Le boycott des produits américains, le rassemblement de Marine Le Pen, la crise avec l'Algérie... Le "8h30 franceinfo" de Manuel Bompard
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Bonjour Manuel Bompard, avec la hausse brutale des droits de douane décidée par Donald Trump, les bourses mondiales continuent de dévisser. En France, le risque de perte d'emploi est absolument majeur, comme celui d'un ralentissement économique, d'un arrêt des investissements. C'est ce que dit le Premier ministre François Bayrou. Est-ce que vous partagez cette inquiétude ?
Évidemment, les décisions unilatérales de Donald Trump sont un moment qui est un moment de rupture, qui va avoir des conséquences extrêmement graves. C'est toute la politique qui a été mise en place à l'échelle mondiale depuis plus de 50 ans, en vérité, depuis la fin des années 70, début des années 80, qui se retrouve complètement pris à contre-pied et avec un impact qui risque évidemment d'être un impact déflagrateur, avec des possibilités y compris d'une crise financière. On le voit aujourd'hui dans l'évolution des cours de bourse.
Je pense que ce qui est important de dire aussi, c'est que par ses décisions, Donald Trump se tire aussi une balle dans son propre pied et que les conséquences de ses décisions, y compris sur l'économie américaine, risquent d'être également désastreuses avec des risques en particulier d'inflation. Face à cette situation, forcément, la question qu'on se pose, c'est qu'est-ce qu'on fait ? Quelle réaction ? D'abord, je pense qu'il faut prendre conscience de l'importance et de la gravité du moment.
Et ensuite, je pense qu'il n'y aurait pas de plus mauvaise réponse qu'une réponse qui est une réponse pas ciblée, pas intelligente et qui serait une réponse globale, un peu à la manière de ce que Donald Trump a fait lui-même. Moi, je crois que l'idée de prendre comme mesure de réponse ou de rétorsion la question des services numériques me paraît être évidemment une piste intéressante. C'est une piste qui a été mise sur la table par le gouvernement. Oui, si pour une fois le gouvernement a une piste qui n'est pas une piste négative, maintenant j'attends de voir si ça se réalise ou pas, parce que je vois bien qu'il y a aussi des réticences à l'échelle européenne.
Mais évidemment, les États-Unis d'Amérique sont aujourd'hui exportateurs en termes de services et on connaît les liens entre l'administration américaine et les géants du numérique. Et donc évidemment, ce serait une réponse qui aurait un impact plus important qu'une réponse pas réfléchie qui, elle, pourrait nous attaquer notre propre économie.
Parmi les ripostes, Emmanuel Macron a appelé les entreprises françaises à ne plus investir aux États-Unis. Est-ce que ça fait partie des bonnes réponses ou alors il a carrément perdu son sang-froid ?
Non, je pense que ça peut faire partie des bonnes réponses, mais à un moment, il faut être un peu cohérent. Si vous voulez, quand le gouvernement français, il y a quelques mois par exemple, après la catastrophe qu'a connue Mayotte en appel à Starlink ou quand le ministère de l'Éducation nationale en France passe un contrat avec Microsoft, à un moment, je pense que le gouvernement...
Ça, c'est avant les droits de douane.
Non mais d'accord, mais on casse le contrat alors ? Enfin, vous voyez, je trouve qu'il faudrait que le gouvernement français soit un peu exemplaire. Et y compris, c'est pourquoi je pense que c'est une mesure de réponse qui est une réponse intelligente de s'attaquer aux services numériques, c'est parce que, par ailleurs, ça serait la possibilité pour la France et l'Union européenne en particulier de développer sa souveraineté dans ce domaine. Et on a besoin de développer notre souveraineté dans ce domaine.
Et ça fait malheureusement depuis des années et des années que nous le disons et que malheureusement, le gouvernement français continue à prendre des décisions qui nous lient aux intérêts américains sur ce sujet aussi.
Vous parlez de souveraineté. La réponse, elle passe nécessairement par le cadre de l'Union européenne ou échelle de la France ?
Évidemment que tout ce qu'on peut faire à une échelle plus large va dans le bon sens. Mais la crainte, si vous voulez, est-ce que le cadre européen soit aujourd'hui un peu paralysé par des intérêts qui sont des intérêts antagonistes puisque chaque pays regarde quel va être l'impact des mesures qui sont prises sur ses propres exportations. Donc s'il est possible d'avoir des réponses à l'échelle européenne, évidemment qu'il faut des réponses à l'échelle européenne. Mais il faut être en capacité aussi en France de pouvoir prendre des décisions en attendant que ces décisions européennes puissent être possibles.
