L’optimisme combatif de Christiane Taubira
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Nous sommes ici à Paris à l'hôtel de la Marine, place [musique] de la Concorde, face à l'Assemblée nationale. C'est dans ces murs qu'en 1848 fut signé par Victor Schelcher le décret [musique] d'abolition de l'esclavage. L'esclavage, ce long crime contre l'humanité, [musique] la traite négrière, ces crimes qui ont fait la richesse de la France, l'accumulation primitive du capital.
Et si nous sommes ici, c'est parce que ces murs abritent désormais la fondation pour la mémoire de l'esclavage. Une fondation issue d'une loi, une loi votée unanimement [musique] en 2001 il y a 25 ans. La loi Tobira déclarant justement que l'esclavage et la traite sont des crimes contre l'humanité. [musique] C'est Christian Tobira qui a défendu cette loi.
Elle est notre invitée. Bienvenue à l'échapper. [musique] La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part et l'esclavage d'autre part perpétré à partir du 15e siècle aux Amériques et aux Caraïbes dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constitue un crime contre l'humanité.
C'était il y a 25 ans, le 21 mai 2001. Cette loi qui décrète, qui promulgue, qui affirme que l'esclavage et la traite furent un crime contre l'humanité. Vous en êtes l'autrice Christiane Tobira, c'est vous qui l'avez proposé.
Elle fut adoptée à l'unanimité. Chose rare dans l'histoire de notre République. Jacques Chirac était président, Lionel Jospin était premier ministre.
Et vous aviez prononcé 2 ans avant 1999 le discours qui proposait cette loi en disant combien il ne s'agissait pas d'un objet froid d'étude, combien ce passé était aussi dans notre présent ? Combien il n'y a d'histoire qu'au présent ? Alors, ma première question toute simple, 25 ans après, quel est votre regard dans un monde où les crimes contre l'humanité se perpue encore, où le suprémisme raciste est de retour à l'échelle de la planète ?
Qu'est-ce que vous vous dites 25 ans après ? Alors, ça peut être un regardé parce queeffectivement l'état du monde, l'état de la planète aussi sont des sujets de préoccupation majeur parce qu'on a l'impression que tout ce qui apparaissait comme des conquêtes, je pense à l'humanisme, je pense à l'universalisme avec toutes ces ambivalences bien entendu, mais à l'universalité, à la relation pour penser très vite à Édouard Glisson qui pensait le monde et les interactions poétiques entre les différentes parties du monde. Évidemment, on peut jeter un regardé sur cet état du monde et en même temps, parce que je parcours le monde, parce que je continue à lire, parce que j'observe les générations qui montent, je conserve mon optimisme de combativité.
Je pense qu'il y a des conquêtes individuelles et des conquêtes collectives qui se poursuivent. Je je pense qu'il y a des interstices. Je pense que il y a qu'on qu'on cogne sur les murs, mais qu'on arrive à cogner, à y laisser euh des traces et des creux, des bosses même.
Donc voilà, je j'ai ce regard là. Donc je ne sous-estime pas la les tragédies du monde parce que nous on nous les avons sous les yeux et nous les avons une période où nous pouvons pas faire semblant de ne pas les voir, où nous n'avons pas à attendre que des historiens aillent consulter les archives pour savoir, nous savons au quotidien. et en même temps la mobilisation des peuples, des revendications, des mouvements, des mouvements citoyens, des mouvements politiques partisans, euh des mouvements éphémères.
Voilà, il y a ça. Nous nous sommes dans ce monde-là. Donc 25 ans après, euh le le j'avais tenu à ce que la conjugation soit au présent.
La traite, l'esclavage constitue un crime contre l'humanité. Il est ininguible ce crime. Vous évoquez euh au fond euh cette éternité euh sans cesse recommencer des luttes, des résistances.
Toute votre vie, toute votre itinéraire en témoigne. Nous accueillons ici euh une grande dame, une une guyanaise, j'insiste, une américaine qui a la nationalité française par le fait de l'histoire, mais qui témoigne du monde, du tout monde, comme disait Édouard Glisson. que vous avez cité et vous êtes ici pour s'être échapper dans un lieu qui dit toute cette histoire.
C'est dans ces murs que le 27 avril 1848, le sous-se d'État à la Marine et aux colonies, Victor Schelcher a signé le décret d'abolition de l'esclavage. Il y avait avant tout cela toutes sortes de résistances des esclaves eux-mêmes, des Marons et des révoltes. On va parler d'Haïti ensemble.
Et puis ce lieu n'est pas n'importe lequel. La place sur laquelle cet hôtel de la Marine donne, la place de la Concorde, c'est appelé un temps place de la révolution. Et c'est ici même que Louis X fut décapité, fut guillotiné.
Alors, je [grognement] convoque tout ça parce que j'ai commencé en vous demandant votre regard et [grognement] pour préparer cette émission, j'ai relu ce livre qui est l'esclavage raconté à ma fille. Et il y a quelque chose qui raisonne totalement. en notre présent, c'est qu'à un moment donc c'est un dialogue imaginaire enfin peut-être que vous l'avez vraiment fait avec votre fille et et à un moment elle dit "Mais quand même la France des libertés ce n'est pas une vue de l'esprit." Alors vous lui répondez la liberté semble s'accommoder diversement hein.
La France il y a des hauts et des bas. Une chose d'abord et c'est vous qui renvoyez la question. Si je te dis terre de la liberté à quel pays penses-tu ? et réponse de votre fille aux États-Unis bien sûr et du coup s'engage un dialogue entre vous et elle et où vous faites part déjà à cette époque de votre réticence par rapport à ce pays de la liberté et cetera.
Vous dites "J'avoue que je suis plus angoissé que subjugué par les contradictions de ce conglomérat d'État. On y trouve le pire et le meilleur. Et vous rappelez combien euh tout toutes les toute l'histoire américaine de cette guerre d'indépendance de colons contre la puissance coloniale s'est accompagné euh euh de toutes sortes de d'accommodements jusqu'à une terrible guerre intraaméricaine, la guerre de sécession, 700000 morts, la ségrégation jusqu'à il y a peu. [grognement] combien au fond est-ce que la violence de Trump de ce monde dans lequel nous sommes n'est pas le long héritage de ces siècles de violence ?
Alors, les violences de pouvoir ne viennent jamais de nulle part. Et il y a eu de grands penseurs, hein. Je pense à Walter Benjamin, je pense à Paul Ricker, à Max Weber.
Il y a eu des théoriciens et même obsant, il y a eu des théoriciens de la violence. Donc on sait que la violence ne devient pas de de nulle part. des personnes comme Benjamine et et Ricker notamment explique comment le droit lui-même est à sa jeunesse dans la violence et que justement le droit qui indique ce qui est juste, ce qui ne l'est pas, il est enraciné dans le fait que il y a eu des affrontements et qu'il y a eu des victorieux, qu'il y a eu des vainqueurs.
Donc moi je n'ai pas autant je suis attachée au droit au droits international au droits internes et aux formes différentes de droits que ce soit le droit continental qui est très codifié ou la commande law qui est très très structuré autour des jurisprudences. Je suis très attachée au droit parce que je pense que aucune société aucune communauté humaine ne peut vivre paisiblement sans règles. Donc le droit c'est un ensemble des de règles.
Alors il y a du droit non écrit, il y a du droit coutumier. C'est un ensemble de règles. Donc les les violences d'état viennent de quelque part.
La question est comment on régule la violence d'État ? C'est la grande question de M est-ce que comment le pouvoir arrête le pouvoir ? C'est l'équilibre entre les pouvoirs et la question que nous devons nous poser aujourd'hui, c'est pour monsieur Trump, mais aussi pour monsieur Miley, mais aussi ici en France, mais comment le pouvoir exécutif qui accapare l'essentiel du droit peut être arrêté par d'autres pouvoirs ?
Et moi, je crois que c'est vraiment la question majeure. Euh, je pourrais facilement, parce que le président des États-Unis m'exaspère au plus haut point, je pourrais facilement euh euh vraiment me laisser aller sur lui. Mais je dis, qu'est-ce que ça nous enseigne de la démocratie américaine ? celle qui a été sublimée par Toville notamment, mais qui n'était déjà pas sublime à l'époque, enfin John John Brown et et tout ce que vous vous avez rappelé, qu'est-ce que ça signifie aujourd'hui aux États-Unis d'avoir cette violences ?
Donc en fait d'une certaine façon et c'est peut-être ça la différence qualitative avec monsieur Trump c'est que d'une façon on institutionnalise à nouveau la violence raciale et raciste. Donc la question pour moi c'est pas tellement monsieur Trump, je suis angoissée. C'està-dire que quelqu'un qui est profondément cynique, incontestablement imbécile et inculte mais pas totalement idiot. imbécile et un culte, mais pas totalement idiot, incontestablement cynique, a le pouvoir sur le le bouton nucléaire, le bouton atomique.
Donc c'est une angoisse permanente chez moi. En sachant qu'il a anticipé puisqu'il a pris la précaution de neutraliser des contrepouvoirs qui n'étaient pas des contrepouvoirs ni neutres ni inertes, hein. Je pense au FBI, je pense à la CIA, je pense au Pentagone.
