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Podcast / conversationFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 10 juillet 2026 31 minComplaisantDivertissementInstitutions & électionsJusticeSolidarités & famille

[DÉCOUVERTE] César : un rendez‑vous avec la mort | 03/10 · La matrice du complot

Source d'origine 2 locuteurs

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Invité

Lorsqu'on est un homme public, on doit, dit Cicéron, habiter sous les regards. Or Antoine, tous ses travers et toutes ses qualités, les gens les connaissent. Alors qu'un Cassius et un Brutus sont des gens plus difficiles à saisir, plus loup-voyants, plus discrets, plus secrets. Les lâches meurent plusieurs fois avant leur mort. Le vaillant n'éprouve sa mort qu'une seule fois. De tous les prodiges dont j'ai ouï parler, il est pour moi bien étrange que les hommes aient peur. Car la mort est l'issue nécessaire, qui vient quand elle le désire.

0:58
Présentateur

Jules César, Julius Gaius Kaysar, Un rendez-vous avec la mort, Iter ad mortem, par Alfred de Montesquieu et François Test.

1:19
Invité

Plus Tark affirme que Cassius avait la réputation d'être un grand homme de guerre. Mais il était violent et ne savait gouverner que par la crainte. Avec ses amis, il aimait à railler et se livrait trop à la plaisanterie. Brutus, aimé du peuple pour sa vertu, chéri de ses amis, admiré de tous les gens honnêtes, n'était même pas haï de ses ennemis. Pour Cassius, dont on connaissait l'emportement et la colère, on disait que l'intérêt l'entraînait souvent hors des voies de la justice.

Et l'on était persuadé que s'il faisait la guerre, s'il courait de pays en pays, s'il s'exposait à tous les dangers, c'était bien moins pour rendre la liberté à ses concitoyens que pour s'assurer à lui-même une grande autorité.

2:16
Présentateur

Épisode 3, la matrice du complot. Je suis Kevin Blary, chercheur à l'école française de Rome, sur la Rome républicaine. Et nous sommes ici sur la place Navon, qui correspond à l'ancien stade de Domitien, construit au 1er siècle de notre ère, et qui est donc situé sur le champ de Mars, assez proche du théâtre de Pompée, où a été assassiné César. Quid de la politique, Kevin Blary, à l'époque de César ? Est-ce qu'on peut dire que l'espace urbain de l'Urbes, donc la ville, Rome, est parcouru par la politique ? Alors oui, effectivement. La vie urbaine, et notamment au centre, est avant tout politique. Je pense qu'à la fin de la journée, le forum se vide, en grande partie.

Il n'y a plus grand monde, le centre rentre chez eux, etc. Normalement, il faut être vigilant, quand c'est cette lecture où on a l'impression que tout est politisé, et c'est notamment l'image qu'on a souvent dans les Peplum. En réalité, la vie urbaine est assez calme, je pense, à Rome. C'est-à-dire, on sait que les plébéiens, quels qu'ils soient, qu'ils soient à leur niveau économique, ont une vie calme, un capital spatial très limité, qui se résume souvent à une vie de quartier. Mais cette vie de quartier n'empêche qu'on est informé politiquement. C'est-à-dire les barbiers, les commerçants, les lieux de sociabilité, notamment au carrefour, on a 265 des carrefours au premier siècle.

On est informé de ce qui se passe. Et cette tranquillité, elle est rompue lorsqu'on a des jeux, des rites civiques, etc. Et là, effectivement, des élections ou autre. Et là, effectivement, c'est la ville dans son ensemble qui... Là, il y a un mouvement de foule. Voilà, si je peux dire, enfin, il faut dire ça.

3:55
Invité

Par décision du Sénat et du peuple, notre bien-aimé père, Caillus Julius César, a été officiellement déclaré dictateur à vie. De plus, le cinquième mois est désormais appelé juillet en son honneur.

