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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 6 février 2019 43 minAutoproduitFond programmatiqueInstitutions & électionsImmigration & asileEurope & internationalJustice

Allocution du Président Emmanuel Macron devant les organisations arméniennes de France

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:00E. MacronFait
    « En 2001, à l'issue d'un long combat que vous avez porté ici, l'a reconnu dans la loi. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

-E. Macron : Mesdames, messieurs les ministres, Mme la Maire de Paris, mesdames, messieurs les parlementaires, Mme la Présidente de la région Ile-de-France, M. le Président du Conseil départemental, MM. les coprésidents, chers amis, mesdames, messieurs les ambassadeurs, élus, représentants des cultes, mesdames, messieurs, chers amis.

Avant toute chose, je veux à mon tour vous dire, Mme la maire, combien ce qui s'est passé ce matin dans le 16e arrondissement de Paris est un deuil pour la nation tout entière. Vous dire que nos concitoyens qui ont péri dans cet incendie, c'est d'émotion de toute la nation et que l'héroïsme des sapeurs-pompiers de Paris, une fois encore, auquel vous avez rendu hommage, c'est notre fierté à toutes et tous. (Applaudissements) (...) Je veux ici lever une ambiguïté, Mme Salamé, si vous m'y autorisez, il ne s'agit pas d'une session du Grand débat national. (Rires) Je dis ça pour rassurer celles et ceux qui auraient des angoisses sur le moment où le dessert sera servi. (Rires) Vous avez, avec la même franchise que d'habitude, levé beaucoup de points dans vos interventions et je vais m'attacher à y répondre, comme l'année dernière.

Parce que c'est, au fond, cette amitié, ce dialogue de vérité qui nous lie, et c'est ainsi qu'ensemble, nous faisons profondément nation. La 1re chose qui nous lie, à laquelle nous tenons, toutes et tous tant, c'est le fil de cette mémoire commune. Elle plonge dans beaucoup des familles, de chacune et chacun d'entre vous, elle plonge dans la mémoire du pays.

Et il y a quelques mois, avec plusieurs visages amis ici présents, en octobre, à Erevan, comme beaucoup d'entre vous l'avez fait avant moi, j'ai déposé cette fleur blanche au mémorial du génocide. Et à ce moment-là, au fort des Hirondelles, devant la flamme éternelle et dans l'intimité de sa conscience, chacun se fait intimement, intensément, le serment de ne jamais oublier, de ne jamais s'habituer, de ne jamais se résigner. On se souvient des mots de celui que beaucoup ont évoqué ce soir. "Ils sont tombés les yeux plein de soleil "en croyant que leurs enfants pourraient continuer leur enfance et qu'un jour, ils fouleraient les terres d'espérance." Cette terre d'espérance pour vos parents, vos grands-parents, ce fut la France.

Et ces enfants d'Arménie sont devenus français et ont fait l'histoire de notre pays. Chacun à leur mesure, chacun à leur façon. Et dans chaque famille, vous portez une part de cette dette, mais la nation tout entière porte une part de ce viatique.

Parmi ces illustres enfants, 3, tout particulièrement, nous ont quittés cette année. Vous les avez à plusieurs reprises cités. Arsène Tchakarian, le dernier témoin du groupe Manouchian, l'un de ces réfugiés et apatrides venus d'Orient, qui se sont battus, qui sont tombés pour défendre la liberté, notre liberté.

Tchakarian, ce héro français de la Résistance, qui toute sa vie est allé dans nos écoles pour raconter ce sombre jour du 21 février 1944, au mont Valérien, et le combat qu'il a mené juste pour que nous soyons libres. Charles Aznavour, ce fils d'immigrés devenu l'ambassadeur de la langue française, que le peuple français et le peuple arménien ont ensemble, à l'unisson, Mme l'Ambassadrice, M. l'Ambassadeur, pleuré au même moment, honoré au même moment.

Lui qui avait su venir au secours de l'Arménie lors du terrible tremblement de terre de 88, permettant aux enfants d'aller à l'école, aux familles de s'abriter, au peuple arménien de se reconstruire. Michel Legrand, lui dont le regard, toujours animé d'un joyeux sourire, se voilait un peu quand il évoquait son grand-père musicien déjà parti à 9 ans de son village d'Arabkir, son petit frère sur les épaules, pour fuir l'horreur qui avait frappé sa famille. Ils sont tous, tous les 3, à leur manière, des visages de la France, d'une génération et de destins qui ont contribué à faire notre pays.

