Ukraine, retraites, partage des richesses, Mélenchon, Quatennens... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Manuel Bompard
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Bonjour Manuel Bompard. Bonjour. Après le Royaume-Uni, l'Allemagne et les Etats-Unis annoncent à leur tour l'envoi de chars de combat en Ukraine. Ils estiment que sans renfort militaire, Kiev ne pourra pas gagner la guerre. Est-ce qu'ils ont raison ?
En tout cas, ça c'est leur décision souveraine. La question qui nous est posée, c'est est-ce que la France doit faire la même chose ou pas ?
La première question, c'est est-ce qu'ils ont raison de le faire eux ? Et on en viendra à la France après.
Il ne m'appartient pas, si vous voulez, de commenter la politique extérieure et la politique militaire d'autres Etats.
Alors, il faut tout faire pour que l'Ukraine gagne cette guerre ?
Mais justement, ça, ça pose la question de quels sont les objectifs militaires et stratégiques que nous avons en Ukraine. Est-ce que l'on pense que la victoire et la paix, elle sera le résultat d'une victoire militaire face à une puissance qui est une puissance nucléaire ? Personnellement, je ne le crois pas. C'est-à-dire que vous pensez que l'Ukraine ne pourra pas gagner et vous ne souhaitez pas qu'elle gagne ? D'abord, ça voudrait dire qu'est-ce que ça veut dire gagner ? La première question, ce serait ça. Ça veut dire chasser les troupes russes du territoire ukrainien, c'est ça ?
Est-ce que la Russie, puissance militaire et puissance nucléaire, est capable d'accepter une défaite militaire ? Je n'en suis pas certain. Ce n'est pas que je ne le souhaite pas. C'est que je me pose cette question-là et je regarde notre responsabilité. Je pense que notre responsabilité, c'est que, bien évidemment, il faut aider les Ukrainiens à se défendre. Mais il faut aussi travailler, continuer à travailler, une solution qui soit une solution diplomatique pour arriver à la paix dans les délais les plus rapides possibles.
Vous dites sur l'aspect militaire, de toute façon, l'Ukraine n'y arrivera pas. L'Ukraine n'arrivera pas à chasser l'armée russe de son territoire ?
Honnêtement, ce sont des sujets qui sont des sujets difficiles, sensibles. Donc je veux faire attention à ce que je dis. Mais je ne suis pas en train de vous dire que l'Ukraine ne peut pas gagner. Je suis en train de poser la question de savoir si on pense qu'une puissance nucléaire, comme la Russie, est prête à accepter une défaite militaire. Je pense que c'est quand même une question qu'on peut se poser. Je n'en suis pas certain.
La position de la Russie, on ne la connaît pas. En tout cas, on ne sait pas ce qu'elle va advenir. Mais vous dites que l'objectif, c'est que l'Ukraine, qu'on en finisse avec ce conflit. Est-ce que la France doit envoyer des chars Leclerc à l'Ukraine pour l'aider à se défendre ?
Alors voilà, ça c'est la vraie question. Alors moi, j'ai plusieurs choses à dire sur ce sujet. Premièrement, je pense que si on devait prendre une telle décision, on ne peut pas le faire sans un débat à l'Assemblée nationale. Parce que je pense que c'est une montée en puissance du niveau d'armement qu'on fournirait aux Ukrainiens qui nécessitent à minima un débat démocratique. J'ai entendu le ministre Lecornu hier dire que ça pourrait être, que ce n'était pas tabou, mais que ça pourrait être une forme de cadeau empoisonné.
Parce que, c'est un peu technique, mais les chars français, en l'occurrence, ne sont pas forcément adaptés et les troupes ukrainiennes ne sont pas forcément entraînées et n'ont pas forcément les formations pour les utiliser.
L'Ukraine, à priori, ne demande pas les chars français, les chars éclairs.
Donc, je ne suis pas certain que ce soit la bonne décision de le faire. Et si on devait en arriver là, je pense que ça nécessiterait un débat démocratique à l'Assemblée nationale pour qu'on dispose des informations stratégiques, militaires, qui nous permettent de pouvoir prendre une décision en connaissance de cause.
La position de la France insoumise aujourd'hui, elle n'est pas fixée ?
