1er Mai 2023 : "Macron aux abois, on continue" | Mathilde Panot
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Salut, c'est Jemil et je suis aujourd'hui pour Le Média à Paris pour la double manifestation de ce 1er mai 2023. Double parce que la journée internationale des droits des travailleurs et des travailleuses rencontre hasard du calendrier aujourd'hui, la 13e journée de mobilisation nationale, syndicale, contre la réforme des retraites d'Emmanuel Macron. Et elle commence fort cette manifestation parisienne puisque à peine débutait telle que des heures éclataient déjà entre manifestants et forces de l'ordre en tête de cortège. Une chose est certaine, la mobilisation ici est très forte mais aussi partout en France. Un record de nombre de participants à 1er mai est en passe d'être battu.
Et en attendant de découvrir demain soir sur Le Média mon reportage sur cette journée de mobilisation, je vous propose dès à présent de nous entretenir avec Mathilde Panot, présidente du groupe Eléphine UPS à l'Assemblée. La pluie n'arrête personne.
Ben non, la preuve. Je pense qu'on a, alors je ne sais pas combien on va être partout dans le pays, mais des millions de personnes vont défiler encore aujourd'hui pour faire une démonstration de force et en même temps rappeler à Emmanuel Macron que nous ne sommes pas sur un baroud d'honneur, que nos vies ne sont pas une page qu'on peut tourner comme ça et que nous n'arrêterons pas sur le demande que cette loi ne soit jamais appliquée et qu'elle soit retirée. Parce que c'est une loi qui touche les gens dans leur chair.
Et puis à force d'avoir voulu jouer l'empoisonnement, le pourrissement, c'est-à-dire d'avoir laissé les choses en se disant « Bon, les gens, ils n'arriveront pas à faire grève longtemps, ils ne tiendront pas longtemps avec l'inflation. » C'est plus seulement les retraites aujourd'hui, le 1er mai, c'est l'ensemble de la Macronie que les gens rejettent et l'ensemble du monde qu'ils représentent, d'où le fait qu'ils poursuivent un peu partout, que ce soit les députés, les ministres ou le président de la République, avec tout ce qu'ils ont pour se faire entendre, des ciflés, des casseroles et qu'ils continueront jusqu'au retraite.
Les casseroles qui servent à faire la cuisine pour reprendre le président de la République, qui souhaitent, vous l'avez sans doute entendu, miser sur la France silencieuse, qui serait plus majoritaire que vous et qui serait peut-être plus prompte à l'écouter. Vous nous répondez quoi, le président ?
Ça, c'est la stratégie qu'ils ont depuis le début. Rappelez-vous, en janvier, on les expliquait que eux faisaient des choses pour la France qui se lève tôt, celles et ceux qui travaillent. Eh bien, pas de chance, ceux qui manifestent, ceux qui expriment par tous les moyens possibles leur colère, sont ceux qui se lèvent tôt. C'est 9 actifs sur 10 qui sont contre cette réforme des retraites. Donc, je pense qu'on a un bon rapport de force et qu'ils ne savent plus quoi inventer pour pouvoir essayer de continuer d'être dans un monde nouveau, qui renouvelerait des choses. Ils n'y arriveront pas.
Et vous comprenez, quand il y avait juste un an qu'Emmanuel Macron a été réélu, tout le monde comprend que durer encore 4 ans comme ça, ça va être difficile.
Et pourtant, il va falloir. Là, on voit que le président n'a pas l'air de vouloir reculer. Peut-être un point sur le dernier point médiatique, c'est-à-dire samedi au Stade de France. Le président et ses partisans souhaitent voir ça comme un raté de l'intérêt syndical, et même des partisans de la NUPES. Et ils ont paradé dimanche, toute la journée, vous avez suivi, en disant, voilà, il y a une France qui est derrière nous, qui est sénancieuse, et c'est un raté au Stade de France. Vous répondez quoi au président ?
