École : les propositions d’Édouard Philippe - C à vous - 03/10/2023
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 1:43RelanceRéponse partielle
Donc il faut faire la révolution, mais vous n'êtes pas un révolutionnaire.
- 1:53OuverteRéponse directe
Ce n'est plus la politique des petits pas, quoi. En gros, c'est ce que vous dites.
- 2:34OuverteRéponse directe
Ça veut dire qu'on peut avoir des régions avec des écoles avec des rythmes scolaires, des programmes pédagogiques, des organisations, des recrutements qui ne seront pas les mêmes d'un établissement à l'autre.
- 2:44RelanceRéponse directe
Ça peut créer des inégalités.
- 4:02OuverteRéponse directe
Par exemple, ne pas renoncer à l'excellence et à l'élitisme, ce qu'est-ce qu'elle fait ?
- 5:25RelanceRéponse directe
Au nom de l'égalité.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:59Invité politiqueChiffre
« une des caractéristiques, j'explique dans le premier chapitre, du système français, c'est qu'il est celui dans les grands pays de l'OCDE qui renforce le plus aujourd'hui les inégalités sociales. »
- 3:12Invité politiqueFait
« cette école, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, depuis 30 ans, depuis 40 ans, elle est l'école qui crée le plus de reproduction sociale, le plus de différence sociale. »
- 4:17Invité politiqueFait
« Je ne suis pas sûr que le niveau moyen ait un sens. »
- 4:36Invité politiqueFait
« l'école, elle a pour vocation à faire en sorte que ceux qui ne sont pas très bons dans une matière ou dans un apprentissage deviennent meilleurs, mais que ceux qui sont bons, ceux qui ont du potentiel, et il y en a plein partout, deviennent meilleurs encore. »
- 5:31Invité politiqueFait
« il y a un discours qui s'est quand même, il faut bien le reconnaître, beaucoup imposé en France, qui consiste à dire que derrière la réussite scolaire, il y a la reproduction d'une inégalité. »
Temps de parole
- Édouard Philippe90 %
- Présentateur10 %
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— Son livre, Apropidou, est remarquable. — Qui a été réédité il y a un an ou deux. — Il a été publié après sa mort. Et il l'a écrit avant de devenir président. Il l'a publié après sa mort. Et c'est un livre assez remarquable. D'abord écrit dans un Français assez époustouflant, je dois dire. Et qui est resté très moderne parce qu'il se pose ces questions de blocage de la société française. Et il essaie de répondre à la façon dont on peut les débloquer. Et il le fait sur l'université notamment, ce qui est très intéressant parce qu'il y a 68, évidemment, en tête. Et il essaie d'avancer. Bon, bref. Je crois qu'on est dans une situation aujourd'hui qui est assez comparable à ce qu'il décrit.
Le nœud gordien, c'est ce nœud qu'Alexandre Legrand voit totalement attriqué, qu'il faut défaire et que personne ne sait défaire. Et tout le monde le regarde et tout le monde se demande comment est-ce qu'on va le défaire. Et Alexandre, pour le trancher, d'où l'expression de le nœud gordien, bien entendu, le tranche avec son sabre, ça veut dire qu'il y a un moment où les situations sont tellement intriquées, tellement sédimentées, tellement compliquées, qu'il faut pouvoir trancher, qu'il faut pouvoir totalement sortir du modèle. Et ça n'est jamais facile. Et il ne s'agit pas simplement de dire je sors mon sabre et je casse ou je tranche.
Il s'agit de savoir comment est-ce qu'on va construire quelque chose de neuf. Et l'analyse que je fais dans le livre, qui n'est pas une analyse spontanément évidente pour moi, je vais vous dire, c'est d'ailleurs ce que j'explique dans la conclusion, c'est que notre modèle français, notre constitution, notre système juridique est tellement bloqué que l'idée qu'on va s'en sortir en corrigeant ici ce qui devrait l'être, là ce qui pourrait être un peu mieux fait, me paraît assez illusoire. Et que nous allons devoir...
Donc il faut faire la révolution, mais vous n'êtes pas un révolutionnaire.
Je ne crois pas, d'abord je ne suis pas sûr que tous les grands changements soient des révolutions. On a des exemples, on a des exemples.
