La grande interview : Manuel Bompard
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Notre invité ce matin dans la grande interview sur CNews et Europe 1, c'est Manuel Bompard. Bonjour à vous, coordinateur de la France Insoumise. D'abord, évidemment, l'économie. Nous allons vivre probablement un choc pétrolier. Le quatrième depuis 1973, avec une répercussion dès ce week-end sur les prix à la pompe. Je ne sais pas si vous avez une voiture, si vous voulez faire de temps en temps.
J'en ai une, même si je ne l'utilise pas souvent. Et je pense que tout le monde a observé, effectivement, l'augmentation des prix.
Vous avez vu à quel prix sont les litres de gazole, par exemple ?
Le gazole a augmenté de 30 centimes, quasiment, le litre. Ça dépend évidemment des stations-service. Donc, bien sûr qu'il faut agir sur ce sujet.
Alors, qu'est-ce qu'il faut faire, Manuel Bompard ? Vous proposez, je crois, un blocage des prix à la pompe.
Bien sûr.
En quoi est-ce que ça serait efficace ?
Ça serait efficace, puisque ça permettrait de bloquer les prix au niveau auquel ils étaient avant, ce qu'on observe là, qui sont en vérité des mécanismes de spéculation. Et c'est la seule solution qui permet de protéger le pouvoir d'achat des Françaises et des Français. Donc, vous bloquez les prix, vous avez la possibilité de le faire. Il y a un décret qui peut être pris en vertu d'un article du Code du commerce. Et c'est la seule solution possible. Parce que le gouvernement, qu'est-ce qu'il propose pour l'instant ? Rien. Il nous dit, on va faire 500 contrôles. Il y a plus de 10 000 stations-service en France. Ça ne sert strictement à rien.
Et c'est trop tôt pour des mesures d'accompagnement du pouvoir d'achat des Français ?
Les Français, ils sont impactés déjà par ces problèmes de pouvoir d'achat. C'est peut-être trop tôt pour le gouvernement, mais pas pour les gens qui sont déjà obligés de se serrer la ceinture. Sur la base d'une guerre sur laquelle, évidemment, ils n'ont aucun poids et aucune responsabilité. Donc, bien sûr qu'il faut agir et il faut le faire tout de suite. Et j'entendais le Rassemblement national dire, non, M. Bardella, ce n'est pas ça qu'il faut faire. Il faut baisser.
Eux, ils proposent une baisse de la TVA de 20 à 5,5 sur le prix du carburant.
Sur l'augmentation du prix, mais ça, alors d'abord, c'est inefficace. Vous savez, quand il y a eu une baisse de la TVA sur la restauration, 90% de la baisse n'a pas été répercutée sur les prix. Donc, un, c'est inefficace. Deux, ça ne marche pas non plus parce que c'est 20% l'augmentation des taxes. Sur l'augmentation du prix, les taxes, c'est 20%. Donc, ça veut dire qu'au lieu d'avoir une augmentation de 30 centimes sur le prix du gasoil, vous aurez une augmentation de 24 centimes. Et puis, surtout, de la part de M. Bardella et du Rassemblement national, son objectif, comme toujours, c'est de protéger les grands distributeurs, les géants du pétrole, Total, qui se fait des milliards.
Les multinationales, c'est ça ? Mais évidemment.
Le RN est le protecteur du multinational.
Ah bah, absolument. Quand vous refusez de bloquer les prix, les seuls que vous ne voulez pas mettre à contribution, c'est-à-dire que vous mettez à contribution les gens, parce que le prix va augmenter de 24 centimes, vous mettez à contribution l'État, puisque c'est moins de recettes fiscales pour l'État, les seuls que vous ne touchez pas, que vous ne mettez pas à contribution, c'est les géants de la distribution du pétrole qui se font des profits gigantesques sur cette spéculation et que vous ne mettez pas à contribution. M. Bardella les protège. Eh bien, moi, je veux protéger les Françaises et les Français.
Manuel, mon pas, pardon. Si on bloque les prix, c'est l'État qui doit compenser intégralement les pertes des distributeurs, des raffineurs. Vous avez chiffré ?