Non. Pour une raison simple, ce n'est pas que je ne veux pas vous répondre. C'est que, je vous disais tout à l'heure, c'est une question qui est une question compliquée et ça nécessite d'avoir un certain nombre d'informations, qui sont des informations qui ne sont pas révélées au grand public aujourd'hui. Donc, il est légitime qu'on puisse dire, avant de pouvoir prendre une décision sur ce sujet, il faut qu'on puisse avoir un débat à l'Assemblée nationale. Est-ce que le départ des Russes d'Ukraine est une condition pour la paix ? Ah ben ça, c'est évident.
Les deux conditions, de mon point de vue, pour la paix, c'est le maintien, la garantie ou le retour à l'intégrité territoriale ukrainienne.
Y compris la Crimée ?
Ben ça, c'est une question compliquée, parce qu'il y avait un processus, il y avait un accord qui avait été passé, c'était les accords de Minsk, qui posaient un certain nombre de conditions sur la Crimée. Il y avait une feuille de route, en quelque sorte, pour sortir de ce conflit. Je pense que tout ça doit forcément être renégocié. Mais la condition, c'est l'intégrité territoriale ukrainienne et des conditions collectives de la sécurité pour chacun. C'est ça qui doit être discuté, c'est ça qui doit être au cœur des négociations pour la paix.
Aujourd'hui, le président Zelensky demande aussi des missiles de longue portée, des avions de combat. Jean-Luc Mélenchon, depuis le début de la guerre, dit qu'il ne faut pas envoyer d'armes aux Ukrainiens.
Ce n'est pas tout à fait ce qu'il a dit.
Si ?
Non, vraiment.
Si vous, vous étiez au pouvoir, vous lui enverrez des armes à l'Ekraine ?
Non, ce que je crois, a dit Jean-Luc Mélenchon, premièrement, c'est que c'est des questions qui ne nécessitent pas forcément d'en faire une publicité, de donner toutes les informations sur ce qu'on va livrer et ce qu'on ne va pas livrer, tout simplement parce qu'il faut garantir la sécurité de nos approvisionnements. Donc, il faut faire un petit peu attention avec ce sujet. Premièrement. Deuxièmement, c'est illusoire de considérer que la solution à ce conflit, à cette guerre, ne soit que militaire. Je pense que c'est une erreur de faire ça. Et il faut faire attention aux effets d'annonce. Parce qu'on peut venir sur des plateaux de télé et dire qu'il faut livrer des chars.
La France doit livrer des chars. Mais si c'est des chars qui sont un boulet pour les troupes ukrainiennes, parce qu'elles ne sont pas en capacité de les utiliser, elles sont mal formées, on fait un effet d'annonce, mais qui n'a aucun résultat concret sur le terrain d'un point de vue opérationnel. Mais il faut, Manuel Bompard, dialoguer avec Vladimir Poutine aujourd'hui ? Enfin, obligatoirement. Si vous voulez arriver à la paix, vous êtes obligé de discuter avec la personne avec qui vous voulez conclure la paix. Sinon, c'est impossible d'aller... Ce qu'on a fixé ici, je pense. Donc, le retrait, d'abord, les Russes doivent se retirer. C'est une condition, de mon point de vue.
Moi, je ne suis pas à la manœuvre de ces négociations diplomatiques.
Et comme les Russes, aujourd'hui, ne se retirent pas, il ne faut pas qu'il y ait de dialogue pour l'instant ?
Non, non, non, non, non. La question est de dire est-ce qu'il y a une condition préalable ? Non, mais il faut qu'il y ait un dialogue sans préalable, mais ce dialogue ne pourra aboutir sur une solution de paix acceptée par tous que si cette solution contient le retrait des troupes russes du territoire ukrainien.
La réforme des retraites, à présent, Manuel Bompard, la prochaine mobilisation des syndicats, c'est la semaine prochaine, le 31. Mardi, l'intersyndicale appelle à multiplier les actions. La CGT, en particulier, veut multiplier les actions, les grèves. Il y en a aujourd'hui dans le secteur de l'énergie, dans les raffineries. Est-ce que vous êtes sur la même ligne ? Est-ce que vous appelez à la grève partout où c'est possible et tout le temps ?
