union européenne pour les années 2022 et 2023 sur ces différents objets, les rappels, les variants. Et potentiellement, et là encore, ça sera aux scientifiques de nous le dire, les enfants s'il faut les vacciner.

2:28
Présentateur

Et sur le terrain, en attendant, le taux d'utilisation en France des doses AstraZeneca est beaucoup plus faible que le taux d'utilisation de Pfizer. 56% contre 92%. Que vont devenir toutes ces doses non utilisées ?

2:41
Agnès Pannier-Runacher

Alors ça, ce sera au ministère de la Santé de vous répondre. Mais moi, je continue à dire que ces doses, elles sont utiles. Ces doses, elles peuvent également servir à des dons au plan international. Puisqu'aujourd'hui, AstraZeneca est le laboratoire qui a conclu un contrat avec le mécanisme COVAX qui nous permet d'organiser des dons à destination des pays qui n'ont pas de vaccins pour vacciner. Et je rappelle que c'est notre intérêt collectif, même très égoïste, que l'ensemble de la planète soit vaccinée le plus rapidement possible.

3:14
Présentateur

Même si ce vaccin est jugé moins efficace face aux variants que les vaccins à ARN messager ?

3:18
Agnès Pannier-Runacher

Ce n'est pas nécessairement ce que disent toutes les études. Il faut prendre les données, évidemment, avec... Et je n'ai pas la prétention d'être un scientifique. Mais ce que je sais, c'est que ces doses sont attendues. Les pays nous interpellent, ceux qui sont en développement, pour pouvoir bénéficier du mécanisme COVAX. Et la France prendra sa part et même pousse ses partenaires européens à aller plus loin dans cette politique de dons.

3:44
Présentateur

Le chef de l'État s'est engagé à proposer la vaccination à tous les Français avant la fin de l'été. Est-ce que c'est possible sans le recours à AstraZeneca ? Si la tendance que j'évoquais se confirme.

3:55
Agnès Pannier-Runacher

En l'occurrence, dans la mesure où le vaccin AstraZeneca est réservé aux plus de 55 ans, nous aurons passé d'ici la fin de ce mois le moment où les plus de 55 ans ont accès à des vaccins et on descendra en âge, on continuera à descendre en âge. Donc, le vaccin AstraZeneca sera de moins en moins utile, puisque la population auquel s'applique ce vaccin, c'est les plus de 55 ans.

4:20
Présentateur

Est-ce que vous parliez une disparition progressive de ce vaccin au profit d'autres vaccins ? C'est ça la stratégie ?

4:24
Agnès Pannier-Runacher

Aujourd'hui, nous devons vacciner les plus jeunes. C'est-à-dire que nous descendons, on voit que le taux de vaccination chez les plus de 75 ans commence à stagner. On voit que la demande chez les plus jeunes est importante. Le vaccin AstraZeneca, c'est les plus de 55 ans. Les autres vaccins peuvent couvrir les plus jeunes. Donc, c'est logique qu'au fur et à mesure, on utilise plus de doses des autres vaccins.

4:47
Présentateur

Et donc, je vous repose ma question. L'objectif d'une vaccination proposée à tous les Français avant la fin de l'été, est-ce qu'il reste d'actualité ?

4:53
Agnès Pannier-Runacher

Oui, tout à fait, puisque nous avons aujourd'hui un nombre de livraisons qui nous permet de faire face et de tenir cet objectif. On l'a vu, le Président de la République et le Premier ministre ont fixé un objectif de 10 millions. Personne ne pensait qu'il était atteignable. Nous l'avons dépassé pour mi-avril. De 20 millions de vaccinés en première dose mi-mai, nous l'avons également atteint. Et nous allons continuer à tenir ces objectifs parce que nous avons des livraisons de vaccins qui augmentent de plus en plus à la faveur de la mise en place des chaînes de production.

5:26
Présentateur

Sanofi avait pris du retard, mais il vient d'annoncer des résultats positifs sur un essai clinique. Est-ce que vous comptez sur le vaccin de Sanofi ? Et si oui, quand Agnès Pannier-Renaché ?

5:37
Agnès Pannier-Runacher

Alors, je laisserai Sanofi donner son calendrier, mais en tout état de cause. D'abord, nous accueillons très positivement cette bonne nouvelle d'avoir des essais cliniques positifs. Ce d'autant que Sanofi travaille d'ores et déjà sur les variants, sur la vaccination pour les enfants et sur la vaccination en rappel. Et que des essais cliniques qu'ils nous ont montrés et qu'ils ont commentés, la vaccination notamment sous forme de rappel a l'air de donner de très bons résultats. Donc, il faut continuer les laisser, continuer à poursuivre ces essais. Et par ailleurs, ils pourront lancer leur fabrication industrielle dès cet été. Ce qui permet aussi de sécuriser l'accès à des doses.

Donc, pour nous, c'est un élément de la stratégie vaccinale qui nous paraît très intéressant.

6:21
Présentateur

Il nous reste un point important. Une minute pour parler d'un point important. C'est la question du matériel dont les hôpitaux ont manqué énormément l'année dernière. Des masques, évidemment, on en a beaucoup parlé, mais aussi des gants médicaux. C'est essentiel dans la vie quotidienne des hôpitaux. Vous venez d'annoncer la création d'une ligne de production de gants à usage unique dans le département de la Sarthe. Est-ce que c'est sûr ? Est-ce que ça va se faire ? Et c'est quand ça ?

6:45
Agnès Pannier-Runacher

Alors, c'est une production qui va démarrer en 2022. C'est une décision que vient de prendre l'entreprise Colmy. Je rappelle que c'est la même entreprise qui a augmenté considérablement sa production de masques sanitaires et qui contribue fortement à cette production qui est aujourd'hui de plus de 100 millions de masques sanitaires par semaine en France et qui nous permet aujourd'hui de construire notre résilience en matière de santé. Et là aussi, première usine en France de gants à usage unique pour les soignants. Deuxième usine en Europe qui va nous permettre de produire jusqu'à 2 milliards de gants avec le soutien du plan de relance.

7:21
Présentateur

Agnès Pannier-Renaché, la ministre chargée de l'Industrie, invitée éco de France Info ce soir. Merci.