Emmanuel Macron, mobilisation du 10 septembre, NFP... L'interview complète de Sandrine Rousseau
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Est-ce que vous vous appelez également à la démission d'Emmanuel Macron ?
Moi je n'appelle pas à la démission, je dis juste que là on est dans une situation de crise et de blocage politique dont il a une part de la responsabilité et dont il faut qu'il prenne cette responsabilité, qu'il comprenne que son entêtement à ne pas vouloir ni respecter les urnes, ni respecter les mouvements sociaux, ni respecter les pétitions, ni respecter à peu près tout ce que les Français et Françaises ont tenté de faire pour lui faire comprendre qu'il se trompait de voix. Toutes ces choses-là ont été inutiles, toutes ces choses-là ont été balayées d'un revers de main. Et donc aujourd'hui il se retrouve en fait dans la crispation qu'il a lui-même créée.
Et évidemment dans ces cas-là, la réponse est à la hauteur de l'histoire d'Emmanuel Macron avec le peuple, c'est-à-dire une tension très forte et une dureté. Et j'ai vu le sondage qui disait qu'il y avait plus de 60% de Français qui voulaient le voir partir, je pense que c'est la conséquence directe de son incapacité à entendre.
Mais vous ne faites pas partie de ces 67% de Français, vous ne souhaitez pas le départ d'Emmanuel Macron ?
Moi je pense qu'il va, pour être très sincère, je pense qu'il va devenir inéluctable. Mais pour l'instant, ce n'est pas à moi de le demander, ce n'est pas à moi, Sandrine Rousseau, sur ce plateau de le demander, mais je pense qu'il se met lui-même dans une crise dont il n'arrivera pas à sortir.
Il n'ira pas jusqu'en 2027 selon vous ? Je suis aujourd'hui prête à peu près à parier que non. La France insoumise va jusqu'à déposer une motion de destitution. Elle va trop loin ?
Non, elle ne va pas trop loin. Elle renvoie au sentiment du sondage dont vous avez parlé, qui est qu'il y a un ras-le-bol. En fait, Emmanuel Macron a toujours pensé que les scores qu'il faisait à la présidentielle étaient des scores d'adhésion, alors que c'était des scores de barrage, pour éviter l'extrême droite. Et il a estimé que ces scores étaient une espèce de validation de sa politique, ce qui est l'erreur absolue. Et en fait, il n'a jamais voulu déroger de cela.
Il n'a jamais voulu imaginer que, dans son espèce de sentiment de toute puissance, il ait pu se tromper, il ait pu ne pas comprendre ce qui se passait dans le pays, il ait pu aller trop loin dans les réformes antisociales et contre les personnes les plus vulnérables. Et par ailleurs, moi je pense, au-delà de ça, que nous sommes dans un moment très important, en fait, de fin d'adhésion à un système libéral qui n'a plus de sens. Je pense que ce système économique de croissance productiviste avait du sens tant qu'il amenait le progrès à chacun et chacune.
Aujourd'hui, chacun sait que demain va être sans doute un peu plus dur qu'aujourd'hui, que nos enfants auront sans doute une vie un peu plus dure que celle que nous avons eue. Et par conséquent, il n'y a plus d'adhésion à ce modèle-là. Donc pour moi, c'est au-delà d'Emmanuel Macron. C'est qu'en fait, on est dans un système économique qui est en profonde interrogation,
qui est interrogé par le gouvernement. Mais concrètement, Mme Rousseau, vous n'appelez pas directement à sa démission, en tous les cas pas maintenant. Vous n'allez pas voter la confiance de François Bayrou. Vous attendez quoi ? Je vais me voter contre. Oui, bien sûr, dissolution.
Non, j'attends qu'Emmanuel Macron fasse quelque chose qui semble aujourd'hui tout à fait extraordinaire, mais qui pourtant est dans l'esprit de la Vème République, qui est de respecter les urnes, de respecter le résultat des urnes. Et donc, nommer un Premier ministre issu du Nouveau Ville Populaire est libre et ensuite libre à nous de trouver les moyens de gouverner dans ce cadre-là.