Oui. Enfin, il faut être très clair. C'est facile de dire ça sur un plateau de télévision. C'est les salariés qui décident de leur forme d'action. Mais il faut une extension du conflit. Je le crois, oui, pour gagner. Je pense qu'il faut étendre le conflit. Ça veut dire être plus nombreux encore dans la rue mardi. Et donc, je profite de ce micro pour appeler toutes celles et ceux qui nous écoutent à se mobiliser mardi, parce que c'est très important qu'on soit plus nombreux que jeudi dernier. Et puis, à chaque fois que les salariés décident de rentrer dans un mouvement de grève, bien évidemment, nous les soutiendrons. Mais ça veut dire que c'est dans la rue que ça se joue ? Je crois, oui.
Que vous pensez que c'est la rue qui doit faire plier Emmanuel Macron ? Je le pense, oui. Pour une raison très simple, c'est que le gouvernement a choisi une méthode de discussion à l'Assemblée.
C'est vous-même qui dit ça.
Mais oui, mais je vais vous dire pourquoi. Parce que le gouvernement a choisi une méthode de discussion à l'Assemblée nationale qui s'appelle, c'est un peu technique, l'article 47.1. C'est un projet de loi de finances de la sécurité sociale rectificative qui fait qu'au-delà de 50 jours de débat à l'Assemblée nationale, si on n'est pas arrivé au vote, le gouvernement peut légiférer par ordonnance.
C'est un article qui est dans la Constitution.
Oui, d'accord, mais c'est un détournement de la Constitution. Un projet de loi de finances de la sécurité sociale rectificative, ça a été introduit pour dire que si on a besoin de modifier un budget qui a été adopté à la fin de l'année parce qu'il y a une variation des paramètres économiques, on peut le faire. Ce n'est pas fait pour y glisser à l'intérieur un cavalier social qui est une réforme des retraites, qui est un sujet tellement important que ça nécessite un projet de loi à part entière.
S'il était passé par le 49.3, ce serait aussi, pour reprendre votre expression, un détournement de la Constitution ?
Non, ce qui est un détournement de la Constitution, c'est utiliser un projet de loi... Donc vous auriez préféré un 49.3, finalement ? Non, ce n'est pas ce que je suis en train de vous dire. Je suis en train de vous dire que la méthode qu'utilise le gouvernement, aujourd'hui, est effectivement, de mon point de vue, un détournement de la Constitution et une volonté de nous empêcher d'en débattre. Pour le reste, l'article 49.3, il fait partie de la Constitution, je ne le conteste pas. Pour autant, j'y suis opposé. L'article 49.3, j'y suis opposé parce que je considère que c'est un passage en force. Votre question, c'était, à quoi ça sert l'Assemblée nationale ? On va mener le débat.
On va essayer de mettre en défaut, en difficulté le gouvernement. On va proposer des projets alternatifs. Mais, effectivement, je pense que pour gagner, il faut que ça se passera par la mobilisation la plus large possible de la population.
Sur votre stratégie à l'Assemblée nationale, on va y venir dans un instant. Le fil info, tout d'abord, à 8h41, Maureen Suignard.
L'Ukraine dit avoir abattu 24 drones russes pendant la nuit. Au lendemain des annonces des Occidentaux, 77 chars de combat seront bientôt envoyés à Kiev. Pas d'engin français pour le moment. Le président ukrainien demande aussi des missiles longue portée et des avions de combat. Appel à la grève dans les raffineries, les centrales électriques, les ports et les docks. Aujourd'hui, à l'appel de la CGT, mouvement contre la réforme des retraites avant la journée interprofessionnelle mardi prochain. Dernier jour aussi pour les députés pour déposer des amendements au texte.
Les services publics difficilement accessibles par téléphone, c'est ce que dénonce l'association 60 millions de consommateurs. La moitié des appels vers la CAF n'aboutissent pas. 72% de ceux vers l'assurance maladie, ce qui creuse les inégalités pour ceux qui n'ont pas accès à Internet ou qui ne sont pas à l'aise avec cette technologie. J'ai été très surpris, très heureux, touché et ému. La réaction sur France Info du franco-syrien Riyad Satouf, auteur de la BD L'Arabe du futur, il décroche le grand prix d'Angoulême, le prix le plus prestigieux de bandes dessinées au monde. France Info
Le 8.30 France Info, Salia Brakia, Marc Faurès.