Il en 48 he il les a neutralisé en changeant leur direction. Donc, j'ai cette inquiétude-là, mais ce qui me paraît le plus important, c'est quelle est la nature de ce consentement au trumpisme ? Que que nous dit l'Amérique par ce consentement au trumpisme ? puisque monsieur Trump est arrivé au pouvoir par des élections, il arrivé démocratiquement au pouvoir.
Donc que que nous dit alors j'interroge évidemment aussi ce que nous dit le Chili qui a connu la dictature de Pinoché, ce que nous dit le Chili en Élysant à nouveau un président qui admire Hitler, qui est incontestablement fasciste, raciste et cetera. Mais euh ça n'a pas le même poids dans les équilibres du monde. Ça n'a pas les mêmes conséquences sur le multilatéralisme.
Donc la question se pose pour le Chili mais se pose autrement pour les États-Unis. Et moi, mon angoisse et mon inquiétude, c'est euh euh que signifie ce consentement à cela ? Et mais en même temps, bon, en même temps, il y a des postes de résistance.
En même temps, il faut soutenir celles et ceux qui résistent. En même temps, il faut aussi regarder éblouir euh les espèces de moments euh je pense à la mairie de New York, euh je pense à la protestation des artistes. Il y a des moments comme ça qui nous disent que l'Amérique c'est quand même aussi l'autre Amérique quoi.
Oui, on a eu Bad Benny qui incarne l'Amérique de la créolisation, l'Amérique euh du brassage, du mélange, de la relation euh qui incarne le refus de ICE, hein, le refus euh de cette police euh de la chasse et à la déportation, hein, puisque c'est quand même ce qu'ils affirment. Ils veulent déporter les étrangers, les migrants, les demandeurs euh d'asile et et d'hospitalité mais et les meurtre et les meurres bien sûr. Bien sûr.
Je vous écoutais au début plaidant pour le droit et on retrouvait la garde des saut, la ministre de la justice que vous avez été sous le quinquena de de François Hollande après avoir été député longtemps et c'est dans ce cadre qui avait été voté la loi sur l'esclavage. Mais est-ce que aujourd'hui on n'est pas devant autre chose ? Normalement oui, le droit c'est l'idée que seulement que la démocratie suppose des règles, suppose des limites, que je ne peux pas abuser de ma liberté, qu'elle doit rencontrer d'autres obstacles, un pouvoir, des contrepouvoirs, des séparations de pouvoirs et cetera.
Ce qu'incarne le trumpisme et en ce sens c'est un fascisme comme le poutinisme comme d'autres, c'est qu'il n'y a plus de limite. Il n'y a plus de limite. Il n'y a pas d'ordre international, il n'y a pas de droit international comme Netaniaou évidemment, grand Israël, grande Amérique, grande Russie, ce que je veux, je le prends.
Et donc, est-ce que nous ne sommes pas et vous le voyez vous depuis le continent américain dans un moment de bascule ? C'est-à-dire que c'est quelque chose de neuf. Ce n'est pas simplement la violence. que vous rappeliez, elle est toujours tapis.
Là, vous citizz Benjamin Benjamine disait "La catastrophe c'est que tout continue comme avant. On s'habitue mais à un moment il y a un changement de quantité en qualité. Aujourd'hui, c'est àas le droit.
Quand monsieur Rota même si je parlais de la France, parle de s'en prendre à l'état de droit, c'est qu'il il considère que il n'y a pas de droit des citoyens contre le droit de l'État. l'État a tous les droits. Et donc est-ce que quelque chose de plus essentiel n'est pas en péril qui mérite que quand même on s'alarme un peu ?
Euh on doit plus que s s'alarmer hein. Je pense qu'il faut combattre, il faut résister, il faut résister ouvertement, il faut chercher à résister efficacement parce que les protestations sont réconfortantes mais elles n'ont pas d'effets. On voit bien ces ces hommes contestent contestent le droit.
C'est-à-dire que euh c'est c'est la force et la force absolue. C'est la force absolue. C'est la violence impunie.
C'est cela en fait euh la philosophie de ces dirigeants-là. Donc euh ce sont des personnes qui euh mettent la main sur les institutions, euh violent les institutions elles-mêmes, transgressent les institutions. Donc ça n'est même pas remplacer le droit, c'est ignorer le droit, c'est mépriser le droit, c'est cracher sur le droit, c'est piétiner le droit.
Donc nous nous pouvons être attachés. Moi je crois que il y a deux façons de faire société. Il y a deux façons de créer la cohésion.
C'est la force ou le droit. J'y crois. Alors si on a une autre façon, moi je rêverai que ce soit la poésie évidemment.
Je rêverai que ce soit la littérature, je rêverai que ce soit la la musique. Et ça le fait dans les salles de concert, ça le fait la musique arriver à créer une cohésion, une harmonie, une une vibration collective. La musique sait le faire mais c'est ponctuel.
Donc c'est le droit en fait qui peut créer une cohésion. euh une solidarité, le fait que nous soyons différentes différents et que nous l'assumions. Euh que nous ayons des rêves individuels différentes et différents que nous l'assumions, mais que nous nous sentions tenus par un destin collectif qui repose sur des valeurs, sur une perception de la vie, du monde, du rapport aux autres, du rapport à l'environnement, du rapport voilà du rapport simplement à la vie.
Donc euh avec toutes ces personnes, tous ces dirigeants, vous avez nommés, nous avons affaire très clairement à des voyou, c'est-à-dire à des personnes qui ne reconnaissent pas les règles, qui ne reconnaissent pas le droit, qui ne vont convoquer le droit que dans les situations où eux sont en en vulnérabilité et vont convoquer des règles qui vont les protéger. C'est dans ces seules situations que ces gens reconnaissent le droit, mais ces gens-là ne reconnaissent pas le droit en tant que tel. Donc, j'évoquais le multilatéralisme tout à l'heure, mais les règles du multilatéralisme, le fait que les États-Unis ai signé la charte de San Francisco, euh le fait que euh cette charte rassemble pratiquement tous les pays du monde, 195 pays euh aujourd'hui, c'est pas un sujet.
C'est pas un sujet. Ça ne compte pas, ça ne pèse pas. Donc, qu'est-ce qu'on fait ?
Qu'est-ce qu'on en fait ? Moi je pense qu'on a on doit arriver à la conscience que nous les peuples, c'est nous qui sommes souverains, c'est nous qui sommes la source de l'autorité. C'est à cette conscience qu'on doit revenir parce que sinon qu'est-ce qu'on fait ?
Bon ben, il fut un temps où le FBI organisait enfin bon en tout cas il fut un temps où on voyait disparaître des gens. Oui, mais vous voyez euh vous disez c'est des voyou nous parlons en plein tourbillon mondial autour de ce que révèle l'affaire combien toutes les criminalités s'emboitent criminalité financière criminalité politique mafieuse criminalité de de sorte d'élites qui se sentent hors sol et hors de toute règle et jusqu'à criminalité sexuelle et même Trump lui-même avait été poursuivi pour des des faits de de violence sexuelle et du coup face à cette catastrophe qui est là hein qui n'est pas à venir qui est devant nous et qui est monstrueuse, j'ai envie de vous demander Christian Tobira que nous est-il arrivé ? Qu'est-ce que nous avons manqué ?
Voyez entre les mains. Nous partageons cette fidélité et cette amitié, ce texte qu'avait fait Édouard Glissant avec Patrick Chamoiseau, l'intraitable beauté du monde. C'était fin 2008.
C'était au moment de cette surprise par rapport justement à ce pays de Yankee Waspe suprémaciste raciste, ségrégationniste. On le voit même dans les mails d'Ebstein. Ils sont racistes, ils sont bruts des coffrages hein, ils n'ont aucune comment dire aucune tenue hein entre eux.
Et et là ce texte, c'était une adresse à Obama quand même tout d'un coup, il y a cet afhro-américain qui est élu président des États-Unis, démocrate, qui s'est opposé à la guerre d'Irak et du coup voilà, il s'adresse à lui en disant "La question se pose de savoir si vous n'êtes pas un Yankee, si vous êtes différent. On est en 2008, nous sommes en 2026. Vous avez vous-même fait partie de toutes par vos engagements, de tous ces espoirs des gauches démocratiques, social et cetera.
Qu'est-ce qu'on a manqué ? Qu'est-ce que vous diriez à votre fille, aux jeunes aujourd'hui en vous disant qu'est-ce qu'on a manqué qui fait que quand même la catastrophe est là ? On a manqué de la fidalité à nous-même.
On a manqué de de de respect de nos idéaux. On a manqué euh de de de courage, de courage politique, de courage éthique, euh de courage, j'allais presque dire même affectif. C'est-à-dire que à quoi ça rime de se battre ?
On ne se bat pas pour soi. On se bat parce qu'on croit des choses, des choses espèces de des espèces de choses immanentes de société où l'égalité réelle ou où où les libertés s'exercent et et la liberté lorsqu'elle s'exerce, elle est profondément créatrice. C'est-à-dire où on a des espèces de de gerb de création, d'invention, d'expression, de comportement.
C'est à ça que nous avons manqué. Si nous avions cru ce que nous avons dit, si nous avions cru ce à quoi, si nous avions continué à croire ce à quoi nous avons cru lorsque nous étant de jeunes idéalistes, en tout cas, pour ma part, je continue à y croire, hein. Je continue à y croire, je continue à arroser, je continue à organiser ma vie en fidélité, en cohérence avec ça.