Mais non, c'est absolument pas l'État, pardonnez-moi de vous le dire, qui doit compenser. C'est les distributeurs qui sont contraints de ne pas pouvoir vendre le pétrole, le carburant, le gaz, l'électricité. Donc ça entraînera des pénuries peut-être ? Absolument pas. C'est le risque. Écoutez, la Croatie vient d'annoncer... La Hongrie ! La Hongrie ! De M. Orban. Vous voyez. Que vous n'aimez pas. M. Bardella, il ferait mieux peut-être sur ce coup-là, au moins, d'écouter M. Orban. Mais attendez, franchement, vous savez qu'en France, on fait des blocages des prix. On l'a fait pendant le Covid sur le prix du gel hydroalcoolique. Il n'y a pas eu de pénurie du gel hydroalcoolique.
Dans les années 90 aussi, au moment de la guerre...
Pendant la première guerre du Golfe, il y a eu cinq semaines pendant lesquelles on a bloqué les prix du carburant. C'est une mesure très simple à mettre en place. Et honnêtement, elle protège le pouvoir d'achat des Françaises et des Français.
Et vous ne demandez pas un chèque énergie pour aider les Français, comme ça a été le cas il y a quelques années ?
Mais en fait, si vous bloquez les prix du carburant, du gaz, de l'électricité, vous allez non seulement aider les particuliers, mais en plus, vous allez aider les petites et les moyennes entreprises, les artisans, les boulangers. On sait que par exemple, quand le prix de l'électricité augmente fortement, c'est les boulangers qui se retrouvent dans la difficulté. Et au moins, vous n'avez pas besoin de débloquer des chèques énergie. Parce que débloquer des chèques énergie, c'est faire payer le budget de l'État.
Et faire payer le budget de l'État, ça se répercute ensuite, évidemment, dans des coupes, comme on a pu le voir lors du dernier budget, sur la santé, sur l'éducation nationale, 4000 postes supprimés, sur tout ça. Donc, ce qu'il faut faire, c'est mettre à contribution les grandes multinationales qui s'enrichissent sur le dos des Françaises et des Français. Comment vous pouvez accepter l'idée que dans une situation comme celle-ci, tout le monde doit se serrer la ceinture ? Les gens qui galèrent déjà beaucoup ne vont plus pouvoir remplir leur voiture.
Mais les seuls qui vont s'en mettre plein les poches, c'est des grandes entreprises qui ont déjà fait des records de profits après la guerre en Ukraine. Ça, c'est inacceptable, évidemment.
Emmanuel Bonpart, on est sur CNews et Europe 1. Emmanuel Macron a annoncé hier le déploiement d'une force défensive dans la région en Méditerranée orientale, pour éventuellement aller vers le détroit d'Hormuz. Huit frégates, deux portes hélicoptères, le Charles de Gaulle. Il assume qu'il s'agisse d'une mission pacifique et défensive. Est-ce que vous le pensez ?
Je ne vois pas comment on peut faire une mission défensive pour débloquer le détroit d'Hormuz, qui est partagé entre des eaux territoriales, qui pourront partir sur l'Iran.
Pour l'instant, la marine française n'est pas dans le détroit d'Hormuz.
Elle est en Méditerranée orientale. Oui, mais je ne comprends pas ce que ça veut dire. C'est la même chose. Donc je pense que, en tout cas, moi, ce à quoi j'aspire, pour les raisons qu'on a évoquées avant, c'est-à-dire les conditions économiques, et évidemment pour protéger les populations civiles en Iran, au Liban, c'est que la France doit agir pour un cessez-le-feu global, immédiat, le plus rapidement possible.
Et peut-être aussi pour protéger ses propres ressortissants, 400 000 dans la région du Golfe, éventuellement les évacuer.
Évidemment, mais le mieux pour protéger tout le monde, c'est le cessez-le-feu, madame. Si vous obtenez le cessez-le-feu, alors vous protégez vos ressortissants et vous protégez l'ensemble des populations civiles, parce que sinon, on est aujourd'hui face à un risque d'escalade. Donc la France doit condamner une guerre qui est une guerre illégale au regard du droit international, et la France doit agir pour le cessez-le-feu. Vous avez entendu l'appel du président de la République libanais qui appelle la France à lui venir en aide. Vous avez déjà plus de 500 000 Libanais qui sont obligés de se déplacer. C'est l'équivalent de la ville de Toulouse. Pourquoi ?
