Marc Ferracci - Le Barbier du 27/02/24
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
– Ferranchi, bonjour. – Bonjour. – Ce sont les Français qui votent en Suisse qui vous ont élus députés français de l'étranger. Dernière nouvelle du front en Ukraine, la déclaration d'Emmanuel Macron qui suscite beaucoup de commentaires hier soir. Il a dit que l'envoi de troupes ne pouvait être exclu. Comment l'interprétez-vous ?
– D'abord le constat que sur le terrain, la situation est très difficile pour les Ukrainiens. On sait que les livraisons d'armes ont ralenti, notamment parce qu'elles sont bloquées par le Congrès américain. On sait que la situation dans les prochaines semaines va continuer d'être difficile. Et le président a souhaité rassembler un certain nombre de chefs d'État hier à Paris pour réaffirmer un soutien à l'Ukraine. Il réaffirmer surtout que l'Ukraine était au fond une ligne de défense pour l'Europe. Et cette ligne de défense, c'est le sens de la déclaration que vous venez d'évoquer, elle doit être tenue par tous les moyens et avec toutes les options sur la table.
Je dois préciser quand même que le président a apporté un élément de nuance à cette déclaration en disant que ce ne sont pas forcément des troupes de première ligne, c'est-à-dire des troupes combattantes qui auraient vocation dans l'hypothèse où elles iraient en Ukraine à se situer sur le terrain. Mais ce sont plutôt des troupes d'appui, peut-être de la logistique. Mais en tout état de cause, l'idée c'est que face à Vladimir Poutine et à sa guerre d'agression, aucune option ne doit être fermée.
La défaite de la Russie est indispensable pour l'Europe, pour la sécurité de l'Europe, c'est son message.
Tout à fait, et il y a un événement assez important qui est un peu passé inaperçu hier compte tenu de l'actualité française, c'est que le Parlement hongrois a fini par ratifier l'entrée de la Suède dans l'OTAN. Et ça c'est un élément qui montre que les plaques tectoniques bougent véritablement dans le domaine géopolitique, à la fois en Europe et plus largement dans le monde occidental.
L'Europe est en train de prendre conscience qu'elle a besoin d'une autonomie stratégique, qu'elle a besoin d'une autonomie militaire, que l'OTAN reste un pilier, mais que l'OTAN, on le sait avec la possible arrivée de Donald Trump, ou le retour au pouvoir, a besoin de se renforcer, de se réarmer à tous les sens du terme, de se réarmer moralement, militairement. Et de ce point de vue-là, effectivement, on doit toujours se fixer cet objectif d'une défaite de la Russie, sans laquelle nous aurons collectivement un certain nombre de problèmes à assumer.
Autre front entre guerres, Joe Biden annonce que selon lui, avant lundi, il devrait y avoir un cessez-le-feu à Gaza. La France est alignée sur la position américaine dans la recherche de ce cessez-le-feu ?
Oui, il y a une recherche de cessez-le-feu. On a dit, j'ai d'ailleurs l'occasion de dire, qu'il fallait trouver une ligne de partage entre la libération des otages, la nécessité d'éradiquer le Hamas en tant que mouvement terroriste, et en même temps la protection des populations civiles à Gaza, qui souffrent énormément. Je pense que cet objectif d'un cessez-le-feu, il est partagé, il a été partagé par la diplomatie française et par le président. Maintenant, je ne sais pas dire à quelle échéance il se produira. Il faut qu'il y ait des avancées sur le terrain. Et j'espère en tout état de cause que le respect du droit humanitaire prévaudra dans les prochains jours, les prochaines semaines.
Elle est possible, cette ligne de partage ? Ou est-ce qu'elle n'implique pas, est-ce qu'elle n'oblige pas à la reddition du Hamas d'abord ?
Ça, c'est ce qui se passe sur le terrain qui en décidera. Moi, je pense qu'il est possible de, sur le terrain, atteindre des objectifs, des objectifs en l'occurrence de libération des otages, d'élimination d'un certain nombre de chefs du Hamas, tout en préservant les populations civiles. Ça suppose de laisser rentrer les camions à Gaza, les camions d'approvisionnement. Ça suppose de permettre aux hôpitaux d'être approvisionnés en ressources. Je pense que cette ligne, elle est possible, elle est difficile. Mais en tout état de cause, ça me semble être la seule ligne possible et raisonnable.