Je suis pas en train de donner ma vie en exemple et je pense pas que ma vie soit exemplaire et et je veux pas qu'elle soit exemplaire. C'est-à-dire que moi, je cultive aussi mes défauts, j'arrose aussi mes défauts. Euh mais euh je je ne trahis pas ces ces choses belles euh qui ont fait que j'ai eu envie d'agir dans le monde, que j'ai eu envie d'aller à la rencontre des autres.
Et moi, je crois pour globaliser et appeler tout ça d'une certaine façon la gauche ou les gauches, ce qu'on a lâché, c'est ça. C'est c'est le sens même euh d'un idéalisme, c'est-à-dire de gens intelligents, de gens cultivés, de gens qui discutent et qui débattent et qui en même temps continuent à croire comme des naïfs que ben la liberté, oui, on peut se battre pour les libertés individuelles, oui, on peut se battre pour les libertés publiques, oui, on peut organiser la possible contestation des peuples. Oui, le droit de grève est un droit légitime, important à protéger.
Oui, la justice sociale ça a du sens. Il faut se battre pour la justice sociale. Non, on peut pas être heureux en étant riche, bedonnant, obèse, bouffant sans même prendre le goût de la nourriture, ne sachant même plus apprécier un joli tableau ou écouter une jolie musique, découvrir un style musical nouveau et cetera.
On peut pas être heureux si à côté de ça euh un ouvrier se gratte la tête pour nourrir ses enfants jusqu'à la fin du mois. Ça ça ça introduit une espèce de sauvagerie dans celui qui a et qui reste égoïste. Une sauvagerie qu'il ignore peut-être mais qui est parfaitement visible pour les autres qui surgit sur son visage, son comportement dans sa voix et cetera.
Donc moi je pense que si nous en sommes là aujourd'hui c'est parce que nous avons loupé ça. Nous avons trahi ça et nous c'est collectif. Donc c'est collectivement que nous devons le retrouver.
Et donc l'interrogation ici en France, c'est que deviennent les gauches françaises. Que disent les gauches françaises à la France ? Que disent-elles au reste du monde ?
Que disent-elles en passant à l'Europe ? parce que c'est c'est c'est dévastateur cette montée cette montée des fascismes, cette remontée des fascismes en Europe. Donc que disent les gauches françaises à la France, à l'Europe et au reste du monde que disent les autres gauches aussi mon continent l'Amérique du Sud, il est en train de basculer alors il monte, il descend, il monte, il descend parce que un peu c'est sa trajectoire depuis de siècles.
Mais mais c'est extrêmement angoissant. Sauf que nous avons nous avons connaissance permanente du monde, de l'étendue du monde et de l'état du monde. Et pour cela parce que par cette connaissance, nous portons ce monde là sur nos épaules.
Donc moi, ce que je dirais à ma fille, en tout cas la génération de mes filles et de mes fils, c'est que nous nous sommes là les vieilles et les vieux pour vous aider à gagner du temps, vous expliquer les choses, vous expliquer comment les choses ont été construites. Moi, je tourne à travers le monde. Je je je dis ça avec beaucoup de beaucoup d'ardeur aux jeunes que je rencontre.
Je passe beaucoup de temps avec les jeunes générations des des des vingenaires, des fins vingtenir au début quagénère. Les autres comptent aussi. Mais moi essentiellement c'est ceux-là là là les trentenaires là au milieu les trentenaires au milieu leur expliquer comment est organisé le monde, leur expliquer la logique des choses, leur expliquer la logique des systèmes, les systèmes qui nous dévastent. le système capitaliste.
Alors, la garde des saut va revenir encore un petit peu sur la scène. On ne parle jamais par exemple des tribunaux d'arbitrage. Il y a une une captation et une pollution, une perturbation de la justice qui est phénoménale là.
Phénoménal. C'est-à-dire que les États sont soumis à des arbitrages qui sont faits par des individus qui incontestablement des intérêts financiers, matériel euh considérable. euh des décisions qui sont prises par des juges, des juges qui peuvent devenir avocats d'ailleurs, euh c'est-à-dire qu'ils peuvent être qui peuvent juger en même temps, qui peuvent défendre machin et presque systématiquement les multinationales gagnent contre les États.
Et il faut qu'on réalise comment les sur quel type de sujet de contentieux les multinationales gagnent contre les États. Maurice contre c'était l'Australie, je crois. Les cigarettes Maurice attaquent l'État australien parce que l'État australien a pris des mesures de santé publique pour protéger sa population.
Il y a eu il y a eu des tas d'état de contentieux sont compter les fonds vautour. Il y a eu des tas contentieux où des multinationales gagnent dans ces tribunaux d'arbitrage auquels ont consentit les États lorsque les États prennent même la France a été attaquée je crois sous monsieur Macron d'ailleurs hein, elle a été attaquée il y a pas si longtemps que ça sur une mesure bon ça va de toute façon il y a même un exemple que vous avez bien connu comme garde des saut de d'arbitrage privé contournant la justice s'appelle l'affaire tapis en France [rires] et c'était monsieur Sarkozi qui qui a permis Alors donc il il faut s'interroger. Donc, ce sont des forces nous avons lutté contre des forces qui ont pénétré y compris le système démocratique. parce que en fait on on on aide le monde est soumis au système capitaliste international et impérialiste, notamment depuis le capitalisme financier, avant le capitalisme financier, mais depuis le capitalisme financier, l'impérialisme a envahi mais n'a pas envahi simplement les sphères économiques parce que le pro du capitalisme c'est d'abord c'est la violence, c'est la prédation, c'est sa nature.
Après, on peut avoir un capitalisme éthique. Il y a des tas de gens qui entrent dans les affaires, dans les activités économiques et qui imposent des règles éthiques. Mais ça fait des ça change pas la nature du système capitaliste.
Donc il faut que nous soyons conscients de ça, c'est que c'est un système capitaliste et financier qui a un une capacité de pieuvre sur les sur tous les États du monde et qui impose aujourd'hui des systèmes de valeur et les et impose des règles aux États. Donc c'est contre ça qu'on doit lutter et la responsabilité de ma génération et notamment des personnes comme moi qui ont eu à pénétrer des lieux de pouvoir, pouvoir législatif, pouvoir exécutif, avoir vu de près les mécanismes de fonctionnement de ces pouvoirs-là, avoir vu de près comment ce capitalisme fondé sur la prédation et sur la violence a aussi développé une capacité de domestication du pouvoir politique. Notre responsabilité, c'est d'expliquer ça de la façon la plus précise aux nouvelles générations pour que ces nouvelles génération et je parle de génération, je parle pas de leader, je parle pas d'individualité.
Moi, c'est pas si un jeune de 30 ans, même si Zoran Mamdani par exemple, on voit bien qu'il change les choses, mais il change les choses en fonctionnant comme génération. C'est ce qui me paraît intéressant chez ce maire de New York. Il fonctionne dans son appartenance à la génération.
Sinon, on peut avoir des individus. Nous avons eu un un président de la République jeune mais qui n'a pas montré une sensibilité particulière aux grandes problématiques de l'avenir. Je pense notamment question écologique très jeune très vieux.
Voilà aux questions écologiques notamment il y a des tas de questions qu'il ne comprend pas. Donc voilà, en tant que génération, donc moi c'est un peu mon obsession, ça se voit hein, je radote depuis un quart d'heure maintenant, euh c'est un peu mon obsession euh euh donner à cette génération conscience de son appartenance de génération et euh euh la presser euh dans sa responsabilité de prendre les les manettes, le gouvernage du monde. Vous avez m'avez offert une belle transition en parlant du de ce capitalisme prédateur parce que je reviens ce que nous commémorons, cette loi, votre loi, la loi Tobira comme on dit [grognement] sur l'esclavage comme crime contre l'humanité.
Ce n'est pas une question morale. C'est pas simplement de dire c'était terrible, c'était effroyable. Évidemment que c'était terrible, effroyable, mais derrière il y a ça.
J'ai amené le livre du crime, c'est le code noir. C'est une édition euh du 18e siècle parce que en fait le code noir, il est là à la fin du livre mais en [grognement] fait avant entre-temps, depuis la promulgation du code noir au 17e siècle, il y a eu toutes sortes d'arrêtés. Et qu'est-ce que ça réglement tout ça avec derrière un matériau énergique hein ?
C'est pas du pétrole, c'est pas du charbon. En fait l'énergie pour faire fonctionner et s'enrichir, c'est l'homme, c'est l'humanité. Et une humanité qu'on a décidé, c'est l'article 44 du code noir.
On a décidé que c'était un meuble. Un meuble. Un meuble.
Déclarons les esclaves être meuble et comme tel entrer dans la communauté et cetera. que ça veut dire que on discute de comment au moment de l'héritage, qu'est-ce qu'on fait du meuble ? Le meuble c'est l'esclave et c'est un objet comme il y a ici les consoles, les chaises sur lesquelles nous sommes et et c'est ça qui faisait quoi ?
C'est là où je veux en venir. Recueil de règlement édit, déclaration et arrêté avec le code noir et l'addition et cetera. Nouvelle édition concernant le commerce.
