Premier ministre non issu du NFP : "On censurera automatiquement", prévient Mathilde Panot|LCI
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Mathilde Panneau est donc notre invitée ce matin, présidente de la France Insoumise à l'Assemblée Nationale. Vous êtes une des actrices principales de ce qui se passe en ce moment, Madame Panneau, de ce moment historique. Ce soir à 20h, Emmanuel Macron prend la parole. Est-ce que vous attendez le nom d'un ou d'une nouvelle Première Ministre ?
Je pense effectivement qu'il va tenter de donner un nom de Premier ou de Première Ministre, ne serait-ce que pour effacer la journée d'hier, qui a marqué un échec cuisant pour Emmanuel Macron, puisque pour la première fois depuis 62 ans, un gouvernement est renversé. Nous avons maintenant le premier président de la République qui est visé par une procédure de destitution de toute l'histoire de la Ve République et un Premier ministre qui est le Premier ministre le plus éphémère de l'histoire, là aussi, de la Ve République. Donc je crois que la censure qui s'est passée hier est une manière de respecter le vote des Français et qu'Emmanuel Macron va effectivement tenter d'effacer cette journée.
Mais je le dis, il ne peut pas, à coup de Michel Barnier ou autre Premier ministre tous les trois mois, tenir encore pendant trois ans.
Pardonnez-moi, vous m'avez vu prendre mon téléphone, parce qu'en fait, je découvrais une dépêche de l'agence France Presse en même temps que vous écoutez. Yelbron Pivé, la présidente de l'Assemblée nationale, demande à l'instant au président de la République de nommer, je cite, rapidement un Premier ministre pour, je cite, ne pas laisser s'installer le flottement.
Oui, mais je crois que celui qui est responsable du chaos que nous sommes en train de vivre aujourd'hui s'appelle Emmanuel Macron, que les Français et les Françaises l'ont bien compris. Et d'ailleurs, quand vous regardez les différents sondages qui sont faits, qui disaient, notamment la semaine dernière, qu'après la chute du gouvernement Barnier, ce serait, et 63% des Français étaient favorables à la démission du président de la République.
Donc vous vous appelez à nouveau à son départ ce matin ?
Oui, d'ailleurs, nous ne sommes pas les seuls. Vous remarquerez que, quand même, vous avez Jean-François Copé, qui dit qu'il est inéluctable que le président de la République s'en aille. Vous avez Charles de Courson, qui n'est là aussi pas de notre famille politique. Vous avez David Lissnard, qui est le président de l'Association des maires de France. Et même, je le dis parce que c'est assez comique, vous avez M.
Barouin, dont nous parlons actuellement dans un des noms qui serait évoqué comme Premier ministre, qui lui-même disait en juin 2024, au moment des élections législatives, que la dissolution était une stratégie dangereuse de la part d'Emmanuel Macron et surtout qu'après cette législative anticipée, la question de la démission du président de la République serait posée.
Vous avez raison, ces appels se multiplient, mais le président de la République répond qu'il ne démissionne pas. Donc il faut une solution en attendant, pour les Français. Qu'est-ce que vous dites ? Vous avez voté la censure hier, la censure a eu lieu, maintenant il se passe quoi ?
Alors maintenant, que se passe-t-il ? Il y aura un budget, contrairement à ce qui est annoncé. Je veux quand même le dire parce qu'on a agité les peurs pour les Français et les Françaises en expliquant qu'après la censure, vous avez vu, nous sommes le lendemain de la censure, il n'y a pas d'hiver nucléaire, de pluie de sauterelles, de pluie de grenouilles, de rivières de sang, etc. Donc il y aura un budget...
Article 45, le budget de l'année dernière est reconduit.
Voilà, ça peut être la loi spéciale, ça peut être la loi partielle. Bon, ça c'est les différentes options qui existent sur la question du budget. Mais il y aura un budget, ça c'est la première chose. Deuxième chose, il peut y avoir de nouveau le président de la République qui vient avec un nouveau nom. Alors tous les noms qui sont évoqués sont des gens du socle commun, comme ils aiment dire, qui sera de nouveau renversé tôt ou tard. Donc à la fin, la seule manière de sortir de l'impasse politique qu'Emmanuel Macron a lui-même créée avec cette dissolution, c'est que le peuple branche par les urnes, notamment par une présidentielle anticipée.
