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interviewLe Média· 6 décembre 2021 47 min

« POURQUOI JE RALLIE LA CAMPAGNE DE MÉLENCHON » CONTRE-MATINALE #49

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Salut à toutes et à tous et bienvenue sur le plateau du Média TV. Nous sommes le lundi 6 décembre 2021, premier lundi du mois de décembre. On peut dire aujourd'hui que la course inexorable vers la présidentielle de 2022 s'est accélérée et nous sommes là jusqu'au bout. Nous serons là, bien entendu, avec votre soutien. Votre soutien, ce sont des likes, des partages, des commentaires, mais aussi, si vous le pouvez, des dons sur la plateforme OKPAL et des abonnements sur le Média TV. .fr slash soutien, la contre-matinale du Média épisode 49, c'est parti.

Aujourd'hui, comme tous les lundis, on fait le bilan du week-end politique, un week-end qui était riche, particulièrement riche avec la victoire de Valérie Pécresse à la primaire des Républicains, le meeting parisien de Jean-Luc Mélenchon à la Défense, le meeting de lancement du Parlement de l'Union Populaire et l'entrée en campagne d'Éric Zemmour prévue au Zénith, mais qui a finalement eu lieu au parc des expositions de Villepinte, notamment en raison des annonces de manifestations antifascistes.

J'évoquerai ces derniers, ces différents sujets avec notre ami, un de nos amis du lundi, Thomas Porte, le président de l'Observatoire national de l'extrême droite, qui a d'ailleurs quelque chose à nous dire. Mais on commence par le commencement, c'est-à-dire la titrologie. Le week-end politique qui vient de s'achever est bien entendu présent à la une des journaux, plus précisément de Libération et du Figaro. Libé titre, 2022, tour de surchauffe. Premier meeting entre discours nauséabond et violences physiques pour Éric Zemmour. À la Défense, Jean-Luc Mélenchon s'est posé en recours à gauche, mettant l'accent sur le social.

Chez LR, Valérie Pécresse, gagnante samedi de la primaire, doit composer avec le très-droitier Éric Ciotti. Emmanuel Macron, lui, attend l'an prochain pour sortir du bois. C'est ainsi que Libé résume le week-end politique. Donc Libération qui illustre son titre de une avec un photomontage de six des candidats désormais déclarés. Une sorte d'ombre blanche qui les surplombe. C'est l'ombre d'Emmanuel Macron qui continue manifestement de faire campagne sans se déclarer avec les moyens de l'État. 2022, Pécresse lance la bataille contre Macron, titre le Figaro.

Valérie Pécresse, à en croire le quotidien traditionnel de la droite, part à l'assaut de l'Élysée avec la volonté de rassembler toutes les sensibilités de la droite républicaine. Elle serait, toujours selon le Figaro, la rivale et le pire cauchemar de Macron. Le Figaro offre également à Éric Zemmour, son ex-salarié, une belle couverture. Zemmour qui, selon le quotidien, chère à la famille Dassault, revêt les habits de candidat. Et s'est offert une démonstration de force inédite dans la campagne, en tout cas selon le Fig. Valérie Pécresse, martèle l'humanité et avant tout la candidate d'une droite autoritaire et ultra-libérale.

Le quotidien d'inspiration communiste consacre l'essentiel de sa une à la Guadeloupe. La vie chère au cœur de la colère, écrit Luma, qui publie un reportage donnant la parole à des habitants qui dénoncent la mainmise de quelques grands groupes sur l'économie. Comment le Rafale est devenu un champion à l'exportation, se réjouit les échos, qui note la commande record de 80 appareils par Abu Dhabi et la moisson inédite de contrats dont bénéficient les industriels français dans les pays du Golfe Persique.

Qu'importe, n'est-ce pas, les révélations de Disclose sur la complicité objective de la France dans les assassinats ciblés de l'armée égyptienne, ce qui a raffermi les relations et permis des commandes de Rafale. Et puis pourquoi se lamenter, n'est-ce pas, sur l'implication des Émirats Arabes Unis dans la guerre au Yémen ou sur l'assassinat en Arabie Saoudite du journaliste Jamal Khashoggi, balayé du revers de la main par Emmanuel Macron, qui a fait ami-ami samedi dernier avec le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman. Les affaires sont les affaires, manifestement, en tout cas pour le quotidien cher à Bernard Arnault, le français le plus riche du monde.

Jean-Frédéric Poisson, patron du parti chrétien-démocrate, rebaptisé en 2020 via, était au meeting d'Éric Zemmour à Villepinte. On se demande bien ce que pense le pape François, ou alors ce qu'il en penserait s'il le savait. Le pape François, qui peut-on lire à la une de la croix ? Le quotidien catholique est en colère contre l'Europe sur la question des migrants. Des migrants à Chypre, puis en Grèce, François a dénoncé les nationalismes et la fermeture des Européens à ce sujet. Des migrants et de leur humanité qu'on est désormais obligé de rappeler, il est question dans ce bel article de Street Press, « Awa et ses amis en font des rues de Paris ».

Quand elle sera grande, écrit Street Press, Awa veut élever un dauphin, un dauphin gentil à qui elle donnera du lait et des légumes, et qu'elle emmènera à la piscine et à la plage en le tractant sur une carriole à roulettes dans un aquarium. Mais pour l'instant, Awa, qui avec sa soeur de 13 ans et sa mère, venu de Côte d'Ivoire, dort sous une tente, elle-même sous un tunnel, dans le 19e arrondissement de Paris. Nous sommes le lundi 6 décembre 2021 et en région parisienne, au moment où je vous parle, Awa se prépare à aller à l'école, car elle est scolarisée, et il fait à peu près 5 degrés dehors, la nuit dernière il a plu, et aujourd'hui il pleuvra.

A signaler aussi dans Reporters un long et passionnant article de Laurie-Anne Cholaise, « Hulot, les coulisses d'une omerta », une enquête qui nous permet d'entrer dans l'entourage de l'ancien animateur, ministre d'Emmanuel Macron, et figure de ELV. Comment tout ce petit monde a pu ne rien voir ou détourner le regard ? Les témoignages sont nombreux, notamment sur les rumeurs dans le petit milieu qui ont pu dissuader Hulot d'être candidat en 2017 ou servir à des rivaux en interne pour l'écarter. Et dernier article, il est dans Arrêt sur image, Apple et l'auto-réparation, la grande illusion.

Certains activistes se réjouissent en effet après l'annonce de la firme qui fabrique l'iPhone et l'iPad. Apple a annoncé la mise en place d'un service de réparation « do it yourself ». A priori, une nouvelle qui va dans le sens de la lutte contre l'obsolescence programmée, mais Apple ne fait que devancer l'inéluctable, puisque les pressions conjuguées des réparateurs, des élus, du monde associatif et même de salariés et actionnaires, et des régulateurs aussi, obligaient de toute façon sa direction à réagir. Maintenant, quels seront les prix des pièces de rechange ?