En France, l'actualité politique est encore sous le choc de cette inauguration du Salon d'agriculture, inauguration tumultueuse. De quoi est-elle le signe, pour vous, du rejet du président par une partie de la communauté agricole ?
Vous savez, elle est d'abord le signe d'une manipulation politique assez grossière. On voit qu'il y a quelques dizaines d'individus qui ont jeté la confusion, qui ont mis du désordre, qui ont parfois agressé les forces de l'ordre en leur jetant de la paille de la terre, qui ont, se faisant d'ailleurs empêcher un grand nombre de familles de rentrer dans le Salon de l'agriculture. Ça ne trompe personne. On sait que l'action publique, l'action politique, et que le président de la République lui-même, suscite de la contestation, parfois de la colère. On l'a vu au moment des Gilets jaunes, on l'a vu au moment des casseroleades, on l'a vu. Là, on a franchi un palier, c'est la violence physique.
Et ce palier, il est parfaitement inacceptable. Moi, je ne veux pas donner à ces événements plus de poids qu'ils n'en ont. Je constate que le dialogue a pu avoir lieu. Il a eu lieu pendant deux heures sur les antennes de télévision avec des agriculteurs qui avaient des questions extrêmement précises et détaillées à poser au président. Des réponses ont été apportées. Je constate que le lendemain, le Rassemblement national, dont on a bien vu qu'il avait des liens étroits avec la coordination rurale, puisque Jordan Bardella n'a pas hésité à déjeuner avec les chefs de la coordination rurale, qui est un syndicat qui est moins représentatif que les autres au niveau agricole.
Ils s'en défendent, ils disent qu'ils déjeunent avec tout le monde. On n'est pas le syndicat du RN.
Oui, des jeunes avec tout le monde, mais il y a aussi des gens de la coordination rurale qui ont été assez présents et assez véhéments sur les plateaux qui sont d'anciens candidats à l'Assemblée nationale aux élections. Et vice-versa, puisqu'il y a un député qui est un ancien de la coordination rurale. Nous ne sommes pas des lapins de six semaines, pour reprendre l'expression du président, et on ne va pas être naïfs à ce point. Maintenant, tout ça, je pense, et cette confusion est derrière nous, le sujet c'est quelles solutions on apporte à la crise agricole.
Il y a un certain nombre d'annonces qui ont été faites par le président sur le sujet de la trésorerie, sur le sujet de la régulation des revenus des agriculteurs. Et c'est là-dessus maintenant qu'il faut travailler.
Alors, travaillons là-dessus. La trésorerie, est-ce que des sous-préfets et des préfets peuvent en quelques jours identifier les fermes qui ont besoin d'argent et le verser ? Ça marche comme ça, l'État ?
Oui, je pense qu'on l'a montré dans un certain nombre de crises qui ont eu lieu. L'appareil d'État, et notamment ce qu'on appelle les services déconcentrés, les services de terrain, les préfectures, les sous-préfectures, a une capacité d'adaptation, de réactivité qui est très forte. Et concrètement, les systèmes d'information, les systèmes comptables qui nous disent quelles exploitations sont en difficulté, quelles exploitations ont des difficultés de trésorerie, ils existent. Et les préfectures sont tout à fait à même d'identifier ceux qu'il faut aider. Donc moi, je pense qu'on va aller assez vite sur ce sujet-là. La trésorerie, c'est un élément très important.
Aujourd'hui, vous avez des exploitations qui sont au bord de la défaillance, au sens économique du terme. Et donc, il faut les aider. Maintenant, il y a aussi des réponses beaucoup plus structurelles à apporter. On en a parlé. Il y a une prudence à adopter vis-à-vis d'un certain nombre de normes, et en particulier les normes phytosanitaires.
Ça a été annoncé par le Premier ministre Gabriel Attal il y a déjà quelques jours, avec le plan Eco-Phytos, pour faire en sorte que, au fond, les contraintes qui s'appliquent aux agriculteurs, qui sont des contraintes qui émanent pour la plupart de l'Union Européenne, et qui sont des contraintes très importantes pour assumer la transition écologique, une transition respectueuse. C'est aussi pour leur santé. Exactement, tout à fait. Ce sont des contraintes très importantes, mais ces contraintes, elles doivent s'appliquer dès lors qu'il existe des solutions. Et ça, pas d'interdiction, par exemple, de produits phytosanitaires sans solution, c'est une revendication des agriculteurs.