4:13
Présentateur

Comment est la Rome de César, justement ? On se souvient que, par exemple, quand César est consul en 59, il fait lapider ses ennemis à coups d'excréments, notamment qu'à Tendutique. Est-ce que c'est une cité violente ? C'est une cité dangereuse ? Comment vous la percevez, vous, Kevin Bléry ? Alors, selon nos seuils, effectivement, le maintien de l'ordre se fait de façon violente. Encore, César châtise certains de ses soldats, notamment après les guerres contre Pompée. Ces vétérans veulent être démobilisés, il en prend deux au hasard, les plus virulents, il leur tranche la tête et il les expose sur la regia pour montrer l'exemple à ses troupes.

Néanmoins, on a souvent voulu montrer l'image d'une Rome un peu violente, sale, etc., un peu une image catastrophiste, qu'il convient de relativiser. C'est-à-dire que la population urbaine, dans son ensemble, quasiment, les sources sont très équivoques à ce sujet. Elle n'apprécie pas cette violence. Parce que quand il y a violence, les boutiques ferment. C'est-à-dire que la vie économique s'arrête. Donc c'est des pertes assez importantes pour les citoyens de façon générale.

5:19
Invité

3, 2, 1...

5:22
Présentateur

Nous voici dans un troquet, une taverne, dirions-nous, si nous étions à l'époque de l'Antiquité romaine. Romain Millot, vous êtes un spécialiste du complot dans l'Antiquité romaine, justement. Est-ce que la taverne joue un rôle ? Oui. La taverne joue un rôle, effectivement. On retrouve à plusieurs reprises dans les sources anciennes des conspirateurs qui se réunissent dans des petits lieux comme ça qui sont à proximité du cirque, notamment, ou dans des quartiers malfamés et dans lesquels se font des discussions. Alors après, c'est pas le lieu principal des conspirateurs de la fin de la République, ce qu'on connaît le mieux.

Souvent, c'est plutôt dans les demeures aristocratiques, dans les pièces les plus reculées par rapport à la rue des demeures aristocratiques. On se rencontre entre aristocrates pour discuter de ces sujets importants, parfois en présence des esclaves qui peuvent s'avérer être des dénonciateurs dont on ne se méfie pas. Mais oui, il y a cette grande différence entre, d'un côté, les lieux du commun où on parle politique. En fait, la taverne, on y parle politique. C'est parfois des lieux qui sont des sièges d'association. Et dans ces sièges d'association, on discute de la politique du quotidien, la politique de quartier.

C'est là que se réunissent donc les chefs de clans, les chefs, on pourrait appeler même parfois des chefs de gang, qui sont des relais de la grande politique. Et puis, à l'inverse, on a la politique du sommet, ces demeures aristocratiques. Dans combien de complots, selon vous, César a-t-il trempé ? Plus que la quantité, c'est peut-être les complots marquants qu'on va retenir. Dans une période très précise de la vie de César, entre les années 66-65 avant Jésus-Christ et l'année de son consulat en 59. C'est-à-dire que pendant ces années-là, on a un César qui est présenté comme un agitateur, quelqu'un qui défend des positions qu'on va appeler des positions popularis.

Il fait partie des populares. C'est un homme politique dont la ligne est plutôt réformatrice ou qui s'oppose en tout cas à une dimension beaucoup plus conservatrice qui est celle menée par ce qu'on appelle les optimates. Donc, ce personnage est un meneur qui peut être considéré comme un meneur populaire, sachant que derrière ce terme de populaire, on sait que César lui-même est un aristocrate et que tous les grands meneurs du courant populaire sont des aristocrates. Et pendant ces années-là, il est souvent accusé de mener des complots pour s'opposer à la faction optimale.

7:59
Invité

La loi martiale a été décrétée dans l'intérêt de tous les citoyens. Les groupes de plus de trois hommes ont interdiction de se réunir dans les lieux publics. Un couvre-feu a été décrété. Toute personne appréhendée dans les rues la nuit tombée sera soumise à un jugement sommaire. Longue vie au général Caillus Julius César, le sauveur de notre République. Cyril Courrier,

8:35
Présentateur

vous êtes professeur d'histoire romaine à l'université d'Aix, spécialiste du populisme, des milieux populaires, et donc du populisme, c'est-à-dire de son instrumentalisation par la politique romaine. Qu'est-ce que ça veut dire la plèbe à Rome ? Le mot plèbe, plebs, en latin, a une définition juridique qui remonte aux origines de Rome. Une définition négative où plèbe signifie celui qui n'est pas patricien. Est patricien celui qui pouvait se targuer, se vanter, d'avoir des ancêtres ayant appartenu au Sénat à l'époque royale.