Toujours avec Manuel Bompard, le coordinateur de la France Insoumise. La rue plutôt que l'Assemblée pour faire plier le gouvernement, c'est ce que vous disiez avant les titres. Mais votre groupe a décidé de déposer une motion de rejet préalable. Si elle était adoptée, elle entraînerait l'arrêt immédiat de l'examen du texte. Et le texte partirait directement au Sénat. Est-ce que vous demandez à tous les députés de l'opposition de voter cette motion ?
Moi, je demande à tous les députés, quels qu'ils soient, s'ils ne sont pas d'accord avec le projet de loi sur les retraites, d'utiliser les moyens législatifs pour le rejeter. Et donc là, en l'occurrence, il y a deux motions. Pour préciser ce que vous êtes en train de dire, nous avons déposé deux motions. Une motion de rejet et ce qu'on appelle une motion référendaire. C'est-à-dire que si cette motion était votée, le texte serait soumis à référendum. Donc ça s'adresse à l'ensemble des députés, pas seulement d'ailleurs ceux de l'opposition.
J'ai observé ces derniers jours qu'un certain nombre de députés de la minorité présidentielle disent qu'ils ne sont pas d'accord avec le projet de loi du gouvernement sur les retraites. Donc je les invite à voter aussi ces motions. Mais sur la motion de rejet, la première, Jordan Bardella, le président du RN, dit on est prêt à la voter. Mais c'est son choix. Vous dites bienvenue ? Votez avec nous ? Mais non, mais moi je ne tiens pas le doigt des députés du RN quand ils vont prendre leurs décisions. Donc moi quand on utilise un moyen qui s'appelle une motion de rejet, on s'adresse à l'ensemble des députés, quels qu'ils soient, et on essaye d'avoir une majorité de députés.
Vous avez vu sur d'autres textes être beaucoup plus frileux face au soutien du Rassemblement National ?
Une coalition NUP-RN pour faire tomber la réforme des retraites, ça ne vous semblerait pas hors de propos ?
Attendez, je n'ai pas fini ma question. J'ai compris que vous n'avez pas fini votre question, mais votre question elle-même contient déjà une vision idéologique que je ne partage pas.
Quelle est la vision idéologique de cette question ? Je vais vous demander si les voix du RN sont les bienvenus pour faire tomber la réforme des retraites.
Je vais vous expliquer, vous n'avez pas dit ça, vous avez parlé d'une coalition. Une coalition, ça veut dire qu'on se met d'accord sur un projet alternatif. Il n'y a pas de projet alternatif commun possible entre la NUPES et le Rassemblement National. Donc il n'y a aucune coalition possible entre le Rassemblement National et la Nouvelle Union Populaire, Écologique et Sociale. Par contre, il y a des outils législatifs, notamment il y en a un qui s'appelle la motion de rejet que nous déposons. Et si nous la déposons, c'est parce que nous espérons qu'elle soit adoptée. Et donc toutes celles et ceux qui veulent la voter, la voteront, c'est comme ça. C'est la démocratie.
On a vu que par le passé, une motion de censure où le RN avait voté à vos côtés, ça avait créé quelques remous au sein même de la NUPES. Là, vous dites, Banco, si le RN veut voter
notre motion de rejet, on accepte. Mais j'ai dit que tous les députés pouvaient... Vous voulez que je vous dise quoi ? Qu'il y a 89 députés à l'Assemblée Nationale qui ne doivent pas voter, qui ne doivent pas prendre des positions. Je ne suis pas responsable du fait qu'ils soient là. Mais vous dites que je change un peu. C'est plutôt d'ailleurs les députés et le gouvernement et les macronistes qui sont plutôt responsables de leur présence puisqu'ils ont été incapables, au deuxième tour des élections législatives, de prendre des décisions claires. Donc, ce n'est pas ma responsabilité à moi. Maintenant, ils sont là. Il y a une motion de rejet.
Si je la dépose, c'est avec l'objectif qu'elle puisse être adoptée. Pour le reste, c'est pour ça que je vois bien après ce qu'on va essayer de raconter comme histoire. Donc, c'est pour ça que je veux préciser les choses sur cette question de la coalition. Je remarque qu'il y a des formes d'indignation à géométrie variable sur ce sujet. Parce que, par exemple, quand l'Assemblée nationale adopte il y a quelques semaines une loi pour pénaliser les locataires qui ont des impayés de loyer, c'est voté par les macronistes et le Rassemblement national. Et personne n'en parle. Et ça ne pose de problème à personne. Donc, je dis attention sur ce sujet.