Aucun d'eux n'était triste. Je ne dis pas qu'il n'y avait pas une certaine mélancolie dans le regard, parfois. Aucun d'eux n'était triste.

Mais ils avaient, à chaque instant, cette exigence bienveillante qui ne permet pas de s'abandonner au chagrin, mais qui fait qu'on n'oublie jamais d'où l'on vient et qu'on sait où on veut habiter. Et si nous sommes tous orphelins, le plus bel hommage que nous puissions rendre à ces trois-là, c'est de rester fidèles dans nos pensées, dans nos actions, dans nos décisions, à ce qu'ils ont porté chacun durant toute leur vie. Leur destin nous dit quelque chose de ce que nous sommes, de ce qu'est la France, de ce dont nous devons être fiers et de ce qui nous fait.

La France, c'est d'abord et avant tout, ce pays qui sait regarder l'histoire en face. Ce pays qui, par la voix de Clémenceau, d'Anatole France, de Jean Jaurès, dénonça parmi les premiers la traque assassine du peuple arménien dans l'empire Ottoman, qui, dès 1915 nomma le génocide pour ce qu'il était : un crime contre l'humanité et contre la civilisation. Qui, en 2001, à l'issue d'un long combat que vous avez porté ici, l'a reconnu dans la loi.

Et qui, comme je m'y étais engagé, fera dans les prochaines semaines du 24 avril une journée nationale de commémoration du génocide arménien. (Applaudissements) (...) Parce que oui, l'histoire des Arméniens de France, c'est une histoire française.

Et parce que le génocide arménien appartient à notre mémoire et doit être commémoré par notre République. Comme vous, avec vous, je combattrai toujours de toutes mes forces toutes les formes de négationnisme qui sont une insulte à la mémoire des morts et à la dignité des vivants. Ce combat est un combat que nombre d'entre vous ont mené pendant des années, que dis-je, des décennies.

Et je veux ici à nouveau saluer le travail, l'engagement, la vie dédiée de Serge et Beate Klarsfeld qui ont mené ce combat de vérité. (Applaudissements) (...) Parce que ce combat reste un combat actuel.

Aucun d'entre nous ne doit se résigner, s'habituer ou se faire à l'idée que cette bataille serait gagnée. C'est tout l'inverse. Baisser la garde, s'habituer à des propos d'estrade qui sonnent toujours plus fort, parce que ça fait du bruit, parce que c'est spectaculaire.

Banaliser l'injure, comme on la voit remonter. Laisser le doute rependre place, chez nous ou dans d'autres pays, c'est trahir ces combats menés durant tant et tant de décennies. C'est trahir tous ceux qui sont tombés, tout ce que nous avons construit.

Banaliser l'injure, c'est se résigner au pire. Renoncer à défendre la vérité, c'est se condamner à la déraison, et vous l'avez rappelé. Le souvenir de vos aînés nous rappelle ce coût des habitudes, de la banalisation du mal, et nous appelle à la responsabilité pour que plus jamais l'histoire ne bégaie.

Je soutiens à ce titre pleinement le renforcement de la coopération entre le mémorial d'Erevan et le mémorial de la Shoah qui a été acté lors de ma visite à Erevan. La mémoire des génocides, c'est ce travail, et c'est avant tout, toujours, inlassablement, le travail des historiens et des citoyens. Et je salue à ce titre le travail de Vincent Duclert et les mots qu'il a eus tout à l'heure pour ce soir, non seulement accepter la reconnaissance qui lui était faite, mais la responsabilité qui accompagne son travail et celui de citoyens qui ne regardent pas simplement l'histoire s'écrire, les témoignages se construire et la vérité s'édifier, mais qui ont un rôle à y jouer.

Les historiens et les citoyens sont les 1ers acteurs de ce combat que vous avez livré et que nous continuerons à livrer à vos côtés. Et la responsabilité de l'Etat français est, en effet, de s'assurer qu'en toute indépendance pour qu'émerge une vérité, celle, évidemment, des témoins lorsqu'ils existent encore pour certains génocides, mais la vérité historiographique puisse émerger, être respectée, être reconnue, être étudiée, apprise, partout enseignée, pour que jamais la négation ne redevienne une possibilité. Cette mémoire des génocides, elle suppose notre engagement, votre engagement.

L'engagement des Françaises et des Français aujourd'hui, demain, qui au-delà de tous les désaccords qu'ils peuvent avoir ne doivent jamais oublier que si nous avons ce luxe de pouvoir débattre, c'est précisément parce que tant se sont battus pour nous l'offrir. Et le travail qui a été distingué ce soir et remis en décembre au ministre de l'Education nationale est, à cet égard, une pièce importante de ce travail. Je souhaite qu'il puisse porter ses fruits pour que les citoyens de demain soient pleinement conscients des vérités du passé et puissent faire en conscience leur propre choix.