Mais en effet, ce ne sera pas possible aujourd'hui. Absolument, ce qui n'a pas été fait il y a un an et demi, est-ce que le président de la République pourrait aujourd'hui se dire « Eh bien, je nomme Lucie Castet ». Et Lucie Castet, vous pensez qu'elle pourrait avoir la majorité ? Enfin, qu'elle pourrait tenir au gouvernement à l'Assemblée ?
Ce qui s'est passé il y a un an et demi était absolument scandaleux. C'est-à-dire qu'il y a eu une mobilisation, parce que les résultats du Nouveau Front Populaire, ce n'est pas juste quatre partis qui se sont mis d'accord. Ce sont des ON, ce sont des associations, ce sont des syndicats. Et d'ailleurs, il y a plein d'associations qui aujourd'hui voient leur subvention baisser simplement parce qu'elles ont soutenu le Nouveau Front Populaire à l'époque. Donc ces gens ont pris des risques. Et en fait, il y a toute une société civile qui s'est mobilisée pour mettre le Nouveau Front Populaire en tête. Sauf que vous n'aviez pas la majorité absolue, pardonnez-moi,
Pauline Rousseau. Et la raison pour laquelle Emmanuel Macron n'a pas nommé Lucie Castet, c'est parce qu'elle aurait été, ce gouvernement aurait été renversé dans tous les cas.
Cet argument, je ne peux plus l'entendre. Au nom de quoi Emmanuel Macron avait-il la majorité ? On ne serait pas dans cette difficulté s'il l'avait. Mais pour autant, le Nouveau Front Populaire, il s'est disloqué.
Très bien, pourquoi la nôtre n'est pas acceptable ?
Pourquoi la nôtre n'est pas acceptable ? Et pourquoi c'est toujours celle d'Emmanuel Macron qu'on remet au centre de la table ? Je vous le dis, il y a eu un vote des électeurs et électrices qu'il s'agit tout simplement, dans le cadre d'une démocratie, de respecter. Ce n'est pas plus compliqué que ça. C'est la base, mais c'est absolument essentiel pour retrouver la confiance.
Alors il aurait dû le faire, mais votre budget, de toute manière, aurait été retoqué. Il ne serait pas passé.
En fait, là, vous faites de la politique avec des si. Moi, je dis, il y avait un résultat qu'il convenait de respecter et que l'on peut encore aujourd'hui respecter. Et ensuite, c'est à nous, ça aurait été à nous, députés et ministres de ce gouvernement, de trouver les moyens de la majorité. Mais en fait, on a, et moi je me souviens des interviews à ce moment-là, on avait une espèce de discours en boucle qui disait « Vous n'y arriverez pas, vous n'avez pas la majorité, vous n'y arriverez pas ». En fait, personne n'avait la majorité, mais par contre, il y avait quand même une force qui était arrivée.
Aujourd'hui, vous êtes encore sur cette option-là.
Mais il n'y a pas d'autre option, là, en fait. Il n'y en a pas d'autre, sauf à faire une dissolution. Mais dans ces cas-là, moi, je vous invite tous à lire, par exemple, le livre de Joanne Chapoutot, « Les irresponsables », pour voir à quel point deux dissolutions dans un mandat, ça peut être extrêmement déstabilisant. Et par ailleurs, moi, je suis prête à aller devant les électeurs et électrices. Et je pense que toutes les forces politiques du nouveau Front populaire, ils sont prêtes. Mais est-ce que c'est réellement la voie qui, aujourd'hui, permettra d'apaiser le pays ?
Permettez que j'en doute. Donc, votre scénario privilégié à vous, c'est de nommer un nouveau Premier ministre, une nouvelle Première ministre, en l'occurrence. Vous demandez Lucie Casté, spécifiquement.
Oui, Lucie Casté ou n'importe qui du nouveau Front.
Qui d'autre à l'État ?
Non, mais très bien, Lucie Casté, c'est parfait. Lucie Casté, c'est parfait.
Le problème, madame Rousseau, c'est que le nouveau Front populaire, entre-temps, il existe-t-il encore ?