Mon objectif, c'est le retrait de la réforme des retraites. Et j'utiliserai tous les moyens législatifs pour l'obtenir.
Manuel Bompard, l'un de vos arguments pour contrer la réforme des retraites, c'est qu'elle serait une réforme anti-femmes. Les femmes seraient les grandes perdantes des nouvelles règles. Qu'est-ce qui vous gêne le plus dans la réforme par rapport aux femmes ?
Tout simplement que c'est celle, d'ailleurs, l'étude d'impact qui a été publiée lundi par le gouvernement le démontre. C'est celle qui va être les plus impactée par l'augmentation de l'âge de départ réel, effectif à la retraite. Pour les femmes nées dans la génération de 1980, elles vont voir leur temps au travail augmenté de 8 mois, les femmes, alors que les hommes nés dans la même génération verront leur temps augmenter seulement de 4 mois. Donc c'est évident, c'est une réforme qui va impacter encore davantage, qui va impacter tout le monde, attention, mais qui va impacter encore davantage les femmes que les hommes.
La même étude, Manuel Bompard, la même étude d'impact dont vous parliez un instant, dit aussi que les pensions des femmes augmenteront plus que celles des hommes. Heureusement, puisqu'elles vont travailler plus longtemps. Et que 60% des bénéficiaires de la pension minimum à 1200 euros seront aussi des femmes.
Très bien, Marc Fovelle, mais je ne sais pas si vous savez qu'aujourd'hui, les pensions des femmes sont en moyenne de 40% plus faibles. 40% inférieures avant
les pensions de réversion.
Avant les pensions de réversion, et je crois que c'est 25 ou 26% si on ajoute les pensions de réversion. Donc il y a une inégalité qui est une inégalité criante. Mais qui existe déjà aujourd'hui. Bien évidemment. Et donc la question qui est posée, c'est comment on fait en sorte de la corriger, pas en mettant en place une réforme qui va faire travailler les femmes plus longtemps. En tout cas, et pour le reste, parce que par ailleurs, je veux l'ajouter également, quand vous prenez des chiffres qui disent que les pensions vont augmenter, c'est un biais mathématique parce qu'en vérité, le temps effectif à la retraite, lui, va baisser.
Donc si vous prenez les pensions moyennes sur une année, elles vont peut-être légèrement augmenter. Mais si vous prenez toutes les pensions qui vont être reçues pendant toute la période de la retraite, elles vont diminuer puisqu'on va rester moins longtemps à la retraite. Ah oui, c'est ça la question qui est posée. Donc cette réforme est une réforme injuste, elle va frapper en priorité les femmes. Elle va frapper en priorité celles et ceux qui commencent à travailler le plus tôt, les plus précaires, les plus pauvres, quand 5% des plus pauvres ont une espérance de vie en moyenne de 13 ans inférieure aux 5% des plus riches dans ce pays.
Mais face au point noir que vous soulevez là, quelle sera votre attitude à l'Assemblée ? Est-ce que vous promettez de l'obstruction avec des milliers d'amendements comme le dit Mathilde Panot, la présidente de votre groupe ? Ou alors vous dites comme François Ruffin, Clément Timotin, non, non, non, on va essayer de faire avancer le texte ?
Non, on est tous d'accord et ne cherchez pas à introduire une divergence. Mathilde Panot a parlé avant les vacances de Noël parce qu'on ne savait pas quel véhicule législatif allait être utilisé que dans l'hypothèse d'un projet de loi classique donc dans lesquels les délais d'examens à l'Assemblée nationale ne sont pas contraints, nous déposerions le plus d'amendements possible pour faire en sorte que la discussion parlementaire dure le plus longtemps possible. Merci au gouvernement d'avoir choisi
ce véhicule législatif-là parce que ça va permettre de faire du fond à l'Assemblée nationale plutôt que de changer des virgules avec des amendements. Pourquoi vous dites ça ? Parce que vous dites qu'on ne connaissait pas le véhicule législatif maintenant qu'on le connaît on a décidé de le faire. Et vous croyez
que je vais remercier le gouvernement de nous accorder vous croyez que je vais remercier le gouvernement de nous accorder gentiment gentiment 10 jours de séance à l'Assemblée nationale pour discuter de ce texte ? Non mais sincèrement vous trouvez que c'est sérieux qu'un projet de loi aussi important que la question des retraites qui est quand même une question qui a toujours été très importante en France qui a généré des mobilisations sociales d'ampleur ?