Le commerce. Et là, j'ai amené l'ouvrage de référence qu'on connaît sur toute histoire euh par un témoin, le révérent père Labas qui voyage aux îles de l'Amérique. C'était là où la France faisait sa fortune, l'accumulation primitive du capital.
Et voilà, c'est un livre sur le commerce tel point que j'ai je vous j'ai je pourrais citer plein de passages mais [grognement] dans la 4e partie sucre c'està-dire comment on fait le sucre et là vous avez mais il faut rentrer dans le détail c'estàd qu'on pas c'est un traité de comment faire de l'argent et donc vous avez état d'énègre qui sont nécessaires dans une habitation et vous avez la liste du nombre et puis après vous avez combien il faut dépenser pour les nourrir et vous avez le compte de la dépense. Combien ça va vous coûter avec 120 et puis combien en fait vous gagnez alors ça vous coûte 6600 livres mais vous gagnez 44600 livres. Donc vous voyez le BF.
Je je apporté ces ces livres du crime pour nous rappeler ça fondamentalement. c'était faire de l'argent comme les gens de la silicone vallée, comme tous ces gens qui sont autour de Trump comme LVMH et le luxe puisque Saint-Domingue Haïti c'était comme c'était le lieu avec le sucre, c'était le lieu des fortunes rapides, du luxe et donc fondamentalement c'est ça la question. Mais absolument, incontestablement.
Alors alors on doit beaucoup à Louis Salamolins, hein, philosophe d'avoir exumé le code noir. Absolument d'avoir exumer le code noir. Mais vous avez parfaitement raison, c'est complètement une affaire de commerce, c'est complètement des concurrences.
Alors le capitalisme européen naissant et qui s'épanouit et qui a besoin d'espace, de marché, de marchandises, machin et qui entre en concurrence assez rapidement d'ailleurs dans les économies différentes entre en concurrence. Il n'y a pas d'ambiguité et il n'y a pas ce qui est intéressant et tragiquement intéressant dans l'histoire de la traite et de l'esclavage et donc de tout ce capitalisme qui envahit le monde, qui va mettre le monde sous coupe et qui va soumettre au monde ces règles du commerce, règles du marché, c'est qu'il n'y a pas d'illusion. C'est ou plutôt il n'y a pas il n'y a pas de de faux semblant.
Euh lorsque Françoiser dit qu'on me montre la clause du testament d'Adam qui exclut la France, donc qui m'exclut du partage du monde, il y a il y a pas d'ambiguité. Il veut le partage, il veut sa part dans le partage du monde. Ça c'est pas et et ça il dit la clause du testament d'Adam, c'està-dire que il se réfère à l'autorité Vaticane qui est d'ailleurs le pouvoir d'arbitrage entre les grandes monarchises européennes, donc les grandes puissances coloniales négrières européennes.
Donc il n'y a pas ils font pas semblant ils font pas semblant que ils croient vraiment que les noirs sont du bois des benes ou que les noirs sont des meubles. Ils ne font pas semblant, ils le font parce que ils savent que c'est par le droit qu'ils vont tenir les colonies et qui vont tenir leur droits dans le commerce, mais ils savent que c'est par la force qui rendent les choses possibles. il n'y a pas et on voit lorsqu'on lit les archives, les cahiers des maîtres de plantation, donc de tous ces maîtres qui avaient toutes ces personnes esclavisé et qui les traitait soi-disant comme des meubles, en tout cas comme des biens commerciaux qui pouvaient vendre à loisir en séparant les familles s'il vous voulez, mais qui cependant comptait sur l'intelligence de ces personnes-là, comptaient sur leur intelligence pour être plus productive, pour rationaliser la culture de la canne, pour améliorer la mécanique des moulins. pour faire le sucre ou le robe.
Donc voilà, sur l'intelligence de ces personnes-là, sur leur capacité de travail, sur leur ingéniosité, sur leur résistance, sur leur résilience. Donc savait parfaitement qu'ils avaient affaire à des personnes et lorsqu'ils violaient les femmes depuis les bateaux, depuis les cales de bateaux négriers et dans les plantations et dans les habitations, lorsqu'il violait les femmes, ils savaient bien qu'il violait les femmes, pas des meubles. Donc euh il y a une espèce de de moi je trouve qu'il y a eu un cynisme phénoménal, un finisme phénom il est même pas phénoménal en fait, il est plus terrifiant que ça.
Il est tranquille. Donc effectivement, c'est bien l'histoire du capitalisme et de l'impérialisme tel qu'il a un peu raconté par des philosophes européens qui n'ont pas tout compris. Hel par exemple n'a pas compris grandchose et quand appousit comme beaucoup de gens des lumières ses préjugés.
Vous rappelez d'ailleurs que le le l'accé fort de la traite négrière et de l'enrichissement se passe entre 89 et la décennie 90. C'estàd que tous ces hommes qui avaient des plantations, qui avaient des esclaves et tout étaient en même temps des lecteurs de Rousseau, étaient en même temps habité de ces idéaux comme aujourd'hui on entend des grandes belles phrases, mais qui vont avec ce que Carl Marx a bien décrit, les eaux froides du calcul égoïste. Notre problème aujourd'hui comme hier, c'est l'appétit de l'argent, l'appétit de l'accumulation, l'appétit du no limit du pouvoir et et de l'enrichissement et de l'inconscience.
Ça va avec l'extractivisme. Question que vous connaissez bien en Guyan et qui comment on s'attaque au tout vivant [rires] tout ça ensemble ? Oui.
Alors, je vais juste nuancer parce que c'est pas nous. Moi, je prends pas ma part dedans. Allez-y, allez-y, allez-y.
Je prends pas ma part dedans. C'est-à-dire que non, vous avez parfaitement raison. J'approuve complètement ce que vous venez de dire, sauf que c'est une catégorie de gens qui sont comme ça principalement.
Alors, leur leur le leur astuce, leur génie d'une certaine façon, leur génie maléfique, c'est que d'avoir réussi à persuader des tas de gens que c'est possible. C'est la fameuse théorie du russellement. Bon, on est riche, on est ultra riche, on est riche.
Même si on a 50 vies, on va pas arriver à consommer toute la richesse, toute la fortune qu'on a. Mais euh vous inquiétez pas, si vous travaillez, euh si vous êtes sage, si vous payez bien vos impôts et cetera, un jour ou l'autre, vous aurez peut-être le double de votre salaire. Donc c'est cette théorie terriblement perfie du russellement qui contribue à de la paix sociale.
Mais ils sont très peu nombreux ce qui ce que vous venez de décrére. Ils sont très peu nombreux à être extrêmement riches, de plus en plus riches à accumuler de façon complètement pathologique à à croire en plus à la vie éternelle, à organiser leur crionisation et cetera, criogénisation, je sais plus. Donc voilà, ils sont pas si nombreux.
Et c'est ça le paradoxe terrible. Ou c'est que le monde est tenu par une poignée de gens. Ou une poignée de multimilliardaires, une poignée de dirigeants politiques corrompus, une poignée de lâche.
Le monde est tenu par ça et nous nous sommes des milliards à subir ça. C'est pour ça que moi je crois que c'est vraiment là qu'il faut travailler. Euh sauf que on mobilise pas les peuples comme ça un peu spontanément.
On mobilise les peuples lorsqu'on arrivait réussir à constituer des élites dirigeantes. Et les élites, c'est pas forcément des gens archidiplômés. Ce sont les gens qui utilisent leur cerveau.
Ce sont les gens qui acceptent de comprendre, de connaître l'histoire. qui sont des personnes qui acceptent de réfléchir. Dans les élites, il y a des maçons, il y a des charpentiers, il y a il y a des dockers, il y a des personnes qui ont compris la logique du travail capitaliste de de la domination du capitalisme sur les classes sociales, la la perfidie justement de ces mécanismes d'aliénation terrible parce que il faut une une aliénation colossale pour que nous arrivions à nous laisser diriger par cette poignée de fou de de malpropre, pardon, malpropre, j'allais presque dire au sens créole du terme, c'est-à-dire que c'est plus fort que le sens français.
C'estàd que tous les vises, toutes les malpropretés, tous les tous les sanges, tout tous les abus, toutes les obscsénités, là ça c'est dans mal propre. On a une poignée de gens comme ça qui dirigent le monde et et qui nous dirige nous des milliards. Donc c'est dans ces milliards là que nous devons faire émerger.
Je répète, je reviens obsessionnellement sur la question des générations émerger une génération et je répète la génération trentena quadra vraiment les 30 cadras là les 30 40 et puis quelques quinc ces gens-là ont conscience de génération en conscience de génération c'est-à-dire en agissant en en on en en on en en se situant dans le monde et dans le temps. dans le monde, c'estàdire en ayant des réseaux de solidarité partout et dans le temps, c'est-à-dire leur culture électronique, leur culture leur culture de l'existence du monde, du fait qu'il y a des cultures partout, qu'il y a des langues partout, que les langues transportent des valeurs, que les langues transportent des connaissances, qu'il n'y a pas de hiérarchie entre les cultures, les langues, que qu'il y a des choses fondamentales qui nous sont essentielles et qui sont partagé ou qu'on doit partager et le faire en tant que génération, c'est-à-dire penser le monde le monde ensemble. Et je répète, ma génération c'est les aider à aller vite vite.