A la fin de la République, le mot plèbe désigne ceux des citoyens, c'est toujours une définition civique, qui ne sont pas membres des deux premiers groupes sociaux de la cité, les chevaliers d'un côté, les sénateurs de l'autre. Par extension, le mot, dans ses usages courants, notamment chez les élites, dans les discours, dans les traités, a été mis sur le même plan que des termes beaucoup plus méprisants, comme tourba, vulgus, multitudo, exprimant l'idée de multitude, de foules, de masses informes.

Le résultat, c'est qu'on a assimilé à la plèbe à une population pauvre, indifférenciée, ce qui est, en fait, ni plus ni moins que le reflet de sources littéraires rédigées par des auteurs appartenant à l'élite pour des lecteurs appartenant à l'élite et exprimant le plus grand mépris à l'égard de ceux qui n'en faisaient pas partie, donc c'est plébéien. Romain Millot, vous vous intéressez au complot, j'ai compris qu'il y avait une nuance entre le complot mortel et la magouille, disons, la combination. Est-ce que le premier triumvirat, pour vous, fait partie de ce qu'on peut appeler un complot dans cette fin de République romaine ? Oui. En l'occurrence, oui.

Même s'il ne s'agit pas ici d'assassiner quelqu'un, ce qu'on a appelé postérieurement le premier triumvirat, donc l'alliance entre César, Crassus et Pompée, est une alliance qui vise à mettre en commun leurs moyens, donc dans ce cadre-là, on peut plutôt parler d'une alliance politique tout à fait commune, mais elle est perçue par les anciens comme une conjuration. Et le vocabulaire qui est utilisé par ceux qui rapportent cette alliance politique, que ce soit plus tard, que ce soit Apien, que ce soit Florus aussi, est systématiquement le vocabulaire de la conspiration. Parce qu'on a considéré à ce moment-là que c'était peut-être l'acte de mort de la République.

Par la mise en commun des moyens politiques et financiers de ces trois hommes, les institutions auraient été définitivement perverties. Alors j'utilise un conditionnel parce qu'on se rend compte qu'en fait ces trois hommes voient se souder contre eux une opposition déterminée dans laquelle on va retrouver évidemment Caton, dans laquelle on retrouve aussi Cicéron qui jusqu'ici était quand même plutôt favorable à Pompée et dans laquelle s'inscrit bientôt Brutus. Brutus a des raisons particulières de s'opposer au Triumvirat, c'est qu'il déteste Pompée, Pompée qui est responsable de la mort de son père. Quelles sont les grandes interactions de César avec la plèbe ?

Ces interactions sont les interactions habituelles d'un aristocrate, les cortèges, les discours, les mesures prises, les jeux évidemment. En 1965, à l'occasion de son édilité, son édilité est particulièrement fastueuse. Il offre 320 paires de gladiateurs ce qui fait d'ailleurs une concentration militaire importante dans le centre de Rome à ce moment-là. Le banquet qu'il réserve au peuple en 1946 à l'occasion de son quadruple triomphe est particulièrement spectaculaire. C'est combien de monde Cyril Courrier ce banquet ? C'est 220 000 personnes je crois, on estime. Comment est-ce qu'on dresse le couvert pour 220 000 personnes ?

Les textes disent que des triclinias sont aménagés, donc des lits qu'on met dans l'espace urbain, effectivement, ça fait spectaculaire. 220 000 lits, puisque ce n'est pas des tables, bien sûr. c'est des lits, 3 par 3, allongés. Donc ce n'est pas juste une distribution de nourriture, c'est un vrai repas. Là, c'est un vrai repas. Avec de la viande, un très plat dessert. Alors, je ne sais pas un très plat dessert, mais un vrai repas.