C'est plus que jamais essentiel au moment où la violence de l'histoire réapparaît, où des génocides sont à nouveau commis, où les crimes contre des civils, des enfants, des personnels humanitaires, des journalistes sont sans équivalent dans notre histoire récente. N'oublions pas qu'Alep, où l'horreur s'est à nouveau produite, fut le lieu des tragédies du début du XXe siècle. N'oublions pas que ces tragédies contemporaines se font d'autant plus facilement que tant et tant de dirigeants, parfois d'habitants, s'étaient habitués à ne plus dire ce que s'y était passé.

Souvenons-nous des derniers mots de Missak Manouchian : "Je suis sûr que le peuple français "et tous les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement." Oui. Nous devons nous montrer dignes de ce message, de notre histoire, en défendant de toutes nos forces un ordre international fondé sur le respect de chacun et des règles définies en commun, en nous battant pour que les droits de l'homme soient respectés, 70 ans après la déclaration de 1948 en garantissant les conditions de la paix pour les générations futures.

Et c'est précisément ce que la France a fait le 11 novembre 2018, 100 ans après la fin de la Grande guerre, en organisant le 1er forum de Paris pour la paix. Je vous ai entendu sur ce sujet. "Mais quelle est, de là où je suis, ma responsabilité ?" De tout dire de cette histoire, de sa vérité, de la part d'imprescriptible qui l'accompagne.

Mais dois-je pour autant la faire bégayer ? Ma responsabilité est-elle, parce qu'aujourd'hui, un dirigeant, le président turc, ne partage pas sur ce point, et j'y reviendrai, la vision portée par la France et nos valeurs sur ce sujet, dois-je enfermer à mon tour l'ensemble du peuple turc dans ce passé ? Dois-je le ré-enfermer dans une conflictualité ?

Dois-je décider : on va faire un forum pour la paix à Paris, nous inviterons tous les belligérants ceux qui se sont entretués, ceux qui, de part et d'autre de la frontière, ont eu des millions de vies brisées ? Et parce qu'aujourd'hui, il y a un dirigeant qui n'est pas au rendez-vous de l'histoire que nous dénonçons, dire simplement : la Turquie tout entière, le peuple turc tout entier n'y a pas sa place ? (Cris d'approbation) Non.

Ce n'est pas mon rôle. Non. Parce que là, c'est m'enfermer.

M'enfermer dans les bégaiements de l'histoire. Tendre la main, bâtir la paix, construire des ponts pour dialoguer, sans rien céder dans le même temps aux discours de vérité à ce que l'histoire dit, aux faits, à la réalité. Je ne peux pas être, sur ce sujet, votre militant. (Propos inaudibles) Mais précisément parce que le président Erdogan n'est pas le peuple turc.

Précisément. (Applaudissements) Précisément. (...) Mais il est aujourd'hui le président de la Turquie.

Et je ne suis pas à Paris...

Mais je ne suis pas, à Paris, en tant que président du peuple français, celui qui a la légitimité pour dire : cette personne est légitime devant le peuple turc ou pas. Ce n'est pas ma conception de la souveraineté des peuples. Ce n'est pas la mienne.

Je défends à tout prix nos valeurs. Je les défends lorsque je lui parle. Je les défends, mais je ne suis pas là pour simplement vous dire les choses qui vous font plaisir.

Ou alors il ne faut pas m'inviter. (Propos inaudibles) Mais je dis simplement que faire avancer les choses, que faire avancer, je crois à la responsabilité de la France. Ce n'est pas s'enfermer dans le clan de ceux qui seraient d'accord sur tout, c'est précisément parce que nous avons cette relation à l'universel.

Savoir considérer qu'un peuple n'est pas toujours enfermé dans l'expression politique du moment auquel il appartient, mais ce n'est pas pour autant décider de se substituer à la souveraineté de ce peuple. Tant, autour du monde, vous diraient aujourd'hui qu'ils considèrent que je ne représente pas la vérité qu'ils se font du peuple français. Rentrons dans ce discours.

Nous avons tant de fois par le passé commis cette erreur de vouloir à la place des peuples ce qui était bon pour eux-mêmes, à chaque fois, quel a été le résultat ? Nous nous sommes débarrassés de celui qui n'était pas d'accord avec nous. Mais pour quelle situation ?

