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Discours / meetingEU Debates | eudebates.tv· 9 mars 2026 18 minAutoproduitFond programmatiqueEurope & internationalDéfenseÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

FR - Jean-Noël Barrot Europe Is the Last Great Unknown — Can It Stop a US-China Clash!

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Chapitres

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  • 4:25Invité politiqueChiffre
    « L'armée populaire de libération compte plus de 2 millions de soldats, ce qui en fait la plus grande armée du monde en effectif devant les États-Unis d'Amérique. »
  • 8:03Invité politiqueFait
    « L'Europe y est décrite comme un continent condamné, je cite, à l'effacement civilisationnel. »
  • 10:17Invité politiqueChiffre
    « Notre espérance de vie est plus longue. La mortalité infantile plus faible, deux fois plus faible. Les inégalités aussi. »

Temps de parole

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Jean-Noël Barrot

Mesdames et messieurs, les ambassadrices et les ambassadeurs, les représentants spéciaux, les chefs de mission et d'opération. Mesdames et messieurs, l'actualité brûlante qui est marquée par la guerre au proch et Moyen-Orient, par la poursuite de la guerre d'agression russe en Ukraine et plus généralement par la brutalisation du monde ne doit pas nous faire perdre de vue le principal des figopolitiques, la rivalité croissante menant à la confrontation possible entre deux puissances de superpuissances, la Chine et les États États-Unis. Soyons lucide, la force n'a jamais disparu des relations internationales. Elle n'a pas été abolie par le droit international ni dissoute.

Dans la déclaration universelle des droits de l'homme. Elle a été domestiquée. Comment ? Et bien, en faisant en sorte que ce qui est fort soit juste. Conformément à l'intuition de Blaise Pascal. Les efforts pour domestiquer la force se succédèrent tout au long du 20e siècle. La société des nations futmi mais néanmoins inaboutie car elle demandait aux États de renoncer à la force sans leur offrir de garanties crédibles sur son encadrement. Après 1945, l'Organisation des Nations- Unies, les institutions de Breton Woods tirèrent les leçons de cet échec. Elles ne cherchèrent pas à nier les rapports de puissance, mais à les organiser.

Les grandes puissances y virent leur intérêt non par altruisme mais par calcul rationnel. Et elles bénéficièrent d'une position d'oligopole matérialisée par leur siège de membres permanents du Conseil de sécurité des Nations-Unies associées aux droits de véau. Sans ces concessions faites aux grandes puissances, aucun multilatéralisme durable n'aurait été accepté. Et de fait, les États-Unis d'Amérique tirèrent des dividendes exorbitants du multilatéralisme, dividendes sécuritaires avec les opérations de maintien de la paix, avec l'architecture de non prolifération, avec l'OTAN dont nombre de ces membres ont servi de déboucher à leur puissante industrie de défense.

Dividende monétaire avec le système de Breton Woods, le dollar devint une monnaie de réserve mondiale permettant à l'économie et au budget américain de se financer à moindre frais. dividende commerciale. Avec les règles du GAT puis de l'OMC, les services financiers et numériques américains purent se répandre sans contrainte sur toute la planète. Mais cet équilibre des forces garanti par le droit se fragilisa avec la fin de la guerre froide. La fin du face-àface structurant entre les deux blocs fut interprété en Occident comme la victoire définitive du modèle occidental.

et l'on vit l'hyperpuissance américaine sûre de son fait prendre des libertés avec le droit dont elle était pourtant garante. Dans le même temps, une grande partie du reste du monde vécut cette période comme une mise sous tutelle. La mémoire des humiliations coloniales, les ajustements structurels imposés, les interventions unilatérales nourrirent une frustration qui devint un désir de revanche. La manifestation la plus spectaculaire de ce désir de revanche fut le réveil de la Chine. Une civilisation millénaire convaincue d'avoir été reléguée au rang de périphérie. Et en moins d'un demi-siècle, ça part dans la richesse mondiale passa de 2 % à 20 %.

Cet essort sans équivalent dans l'histoire permit à des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté. Il s'accompagna d'une industrialisation phénoménale et d'une montée en gamme technologique guidée par le primat de l'efficacité. Mais à cette ambition économique vint se superposer une ambition politique explicite, rétablir la prééminence de la Chine dans l'ordre international et s'imposer face à l'hyperpuissance du 20e siècle. et pour cela mobiliser l'ensemble des leviers de puissance à sa disposition. Puissance économique.