Enfin, je pense que cette question, vous me l'avez posée avant, après, pendant l'élection, apparaît. Non, non, non, non, non. Elle a chaque état du moment. Non, mais... Il y a un an, il existait, je vous l'accord. Mais là, maintenant, il n'existait plus. Oui, il y a un an, vous me disiez, le nouveau Front populaire n'existe plus. Et moi, je vous disais, il existait. Et là, aujourd'hui, je vous le redis. Je ne vous ai pas dit ça, il y a un an.
Je vais vous dire, dans les votes à l'Assemblée nationale, aujourd'hui, dans l'ensemble des votes sur l'ensemble des amendements, sur l'ensemble des lois qui ont été présentées à l'Assemblée depuis maintenant la dissolution, donc depuis un an, je pense qu'on a 95% de votes en commun. Donc, on est probablement le bloc politique le plus cohérent de toute l'Assemblée nationale.
Oui, pour le dernier budget, le Parti Socialiste a quand même...
Il n'a pas voté la censure, mais il a voté exactement les mêmes amendements que nous. Nous avons voté les leurs. Il y avait d'ailleurs un budget que nous avions travaillé qui permettait de trouver la voie vers les moins de 3% de déficit et vers un équilibre du PLFSS. Ce budget-là n'a pas été respecté. Aucun des amendements que nous avons proposés n'a été entendu ni respecté par le gouvernement, y compris des amendements qui étaient vraiment... même demandés par certains députés de la Macronie. Je pense par exemple à des amendements sur les dispositifs fiscaux.
Est-ce que vous verriez les entreprises et leurs filiales ? Vous, Sandrine Rousseau, une écologiste ou un écologiste ?
Mais bien sûr, n'importe qui du Nouveau Front Populaire. Moi, je vais vous dire... Vous verriez, vous, à Paris, vous verriez ? Non, mais vous n'allez pas me faire dire là que je suis candidate à Matignon. Je vous dis, n'importe qui du Nouveau Front Populaire, ça ira. N'importe qui du Nouveau Front Populaire, ça ira. Tout le monde au Nouveau Front Populaire a l'effort d'être un Premier ministre. Pardon ?
Olivier Faure.
N'importe qui du Nouveau Front Populaire, ça ira.
Est-ce que vous redoutez que le Parti Socialiste, finalement, bien, offre une possibilité de survie à François Bayrou ?
Ce que je pense surtout, c'est qu'il va y avoir encore, et comme depuis maintenant des mois et des mois, une volonté de casser le Nouveau Front Populaire. Parce que diviser pour mieux régner. Et c'est pour ça que j'appelle vraiment le Nouveau Front Populaire à ne pas rentrer dans ce jeu-là, et à rester dans la dynamique de nous avons été élus sous une étiquette, le Nouveau Front Populaire, et nous gouvernerons sous cette étiquette, le Nouveau Front Populaire. Après, vraiment, je pense que si c'est X ou Y qui est le Premier ministre ou la Première ministre, derrière, il y aura un gouvernement qui, de toute façon, sera coloré de l'ensemble des forces du Nouveau Front Populaire.
Nous avons un programme qui est commun, nous l'avons défendu devant les électeurs, et en fait, ce programme est en capacité de changer véritablement la vie des gens. Mais très concrètement.
Tout le programme, rien que le programme, pour reprendre les mots de M. Mélenchon ?
Alors, moi, je vous le dis depuis la dissolution, et je tiens absolument le même discours, il y a que nous proposerons des lois issues de ce programme, qu'après, nous soumettrons au débat parlementaire, et qui seront évidemment amendés et modifiés, en fonction des débats parlementaires. Mais, évidemment, c'est une question d'éthique politique, il faut comprendre ça, c'est-à-dire qu'on ne va pas être élu sur un programme et revendiquer tout de suite de pouvoir en changer. Il faut avoir de la constance en politique, et il faut être honnête vis-à-vis des gens que nous représentons.
Quand on est le Parti Socialiste, on ne se dit pas qu'il est complètement sur la même ligne que vous.
