Soumya Bourouaha, députée GDR de Seine-Saint-Denis | La politique et moi
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Rien ne la prédestinait à devenir députée. Comment en êtes-vous arrivée là ?
- 0:44OuverteRéponse directe
Vous n'aviez pas le droit de voter. Comment avez-vous vécu cette frustration ?
- 1:26OuverteRéponse directe
Vous deviez renouveler vos papiers très régulièrement. Comment l'avez-vous vécu ?
- 2:11OuverteRéponse directe
Vous avez encouragé vos frères et sœurs à voter en 1981. Pourquoi ?
- 2:54OuverteRéponse directe
Vous vous projetiez un avenir français mais votre statut vous en empêchait. Comment ?
- 3:37OuverteRéponse directe
Vos parents voulaient repartir en Algérie. Comment avez-vous vécu ce décalage ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:44Soumya BourouahaFait
« Je ne pouvais pas voter, car je n'avais pas la nationalité française. »
- 1:26Soumya BourouahaFait
« Pour pouvoir habiter, aller à l'école et travailler en France, il faut une carte de séjour. »
- 2:11Soumya BourouahaFait
« Je les accompagnais, je restais dans la salle et j'aimais bien ce mot : "a voté". »
- 2:54Soumya BourouahaFait
« Je l'ai vécu véritablement comme une injustice. »
- 3:37Soumya BourouahaFait
« On avait toujours le sentiment d'avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. »
- 5:47Soumya BourouahaFait
« Il a été arrêté par la police française. Il ne nous en a pas dit grand-chose. »
- 6:28Soumya BourouahaFait
« Il nous a juste dit qu'il avait vécu la pire nuit de sa vie. »
- 7:11Soumya BourouahaFait
« Il doit être très, très fier de moi. »
- 8:39Soumya BourouahaFait
« Pour moi, il était primordial de rester dans le département qui m'a presque vue naître. »
- 10:08Soumya BourouahaFait
« *Avec Marie-George Buffet, nous avons alerté plusieurs fois sur le sort des 7 joueuses de l'équipe nationale afghane de handball, réfugiées depuis de nombreux mois à Islamabad, au Pakistan. »
- 10:51Soumya BourouahaFait
« De comprendre tout ce qui était juridique. La feuille blanche, la feuille jaune... La feuille verte, pardon. »
Temps de parole
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-Rien ne la prédestinait à devenir députée. Mon invitée n'avait ni la bonne carte d'identité ni forcément l'ambition, mais elle a découvert sur le tard que l'engagement politique faisait partie de l'histoire de sa famille. Une histoire secrète. Générique ... Bonjour, Soumya Bourouaha. -Bonjour, Clément Méric. -Pendant longtemps, vous avez regardé la politique comme un enfant regarderait un gros gâteau auquel il n'aurait pas le droit de toucher simplement parce que vous ne pouviez pas voter
alors que vous étiez très attirée par la politique. -Je ne pouvais pas voter, car je n'avais pas la nationalité française. Je suis née à Ghazaouet, en Algérie. Et j'ai demandé ma naturalisation très tardivement. En effet, ça a été une grande frustration. -C'est-à-dire ? Vous avez des souvenirs précis qui évoquent un peu cela ? -Les souvenirs, en effet... Pour pouvoir habiter, aller à l'école et travailler en France, il faut une carte de séjour. Donc j'étais obligée d'aller très régulièrement, dès l'âge de 16 ans, à la préfecture de Bobigny
pour faire la queue, dès 4h du matin, avec une ouverture à 9h. Ca a été très compliqué à vivre. Je vivais ça comme une injustice parce que dans ma famille, j'étais la seule à ne pas avoir la nationalité française. -La présidentielle de 1981, vous ne pouviez pas voter. Vos frères et soeurs le pouvaient. Vous les avez même encouragés, en quelque sorte, à y aller ? -Oui, j'ai suivi toute la campagne des présidentielles, mais je ne pouvais pas voter parce que je n'avais pas la nationalité française. Mes frères et soeurs, eux, l'avaient. Je les encourageais. Je me souviens les avoir titillés tout le dimanche et leur dire : "Attention". Ils attendaient la dernière minute. Je les accompagnais. Mais pour moi,
c'était aussi peut-être une façon de m'impliquer comme un vote par procuration. Et en effet, je les accompagnais, je restais dans la salle et j'aimais bien ce mot : "a voté". -Vous avez été naturalisée française à l'âge de 31 ans. Avant cela, pendant des années, il a fallu aller renouveler vos papiers, votre titre de séjour, alors que pour vous, la France était votre pays. Vous vous projetiez "un avenir français". Comment est-ce que vous avez vécu cela, ce décalage entre votre statut et ce que vous viviez, vous, personnellement ? -Je l'ai vécu véritablement comme une injustice.