Pour quelle issue ? Ce qui nous a fait, mes amis, c'est aussi ce principe de souveraineté des peuples. Et donc, travaillons pour, précisément, ne pas enfermer la Turquie contemporaine dans une réalité politique qui n'est pas celle dans laquelle nous nous reconnaissons, qui ne défend pas nos valeurs, aidons celles et ceux qui portent d'autres valeurs.

Mais ne décidons pas de l'ostraciser du cours du monde. Et lorsqu'aujourd'hui, nous menons un forum pour la paix, je vous le dis en pleine conscience, et en l'assumant totalement devant vous ce soir, la responsabilité pleine et entière du président de la République française est d'inviter le président de la Turquie. (Applaudissements) (...) -Et dans le même temps, à chaque que j'ai invité le président turc et que je l'ai vu, je lui ai dit la vérité, je lui ai dit les choses, en privé et en public.

Je l'ai dit, et y compris quand il s'agit du processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Je vous invite à retrouver la conférence de presse faite en début d'année 2018 avec le président Erdogan. Je ne suis pas du genre à me confondre dans les ambiguïtés.

J'ai été très clair : "Président, "président, je vous ai écouté, "je n'aurai pas vos positions sur ce sujet, "parce que je n'ai pas vos responsabilités. Nous ne parlons pas de la même place." Mais croyez-moi, je commettrais une erreur, je le crois très profondément, à faire autrement.

On m'a souvent reproché d'être trop indulgent. J'attends les dirigeants occidentaux qui sont aussi francs avec le président Sissi sur les droits de l'homme que je l'ai été il y a quelques jours et que j'ai été...

Je vous invite...

Ne soyez pas, même si nous sommes dans ces heures de Grand débat, dans les interpellations de toute part de la pièce. Je l'ai dit très clairement à chaque fois sur ce sujet, celui des droits de l'homme, celui des droits des journalistes, à chaque fois que j'ai vu le président Erdogan, en Turquie comme en France. Avec d'ailleurs des résultats à la clé sur plusieurs journalistes. (Applaudissements) Mais je mène depuis 2 ans maintenant un dialogue exigeant avec le président turc.

Nous avons des désaccords assumés sur la défense des intérêts de nos alliés kurdes dans la lutte contre Daesh, j'y reviendrai, sur la question des droits de l'homme, des libertés fondamentales en Turquie, sur le génocide et le passé. Nous avons aussi des points importants de convergence qui justifient pleinement ce dialogue et la place que la Turquie joue dans la région. Comme sur la nécessité d'une transition politique en Syrie, dans le cadre des Nations unies, car aucune solution militaire ne mettra fin à ce conflit, et dans ce cadre, à ce titre, le dialogue avec la Turquie est indispensable.

Indispensable. Evidemment, la question de la reconnaissance du génocide arménien fait partie de nos échanges, et sur chacune des étapes de mes déclarations, y compris des actes que nous aurons à prendre comme je viens de m'y engager devant vous, il a été informé. J'ai eu l'occasion de lui rappeler quels avaient été mes engagements aussi devant le peuple français souverain.

Mais je me refuse, en effet, à rompre le fil de ce dialogue. Peut-être est-ce parce que, au fond, je considère que refuser de parler, ce serait refuser de regarder la réalité en face et renoncer de la changer ? Refuser de parler, pour nous Français, ce serait laisser seuls, ou à des cercles d'initiés, Garo Paylan que nous avions accueilli l'année dernière, ce serait laisser seuls tant et tant qui se sont battus, ont perdu leur vie, et qui ont besoin que ce dialogue soit là, et de ne pas laisser la totalité du peuple turc face à son président mener un cours de plus en plus loin du Conseil des nations.

Et je crois très profondément que notre responsabilité par ce dialogue exigent, c'est en effet d'aider notre ami Garo Paylan, d'aider Hrant Dink, ce héros qui a donné sa vie pour le pluralisme, sa veuve et sa fondation. (Applaudissements) (...) Et de considérer que le rôle de la France, et je le crois profondément, c'est d'être partout dans le monde, aux côtés des combattants de la liberté, aux côtés de ceux que la violence de l'histoire voudrait faire taire et de parler à toutes les nations pour pouvoir progressivement construire cette paix.

La bouscule de l'ordre international contemporain nous pousserait tous et toutes à mener si vite la fermeture, l'oubli, le camp contre camp. Votre rencontre, cette année, met à cet égard l'accent sur la protection des chrétiens d'Orient. C'est un combat qui est au coeur, je le crois très profondément, de la responsabilité de la France dans la région.