La Chine a dépassé l'année dernière le trard de dollars d'excédent commercial grâce à une politique industrielle très offensive qui vise à assurer les conditions de la prospérité tout en plaçant le reste du monde, y compris les États-Unis, dans une situation de dépendance. Et ce sont aujourd'hui l'ensemble des pays de l'Union européenne qui accusent un déficit commercial vis-à-vis de la Chine. Puissance diplomatique, la Chine s'investit dans le dialogue bilatéral comme dans les enceintes internationales pour défendre ses intérêts, mais aussi pour contenir et faire refluer l'influence américaine.

Avec l'organisation de coopération de Shanghï, avec les Bricks qui en population comme en richesse ont désormais dépassé le G7. Puissance militaire. L'armée populaire de libération compte plus de 2 millions de soldats, ce qui en fait la plus grande armée du monde en effectif devant les États-Unis d'Amérique. L'objectif semble clair, s'imposer comme puissance centrale en rattrapant puis en dépassant les États-Unis. Au fond, la Chine veut redevenir ce qu'elle estime jamais n'avoir dû cesser d'être l'empire du milieu. Et à Washington, la Chine est présentée comme le défi géopolitique le plus déterminant pour les États-Unis. Des mesures de plus en plus confrontationnelles sont adoptées.

C'est l'annonce de droit de douane allant jusqu'à 145 %. L'interduction du réseau social TikTok, des restrictions de visa pour les étudiants et les chercheurs chinois, l'inscription sur la liste noire d'un grand nombre d'entreprises chinoises, le renforcement massif de la présence militaire américaine dans l'Indo-Pacifique, la tentative de rapprochement avec la Russie dans l'espoir de détacher Moscou de Pékin dans une manœuvre diplomatique inversant celle de Nixon. L'ensemble de ces mesures dessin une stratégie assumer contenir la Chine et éviter qu'elle ne supplante les États-Unis d'Amérique.

Chacun des deux grands acteurs de ce duopole développe d'ailleurs une vision alternative à celle de la Charte des Nations-Unies pour ériger un ordre international nouveau au sein duquel il jouerait naturellement le premier rôle. La Chine promeut depuis septembre 2025 l'initiative pour la gouvernance mondiale. Et quant aux États-Unis, ils ont créé un conseil pour la paix, le board of peace, avec pour responsabilité principale la paix et la sécurité du monde à Gaza comme ailleurs. Tout semble donc se passer comme si un choc majeur entre la Chine et les États-Unis était à terme inéluctable avec des conséquences très lourdes pour le reste du monde et donc pour nous-mêmes.

Au mieux, le monde pourrait glisser vers un partage en sphère d'influence, un du polino-américain imposant ses règles, ses normes et ses dépendances dans deux hémisphères différents. Au pire, la rivalité pourrait basculer dans une confrontation ouverte entre deux puissances dotées membres permanents du Conseil de sécurité. Ce choc est-il vraiment inéluctable ? N'avons-nous plus qu'à choisir notre camp et à subir ? Je n'y crois pas. Car dans ce système d'équation par nature complexe, il y a une variable inconnue et qui peut tout changer. Cette variable inconnue, c'est l'Europe.

Oui, l'Europe est la grande inconnue de l'équation stratégique mondiale parce que la résistance à la brutalisation du monde s'organise ici en Europe et de l'Asie du Sud-Est à l'Amérique latine en passant par l'Afrique, des peuples libres et désireux de le rester attendent que l'Europe se lève et montre la voie, la voix de l'équilibre. Elle est attendue par des états de plus en plus nombreux attachés à leur indépendance qui refusent toute logique de bloc et montre qu'une architecture de sécurité collective fondée sur le dialogue est possible et qu'elle passe aujourd'hui par une Europe forte.

Oui, l'Europe est la grande inconnue de l'équation et a bien des égards une variable que certains préféreraient voir disparaître. Une variable que l'on cherche parfois à effacer. Côté chinois, les autorités cherchent à effacer l'Europe en cultivant par priorité des relations bilatérales avec les pays européens et en faisant l'impasse sur les institutions de l'Union autant que de possible. Côté américain, l'effacement est théorisé explicitement dans la revue nationale stratégique publiée le 5 décembre 2025. L'Europe y est décrite comme un continent condamné, je cite, à l'effacement civilisationnel. La vérité est ailleurs. Une Europe éclatée serait une Europe plus facilement vassalisée.