Vous avez un pouvoir tellement isolé, tellement aux abois, qu'il considère qu'un président qui n'a pas pu aller sur le terrain, comme il le fait d'habitude, un président dont les images, lorsqu'il était dans les vestiaires en train de saluer les joueurs, n'ont pas été diffusées sur grand écran parce qu'ils avaient trop peur que les gens l'aient eues, et qui a organisé les choses pour être le plus isolé possible du reste du peuple dans un moment qui est normalement un grand moment de fête populaire.
Moi, je ne trouve pas que c'est tout à fait un raté de l'intersyndical, d'autant plus quand on voit les quelques sifflés, comme disent les médias détenus par des milliardaires, qui étaient en fait un sifflé extrêmement fort et des huées extrêmement fortes qu'on entendait à la 49e minute, pour faire référence au 49.3. Écoutez, quand vous avez un pouvoir qui commence à interdire des casseroles, des sifflés, des cartons rouges, vous comprenez qu'ils ont sacrément peur pour devoir faire ça. Donc on continue, et on continue plus que jamais.
Et aujourd'hui, c'est intéressant parce qu'il y a des délégations de 60 pays différents qui sont là, des syndicalistes, et qui montrent que ce 1er mai, il est historique, parce qu'il s'inscrit dans un mouvement social qui est inédit depuis 50 ans, mais il est historique aussi pour tous les peuples du monde, parce qu'on comprend bien que si on emporte cette victoire ici, ça aidera le peuple de France pour en emporter d'autres, mais surtout, une victoire ici, ça préfigure aussi des victoires ailleurs, et ça va donner de la force à plein de gens qui trouvent que c'est assez inspirant ce qui se passe en France et la créativité avec laquelle les gens l'expriment.
J'ai échangé avec beaucoup de personnes, j'imagine que vous aussi, tous les jours, vous avez quand même 13 journées de mobilisation nationale, et rien n'est trop gagné, tout est un peu perdu, la loi est promulguée, etc. Quelle serait pour vous l'étape supplémentaire pour vous faire entendre du gouvernement, pour qu'il plie ? Est-ce qu'il peut plier encore ?
Bien sûr qu'il peut plier, sinon ça ne sert à rien de continuer, de lutter. Vous avez un président qui a utilisé...
M. Berger ne partage pas ça avec vous ?
Vous avez un président, enfin l'intersyndicale, on nous explique depuis 4 mois qu'elle va casser, elle n'a pas cassé. De même que la NUPES, on nous dit la même chose. Donc moi je trouve que ceux qui sont à bout de souffle aujourd'hui extrêmement divisés, c'est plutôt le Macroniste qui ne sait plus où il va, qui ne sait plus quoi faire, et surtout la 5ème République dont tout le monde comprend qu'on arrive au bout d'un système qui permet à un homme d'avoir raison contre tout un peuple. Mais ça n'existe pas. Ça n'existe pas. Donc vous nous demandez comment nous on va continuer pour monter d'un cran, c'est une question que se posent des tonnes de Français.
Alors l'intersyndicale va poser des dates, nous on continue à l'Assemblée, on a par exemple le 8 juin, la niche du groupe Liotte où ils vont présenter le texte que nous avons consigné pour abroger la réforme. Bon, on va utiliser tous les moyens. Alors en tout cas, ce qu'il faut noter dans la période, c'est que plus que jamais, on doit être les partisans de la 6ème République. Et là, on est dans la phase destituante des révolutions citoyennes. Si on pouvait arriver jusqu'à la phase constituante, ça serait magnifique parce que c'est ce qui permettrait au peuple de se réapproprier véritablement son destin.
Donc de continuer avec un débouché politique aussi qu'est cette 6ème République qu'on appelle de nos voeux.