Et pourquoi ces possibilités de réparation sont limitées aux toutes dernières sorties d'Apple, notamment les iPhone 12 et 13, bref, un article sur les stratégies de com' d'une entreprise historiquement opposée de manière catégorique aux droits à la réparation. Place désormais au zapping du week-end politique, un week-end que je décrypterai avec Thomas Porte, président de l'Observatoire national de l'extrême droite, mais avant qu'il s'installe, regardons le petit magnéto sur un nouvel objet politique qui était un peu la vedette du meeting de Jean-Luc Mélenchon à la Défense ce samedi, le Parlement de l'Union Populaire.

6:52
Invité

Son prénom scandé et une photo de famille d'un parti rassemblé. Une première étape validée pour la candidate, mais le chemin est encore long. Car maintenant, Valérie Pécresse va devoir réussir l'intégration des soutiens des candidats battus. Dès demain, la candidate déjeunera avec Éric Ciotti et se rendra dans son fief à Saint-Martin-Vésubie. Objectif, convaincre les près de 40% d'adhérents qui ont voté pour le député des Alpes-Maritimes. Elle poursuivra ensuite son périple chez Michel Barnier. Oui, un premier quoi qu'on peut le dire, il y a déjà de l'eau dans le gaz au sein du parti des Républicains, moins de 24 heures après l'annonce des résultats du congrès hier.

Alors pour vous résumer ce qui s'est passé, Éric Ciotti a fait un rassemblement, a organisé un rassemblement tout à l'heure. Officiellement, le but c'était de remercier ses soutiens et d'appeler ses soutiens à se réunir derrière Valérie Pécresse. Sauf que quelques minutes après ce rassemblement, Éric Ciotti a semblé beaucoup plus hésitant à notre micro lorsqu'on l'a interrogé justement concernant Valérie Pécresse. Valérie Pécresse hier a déclaré au journal de TF1 qu'elle ne comptait pas forcément mettre en application toutes les mesures préconisées par Éric Ciotti. Voici ce que lui répond l'intéressé. Le message qui a été lancé hier n'était pas un bon message.

8:07
Présentateur

Alors bon, on a eu une erreur de magnéto, c'était, on voulait parler du Parlement de l'Union Populaire, et en fait on a regardé un magnéto sur, en tout cas les querelles en fait au sein de LR, un magnéto qu'on va regarder. Alors je ne sais pas s'il est possible de regarder le magnéto sur l'Union Populaire, le Parlement de l'Union Populaire. Donc alors Thomas, on ne pourra pas regarder ce magnéto, mais tu vas nous expliquer puisque tu es là. Alors tu étais donc ce samedi au meeting de Jean-Luc Mélenchon, qui était donc une occasion de présenter le Parlement de l'Union Populaire, et une occasion de voir que tu as rejoint le Parlement de l'Union Populaire en question.

Alors est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est, et pourquoi finalement avoir choisi de quitter ELV, puisqu'en fait globalement tu étais le porte-parole de Sandrine Rousseau lors de la primaire ELV, tu es resté en fait avec Sandrine Rousseau finalement auprès de Yannick Jadot, et tu as décidé de partir. Donc un, pourquoi avoir rejoint Jean-Luc Mélenchon, et deux, c'est quoi ? Le Parlement de l'Union Populaire.

9:19
Jean-Luc Mélenchon

Donc pourquoi avoir choisi de rejoindre Jean-Luc Mélenchon ? J'avais été clair dès le départ, où j'avais dit que Yannick Jadot ne serait pas mon candidat, puisque je respecte beaucoup Yannick et ses engagements écologiques, mais je crois qu'aujourd'hui on a besoin d'un programme de rupture qui remet en cause les logiques libérales, capitalistes, et qui véritablement met un coup d'arrêt à tout ça, et je ne crois pas que c'est aujourd'hui le programme que porte Yannick Jadot. Donc c'est pour ça que j'ai fait le choix de rejoindre non pas Jean-Luc Mélenchon, mais l'Union Populaire, comme tu l'as expliqué, qui a mis en place son Parlement de campagne ce week-end.

Ce Parlement de campagne est l'Union Populaire. Il réunit pour l'instant 200 personnes, 100 de la France insoumise, donc avec les parlementaires sortants, les conseillers régionaux, des militantes et des militants, et 100 personnalités qui viennent du monde syndical, associatif, de la culture, des acteurs, du monde musical. On a Annie Ernaud, on a le syndicaliste Xavier Mathieu, on a Aurélie Trouvé, qui est l'ancienne présidente d'attaque qui va présider ce Parlement de campagne. On a Anthony Smith, qui est un inspecteur du travail, qui avait mené la bataille contre Muriel Pénicaud quand il avait été mis à pied pour avoir demandé des masques pour les salariés.

Donc on voit qu'il y a une très grande diversité. Il y a l'ancien président du Secours Populaire, il y a l'ancien président de la FCPE. Donc il y a des...

10:31
Présentateur

Il y a l'écrivain Abdiraman Ouabéry aussi.

10:33
Jean-Luc Mélenchon

Il y a une très grande diversité de femmes et d'hommes qui mènent des luttes au quotidien, et qui considèrent qu'aujourd'hui, face à l'urgence de l'extrême droite et de la droite, nous avons besoin d'avoir un projet politique majoritaire, d'avoir un projet qui gagne. Et je crois que cette démarche que fait Jean-Luc Mélenchon de mettre en place ce Parlement de l'Union Populaire, où je le répète, 100 personnes viennent sans appartenir, entre guillemets, à la France insoumise, elle permet d'élargir aujourd'hui ce qu'est ce mouvement politique. Et nous allons continuer dans les semaines à venir à travailler à ce que des nouvelles personnes nous rejoignent.

Et le Parlement de campagne va continuer à s'enrichir de cette diversité. Est-ce qu'il y aura de nouvelles personnes dans ce Parlement de campagne ? On l'espère. En tout cas, moi je lance un appel aujourd'hui pour qu'il et elle nous rejoignent. Il y a une déclaration publique qui va être publiée dans la journée, suite à la première réunion du Parlement de l'Union Populaire, qui s'est réunie hier, en présence de Jean-Luc Mélenchon, où nous avons eu des échanges de très haut niveau. Et effectivement, l'objectif c'est de continuer à élargir, de continuer à dire qu'on peut s'inscrire dans cette démarche-là.

Ce Parlement, ce n'est pas un gadget, ce n'est pas un comité de soutien de façade à Jean-Luc Mélenchon, non. C'est véritablement un outil politique qui aura plusieurs rôles. Un, celui d'être consulté par le candidat sur la stratégie politique, sur le timing de la campagne, sur comment on ressent les choses. Et il l'a exprimé de manière assez forte. C'est-à-dire, quand il est venu, il a dit, c'est un peu grâce à vous que je vais prendre la température du terrain, que je vais voir les réalités. Puisque vous venez d'horizons divers, il y a aussi des militants des quartiers populaires qui ont expliqué des choses.