13:17
Invité

cher Antoine, oui, César ? Je veux près de moi des hommes bien gras, des gens qui aient le visage luisant et qui dorment la nuit. Ce jeune Cassius a le visage ave et décharné. Ce jeune garçon pense trop. De tels hommes sont dangereux.

13:36
Présentateur

Parmi les nombreux traits d'esprit de César, Pascal Mollahuc, on en cite un qui serait dans les semaines, les mois avant l'assassinat où on aurait prévenu César. On dit attention, il se trame quelque chose, plutôt d'ailleurs en pointant vers Marc-Antoine ou Delabella, donc le genre de Cicéron. Et César aurait répondu je me méfie plus des maigres qui font la gueule en gros que des gros barbus,

14:12
Invité

Hilard. Ça veut dire quoi cette phrase ? C'est effectivement une phrase où il dit qu'il se méfie plus de ceux qui en gros restent à l'ombre des maisons à comploter, à écrire des textes, à échanger des lettres. Il se méfie plus de ceux-là que d'un Marc-Antoine qui va aller boire avec les soldats, qui agit en plein jour. On peut y voir à la fois une plaisanterie sur le fait qu'il accorde une confiance aveugle à Marc-Antoine et à Delabella disant eux je les connais, je sais comment ils sont, j'ai été avec eux en campagne. Ils sont foutraques ? Ouais voilà, ils ont de l'énergie, ils ont du cœur mais ce n'est pas des traîtres.

Alors que des Brutus et des Cassius ils ne sortent pas trop, on ne sait pas trop ce qui se passe, ce n'est pas visage ouvert. En fait il y a cette idée que Cicéron évoque dans une lettre à Plancus. Lorsqu'on est un homme public on doit, dit Cicéron, habiter sous les regards. On doit vivre publiquement de manière ouverte. Or Antoine, tous ses travers et toutes ses qualités, les gens les connaissent parce qu'il vit ouvertement. Alors qu'un Cassius et un Brutus qui je le rappelle à l'époque sont prêteurs.

Donc ce sont des magistrats de premier plan dans la cité romaine sont des gens plus difficiles à saisir, plus louvoyants, plus discrets, plus secrets et donc en relation avec des femmes dans les maisons, etc. Donc il y a cette espèce de suspicion quant au fait que ceux qui sont des bons vivants on peut ne pas s'en méfier alors que les autres, attention quand même. Stéphanie Willeur, qui est Cassius

15:31
Présentateur

dans cette constellation familiale ?

15:33
Invité

Cassius, c'est un homme politique romain qui a été du côté de Pompée d'abord et donc qui s'est battu pour la République au côté de Pompée. Ça fait partie de ces personnages qui ont été graciés par César à l'issue de cette première guerre civile et donc parmi les assassins de César son ingratitude a été remarquée par les sources.

Cassius avait plus à gagner à la mort de César rassemblablement, il avait aussi été candidat au consulat contre Brutus justement, il était assez rival et César lui préférait Brutus donc il y avait aussi une animosité personnelle qui pouvait éventuellement justifier sa motivation et sans doute plus profondément c'est une conviction politique il était pompéien et il restait défenseur des idées républicaines.

16:39
Présentateur

Je m'appelle Charles Guérin j'ai 47 ans et je suis professeur de littérature latine à la Sorbonne avec une spécialité en rhétorique ancienne et sur la vie politique aussi de la république tardive et des débuts de l'Empire. Parmi tous les personnages que vous étudiez il y en a un qui est particulièrement important qui est un auteur génial c'est Cicéron le plus grand écrivain de sa génération.

Alors Cicéron est né en 106 avant Jésus-Christ il n'est pas romain au sens de né dans la ville c'est un citoyen romain mais il n'est pas natif de la ville il est né dans la petite ville d'Arpinum et son père qui était extrêmement introduit dans les réseaux politiques de l'époque a réussi à le faire entrer dans ces mêmes réseaux et à l'associer à des grandes figures du début des années 90 Marcus Antonius et Likinus Crassius qui lui ont permis de faire si je puis dire les études le terme n'est pas très approprié en tout cas de recevoir la formation qu'il a reçue et d'entrer ensuite dans la vie politique.