Vous trouvez ça sérieux qu'on ait le droit d'avoir 10 jours de débat dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale sur ce sujet et vous allez venir me voir et me dire mais c'est parce que vous allez déposer trop d'amendements nous on va déposer autant d'amendements que nécessaire pour présenter des propositions alternatives la retraite à 61 avec 40 annuités de cotisation pour relayer les revendications des organisations syndicales puisque manifestement le gouvernement ne les entend pas et ceux qui bloquent et qui empêchent le débat parlementaire aujourd'hui c'est le gouvernement parce qu'il utilise une méthode de débat à l'Assemblée nationale qui nous empêche de débattre sereinement de ce sujet donc c'est eux qui sont responsables
coordinateur de la France Insoumise et l'invité de France Info il est 8h50 le fil info Maureen Suignard
un homme de 25 ans d'origine marocaine en situation irrégulière arrêté en Espagne soupçonné d'avoir tué un sacristain hier dans une église une attaque à la machette un curé a aussi été gravement blessé une enquête pour des faits présumés de terrorisme est ouverte la France va-t-elle livrer des chars de combat à Kiev cela ne peut pas se faire sans débat à l'Assemblée nationale juge Manuel Bompard le coordinateur de la France Insoumise est l'invité de France Info hier les occidentaux notamment l'Allemagne et les Etats-Unis ont annoncé la livraison de 77 chars de ce type à Kiev pour combattre Moscou la France compte désormais 44 réacteurs nucléaires en fonctionnement sur 56 le réacteur numéro 1 de Civo dans la Vienne vient d'être reconnecté au réseau électrique il était arrêté depuis l'été 2021 en raison d'un problème de corrosion Donald Trump va pouvoir revenir sur Facebook et Instagram l'ancien président américain avait été banni après l'assaut de ses partisans contre le Congrès il y a maintenant 2 ans le public doit pouvoir entendre ce que les personnalités politiques disent afin de pouvoir faire des choix éclairés justifie la maison mère Meta France Info
avec Manuel Bompard
coordinateur de la France Insoumise une déclaration de Marine Tondelier la patronne des écologistes a fait beaucoup de bruit et quelques jours elle disait vouloir une France sans milliardaire est-ce que c'est votre position aussi ?
je crois qu'elle a raison oui bien sûr moi je considère si vous voulez que dans un pays dans lequel il y a 10 millions de pauvres 12 millions de personnes qui vivent dans des situations de précarité énergétique qui n'arrivent pas à se chauffer qui n'arrivent pas à se nourrir qui n'arrivent pas à se soigner dans des bonnes conditions être milliardaire en France aujourd'hui c'est immoral c'est immoral il n'en faut pas du tout ?