On a eu Christian Prudhomme, qui est un syndicaliste de la santé, qui est aujourd'hui conseiller régional, qui est venu parler de l'hôpital public. On a une personne qui est engagée dans la justice, qui est venue parler de ça. Donc il y a tout ça. Ce sera cette première temporalité-là. Le deuxième rôle du Parlement de campagne, c'est celui de continuer, ce que je dis tout à l'heure, à élargir et à aller chercher des gens. On a aujourd'hui des gens qui nous ont d'ores et déjà sollicités pour dire qu'ils souhaitaient s'inscrire dans cette démarche, qui est une démarche d'ouverture, dans le respect de l'indépendance de chacune et chacun. La troisième, enfin, c'est de continuer à enrichir.

La France Insoumise a présenté un programme, l'Avenir en commun, où il y a plus de 600 mesures. Il y a des plans thématiques. Et dedans, il y a des livrets qui déclinent ces plans. Et nous devrons enrichir ces livrets en faisant des propositions, à continuer à avancer sur le programme, qui est aujourd'hui d'une densité extraordinaire et qui, je crois, est majoritaire dans la population. Et l'enjeu, c'est de transformer aujourd'hui ces idées qui sont majoritaires en vote pour exercer le pouvoir en 2022.

12:49
Présentateur

Il y a la philosophe Barbara Stickler, qui fait partie de ce Parlement de l'Union Populaire, qui dit qu'au fond, c'est la première fois qu'elle prend ce type d'engagement avec un parti politique. Mais elle évoque l'urgence, en fait, l'urgence globale, démocratique, dans laquelle se trouve notre société,

13:05
Jean-Luc Mélenchon

avec cette élection qui n'est pas une élection comme les autres. Il y a beaucoup de personnalités qui s'engagent pour la première fois en politique au sein de ce Parlement. Il y a aussi Bruno Gachiot, que tout le monde connaît ici, qui a été connu au travers des guignols, qui, effectivement, au regard de l'urgence, se disent qu'aujourd'hui, on ne peut pas rester en dehors de l'arène. On ne peut pas regarder en comptant les points et en disant que ça ne va pas, que la gauche n'est pas rassemblée, que la gauche est faible.

Et ils prennent un engagement concret pour faire avancer les choses et pour mettre un coup d'arrêt et pour empêcher soit Éric Zemmour, Marine Le Pen ou Emmanuel Macron d'arriver au pouvoir en 2022. Parce qu'on connaît aujourd'hui les désastres de 5 ans de Macronie. Et 5 ans de plus, ce sera absolument catastrophique pour des millions de personnes. Il y a une urgence sociale, une urgence écologique et une urgence démocratique qui fait que ces personnes-là, elles se lancent aujourd'hui dans la bataille avec leur expérience, avec leur propre code, avec leur envie et autour du programme de l'avenir en commun pour dire aujourd'hui, on peut changer les choses, mais il faut se mobiliser.

13:56
Présentateur

Alors il y a aussi des anciens, enfin pas des anciens, des cadres, des membres du Parti communiste français qui ont rejoint cette Union populaire. Mais on ne voit pas beaucoup de figures écologistes, en tout cas de LV historique. Est-ce que tu peux nous dire si ça vient ou si ça ne vient pas ?

14:16
Jean-Luc Mélenchon

Effectivement, vous avez parlé des cadres. Il y a aussi beaucoup de cadres du Parti communiste français qui sont autour de Fabien Roussel, puisque c'est le candidat du Parti communiste français et c'est tout à fait normal. Effectivement, hier, on a eu Aïsine Taïbi, qui est le maire d'Eustin, qui sera le vice-président du Parlement de campagne de l'Union populaire.

14:30
Présentateur

Le maire PCF d'Eustin.

14:31
Jean-Luc Mélenchon

Le maire PCF d'Eustin qui est venu hier faire un discours extrêmement fort lors du meeting de Jean-Luc Mélenchon, justement, où il a fait le lien entre les quartiers populaires et le milieu rural, où on a tendance souvent à reposer les deux. Et il a rappelé l'urgence à mettre tout ça en lien. Après, moi, je ne vais pas parler pour Europe Écologie Les Verts et pour celles et ceux qui s'engagent autour de Yannick Jadot. Je crois qu'il faut aussi avoir du respect pour celles et ceux qui mènent des batailles politiques en ce moment dans le camp progressiste, parce que je crois que demain, nous aurons besoin de toutes ces voies pour reconstruire aussi une gauche radicale dans ce pays.

Et véritablement, le Parlement de l'Union populaire, il a vocation à travailler sur la campagne de la France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon pour les présidentielles et les législatives. Mais il est aussi là pour poser les bases et les jalons d'une future force politique dans les années à venir.

15:13
Présentateur

Lors de ce meeting, justement, Jean-Luc Mélenchon a essayé de booster le moral des troupes et de leur expliquer pourquoi il ne fallait pas baisser les bras, que tout n'était pas perdu d'avance en écoutant.

15:25
Invité

Il n'y a qu'un combat qu'on est sûr de perdre. C'est celui qu'on ne mène pas. Et celui qu'on mène vous ouvrira des portes inouïes. Vous le découvrirez en cours de route. Le nombre de ceux qui, dans le monde, sur d'autres continents, attendent de nous. Parce que pour eux, la France, ça ne sera jamais Le Pen, Zemmour, Macron. La France, pour eux, ça sera toujours Victor Hugo. Ça sera toujours la devise de la République. Et ça sera toujours nous, parce qu'ils nous connaissent. Ils nous regardent. Ils nous suivent. Ils savent qui nous sommes. Et ils savent que si nous faisons rompre la chaîne du capitalisme mondialisé en France, alors elle craquera partout ailleurs.

Voilà pourquoi ils déferrent le contre-moi. Cette haine que je vois partout, c'est mépris. Aucun d'entre eux ne m'atteindra mieux non plus. Quoi qu'il arrive, ne baissez jamais la tête. Jeunes gens, quoi qu'il arrive, reprenez le drapeau s'il venait à tomber. Et il ne tombera pas. Et vous tous, vive la République. Vive la France. Et surtout, vive la République. Parce que sans elle, il n'y a pas de France possible.

16:56
Présentateur

Alors, vive la République et vive la France et surtout vive la République. Jean-Luc Mélenchon prend le contre-pied d'Éric Zemmour qui dit, en gros, vive la République et vive la France, mais surtout vive la France.

17:05
Jean-Luc Mélenchon

Oui, je crois que c'était le discours de Jean-Luc Mélenchon hier était extrêmement fort. Et puis, on l'a vu dans vos images, mais il a dit, il a dit la France, ce ne sera jamais l'extrême droite. C'est la sécurité sociale, c'est les congés payés. Donc, je crois qu'il y a aussi besoin d'insuffler de l'espoir et du vent dans les voiles pour dire qu'aujourd'hui, on peut avoir des débats sur les salaires, sur la sécurité sociale, sur la retraite, sur les questions environnementales, sur comment rendre meilleure la vie des gens. Parce qu'aujourd'hui, on est dans un récit, aujourd'hui, absolument réactionnaire.

