Christophe Béchu - Le Barbier du matin du 11/12/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Christophe Béchu, bonjour. Bonjour Christophe Barbier. Et bienvenue. Cette réunion des partis politiques hier à l'Elysée, vous a-t-elle semblé utile ?
D'abord, je considère que c'est toujours utile que des gens se parlent. Et dans le contexte dans lequel nous sommes, qu'enfin, une partie de la gauche accepte de faire un pas de côté vis-à-vis des insoumis, c'est quelque chose qui me réjouit. C'est déjà une victoire. Je pense que la vie politique se porte mieux quand on met les extrêmes à distance. Il y a des réflexes de Front Républicain par rapport au Rassemblement National. On a, à l'inverse, vis-à-vis de l'EFI, souvent beaucoup trop de complaisance. Et toute la période qu'on est en train de traverser doivent vraiment nous conduire à bien mesurer à quel camp ils appartiennent.
Ceux qui veulent le chaos, ceux qui ne souhaitent pas la réussite du pays, ceux qui souhaitent que nos institutions volent en éclats, ceux qui considèrent qu'il faut enchaîner les motions de censure et que ce n'est pas grave s'il n'y a pas de décisions qui sont prises du moment que M. Mélenchon peut être candidat à une nouvelle élection présidentielle. Donc, qu'effectivement, une partie de la gauche prenne cette distance, c'est une bonne chose.
Deuxièmement, on est prisonnier d'un espèce de théâtre dans lequel on a l'impression, jusqu'à maintenant, jusqu'à hier, que chacun ne voulait pas dévier de la ligne qu'il avait avant la dissolution, comme si rien ne s'était passé, comme si à aucun moment, les Français n'avaient pas finalement renvoyé tous les acteurs, à commencer bien sûr par la majorité présidentielle, renvoyée à ses études, mais tous les acteurs en leur disant « Aucun d'entre vous n'a de majorité, travaillez ensemble ». Ça a commencé à y ressembler hier, avec les femmes et les hommes qui se sont retrouvés autour du président.
Est-ce qu'un pacte de non-censure, accompagné d'un engagement du gouvernement à ne pas utiliser le 49-3, c'est viable ? Je ne sais pas si c'est viable, je suis en tout cas certain que c'est un progrès. Parce que si on commence à se projeter, et qu'au lieu de se demander ce qui se passera dans deux mois, trois mois, on esquisse une solution qui pourrait durer deux ans et demi jusqu'à la prochaine élection présidentielle, on fait un pas vers la stabilité.
Mais c'est en 49-3, un gouvernement peut être bloqué, le 49-3 c'est un outil utile.
Bien sûr, d'abord c'est un outil constitutionnel, dans lequel le gouvernement prend ses responsabilités, il en tire un avantage pour faire passer ses textes, mais il se retrouve avec un risque. C'est l'équilibre entre guillemets des droits et devoirs. Qu'on puisse arriver à un équilibre dans lequel tout le monde se dit « Pour faire un pas vers l'autre, je m'astreins à un débat démocratique qui devra aller plus loin », ce n'est pas une mauvaise chose.
Le président promet un Premier ministre dans les 48 heures.
Est-ce que cette promesse vous semble tenable ? Elle me semble souhaitable. Parce qu'autant je pense qu'il était nécessaire qu'il y ait ce temps de méthode, maintenant il faut quand même parler du fond. Une fois qu'on a dit qu'on ne faisait pas de 49-3, pas de dissolution, pas de censure, le sujet c'est qu'est-ce qu'on fait ? Et on voit bien qu'on a d'abord à court terme besoin d'un budget, on a besoin de retrouver un gouvernement, y compris pour peser dans un débat sur le plan international, où on voit que l'absence de la France peut conduire à ce qu'on décide sans nous.
Le Mercosur est sans doute l'exemple le plus éclatant de ce qui nous attend dans d'autres domaines, si on cesse d'être représenté sur le plan de l'Union Européenne, de l'ONU ou d'autres instances, dans un contexte à la fois géopolitique et européen qui ne cesse de bouger.
Alors évidemment c'est la valse des noms qui sont proposés. Est-ce que Horizon a des lignes rouges ? Est-ce qu'il y a des noms qui vous font peur ? On ne veut pas des extrêmes.
Nous souhaitons une coalition des modérés. Je vais même vous dire les choses de manière plus claire. On voit ce que la coalition des extrêmes est capable de faire. C'est la censure. Quand RN et LFI votent ensemble et qu'une partie de la gauche, quasi-totalité de la gauche, décide de s'aligner sur la position de Mélenchon. Si on veut éviter la coalition implicite des extrêmes, il faut une coalition explicite des modérés. Et cette coalition des modérés, elle suppose qu'on est avec les sociodémocrates, au-delà des centristes, du modem, de Renaissance, d'Horizon, d'LR, une capacité à former ensemble un gouvernement.