Ça, c'est l'objectif principal de votre formation politique. Et en parlant de formation politique et on a parlé d'intersyndicale, on a entendu, Jean-Luc Mélenchon dirait il y a quelques semaines encore, la volonté d'un rapprochement, je ne sais pas comment ça pourrait avoir lieu entre les syndicats, les politiques, pour pouvoir augmenter le rapport de force. Est-ce que ça encore à l'ordre du jour et comment ça pourrait prendre forme ?
Ça fait plusieurs années même qu'on appelle à une sorte de front populaire élargi qui pourrait aller des syndicats aux associations comme Attaque, à la LDH et beaucoup d'autres jusqu'au parti politique.
Et je pense que quand on arrive dans une situation de blocage aussi fort provoquée par un seul homme qui met à bas absolument tous les fondements démocratiques, qui s'en prend à la LDH comme il s'en est pris encore il y a peu avec Darmanin alors que la seule fois où la LDH était attaquée c'était sous le régime de Vichy donc qui franchit des lignes les unes après les autres et qui n'a que le mot de la répression et les actes de répression à opposer à un peuple en colère, elle se pose cette question-là pour savoir comment est-ce qu'on peut à un moment l'emporter dans différentes échéances qui permettent aux gens de retrouver un horizon qui n'est pas l'horizon morne qu'on nous propose.
Donc oui, nous on essaye toujours de continuer à contribuer à ça.
Est-ce que le front pourrait aller jusqu'à Bernard Cazeneuve et cette gauche-là, on a vu Clémentine Autain lui parler, est-ce que...
L'affronter ? Ah non, mais parce que...
L'affronter, le considérer.
Ben regardez, on vous parlait d'un monde qui est mort. Enfin, vous parlez d'un ministre de l'Intérieur qui était ministre de l'Intérieur quand Rémi Fraisse est mort avec un silence total de sa part à ce moment-là. Vous parlez...
Mais si elle est allée le voir, c'est qu'elle le considère, c'est que votre groupe considère cette personne et ce qu'il représente comme encore une part importante et non négligeable. Et d'ailleurs,
on n'appelle même pas la gauche, donc c'est vous dire. Donc non, ce que nous, on appelle l'acte 2 de la NUPES, ce n'est pas avec les débris d'un vieux monde, ce n'est absolument pas. Et voilà, je pense qu'en tout cas, il faut continuer, nous, là, ce sur quoi on avance, c'est de continuer à essayer de discuter avec les syndicats, de continuer à faire des initiatives avec Atta, qui a appelé à des casserole lundi dernier devant toutes les mairies et qui appelle tous les lundis à continuer les casserole en tout cas, à créer des liens c'est-à-dire le retrait de cette réforme et puis de tourner la page des macronistes parce qu'en fait, c'est à ça qu'ils sont arrivés à la fin. Rendez-vous compte.
Il y a encore 4 ans. Est-ce qu'il y a encore un terrain d'entrée avec le gouvernement ? On l'a vu,
Madame Borne ? Vous voyez bien qu'on est dans un moment politique un peu mouvant sur plein de choses. Donc on ne sait pas s'il reste encore 4 ans. Théoriquement, c'est tout se passé normalement.
Qu'est-ce qui peut se passer dans ce cas-là ?
Plein de choses. À un moment, il peut y avoir une dissolution. À un moment, il peut se passer plein de choses. Vous savez, quand un pays est rentré dans une phase de révolution citoyenne, nous, on a beaucoup étudié les différentes phases, les différents processus qu'il y a eu dans plein de pays. Les casseroles, par exemple, alors qu'il y a un outil comme un autre pour se faire entendre. Vieux comme la révolution. Exactement. Et qu'on a toujours utilisé contre les monarques depuis très très longtemps. Les casseroles ont été utilisées dans plein de révolutions. Dont certaines qui ont mené à des constituantes. Donc c'est intéressant. Une recette magique pour arriver à sortir de cette situation.
Nous, on construit une alternative qui est une alternative politique. Et on dit que, comme partout ailleurs, le peuple de France est en train d'inventer un futur. Et que ça prend, voilà, plein de voix qu'on va regarder avec attention et participer avec attention à tout cela.