Non, l'Europe n'est pas au bord de l'effacement civilisationnel. La civilisation européenne est ineffaçable. C'est une civilisation de l'esprit. L'Europe est cette forge de l'idée selon l'expression de Stéphan Zveg où furent frappés à partir du sang et de l'esprit de nation latine, germanique, anglo-saxon et slave certaines des plus grandes pensées du monde. Des idées qui changèrent le cours de l'histoire. Et s'il est vrai que l'Europe a donné au monde le pire et le meilleur, c'est précisément ce qui la rend aujourd'hui adulte. L'esprit européen est un esprit de résistance contre tous les totalitarismes. C'est l'esprit des républicains espagnols.

C'est l'esprit de résistance contre le jou soviétique. Une civilisation de l'esprit qui apporta tant au monde et qui mis fin à des décennies de gafratricide en donnant naissance à l'une des constructions politiques les plus abouties de l'histoire, l'Union européenne qui n'acquit le 9 mai 1950 assurant à l'Europe 8 décennies de paix et de prospérité. 10 pays, peut-être même 11 ou 12 ou 13 sont aujourd'hui candidats pour rejoindre l'Union européenne. Quelle autre organisation politique dans le monde peut en dire autant ?

Oui, à Billi comme sur le Maidan en 2014, des peuples se lèvent et chantent leur aspiration à la démocratie, au son de l'ode à la joie et en brandissant le drapeau européen comme un symbole d'espérance et de liberté. Quel autre idéal politique dans le monde suscite un tel engouement ? Le fait, on vit mieux en Europe qu'aux États-Unis ou en Chine. Notre espérance de vie est plus longue. La mortalité infantile plus faible, deux fois plus faible. Les inégalités aussi. Ce qui annonce l'effacement de la civilisation européenne devrait donc commencer par s'interroger sur leur propre faiblesse. Non, l'Europe n'est pas au bord de l'effacement civilisationnel.

Mais oui, l'esprit européen est travaillé par un doute profond, un doute qui interroge sa capacité à peser dans l'équation stratégique mondiale que je décrivais il y a quelques instants. Ce doute est d'abord de nature spirituelle et morale. Il tient à une lente corrosion de l'esprit européen par la rouille de l'individualisme et l'opium du matérialisme. Un doute qui s'accompagne, et c'est un paradoxe pour le continent le plus démocratique du monde, d'une lassitude démocratique ancrée dans des sentiments mêlés. Le sentiment que la démocratie ne nous protège pas ou plus des bouleversements mondiaux.

Le sentiment d'injustice et de frustration malgré le bien-être sans précédent dont nous jouissons par rapport à l'immense majorité de la population mondiale. Le sentiment que les citoyens ne sont pas entendus, que les sujets qui leur tiennent à cœur ne sont jamais traités. et qu'une élite lointaine à Paris, à Bruxelles décide à leur place sans leur rendre de compte. Cette lassitude démocratique n'est pas tombée du ciel. Elle résulte de décennies d'aveuglement des élites face à un monde en bouleversement, de leur dénière légitime des classes moyennes et populaires, fatigué d'être méprisé et mis à l'écart. Président de la République l'avait dit en 2024 à la Sorbonne.

Le chancelier allemand l'a répété il y a quelques semaines. Rien ne garantit aujourd'hui que nous vivrons encore au sein de l'Union européenne dans 10 ans. L'Union européenne, notre organisation politique, est en danger. Rien n'est perdu. Mais l'Europe ne se relèvera que si elle conclut un pacte nouveau avec les peuples, des peuples qui aspirent à maîtriser leur avenir, qui aspire à la souveraineté, non pas une souveraineté illusoire, repliée et solitaire, mais une souveraineté européenne véritable. des peuples qui n'acceptent ni les capitulations face aux guerres d'invasion, ni le renoncement dans les guerres commerciales.

Des peuples qui attendent de l'Europe qu'elle protège, qu'elle défendent et qu'elle maîtrise ses frontières contre toutes les menaces, contre toute forme de concurrence déloyale, de coercition économique, de chantage énergétique contre toute ingence étrangère dans les processus électoraux de ces Étatsmembres. Que l'Europe tienne bon, qu'elle tienne ferme et qu'elle sache dire non. Non aux États-Unis quand ils s'en prennent à ce cas-là de plus intime sa démocratie ou son intégrité territoriale. Rappelons que les États-Unis ont un besoin vital de l'Europe.