Nous nous sommes mobilisés plus que tout autre sur ce sujet et nous renforcerons encore notre engagement au cours des prochains mois. J'ai eu l'occasion là aussi de le faire encore en Egypte, en annonçant l'accueil d'une nouvelle conférence à la fin de ce semestre. Et c'est aussi ce que nous conduisons, partout, aux côtés, d'engager sur ces sujets qui ont été honorés ce soir.

Je veux, Mme Boghossian, vous rendre hommage pour l'action qui est la vôtre. Je veux également, à travers vous, et avec vous, ce soir, rendre hommage à Nadia Murad et au travail qu'elle mène aussi. L'une, l'autre, dans cette région du monde si bousculée, balafrée, traumatisée, vous menez un combat essentiel, un combat pour des minorités, un combat pour réparer les âmes, un combat pour réparer les êtres.

Et je crois très profondément que dans cette région, l'engagement de la France aux côtés d'associations comme la vôtre, ou comme celle de Nadia Murad, que nous avons mise à l'honneur et qui a pu lancer son initiative lors du Forum de Paris pour la paix, c'est reconnaître pleinement le fait que toutes celles et ceux qui, en situation de minorité dans cette région, ont failli disparaître sous les coups de boutoirs de l'obscurantisme de Daesh. Notre rôle si nous voulons dans la durée construire la paix, c'est de rebâtir ce pluralisme dans la région. Le rôle de la France, c'est précisément de s'assurer que chacune de ces communautés, chacun de ces peuples, soit par son ethnie, soit par sa religion, tout simplement par ce qu'il est, et que les autres ne veulent pas voir, a le droit de vivre dans cette région du monde comme dans toutes les autres.

Ce combat, c'est le véritable combat pour l'universel. Et que vous ayez décidé ce soir de mettre la protection des chrétiens d'Orient et les combats que mènent les associations qui ont été célébrées sur le devant de la scène est pour moi une preuve importante de cette défense commune que nous avons tous et toutes, des valeurs d'universel et de celles que nous portons dans la région. Le devoir de la France, le nôtre, cette vocation de l'universel et du multilatéralisme dans la région, c'est d'être profondément convaincu qu'aucune solution facile ne construira durablement la paix en zone irako-syrienne.

C'est de considérer que même le camp du plus fort qui peut à un moment apparaître, qui semblerait partager nos intérêts, avoir éradiqué Daesh ou tous les groupes terroristes qui sont évidemment nos 1ers ennemis dans la région, quand bien même ce combat serait gagné, il n'est pas suffisant. QUand bien même ce combat serait gagné, chaque minorité, chaque communauté, chaque peuple de la région a le droit de vivre, d'être reconnu, d'être en paix dans cette région, car aucune stabilité ne se construira sans cela. Parce que nos valeurs ne seront pas défendues sans cela.

Parce que le terrorisme renaîtra sinon de ces ressentiments. Et c'est pourquoi la France restera profondément engagée à l'égard des forces d'opposition, et en particulier des Kurdes qui se sont battus avec courage en Syrie sur le terrain... (Applaudissements) (...) Pendant tant d'années.

Alors que le combat contre Daesh est en train de s'achever, c'est le dialogue que j'ai eu dès les 1res heures de l'annonce américaine d'une décision de retrait, pour que les forces de la coalition n'abandonnent pas ceux qui se sont véritablement battus contre Daesh sur le terrain, pour notre liberté, contre nos terroristes. Et c'était eux. Et notre responsabilité est de nous assurer que quelques solutions politiques qui émergent dans la région puissent maintenir en effet leur place, leur liberté, et leur permettre de vivre. (Applaudissements) (...) Et c'est ce même combat que nous poursuivrons, que nous avons poursuivi, que nous poursuivrons avec vous, madame, et que nous avons poursuivi avec l'appel de Nadia Murad, si justement mise à l'honneur ce soir, grâce à laquelle 100 femmes yézidies et leurs enfants ont été accueillis il y a quelques semaines en France.

Aujourd'hui comme hier, rien n'est facile. Les appréhensions, les tensions existent partout sur les traditions d'accueil, et il serait illusoire de les nier. Et ce soir, vous avez, à plusieurs reprises su rappeler, justement, la force de ce message du devoir de l'asile, de cette générosité qui fait la France d'accueillir les uns et les autres sur notre sol, lorsqu'ils sont menacés, lorsqu'ils doivent être protégés.