je pense qu'il faut c'est pas il n'en faut pas du tout c'est que le gouvernement l'Etat doit mettre en place des politiques de redistribution des richesses pour faire en sorte que les richesses qui sont accumulées aujourd'hui dans un nombre de poches toujours plus réduites soient partagées pour le plus grand nombre la fortune des milliardaires français rapport publié par l'ONG Oxfam il y a une dizaine de jours a augmenté je crois de 60% depuis 2020 bon bah vous pouvez trouver ça
ça inclut les actions des entreprises qu'elles possèdent
c'est à dire qu'il n'y a pas de l'argent qu'ils ont dans la poche mais vous pouvez trouver ça vous pouvez trouver ça normal et moral si vous voulez j'ai dit ça inclut les actions des entreprises je parle pas seulement à vous je parle aux gens qui nous écoutent mais moi personnellement je trouve ça immoral et personnellement je ne me sentirais pas à l'aise de vivre avec une telle accumulation de richesses alors que je sais que dans ce pays il y a des gens qui n'arrivent pas à finir les fins de mois tout simplement et donc la responsabilité des responsables politiques c'est pas seulement de le dénoncer c'est de mettre en place des politiques de redistribution des richesses comme celles que l'on défend
sauf que quand on interroge Bruno Le Maire le ministre de l'économie à ce qu'a dit justement Marine Tondelier on voit que sa réflexion n'est pas du tout la même que la vôtre on l'écoute tout de suite Certaines personnes très fortunées ont créé des entreprises dans le luxe par exemple ont créé des dizaines de milliers d'emplois souvent des emplois bien qualifiés pour avoir un travail bien rémunéré c'est pas moi qui vais les créer depuis mon bureau de Bercy c'est les entrepreneurs c'est ceux qui prennent des risques c'est eux qui permettent au pays d'avoir de la créativité d'avoir de la prospérité Ils créent la prospérité du pays c'est ce que dit Bruno Le Maire ils créent les emplois
Je vais vous dire quelque chose je connais des entreprises qui fonctionnent sans patron ça existe ça s'appelle des coopératives il y en a il y a une coopérative qui a été une reprise pour fabriquer du thé dans le sud c'était les ex-fralib il y a une coopérative pour produire des masques
donc je connais des entreprises
qui fonctionnent sans patron par contre je connais aucune entreprise qui fonctionne sans travailleurs et sans salariés vous voyez donc celles et ceux qui produisent les richesses c'est d'abord ceux qui donnent leur force de travail ça c'est ceux qui produisent les richesses premièrement deuxièmement bien sûr qu'il y a des gens qui jouent un rôle particulier etc mais est-ce que vous considérez qu'il y a une personne dans ce pays qui vaut 1000 10 000 100 000 fois de plus qu'une autre personne et qui donc mérite d'avoir des rémunérations qui sont 100 000 10 000 ou 100 000 fois plus importantes que d'autres personnes je ne le crois pas tout simplement alors j'ai entendu suite au propos de Marine Thaudelier le problème c'est pas qu'il y a trop de milliardaires le problème c'est qu'il y a trop de pauvres très bien mais il y a un lien entre les deux quand même c'est l'accumulation
quand il n'y aura plus de milliardaires en France il n'y aura plus de pauvres
c'est pas ce que je suis en train de vous dire c'est une question je suis en train de vous dire je suis en train de vous dire que le partage de la richesse la redistribution de la richesse ça permet de faire en sorte que les richesses ne s'accumulent pas dans quelques petites poches d'une petite minorité de milliardaires et qu'elles soient partagées auprès du plus grand nombre on va parler d'un autre patron à présent Manuel Bompard le vôtre Jean-Luc Mélenchon vous n'avez pas de patron ? non il n'y a pas de patron à la France insoumise il y a Jean-Luc Mélenchon qui est bien évidemment une figure incontournable c'est pas lui qui décide aujourd'hui idéologique sur quoi ? ça dépend sur quoi ?
sur vous par exemple ? non sur moi sur l'organisation du parti sur l'organisation du parti sur la stratégie vous pensez que la personne que vous avez en face de vous aujourd'hui sur ce plateau est une sorte de pontin et qu'il y a quelqu'un derrière qui tire les ficelles ?
non mais est-ce que vous êtes son héritier ? est-ce que vous êtes son héritier ?