Ce n'est plus la politique des petits pas, quoi. En gros, c'est ce que vous dites.
Je pense qu'il faut qu'on ait des changements assez profonds, philosophiques, si j'ose dire, dans des sujets. Vous avez parlé de l'école, on ne s'en sortira pas, me semble-t-il, si on ne revient pas sur des choses qu'on a laissé avancer, qu'on a laissé transformer. Il faut refaire le choix de la liberté dans les écoles. Il faut mettre le paquet sur les petites classes. Oui, mais l'autonomie, c'est un mot. En réalité, c'est quoi derrière ? C'est la confiance. La confiance dans les professeurs, la confiance dans les chefs d'établissement, la confiance dans les organes de direction des écoles, dans les conseils d'administration.
Il faut à la fois faire confiance à ceux qui prennent des décisions et qui vont prendre des bonnes décisions pour l'école.
Ça veut dire qu'on peut avoir des régions avec des écoles avec des rythmes scolaires, des programmes pédagogiques, des organisations, des recrutements qui ne seront pas les mêmes d'un établissement à l'autre.
Peut-être.
Ça peut créer des inégalités.
Parce que vous pensez qu'il n'y en a pas aujourd'hui ? Je veux dire, on vit à chaque fois qu'on propose une modification sur l'école. Non, non, non, non, ce n'est pas ce que je veux dire. On vit à chaque fois qu'on propose une modification sur l'école avec cette question de, oui, mais attention, il y a les inégalités. Je veux dire à tous ceux qui nous regardent qu'une des caractéristiques, j'explique dans le premier chapitre, du système français, c'est qu'il est celui dans les grands pays de l'OCDE qui renforce le plus aujourd'hui les inégalités sociales.
Ce qui est dingue, pardon, de cette expression, quand on parle d'une école qu'on aime à qualifier d'école de la République et dont on est fier, et j'en suis fier, n'empêche que cette école, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, depuis 30 ans, depuis 40 ans, elle est l'école qui crée le plus de reproduction sociale, le plus de différence sociale. Donc, ne commençons pas par dire, oh, vous allez bouger quelque chose, ça va renforcer les dits. Elles sont déjà là. Donc, comment est-ce qu'on fait, au contraire, pour repenser ce que doit être l'école ?
Mon sentiment, c'est qu'un des éléments, et ce n'est pas le seul, et c'est pour ça que c'est très compliqué, et c'est pour ça que j'en parle, pardon, mais de façon assez humble, parce que je n'ai pas la vérité sur tous les sujets. J'essaie de faire part de convictions, et puis une fois que le débat, il aura eu lieu, une fois que j'aurai continué à réfléchir, peut-être que ça deviendra un programme, comme vous dites. Mais pour l'instant, j'en suis à la réflexion. Ce n'est pas grave de réfléchir. C'est même assez sain, à mon avis. Et donc, je me dis, qu'est-ce qu'on doit changer ? Qu'est-ce qu'on doit changer ?
Par exemple, ne pas renoncer à l'excellence et à l'élitisme, ce qu'est-ce qu'elle fait ?
Je pense que l'élitisme n'est pas un gros mot, mais je pense surtout que, là encore, quand on parle d'élitisme ou d'excellence, les gens vous disent, ah oui, vous pensez qu'au bon. Non. Je ne suis pas sûr que le niveau moyen ait un sens. Ce n'est pas hyper populaire de dire ça, mais je crois que c'est vrai. Je ne suis pas sûr que le niveau moyen, il y a des acquis qu'il faut avoir, mais je ne suis pas sûr que le niveau moyen ait un sens. Et surtout, je ne suis pas sûr que le rôle de l'école, ce soit simplement de se dire, veillons à ce qu'à peu près tout le monde soit au niveau moyen, et puis faisons attention parce que ceux qui ne sont pas au niveau moyen, il faudra les aider.
