Philippe Rio
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Ils sont français et ils se sont fait remarquer en 2021, soit par leur performance, soit par leur action. Il est le maire communiste de Grigny dans l'Essonne, à la tête d'une ville de 30 000 habitants qui collectionne plus souvent les difficultés que les récompenses. Et pourtant, Philippe Riau est devenu le 15 septembre dernier une célébrité mondiale. Plus fort que Washington ou Buenos Aires, Grigny dans l'Essonne. Son maire est le meilleur du monde, selon la fondation anglaise, la City Myers Foundation de Londres. Lui qui avait lancé en 2017 l'appel de Grigny avec d'autres maires de villes populaires. Meilleur maire du monde à égalité avec celui de Rotterdam. Bonjour Philippe Riau.
Bonjour.
Et en plus, vous n'aviez même pas candidaté ?
C'est absolument cela. Un vrai outsider et challenger.
Comment ça s'est passé ? Expliquez-nous.
J'ai simplement reçu un mail le 6 février dernier, à 15h, m'indiquant que j'étais pré-sélectionné parmi une liste de 32 villes. Et puis, au fur et à mesure, on s'est pris au jeu. On a répondu aux questions. On a diffusé l'information parce qu'il y avait un peu de clics à faire. Et puis, de fil en aiguille, nous sommes arrivés avec mon collègue de Rotterdam à cette place très honorifique. Et c'est une petite fierté collective.
Alors, le jury justifie ainsi votre récompense. Philippe Riau se bat pour la dignité humaine, le respect d'autrui, la tolérance. Alors, ce sont de belles idées. Mais concrètement, qu'est-ce que ça signifie ?
D'abord, concrètement, il y a un mouvement municipaliste qui promeut les droits humains. Nous faisons partie de ces villes. Et ce qui a été reconnu pendant la période de confinement, notamment, c'est notre acharnement à lutter contre la pauvreté dans un territoire où 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Nous avons, avec le service public, les associations, les habitants, fait œuvre d'hyper-solidarité dans ces moments extrêmement durs, de crise alimentaire extrêmement violente. Distribution de masques, 130 000 là où il n'y avait pas de masque. Avec organisation, bien évidemment, des vaccins, livraison alimentaire, continuité pédagogique, lien avec les plus anciens.
Ce que, fondamentalement, beaucoup de maires ont fait, beaucoup de collectivités locales ont fait, avec une particularité, c'est que la crise sanitaire a fragilisé et rendu plus funérable des populations qui étaient déjà extrêmement précaires.
Et c'est le cas à Grigny. 30 000 habitants à une trentaine de kilomètres de Paris, c'est l'une des villes les plus pauvres de France. 40% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Un jeune sur deux sort du système scolaire sans diplôme. Mais Grigny, c'est aussi, Philippe Riau, la ville où vous avez grandi à la cité de la Grande-Borne et où vous avez aussi connu les difficultés des quartiers. Est-ce que vous pouvez nous parler de vous un petit peu ?
Effectivement, je suis un enfant du quartier de la Grande-Borne, fier de l'être, fier d'avoir grandi dans cette cité avec des enseignants exceptionnels, avec des services publics dévoués, avec des voisins superbes. Bien évidemment, avec son lot de difficultés et d'avoir nourri mon engagement d'abord citoyen, à un moment où on parlait de lutte contre les exclusions à la fin des années 90 et qui m'a formé dans mon envie de mon engagement politique et puis de fil en aiguille dans mes responsabilités qui sont les miennes aujourd'hui.
Engagement politique au sens la vie de la cité, c'est-à-dire s'occuper des autres, ces autres que vous avez vus en difficulté et votre famille elle-même a connu des difficultés.
Oui, effectivement, j'ai cette particularité d'avoir vécu les risques d'expulsions locatives, d'avoir été nourri par les restaurants du cœur, par le secours populaire, d'être extrêmement attentif aux fêtes de fin d'année parce qu'il y avait le colis alimentaire, d'avoir eu la chance incroyable d'avoir participé à des colonies de vacances extrêmement peu chères parce que je ne suis jamais parti en vacances avec mes parents. Donc voilà, cette histoire-là du communisme municipal ou de l'humanisme municipal qui caractérise beaucoup de collectivités locales m'a construit dans le refus de la fatalité et l'envie d'apporter un soutien aux autres et des solutions.