L'histoire des Arméniens de France est tout cela, ce passé qui oblige, cette dialectique qui nous est imposée, même quand l'ordre des nations n'est pas celui qu'on voudrait forcément voir, mais parce que c'est celui avec lequel nous devons faire. Mais c'est aussi ce qui structure, nourrit la relation contemporaine entre l'Arménie et la France, et notre amitié. Je garde un souvenir très fort, bien sûr, de l'accueil que j'ai reçu en octobre dernier, et je tiendrai parole en effectuant prochainement en Arménie, Mme l'ambassadrice, une visite d'Etat.

Depuis... (Applaudissements) Depuis notre dernière rencontre, ici même, l'Arménie a attiré sur elle tous les regards, il faut bien le dire, au printemps, dans un calme et une détermination qui forcent l'admiration, le peuple arménien a exprimé sa volonté profonde de transformation.

Les élections parlementaires de décembre ont apporté la démonstration que l'Arménie faisait le choix de la démocratie et du progrès. Et j'ai dit au Premier ministre que la France serait aux côtés de l'Arménie pour écrire cette nouvelle page de son histoire. (Applaudissements) Et j'ai aussi eu l'occasion de le féliciter lors du formidable succès du sommet de la francophonie.

Et parmi les nombreux projets que nous avons lancés ces derniers mois, il y en a un qui me tient tout particulièrement à coeur. Charles Aznavour avait décidé de faire du centre culturel qui porte son nom à Erevan le lieu du rayonnement de la langue et de la culture françaises en Arménie et dans toute la région. Il devait nous le faire visiter en octobre.

A quelques jours près, le destin en a décidé autrement. Mais nous nous y sommes rendus avec son fils Nicolas, son épouse, la famille et les amis, et nous avons tenu parole, en scellant un partenariat entre l'Institut français, l'Alliance française et la fondation Charles Aznavour. Il y a quelques jours, la 1re Nuit des idées s'est tenue dans ce centre, en Arménie, avant bientôt le Festival du film français.

Et j'apporte ici mon entier soutien à la proposition du président arménien, d'organiser dans les prochains mois le concert hommage à Charles Aznavour au bénéfice de ce beau projet qui était le sien et qui est désormais, si vous m'y autorisez, cher Nicolas, le nôtre. Je vous invite ainsi tous à y participer pour que notre langue rayonne auprès de la jeunesse arménienne et pour que se renouvellent ces liens scellés par notre histoire. A quelques jours près, il n'était pas avec nous, mais dans chacun des gestes qu'il y a eus à ce moment-là, et dans chacune des intentions, il y avait sa trace.

L'avenir de la jeunesse d'Arménie doit être un avenir de paix dans une région où, nous le savons, les sources de tensions ne manquent pas. C'est pourquoi nous ne ménagerons aucun effort pour encourager, accompagner les discussions nécessaires à une résolution pacifique, juste et durable du conflit du Haut-Karabagh. C'est un autre sujet sur lequel je vais donc maintenant revenir, mes chers coprésidents.

Comme chaque année. La France jouera tout son rôle de coprésidente du groupe de Minsk. Et c'est d'ailleurs en tant que telle qu'elle a accueilli, le 16 janvier, les ministres des Affaires étrangères d'Arménie et d'Azerbaïdjan, engagés dans le dialogue.

Ce rôle utile que nous pouvons jouer, en particulier, dans le contexte actuel, ne peut se faire qu'à 2 conditions : l'impartialité et le respect du droit. D'abord, je veux vous rassurer, à chaque fois qu'il y a eu les déclarations azéries que vous avez évoquées, la France, et d'ailleurs pas uniquement la France, la Russie au moins avec nous ont à chaque fois condamné officiellement ces déclarations. Je ne voudrais pas qu'il y ait sur ce sujet la moindre ambiguïté. (Applaudissements) Mais je me dois de revenir sur quelques points plus particuliers que vous avez soulevés.

Et d'abord répondre très précisément à vos interpellations sur les chartes d'amitié et sur la question des ventes d'armes. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas du genre à éluder le moindre sujet. Sur les chartes d'amitié, je sais et vous en avez été, l'un et l'autre, les parfaits ambassadeurs, la réelle préoccupation dans certaines communes de France et l'émotion des derniers mois.

Notre pays, comme les autres Etats parties du processus, ne reconnaît pas la République autoproclamée du Haut-Karabagh. C'est une obligation juridique autant qu'une question de principe qui implique que nous ne puissions pas reconnaître les accords signés entre les municipalités ou les collectivités françaises et des autorités de fait du Haut-Karabagh. Et c'est une évidence.