Et après tout est allé très vite comme il n'avait pas d'héritage familial à proprement parler il s'est inséré dans la société romaine par la pratique judiciaire donc sans les appuis qu'il aurait dû avoir pour le faire mais il se trouve que l'homme était talentueux et que ça lui a permis d'arriver très très vite sur le devant de la scène en particulier en 80 où il a défendu sa première grande affaire criminelle et affaire qu'il a fait connaître et ensuite il est parti en Grèce quelques années pour parfaire sa formation et aussi nous dit-il pour échapper à des problèmes politiques qui avaient été créés par son engagement judiciaire et à son retour il s'est lancé dans la carrière et là aussi tout est allé très vite il en est très fier il rappelle souvent dans ses discours qu'il a toujours été élu au premier coup dans son année c'est-à-dire la première année dans laquelle il avait l'âge nécessaire et donc Cicéron devient prêteur en 66 son année le premier élu en tête de tous et consul en 63 quand César est dans sa phase politique et qu'un Cicéron notamment mais pas que d'ailleurs critique le fait qu'il se fasse friser les cheveux qu'il ait un luxe fou autour de lui qu'il se fasse servir par des esclaves de choix entourés d'un luxe inouï qu'est-ce que ces critiques veulent dire en fait Pascal Montlauc ?

18:57
Invité

Cicéron on le sait est un homonobus c'est-à-dire un homme nouveau qui est arrivé dans la carrière des honneurs disons sur le tard d'un point de vue familial c'est le premier de sa famille à obtenir le consulat c'est ce qu'on appelle un homme nouveau et comme la plupart des convertis et bien il fait un petit peu du zèle il a un petit peu ce fanatisme des néo-convertis et va donc prendre embrasser pour le dire vite le parti des optimatesses il va donc critiquer tous ceux qui selon lui dont César exagèreraient dans l'autre sens en l'occurrence cette vieille noblesse un peu dévoyée un petit peu dans le cas de la famille de Jules César c'est une noblesse très ancienne patricienne mais on le sait un petit peu en perte de vitesse avant que Jules César n'arrive sur la scène et donc se moquer de cela ou en tout cas vilipender cette mise un petit peu relâchée c'est aussi un moyen à la fois de critiquer les anciens nobles qui n'ont plus rien à prouver parce qu'ils sont nobles et que du coup ils peuvent se comporter comme ils veulent une sorte de fin de race on dirait un petit peu pour aller vite un petit peu dégénérer et en même temps encore une fois rejouer vraiment les oppositions très claires entre un Cicéron qui lui va mettre tous les efforts de son côté parce qu'il est nouveau et ceux qui n'ont plus besoin de le faire et en l'occurrence un Jules César proche donc des popularistes

