Carburants : "On se prépare à tout" pour cet été, "au pire" comme au "meilleur", dit Roland Lescure
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:11OuverteRéponse directe
On va essayer d'y voir plus clair sur les conséquences économiques de la guerre.
- 0:26FerméeRéponse directe
Est-ce que vous avez la certitude que les Français auront du carburant pour partir en vacances ?
- 1:18OuverteRéponse directe
Vous parlez des compagnies aériennes. Transavia annonce 400 vols annulés en mai-juin.
- 2:13FerméeRéponse directe
Ces stocks stratégiques permettraient d'éviter une pénurie même si le détroit d'Hormuz restait bloqué ?
- 2:56RelanceRéponse partielle
Vous essayez de rassurer les Français, mais vous parlez d'un choc pétrolier puis dites qu'il n'y en a pas.
- 3:54OuverteRéponse directe
Le gouvernement a prévu quelque chose face aux annulations de vols de Transavia ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:14Invité politiqueChiffre
« On importe un peu plus de 20% de notre kérosène du Golfe. »
- 2:03Invité politiqueChiffre
« On a trois mois de stocks stratégiques. »
- 2:33Invité politiqueChiffre
« À peu près 20% du kérosène, à peu près 15% du diesel et très peu de brut. »
- 2:45Invité politiqueChiffre
« Au Japon, ils ont libéré 80 millions de barils de leurs stocks stratégiques. Nous, moins de 2 millions. »
- 5:53Invité politiqueFait
« Pendant quelques jours, on l'a tous vu, les prix ont monté très vite au début de la crise et peut-être un peu trop vite. »
- 6:31Invité politiqueFait
« Les distributeurs, aujourd'hui, n'utilisent pas la guerre pour faire des marges excessives sur le dos des Français. »
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Et Benjamin Duhamel, vous recevez le ministre de l'économie et des finances. Bonjour Roland Lescure, merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. On va essayer d'y voir un peu plus clair sur les conséquences économiques concrètes de la guerre. Je voudrais commencer par la question d'éventuelles pénuries. Pour le patron de Total, Patrick Pouyanné, la France se dirige vers, je cite, une ère de pénurie énergétique. Si le blocage du détroit d'Hormuz se prolonge encore deux ou trois mois, ce à quoi Emmanuel Macron a répondu que tout était sous contrôle. Alors une question simple, Roland Lescure, deux ou trois mois, ça correspond aux vacances d'été.
Est-ce que vous avez la certitude que les Français auront du carburant pour partir en vacances ? En tout cas, on se prépare à tout.
Même Patrick Pouyanné, qui je pense n'est plus tout à fait dans son rôle quand il inquiète avec la menace d'éventuelles pénuries, rajoute bien un certain nombre de « si » à sa déclaration. Il dit si le détroit d'Hormuz reste bloqué deux ou trois mois. Oui, et je ne sais pas, et lui non plus, qu'il en sera dans deux ou trois mois. Donc il faut qu'on se prépare à toutes les opportunités, se préparer le pire, mais aussi espérer le meilleur. Donc ça veut dire se préparer, y compris à un scénario de pénurie de carburant à l'été ? Se préparer à un CE dans lequel le détroit d'Hormuz serait fermé de manière durable. Trois choses là-dessus. Le sujet potentiel, c'est le kérosène.
On a eu un certain nombre de communications, on y reviendra sans doute, de compagnies aériennes sur le sujet. Pourquoi ? Parce qu'on importe un peu plus de 20% de notre kérosène du Golfe.
Alors vous parlez des compagnies aériennes. Pour rentrer dans le sujet directement, vous avez Transavia, la filiale d'Air France, qui dit qu'en mai-juin, on annule 400 vols avec des effets concrets pour des Français qui voient leur billet annulé.
Oui, et j'aimerais savoir si c'est une histoire de prix ou une histoire de volume. Moi, ce que je peux vous dire sur le kérosène, pour être très clair, c'est que, je le répète, 20% de notre kérosène vient du Golfe. Donc évidemment, on suit ça comme le lait sur le feu depuis le début. On n'avait annoncé aucune pénurie en avril. On n'a pas eu de pénurie en avril. Ce que je peux vous dire aujourd'hui, on est à la fin du mois d'avril, c'est que je n'ai pas non plus d'inquiétude pour le mois de mai. Au-delà, on fait deux choses. Un, on augmente le raffinage. On a autorisé des raffineries françaises, notamment à Gravenchon, à augmenter le raffinage.
Et deux, si jamais on faisait face à des enjeux d'importation, on a nos stocks stratégiques. Vous savez qu'on a trois mois de stocks stratégiques. On a une bonne partie de ces stocks qui sont en kérosène, d'autres qui sont en brut, qu'on peut donc raffiner. Donc, il n'y a pas d'inquiétude à avoir sur l'approvisionnement.