Donc un Premier ministre issu de la gauche, d'une gauche modérée,
un social réformiste, vous ne mettez pas de veto ? Je ne mets pas de veto. Je considère que tous ceux qui mettent des veto bloquent la discussion. Depuis le début, ce que nous disons, c'est que nous voulons de la stabilité. Cette stabilité, elle suppose que chacun soit capable de faire un pas vers l'autre.
Elle est remis à veto.
Mais notre pays doit passer avant les contingences partisanes. Et encore une fois, je préfère qu'on se batte sur le fond plutôt qu'on se batte sur la forme. Clairement, on souhaite une stabilité. On considère que dans la situation dans laquelle nous sommes, l'urgence pour éviter que notre pays dévisse, c'est ça. Ce n'est pas jouer les cassandres, ce n'est pas jouer les chiens d'avalanche. C'est constater que jusqu'à maintenant, ce qui fait qu'on ne se retrouve pas avec une dette dont les taux sont trop élevés, c'est qu'on considère que la France a le mérite d'avoir une forme de stabilité politique.
Si on perd ça, le risque, c'est qu'on ait une explosion des taux d'intérêt et que demain, les 60 milliards d'euros d'économie qu'il fallait trouver hier, ils deviennent 70, 80, sans rien de mieux pour les Français parce que payer plus d'intérêt pour la dette, ce n'est pas améliorer la vie des gens. Horizon est disponible pour participer à ce gouvernement démodéré. Horizon participera à tout ce qui permettra la stabilité du pays et l'amélioration de la vie des Français. C'est notre ligne depuis le début.
Édouard Philippe suggérait il y a quelques jours d'utiliser plus le référendum puisqu'au Parlement, c'est compliqué. On voit mal sur quel sujet, les sujets dont on parle aujourd'hui, que ce soit la hausse des impôts inévitables ou les retraites agricoles, ce n'est pas un référendum.
Je crois l'inverse. Je pense que les sujets sur lesquels on pourrait interroger les Français par référendum ne manquent pas. Et je pense que c'est un moyen de sortir de tout ça. Clairement, une petite musique en ce moment, c'est qu'il suffirait qu'on change les modes de scrutin pour que tout aille mieux. S'il y a bien des sujets c'est sur ces sujets d'institution, sur le non-cumul, sur la part ou la dose de proportionnel qu'il conviendrait d'avoir, sur les solutions alternatives. Moi, ça ne me choquerait pas qu'on demande aux Français d'arrêter les règles du jeu pour les élections à venir plutôt que ce soit les politiques qu'ils fassent entre eux.
En s'engageant à ne pas dissoudre, le président de la République ne prend-il pas un risque ? Parce que si le Parlement se met à faire des censures cumulatives, il faudra bien dissoudre.
Pour être précis, il me semble que l'Élysée a fait savoir que le président s'était engagé à éviter de dissoudre. A tout faire pour ne pas dissoudre. A tout faire pour ne pas dissoudre. Parce qu'on voit bien que, de manière ultime, on peut être contraint de faire en sorte de renvoyer les électeurs dans les urnes. Ce que je dis, c'est qu'avant ça, le référendum qui consiste à demander aux Français pas seulement de voter contre les partis politiques ou d'éparpiller cette classe politique telle que c'est le cas, mais à manifester une volonté majoritaire sur un ou deux sujets, me semble être quelque chose de préférable.
J'ajoute qu'à partir du moment où les Français seront prononcés par référendum si on leur pose la question, que ce soit sur un sujet institutionnel, social, économique, sociétal. C'est qu'un rôle juridiquement. Oui, mais ça devient un objet qu'une coalition large peut travailler pour transformer ce qu'aura été la volonté exprimée par les Français en loi et en conséquence directe.
La première loi, c'est la loi d'urgence qui passe en Conseil des ministres aujourd'hui. Peut-elle être amendée à l'Assemblée nationale ? Non, dit le Conseil d'État. C'est juste pour reconduire le budget de 2024. Oui, disent les parlementaires, on va bricoler dedans. Alors qu'est-ce qu'il faut y mettre ? Les tickets restaurants ? L'indexation des impôts sur l'inflation ?
La loi spéciale, elle vise avant tout à permettre que le pays tourne, qu'il ne s'arrête pas. Et donc qu'on ait de quoi pouvoir à nouveau payer les fonctionnaires, engager un certain nombre de dépenses. On ne fait pas un faux budget dedans. Non. Ensuite, ce sera à un nouveau gouvernement de prendre ses responsabilités. C'est trop facile d'avoir censuré le gouvernement en disant qu'il n'y aurait pas de conséquences et maintenant d'essayer de bricoler en tordant l'esprit des institutions. D'où le rappel utile du Conseil d'État qu'il y avait des règles et qu'une loi spéciale, elle n'est pas faite pour faire en catimini ce qu'un budget au grand jour n'a pas permis de faire.