Ouais. Vous avez dit au fond c'est la vieille formule les 1 % et les 90 nous sommes 99 %. Il y a c'est cette infime minorité, c'est même pas 1 % c'est quand on regarde ceux qui sont dans les paradis fiscaux et et autres.
Et je voudrais qu'on revisite de ce point de vue c'est au fond cette scène primitive qui est la question de cette longue durée de la traite et de l'esclavage parce que c'est pas encore une fois ça nous apporte de l'intelligibilité de notre présence. C'est ce qu'on se disait par rapport à l'accumulation primitive qui permit [grognement] ensuite l'essort du capitalisme, la projection de ces puissances impérial sur le monde, le dépessage de l'Afrique après y avoir rapté tous toutes celles et ceux qui allaient devenir esclaves. Pour ceux qui nous écoutent, je voudrais rappeler que tout ça est même dans les symboles de notre ville soi-disant lumière.
Peu de gens savent que le palais de l'Élysée où règne le président de la République a été construit par un bonhomme. Il s'appelait Crosa, qui était considéré comme l'homme le plus riche de France sous Louis XIV. Et en fait, c'était un homme qui s'occupait de cette traite négrière à Nantes.
C'est comme ça qu'il a fait sa fortune pour ensuite faire en sorte que le sucre remplace le tabac à Saint-Domingue. Et il avait fait construire ça pour son gendre qui il avait il avait fait en sorte que sa fille épouse un homme. Je faisais une un petit aparté.
Ils sont 1 % et nous sommes 99 % mais ils ont une ruse. Vous m'iez au fond mais au fond comment ça se fait et leur russe depuis toujours et c'est dans le code noir c'est de nous diviser. C'est de nous donner des bouquets émissaires.
Évidemment tous les racismes tout. Mais c'est très intéressant de rappeler quand même cet article premier du code noir parce que c'est un moment où tout se tient à la fois ce crime et en même temps toutes sortes d'autres logiques d'exclusion qui vont se passer ici même ici même et qui vont concerner qui ? Bah ceux dont on parle dans ce que je vais lire.
Article 1er du code noir. Voulons et entendons que les dit du feu roi de glorieuse mémoire, notre très honorieux et cetera et cetera, soit exécuté et cetera. Enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles, tous les juifs qui ont établi leur résidence auquel comme ennemi déclaré du nonchrétien, nous commandons d'en sortir dans 3 mois et cetera.
En l'occurrence, il s'agissait de juif ayant fui les persécutions au Portugal et en Espagne et qui avait fait puisque la conquête le voyage de Christophe Colomb 1492, c'est en même temps l'expulsion des juifs d'Espagne et qui va continuer au Portugal. Je vous rappelle ça parce que j'ai amené dans l'histoire mondiale de la France, superbe livre de de coordonné [grognement] par Patrick Bouchon, il y a un article sur le code noir qui rappelle comment en fait tout se tient. Ça va être en même temps le moment de la révocation de l'Édit Nant et de la persécution des protestants.
Ça va être ce moment où on va théoriser au fond la ligne de couleur parce qu'on va inventer le blanc et le noir dans le code noir. C'est ça que ça veut dire. Et et et cet article Jean-Frédéric Chaub dit au fond euh Louis XIV euh en fait ne concevait pas de limite, on en revient pas de limite dans sa course à l'hégémonie géopolitique en Europe.
Le roi soleil aurait pu faire sienne la devise de Charlequin plus outre. Dire pas de pas de limite pas de limite et on en revient au pas de limite de monsieur Trump. Et derrière ça, la hiérarchie des humanités.
Et nous ne serons pas à l'abrique là on parle des esclaves mais on parle des juifs mais on parle des protestants, on parle de toutes les discriminations. Et évidemment personne personne n'est à l'abri à partir du moment où on accepte qu'un autre à cause de sa couleur de peau, de sa religion, de son origine soit discriminé. Oui, mais c'est une grande escroquerie parce qu'il n'y croient pas eux-mêmes.
C'est une grande escroquerie. On peut trouver dans dans l'histoire des tas euh d'exemples d'exception. Alors, c'est important de le rappeler pour que en face effectivement euh on on s'attache aux valeurs.
Euh lorsque j'évoque les valeurs tout à l'heure, moi je n'y mets pas d'exclusif, je n'y mets pas d'exception. Il n'y a pas de territoire exclu, il y a pas de petites zones exclues dans un territoire. Il n'y a pas il n'y a pas d'exception.
Lorsque je je parle d'égalité, mais c'est l'égalité pour toutes les personnes humaines. Lorsque je parle de liberté, c'est la liberté d à toutes les personnes humaines. Euh ce qui fait que l'être humain est un être de raison.
Euh en tout cas, je regarde l'être humain comme un être de raison parce que euh je considère qu'il est capable de euh de vivre sa liberté. De vivre sa liberté. sa liberté, c'est pas d'écraser le voisin.
Donc pour moi, il n'y a pas Mais vous avez raison de rappeler, mais toute cette période là, toute la période de la traite et de l'esclavage, c'est une période qui justement a reposé sur cette logique de la segmentation, de la fragmentation, de la hiérarchie, enfin les grandes théories. Toutes les sciences ont contribué, ont collaboré, je vais dire carrément, brutalement, ont collaboré au système euh euh raciste, racial et raciste de la traite de l'esclavage. Toutes les sciences, les sciences humaines, les sciences sociales, les les pseudosciences dures avec les histoires de mesures de crâne, de forme du nez, de et cetera.
Donc tout mais mais ils n'y croyaient pas eux. Ils émettaient ces doctrines pour que les les opprimés y croient mais eux-mêmes n'y croyaient pas. Et parmi les abolitionnistes, il y en a qui euh euh comment dire parce que il y a des catégories, il y a des abolition, j'allais presque dire abolitionniste absolu.
Chcher l'a été pendant une période. Après, il a la lutte était extrêmement dure aussi. indemnis, on a indemnis les propriétaires d'esclaves.
Voilà. Il alors il reconnaissait puisque c'est quand même le siècle de la propriété hein, le siècle des lumières c'est le siècle de la propriété. Donc il reconnaissait euh la nécessité d'indniser les maîtres d'esclave mais il disait aussi qu'il fallait indamniser les personnes qui avaient été esclavisées.
Il n'a pas gagné du tout sur ce terrainlà. Il était le seul d'ailleurs sur cette ligne là. Alors que les lobby coloniaux, les lobby de planteurs étaient extrêmement actifs, extrêmement déterminés, extrêmement entreprenants.
Donc voilà et ils ont été indamnisés. Il y a une excellente thèse de Jessica Balgi qui a obtenu d'ailleurs le prix de thèse il y a 2 ans. Prix de thèse créé dans le sillage de la loi.
Enfin la loi quand même. En 25 ans, vous me demandiez en première question en 25 ans, il s'est passé beaucoup de choses. Nous sommes là dans le siège qui a dans ce mur, il y a la fondation pour la mémoire de la mémoire de l'esclavage qui est une institution publique et qui donc qui a succédé au à la au comité national pour l'histoire et la mémoire de l'esclavage créé par la loi et qui a été présité pour dans sa première instance par Marie Condé, l'immense grande et belle Marie Condé écrivaine guadeloupéenne grande écrivaine guadeloupéenne grande pense vraiment.
Donc voilà, nous sommes là. Donc des choses se sont faites. Donc il y a ce prix de thèse qui dont l'objet c'est les l'indemnisation et tout le cadre juridique.
Jessica Balg a fait un travail considérable de recherche d'archives et il y a tout le cadre juridique, les débats, les ordonnances et cetera et et les dotations qui ont été liquidées d'ailleurs en en peu de temps, je crois, en 5 ans et il me semble de mémoire, c'est à vérifier que ça équivalait à pratiquement 7 % du budget. Bon, donc ça n'est pas négligeable. Donc ces gens-là dans leur façon de fragmenter nos humanités pour créer des concurrences, des rivalités entre nos humanités savaient bien ce qu'il faisaient ces gens-là.
Nous, nous savons bien que ça n'avait pas de sens parce que nos ancêtres ont lutté ensemble, ont eu de vraies solidarités ensemble. Il y a eu de vrais antagonismes, il y a eu de vraies solidarités aussi. Et euh nous nous sommes issus aujourd'hui de cela et nous choisissons de prendre la part des solidarités euh de renvoyer euh les contradictions, les affrontements, les rivalités, les antagonismes à leur leur caractère artificiel et de continuer à arroser et à faire s'épanouir ces solidarités qu'il y a entre nous.
Moi, je ne je ne connais aucun aucun comment dire millimètre d'argument qui justifie qu'une personne en tant que telle soit rejetée en tant que tel. Aucun aucun argument ne tient face à cela. autre chose, caractère, tout ce qu'on veut, mais aucun argument ne tient face à ça.
Donc ni la religion, ni l'apparence physique, ni la morphologie, ni la culture, ni la langue, ni l'accent euh ni les goûts, rien du tout ne peut justifier cela. Et et c'est ça qu'on doit arriver à abolir justement, abolir de façon à ce que nous, masse de l'humanité des fameux 99 % nous reprenions notre destin en main parce que pour l'instant notre destin entre les mains du 1 %. Oui.