Pourquoi ils ont été obligés de se déplacer ? Parce que le Hezbollah a tiré sur Israël au lendemain de la mort de l'ayatollah Hameneh.
Alors je ne crois pas, madame. Ah si, je crois, moi, monsieur. Ah bon ? Alors vous connaissez bien la situation.
Vous êtes allé au Liban ?
Attendez, moi, personnellement, je ne suis pas allé au Liban, mais mon collègue Arnaud Le Gall qui préside la commission parlementaire. Attendez, madame, moi je suis allé. Non, mais je vous pose des questions. Est-ce que vous connaissez le terrain ? Parce que je ne suis pas allé, que je ne connais pas la situation. Est-ce que vous savez, madame, est-ce que vous savez que depuis le cessez-le-feu qui a été passé à la fin de l'année 2024, il y a eu 1800 violations du cessez-le-feu avant tout tir du Hezbollah de la part de l'armée israélienne de ce cessez-le-feu et de cet accord de cessez-le-feu.
Qui a ouvert le feu après la mort de l'ayatollah Hameneh sur Israël ?
Il y a eu des attaques du Hezbollah. Non, madame, il y a eu des attaques du Hezbollah qui, avant la mort de l'ayatollah Hameneh, a violé le cessez-le-feu 1800 fois, madame. C'est le gouvernement israélien. Donc vous pouvez, si vous voulez, essayer de donner une quelconque légitimité à une guerre qui n'en a absolument aucune.
Je rappelle les faits, monsieur Bompard.
Madame, qui ?
Je rappelle les faits. Il y a eu des frappes américaines et israéliennes sur Tahriru.
Madame, les faits, est-ce que ce que je viens de dire est faux ? Le lendemain, le Hezbollah a attaqué Israël. Ce sont les faits. Madame, est-ce que ce que je viens de dire est faux ? Voilà ce que je vous dis, ce qui s'est passé. Non, mais vous voulez les faits. Est-ce qu'il y a eu 1800 violations du cessez-le-feu par le gouvernement israélien depuis l'accord de cessez-le-feu signé à la fin de l'année 2024 ?
En fait, bon, ça des attaques, évidemment, comme toujours.
Non, absolument pas, madame. Absolument pas. Pardon, vous voulez parler des faits. Là, en l'occurrence, vous ne parlez pas des faits. Bref, laissons de côté, si vous voulez, les responsabilités. Ce que l'on doit faire, c'est obtenir le cessez-le-feu le plus rapidement possible pour protéger les populations civiles.
Qui ? Les populations civiles iraniennes qui sont massacrées par le régime des Mola ?
Les populations civiles iraniennes doivent évidemment être protégées contre la répression du régime et contre les bombardements. Parce que quand vous avez des frappes américaines qui frappent une école dans laquelle vous avez 150 écolières qui sont tuées par des frappes américaines, il faut aussi les protéger, vous comprenez ? Et personne ne croit, madame, ou alors vous n'avez tiré aucun enseignement de ce qui s'est passé en Irak, de ce qui s'est passé en Syrie, de ce qui s'est passé en Afghanistan. Personne ne croit que vous allez libérer une population par une intervention militaire extérieure. Je pense que l'histoire nous l'a amplement démontré.
Donc si vous voulez, y compris protéger les populations civiles qui sont victimes de la répression du régime, vous ne leur rajoutez pas des bombardements d'armées étrangères.
Est-ce que la France insoumise soutient le peuple iranien ou le régime théocratique islamique ? On se pose la question à Marseille, Jean-Luc Mélenchon a dit « ils ne vaincront pas l'Iran, ils espéraient que le régime s'effondre, ils ne s'est pas effondré ». Je vous pose la question très tranquillement. Est-ce que c'est un soutien à la République islamique d'Iran ?