Est-ce qu'il y a quand même des moments de découragement face à l'ampleur de la tâche ? Ça fait dix ans que vous êtes maire, Philippe Rion.
Oui, il y a des moments de découragement, évidemment. Il y a des moments où on a envie de raccrocher. Et puis, très rapidement, les personnes qui travaillent autour, qui nous voient évoluer, sont toujours là pour nous seconder. C'est la raison pour laquelle ce titre honorifique est vraiment une œuvre collective. Je ne suis pas pour l'héroïsation de la vie politique, locale comme nationale. Il y a un collectif qui est super. Et d'ailleurs, nous l'avons fêté ainsi, ce titre-là, par une rencontre collective avant qu'Omicron arrive.
Oui, alors justement, ce titre de meilleur maire du monde, a-t-il changé le regard que l'on porte aujourd'hui sur Grigny ? Et a-t-il changé aussi le regard que les habitants portent sur eux-mêmes ?
J'ai été extrêmement surpris par le regard des gens sur eux-mêmes. Ils ont été tous ou très nombreux à avoir été appelés à recevoir un texto, un SMS sur « Tu as vu ton maire et le meilleur maire du monde ». Vous l'avez dit, Grigny, c'est d'abord victime de la ségrégation, de la discrimination, voire bouc émissaire de la République. Et là, tout d'un coup, nous avons une reconnaissance internationale, parce que qui dit meilleure maire du monde, dit meilleure ville du monde. Et donc, il y a eu, oui, une fierté, une fierté collective, une fierté d'être grinois. Enfin, la reconnaissance que, oui, la vie est difficile.
Mais oui, nous levons la tête et nous essayons les uns et les autres de faire solidarité ensemble. C'est ça, le sens de ce titre-là qui a été vécu vraiment positivement, même si la réalité est toujours présente. L'autre élément important, c'est la respectabilité, la respectabilité individuelle. Et puis, j'ai senti quelques changements de respectabilité dans le monde institutionnel, dans le regard des entreprises sur ce territoire. Ça a permis ce changement de regard qui, effectivement, ne se traduit pas en sonnant et trébuchant. Mais des gens qui vous regardaient avec méfiance, aujourd'hui, vous tirent leur chapeau. Et ça, c'est appréciable.
Ça nous donne confiance sur le chemin que nous avons pris de refus de cette fatalité et de se dire que c'est possible de vivre ensemble et de vivre mieux.
Philippe Riau, vous êtes aussi très combatif au niveau national. On se souvient de l'appel de Grigny en 2017. Vous aviez interpellé l'exécutif avec d'autres maires de villes en difficulté en exigeant un sursaut. Jean Castex était venu au début de cette année à Grigny pour faire des annonces en faveur des quartiers. Mais quel est le problème aujourd'hui ? Est-ce que c'est encore un problème de moyens ou plutôt de relais ?
Les deux. Les deux, parce qu'on continue à vivre sur le mythe qu'on déverse des milliards et des milliards dans les quartiers populaires. Or, nous avons moins que les autres territoires. Et deux, on a besoin de ce changement de regard de la société entière sur ces territoires. C'est la raison pour laquelle je lis le combat local en tant que maire et ce combat national mené avec d'autres collègues de tout horizon politique confondu, hormis le Front National, pour faire passer le message suivant. Faire gagner la France, il faut faire gagner les banlieues françaises.
Nous sommes une part de la réponse dans l'avenir qu'à construire la France, parce que nous sommes des territoires jeunes et nous devons mettre le paquet autrement, avec des bonnes énergies, parce qu'encore une fois, des banlieues qui vont bien, c'est la France qui va bien. Des banlieues qui vont mal, c'est la France qui va mal.
Et que peut-on souhaiter aux meilleurs maires du monde pour 2022 ?
Des victoires dans les nombreux combats locaux que nous avons à mener et puis faire attention à ma tension et à mon poids.
Et un petit régime. Merci beaucoup Philippe Riau d'avoir été l'invité de France Inter. Merci.
Philippe Rio