Les vents mauvais dont nous parlons ont porté cet imaginaire de division. Ton ton problème c'est pas tes problèmes sociaux, c'est pas tes problèmes écologiques, c'est ton voisin, c'est celui qui vient d'arriver et cetera. Et au fond, c'est le poison de l'inégalité naturelle, des hiérarchies des humanités.
Nous parlons une même langue qui est fondée sur ce saut de l'ange dans le vide, la proclamation de l'égalité des droits sans distinction d'origine, de condition, d'apparence, de croyance. On ajouterait aujourd'hui de sexe, de genre par rapport à tout ce qui s'est fait. Et cette proclamation, on le voit bien en 1789 quand elle est faite, c'est un saut dans le vide puisque il n'y a aucun droit justement, ni droit politique, ni droits des esclaves, ni droits des colonisés, ni droits des femmes.
Pourquoi je vous dis ça ? J'aimerais que vous nous disiez un peu comment vous revisitez, comment la dig n'a pas été tenue. Parfois, je vous lis dans ce livre très douloureux que vous avez fait, murmure, à la jeunesse au moment où justement vous menez une bataille contre le fait que certains comme vous le dites, c'éit à la coulée d'angoisse et se laisser entraîner au lieu d'endiguer signe la fin du politique et de la politique, le glaf érence nationale de l'identité nationale.
J'ai là, je vais pas le reciter ce manifeste prophétique qu'avait fait en 2007 à nouveau Édouard Glissant quand les murs tombent contre le ministère de l'immigration et l'identité nationale qu' avait fait Nicolas Sarkozy. Là, ce que je viens de citer de vous, c'est au moment où la gauche au pouvoir cède sur le terrain de la déchéance de nationalité, comme si c'était une arme qui allait protéger, comme si les auteurs des attentats ne venaient pas de notre pays, n'étaient pas des enfants de notre pays. et et cette arme qui a été la utilisée tout de suite par le régime de Vichi et dont l'un des responsables de la fondation pour la mémoire de l'esclavage Pierre Yve Bookquet dans ce texte formidable montre que c'est dans les soutes si Marine Le Pen ou monsieur Bardella deviennent président de la République en 100 jours, ils changeront la nature de la République en y instaurant la préférence nationale.
Et donc c'est ça notre imaginaire commun. Qu'est-ce que vous diriez aussi toujours ces jeunes générations sur le fait que à gauche ce poison de l'identité nationale, ce poison de céd ce terrain a pu se répandre et que vous en avez été témoin malgré vos alertes, vous n'avez pas pu empêcher à tel point que vous avez quitté le gouvernement à ce moment-là. Oui, comme vous dites malgré mes alertes parce que j'ai bataillé pendant un mois et demi pour convaincre et j'ai quand même écrit trois lettres de démission avant d'admettre que voilà je n'y parviendrait pas donc je voulais pas comme j'ai dit au président je ne veux pas que mon nom soit mêlé à cela au président François Hollande et Manuel Val c'était le premier ministre voilà puisque le président à ce moment-là il avait été convenu que ce soit le premier ministre qui porte le texte de loi à quoi j'ai répondu c'est moi la garde des saut c'est moi qui répondre la constitution je ne veux pas le faire je ne vais pas juste détourner le gar en laissant quelqu'un d'autre le faire.
Donc je ne veux pas être mêlée à ça et et et je suis partie. Et moi je je ne dirais pas que c'est la gauche parce queil n'y a aucune conviction dans cela. La gauche peut se tromper, la gauche peut faire de mauvaises analyses.
La gauche peut euh déduire de ses erreurs des des conclusions erronées justement. Mais ça n'est pas là. Ça n'est pas cela.
Et c'est c'est plus terrible. En tout cas pour moi, c'est vraiment plus terrible. C'est c'est un jeu c'est euh un jeu de de de strangulation.
C'est c'est une tentative. C'est une tentative. Sauf que moi, il y a des choses qui ne peuvent pas être des jouets.
C'est pour rester des choses avec lesquelles on pouvoir. C'était à l'époque, il y avait alors c'était juste après des attentats extrêmement douloureux. J'étais au cœur des intentins en tant que garde des saut, chargé des victimes, chargé des procédures, chargé de la la coopération pénale international.
Donc, j'étais au cœur des choses et même partageant avec la ministre de la santé la responsabilité des morgues. Donc, j'étais complètement au cœur des choses. Donc, cette tragédie là euh j'en avais vraiment les pieds, les mains, la tête dedans.
Euh donc c'est c'est c'est les grandes tragédies nationales, c'est-à-dire que c'est le peuple tout entier, c'est chacune, chacun d'entre nous qui vibre et qui ressent la la douleur, en tout cas, qui essaie d'imaginer la douleur des personnes qui ont perdu une personne là. Donc on est dans cette dimension là mais mais mais il y a pas il y a pas un millimètre disponible pour les calculs politiques. C'est pas concevable qu'il y a un millimètre disponible pour les calculs politiques.
Or là malheureusement on se retrouve dans des raisonnements. Calcul politique peut-être que l'expression est brutale mais en tout cas ce sont des raisonnements. Et là, moi, je raisonne raisonne pour organiser les choses, mais je ne raisonne pas pour me demander si je peux égratigner un petit peu moyennement ou beaucoup une valeur fondamentale.
C'est pas possible. Au contraire, les piliers pour tenir bon dans ces moments-là, ce sont les valeurs, c'est l'éthique, c'est ce qui croit nous pensons profondément. Sinon que chacun d'entre nous vive sa vie individuelle, peut vivre ma vie, m'enrichir si j'ai envie, euh faire le tour du monde, avoir de grandes piscines chez moi, je peux vivre ma vie.
Mais si on se permet, si on se mêle de la vie commune, si on se permet de s'engager en politique, c'est pour améliorer la vie des autres. Donc on améliore la vie des autres mais honnêtement, c'est-à-dire que même nos adversaires, il faut qu'ils puissent nous identifier. Ils doivent nous identifier sur nos valeurs.
En politique, on se dispute, on se dispute. Et si on se dispute plus en politique, on est foutu collectivement. En politique, on se dispute mais on se dispute en étant chacun là où il est.
Je me dispute de mon de mon terrain, de mon territoire de valeur, de mon territoire éthique, de mon territoire de conviction. C'est de là que je me dispute. Je me dispute avec vous sur votre territoire.
Je viens pas en douce là vous contourner et prendre un petit bout de votre territoire. Donc ce qui se passe à ce moment-là, je crois c'est ça malheureusement et ça je refuse de composer avec cela. Je veux rester sur mon territoire, je veux rester dans mon système de valeur.
La gauche a un capital phénoménal en matière de valeur, en matière de d'exercice du pouvoir aussi. Je veux dire soumisérant. On peut faire des analyses et des critiques mais la colonne vertébrale sur les valeurs, il y a des moments où on l'identifie complètement sous jospin, on identifie complètement la colonne vertébrale des valeurs.
Donc moi je je voilà un des arguments que j'ai dit pour essayer de convaincre, c'est que enfin le droit du sol, le droit du sang, c'est la gauche quoi. la nation civique, c'est-à-dire que queles que soient nos appartences, nos apparences, nos croyances, comme vous disiez tout à l'heure, aujourd'hui on ajouterait nos nos préférences amoureuses, notre genre, notre autodéfinition du genre, quel que soit, nous sommes des citoyens et la politique, le politique se mêle de la citoyenneté et vous n'avez pas convaincu mê pas des croyances des gens, il se bah la preuve hein, je vous dis trois trois lettres de démission plus un mois et demi a essayé ess de convaincre. Voilà.
Non, j'ai échoué à convaincre parce que ce n'était plus la gauche. Euh, je n'ai pas tellement envie de porter un jugement, une appréciation. Euh moi, j'ai d'autres raisons sur d'autres sujets d'avoir beaucoup apprécié les relations que j'ai eu avec le président France Hollande.
Euh donc je n'ai pas envie, moi je trouve que c'est déjà assez lourd à porter pour eux qu'ils se débrouillent avec leur fardeau. Ça c'est lourd porter les raisons pour lesquelles ils ont voulu faire cela. Moi ma consolation c'est que ma démission a eu un tel effet, j'allais presque dire de souffle que le truc est tombé parce que les parlementaires qui étaient eux-mêmes parce que je je dans dans mes arguments pour convaincre, c'était mais dans quelle position on va mettre les parlementaires de gauche en leur demandant de mettre ça, cette espèce de de segmentation de la citoyenneté dans la Constitution française ?
Enfin, cette République qui se proclame indivisible. Elle se proclame une et indivisible, pas uniforme. Une et indivisible.
C'est presque, je veux dire que c'est pas une espèce de truc mégalo, quoi. C'est presque une République qui dit "Moi, je suis capable, voilà, je d'embrasser tous mes enfants. Même si vous n'aez d'ailleurs, même si vous venez d'ailleurs, vous prenez pied ici dans la société française, vous êtes français et euh voilà.
Votre référence c'est moi, moi la République. Et voilà les règles, elles sont dans la Constitution. C'est ça la France, c'est fantasma.