Et quand vous prenez Valérie Pécresse, que vous prenez Éric Zemmour, vous prenez Marine Le Pen, y compris Emmanuel Macron, on est toujours sur des régressions sociales, on est toujours sur du moins-disant social, on est toujours sur des reculs. Et on ne voit pas la vie des gens qui va s'améliorer. Et on est sur des débats nauséabonds. Donc, je pense que ce meeting a fait aussi du bien à toutes celles et ceux qui sont venus pour dire qu'enfin, il faut parler des vraies questions dans le pays. Et je crois qu'il y a des milliers de gens qui sont en attente d'avoir des réponses sur leur quotidien.

17:59
Présentateur

On va désormais parler des autres, c'est-à-dire de Valérie Pécresse, plus largement de la primaire LR qu'il a couronnée, du meeting d'Éric Zemmour à Villepinte. On commence donc par Valérie Pécresse et Éric Ciotti, l'actualité LR. On ne va pas rediffuser le magnéto qu'on a regardé, mais c'était un magnéto, justement, où on voyait le couronnement de Valérie Pécresse. Et tout de suite après, Éric Ciotti, qui explique qu'elle n'a pas bien fait, qui parle de créer son propre mouvement. Alors, est-ce qu'Éric Ciotti, selon toi, a vocation à rejoindre d'une manière ou d'une autre la campagne d'Éric Zemmour ?

18:33
Jean-Luc Mélenchon

Je ne sais pas si Éric Ciotti rejoindra la campagne d'Éric Zemmour. Je pense qu'un certain nombre de ses électeurs, potentiellement, voteront pour Éric Zemmour. Parce que, quand on a entendu les propos d'Éric Ciotti, on ne voyait pas beaucoup de différence entre lui et Éric Zemmour. D'ailleurs, j'ai remarqué que Guillaume Pelletier, un des vice-présidents, je crois, des Républicains, a fait un tweet hier, d'ailleurs, pour dire comment on ne peut pas être touché par ce discours d'Éric Zemmour sur la France.

Mais tout ça, c'est aussi le symbole de l'OPA, des idées frères-droites sur les Républicains, où on a vu des débats qui ont été gangrénés par ces idées-là, où on a eu trois débats de trois heures, avec 2h59 sur le voile, l'immigration, l'insécurité, la laïcité. Et Valérie Pécresse, parce qu'elle se donne un peu, par rapport aux autres candidats, cette espèce d'habit de candidate républicaine et sur les valeurs de la France, mais elle a quand même proposé de mettre des mesures de justice qui seraient différentes selon le territoire dans lequel vous habitez. Donc c'est votre adresse qui vous a signé à résidence, et selon votre adresse postale, vous auriez des sanctions judiciaires.

19:26
Présentateur

On appelle ça l'apartheid.

19:27
Jean-Luc Mélenchon

Voilà, c'est ça. Donc c'est quand même d'une gravité extrême. Donc on voit aujourd'hui qu'il y a une dérive droitière, d'extrême droite même, sur les candidats républicains et sur le programme de Valérie Pécresse, mais ce n'est pas surprenant.

19:39
Présentateur

Alors tu as écrit Valérie Pécresse, marcher aux côtés de la manif pour tous, elle veut détruire les services publics, elle déchaîne sa haine sur les immigrés, elle rêve de Thatcher, femme qui a le sang de milieu de mineurs sur les mains. L'extrême droite a désormais une candidate supplémentaire, ce que tu as écrit en fait, et j'aimerais qu'on développe. Mais avant ça, on va regarder un petit montage du compte Twitter Caisse de grève qui va un peu dans le même sens que toi.

20:01
Invité

Monsieur le Président de la République, je présenterai aux Français un référendum. Approuvez-vous le projet de loi C2I, projet de loi Citoyenneté, Identité, Immigration, qui comprendra un plan complet de maîtrise de l'immigration. La priorité, vous savez, c'est simple, je fais un référendum avant l'été sur l'immigration pour arrêter les flux d'immigration, pour supprimer le droit du sol, pour supprimer le regroupement familial. Moi, j'ai posé sur la table un vrai projet de loi constitutionnel que je soumettrai à référendum. Ce projet de loi constitutionnel, il permet de réguler, de stopper l'immigration incontrôlée.

Et sur l'immigration, quand nous nous comparons avec l'Italie, avec l'Espagne, avec l'Allemagne, nous faisons mieux que les Allemands, beaucoup mieux que les Allemands. Nous faisons beaucoup mieux que les Allemands qui ont deux fois plus d'étrangers sur leur sol que nous. Nous faisons beaucoup plus que les Allemands puisqu'on a 120 000 demandes d'asile et ils en ont 160 000. Nous faisons beaucoup plus que les Allemands parce qu'on juge en 18 mois, quand les étrangers font des recours avant de pouvoir les expulser, c'est un des problèmes, eux, ils mettent deux ans. Je ferai tout durant les cinq années qui viennent pour qu'il n'ait plus aucune raison de voter pour les extrêmes.

21:11
Présentateur

Alors, c'est un montage qui est assez parlant. Comment on en est arrivé là ?

21:17
Jean-Luc Mélenchon

On aurait presque cru que c'était une primaire puisque c'était les mêmes propositions. Parce que c'est le débat, le débat de fond est tellement nauséabond et les idées d'extrême droite ont tellement gagné du terrain qu'aujourd'hui, je pense qu'elles ont gagné du terrain beaucoup dans la classe politique et pas autant qu'on l'estime dans celles de ceux qui votent aujourd'hui. Je pense qu'il y a aussi beaucoup de gens qui se détournent de la politique. Et un des enjeux de la prochaine présidentielle, c'est justement pour Jean-Luc Mélenchon de faire revenir ces gens aux urnes.

Mais Valérie Pécresse, oui, elle se revendique du modèle de Margaret Thatcher qui est quand même celle qui a laissé crever les mineurs en grève et les a laissées mourir, véritablement. Elle a proposé un référendum sur l'immigration. Mais pendant le débat de la primaire, elle a parlé de tests osseux. Elle a parlé de faire des tests de langue et de renvoyer les gens s'ils ne parlaient pas français. On a tout entendu dans cette primaire-là. Et moi, j'avais qualifié le second tour de la primaire. C'était un peu l'armée dans les quartiers populaires et exiotiques contre les tests osseux de Valérie Pécresse.

Donc c'est surréaliste et on ne comprenait pas bien pourquoi il n'y avait pas Éric Zemmour et Marine Le Pen dans cette primaire. Ils auraient eu un seul candidat. Ça aurait été bien plus simple parce qu'ils portent littéralement tous le même projet politique.

22:19
Présentateur

Ça me dit justement, Éric Zemmour ouvrait sa campagne au parc des expositions de Villepinte. Et face à lui, il y a eu, on va dire, de la résistance et la mobilisation des forces de l'ordre à son profit. Elle a été assez frappante, comme a pu le constater notre journaliste Nicolas Maillard, qui a live tweeté l'événement « Regarde ». Alors Thomas, petite question philosophique. Est-ce que les militants antifascistes doivent prendre d'assaut les meetings de Zemmour au risque de nourrir le procès en intolérance qui leur est souvent intenté ?