Un plan massif a promis Édouard Philippe en annonçant sa candidature à la présidentielle. Est-ce que ce n'est pas le moment de le dévoiler en partie ? L'année 2025
va bientôt commencer. Ce sera le moment où nous présenterons dans le cadre de conventions thématiques les projets, les thèmes, les domaines dans lesquels on veut proposer un nouveau cap pour les Français. Je pense que l'urgence là, maintenant, ce n'est pas de parler de 2027. C'est de regarder comment on termine cette année, comment on se dote d'un gouvernement capable de répondre à la situation du moment, là encore, sur le plan national et international, dans un contexte, dans une actualité qui nécessite qu'on ait des gens à la barre.
Donc, ça veut dire que le scénario d'une présidentielle anticipée, pour vous, c'est de la fiction ?
En tout cas, très clairement, nous ne le souhaitons pas parce que ça voudrait dire qu'il n'y a plus aucune institution qui tient dans notre 5ème République et qu'après chaque élection présidentielle, on en viendrait au bout de 6 mois ou d'un an de demander la destitution ou le départ de celui qui est en place. On a élu un président pour 5 ans, il est là jusqu'en 2027, il n'est pas souhaitable qu'on se retrouve avec une échéance anticipée.
La renaissance à un nouveau chef, Gabriel Attal, peut-être que le patron historique du Modem sera Premier ministre dans quelques heures, il y a Edouard Philippe. Vous commencez à imaginer une solution pour départager tous ces candidats du camp modéré parce que sinon, c'est Mélenchon Le Pen au deuxième tour ? Je pense que le départage se fera le moment venu de manière très naturelle. Ça veut dire quoi, naturelle ? Parce que les sondages bougent jusqu'à la dernière minute, on ne peut pas leur faire confiance.
M. Barbier, s'il y a un observateur avisé et expert de la vie politique, c'est vous. Si vous regardez les trois dernières élections présidentielles, vous observerez que ceux qui ont gagné les primaires ne se sont pas retrouvés qualifiés pour le deuxième tour. Certes. Et que ceux qui ont fini par s'imposer ou qui ont été choisis par les Français au deuxième tour se sont présentés devant le peuple sans s'être soumis à une procédure de départage dans leur propre famille. On retrouve la conception gaulliste de la rencontre d'un homme et du peuple et le vote sur la base d'un choix qui aboutit à ce qu'à la fin il n'y en ait plus que deux puis qu'il n'y en ait plus qu'un.
Même dans un pays aussi divisé qu'il est apparu lors des législatives ?
Vous voulez que je vous dise, je pense que paradoxalement, cette élection présidentielle qui fait qu'à la fin il n'y a plus d'un Français sur deux qui porte son choix sur quelqu'un, ça nous permet de conserver une unité de cap. Je suis attaché à cette élection, je suis attaché à ce que les Français puissent faire ce choix, je suis attaché à ce que ce ne soit pas perverti par les partis politiques. Faut-il avoir peur du nouveau pouvoir installé en Syrie ?
On peut dans le même mouvement se réjouir de la chute d'un dictateur parce que je ne vois pas bien qu'il ira pleurer sur quelqu'un qui a utilisé l'arme chimique sur son peuple et en même temps ne pas se dépêcher pour aller tresser des louanges à quelqu'un dont l'itinéraire jusqu'à maintenant n'est quand même pas un brevet de respectabilité, de démocratie et d'inclusion et dont on peut souhaiter qu'il ne projettera pas son pays dans un destin à l'Afghanistan comparable à ce qu'on a pu connaître dans d'autres pays du secteur.
Est-ce à dire qu'il faut supprimer les demandes d'asile qui viennent de Syrie en ce moment pour ne pas récupérer ni des tortionnaires de Bachar el-Assad ni des émissaires de l'État islamique ?
Les positions qui ont été exprimées par de nombreux pays qui consistent à dire on suspend ou on gèle l'examen me semble être absolument évidentes que des gens qui sont venus en France en Autriche en Allemagne en disant on est persécuté par le régime de Bachar el-Assad on ne leur accorde pas l'asile puisque ce régime n'existe pas ça semble quand même assez logique pour autant qu'on se laisse quelques jours pour regarder vers quoi on va ça me semble aussi souhaitable vous savez la situation qu'on connait en Syrie elle a d'abord été rendue possible par l'affaiblissement des deux parrains du régime syrien c'est à la fois la guerre de Poutine en Ukraine qui l'a conduit à pouvoir moins soutenir le régime de Bachar el-Assad et c'est les conséquences de ce que Israël a pu faire en affaiblissant le Hezbollah
donc l'érance
si on se réjouit de la chute de la Syrie on ne peut que saluer le fait que c'est en partie grâce à Israël là où parfois sur ce sujet on a des voix discordantes en France alors même qu'eux sont engagés face à des groupes terroristes au Moyen-Orient
Christophe Béchut maire de la Belleville d'Angers et secrétaire générale d'Horizon merci et bonne journée
merci à vous merci beaucoup Christophe rendez-vous demain matin 7h45 votre invité sera Jérémy Redler maire du 16ème arrondissement de Paris merci à tous
Christophe Béchu