C'est c'est fantasmatique mais en même temps, c'est profondément réaliste. C'est la vie. C'est profondément réaliste parce que c'est la vie.
Quelqu'un qui vient d'ailleurs, qui prend pied ici, qui fait sa vie ici et cetera. Euh moi les footballeurs, je me souviens une période de de machin, j'avais entendu une personne dire les footbalurs à l'époque euh je crois 80 % c'était des des des jeunes qui venaient euh soit des outres mères, soit d'Afrique et cetera. Il y a en tout cas, il y avait beaucoup de de jeunes de gens racisés comme on dit dans l'équipe de France.
Et je me souviens avoir entendu machin, ils avaient protesté quand un truc, il y avait une histoire de bus, il était pas monté dans le bus et cetera. Je crois que c'était passé en Afrique du Sud. Je me rappelle plus exactement.
Je me souviens de quelqu'un qui qui a fait un commentaire après moi qui a dit "Ouais, ça c'est vraiment c'est bien les Français ça." Et moi, je trouvais ça tellement beau, tellement beau. C'est vo ils ont tous les défauts des Français.
Ils ont donc en fait ils sont totalement français. Et c'est ce que dit la Constitution, la République, c'est ce qu'elle dit. La République, la républicain, c'est ce qu'elle dit.
Qui que vous soyez, d'où que vous veniez, quelle que soit votre apparence, vos croyances et cetera, qui que vous soyez. en tant que citoyenne ou citoyens, vous faites partie de cette nation, vous faites partie et c'est ça la force et la puissance de la France. Donc tous ces espèces de machin de de de de de de capons sont des capons.
Les gens qui ont peur de la France qui va être submergé sont des capons. Mais c'est étonnant que ces gens-là accèdent au pouvoir. Ce sont des peureux, ce sont des lâches, ce sont des faibles, ce sont des gens qui ont peur du quotidien de la vie des autres.
Ce sont des capons. On donne pas le pouvoir à des capons. On donne pas le pouvoir suivil sur l'armée à des capons.
On donne pas le bouton nucléaire à des capons. On donne pas la capacité de définir la politique culturelle à des cap. Ce sont des gens qui ont peur de tout.
Donc revenons à la République et à ce qu'elle promet. parler de la République, de la France et en même temps tout à l'heure je vous ai présenté comme guyanaise et j'aimerais vous disiez comment vous regardez cette France aujourd'hui depuis la Guyane c'est un pays il y a deux autres Guyanes à côté on n'est pas loin du Venezuela dont le président fut-il un dictateur a été enlevé par la puissance impériale américaine. J'ai dans les mains, j'allais dire un incunable parce que cette chose là a été saisie à peine publié.
Les Antilles et la Guyane à l'heure de la décolonisation, c'était en 1961 avec il y avait certains de vos compatriotes étaient là au côté d'Édouard Glissant justement pour le front antillot Guyanais pour l'autonomie. C'était un gros mot à l'époque. Comment vous voyez l'avenir de la Guyane ?
La France reste le dernier empire colonial direct. La tragédie de Kanaki nous le rappelle régulièrement. Nous sommes la France la deuxè puissance maritime après les États-Unis à cause de cela, quel est votre garde de vous parliez de votre jeunesse, vous avez été engagé dans les mouvements anticolonialistes.
Donc vous parlez au nom de la République, au nom de la France, mais la Guyane doit rester à des milliers de kilomètres dans la France. Faut garder un empire français. Alors, je vois pas [rires] je vois pas où j'irai chercher l'argumentation pour justifier le maintien d'un empire français.
Moi, j'ai des j'ai encore des engagements anticolonialistes. Je ne les renie pas. Il se trouve que je ne suis pas en capacité d'action parce qu'on a plus de grands mouvements anticolonialistes depuis depuis plusieurs plusieurs années, j'allais presque dire dizaines d'années.
Euh mais je j'ai jamais dissimulé euh mes engagements politiques quand on me les a reproché. Évidemment, la droite, elle s'est réveillé euh dans la minute où j'ai été nommé, elle s'est réveillé et et quand on me les a reproché, je je l'ai assumé et je me suis dit, c'est au président de la République de décider si avec ce que je dis euh je peux rester au gouvernement ou pas. Donc moi, je suis absolument au clair avec mes convictions euh et avec la cohérence de mes actions.
Euh moi, la question pour moi, c'est la loyauté, vraiment la loyauté. À quoi je suis loyale, à qui je suis loyale ? Et pour moi, il y a il y a pas il y a pas de confusion, il y a pas de d'ambiguïté là-dessus.
Loyal de la Guyane la réalité oui, mais c'est quoi la France et c'est quoi la Guyane ? La réalité c'est que l'histoire introduire des introduit des contradictions. Il y a pas la moindre ambiguité sur le fait que la France a été un empire colonial et impérialiste.
Il y a pas de d'ambigué sur le fait que sous l'impérialisme français, il y a eu le Congo océan avec la mutilation de milliers de personnes au Congo et c'était documenté à l'époque même J de voilà Ren René Marron René Marran, Albert Londres, c'était documenté à l'époque. Donc les pouvoirs politiques français monarchistes ou après républicains savaient parfaitement ce qui se passait. Donc, il y a pas d'ambiguité là-dessus et moi, je suis loyale aux victimes de ça, pas à ceux qui ont perpétré ces crimes-là, aux victimes de ça.
Donc cette loyautélà m'interdit de d'atténuer ou de faire comme si ça n'est pas grave. La réalité, c'est que aujourd'hui encore euh la Guyane, donc la Guyane, la Martinique Guadeloupe, la Réunion, la Kanie, Nouvelle-Calédonie, la Polynésie sont encore appartiennent encore à ce qu'on appelle la République française. Bon, c'est ce sont des restes d'empire, c'est absolument indiscutable.
Vous arrivez en Guyane, au bout de 24 heures, vous comprenez que vous n'êtes pas dans une région française. Voilà. Vous comprenez que vous êtes dans l'Amérique du Sud.
Si vous voulez pas voir, c'est votre affaire. Mais euh en 48 he vous le voyez. Bon, donc euh euh ça c'est la réalité, la contradiction de l'histoire, c'est queil y a eu des étapes.
Il y a eu la loi de départementalisation de 1946 qui a été portée d'ailleurs par l'immense et messer euh parce que c'est une génération qui a cru que qui a cru à la parole de l'assimilation, qui a cru à la parole de même si Cés était pas duup de l'assimilation. trop intelligent, trop brillant, trop sensible pour croire à l'assimilation, mais qui a cru que il pourrait y avoir une égalité des droit 10000 km. Il y a cru, en tout cas, il a expliqué lui-même que les populations, il croyaient qu'il n'avaient pas le droit hein compte tenu du sous-développement chronique parce que c'est encore ça.
Aujourd'hui encore, on regarde les indicateurs économiques et sociaux. Taux de pauvreté, taux de chômage, taux de marginalisation, taux d'exclusion, criminalité et cetera. Les indicateurs économiques disent très clairement on n'est pas en France hexagonal.
Il y a pas d'ambiguité là-dessus. Donc il y a ces contradictions historiques qui sont collectives qui n'empêchent pas de poser les mots sur les faits. Moi, en toute honnêteté, probité, j'essaie de trouver les mots les plus justes pour les poser sur les faits.
Euh donc la la la France est dans un rapport colonial avec ces ces ces ces territoires là, ces pays-là. Maintenant, on fait pas le le le destin des peuples ni dans des salons de discussion comme ici, malgré la magnificence des lieux. euh ni par des certitudes individuelles.
Moi, chez moi, tout le monde connaît mes positions. Clair, elles sont écrites, j'écris des livres là-dessus, je m'exprime là-dessus, je le fais encore là devant vous, il y a pas d'ambigué là-dessus. Mais il n'empêche que la réalité aujourd'hui, c'est que effectivement tous ces territoires, vous rappeliez que la France est la deuxème puissance maritime du monde, c'est grâce à 98 % au à ce qu'on appelle les outresem.
La France est une puissance spatiale. La base spatiale est en Guyane avec tout ce que ça suppose comme subir les conséquences de cette activité industrielle sur place. Pour nous Guyanais et Guyanais, la France est une puissance nucléaire grâce à la Polynésie avec tout ce que ça suppose de subir les conséquences euh en matière de santé aussi et on sait à quel point euh il y a eu des pathologies tout à fait meurtrières euh euh en Polonésie aujourd'hui encore.
Donc voilà, c'est grâce aux autres mers, deuxème puissance maritime mondiale, puissance spatiale, puissance nucléaire et cetera. Donc et puis présence dans des bassins, présence prestigieuse dans des bassins Amérique du Sud, Caraïbes, Oéan Indien, Oan Pacifique et cetera poids poids dans l'Union européenne. Donc c'est incontestablement une situation impériale.
Près que disent et que veulent les peuples lorsqu'on organise l'aliénation méthodiquement, lorsque on d'une certaine façon favorise quand même plus un peu les élites soit assimilationniste, soit très très euh euh frileuse euh et qu'on combat très durement les protestations radicales. Bon voilà, on en est là, on en est là. Mais ça c'est une réalité.