Vous ne proposez plus de nom de Premier ministre NFP ce matin ? Si, nous sommes toujours prêts à gouverner. J'entends que le Président de la République n'a pas l'air de vouloir nommer quelqu'un du nouveau Front populaire, mais nous sommes toujours prêts à gouverner sur un programme de rupture. Nous soutenons toujours la candidature de Lucie Casté. Le PS ne la soutient plus, Madame Panot. C'est exactement le point sur lequel j'allais venir. Je ne veux pas faire semblant ici que le PS soutiendrait toujours cette candidature.
Et donc, je le dis, face à cette impasse devant laquelle nous sommes, c'est-à-dire que le prochain gouvernement pourrait durer un mois, deux mois, trois mois, je ne sais pas, la seule solution qui reste, c'est encore une fois le peuple.
Donc ça veut dire que vous actez ce matin avec nous, Madame Panot, que Lucie Casté ne durerait pas plus longtemps que Michel Barnier ?
Si, pourquoi pas, mais je vais vous dire, rappelez-vous quand même quels étaient les arguments contre la candidature de Lucie Casté qui était la candidature du nouveau Front populaire et que nous continuons de soutenir autour du programme. On disait que ça n'allait pas gagner en stabilité et donc qu'il ne fallait pas nommer Lucie Casté. On disait qu'elle allait être censurée extrêmement rapidement et on disait qu'elle allait creuser la dette de la France. Exactement la situation qu'il y a aujourd'hui avec M. Barnier. Et je vais vous dire, en démocratie et en République, ce n'est pas possible que ce soit les perdants des élections.
Mais en admettant même que le président de la République démissionne et qu'on organise des élections présidentielles dans les trois mois qui viennent.
Tout à fait.
Vous vous retrouvez peut-être avec Jean-Luc Mélenchon, président de la République, avec un Premier ministre qui l'aura lui-même choisi, mais avec une assemblée qui reste la même.
Alors attendez parce que j'ai hâte d'entendre votre réponse à cette question.
Vous vous retrouvez avec un président de la République de votre camp et trois tiers, pareil.
François, on va revenir dans quelques instants en direct pour avoir la réponse de Mathilde Panneau. Ah bah volontiers. Excellente question.
Mais déjà vous dites Jean-Luc Mélenchon, président, moi ça me va très bien.
Reste avec nous 8h40. Mathilde Panneau est notre invitée ce matin dans le 6-9 sur LCI. Madame Panneau, François Clémenceau vous interrogeait à l'instant sur une potentielle présidentielle. François vous disiez si Jean-Luc Mélenchon était élu, mais derrière législatif, pareil. Les Français choisissent trois tiers. Est-ce qu'on n'est pas dans un blocage total en fait ?
Alors, première chose d'abord, l'élection présidentielle avec tout ce que nous disons et que nous continuons de critiquer sur l'hyper-présidentialisme de la Ve République, et nous sommes toujours les partis dans la Ve République, mais permettrait au moins par les urnes de pouvoir trancher le destin commun avec un président ou une présidente, en l'occurrence Jean-Luc Mélenchon me plaît beaucoup, qui permettrait de donner des orientations.
Il ne pourrait pas dissoudre d'ici le mois de juillet.
Alors, il y a plusieurs choses sur cette question. D'abord, nous avons des majorités à l'Assemblée pour mener des projets, et notamment, par exemple, passer une loi d'abrogation de la retraite à 64 ans, sur laquelle il y a une majorité claire. Je rappelle que lors de notre niche parlementaire de jeudi dernier, c'est une obstruction gouvernementale et rématroniste qui l'ont empanchée.
C'est une majorité avec le RN.
Comme hier soir pour la censure. Oui, des députés qui ont été élus par le peuple, tout à fait. Et je redis juste que le Rassemblement national est d'une hypocrisie absolue, puisque pendant les élections législatives, ils avaient abandonné l'abrogation de cette retraite à 64 ans. Mais passons sur cette question-là. Ensuite, deuxième chose. Si vraiment, il continue à y avoir un blocage qui ne peut pas se résoudre, vous pouvez, par exemple, si vous êtes élu, faire un référendum qui change le mode de scrutin et qui permet ensuite derrière de reconvoquer des élections avec cet autre mode de scrutin. Donc proportionnel ? Proportionnel ? Proportionnel avec une prime majoritaire ?
Alors nous, on est plutôt sur la proportionnelle type 86, c'est-à-dire par départemental, 1986, par départemental.
Vous n'avez pas besoin de référendum pour ça ? Vous pouvez le faire tout simplement par la loi et vous avez en plus presque une majorité pour le coup.