24:16
Jean-Luc Mélenchon

Je crois qu'ils n'ont pas pris d'assaut le meeting d'Éric Zemmour. Mais je crois que dans ce pays, on a encore le droit de manifester quand on est contre quelque chose, quand on est contre les idées de quelqu'un. Ça fait partie de la démocratie et heureusement qu'on a le droit de maintenir ces mobilisations. Mais je crois que moi, je salue celles et ceux qui se sont mobilisés. Et c'est important d'avoir des réactions contre ce candidat-là, qui est le candidat de la haine, je l'ai souvent dit ici. Et quand je les entends, Éric Zemmour et ses soutiens, dire « On ne comprend pas pourquoi il y a ces mobilisations.

» Mais quand vous distillez la haine à longueur de journée, que vous insultez les gens, que vous les stigmatisez, vous créez des situations de colère et de tension. Et aujourd'hui, effectivement, il y a des gens qui n'acceptent plus d'être montrés du doigt, qui n'acceptent plus d'être traînés dans la boue à longueur de journée par Éric Zemmour. Et son meeting d'hier a été une litanie d'horreurs et d'insultes et de stigmatisations à l'égard des musulmans, à l'égard des journalistes, à l'égard de toute une catégorie des populations qui n'est absolument pas acceptable. Donc je crois qu'il y aura d'autres mobilisations.

Ça va continuer parce que ce candidat-là, moi, je l'assume très clairement, il n'est pas aujourd'hui dans le cadre républicain.

25:16
Présentateur

Alors ce meeting a aussi été un moment de violence politique avec les militants de SOS Racisme qui venaient témoigner leur désapprobation de manière assez pacifique et se sont vus agressés par les supporters d'Éric Zemmour. On regarde. Alors les journalistes aussi ont été pris pour cible. On pense notamment à ceux d'Al'air Libre, l'émission de Mediapart. On a vu des convergences entre services de sécurité officiels de Zemmour et Nervi néo-nazis. Et ce sera vraiment la dernière question que je vais te poser. C'est quand même un problème.

26:28
Jean-Luc Mélenchon

Je crois qu'il y a plusieurs journalistes d'expérience qui ont regardé ce meeting, qui l'ont couvert, qui ont publié des réactions, qui ont dit qu'ils n'avaient jamais vu ça depuis très longtemps. C'est-à-dire qu'on avait dans ce meeting-là un mélange au premier rang de la classe politique la plus rance qui existe. Et d'ailleurs, il y avait Éric Nolot qui était présent, donc il faut le souligner, parce qu'il se porte tout le temps en journaliste politique, en défenseur de la gauche. Mais il était aujourd'hui au premier rang du meeting d'Éric Zemmour. Et c'était évidemment un signe très clair de son amitié et du soutien qu'il a aux idées d'Éric Zemmour.

Et effectivement, on avait derrière des groupes d'action française, du groupe Husky Identitaire d'extrême droite, les Oives. Et les images de ce qui s'est passé avec SOS Racisme sont absolument sidérantes, parce qu'on avait des militantes et des militants qui sont venus de manière pacifique emporter un message pour dénoncer le racisme réel du candidat Éric Zemmour, qui a été condamné pour ça par la justice. Et ils ont été littéralement lynchés. Les images de la personne qui passe à tabac à une fille sont absolument incroyables. On a rarement vu ça. – Il y a des images qu'on a montrées, mais si on fait un zoom, on va voir des images encore plus violentes, effectivement.

– Et puis vous avez évoqué la presse, mais il y a eu les journalistes de Mediapart et de l'Aire Libre qui font état de coups derrière la tête, fait un insulte. Et on voit en plus, il y a une autre vidéo qui a été publiée par le Fiston Post où on voit un des responsables de l'organisation du meeting d'Éric Zemmour féliciter ces militants d'extrême droite pour leur dire « C'est bien le travail que vous avez fait, maintenant revenez assister au meeting. » Donc on a vu hier une convergence entre une classe politique réactionnaire, des groupuscules d'extrême droite néo-nazis identitaires, tout ça au même moment. Et ça a découlé sur des images d'une violence inouïe.

28:01
Présentateur

– Et la police n'était pas pour, elle a pris son compte quand même dans cette convergence, en tout cas des policiers, on ne va pas dire de la police peut-être, mais des policiers se sont montrés extrêmement zélés, en tout cas selon Nicolas Maillard, notre journaliste qui était sur place.

28:17
Jean-Luc Mélenchon

– Oui, il faudra regarder tout ça de très près, mais ce meeting-là, j'espère qu'il ne va pas donner la temporalité de la campagne présidentielle jusqu'à 2022, parce que sinon ça va être très long. Et c'est vraiment, c'est particulièrement inquiétant. Et moi j'ai vraiment un message de solidarité aux militantes et aux militantes d'SOS Racisme et aux journalistes qui ont été pris à partie. D'ailleurs je salue, parce que hier je regardais BFM TV pour ne pas les citer, et derrière des journalistes ont dit « Mais oui, nous on a diffusé ces images » parce qu'on a été extrêmement choqués de ce qui s'est passé.

Et ils ont souligné que les militantes et les militants étaient pacifistes et que les équipes, en tout cas les gens qui étaient présents au meeting des Rizemmour, ont passé à tabac ces gens-là.

28:50
Présentateur

– Merci Thomas de t'être rendu disponible pour la matinale du Média TV. On passe désormais à la dernière partie de notre contre-matinale avec la diffusion en avant-première de l'instant porché, l'émission économique de Thomas Porché qui est désormais co-présentée par notre journaliste Lisa Lapp. Thomas et Lisa parleront de la bataille des travailleurs de Leroy Merlin face à la voracité d'une direction qui engrange des profits records, de l'inflation qui monte, monte et monte, et aussi du rapport sur la transition écologique de l'ADEME.

C'est passionnant, restez jusqu'à la fin, quant à moi je vous dis à demain, et bien sûr soutenez la contre-matinale du Média, sans vous nous cesserons tout simplement d'exister. On regarde.

29:26
Invité

Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porché. Je suis ravie de vous retrouver dorénavant chaque semaine, comme d'habitude, pour analyser, décrypter et débunker, si je peux me permettre l'anglicisme, l'actualité avec Thomas Porché. Au programme, aujourd'hui, la lutte victorieuse des salariés de Leroy Merlin pour la revalorisation de leurs salaires, l'inflation qui atteint un niveau record dans la zone euro, et enfin l'ADEME, l'agence de la transition écologique, qui dévoile dans un gros rapport ces quatre scénarios pour atteindre la neutralité carbone en 2050. On va fouiller tout ça.