Et je vous le dis avec beaucoup de sincérité, la même, ça vous est sympathique, parce que la cause vous est sympathique sur ce sujet. Je l'entends. Mais quel président de la République serais-je si je vous disais : "On va lever le contrôle de légalité "et on va permettre à des communes "d'avoir des accords avec d'autres collectivités, une République qu'on ne reconnaît pas" ?

Mais il y a des élus de la République qui peut-être partagent moins vos valeurs, qui vont aller faire les mêmes accords avec des collectivités dans des pays qui partagent moins nos valeurs avec lesquels nous avons décidé de ne pas avoir de relations diplomatiques. Les relations diplomatiques, c'est un choix souverain. Il n'est pas à décider au cas par cas, commune entre commune.

Même quand c'est sympathique, même quand c'est dans les valeurs que vous portez. Et donc sur ce sujet, le contrôle de légalité continuera à s'appliquer, parce que le peuple souverain ne se définit pas à l'aune de l'amitié d'une commune ou d'une collectivité. Et c'est ainsi que la République fonctionne et qu'elle continuera à fonctionner.

Ce serait contrevenir aux engagements internationaux de la France, et c'est donc pour cela que le contrôle de légalité est exercé par nos préfets. Et je crois que c'est important sur ce sujet, ni de fragiliser le contrôle de légalité, ni de vouloir faire avancer, par le biais de coopérations décentralisées des sujets importants. Parce que dans les moments difficiles, c'est la République qui tient et la force du peuple souverain tout entier.

En revanche, rien ne s'oppose à ce que des initiatives individuelles, non susceptibles de porter atteinte à notre impartialité, telles que par exemple des initiatives à caractère humanitaire ou éducatif puissent être mises en oeuvre par nos concitoyens dès lors que les fonds publics ne sont pas engagés. C'est dans ce même esprit de bienveillance que des visas peuvent, sous certaines conditions, et par exception aux principes de territorialité, être délivrés aussi par notre ambassade à Erevan à des habitants du Haut-Karabagh, à condition bien sûr qu'ils ne se livrent pas lors de leur séjour en France à des activités qui pourraient nous mettre en contradiction avec nos obligations. Et je pense que c'est en fonctionnant ainsi que nous pouvons faire avancer les choses.

Pas autrement. Sur la question des ventes d'armes, je veux là aussi être clair. La France, et ce n'est pas le cas de tous les pays, comme vous le savez, respecte scrupuleusement ses obligations liées à l'embargo.

Nous ne fournissons donc pas et nous ne fournirons pas d'armes et de munitions susceptibles d'être utilisées dans des opérations armées au Haut-Karabagh. -Bravo ! (Applaudissements) -E.

Macron : Et nous sommes d'autant plus exigeants sur ce point qu'il est contrôlé de manière explicite dans la commission présidée par le Premier ministre, comme il l'était d'ailleurs par les Premiers ministres précédents, et que nous avons une responsabilité particulière, encore plus particulière, liée à notre rôle dans le groupe de Minsk. Et je veux aussi sur ce point vous rassurer. C'est parce que nous avons une responsabilité particulière que nous souhaitons, et c'est ce qu'en creux vous avez appelé, que toutes les parties prenantes soient autour de la table.

Et dans l'histoire du processus, ça n'est pas la France qui a écarté telle ou telle autre partie. L'un et l'autre l'ont parfois fait. Et je pense que, c'est en tout cas le dialogue que j'ai entamé avec les 2 présidents, que nous pouvons retrouver un chemin où, de tâtonnement en tâtonnement, nous pouvons progressivement réussir à remettre toutes les parties les plus centrales autour de la table. (Applaudissements) Les élections qui viennent de se tenir vont offrir aujourd'hui un cadre institutionnel stable qui permettra, c'est en tout cas mon souhait, et c'est celui que, au nom de la France, j'ai porté, lors de mon échange avec le président azéri, pour faire avancer ce sujet.

Et mon engagement sera complet. Par le passé, nous fûmes si proches parfois. Précisément par ce rôle que la France et quelques autres ont su conduire, je crois que nous pouvons y parvenir.

Mais faites-moi confiance, y parvenir, ça n'est pas décider, sans aucune garantie de résultat, de perdre toute crédibilité à l'égard d'une partie, simplement pour faire plaisir à l'autre, quand bien même ça me vaudrait des applaudissements d'estrade. Et donc mon rôle est de continuer ce chemin difficultueux, où il faut bâtir la confiance entre 2 parties, même quand elles ne se parlent pas, même quand il y a des impensés, parce que je crois que c'est la vocation profonde et universelle de notre pays. L'avenir de la jeunesse d'Arménie, enfin, c'est aussi l'éducation, et vous l'avez évoqué, Mme la présidente, Mme la maire, le formidable modèle que nous avons toutes et tous vu en Arménie, l'exemple formidable de l'Université française en Arménie, qui est l'un des joyaux de notre coopération.