Moi, je pense que l'école, elle a pour vocation à faire en sorte que ceux qui ne sont pas très bons dans une matière ou dans un apprentissage deviennent meilleurs, mais que ceux qui sont bons, ceux qui ont du potentiel, et il y en a plein partout, deviennent meilleurs encore. Et donc, je pense qu'on devrait repenser d'une certaine façon, et la classe, et l'école, et les rythmes, pour faire en sorte qu'on essaie de pousser tout le monde, en assumant, c'est vrai, une forme de recherche d'excellence. Pas en se disant, on ne va s'intéresser qu'à ceux qui sont très bons. Bien sûr que non, ce n'est pas ça l'école.
Mais en se disant, dès qu'on voit quelqu'un qui est bon, dès qu'on voit quelqu'un qui a du... On le pousse pour qu'il soit encore meilleur. Et ça, ça exige des filières partout, pas simplement dans les beaux quartiers. Mais partout, ça exige des filières d'excellence qui permettent de pousser les élèves, de les tirer, de les aspirer vers le haut. Et on a, me semble-t-il, un peu, un peu, renoncé à ça.
Au nom de l'égalité.
Pourquoi ? Parce qu'il y a un discours qui s'est quand même, il faut bien le reconnaître, beaucoup imposé en France, qui consiste à dire que derrière la réussite scolaire, il y a la reproduction d'une inégalité. Ça n'est pas faux. Mais si vous dites, derrière la réussite scolaire, il n'y a que la reproduction d'une inégalité, alors dans ce cas-là, vous ne choisissez plus l'excellence scolaire. Et c'est un énorme problème. Donc je pense qu'il faut reprendre ça.
Une école qui use le corps enseignant. Vous parlez de votre sœur qui a préféré démissionner, changer de vie, plutôt que de continuer à enseigner les lettres modernes. Et votre père, usé par le système éducatif et les injonctions contradictoires, la pression qui posait sur ses épaules de principales, au point de tenter de mettre fin à ses jours.
Mon père, ma mère et ma sœur étaient professeurs de lettres. Et puis mon père est devenu principal de collège. Ils ont tous les trois, je l'ai vu, parce que c'était mon père, ma mère et ma sœur, je les ai vus confrontés à ce métier qui est un métier difficile. Je dis dans le livre que c'est insupportable. Vraiment, c'est insupportable d'entendre dire qu'être professeur, c'est facile, c'est un poste de privilégié, c'est pas usant.
C'est de moins de vacances d'été, c'est pas d'heures de...
C'est un métier usant. Vraiment. Je le crois. C'est ce que j'ai vu. Alors j'ai vu différentes façons de résister à cette usure. Ma mère a parfaitement bien résisté. Elle a travaillé jusqu'au bout de sa vie. Elle était dans des quartiers difficiles. Elle enseignait dans des collèges, puis dans des lycées difficiles. Et elle était fatiguée parfois. Elle était énervée parfois. Mais elle a tenu, en vérité, sans problème. Ma sœur, qui enseignait dans la banlieue parisienne, au bout de 15 ans, au bout de 16 ans, juste plus possible. Mais ras-le-bol. Ras-le-bol. Elle avait passé le CAPES. Elle était professeure certifiée. Elle a passé un CAP pour encadrer des tableaux. Elle a changé de vie.
Tellement elle n'en pouvait plus. Tellement elle était usée par, en effet, une institution qui ne la soutenait pas beaucoup. Par des choses qui ne lui plaisaient pas. Et mon père, qui lui était passé principal de collège, je l'ai vu se... d'une certaine façon, se torturait à cause d'injonctions contradictoires, à cause d'un système qui lui disait « prenez des décisions » mais qui, au fond, ne lui permettait pas de les mettre en œuvre, ni même d'ailleurs de les préparer dans de bonnes conditions. Et lui, comme d'ailleurs beaucoup d'autres, il a craqué. Bon, voilà, je ne raconte pas les détails. Je n'ai pas du tout envie de les raconter, d'ailleurs. Je ne suis pas...
Dans un exercice de...
Je ne suis pas dans un exercice de démonstration de cette nature. Mais je dis que l'effet sur des femmes et des hommes qui aiment leur métier, parce que, alors, je peux vous dire qu'ils l'aiment, peut être extrêmement usant. Ça existe. Ça ne veut pas dire que le métier ne doit pas changer. Je pense, justement, que ça veut dire que le métier doit changer. Et j'essaie de donner quelques pistes dans ce premier chapitre, en effet.
Édouard Philippe