Absolument pas. Je vous réponds très tranquillement aussi. Depuis le premier jour, et vous avez cité Jean-Luc Mélenchon, Jean-Luc Mélenchon fait partie des personnalités politiques en France qui n'ont jamais soutenu le régime iranien. À l'époque où Jean-Marie Le Pen était fait invité d'honneur à l'ambassade d'Iran, Jean-Luc Mélenchon y combattait, à ce moment-là, y compris le régime iranien. Moi, je fais partie d'un groupe parlementaire qui a parrainé des personnes qui étaient condamnées à mort en Iran. Donc je n'ai aucune leçon à recevoir de personne. Par contre, ce que je dis, c'est que vous n'obtiendrez pas la libération du peuple iranien par une intervention militaire extérieure.
C'est le peuple lui-même qui doit se libérer. Évidemment. Sauf qu'il est désarmé. Et il faut l'appuyer. Et il faut l'aider. Et on peut faire des sanctions qui touchent le régime. Mais en l'occurrence, ce n'est pas par ce moyen-là que vous obtiendrez. Et d'ailleurs, ce n'est même pas l'objectif de M. Trump, qui le dit lui-même, qui dit que son sujet, ce n'est pas la démocratie en Iran ou un changement de régime. Vous le savez très bien. Comme M. Trump est allé enlever le président du Venezuela et qu'une partie des gens en France, même lui, ne le disait pas, ont fait semblant que c'était pour la démocratie vénézuélienne et qu'aujourd'hui, rien n'a changé. La vérité, c'est que M.
Trump ne s'intéresse qu'à une seule chose, essayer de mettre la main sur les ressources naturelles. Tout le monde le sait. Et personne ne croit qu'il est guidé par quelque volonté démocratique que ce soit.
Vous êtes peut-être dans la tête de Donald Trump, moi.
Ah non, je prends ses déclarations, Madame. Je ne suis pas dans sa tête. Je prends exactement ses déclarations. Et je regarde les faits tels qu'ils sont.
Une dernière question concernant les déclarations de la France insoumise. Rima Hassan dit, l'Iran a le droit de se défendre, Israël a le droit de l'affirmer. Est-ce que ça veut dire que c'est un soutien à la volonté connue des Iraniens d'éradiquer l'État hébreu de la surface de la Terre ?
Non, absolument pas, Madame. Ça veut dire quoi, Israël a le droit de l'affirmer ? C'est une référence au fait qu'après les terribles attaques du 7 octobre, c'est ce qui a été utilisé pour justifier le génocide en cours à Gaza. Voilà ce que ça veut dire très précisément.
Le génocide en cours à Gaza ?
Oui, bien sûr, oui. Si vous ne croyez pas...
Aucune des instances internationales ne valide ce terme.
Il n'y a pas des commissions de l'Organisation des Nations Unies qui le disent ça. Commission d'experts indépendants. Oui, bon, donc ne dites pas aucune. Pendanté par la Commission des droits de l'ONU. Est-ce qu'il y a des mandats de la Cour pénale internationale qui sont délivrés...
Pour le génocide, monsieur, vous le savez parfaitement.
Très bien, Madame, mais pour crimes de guerre, voire crimes contre l'humanité. Est-ce qu'il y a une commission internationale rattachée à l'ONU qui parle de génocide ? Est-ce qu'il y a des rapports des ONG, y compris des ONG israéliennes qui parlent de génocide ? Oui. Est-ce qu'il y a une publication de Human Rights Watch hier ? Bien sûr, mais... ONG qui dit qu'y compris en ce moment dans ce qui se passe au Liban, Israël utilise des armes au phosphore qui sont un crime de guerre. Et comme je voyais que vous invitez régulièrement M.
Raffovitch, le porte-parole de l'armée israélienne, peut-être que vous pourriez lui poser la question de savoir si oui ou non ils utilisent des armes au phosphore qui sont des crimes de guerre et qui sont bannis par toutes les règles de la guerre et par toutes les règles internationales. Je ne suis pas sûr que vous lui poserez la question, mais je regarderai ça avec attention.
Je sais que vous regardez beaucoup nos antennes et je m'en félicite. Parlons des municipales. Dimanche prochain, premier tour du scrutin. Vous avez 500 listes, je crois, qui se représentent... C'est ça, 500 listes. À peu près sur le terrain. Vous avez peu de municipalités, on va se le dire, vous en avez à peine deux. Pour l'instant, c'est le cas. La marche de progression, elle est assez facile pour vous.