Et ces stocks stratégiques, ils permettraient d'éviter une situation de pénurie de carburant, même si le détroit d'Hormuz restait bloqué pour les vacances d'été ?
On a, si demain, on arrêtait totalement d'importer du pétrole, du diesel et du kérosène, on aurait trois mois de stocks. La réalité, évidemment, vous le savez, c'est qu'on a des approvisionnements diversifiés, qui ne viennent pas tout du golfe. A peu près 20% du kérosène, à peu près 15% du diesel et très peu de brut. Donc, globalement, on a des mois devant nous. Ça ne veut pas dire que ce serait une bonne nouvelle, parce qu'évidemment, les prix resteraient élevés. C'est l'enjeu majeur. Mais pour vous donner un ordre de grandeur de comparaison, au Japon, ils ont libéré 80 millions de barils de leurs stocks stratégiques. Nous, moins de 2 millions. Donc, on a encore énormément de réserves.
Oui, mais Roland Lescure, je vois ce matin que vous essayez de rassurer les Français. Non, je présente des faits. Oui, non, mais est-ce que vous comprenez ? Je suis là ni pour inquiéter, ni pour rassurer. Moi, je vous ai entendu dire, il y a un choc pétrolier. Le lendemain, vous disiez, en fait, il n'y en a pas. Je suis désolé. Vous comprenez peut-être que les Français se disent, en fait, quand on a un ministre de l'économie qui nous dit, il n'y a pas de risque de pénurie, ça ne veut pas dire qu'il n'y en aura pas à l'été. Non, écoutez, je vous trouve un peu injuste, mais peu importe.
C'est factuel. Non, non, non, non, pas tout à fait. J'ai regretté d'utiliser ce terme que j'appliquais à l'Asie et qu'on a, à tort, je pense, appliqué à l'Europe. Mais en Asie... Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, enfin, vous reprendrez mes déclarations, elles étaient à l'Assemblée nationale, devant la représentation nationale, devant l'ampleur de la polémique. J'ai effectivement regretté d'avoir utilisé ce terme. Mais en Asie, oui, on a un choc pétrolier. Il y a 80 millions de marines de réserves stratégiques du Japon qui ont été libérées. Il y a des rationnements aux Philippines. Il y a du télétravail généralisé au Vietnam.
En Europe, heureusement, et en grande partie parce qu'on est mieux préparé et mieux diversifié, on ne fait pas face à ce type de risque.
Juste avant de parler de la question des marges des distributeurs, sur la question du kérosène, donc, et des vols qui sont annulés par Transavia, est-ce que le gouvernement a prévu quelque chose ? Ou est-ce que vous regardez simplement cette compagnie aérienne, faire des annonces et annuler les vols ? Non, non, non, non, non, on ne perd de rien.
Depuis le début, on est engagé dans les discussions avec l'ensemble des filières, les distributeurs, les filières industrielles, et évidemment, on discute avec les compagnies aériennes. Ce que je peux vous annoncer, c'est qu'avec Philippe Tabarro, le ministre des Transports, mon collègue, on va recevoir l'ensemble des compagnies aériennes, pour faire le point sur la préparation de l'été. Pas seulement les enjeux de volume, mais aussi les enjeux de prix, les enjeux de...
Donc vous allez demander des comptes en quelque sorte à Transavia ou aux compagnies aériennes ?
Non, je suis désolé, mais je ne suis pas dans une logique où je cherche des coupables les uns après les autres. Je sais qu'on adore ça en France. Moi, je cherche à avoir des discussions responsables avec des industries qui sont concernées par la crise et qui concernent le quotidien de nos concitoyens. Donc on l'a fait avec les distributeurs, on le fait avec les importateurs, on le fait avec les compagnies aériennes, on le fait avec tout le monde.
Donc cette réunion à venir avec les compagnies aériennes. Autre sujet où on a besoin de votre éclaircissement, Roland Lescur, c'est la question des marges des distributeurs. Un document de travail du gouvernement révélé par nos confrères de France Info montrait que les marges brutes des distributeurs de carburant étaient plus importantes qu'aujourd'hui qu'avant la guerre. Des distributeurs colèrent en réponse des distributeurs qui disent que ce n'est pas vrai. Le patron de Carrefour, Alexandre Bompard, vous demande de corriger, je cite, un document erroné et biaisé. Alors qui dit vrai, Roland Lescur ? Est-ce que c'est vos services ou est-ce que ce sont les distributeurs ?
Ce que je peux vous dire, c'est qu'un, je regrette cette fuite parce qu'il n'aurait jamais dû avoir lieu. C'est un document de travail imparfait sur lequel on travaille, y compris d'ailleurs en collaboration avec les distributeurs, pour mieux comprendre effectivement et assurer, on l'espère, la transparence sur le fait qu'aucun des distributeurs ne s'en est mis plein les poches. Et quand vous dites un document imparfait, est-ce que le constat qui est posé par ce document, c'est-à-dire l'augmentation des marges brutes, est réel ?