Elle a formé plus de 2 000 étudiants, nous les avons vus il y a quelques mois parfaitement francophones, en marge du sommet d'Erevan. Et nous avons aujourd'hui le projet d'un nouveau campus pour que l'UFAR connaisse de nouveaux succès, s'internationalise, pour répondre aux besoins de cette jeunesse arménienne qui a envie de France et de francophonie. L'objectif, c'est aussi d'adosser ce nouveau campus au Centre des technologies créatives, TUMO, pionnier arménien de l'éducation numérique plusieurs fois évoqué et qui a tant inspiré à Paris et ailleurs.

Et j'apporte ici mon soutien plein et entier à la levée de fonds internationale qui a été engagée pour permettre à ce beau projet de voir le jour. Je salue le soutien de l'Union européenne, de la région Ile-de-France, et je compte sur vous tous pour y participer. Et je soutiens cette association très étroite avec la ville de Paris qui a été rappelée par Mme la maire.

Mes chers amis, je crois avoir à peu près répondu à tous les points qui avaient été soulevés par les coprésidents avec la même franchise et, je crois, la même volonté de cheminer ensemble. Mais au fond, si je tenais à être là, c'est parce que je veux pouvoir rendre compte, et rendre compte dans le cadre d'une relation qui n'a jamais été de complaisance, mais d'amitié véritable. Quand on vient de loin et qu'on vit durablement ensemble, on ne peut pas progresser ou cheminer dans les facilités, les non-dits ou les malentendus.

Moi, j'aime toujours être parmi vous. D'abord, parce que je considère que les Arméniens sont les 1ers véritables inventeurs du "en même temps", que j'ai terrorisé... (Rires) (Applaudissements) (...) Charles Aznavour ayant toujours revendiqué qu'on pouvait être à la fois 100% français et 100% arménien, et les gens ne lui demandaient jamais quel était le vrai dosage, en lui disant que ça n'était pas possible, il l'était en même temps.

Plus sérieusement. Plus sérieusement. C'est qu'il y a dans ces histoires de grands Arméniens que j'évoquais, dans cette histoire qui nous lie, et dans notre présent quelque chose qui dit...

Qui dit tant de nous. La France est un pays qui a su fasciner, protéger, libérer. Mais surtout, dans notre pays, il y a quand même eu ce miracle, qu'un homme qui n'était pas français, qu'un homme qui a attendu 13 ans après la Deuxième Guerre mondiale, Tchakarian, pour devenir français, a été prêt à donner sa vie pour la liberté de la France.

Et qu'un autre, qui n'avait jamais fini ses études, jamais vraiment appris dans les livres, allait devenir l'un des plus grands poètes du XXe siècle, en langue française, Charles Aznavour. Et il y a dans ces 2 destins, pour moi, quelque chose qui dit tout de la vitalité des Arméniennes et des Arméniens en France et de France, et de ce qu'ils revigorent de la promesse de la République. Quand la République est assignée à résidence ou dit : "Pour avoir cette place, il faut être passé par cette case", elle se trahit un peu elle-même.

Et quand des destins à qui tout était fermé, pour qui tout était impossible, décident de prendre tous leurs risques et de devenir des héros pour la liberté ou pour la langue, c'est la France. Et c'est l'Arménie. Et à travers ces 2 destins tout particulièrement, il y a pour moi cet impossible que nous arrivons à chaque fois à réaliser.

Et donc il y a des chemins difficiles. On n'est pas toujours contents. On considère qu'on n'a pas tout à fait tout.

La République est toujours inachevée. Mais tant qu'il y a des femmes et des hommes qui ne cèdent rien à l'absolu, elle arrive à faire quelques pas. Ce que la France doit aux Arméniennes et aux Arméniens, c'est d'avoir montré que des destins qui étaient prétendus impossibles allaient devenir des exemples.

Ce que les Arméniennes et les Arméniens doivent à la France, c'est de lui rappeler qu'elle ne doit jamais s'assoupir, que la République est inachevée et que les principes sont exigeants sans aucune facilité. Parfois, c'est plus long qu'on ne le voudrait, c'est plus difficile, mais au fond, c'est ce travail de phoenix, constant, toujours réinventé, qui fait notre force et qui fait que cette année encore, j'avais envie d'être avec vous. Merci. (Applaudissements)