Après deux semaines de grève et de mobilisation, les salariés de Leroy Merlin ont obtenu une revalorisation de leurs salaires trop insuffisant par rapport à l'inflation. Une entreprise aux bénéfices records qui affiche une croissance de 5% en 2020. Deux semaines de grève, 10 heures de négociation, pour obtenir 65 euros en plus sur la fiche de paie chaque mois. On va décrypter tout ça avec Thomas. L'inflation est l'un qui atteint un niveau record en zone euro du jamais vu depuis plus de 20 ans, depuis que les statistiques Eurostat existent. Eurostat d'ailleurs qui observe une hausse de 4,9% sur un an.

Les prix à la consommation sont propulsés notamment par la hausse du coût de l'énergie, plus 27,4%, comparé à 23,7% en octobre. On analysera ça et aussi le rapport de l'ADEME, l'agence de la transition écologique, qui présente 4 récits pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Plus qu'une solution énergétique, ce sont 4 projets de société développés ici. Cela va du mode de vie le plus sobre, au pari de la technologie et de l'innovation qui pourraient totalement réparer nos dégâts sur la nature. On va en savoir plus et analyser tout cela tout de suite, c'est l'instant porché. Une grève illimitée victorieuse pour les salariés de Leroy Merlin.

Après deux semaines de mobilisation qui a débuté le 17 novembre, les syndicats et directions ont enfin trouvé un accord sur les salaires. Une entreprise au bénéfice record, 800 millions d'euros, affichant une croissance de 5% en 2020. Des revenus qui profitent surtout aux cadres et aux actionnaires. Mediapart a en effet révéler ses chiffres. Les revenus variables individuels accordés à 707 cadres en 2020 s'élèvent à plus de 10 millions d'euros, soit en moyenne 14 916 euros par bénéficiaire. Il y a aussi les stocks options, 18 millions d'euros pour 144 personnes selon les syndicats. 8 au cadre auraient reçu en plus plus de 2,56 millions d'actions gratuites.

Ce n'est pas le même bilan pour les 23 000 employés qui forment le socle de l'organisation sur 27 000 au total. Bref, deux semaines de grève, deux négociations dont une de 10 heures le 30 novembre pour obtenir 65 euros en plus sur la fiche de paie chaque mois. Thomas, bonjour. Peux-tu nous expliquer la cause du conflit ? La cause du conflit, elle est simple et tu l'as déjà bien détaillé. C'est qu'en fait, c'est ce qui se passe dans beaucoup de grandes entreprises. C'est qu'il y a les ventes qui augmentent, il y a le chiffre d'affaires qui augmente, il y a les stocks options qui augmentent et en bas, il y a les salaires qui n'augmentent pas ou qui augmentent très peu.

Les salaires ont augmenté en dessous de l'inflation de 2% d'augmentation de salaire, 2,6% d'inflation, ce qui veut dire que les salariés, en réalité, en termes de pouvoir d'achat, s'appauvrissent. Donc c'est un vrai problème. On l'a dit, l'entreprise affiche un chiffre d'affaires en hausse, mais comment expliquer que les hausses de rémunération soient si difficiles à obtenir ? En fait, c'est la logique actionnariale qui a été appliquée à l'entreprise depuis les années 80. Ça n'a pas toujours été comme ça, il faut le dire, parce que les gens pensent que ça a toujours été comme ça, ça n'a pas toujours été comme ça. En fait, dans une entreprise, vous avez trois parties prenantes.

Vous avez les dirigeants, vous avez les actionnaires et les salariés. Et tout est fait aujourd'hui pour que les grands gagnants, ce soit les actionnaires. Alors une fois qu'on a tout payé, une fois qu'on a payé les salaires, etc., il y a un profit qui se dégage. Et ce profit, la majorité de ce profit va aux actionnaires. Alors il y a des années, on a 80% de ce profit qui va aux actionnaires. En général, c'est plutôt 60%. 60%, 30% pour l'investissement et 10% pour les salariés. Mais ça n'a pas toujours été comme ça. Il faut vraiment comprendre qu'entre 50 et 70, les actionnaires récupéraient 35 à 45% des profits. Aujourd'hui, ils récupèrent les deux tiers.

Et c'est là-dessus que se jouent les augmentations. Comment voulez-vous augmenter des gens si vous avez des actionnaires qui récupèrent deux tiers des richesses ? Donc le vrai combat, c'est aujourd'hui de comprendre que les actionnaires peuvent récupérer une moins grande partie de ces profits pour qu'ils soient mieux distribués en augmentation de salaire ou en investissement. C'est-à-dire un investissement, c'est la vie de l'entreprise sur le long terme. Mais pour ça, il faut remettre en cause toute cette répartition entre ces trois parties prenantes.

Et ce qui a été malin pour les actionnaires dans les années 80, c'est que le dirigeant voit sa rémunération indexée sur ce qu'il donne aux actionnaires. Donc le but d'un dirigeant, ce n'est pas d'investir, ce n'est pas de faire que ses salariés soient contents de travailler. Enfin, il n'y a pas que ça. C'est surtout le fait de donner la plus grosse part du profit aux actionnaires. Et donc, ça concentre une partie des emplois sur la valeur actionnariale. Ça fait des techniques comme les rachats d'actions, etc. Ce qui n'est pas forcément sur le long terme positif pour l'entreprise.

Du coup, c'est quoi les conséquences de ce type de fonctionnement pour les salariés, mais également pour l'entreprise de manière générale ? C'est déjà un fonctionnement plus de court terme que de long terme. Parce que l'actionnaire, il veut en fait toucher son dividende tous les ans. Et parfois, vous avez des stratégies d'investissement qui se font, notamment dans la transition écologique, qui se font sur le long terme. Donc c'est une logique de court terme qui a gagné l'entreprise. Et puis aussi, c'est parfois des situations, comme on le voit, où vous avez un chiffre d'affaires qui augmente, des ventes qui augmentent, une situation qui est favorable à l'entreprise.

Parce que le roi Merlin a vécu, finalement, la crise sanitaire comme une opportunité. Et en même temps, une espèce de modération sur les salaires. Ce qui, au final, plombe la motivation, etc. Donc il est extrêmement important que ces profits soient mieux repartagés entre les trois parties prenantes, pour qu'il y ait de l'investissement. Parce que l'investissement, c'est l'avenir à long terme. Et qu'il y ait des hausses de salaire qui permettent aux salariés de bien travailler. Vous savez, en économie, il y a le salaire d'efficience. C'est-à-dire l'effort que tu fournis en fonction de ton salaire. Si ton salaire est faible, tu n'es pas motivé.

Si ton salaire est élevé, tu es beaucoup plus motivé. Donc il est important de mieux redistribuer, enfin de changer cette logique actionnariale, qui n'a pas eu un effet, moi je pense, sur les dernières entreprises, positif. C'est ça qui a poussé les délocalisations, c'est ça qui a poussé la modération salariale, c'est ça qui a rendu les actionnaires de plus en plus exigeants, sans effet particulier sur la survie de long terme des entreprises. Donc il y a quand même, on va dire, pour 2022, un débat à avoir là-dessus. Et bizarrement, le débat n'existe pas sur ce thème-là. L'inflation était au cœur des revendications syndicales à Leroy-Merlin.