Et pour finir, un petit point sur la sécurité parce qu'en attendant, on est dans ce système-là. Un système qui a vu le 20 avril le décret, le fameux décret, qui autorise la police à utiliser des nouvelles technologies, notamment les drones.
C'est un scandale. Alors j'ai vu qu'il y avait un recours qui avait été fait devant la justice. Donc je n'ai pas vu
que le tribunal... Il l'a validé.
Il l'a validé. Parce que ça fait quand même plusieurs fois que le tribunal revient sur un certain nombre de mesures liberticides qu'à ce gouvernement. Bon, là, il l'a validé. Nous, on est évidemment absolument contre ce type de technologie de surveillance de masse pour des gens qui utilisent juste leurs droits constitutionnels à manifester. Enfin, il faut quand même rappeler ce que c'est. Nous, on a mercredi un débat qui a été demandé à l'Assemblée nationale où on parlera justement de ces choses-là, de contrôle d'action du gouvernement sur la question de la répression du mouvement social. On a vu ce que s'était passé à Sainte-Soline.
Enfin, là, on est sur des franchissements de seuil, au point que l'ONU s'est exprimé plusieurs fois sur cette question. Le Conseil de l'Europe s'est inquiété de la répression extrêmement disproportionnée qu'utilisait la France. Bref, on revoit revenir les spectres des Gilets jaunes. Et ça, c'est extrêmement dangereux pour un pays. Et quelle est l'idée de tout ça ? C'est de diffuser la peur et que les gens, finalement, ne viennent plus en manifestation avec, comme on l'a voyé au début, les poussettes, les gamins, bref, une manifestation joyeuse, déterminée, nombreuse. Donc, la seule solution que nous avons face à ça, c'est à la fois, évidemment, utiliser tous les moyens juridiques.
Nous, on a invité, par exemple, le rapporteur spécial aux libertés de l'ONU à venir faire un rapport sur la France parce que Macron nous fait honte à l'international. Et puis, de faire nombre. Parce que faire nombre, c'est la seule manière, justement, de pouvoir faire en sorte que cette répression ne puisse pas s'abattre comme cela.
Est-ce qu'à l'heure où Pôle emploi risque de s'appeler France Travail, est-ce qu'en France, on pourra peut-être demain plus parler de journée internationale des droits travailleurs plutôt que de journée du travail ?
C'est déjà pas une journée du travail. C'est Renaissance, notamment, appelle ça la fête du travail. Non, non, ce n'est pas la fête du travail. C'est la journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et des travailleuses. Et quand on a un gouvernement qui a supprimé les CHSCT, qui a cassé le droit du travail et qui maintenant demande aux gens de travailler deux ans de plus, je pense que c'est normal qu'ils ne comprennent pas ce pour quoi nous luttons et la force de la combativité et la force de la combativité des gens parce que tout simplement ils ne savent pas ce que vivent à la fois le grand nombre ni les conditions de travail du grand nombre.
Et donc, on va faire tâche de leur rappeler que non, ce n'est pas une fête du travail, c'est la fête des travailleurs et de leurs droits.
Même s'ils renomment bol emploi en France Travail ?
Ça aussi, on se battra contre ça parce qu'on essaie de nous vendre une loi derrière pour nous dire regardez, tout va bien en fait, on va faire des mini-choses où on va encore radier des gens pour ensuite pouvoir se féliciter des chiffres du chômage qui sont en train de baisser. On connaît par cœur leurs méthodes qui sont les derniers soubresauts d'un gouvernement qui n'a aujourd'hui plus aucune légitimité et que plus personne n'écoute.
Ah voilà, c'est terminé. Merci beaucoup. Dès maintenant, pour tout nouvel abonnement aux médias, le premier mois est reversé à une caisse de grève. Grâce à vous, on bloque tout.
Mathilde Panot