Ce que je peux vous dire à partir du travail que nous avons fait, qui est encore imparfait mais qui donne un constat assez clair, c'est que pendant quelques jours, on l'a tous vu, les prix ont monté très vite au début de la crise et peut-être un peu trop vite. Et c'est la raison pour laquelle on demande aujourd'hui quand les prix baissent, à ce qu'ils baissent à la pompe. Et depuis, les marges telles qu'on les estime, de manière imparfaite, sont à peu près stables. Donc il y a eu les premiers jours des augmentations très fortes qu'on a tous vues à la pompe. Depuis, ça s'est calmé, j'allais dire heureusement.
Et c'est peut-être lié en partie à la pression que le gouvernement a mis sur les distributeurs.
Donc en fait, vous êtes d'accord avec les distributeurs, ce document, il était erroné et biaisé. Vous, en quelque sorte, vous le... non pas vous le discréditez, mais en tout cas, c'est un document qui disait quelque chose qui n'est pas vrai.
Écoutez, c'est un document de travail qui n'avait pas vocation à être publié parce qu'il était par nature imparfait. Mais s'il était parfait, il serait public. Aujourd'hui, ça fait partie des outils qu'on utilise. Donc les distributeurs, aujourd'hui, n'utilisent pas la guerre pour faire des marges excessives sur le dos des Français. À ce stade, il n'y en a pas de signe en ce sens, et j'allais dire heureusement. Et j'espère que ça va durer parce qu'au fur et à mesure que la crise dure, il faut s'assurer que les comportements vertueux continuent.
Dans un moment où le gouvernement cherche des économies budgétaires, il y a un député qui vous en suggère une. Il s'appelle Charles Aloncle. Le rapport voté hier propose de baisser le budget de l'audioselle publique d'un milliard d'euros, c'est-à-dire 25% de son budget total, qui en compte 4. Est-ce que le ministre de l'économie et des finances que vous êtes considère que c'est une économie intelligente ?
Le ministre de l'économie et des finances a été un peu surpris, même si évidemment l'Assemblée nationale est totalement libre, de la manière dont cette commission d'enquête s'est déroulée. Moi, j'ai été vice-président de l'Assemblée nationale, président de commission, à un moment, et ce n'était pas il y a si longtemps que ça, où les débats étaient un peu plus apaisés, un peu moins qu'à 1,4 euros, et cherchaient un peu moins le buzz que la réalité. Moi, je n'ai pas lu le rapport. Je sais qu'un certain nombre de mes collègues, y compris mon suppléant d'ailleurs, avaient des doutes sur le fond et surtout sur la forme. Un rapport de commission d'enquête, c'est du sérieux.
Je ne suis pas sûr qu'un certain nombre d'invectifs, qui étaient en tout cas dans une version immilaire du rapport, avaient vocation à durer. Mais est-ce qu'on peut faire 1 milliard d'euros d'économie sur le budget public ? Écoutez, à ce stade, on est dans la préparation du budget, on n'en est pas là.
Moi, en tant que citoyen, en tant que comme politique, et ça, ce n'est pas le ministre des Finances qui parle, je suis attaché au service public, et je considère qu'on doit pouvoir à la fois avoir un service public exemplaire d'un point de vue du budget, et aussi d'un point de vue de la neutralité, et qu'on peut continuer à financer un service public, qui, je suis dans un studio dans lequel ça ne fonctionne pas trop mal, fonctionne plutôt bien et plutôt apprécié des Français.
Un tout dernier mot, Roland Lescur, vous serez où le 30 mai ?
Je serai, alors, je vais être partagé, et donc sans doute un peu divisé, je serai au meeting de Gabriel Attal en début d'après-midi, et j'espère, devant mon écran, pour regarder la finale de la Ligue des Champions en fin de journée, et voir le PSG gagner la deuxième.
Donc Gabriel Attal, qui reproche au gouvernement d'avoir cédé à la CGT et à la gauche sur le 1er mai, vous applaudirez quand il le répétera en tribune ou pas ?
Écoutez, je ne sais pas ce qu'il dira en tribune.
Là, c'est compliqué, quand on est ministre de gouvernement, qui a soi-disant cédé à la CGT...
Ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a dix jours, j'étais aux Etats-Unis, on a essayé de gérer les conséquences de cette crise sur l'économie mondiale. Le fait que la France ait envisagé l'espace d'un attent de faire tomber son gouvernement pour savoir si on allait pouvoir acheter du pain le 1er mai, ça a fait un peu sourire quand même.
On doit pouvoir faire mieux. Répondez pas tout à fait à ce qu'a dit Gabriel Attal, mais ça, ce sera pour une autre interview. Merci Roland Lescur d'être revenu ce matin au micro d'Inter. Et à tout à l'heure, Benjamin, pour le grand entretien. Il est 7h58.
Roland Lescure