Je crois qu'on va progresser massivement dans cette élection municipale. On a déjà largement progressé aux élections européennes. On a massivement progressé dans notre représentation parlementaire à l'Assemblée nationale. France Assoumise, c'est un jeune mouvement, il a 10 ans. Donc pour l'instant, effectivement, on dirige deux municipalités qui ont une population inférieure à 20 000 habitants à chaque fois. Et je crois que là, on va diriger davantage de municipalités pour rentrer en force dans les conseils municipaux.
Et c'est une bonne nouvelle, je crois, pour les habitantes et les habitants de ces communes parce que les listes que nous défendons sont les celles listes qui défendent la gratuité de la cantine scolaire, par exemple, qui défendent le développement des centres de santé municipaux, qui défendent le référendum d'initiative citoyenne municipale. Donc si les habitantes et les habitants veulent avoir des politiques au service de leurs besoins fondamentaux, ça veut dire que vous vous maintenez partout, il faut voter pour les listes de la France Assoumise.
Manuel Bompard, on est sur CNews Europe 1, vous vous maintenez partout, vous faites plus de 10%, aucune alliance avec la gauche.
C'est pas ce que je vous dis, je vous dis que partout où il n'y aura pas de risque de bascule des villes à droite ou à l'extrême droite, effectivement, notre objectif c'est de pouvoir présenter nos listes au second tour, mais là où il y a des risques de droite et d'extrême droite, nous on a une responsabilité, j'ai vu que le parti socialiste, dans une décision absolument irresponsable, considère que ce n'est pas grave, en quelque sorte, que des dizaines de villes puissent basculer à la droite ou à l'extrême droite, ben pas nous. Donc nous, partout où nous sommes en tête au soir du premier tour, nous tendrons la main pour rassembler, battre la droite et l'extrême droite. Et l'inverse ?
Eh bien si on n'est pas en tête... Vous retirez vos livres ? Non, on proposera de constituer ce qu'on appelle un front antifasciste, un front contre l'extrême droite, et donc on proposera ce qu'on a appelé des fusions techniques, c'est-à-dire on se rassemble pour mobiliser l'ensemble des électorats. Mais avec qui vous allez vous rassembler ?
Parce qu'à priori, le parti socialiste n'a pas franchement envie de faire des fusions techniques avec vous ?
Eh bien si le parti socialiste prend cette décision, c'est une décision que...
Ils l'ont annoncée, hein ?
On verra, parce que vous savez, entre ce que dit le parti socialiste et ce qu'ils font réellement...
Vous avez confiance sur le fait qu'ils vont se rallier à vous ?
Non, je dis que s'ils confirment cette intention, je pense qu'ils porteront une responsabilité absolument historique de voir des centaines de milliers de personnes dans notre pays être dirigées demain par des municipalités de droite et d'extrême droite, avec des conséquences, de mon point de vue, qui vont être désastreuses et gravissimes pour les habitantes et les habitants.
En meeting à Perpignan, Raphaël Glucksmann a estimé qu'on ne peut pas aller au combat contre l'extrême droite avec un boulet aux pieds comme la France insoumise. On ne lutte pas contre l'extrême droite avec ceux qui trahissent les principes républicains. Dans notre pays, il a même comparé Jean-Luc Mélenchon à Jean-Marie Le Pen après qu'il ait ironisé sur des noms à consonance juive.
D'abord, Jean-Luc Mélenchon n'a pas ironisé sur des noms à consonance juive.
Il les a écorchés volontairement.
Non, pas volontairement, puisque lui-même a fait un tweet pour dire qu'il avait écorché involontairement quatre noms, d'ailleurs, et pas que de personnes à consonance juive. Il a écorché le nom de notre propre candidat à Perpignan. Je pense que personne ne peut lui faire le reproche de lui vouloir du mal. Donc ça, franchement, c'est une polémique absolument grotesque.
Donc il n'est pas Jean-Marie Le Pen, pour répondre à M. Glucksmann ?