Oui, mais vous savez, nous, nous aimons bien que le peuple puisse s'exprimer sur cette question. Et comme c'est une prérogative qui existe, je le mentionnais comme une des possibilités qui existait. Nous avons nous dit que depuis 2017, il y avait une tripartition du champ politique. Sauf que vous voyez ce qui est en train de se passer, c'est que le bloc macroniste d'extrême-centre est en train de s'effondrer. C'est ce qu'on est en train de voir sous nos yeux. Et donc, ce que Jean-Luc Mélenchon disait depuis il y a maintenant 10 ans sur, à la fin, le grand choix qui restera pour le peuple français, ça sera entre eux, Marine Le Pen, l'extrême-droite et nous, est en train de se réaliser.
Et voilà quel est le grand choix qui va devoir se faire.
– Finalement, ce que vous décrivez ce matin, et ce qui a été parfois reproché par ses adversaires, Jean-Luc Mélenchon, c'est de vouloir faire comme Emmanuel Macron, de vouloir s'installer dans un duel face à Marine Le Pen, parce qu'elle est la meilleure opposante possible pour lui, le meilleur moyen pour lui de se faire élire.
– Non, je crois que c'est Emmanuel Macron qui, justement, l'utilise comme une forme d'assurance-vie, puisqu'il soutienne la même politique pour les riches, qu'il savait déjà en 2022 qu'il ne pouvait être élu que face à Marine Le Pen. Et c'est pourquoi Emmanuel Macron, je le rappelle, a refusé les débats présidentiels en 2022. Eh bien, il a refusé que le débat se fasse, que l'élection se fasse dans des conditions normales. Le débat doit arriver maintenant. Et je le dis, aujourd'hui, vous avez Marine Le Pen en face d'un bloc populaire que nous incarnons, et c'est le grand choix qu'il y aura en face. – Est-ce que votre bloc populaire, madame ?
– C'est que nous, nous ne sommes pas mis sous tutelle de l'extrême droite. Vous parlez de vote commun sur la question de la motion de décision, je dis juste, c'est notre motion qui a été votée, puisque nous sommes le plus grand groupe, et donc celle du RN, comme d'habitude, ne servait à rien. Ça, c'est la première chose. Mais ce n'est pas la même chose de voter pour destituer un gouvernement que de voter des lois ensemble. Et quand vous regardez que dans le budget, par exemple, Ensemble pour la République, les macronistes et le RN ont fait 55% de leur vote en commun, quand entre le nouveau Front populaire et le RN, c'est seulement 8%,
vous comprenez que ce n'est pas nous qui gouvernons avec l'extrême droite. – Est-ce que votre bloc de gauche, madame Pannot, n'est pas en train de se fissurer très fortement, et les dissensions sont de plus en plus importantes avec les socialistes ? – Ce n'est pas la petite politique sur laquelle je vous interroge. – C'est l'importance d'avoir 44 députés supplémentaires qui vous permettent, dans un contexte de tripartition que vous avez parfaitement décrit, d'exister vraiment et d'être plus puissante.
– Alors, il y a une tentative qui est évidente, et vous avez entendu les discours qui ont été faits, de fracturer le nouveau Front populaire. Je rappelle que le nouveau Front populaire, les 193 députés, ont tous été élus sur le même programme de rupture, et que j'appelle toutes celles et ceux qui ont été élus sur ce programme-là à le respecter, et nous, nous serons fidèles à la promesse que nous avons faite aux électeurs et aux électrices. Et je vais vous dire pourquoi c'est une chimère, ce que dit notamment le Parti socialiste actuellement, qui laisse croire qu'il pourrait y avoir un accord de non-censure avec les macronistes.
Lorsque vous regardez les premiers points qui sont donnés, et qui étaient d'ailleurs le premier point du programme de gouvernement du nouveau Front populaire, c'est l'abrogation de la retraite à 64 ans. Est-ce que, vu ce qu'il s'est passé la semaine dernière, où il nous a empêchés d'aller au vote par une obstruction très forte lors de notre niche parlementaire, vous pouvez croire un seul instant qu'un macroniste sera d'accord avec l'abrogation de la retraite à 64 ans ? Donc ça n'existe pas. Ça voudrait dire abandonner l'abrogation de la retraite à 64 ans. Ça voudrait dire abandonner l'augmentation du prix, et nous ne sommes pas d'accord avec cela.
– Qu'est-ce que vous leur dites aux socialistes ? Parce que M. Vallaud dit, nous on est prêts à faire les concessions. J'ai entendu M. Chassène dire, on peut discuter du programme, on n'est pas obligé de faire le programme que le programme, comme le dit la France Socialiste.