On entendait ce matin sur France Info des Français, de plus en plus nombreux, qui boycottent les produits américains. Est-ce que c'est la bonne réponse ? Est-ce que vous, vous boycottez les produits américains ? Pourquoi pas.
Moi, je pense qu'il y a aussi évidemment une réponse qui est une réponse citoyenne. Je crois que c'est du type de mesure qui a été pris par exemple au Canada. Et je pense qu'il faut...
Vous les incitez, vous, les Français à boycotter les produits américains ?
En tout cas, oui, pourquoi pas, je ne les incite pas à ne pas le faire. Voilà, franchement, je pense qu'il faut que l'administration américaine, évidemment, ait un impact négatif dans les mesures qu'elle prend aujourd'hui. On ne peut pas laisser faire comme ça et donner l'impression que ce n'est pas grave et qu'on va continuer à discuter comme ça. Moi, je dis juste vigilance sur les mesures de rétorsion qu'on met en place pour ne pas se tirer une balle dans notre propre pied.
Un dimanche politique, Manuel Bompard, battle de meeting ce week-end. Une partie de la gauche place de la République, les macronistes à Saint-Denis et le RN place Vauban à Paris. Marine Le Pen qui a tenu à envoyer un message simple aux Français.
Comme vous, mes amis, nous sommes de ceux qui ne se résignent pas, qui ne s'inclinent pas et que chacun soit rassuré. Je ne lasserai rien.
Vous saluez sa détermination ?
Non, je trouve ça incroyable. C'est-à-dire que depuis le début de la semaine dernière, Marine Le Pen et le RN essayent de se faire passer pour des victimes alors qu'il y a une décision de justice qui les a reconnues coupables. Et qu'on parle de détournement de fonds publics, qu'on parle manifestement, pour dire quand même la gravité de ce dont on est en train de parler, d'assistants qui étaient censés travailler au Parlement européen et qui n'avaient même pas connaissance du député avec lequel ils étaient censés travailler. Je pense que tout le monde a vu cette... Oui, c'est quand même édifiant. Vous avez une pièce d'un, aujourd'hui, député national, M.
Oudoul, qui demande s'il peut faire la connaissance du député européen pour lequel il est censé travailler trois mois après.
Mais elle, elle continue de parler de décision politique quand elle évoque sa condamnation, de persécution des opposants, de criminalisation...
Moi, je vous dis, je n'accepterai pas le discours de Mme Le Pen qui essaye de se faire passer pour une victime alors qu'elle s'est rendue coupable de faits qui sont des faits extrêmement graves. Maintenant, il y a une procédure d'appel, puisqu'elle a fait appel. On a appris la semaine dernière que cet appel va avoir lieu l'année prochaine. Donc, je ne vois pas de quoi elle continue à se plaindre aujourd'hui. Et le parallèle avec Martin Luther King, qu'elle a dressé ? J'ai trouvé ça, mais vraiment, scandaleux.
Je rappelle que Martin Luther King était une personne en particulier engagée dans la lutte contre le racisme et voir Mme Le Pen à la tête d'un parti dans lequel un certain nombre de dirigeants ont été condamnés pour incitation à la haine raciale venir en quelque sorte se remaquiller sous les traits de Martin Luther King. J'ai trouvé ça, mais d'une indécence crasse, pour le dire franchement. Donc, je pense que Mme Le Pen, il faut qu'elle arrête de se faire passer pour une victime.
Et je pense que ces électrices et ces électeurs, dont j'entends certains parfois dire le Rassemblement National, on est les seuls à être différents des autres, je pense qu'ils devraient comprendre que Marine Le Pen, ce n'est pas comme elle le disait ou comme le Front National le disait il y a quelques années, tête haute, main propre. C'était ça le slogan de Jean-Marie Le Pen. Je pense que tout le monde a compris maintenant qu'ils ont les mains bien sales.
Vous dites que Marine Le Pen doit arrêter de se victimiser et qu'il ne s'agit en aucun cas d'une décision politique. Pourtant, un certain Jean-Luc Mélenchon, lui aussi, il parlait de justice politique pour une affaire concernant votre mouvement en 2018-2019. L'affaire, elle n'est pas du tout pareille, je le dis à ceux qui nous écoutent.
Je viens de le dire, je pense.
Oui, mais les éléments de langage à la sortie du procès sont les mêmes, écoutez.
A l'évidence, c'est un jugement politique. Il n'a pas en droit, il est extrêmement contestable. Bon, alors je dénonce cette instrumentalisation politique de la justice. Tout le monde comprend que c'est une comédie judiciaire pour me flétrir. La justice, la police, tout ça a été instrumentalisé par le pouvoir politique dans des conditions telles que tout le monde se couvre de ridicule.