Jean-Luc Mélenchon et Jean-Marie Le Pen sont exactement à l'opposé sur le spectre politique, madame. Je vous ai parlé de l'Iran tout à l'heure pour vous donner un exemple, mais je pourrais vous parler d'autres sujets si vous voulez. Le programme que l'on défend, c'est un programme pleinement inscrit dans les principes républicains et totalement mobilisé dans la lutte contre toutes les formes de racisme, d'antisémitisme, d'islamophobie. Il n'y a pas de sujet sur ce sujet. D'ailleurs, aucun de nos candidats, contrairement aux plus de 20 candidats du Rassemblement national qui ont été impactés, pointés du doigt pour des propos racistes ou antisémites, il n'y en a aucun à la France insoumise.
Donc il ne faut pas raconter n'importe quoi. Quant à la lutte contre le Rassemblement national, M. Glucksmann veut faire alliance avec M. Hollande. Vous savez, entre 2012 et 2017, la gauche dans ce pays, elle a perdu 20 points aux élections. En 2012, le Rassemblement national n'était pas au deuxième tour. En 2017, il l'était. Dans l'intervalle, c'est M. Hollande qui a dirigé le pays pendant 5 ans.
Donc c'est la gauche qui est responsable d'alimenter du Rassemblement national dans le pays ?
Je pense que la trahison de la gauche, le social-libéralisme, le quinquennat Hollande a fait effectivement beaucoup de mal à la gauche et a servi de carburant à la progression de l'extrême droite. Malheureusement, ça s'est poursuivi ensuite avec les politiques macro.
Vous pourriez vous associer avec des gens du Parti socialiste ?
Mais moi, je dis ça, donc je suis assez clair, je pense, sur mes désaccords. Je ne crois pas que tous les socialistes soient d'ailleurs d'accord avec le quinquennat, le bilan du quinquennat de François Hollande. Pour autant, je sais prendre mes responsabilités et je sais les conséquences dramatiques d'une ville dirigée par le Rassemblement national. Parce que j'entends parfois des gens dire « Oui, mais on n'a jamais essayé, on va essayer. » Ah ben si on a essayé, madame, on a essayé. Quant à Hénin-Beaumont, le maire du Rassemblement national privatise la piscine, à la fin, c'est 70% plus cher. Et dans toutes les villes, c'est des élus...
Là, on rentre dans le détail de certaines, mais on ne va pas ouvrir tous les compteurs de temps de parole. On ne va pas citer, mais dans toutes les villes, on va parler comme ça, dans toutes les villes où le Rassemblement national dirige, par exemple, les premières décisions, c'est d'augmenter leur propre salaire des maires. Vous voyez ? C'est couper les subventions aux secours populaires, c'est couper les subventions dans les centres sociaux. Nous vérifierons. Ah ben vous pouvez vérifier, madame. Vous pouvez vérifier les informations que je viens de dire. Je ne peux pas donner d'exemple concret, mais vous pourrez les vérifier.
On a parlé des socialistes qui veulent un cordon sanitaire, quasiment, autour de LFI. Vous vous sentez comme les pestiférés à gauche ?
Moi, j'ai plutôt l'impression que le cordon sanitaire pour protéger la République, aujourd'hui, c'est la France insoumise. Y compris quand je vois la dérive absolument stupéfiante de la droite. Quand j'entends par exemple la candidate... Alors, il ne faut pas que je cite de nom. Une candidate à reprendre le slogan qui a été le slogan de Marie-Pierre.
Elle dit qu'elle ne savait pas. C'est comme Jean-Luc Mélenchon, elle n'a pas fait exprès.
Ah ben, je ne crois pas qu'elle ait dit ça, je ne crois pas qu'elle se soit excusée. Bref, quand je vois la dérive à laquelle une partie de la droite dans ce pays aujourd'hui se livre et est en train de fusionner avec l'extrême droite, je pense qu'heureusement qu'il y a la France insoumise pour défendre les principes de la République.
Un tout petit mot des écologistes. Marine Tondelier, pareil, a dénoncé une ingérence de LFI. La France insoumise, une stratégie des unions, elle veut transformer les municipales en champs de ruines pour la gauche.