– Mais nous aussi, nous sommes prêts aux compromis. Je vais vous réexpliquer la méthode dont nous avions parlé cet été. La méthode, c'est un gouvernement du nouveau Front populaire, le programme du nouveau Front populaire, et ensuite, comme tout gouvernement, vous arrivez, avec votre projet de loi devant l'Assemblée nationale et le Sénat, et là, justement, vous travaillez à des majorités, et donc à des compromis sur des choses. C'est ce que nous avons fait pendant le budget, où nous avons réussi à montrer qu'un autre budget était possible. Donc, il est tout à fait possible de faire des compromis de cette manière-là, et je vais même aller un peu plus loin.
La première mesure que nous avons mise est déjà un compromis pour nous, parce que nous, l'abrogation de la retraite à 64 ans, nous ne sommes pas d'accord avec la retraite à 62 ans, mais avec la retraite à 60 ans, et vous verrez que nous pourrons le gagner.
– Mais avant d'arriver… – Vous croyez que les gens y croient encore ? Il va manquer 30 milliards d'euros, y compris dans la configuration actuelle. Alors, vous pouvez me dire que vous allez augmenter les cotisations. La vérité, c'est que soit on augmente massivement les cotisations, et donc c'est la compétitivité des entreprises, c'est le pouvoir d'achat des ménages, soit on baisse le taux de remplacement, c'est-à-dire que vous vous apprêteriez à fabriquer des retraités très pauvres.
– Non, pas du tout. Alors, je vais vous expliquer. Alors, d'abord, il y a une augmentation qui n'est pas très forte sur lorsque vous touchez 8 000, plus de 5 000, 6 000, 8 000 euros, donc il y a une surcotisation qui n'est pas excessive. Deuxième chose, si vous aviez un pouvoir qui, enfin, crée des emplois, qui, enfin, augmente les salaires, vous ramèneriez là aussi des cotisations qui permettraient de financer cette retraite, et nous l'avons montré mille fois. – C'est pas le pouvoir qui crée les emplois. – D'ailleurs, je le dis, vous n'avez qu'à regarder la conférence de financement. – Oui, enfin, si, ça aide lorsqu'il y a des inférences stratégiques.
– On a créé 2 millions avec la politique de Macron. – Là, par exemple, nous avons 200 plans sociaux, aujourd'hui, ce sont les fonctionnaires qui sont en train de manifester, et nous serons à leur côté. Mais si, si, ça joue. Et Éric Coquerel, comme Charles de Courson, ont organisé une conférence de financement avec les syndicats, pour montrer qu'il était tout à fait possible de financer la retraite à 72 ans, et même à 60 ans. Donc, si, si, je vous assure. – Ça ne l'est pas. – Si, si, et vous avons fait plusieurs contre-budget. Non, ce n'est pas des mensonges. Je vais vous dire, qui nous met dans une situation catastrophique aujourd'hui, les 1 000 milliards de dettes, ce n'est pas nous.
– Non, mais ça n'a rien à voir.
– C'est Emmanuel Macron, et je vais vous dire que les gens sont soulagés que ce gouvernement soit tombé.
– 30% des 1 000 milliards, c'est la retraite. C'est le fait qu'il n'y a pas assez de cotisations, et qu'il y a de plus en plus de retraités.
– Oui, parce qu'il y a eu des exonérations à tout va qui ont été faites. – Je vais vous dire, il est possible de repartir à la retraite à 60 ans. – Tout dernière question. – Nous sommes le 7e pays le plus riche au monde.
– Oui. – Tout dernière question, très simple, s'il vous plaît. Si Emmanuel Macron donne un nom ce soir, demain, cette semaine, qu'il n'est pas issu du nouveau Front populaire, est-ce que vous censurerez automatiquement ce gouvernement ?
– Bien sûr, nous ne sommes pas d'accord avec le fait que la politique macroniste continue. Elle a été battue trois fois dans les urnes. Elle a été encore battue sévèrement hier.
– Donc tout votre nom qu'un Premier ministre du NFP sera censuré automatiquement ?
– Oui, bien sûr. Et les gens sont soulagés aujourd'hui. Les fonctionnaires qui n'auront pas leurs trois jours de carence, les retraités qui ne verront pas leur pension baisser, et même nos concitoyens qui se font sans cesse insulter, qui ne seront plus insultés de français de papier par le ministre de l'Intérieur.
– Donc même Bernard Cazeneuve, comme le précisait François Clémenceau, venu de la gauche.
– Qui n'est pas du NFP, tout à fait.
– Merci beaucoup Madame Pannot d'avoir été avec nous ce matin. – Merci à vous.
Mathilde Panot