Je ne comprenais pas pourquoi je n'étais pas intégrée comme mes frères et soeurs. En effet, mes frères et soeurs sont tous nés en France. Moi, je suis celle du centre, la quatrième. Mes parents, dans leur histoire, ont dû retourner en Algérie, après l'indépendance de l'Algérie, avec l'espoir d'une vie meilleure et je suis née à ce moment-là. Je l'ai vécu comme une injustice. Je ne comprenais pas, alors que j'étais scolarisée comme n'importe quel enfant de France, pourquoi je ne pouvais pas accéder à cette naturalisation naturelle et d'office. -Vos parents eux-mêmes ne se projetaient pas forcément en France.
Longtemps, ils vous ont dit que la famille repartirait en Algérie, alors que ça n'était pas votre rêve du tout. Comment avez-vous vécu ce décalage avec le désir profond de vos parents ? -En effet, c'était assez compliqué à vivre parce qu'on avait toujours le sentiment d'avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Nous étions contre. Nous étions intégrés, scolarisés. Nos parents nous disaient très régulièrement que notre vie n'était pas là, qu'on retournerait vivre en Algérie. On vivait ça comme une angoisse. -Mais le fait d'avoir une aspiration différente de vos parents, vous n'aviez pas l'impression de trahir leur rêve ? -Pas du tout. On n'avait pas ce sentiment
parce qu'en même temps, nos parents nous encourageaient à nous intégrer, à travailler très bien. Ils avaient beaucoup d'ambition pour nous. Ils voulaient qu'on réussisse dans notre vie familiale, scolaire. -Vous n'êtes pas la seule à avoir eu un engagement politique chez vous. Votre père aussi, mais vous l'avez découvert très tardivement. -Oui. J'ai découvert très tard son engagement politique, même si on parlait souvent de politique à la maison. Je savais que mes parents s'y intéressaient beaucoup et je l'ai découvert... ...de manière assez furtive. C'est-à-dire qu'on sentait qu'il y avait quelque chose... Mon papa.
-Là, c'est votre père qu'on voit. -Oui. On sentait qu'il s'était passé quelque chose parce qu'il y avait toute une période de la vie de mon père qui restait dans le secret. Je l'ai découvert suite à une commémoration du 17 octobre 61. Je rentre à la maison et... -Manifestation au cours de laquelle beaucoup d'Algériens sont morts, ont été tués. -Oui. Mon père voulait y aller, mais il avait été arrêté à la porte de Pantin. Et donc, j'arrive chez moi et il y avait un journaliste, Sébastien Pascaud, qui travaillait sur les événements du 17 octobre, qui était venu rencontrer mon père pour un témoignage,
pour faire un documentaire sur cette période assez obscure. Et de là, les discussions... -Vous avez découvert qu'il était engagé au sein du FLN en France. C'est un engagement qui, visiblement, est allé assez loin parce qu'il a été arrêté et torturé par la police française sur le territoire en métropole. -Oui. Il s'était engagé politiquement. Je pense qu'il devait participer à des réunions secrètes du FLN. Je pense qu'il devait aussi tracter. C'était une période compliquée avec un couvre-feu et il a été arrêté par la police française. Il ne nous en a pas dit grand-chose.
On sentait beaucoup de souffrance dans ce qu'il nous relatait. Il nous a juste dit qu'il avait vécu la pire nuit de sa vie. Et il nous a juste dit : "Je ne rentrerai pas dans les détails", mais on a tous compris qu'il avait été torturé. Il a été libéré le lendemain matin, grâce à un policier, très bienveillant, qui l'a libéré en secret. De là, quand il a quitté le commissariat, il a fui parce qu'il était inquiété. Il avait été fortement inquiété. Il a fui et s'est réfugié en Belgique. -Votre père s'est battu pour l'indépendance de l'Algérie. Vous, aujourd'hui,
vous êtes une députée représentant la nation française. Ce sont deux trajectoires opposées. Vous y pensez ? -J'y pense très souvent, surtout que mon père n'est plus de ce monde. Il nous a quittés pendant le COVID. Il a fait partie de ces personnes qui sont décédées seules. Mais j'y pense très souvent et je me dis qu'il doit être très, très fier de moi. -Il aurait été fier de vous voir porter l'écharpe tricolore ? -Il l'était déjà quand j'étais maire adjoint, parce que je l'ai été pendant 12 ans. Il a été très fier, on en parlait souvent à la maison. Il me disait toujours de faire attention. Il avait peur de mon engagement. -Parce que lui a connu
une autre forme d'engagement. -Voilà. -Tous les chemins mènent à la politique. Vous, vous avez été engagée à La Courneuve. Ce qui a déclenché cet engagement, c'est qu'en tant que parent d'élève, vous avez été repérée par l'équipe municipale en place qui vous a convaincue de vous présenter sur la liste. Vous êtes devenue adjointe à la Culture en 2008. Au début, vous avez refusé de prendre votre carte au parti communiste. La municipalité était communiste. Pourquoi ? -Ce n'était pas un refus, mais je ne voulais pas m'encarter dans un parti politique. Je considérais qu'en tant que personnalité citoyenne, j'avais toute ma place dans ce conseil municipal. -Et cet engagement, fondamentalement,
il est lié à ce département où vous avez toujours vécu, la Seine-Saint-Denis, dans l'idée de servir les gens ? -Pour moi, il était primordial de rester dans le département qui m'a presque vue naître, même si je suis née à Ghazaouet. -Vous y avez enseigné en collège avec des élèves en difficulté. -Oui. Pour moi, il était primordial de rester dans ce département qui a un énorme potentiel, un département où ça foisonne de culture, de social, etc., mais qui aussi cumule toutes les difficultés. J'avais le sentiment de servir à quelque chose. C'est pour ça que je suis restée dans le 93 quand j'étais enseignante. -L'idée de vous rendre utile à la population.