C'est aussi ce que le Président a dit hier.
Ils veulent aussi la clause miroir, c'est-à-dire pas importer des produits qui auraient pu utiliser ces produits phytosanitaires interdits en Europe.
Évidemment, tous les traités, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle la France a refusé en l'État de signer le traité sur le Mercosur, avec l'Amérique latine, tous les traités doivent comporter ces clauses miroir, qui sont en fait des clauses de réciprocité dans les normes qui sont appliquées. Mais moi, j'ajouterais quand même un élément d'exigence supplémentaire, c'est que mettre des clauses miroir dans les traités, c'est une chose. Mais vous avez aussi des agriculteurs qui constatent que certains traités qui sont dotés de clauses miroir ne sont pas appliquées. Donc il faut aller jusqu'au dernier kilomètre, c'est-à-dire la vérification, le contrôle, l'application de ces clauses miroir.
Et ça, ça réclame des moyens. Si on n'est pas en capacité de les faire appliquer, moi je pense qu'il faut un moratoire sur les signatures de traités commerciaux.
Et puis il y a le serpent de mer des prix planchers. Le Président annonce qu'on peut utiliser, on va pouvoir mettre en pratique peut-être des prix planchers. Mais quels prix planchers ? On les calcule production par production, ferme par ferme ? Au niveau régional, au niveau européen ?
Alors ça, c'est des sujets qui vont faire l'objet de discussions. Ce qui est très clair aujourd'hui, c'est que ce ne sont pas des prix administrés par l'État. Et ça, ça se met d'ailleurs en opposition avec certaines propositions qui ont été formulées, notamment par une partie de la gauche. Ces prix ont vocation à être discutés, définis, filière par filière. En mettant autour de la table les trois acteurs très importants que sont les producteurs, évidemment, les transformateurs, c'est-à-dire l'industrie agroalimentaire, et la grande distribution.
Avec le souci de préserver le revenu des agriculteurs, un revenu qui leur permette de vivre dignement de son travail, mais aussi de préserver une forme de compétitivité qui fasse que les consommateurs ne se détournent pas des productions. Donc à quelle maille, pour répondre à votre question, ça va se faire, d'un point de vue géographique, d'un point de vue finesse du catalogue de produits sur lesquels on va déterminer des prix. Ça, je ne sais pas le dire aujourd'hui. Ça va être l'objet des discussions. Mais en tout état de cause, il faut...
Et je sais, je suis économiste de formation, donc forcément, quand j'entends qu'on va toucher au prix ou qu'on va d'une manière ou d'une autre éviter que les prix ne soient déterminés par le marché, on a toujours un peu de circonspection. Mais il faut quand même avoir en tête que l'agriculture, aujourd'hui, ce n'est pas un secteur comme les autres. Et les produits agricoles, la souveraineté alimentaire, ce n'est pas une problématique comme les autres. On a besoin, d'abord, de faire en sorte qu'il y ait toujours des agriculteurs demain et donc de favoriser l'attractivité du métier agricole.
Vous savez qu'on va avoir besoin de trouver 200 000 agriculteurs, 200 000 jeunes agriculteurs pour reprendre des exploitations dans les prochaines années. Pour ça, il faut garantir, dans une logique un petit peu planificatrice, un petit peu prospective, des prix décents et un revenu décent.
Le fond de tout cela, que ce soit les syndicats, la réflexion sur le libre-échange, c'est aussi contrer l'ascension du Rassemblement national. Alors, vous avez eu une vidéo virale sur TikTok qui a eu beaucoup de succès. On peut annoncer, d'ailleurs, à ceux qui vous suivent, qu'il y en aura une dans les prochaines heures, une autre. C'est cela qui se joue ? C'est tous contre Bardella ?
Non, ce n'est pas tous contre Bardella. C'est simplement débusquer les mensonges, les hypocrisies, la paresse aussi, parce que le Front national et Jordan Bardella, en particulier au Parlement européen, travaillent peu. Ce sont des gens qui travaillent peu. C'est le nombre d'amendements qu'ils déposent le montre. Moi, je suis parlementaire. J'ai pu constater que dans les niches parlementaires, c'est-à-dire dans les espaces qui leur étaient ouverts pour faire des propositions de loi, le Rassemblement national a été extrêmement peu performant, si je puis dire. Rien n'a été adopté. Les textes qui ont été présentés étaient le plus souvent absurdes.