20:09
Présentateur

comment lit-on César avec les yeux de Cicéron Charles Guérin alors on le lit d'abord de manière changeante parce qu'ils ont une relation qui est sinusoïdale qui est extrêmement tendue jusque dans les années 60 mais avec un César qui contre Cicéron ensuite la tension change de camp c'est Cicéron qui va tenter de contrer César à partir de 59 quand il arrive au consulat ensuite les choses s'apaisent puisque Cicéron se soumet à partir de 56 au pouvoir de César et de Crassus et Pompée et ensuite bien sûr avec la dictature son regard va à nouveau changer ce qui est certain c'est qu'on ne trouvera pas chez Cicéron d'admiration pour l'homme de guerre s'il y a un homme de guerre à qui Cicéron reconnaît des grandes vertus c'est Pompée mais comme il ne reconnaît pas beaucoup de vertus intellectuelles ça s'arrête là mais de manière générale Cicéron n'a pas beaucoup d'admiration pour les exploits militaires d'abord parce qu'il ne peut pas les accomplir lui-même donc dans son échelle de valeur ça n'est pas situé très très très haut il le voit ensuite très vite dès le milieu des années 60 comme un homme politique dangereux on a une lettre de l'année 60 justement à Atticus où il dit imaginons pure fiction qu'on puisse faire de César un bon citoyen rendre César meilleur donc on a déjà d'emblée cette idée c'est que César est un personnage dangereux dangereux parce qu'il a les moyens d'agir pas encore comme un tyran on n'en est pas là il n'est pas encore vu comme un tyran potentiel mais il est vu comme quelqu'un qui utilise ses avantages et qui les pousse très très loin mais qui subvertit déjà un peu les institutions parce que l'accord de 60 avec Crassus et Pompée c'est quand même un accord de trucage électoral on pourrait me répondre que tout le monde le fait mais habituellement on se contente d'acheter des électeurs pas de décider à l'avance entre soi qui on va faire élire Vous pensez au triumvirat Oui voilà Premier triumvirat Oui absolument et donc un accord fait en amont pour se répartir les charges et mobiliser ses électeurs ses clients pour les faire voter comme on l'entend donc en cela évidemment César est un personnage extrêmement dangereux

22:19
Invité

Cicéron dans un plaidoyer au Forum en 52 avant notre ère lance une formule célèbre qui vise Jules César sans le nommer Silen tenim leges inter arma Les lois se taisent au milieu des armes Elles n'ordonnent pas qu'on les attende et celui qui voudrait se conformer à la loi au milieu des violences risque bien plus de subir une injustice que d'obtenir réparation par le droit

22:53
Présentateur

Marie-Claire Ferriès Quelle est selon vous la position de Cicéron est-ce que c'est un inspirateur des conjurés est-ce que c'est un complice

23:11
Invité

Cicéron n'a pas été contacté par les conjurés et il les a soutenus après coup Cicéron avait pris ses distances avec César à partir de 45 mais il demeurait un sénateur et à ce titre son passé avait de quoi susciter la méfiance des conjurés en effet Cicéron n'avait pas montré une grande cohérence dans son attitude politique en 49 il avait longuement hésité entre Pompée et César et cela pour des raisons intelligentes et excellentes il ne faut pas y voir de la lâcheté mais il était un homme du compromis par excellence il était un négociateur il redoutait le retour de la guerre civile après à partir de 43 il s'est fortement engagé il a choisi une logique offensive et extrêmement agressive et il a prêté à la conjuration tout son talent sa réflexion politique et sa profondeur

24:22
Présentateur

Barry Strauss historien en un sens si l'on cherche un inspirateur du complot c'est plutôt Cicéron pour ceux qui avaient besoin d'une justification morale ou philosophique Cicéron a pu servir de référence même si leur motivation réelle était tout autre mais il n'était pas complice il n'était pas au courant ils ne l'ont pas mis dans la confidence ils ne lui faisaient pas confiance il était âgé sans expérience militaire et ne faisait pas vraiment partie de leur cercle ils l'ont donc tenu délibérément à l'écart en revanche Cicéron est bien là au Sénat le jour de l'assassinat il était moins direct de la scène ce qui a dû être très choquant et ensuite il devient notre première source écrite sur la conspiration qu'il approuve et soutient dans ses textes il conseille les conjurés après coup mais je ne crois pas qu'il ait assisté au fameux dîner du 14 mars ce dîner cynique et spectaculaire dont vous parlez mais vous pensez qu'il était présent durant le meurtre ?

il est le grand

25:35
Invité

César bien aimé de Rome et de l'un de nous au moins s'il faut qu'il meure pour que Rome puisse vivre s'il faut accomplir cette tâche nécessaire que ce soit sans peur sans non plus si le monde doit apprendre que c'est Rome qui ne voulait pas de roi agissons ouvertement comme des hommes libres qui se font à l'honneur de frapper en plein jour et quel jour choisis-tu Brutus ? Demain ? Dirons-nous dans la curie du Sénat et devrons-nous être armés tous armés ?