Les grandes entreprises du numérique réalisent un/art de leur chiffre d'affaires et sans doute la moitié de leur profit sur notre continent. Les pays de la zone euro détiennent 3000 milliards d'euros d'actifs de plus que les Américains n'en détiennent en Europe. Personne ne sort jamais gagnant d'une guerre commerciale et j'ajoute que nous disposons d'instruments très puissants pour nous défendre contre toute atteinte à nos intérêts essentiels qui nous permettent de restreindre l'accès aux marchés européens et refermer nos marchés publics.

Dans ce contexte, les peuples de l'Europe attendent d'elle qu'elle se saisisse pleinement, de la ligne donnée par le président de la République dans ses discours à la Sorbonne, celle de l'autonomie stratégique. Clause de sauvegarde pour l'acier, protection des ferro alliages, préférence européenne dans les instruments européens de la défense, projet capacitaires communs, soutien à la Moldavie contre les tentatives d'ingérence, nouvel emprunt commun pour soutenir l'Ukraine. L'Europe se réveille mais elle doit accélérer car il reste peu de temps. Pour cela, la diplomatie européenne doit se renforcer. Nos coopérations doivent se renforcer.

La coopération consulaire et de gestion de crise capital pour protéger les Européens, nous le constatons aujourd'hui au Moyen-Orient et dans les cas de détention arbitraire de nos ressortissants. La coopération entre les institutions et les États-membres. En la matière, votre rôle de coordination et d'impulsion pour que chacun joue en équipe Europe est primordial, pour que sur le terrain, chacun contribue efficacement à mettre en œuvre notre politique commerciale, notre politique de partenariat. Renforcer la coopération aussi face aux attaques informationnelles. En Géorgie, c'est l'ambassadeur Pavel Ersinski qui est pris pour cible de façon honteuse comme ses collègues allemands et français.

En Arménie, c'est la mission Ouma et la représentation française qui sont diffamées. Au Niger, en Russie, en Biélorussie, au Venezuela. Les exemples malheureusement ne manquent pas. Et quand des ambassadeurs de l'Union sont visés, c'est toute l'Europe qui est attaquée. Je veux également souligner le rôle des chefs de mission de PSDC. Ces missions sont un outil de coopération opérationnelle mais aussi de partenariat politique. La capacité du SEAE à proposer des missions PSDC, civiles et militaires est une grande force. Elle doit être pleinement mobilisée et nous ne devons pas hésiter à réfléchir à de nouvelles opérations PSDC. si nécessaire, notamment à l'avenir pour le Liban.

Je mesure aussi la concurrence institutionnel à laquelle vous êtes confronté et le risque de voir le SEE traiter comme une direction générale parmi d'autres. Ce n'est pas la conception française de votre rôle. C'est grâce à votre statut hybride inscrit dans les traités que vous avez été si efficace dans la lutte contre la flotte fantôme, sur Gaza, sur les sanctions contre la Russie et le soutien à l'Ukraine. Vous pouvez compter sur la France pour défendre votre rôle. Et nous comptons en retour sur un SEAE fort.

Un SEAE qui s'affirme au sein des institutions en coordination étroite avec les Étatsmembres et qui veilleent à rappeler les compétences propres de chaque institution, notamment dans la future stratégie européenne de sécurité. Et c'est le lointain successeur de Robert Schuman, ministre des affaires étrangères de la France qui le dit, fidèle à son héritage politique et spirituel. La commission doit s'astreindre au respect le plus strict de la subsidiarité, de la lettre et de l'esprit des traités. Et de ce point de vue-là, l'article 18 du traité de l'Union européenne est limpide. La haute représentante conduit la politique étrangère et de sécurité commune de l'Union.

Elle contribue par ses propositions à l'élaboration de cette politique et l'exécute en tant que mandataire du conseil. L'obéissance au traités, le respect de la subsidiarité, c'est la condition de l'efficacité européenne. C'est la condition pour que l'Europe puisse éviter au monde et s'éviter à elle-même les conséquences délétaires de la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine. Telle est la responsabilité que nous avons en partage devant les générations qui viennent. Merci beaucoup.