Tous les candidats du Parti Socialiste ont défendu le programme du Nouveau Front Populaire. Si vous me demandez à moi, est-ce que le programme du Nouveau Front Populaire correspond à 100% à ma ligne, je vous réponds non. Par exemple, je trouve qu'on met beaucoup trop la question du PIB, de la croissance en avant, ça ne me convient pas à 100%, c'est-à-dire que ça n'est pas le programme que je défends. Pour autant, je suis prête à défendre ce programme, et dans l'Assemblée, et dans un gouvernement du Nouveau Front Populaire, parce que c'est le contrat que nous avons passé avec les électeurs et électeurs.
Raphaël Glucksmann parlait sur Mediapart de deux gauches non solubles sur la ligne de départ en 2027. Alors, il n'est pas député à l'Assemblée nationale. C'est la preuve que la gauche ne parle pas d'une voix, en tout cas.
Alors, déjà, Raphaël Glucksmann n'est pas élu sur l'étiquette du Nouveau Front Populaire. Raphaël Glucksmann a un projet qui est d'être candidat en 2027, mais 2027, c'est dans deux ans, et il y a des gens qui, aujourd'hui, ne savent pas de quoi demain sera fait, qui n'ont pas un sou, qui n'ont pas un euro d'avance, qui, le 10 du mois, ne savent pas comment ils finiront le mois, qui sont dans des logements insalubles, qui souffrent au travail, qui galèrent à trouver un médecin, qui ont des places de crèche, etc. Tous ces gens-là ont besoin de solutions avant 2027. Donc, oui, Raphaël Glucksmann a son projet, et je le respecte.
Maintenant, nous avons aussi à être responsables vis-à-vis des Français et Françaises d'ici 2020.
Il y a une autre option. Est-ce que la responsabilité de vous, des élus, elle ne passe pas aussi par, peut-être, des concessions, des compromis ? Vous avez pu entendre, aujourd'hui, François Bayrou, qui a l'air d'y croire. Il s'exprime demain, au 20h de TF1. Il dit qu'il va se battre comme un chien pour essayer de convaincre, notamment, l'EPS. Et aujourd'hui, à l'université de la CFDT, il a quand même fait un pas vers la gauche. Quand il propose des efforts spécifiques pour taxer les plus riches. Quand il propose de s'en prendre à certaines niches fiscales. Ça, ce n'est pas de nature, potentiellement, à vous faire changer d'avis ?
Ça fait depuis 2022 que nous avons été élus, qu'on dit qu'on va faire des pas vers la gauche. Et à chaque fois que le gouvernement est en difficulté, il dit qu'il va faire des pas vers la gauche. Et à la fin, les seuls qui ont été servis dans cette affaire, c'est le Rassemblement national. Regardez les lois sur Mayotte, regardez les lois immigration, regardez tout ce qui s'est passé. Ce ne sont que des appels du pied au Rassemblement national. Il n'y a jamais eu, jamais, pas l'ombre d'une tentative de faire une majorité. Ou de trouver chez nous le moyen de passer la majorité. Donc en fait, il y a une volonté de ne pas faire de programme de gauche. En fait, c'est ça le sujet.
C'est qu'il y a une volonté de ne pas mener une politique économique, de ne pas mener une politique sociale, écologique et de gauche. Moi, je vais vous dire, ce qui m'a le plus frappée dans la prise de parole de François Bayrou avant-hier, ou hier, je ne sais plus, hier, c'est qu'on a passé un été caniculaire avec des températures extrêmes. On a eu des feux, des méga-feux, que les pompiers, au péril de leur vie, ont eu toutes les difficultés à arrêter. Il n'y a pas eu un mot d'écologie. Pas eu un mot. C'est quand même un moyen.
Là, c'est des économies budgétaires, donc ça n'a rien à voir avec...
Eh bien voilà, on est exactement au cœur du sujet. C'est-à-dire qu'en fait, tant qu'on pense le budget, uniquement...
Non mais là, on mélange tout, là.
Ben non, c'est absolument lié. C'est-à-dire qu'un budget qui est responsable aujourd'hui, c'est un budget qui prend le virage écologiste absolument indispensable.