mais il n'y a pas d'héritier écoutez à la France insoumise il y a différentes structures et c'est ces structures-là qui décident Jean-Luc Mélenchon est membre de la coordination des espaces du mouvement donc il participe de ses décisions mais bien évidemment il ne décide pas tout seul et pour le reste il est un militant parmi d'autres c'est pas non plus ce que je suis en train de vous dire puisque je vous dis qu'il est membre d'une coordination dans laquelle il participe aux décisions et je vois pas pourquoi ici si vous voulez je ferais comme si Jean-Luc Mélenchon n'était pas une figure une référence quelqu'un qui a permis à notre famille politique de passer de zéro député et 11% à la présidentielle en 2012 à 75 députés et 22% des voix à l'élection présidentielle
ni un militant comme les autres est-ce que vous souhaitez qu'il dise clairement qu'il ne sera pas candidat en 2027
vous croyez vraiment que le sujet de 2027 est le sujet qui préoccupe en ce moment
une partie de vos amis chez les insoumis oui
mais est-ce que vous pensez que c'est le sujet qui préoccupe le grand nombre aujourd'hui les gens qui nous écoutent sincèrement vous pensez qu'en janvier 2023 ils sont en train de se poser la question de 2027 soyons un peu sérieux
parce que vous vous êtes coordinateur du mouvement et donc votre rôle aussi c'est de coordonner les ambitions de chacun et vous voyez bien que du côté de François Ruffin de Clémentine Autain c'est un peu compliqué mais le problème
c'est pas d'avoir des ambitions ces ambitions-là elles sont tout à fait légitimes et les personnes que vous avez citées en plus c'est une bonne nouvelle elles en ont le talent donc c'est pas un problème la question est de savoir si c'est maintenant qu'on doit décider qui va être notre candidat à l'élection présidentielle de 2027 c'était ça votre question bien sûr
Jean-Luc Mélenchon doit-il dire clairement qu'il n'en sera pas en 2027 ce qu'il n'arrive pas à dire jusqu'à 2027 mais c'est pas qu'il n'arrive pas à dire chaque fois qu'il le dit il rajoute une phrase derrière en disant mais parce que c'est la vérité
mais parce que qu'est-ce que vous savez de l'évolution des circonstances de ce qui va se passer jusqu'à 2027 vous pensez qu'on peut dire aujourd'hui je ne serai pas candidat ou bien je serai candidat en 2027 il y a toute une génération
Manuel Bompard dont vous faites partie aujourd'hui chez les Insoumis Salia a rappelé Clémentine Autain François Ruffin Alexis Corbière etc etc pourquoi ne pas la faire monter cette génération
parce que
si c'est 6 mois avant l'élection présidentielle ça risque d'être un peu tard
mais c'est pas Jean-Luc Mélenchon qui l'empêche de la faire monter aujourd'hui c'est plutôt l'inverse d'ailleurs parce que depuis que Jean-Luc Mélenchon a été candidat à l'élection présidentielle à 3 reprises il a permis justement de faire émerger cette nouvelle génération dont vous êtes en train de parler mais par exemple
dans le fait d'écarter
François Ruffin des instances mais il n'a pas été il n'est pas membre de la coordination du mouvement mais il est membre du bureau du groupe parlementaire à l'Assemblée Nationale il est invité à siéger au sein de notre conseil politique et là pour vous donner un exemple il est chef de file avec Rachel Keke Mathilde Panot Adrien Clouet qui sont 4 députés qui sont chefs de file de notre bataille sur les retraites à l'Assemblée Nationale il n'y a plus écartement ou écartage que ça donc écoutez personne n'est écarté nous savons très bien que dans cette bataille qui est une bataille essentielle la bataille sur les retraites une des conditions de la victoire c'est notre unité donc nous abordons cette bataille unie même s'il y a eu des débats entre nous 30 secondes pour la dernière question
rapidement il y en a qui a été véritablement écarté c'est Adrien Catenins il a été exclu du parti de gauche le parti fondé par Jean-Luc Mélenchon est-ce que ça veut dire que vous aussi vous allez l'exclure dans les prochains jours de la France Insoumise je rappelle que le parti de gauche l'exclut par principe et selon son programme qui combat les violences faites aux femmes
oui écoutez je vais être très clair nous nous avons pris plusieurs décisions une première décision c'est que Adrien Catenins ne soit plus coordinateur de notre mouvement une deuxième décision c'est qu'Adrien Catenins ne siège pas dans nos différents organes de direction dont j'ai parlé à l'instant et une troisième décision c'est qu'au sein de notre groupe parlementaire il soit exclu pendant 4 mois je considère qu'on a pris des décisions qui sont des décisions fortes je sais qu'elles peuvent refaire débat il n'y en a pas d'autres de décisions je ne pense pas mais je comprends que ça puisse faire débat je comprends que certains puissent considérer que c'est trop sévère d'autres que ce n'est pas suffisamment sévère c'est comme ça on a pris une décision je pense que c'est des décisions fortes qu'aucune autre organisation politique n'a jamais prise d'ailleurs quand elle a été confrontée à ce type de situation je voudrais quand même le souligner sur ce plateau donc je considère que de ce point de vue là on est assez exemplaire et donc maintenant je pense qu'il faut être capable d'accepter cette décision et d'avancer Manuel Bompard coordinateur de la France Insoumise merci merci à vous et bonne journée à vous
merci à vous
Manuel Bompard