Moi, je ne me sens pas déloyal à la France en disant cela parce que moi, la littérature française, elle m'a bercé depuis ma pré-adolescence. Euh parce que la Révolution française m'a beaucoup fait rêver. Euh parce que ben j'ai des amis français intelligents, des femmes, des hommes intelligentes, intelligents, parce que j'ai assumé des responsabilités ici et que j'ai été accompagnée par des assistants, des assistants, des des des conseillères conseillers de cabinet par exemple en tant que garde des sauts de personnes brillantes, loyales, courageuses, avec des valeurs partagées, hein, pas des gens qui faisaient un boulot hein, des des personnes parce que mes valeurs, ben je les dissimule pas.
Donc quand on travaille à mes côtés, euh soit on les supporte minimum mais soit on y adhère. Et en fait, j'ai eu des personnes qui adhérait. Donc et je crois je vous parlais de la la République française, moi je je trouve politiquement et affectivement, je trouve ça absolument grandiose grandiose.
Ça m'empêche pas d'avoir la plus grande sévérité, le rejet le plus absolu, le refus le plus total d'acintance avec la part sombre de la France, la collaboration pendant la deuxième guerre mondiale, les traites qui ont livré des juifs, des juifs et des juifs, tous ceux qui à un moment ou un autre on ont fascisé, on se sont coquunés avec les fascistes. Aujourd'hui encore, aujourd'hui encore. Il y a un mouvement fasciste en France.
Pardon de le dire. Bon ben moi c'est pas ma France ça. C'est pas ma France.
J'ai des acointances avec les personnes qui résistent, avec les personnes qui luttent pour l'égalité sociale, y compris l'égalité salariale simplement euh avec des personnes qui luttent, les associations, y compris les toutes petites discrètes, qui aident les individus, les personnes qui même en étant dans des situations sociales et matérielles très moyennes ou même assez faibles ont toujours quelque chose offre offre euh donne un morceau de pain, offre juste un sourire, un verre d'eau ou offre de d'entrer dans la maison ne serait-ce qu'une petite heure pour bavarder ou pour se reposer et ça moi j'ai déjà contente que ça mais c'est voilà c'est c'est c'est ça ne percute pas mon anticolonialisme ça ne percute pas le fait que je je conteste les systèmes impérialistes et dominant ces solidarités là transcendent ces systèmes impérialistes et c'est parce qu'elles transcendent qu'elles peuvent vaincre les systèmes impérialistes et dans les luttes pour les libérations à l'époque de la guerre d'Algérie, combien d'intellectuels français, de soldats français, de de de de d'ouvriers français se sont opposés à la guerre d'Algérie. Je suis toujours prudente quand je convoque des personnalités publiques, enfin quand Simon Veille bataille en tant que directrice de l'administration pénitentiaire pour faire venir enfant des prisonnières et des prisonniers algériens, c'est pour les sauver de la mort. Alors, je sais pas si elle a jamais proclamé que l'Algérie française était une aberration.
Je ne sais pas du tout. Mais il y a des actes comme ça, des gestes comme ça de personnes ordinaires, de de soldats de famille tout à fait modestes qui décident d'objection de conscience et des intellectuels qui signent oui à l'objection de conscience. Euh voilà.
Donc moi, j'ai pas de problème. La France est composite, elle est contradictoire, elle est différentielle, elle est ce qu'elle est et c'est parce qu'elle est aussi extravagante qu'elle me séduit autant. On arrive un peu à à la fin.
On on vous m'aviez dit on en a pour 2h ou 3h. Mais je voudrais terminer avec ce qui transcende justement et ce qui transcende que vous incarnez dans notre vie publique qui est très particulier à ce monde de la relation, ce monde de qui oùù l'Europe s'est projeté ce chaudron que fut à la fois la déportation, la créolisation, les archipeles, tout ce qu'a bien décrit notre ami Édouard GL. ant, c'est la poésie.
C'est très particulier. Vous êtes capable de réciter toutes sortes de poèmes que vous vous connaissez, que vous maîtrisez. Le monde dit des outresem est un monde où la politique va avec la poésie.
Et mais Céser était lui-même un grand poète. Paul Niger, Albert Beville dans son vrai nom est un Guadeloupéen, est [grognement] un grand poète. Et il y a trop peu connu, puisqu'on parle souvent pour la négritude de Saint-Gor et de et de Céser, il y a un Guyanais formidable.
J'ai quelques livres de lui, Léon Gontran Damas que vous citiez d'ailleurs dans votre discours de 1999. Je me sens capable de hurler pour toujours contre ceux qui m'entourent et qui m'empêchent à jamais d'être un homme. Comment ça se fait que cette France que vous adorez, la France de la République, la France de l'universalisable, celle qui ne se sent pas propriétaire de l'universel qui va vers l'autre est en même temps pas tant habité par la poésie que le monde dont vous parlez.
Pourquoi ? Pourquoi il y a cette force de l'imaginaire poétique ? Nous en avons totalement besoin aujourd'hui.
Est-ce qu'il faudrait pas là l'Assemblée nationale est en face là les obliger d'aller apprendre plein de poèmes par cœur là ? D'abord, ça leur fera du bien. Ça fait du bien.
La poésie fait terriblement de bien, mais surtout la poésie explique tellement de choses. probablement parce que elle convoque notre propre imaginaire et que éventuellement on voit dans les vers que les poètes ou les poétes y ont mis éventuellement, mais c'est leur magie, c'est leur puissance, c'est leur talent particulier de faire en sorte que par un choix de mots ces poétes et ces poètes convoquent euh à la fois le monde et nos propres imaginaires, y compris individuels, et arriver à les mettre en résonance. Euh donc en tout cas, moi la la le la poésie me fait beaucoup de bien.
La poésie me fait beaucoup de bien et la poésie m'explique beaucoup de choses. La poésie m'explique le monde aujourd'hui. C'est-à-dire que lorsque je vais feuilleter, moi je feuille toutes les nuits, je feuillette.
Alors, je connais pas tous les poèmes que je lis, mais je feuillette des livres de poésie toutes les nuits et je retrouve toujours des des des choses qui raisonnent avec ce que j'ai entendu dans la journée, ce que j'ai entendu une semaine avant, ce que j'ai lu, ce que j'ai compris, ce qui me tourmente. que il y a il y a une puissance de la poésie qui est phénoménale et je crois que la façon de féconder la politique, c'est sans aucun doute d'en revenir aux idéaux comme je le disais au début de notre discussion, c'est sans doute de de de reformuler euh euh les les grandes et belles perspectives, de redonner corps et substance aux grandes valeurs, mais c'est incontestablement aussi euh d'ouvrir les bras, le cœur, la tête à la poésie. de de de d'accueillir en soi les poétesses et les poètes, ces personnes qui sont capables d'aller au-delà du contingent et du quotidien.
Est-ce qu'il nous faut une politique sensible, une politique qui soit justement aussi une poétique qui ne soit pas verticale, qui ne soit pas autoritaire. Absolument. Et particulièrement en ce moment, particulièrement en ce moment en vous parlant, je suis en train de penser parce que la poésie, voilà, ça sert à ça.
Euh euh parce que je trouve que nous sommes dans un royaume des désemparés et en ce moment, c'est-à-dire que nous sommes dans un temps où euh nous le disions, 99 % nous sommes des médias, il y a notre force de travail, il y a nos intelligences, il y a nos capacités, il y a notre vivacité, il y a notre créativité et cetera et nous sommes écrasés par une poignée, une espèce d'aristocratie. euh financière euh qui est même pas une aristocratie intellectuelle, même si parfois il y a des intellectuels parmi eux, mais une aristocratie financière. Nous sommes écrasé par ça et et pourtant nous avons l'air inerte euh lorsque nous protestons, ça a l'air euh inefficace.
Donc voilà, ça j'ai l'impression l'image qui me paraît le mieux d'écrire le moment où nous sommes, c'est une image que j'emprunte à un poète Abdelatif Laabi, le royaume des désemparés hein. Il dit si ça me remonte, dans le royaume des désemparés, l'on pleure au moins et l'on rit. On se fait mal pour se faire du bien.
On se ridiculise pour s'estimer un peu. On prend d'assaut la prison du langage pour libérer les mots proscrits. Voyez la gauche, il y a des mots qu'elle ne prononce plus.
Donc on prend d'assaut la prison du langage pour libérer les mots proscrits, les mots de haine, les mots de et autour non les mots les mots de rêve et au voilà les mots proscrits, les mots qu'on provenance plus. solidarité, fraternité, accueil, hospitalité, ce sont des mots que la la gauche les gauches ne prononcent plus guerre. Bon, donc on prend d'assaut la prison la prison en tout cas c'est comme ça que je comprends hein, c'est le la poésie la comprend comme on veut.
Donc on prend d'assau la prison du langage pour libérer les mots proscrits et autour des rêves menacé par les fauves, on entretient le feu. Nous connaissons les rêves et nous connaissons les fauves. Ça c'est moi qui ajoute hein.
Nous connaissons les rêves. Les rêves et nous connaissons les fauves. Donc autour des rêves menacés par les fauves, on entretient le feu.
Entretenons le feu. Merci infiniment Christian Tobira. Faut que vous soyez plus souvent parmi nous traverser plus souvent l'Atlantique.
On a besoin de votre parole. Merci pour ces mots d'hospitalité. Merci beaucoup.
Média part. pas
Christiane Taubira