Parce que là, c'est un budget de dépense, nécessairement.
Pas forcément. Et si on n'en a plus les moyens. Pas forcément. Parce que si, par exemple, vous développez l'agriculture biologique plutôt que les pesticides, eh bien vous réduirez les dépenses de santé mécaniquement. Si vous diminuez la pollution de l'air, vous diminuerez les dépenses de santé de manière mécanique. Donc en fait, non, ça n'est pas aussi...
Vous savez très bien que ce n'est pas vrai.
Vous savez que l'agriculture biologique a vu ses budgets diminuer. Vous savez que le fonds vert a vu ses budgets diminuer. Tous les maigres micro-avancés que nous avions sur l'écologie ont tous été balayés. Sur le dernier budget, il y a eu moins de 2 milliards sur les dépenses d'écologie, alors que nous sommes au début d'un effondrement.
Je rectifie ce que vous dites, c'est vrai, mais ce n'est pas vrai à court terme. À court terme, les effets sont nuls.
Ça peut être vrai à très court terme. Aujourd'hui, si nous ne faisons pas les dépenses écologiques qui, encore une fois, sont une question de vie ou de mort sur Terre, ni plus ni moins que cela, puisque là, nous sommes dans un emballement du réchauffement climatique. Non, mais je vous vois lever les yeux au ciel, nous sommes dans un emballement du réchauffement climatique. Tous les chercheurs disent que nous ne pouvons plus rester en dessous de 1,5 degré. Tout ce que nous ne faisons pas aujourd'hui coûtera 5 fois, 4 fois ou 5 fois plus cher dans les années à venir. Donc, en fait, c'est ça, un budget qui protège les Français. Et en fait, il n'y a jamais eu...
C'est comme s'ils étaient enfermés. Oui, mais c'est là où on n'a plus les moyens. C'est comme s'ils étaient enfermés. C'est là où on n'a plus les moyens. Ce n'est pas une question de moyens, c'est une question de nécessité, c'est une question d'impératif.
On n'a plus le choix au financement. On ne peut pas continuer à avoir des visions court-termistes en disant qu'on n'a pas les moyens de survivre. Parce qu'en fait, ce qu'on met en péril, c'est la survie de notre espèce. En fait, on ne peut pas être dans une logique comptable quand il s'agit vraiment de notre environnement. Mais ce n'est pas une logique comptable, c'est une logique, c'est la réalité. Parler de moyens, c'est des moyens financiers. Oui, mais quand vous allez avoir 100 milliards d'intérêt à rembourser à des investisseurs internationaux, ça fait 100 milliards en moins pour l'écologie. Vous voyez ?
Oui, mais quand il n'y aura plus rien sur le faire, le sujet ne sera même plus sur la table. Oui, mais donc il y a peut-être des solutions, il y a peut-être des voies de passage.
C'est peut-être pensé au long terme, en fait, les solutions. Oui, mais il y a des solutions. Absolument, il y a des conditions. On n'a plus aucun moyen, donc on a une marge de manœuvre. Absolument, il y a des conditions, mais à condition de ne pas être enfermé dans un système de pensée qui consiste à dire produire plus, travailler plus, consommer plus. Et en fait, c'est exactement les sources du problème et de l'effondrement dans lequel on est. On peut consommer différemment, on peut consommer bien. Il faut passer d'une économie du plus à une économie du mieux. Et en fait, c'est toute cette vision stratégique que n'ont pas eu les gouvernements d'Emmanuel Macron.
Vous n'arrivez pas à en faire la pédagogie et à la rendre positive et à la rendre séduisante. Parce qu'en fait, ce que vous dites, excusez-moi si je suis un tout petit peu caricatural, j'en conviens, mais ce que vous dites pour beaucoup de Français, c'est de dire qu'on va revenir à l'âge du silex et de la décroissance.
Un tout petit peu caricatural.
Non, mais vous comprenez, vous comprenez. Et en plus, c'est assez contradictoire avec une partie des Français qui disent, et ça avait fait mouche à l'époque, on veut travailler plus pour gagner plus. Et beaucoup de Français qui se plaignent aujourd'hui, on le voit, même à travers le mouvement du 10 septembre, c'est de dire, on veut gagner plus, on veut gagner plus d'argent. On veut plus de pouvoir d'achat.