Ce phénomène est actuellement dans toutes les bouches des salariés, donc aux libéraux. En effet, les statistiques dévoilées par Eurostat montrent que l'inflation a atteint un niveau record, du jamais vu en 20 ans dans les statistiques dans la zone euro. 4,9% en un an, ça dépasse les prévisions des analystes. En 2008, par exemple, année de crise, le taux était de 4,1%. Les prix à la consommation ont été propulsés, notamment par la flambée du coût de l'énergie. Ce secteur devrait connaître le taux annuel le plus élevé en novembre, plus 27,4%, comparé à 23,7% en octobre, selon Eurostat. Un domaine où la Banque centrale européenne ne peut pas vraiment agir.

Il y a d'autres secteurs en hausse, les services, les biens industriels, l'alimentation, l'alcool ou encore le tabac. Thomas, est-ce qu'il faut s'inquiéter ? C'est vrai que c'est le plus gros taux d'inflation qu'on a eu, je crois, des plus gros taux depuis la création de l'euro. Mais il faut quand même rappeler deux, trois éléments. C'est-à-dire que là, on a toujours voulu avoir un taux d'inflation extrêmement faible, en dessous de 3%. Ce sont des choses qui ont été théorisées par un économiste, qui était professeur au MIT, qui a été aussi économiste en chef du FMI, Stanley Fischer, qui a théorisé une inflation entre 1 et 3%.

Mais dans les études, il y a beaucoup d'études contradictoires qui montrent qu'on peut supporter une inflation en dessous de 10% sans qu'il y ait d'effet réel sur la croissance. Donc moi, je pense que là, on veut nous faire peur, surtout que l'inflation de la zone euro est bien supérieure à l'inflation française, soit du temps passant. Donc moi, je pense qu'il faut surveiller ça, mais qu'il ne faut pas non plus se faire peur, parce qu'on se fait peur pour des raisons souvent économiques, on en parlera après. Mais là, pour le moment, il faut observer ça. Il y a une reprise économique, il y a une relance économique.

On a parlé juste avant de la hausse des salaires, mais si les salaires suivent les prix, et ainsi de suite, est-ce qu'on ne rentre pas un peu dans une spirale dangereuse ? C'est ce qu'on dit. Alors, c'est ce qui est vrai. C'est-à-dire qu'en fait, l'inflation, c'est quoi ? C'est une hausse des prix. Pour compenser la hausse des prix, on augmente les salaires, qui emmène une autre hausse des prix, et ainsi de suite. C'est une boucle difficile, et qui peut amener après à des taux stratosphériques. On en est très loin. On n'est pas aux 20 000 % d'inflation de l'Argentine ou au prix qui doublait tous les 15 heures en Hongrie après la Seconde Guerre mondiale.

Là, on est à 4 %, donc il faut se calmer. Il y a déjà eu des taux d'inflation comme ça avec des pays qui s'en sont très bien sortis. Ça a été le cas, par exemple, pour nous à l'après-guerre. Donc, il ne faut pas non plus trop s'affoler. Mais qu'est-ce qui ferait que cette boucle s'enchaîne ? C'est ça qui est important. On l'observe, mais qu'est-ce qui ferait que ça s'enchaîne ? C'est quand l'économie est en surchauffe. L'économie, elle est en surchauffe quand vous avez, par exemple, le plein emploi. Vous avez le plein emploi, les salaires augmentent, l'économie peut être en surchauffe. Là, on est loin du plein emploi. On a 6 millions de chômeurs, un taux de sous-emploi très élevé.

Donc, moi, je ne vois pas autour de moi d'indications qui me disent que l'économie... Alors, sur certains secteurs, les matières premières, mais de manière, on va dire, de court terme, vous avez la spéculation qui alimente la hausse des prix. La hausse des prix est alimentée en partie par les plans de relance, par, on va dire, des bonnes prévisions économiques. Mais là, on voit bien que déjà, c'est moins le cas avec ce qui se passe au niveau sanitaire. Mais quoi qu'il en soit, on est très, très loin quand même d'une économie où il y aurait un plein emploi.

Donc, cette hausse des salaires qui permettrait de contenir le pouvoir d'achat des gens pour qu'ils puissent supporter la hausse des prix, ce n'est pas ça qui va entraîner aujourd'hui cette espèce de boucle qui serait incontrôlable. Donc, je pense qu'il ne faut pas... Il faut observer ça sérieusement, mais il ne faut pas non plus stresser et agiter ses chiffons rouges pour dire que ça va être très grave et que donc, il faut arrêter le plan de relance. Parce que c'est ça, la finalité. On parlait du taux européen. En France, le taux d'inflation sur un an, il est plutôt de 4%. C'est surtout celui en Allemagne qui a fait un choc. Il est à 5,2% contre 4,5% en octobre.

Les libéraux, du coup, s'inquiètent beaucoup. Est-ce que tu peux nous dire pourquoi ? En fait, l'inflation est liée au plan de relance, au soutien de l'activité. C'est pour ça que l'Allemagne, et ça, ça nous indique quelque chose, l'Allemagne a beaucoup plus soutenu son économie que la France. Et les Américains, qui ont un taux d'inflation aussi un peu plus élevé, ont beaucoup plus soutenu leur économie que nous. Et nous, là, ça nous indique qu'on l'a un peu moins soutenu. Donc ça, c'est une bonne indication. Mais moi, ce qui m'embête, c'est que c'est toujours la même chose. Vous savez, les libéraux, ils ont comme ça des épouvantails. Il y avait la dette à un moment.

Alors la dette, on ne pouvait pas investir dans l'hôpital, on ne pouvait pas investir dans l'éducation, on ne pouvait pas investir dans la petite enfance, parce qu'il y avait la dette. On n'avait pas d'argent. On pouvait, par contre, baisser la fiscalité de 50 milliards depuis le début du quinquennat. Là, la dette, ce n'était plus un problème. Voilà. Vous voyez, les mesures qu'on nous propose dans le futur, c'est pareil, c'est des mesures d'austérité très fortes sur l'état social, les aides sociales, l'assurance maladie, l'assurance chômage. Donc là, on nous a dit que ce chiffon de la dette. Maintenant, c'est le chiffon de l'inflation.

Il ne faut pas trop relancer l'économie, parce qu'il risque d'y avoir de l'inflation, ça risque de s'envoler. Il ne faut pas confondre un peu d'inflation, qui en dessous de 10% n'est pas un problème. C'est l'hyperinflation de l'Argentine. Il ne faut pas confondre inflation et hyperinflation. Il y a un certain nombre de conditions qui font passer de l'inflation à l'hyperinflation. Elles ne sont pas encore là en France. Donc, un petit peu d'inflation. Les salaires doivent se réajuster pour que le pouvoir d'achat soit préservé. Ce n'est pas un gros problème. Ceux qui l'agitent, en fait, c'est ceux qui veulent faire la promotion de l'austérité salariale. Il ne faut pas augmenter les salaires.