26:10
Présentateur

Les violences politiques sont très fréquentes dans les années 60 dans les années 50 où à plusieurs reprises des politiciens sont agressés lynchés parfois tués sur le forum dans l'espace qui mène au Capitole dans ces lieux du politique centraux à Rome qui sont arpentés tous les jours par les hommes politiques donc on sait qu'il y a un risque à participer à ces assemblées et dans ce cadre-là se développe aussi l'accusation de complot de très nombreux petits complots sont dénoncés dans les années 50 peut-être pour faire peur à certains hommes politiques notamment Pompée on craint pour sa vie on s'entoure de clients on s'entoure de partisans parfois armés d'armes par détournement ça peut être des gourdins ça peut être des pierres ramassés sur des chantiers et dans ce cadre des violences il n'est pas rare effectivement que tombent des hommes politiques donc est-ce que cet annonciateur du destin de César en tout cas ça fait partie des destins possibles pour un homme politique de la fin de la République et pourquoi est-ce que la République romaine dans cette phase finale est si violente à ce moment-là il y a un problème dans la manière dont on pense la République c'est ce qu'a montré Claudia Amoati dans ses travaux c'est de montrer justement qu'on ne dialogue plus de la même manière et qu'on ne comprend plus la République de la même manière pour les optimates la République c'est les institutions c'est le fait de respecter les institutions la prééminence du Sénat le pouvoir des magistrats pour des politiciens qui se rangent dans ce qu'on a appelé les populares autour de ces hommes politiques se rassemblent des groupes et ces groupes ont de plus en plus de mal à dialoguer puisque pour les populares de plus en plus la République c'est la volonté populaire cette volonté populaire elle doit passer par les tribunaux de la plèbe elle doit passer par des plébiscites et elle peut transcender la volonté du Sénat ou se passer de la volonté du Sénat donc ça d'une part cette division politique elle entraîne une forme de radicalisation qui est démontrée avec l'affaire des Gracques et l'assassinat de ces deux tribuns de la plèbe qui sont deux frères dans le cadre de leurs propositions qui étaient des propositions de nature populaire donc c'est le début c'est ce que dit Apien par exemple c'est le début des violences civiques à Rome Stéphanie Willer vous êtes latiniste vous êtes spécialiste du texte césarien donc par capillarité de son entourage et le moment est quand même venu de se poser la question pourquoi est-ce que ses amis notamment ses ennemis bien sûr mais ses amis aussi éprouvent le besoin de l'assassiner en mars 44 avant notre ère

28:57
Invité

ils ont été du côté de Pompée il y a eu une guerre civile peu de temps avant 4 ans avant c'était encore ils se battaient contre César César a essayé de jouer la réconciliation à l'issue de la guerre civile contre Pompée et donc a pardonné et fait preuve de clémence vis-à-vis de ces jeunes gens plus jeunes que lui et il a essayé de les réintégrer dans son système et donc tous ces personnages qui vont conduire à l'assassiner mais ceux qui étaient proches et qui avaient bénéficié de cette clémence de César effectivement ont voulu se battre contre le pouvoir trop fort de César cette dictature perpétuelle notamment on était dans une gradation ça faisait déjà plus d'un an qu'il y avait des tentatives pour voir si le peuple romain était prêt à voir César devenir roi et le fait est que ce cercle rapproché de César n'était pas prêt de toute évidence et donc en tout cas dans leur discours a voulu se débarrasser de quelqu'un qui devenait un tyran

30:08
Présentateur

C'était Jules César un rendez-vous avec la mort merci à Kevin Blary Romain Millot Cyril Courrier Pascal Monlauc Stéphanie Villeur Charles Guérin Marie-Claire Ferriès et Barry Strauss extrait de la série Rome produite par HBO texte de Plutarque et de Cicéron lu par Olivier Balazuc avec la voix de Thierry Beauchamp prise de son studio Pierrick Charles Jason Taus et Eric Boisset coordination Christine Bernard conseiller éditorial Emmanuel Laurentin un documentaire de Alfred de Montesquieu réalisé par François Test à suivre l'épisode 4 trahi par ses amis l'épisode 4

31:08
Locuteur

et l'épisode 4