Si vous regardez les études sociologiques, vous verrez qu'il y a près d'un salarié sur deux qui est en souffrance au travail. Il y a un salarié sur deux qui s'interroge aujourd'hui pour démissionner de son travail, à démissionner de son travail, pour trouver un travail qui a plus de sens. Quitte à gagner moins. Quitte à gagner moins. Après, il y a une frange des personnes salariées et des auto-entrepreneurs qui sont dans la galère extrême. C'est-à-dire qu'ils n'ont pas du tout d'argent. Eux, il faut les augmenter. Il n'y a pas de doute là-dessus, parce qu'en fait, c'est une capacité à vivre qu'il faut leur donner.
Mais il y a aujourd'hui une absence d'adhésion à un système de croissance productiviste qui n'a plus de sens pour les gens. Qui n'a plus de sens. En fait, on a l'impression de courir et d'accélérer vers quelque chose dont on sait que, on le sait consciemment ou inconsciemment, c'est en train véritablement de tomber. Nous sommes sur un système économique qui est un colosse au pied d'argile. C'est ça qu'il faut préparer, en fait. Je vais vous prendre un exemple juste...
Pour Rennes-Rousseau, on ne fait que 1% de croissance.
Ah ben 0,7 même, je vais vous dire. 0,7%.
Ça veut dire qu'on n'est pas très produit.
C'est pour ça qu'on fait des réformes sur le RSA, sur les chômeurs, etc. C'est-à-dire qu'on tape sur les plus vulnérables, alors même que ça ne déclenche pas de croissance. Et je vais vous dire, un des premiers symptômes de l'effondrement économique, ça va être, lié à l'écologie, ça va être l'absence d'assurance, par exemple. C'est-à-dire que les assureurs vont refuser d'assurer. Qu'est-ce que notre système économique, notre système de propriété privée, notre système de logement va devenir sans assurance ? Je vous demande de réfléchir ne serait-ce que 5 minutes à cela. Et vous verrez que la priorité d'un budget aujourd'hui,
ce serait de faire cette transition écologique et sociale. Morgane, qui nous regarde à une proposition pour faire des économies, pourquoi ne pas commencer par diminuer les salaires des députés, sénateurs et membres du gouvernement et supprimer les avantages à vie accordés à certains responsables politiques ? Ça, c'est intéressant, parce qu'on a vu dans les vidéos YouTube de François Bayrou, cette question de traiter les élus est revenue très souvent sur le tapis. Et il a décidé de nommer...
Il dit lui-même que ça lui a été beaucoup signalé sur ces vidéos. Et il a nommé l'ancien député René Dozier pour essayer d'inventorier les avantages, les privilèges qui existeraient encore. Je vais vous dire un truc, il n'y en a pas tant que ça. Je vais vous dire un truc, il n'y en a pas tant que ça. Je sais qu'en disant ça, il y a plein de Français qui vont dire n'importe quoi, mais c'est quand même la vérité. Il y a eu un ménage qui a été fait. Peut-être y en a-t-il encore quelques...
Sous le silence de François Hollande ?
Oui, il y a eu des choses de fait, même depuis plusieurs années. Franchement, et même au début des années Macron. C'est anecdotique, pardonnez-moi. Mais c'est le coup de la démocratie. Le convoi de voitures, d'énormes voitures, lorsque François Béroux s'est rendu à une Ségur pour sa conférence de presse, je ne sais pas combien il y avait de voitures, on avait envie de dire, mais une voiture, voire une voiture pour la sécurité, ça suffit. Tout le monde a des voitures officielles, tous les ministres, mais c'est absolument scénérant. C'est incroyable.
Qu'est-ce que vous répondez-vous à Morgane qui nous regarde en Rousseau ?