-Exactement. -Quand on fait de la politique à La Courneuve, forcément, on croise le chemin de Marie-George Buffet. -Oui. -Vous avez été sa suppléante en 2017. Puis, en 2022, c'est elle qui est devenue votre suppléante. Vous avez les mêmes combats, pour les droits des femmes et pour le sport. C'est d'ailleurs ce qui a motivé une question que vous avez posée au ministre de l'Intérieur en novembre dernier. Extrait. *-Avec Marie-George Buffet, nous avons alerté plusieurs fois sur le sort des 7 joueuses de l'équipe nationale afghane de handball, réfugiées depuis de nombreux mois à Islamabad, au Pakistan. Pouvez-vous, M. le ministre, nous dire quand
des visas leur seront remis ? -Dès que cela sera possible, dans les meilleurs moments et dans les façons les plus sécurisées pour elles, nous leur délivrerons un titre de séjour et aiderons à leur rapatriement. -Ces handballeuses, elles sont aujourd'hui en France. Ce combat avait été porté par Mme Buffet en 2022, vous l'avez repris. Et concrètement, il a abouti. Lorsqu'on est députée de l'opposition, on peut donc faire aboutir des combats politiques à l'Assemblée ? -Oui et heureusement. On est quand même quelques fois utiles. C'est vrai que j'attache beaucoup d'importance à ce combat, parce qu'il allie le sport et le combat féministe. C'était des femmes qui étaient inquiétées
dans leur pays, en Afghanistan, qui se sont réfugiées au Pakistan. Elles sont arrivées juste avant Noël. Je les ai rencontrées plusieurs fois et je dois les inviter à l'Assemblée dès la fin du ramadan. -On suivra ça. On va passer à notre quizz, si vous le voulez bien. Voici le principe. Je vais commencer des phrases et ce sera à vous de les compléter. "Quand je suis arrivée à l'Assemblée, "le plus dur a été..." -De comprendre tout ce qui était juridique. La feuille blanche, la feuille jaune... La feuille verte, pardon. La motion de censure, à quel moment
on peut la faire. La Constitution... Là, c'était très compliqué pour moi. Mais bon... -Vous avez été formée au sein du groupe ? -Oui. J'ai eu des collègues dans mon groupe, des collaborateurs et des collaboratrices qui ont été d'une aide incroyable. -"Parfois, "je me dis que ma suppléante pourrait quand même..." Votre suppléante, Marie-George Buffet. -Ma suppléante pourrait me remplacer de temps en temps. Ca serait bien. -Ca n'est pas simple avec la Constitution ? -Non, en effet. Mais il faudrait quand même se reposer la question du rôle du suppléant qui est un peu invisible. Pas dans le cas de Marie-George Buffet,
parce que c'est une personne qui est mondialement connue. -Très présente sur le terrain ? -Exactement. Elle est toujours avec moi, elle tracte avec moi et reste une militante acharnée. -"S'il y a un combat que je souhaite "faire aboutir pendant ce mandat, c'est..." -Il y a plusieurs, mais un me tient particulièrement à coeur, c'est celui du vote des étrangers aux élections municipales. Je trouve qu'il serait très intéressant de permettre aux gens issus de l'immigration... Après, voir sur combien d'années, mais y réfléchir. -Au-delà des ressortissants de l'Union européenne ? -Exactement. Vous avez raison de le souligner, les Européens ont le droit de vote,
mais les autres, non. Et je pense que ça serait une véritable avancée démocratique. -Merci beaucoup, Soumya Bourouaha, d'être venue dans "La politique et moi". -C'était un plaisir. SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
Soumya Bourouaha