Les prix augmentent, mais pas les salaires. Je ne sais pas ce que ça va donner dans le contexte, mais ça risque d'être explosif. On se souvient des gilots jaunes. Et c'est qu'il faut arrêter le plan de relance. Ça fait de l'inflation. Donc, non, moi, je dis qu'il faut observer. Mais pour l'instant, il n'y a aucune condition qui montre qu'il faut s'inquiéter outre mesure. Transition 2050, ce sont les scénarios de l'ADEME ou encore de l'Agence de la transition écologique pour atteindre la neutralité carbone. Ce rapport de 700 pages publié le 30 novembre présente 4 récits pour la France de 2050 en sortant de la solution uniquement énergétique et en présentant une vision plutôt sociétale.

Les 4 scénarios sont 1, la génération frugale, le plus sobre, qui propose un changement des modes de vie en faveur de cette sobriété. La consommation de viande est divisée par 3. Il y a une forte réduction de la mobilité, plus d'un tiers des kilomètres parcourus par personne. Pas de nouveaux produits ou de nouvelles constructions. Une gouvernance locale, une démétropolisation. La nature est sanctuarisée. 2, le scénario coopération territoriale va moins loin sur l'alimentation et la mobilité, mais met l'accent sur l'économie du partage, avec par exemple une cohabitation plus développée et l'adaptation de la taille des logements au ménage.

Ce scénario mise aussi beaucoup sur la réindustrialisation. Il propose également une fiscalité environnementale. La préservation de la nature est ici inscrite dans le droit. Ensuite, les 2 autres scénarios prennent tout à fait l'autre sens. On préfère le développement des technologies et de l'innovation à la sobriété. Par exemple, dans le scénario 3, les technologies vertes, la nature a des services qu'il faut optimiser. Le consumérisme et la croissance verte sont privilégiés. On mise aussi sur la mobilité à développer davantage. Les échanges mondialisés sont maintenus avec des spécialisations régionales. On veut décarboner grâce aux technologies.

Le dernier scénario, le pari réparateur, la mondialisation, l'agriculture, la technologie, les constructions s'intensifient. Ici, la nature est une ressource à exploiter et on se fait totalement confiance pour réparer les dégâts causés à l'écosystème. Thomas, qu'est-ce que tu penses de ces 4 scénarios et le fait qu'ils ont fait 4 récits ? Déjà, je trouve que tu as très bien présenté tes scénarios. On voit que ça va du scénario 1, la plus grande frugalité, à la technologie qui nous sauverait tous. Alors, moi, ce que j'aime dans cette idée de 4 scénarios, c'est qu'il faut comprendre, et c'est ce que j'ai toujours défendu en économie, c'est qu'en économie, il y a plusieurs avenirs.

Et je pense qu'en matière de lutte contre le réchauffement climatique, il y a plusieurs avenirs possibles. On nous a souvent dit qu'en économie, il n'y avait pas d'alternative. C'est ce que disait Margaret Thatcher. Macron disait que l'autre politique est un mirage. En réalité, c'est faux. Il y a plusieurs capitalismes, il y a plusieurs choix possibles d'avenir. Et c'est pareil pour la question de la lutte contre le réchauffement climatique.

Moi, dans ces scénarios-là, sur, on va dire, un contrôle au niveau de la demande, donc de la consommation, et d'autres qui sont basés plus sur une offre qui nous permettrait de réparer à consommation constante les problèmes engendrés par notre mode de consommation et même de production. Donc, c'est assez intéressant d'avoir ces 4 scénarios et d'en discuter. Et je pense que c'est un débat qu'on devrait avoir. Pareil, pour la présidence elle-même, c'est un peu ce qu'ils ont essayé de faire. On peut faire des scénarios assez mixtes, mais en tous les cas, ces scénarios devraient être débattus et discutés parce que là, c'est un enjeu majeur des 30 prochaines années.

Et toi, Thomas, du coup, c'est quoi ton scénario préféré ? Moi, j'ai du mal avec les scénarios qui basent tout sur la technologie. La technologie, c'est un pari, comme on dit un pari technologique. C'est-à-dire que ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas de technologie. Mais le problème avec les technologies, c'est qu'on s'est rendu compte qu'au départ, on nous vende toujours des technologies comme étant des technologies sobres. C'était le cas avec Internet, qui devait être, la transition, elle devait être écologique et digitale. Or, on se rend compte qu'aujourd'hui, Internet pollue énormément, pollue même plus, le digital pollue même plus que l'aérien. Donc, ça pollue énormément.

Et au début, on nous a fait croire que cette nouvelle technologie, elle était sobre. Et le problème, c'est ça, le problème des technologies. C'est-à-dire que la voiture, par exemple, la voiture électrique, on nous a fait croire au début que c'était parfaitement sobre. Alors, en termes d'émissions en aval, c'est vrai qu'on y gagne. Mais quand on prend l'ensemble de la production, ce n'est pas si sobre que ça. Donc, la technologie est importante, mais elle ne résoudra pas tout. Il y a un moment, il va falloir quand même s'interroger sur la mondialisation, le mouvement des capitaux, la consommation à outrance, ainsi de suite. Le mode de vie que l'on veut, la durée du travail, voilà.

Il va y avoir quand même un vrai changement de mode de fonctionnement. On ne pourra pas vivre comme on a pensé qu'on allait vivre dans les années 90 avec la mondialisation heureuse et tout ça. Donc, c'est un changement qui doit s'opérer sur les deux choses. Il doit y avoir de la technologie, c'est sûr. La technologie réparatrice, moi, je suis un peu plus contre. J'ai du mal à y croire. Et puis, il doit y avoir à un moment une interrogation qui soit presque philosophique sur notre mode de vie. Donc, il faut un mix entre les deux.

Moi, je serais plus quand même sur la frugalité parce que je trouve que là, il y a un vrai problème pour une partie des gens, pas tous, mais pour une partie des gens sur cet excès de consommation. Et ce qui est embêtant sur le scénario de la frugalité, c'est quand même sur le bas de l'échelle, vous avez quand même beaucoup de gens qui ont des fins de mois difficiles, qui ont des salaires pas suffisants, etc. Et ça va être difficile de leur dire, voilà, la frugalité pour tous, comme ça. Il va falloir quand même faire quelque chose d'un peu différencié et encore plus au niveau mondial.

On ne peut pas demander à un Malien de vivre la frugalité alors qu'il émet 0,5 tonnes de CO2 par tête et qu'un Américain en émet 20 tonnes. Voilà. Donc, il va falloir quand même faire des choses un petit peu différenciées au niveau mondial. Mais à l'échelle française, un scénario sur la frugalité pourrait être assez intéressant, me semble-t-il. L'instant porché, c'est déjà terminé. On se retrouve sur lemédiatv.fr slash soutien. On a besoin de vous pour continuer à produire une information indépendante. On attend vos partages, vos petits pouces en l'air sous la vidéo. Merci à vous d'avoir suivi cet instant porché pour toujours mieux comprendre ce qui se passe autour de nous.

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