Je pense que la question de Morgane, elle repose deux questions en réalité. La première, c'est la différence qu'il peut y avoir entre les statuts des élus et les statuts des Français et Françaises, et notamment du salaire moyen. Et ça, c'est une vraie question, puisque aujourd'hui, on sait qu'en France, il y a une concentration anormale des salaires sur les très bas salaires, c'est-à-dire sur le SMIC horaire. Donc ça, c'est un premier sujet. Et le deuxième sujet, c'est que nous avons en France une démocratie ostentatoire, j'ai envie de dire, avec des ors de la République, avec de nombreuses voitures, etc.
Et que cela, en effet, aujourd'hui, ça n'est pas acceptable, parce que ça dit aussi une forme de rapport au pouvoir qui n'est pas en phase avec ce qu'attendent les Français et les Français.
Vous, vous êtes nous, on n'a pas du salaire des députés ou pas, Sandrine Rousse ?
En tous les cas, si c'est décidé, je m'y plierai sans aucun problème. Mais il y a quelque chose à travailler de l'ordre de... Qu'est-ce que le pouvoir, en fait ? C'est-à-dire, est-ce que c'est des démonstrations de puissance ? Voilà. Est-ce que ce sont des démonstrations d'attributs, des démonstrations de puissance, ou est-ce que c'est une capacité à agir ?
Et moi, depuis que je suis députée, je vais vous dire, je suis très surprise du fait, députée d'opposition, par la force des choses, je suis très surprise du fait que nous avons autant de dorures et d'attributs du pouvoir que nous n'en avons pas réellement, en fait, à l'intérieur de l'Assemblée nationale, qui est une des assemblées qui a le moins de pouvoir pour l'opposition.
J'aimerais dire un mot sur le 10 septembre. Vous appelez aux côtés de la France insoumise, du PS et du Parti communiste à rejoindre ce mouvement du 10 septembre, mouvement qui est d'ailleurs un petit peu flou. Le message porté, les organisateurs, tout ça, c'est encore pas très très clair, mais ce mouvement, avec ce qui est en train de se passer, il perd un peu de sa substance, non ? Vous appelez toujours à aller manipuler le 10 septembre ?
Moi, je crois qu'au contraire, il va être extrêmement important. Alors là, je pense que c'est tout à fait l'inverse. Alors après, peut-être que je me trompe. Mais si le gouvernement tombe ! On verra après le 10 septembre ce qu'il se passe. Mais je pense qu'au contraire, ça permettra aux Français et Françaises de dire toute leur colère à Emmanuel Macron presque en direct, puisqu'il n'y aura pas de gouvernement entre le peuple et Emmanuel Macron. Et je soupçonne que ça sera au contraire l'occasion vraiment d'une espèce de démonstration et de révélation.
Ça ne vous gêne pas de vous associer à un mouvement qui est parti de l'extrême droite, finalement ? Qui est parti de trop de fiscalité, avec des accents poujadistes très prononcés ? Ça devrait vous faire réfléchir, non ?
Vous dites qu'il est parti de l'extrême droite. Moi, je n'ai pas l'impression qu'il soit parti de l'extrême droite.
Avant qu'il soit récupéré par Jean-Luc Mélenchon. Non, mais il a circulé quand même de manière organique dans des réseaux, en tout cas sur les réseaux sociaux, dans des organisations de gauche aussi. Oui, mais au départ, c'était l'extrême droite. En tout cas, ça a été repris très très vite. Des endroits de gauche qui sont appropriés.
Non, mais rien que dans le vocabulaire que vous utilisez, vous dites que Jean-Luc Mélenchon récupère, mais l'extrême droite, par contre, elle initie. En fait, ça n'est pas vrai. Ce sont des citoyens qui ont sorti...
Non, non, je vous ai dit des accents poujadistes.
Non, ce sont des citoyens qui ont monté cette révolte. Moi, je pense qu'il faut entendre cette colère. Vraiment. Comme on a entendu, ou malentendu d'ailleurs, à l'époque, les gilets jaunes. Et je pense que là, il y a eu les gilets jaunes, il y a eu les retraites, il y a eu mille et un mouvements...
Il y a eu un malentendu, mais ça a quand même, à l'arrivée, coûté pas mal aux caisses de l'État. 12 milliards de mémoire.