Donc, concrètement, ce sont des gens qui proposent aux agriculteurs et aux Français en général ce qu'ils ont envie d'entendre. Mais lorsque l'on gratte un peu le vernis, on se rend compte que les propositions sont absurdes. Je vous donne un exemple très concret. Jordan Bardella a demandé à ce qu'on sorte de tous les traités commerciaux. Il a déjà été contré, démenti par un certain nombre d'agriculteurs et même de syndicats agricoles qui l'ont dit « Attendez, on est quand même exportateur net de produits agricoles en France et donc une partie de notre richesse collective en tant qu'agriculteur dépend du commerce international.
» Donc, à un moment ou à un autre, il faut arrêter cette hypocrisie. Vous savez, toutes les civilisations ont connu des charlatans qui préconisaient des élixirs de jouvence. L'élixir de jouvence que propose le Rassemblement national, c'est la sortie des traités commerciaux. C'est en réalité la sortie de l'Europe, même s'ils s'en défendent. Parce que si vous appliquez le programme du Rassemblement national, vous êtes obligés de sortir des traités européens. Cet élixir de jouvence, c'est évidemment la charlatanerie. C'est ça qu'on essaie de dénoncer.
Tout cela serait plus facile si la France était en croissance, avec des excédents budgétaires et des excédents commerciaux. Ça n'est pas le cas. Il va falloir faire des coupes. On va souffrir de cela.
C'est jamais agréable de faire des coupes budgétaires. On a besoin, pour satisfaire notre objectif d'un déficit public de 4,4% en 2024, on a besoin, compte tenu du ralentissement de la croissance, de faire 10 milliards d'économies supplémentaires. Et donc le gouvernement a annoncé qu'on allait annuler des crédits à hauteur de 10 milliards d'euros. Bon, évidemment que ce n'est pas très agréable. Les ministères, les uns après les autres, vont être chargés de trouver ces économies. Moi, je pense qu'il y a quand même un certain nombre de dépenses dont l'efficacité gagnerait à être interrogée. Je vous donne un exemple.
J'ai réalisé il y a quelques mois avec un collègue de l'opposition qui est Jérôme Guedj, député socialiste, un rapport sur les exonérations de charges sociales pour les employeurs. On s'est rendu compte que toutes les exonérations, ça représente 75 milliards d'euros par an quand même, les exonérations, les allègements de charges. Toutes ces exonérations ne sont pas forcément efficaces pour créer de l'emploi, pour améliorer la compétitivité des employeurs. On pourrait récupérer combien là-dessus ? Celle des hauts salaires. Alors nous, on a fait des propositions et certaines ont d'ailleurs été mises en œuvre qui vont permettre de faire des économies. Mais je donne cet exemple.
Un autre exemple, ce sont les aides à l'embauche pour les apprentis. Alors on est très attaché à l'apprentissage, sauf que ce n'est pas forcément très efficace. On dépense 4 milliards d'euros par an pour ces aides à l'embauche des apprentis. C'est 6 000 euros pour un apprenti la première année. Toutes ces aides, elles ne sont pas forcément efficaces parce que ce dont on se rend compte, c'est que quand vous êtes au niveau master, vous n'avez pas forcément besoin qu'on ait une aide à l'embauche. Il faudrait cibler ces aides sur les bas niveaux de qualification et là, on pourrait faire des économies.
Donc en réalité, des volants d'économie, il y en a beaucoup si on se met dans une logique d'efficacité des politiques publiques. Moi, c'est ce que je pense
qu'il faut faire. Vous restez optimiste pour l'économie française ?
Je reste optimiste. L'année 2024 va être sans doute un peu difficile. Je m'attends à une petite remontée du chômage. Mais l'enjeu des mesures qui sont prises aujourd'hui, des lois qu'on va faire, c'est que le rebond soit le plus fort possible et je pense qu'on peut retrouver une trajectoire vers le plein emploi. C'est en tout cas ce qu'on va essayer de faire. Marc Ferracci, merci. Bonne journée. Merci à vous.
Merci beaucoup Christophe Barbier. Demain matin, 7h45, votre invité sera Pierre-Yves Bournazel, conseiller de Paris. On vous retrouve évidemment chaque matin également en podcast sur notre site internet radioj.fr et en vidéo sur notre chaîne YouTube. Vous restez avec nous dès 8h, le journal de l'info avec éventuellement.
Marc Ferracci