Je rappelle les faits, c'était suite à une opposition à une perquisition, donc en 2018. Les mots utilisés aujourd'hui par Marine Le Pen ressemblent aux mots, sont même les mêmes, que Jean-Luc Mélenchon hier.
Non, madame, je ne vous laisserai pas faire des comparaisons comme ça parce que vous n'entendrez jamais dans la parole d'aucun dirigeant de la France insoumise le fait qu'il y aurait des juges rouges, le fait que nous serions dirigés par un carteron de juges, c'est des mots que j'ai entendus à l'Assemblée nationale. Après, on a le droit, en tant que responsable politique, Je vous dis les mots, pardon,
de Jean-Luc Mélenchon, instrumentalisation politique, comédie judiciaire, justice insoumissalisée.
Je ne vais pas dire que Jean-Luc Mélenchon dire à la République, c'est moi. Mais attendez, excusez-moi, je n'ai pas très bien compris. La semaine dernière, c'est Jean-Luc Mélenchon qui a été condamné par la justice. Non, je vous parle de la rhétorique
qui est donnée après un procès.
Non, mais attendez, madame.
Et que ce soit Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, les mots sont les mêmes après ce procès.
Non, les mots ne sont pas les mêmes et je vous en ai fait la démonstration. Maintenant, madame, moi je vais être très clair, on a le droit de ne pas être en accord avec une décision de justice. Personne ne peut, on a le droit et d'ailleurs il y a des procédures et des procédures d'appel pour le faire. On n'a pas le droit de défier l'institution judiciaire, de menacer des juges, de les mettre en situation d'insécurité, de se faire passer pour une victime alors qu'on a été reconnu coupable. Voilà, donc ne cherchez pas à comparer s'il vous plaît deux situations qui n'ont précisément rien à voir. Après, je ne vais pas rentrer dans le détail de ce dont on est en train de parler.
Je vous rappelle que la France insoumise a été victime en 2018 de presque 20 perquisitions de manière simultanée. Madame Le Pen, elle n'a pas connu 20 perquisitions de manière simultanée. On est aujourd'hui en 2025 et ces perquisitions, elles ont abouti sur quoi ? Sur strictement rien. Donc on peut légitimement considérer que ces perquisitions, elles étaient quand même un peu problématiques du point de vue et un peu disproportionnées. Hier, place de la République,
la manifestation s'est déroulée sans les socialistes ni les communistes et justement, pour le maire de Saint-Ouen, Karim Boamran, c'est clairement votre présence à la manifestation qui a posé problème. Il dit, je ne manifesterai pas avec une partie de la gauche qui a exactement les mêmes termes que le rassemblement national.
Bon, mais, enfin, M. Boamran dit évidemment n'importe quoi. Maintenant, franchement, on a bon dos, quoi. C'est-à-dire que si désormais c'est la France insoumise qui est responsable du fait que le Parti socialiste manque à son devoir de riposter contre l'extrême droite essaye de s'emparer en France des rues, que le Parti socialiste s'interroge sur ses propres responsabilités. Mais vous savez, ça m'arrive, moi, de participer à des manifestations avec des gens avec qui je suis en désaccord. La question que je me pose à chaque fois, c'est est-ce que le motif de la manifestation est justifié ?
Est-ce que quand l'extrême droite décide de défier le tas de droits, est-ce qu'il faut répondre par une autre manifestation ? C'est ce que je pense. C'est ce qu'ont pensé, par exemple, les écologistes et un certain nombre d'associations. Si le Parti socialiste ne le pense pas, qu'ils disent pourquoi, mais qu'ils n'essayent pas d'utiliser la présence de la France insoumise comme prétexte, je trouve que je vois bien dans une période de congrès et je vois bien que cette période de congrès a l'air beaucoup influencée les décisions du Parti socialiste, y compris dans la lutte contre l'extrême droite et je trouve ça assez dommageable.
Je fais un petit détour parce que vous dites à chaque fois qu'il y a une manifestation, je ne me pose pas la question de savoir qui y participe. C'est le but de l'opération qui m'intéresse. La manifestation contre l'antisémitisme, vous n'y êtes pas allé parce qu'il y avait le Rassemblement national, c'était votre argument.
Mais non, pas seulement madame, enfin si vous voulez, on va reparler de cette manifestation qui avait eu lieu
pendant deux ans.