Ce sont vos partenaires pour toi ? Bah écoutez, c'est précisément.
Avec des amis comme ça, pas besoin d'ennemis.
Vous avez entendu ce que je vous ai dit, c'est précisément l'inverse. Nous, on propose au deuxième tour des élections municipales de constituer partout un front antifasciste pour battre la droite et l'extrême droite. Si Madame Tondelier...
Et qui est fasciste ? Vous vous aurez l'impression qu'à part vous, tout le monde est fasciste.
Ah non, pas à part nous, tout le monde est fasciste. Mais si vous...
Qui ne l'est pas ?
Le suprémacisme, le fascisme, si vous ne l'identifiez pas dans les programmes politiques de celles et ceux qui veulent faire régner partout la loi du plus fort, qui veulent détruire le droit international à l'échelle internationale, qui veulent petit à petit imposer des politiques qui sont des politiques discriminatoires, y compris qui classent les Françaises et les Français en deux catégories, considérant qu'il y a en quelque sorte des vrais Français et des Français de papier. Si ça, ça ne vous paraît pas une politique suprémaciste d'inspiration fasciste, pardonnez-moi, dans ce cas-là, on n'a pas les mêmes références historiques.
Dans l'échec politique, vous n'allez pas, donc...
Je pense que l'extrême droite a un programme, évidemment, qui est un programme d'inspiration fasciste, et je pense qu'il y a une partie de la droite, aujourd'hui, dite républicaine, qui malheureusement, petit à petit, se rapproche de ses positions. Quand M. Retailleau, président du Parti des Républicains...
Il est fasciste, lui aussi.
Bah, écoutez, madame, madame, vous pouvez rigoler sur ce sujet, mais quand j'entends des gens, comme M. Retailleau, dire qu'il y a une partie des Français qui sont en régression vers leurs origines ethniques, je cite les propos tels qu'ils sont, c'est-à-dire, en quelque sorte, qu'il y aurait des races inférieures, c'est ça, et qu'une partie des Français sera en régression vers ses origines ethniques.
Vous pensez que c'est ça que vous voulez dire, M. Retailleau ?
Je ne sais pas, régression vers les érogines ethniques, à votre avis, ça veut dire quoi ?
Moi, je n'ai pas la réponse, je ne l'ai pas entendue.
Vous lui poserez la question, il répondra, mais moi, je crois que c'est ça que ça veut dire. Bah oui, je considère que c'est des propos qui sont inacceptables, et voir ces gens-là se prétendre ensuite les défenseurs de la République, ou les gens aptes à pouvoir mettre un cordon républicain contre qui que ce soit, franchement, ça me ferait presque sourire si ce n'était pas dramatique.
Il ne manque que c'est vous les défenseurs de la République ?
Évidemment, évidemment que le programme que l'on défend, c'est le programme qui défend les principes républicains, l'égalité entre tous les citoyens, le refus de toute forme de racisme et de discrimination, et puis la bataille pour la justice sociale, la justice fiscale. Oui, bien sûr, c'est la France insoumise qui défend ses positions, madame. Et n'en déplaise aux polémiques médiatiques, qui bien souvent s'appuient sur des interprétations absolument honteuses de nos propos, sur des caricatures, ou parfois, vous l'avez peut-être vu hier, sur des ingérences.
Oui, vous avez parlé d'ingérences russes, c'est ça ?
Ah non, pas d'ingérences russes, c'est le journal Le Monde qui a publié un article qui dit que dans cette campagne des municipales, les candidats de la France insoumise sont ciblés par des agences d'influence qui créent des faux sites avec des faux comptes sur les réseaux sociaux pour propager des fausses informations contre nous. Donc je dis aux électrices et aux électeurs, soyez vigilants contre ces influences, et allez consulter les programmes, votez sur la base des programmes, pas des caricatures et des bêtises que vous entendez parfois à la télévision, parce que parfois c'est fait sur la base d'agences d'influence et ça nous attribue des positions qui ne sont pas les nôtres.
Manuel Bompard, merci beaucoup. Merci à vous. C'était votre grande interview sur CNews et sur Europe. Bonne journée.
Manuel Bompard