Oui, mais vous savez, sur les ronds-points, il y avait par exemple énormément, il y a eu vraiment des livres et des études là-dessus qui sont hyper intéressantes. Il y avait beaucoup, par exemple, de familles monoparentales, en l'occurrence des mères, qui étaient à temps partiel au SMIC et qui n'arrivaient pas à joindre les deux bouts et qui tenaient le rond-point.
Qui étaient pour rouler au diesel, qui étaient pour... Non, ça n'est pas vrai.
Ah ben non, ça n'est pas vrai. Ça, c'est une caricature que vous en faites. Moi, je peux vous dire, j'ai eu un échange avec les gilets jaunes de plusieurs heures à l'issue du mouvement et j'ai été extrêmement impressionnée par la réflexion écologique qu'ils avaient. Extrêmement impressionnée. Et on a voulu les caricaturer en disant que c'était des espèces de... Pardon de l'expression, parce que je dis ça dans la bouche des personnes qui les caricaturent, des espèces de beaufs en diesel. Ça n'est pas vrai. Ça n'était pas ça. C'était des gens qui souffraient et qui, au contraire, voulaient protéger leurs enfants.
Et les caricaturer de cette manière, c'est dire aussi tout le mépris qu'on peut avoir vis-à-vis d'un mouvement citoyen.
Vous renversez la charge de la preuve.
Je reprends ma question. Vous pensez que même si le gouvernement tombe le 8 et donc François Bayrou n'est plus chef du gouvernement le 9, le 10, il y aura quand même du monde dans la rue. Moi, je pense qu'on n'en aura même plus.
Après, je ne suis pas... Enfin, moi, j'y serai, mais je ne sais pas ce que feront les autres personnes. Mais je suis très convaincue que la... Mais vous serez Emmanuel Macron ? Vous serez où ? Eh bien, je serai. S'il y a un cortège, je serai dans le cortège. Et sinon, je participerai à... Mais ce qui est bizarre,
c'est que vous allez bloquer parce que tout sera bloqué. Il n'y aura plus de gouvernement, il n'y aura plus rien. La France sera à l'arrêt.
Mais on a l'impression que vous avez extrêmement peur d'une journée de blocage. Je ne sais pas...
Moi, je n'ai peur de rien.
Non, mais en fait, je veux dire...
L'intitulé de cette manifestation... Le blocage aujourd'hui...
C'est bloquer tout. Non, mais... Le blocage aujourd'hui, il est issu des 7 ans de politique d'Emmanuel Macron. Enfin, je ne vois pas comment on peut l'exonérer de sa responsabilité dans ce qui va se passer le 10 septembre. Donc voilà, moi, je dis, il y a des gens qui, aujourd'hui, n'ont pas de quoi acheter à manger à leurs enfants le matin, au petit déjeuner. Est-ce qu'on vit dans un pays qui est le 10e pays en rang de PIB ? Et est-ce que c'est acceptable qu'il y ait cette situation-là ? On a des personnes qui vivent dans des logements qui sont absolument invivables l'hiver à cause du froid et invivables l'été désormais à cause du chaud. Est-ce qu'on accepte cela ?
Il y a des enfants qui, aujourd'hui, sont scolarisés et dorment la nuit à la rue. Est-ce qu'on accepte cela ? La réponse est non. Est-ce qu'on accepte que des personnes travaillent et s'usent au travail, usent leur dos, usent leurs muscles, usent leur squelette et que derrière, ils ne gagnent pas plus de 900 euros ? Je pense par exemple à toutes les aides à domicile.
Vous croyez que ça va s'améliorer avec la décroissance ? Ça va être pire encore.
Au contraire. Au contraire. On va faire de la qualité
plutôt que de la quantité. Et au contraire, on changera la vie de ces personnes. Et c'est la rue qui amènera au départ d'Emmanuel Macron, selon vous ? Ça, je ne sais pas. Merci beaucoup. Merci Sandrine Rousseau d'avoir pris le temps de répondre à nos questions. Merci.
Merci.
Sandrine Rousseau