Non, c'est parce qu'y compris que je n'étais pas d'accord avec les initiateurs, c'est assez différent. Mais pour le reste, si maintenant vous voulez vous poser la question sur les gens qui participent à telle ou telle manifestation, le 22 mars dernier, on a fait une manifestation contre le racisme. Vous auriez pu poser la question à ceux qui n'étaient pas si ça veut dire qu'ils sont d'accord avec le racisme. Vous voyez ?
Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Brachia.
Et toujours avec Manuel Bompard, coordinateur national de la France Insoumise, on évoquait la condamnation de Marine Le Pen, on se souvient de la réaction de Jean-Luc Mélenchon, la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple, allusion à cette peine d'inéligibilité immédiate. Non, non, je ne sais pas
pourquoi vous dites ça, c'est votre interprétation, si je peux me permettre, parce que j'ai entendu beaucoup de choses depuis une semaine sur ce sujet. La France Insoumise propose et d'ailleurs a initié il y a quelques jours une campagne pour la VIème République et la Constituante. Dans ce cadre-là, nous considérons qu'il devrait y avoir des nouveaux droits pour le peuple et en particulier la possibilité de révoquer ou de destituer un élu. Alors, si on s'en...
Attendez, avant la VIème République, parce que c'est important, ça ne veut pas dire, et Jean-Luc Mélenchon l'a dit lui-même, ça ne veut pas dire, attendez, je vais répondre de manière très précise, ça ne veut pas dire que nous sommes opposés par principe à des peines d'inéligibilité. Il existe des situations... Avec exécution immédiate, c'est ça le sujet. Il existe des situations dans lesquelles, moi, évidemment, le principe de la démocratie, c'est le peuple qui choisit ses représentants, mais il existe des situations dans lesquelles il y a des délits qui sont commis et ces délits viennent pervertir le processus démocratique, viennent l'altérer, le modifier.
Quand on parle de corruption ou de détournement de fonds, on modifie les conditions d'expression de la démocratie et donc c'est légitime dans ce cadre-là qu'il puisse y avoir des peines d'inéligibilité. Ensuite, nous avons dit mais c'est une décision suffisamment lourde, suffisamment grave qui a des conséquences quand même importantes pour la démocratie et donc on trouve ça légitime que ça soit une décision qui puisse donner lieu à un appel, y compris du point de vue de la peine d'inéligibilité. D'un certain point de vue, cette exigence, elle est satisfaite aujourd'hui puisqu'il va y avoir un appel dans un an.
Donc c'est pourquoi je ne comprends pas pourquoi Mme Le Pen continue à se plaindre sur ce sujet. Et d'ailleurs, je pense qu'elle est assez isolée.
Emmanuel Bompard par rapport à ce que vous dites par rapport à la semaine prochaine. Non, pas du tout, il n'y a aucun bouger. Non, non, non. Je ne vous permets pas de dire ça. C'était moins clair la semaine dernière. Mais vous ne m'avez pas interrogé. Mais vous m'avez pas interrogé. C'était moins clair. C'est la France insoumise.
Non, ce n'est pas vrai. La France insoumise, tous ses dirigeants ont dit exactement la même chose que moi.
Pour suivre cette logique du coup, pardon, la proposition de loi qui va arriver d'Éric Ciotti pour la suppression de cette exécution provisoire.
C'est une plaisanterie, madame. Vous allez voter contre. Mais c'est une loi de confort. Enfin, moi, je ne fais pas des lois pour une loi Marine Le Pen. Et je n'ai certainement pas l'intention de voter pour une loi Marine Le Pen. Mais je trouve quand même que ce serait intéressant de relever le paradoxe. C'est-à-dire que quand M. Ciotti ou Mme Le Pen prennent la parole à l'Assemblée nationale sur la question de la justice, c'est en permanence pour alourdir les peines, pour mettre des peines automatiques, pour mettre des peines planchées, pour dénoncer le laxisme de la justice.
Et là, la seule fois où ils vont proposer une loi pour en quelque sorte réduire l'ampleur des peines, c'est parce que ça arrange Mme Le Pen. Je pense quand même que tous les électrices et les électeurs, quelles que soient leurs étiquettes politiques, puisque vous interrogiez la cohérence des uns et des autres, là, je pense, vous pourrez les interroger. Et je pense qu'elle est assez isolée quand même, Marine Le Pen. La preuve, parce qu'on ne l'a pas dit, c'est quand même le rassemblement d'hier qui devait être une démonstration de force pour montrer que Mme Le Pen a eu soutien populaire. Ça a quand même été un gros flop, il faut le dire à un moment parce que...
Globalement, il n'y avait pas beaucoup
de monde dans la rue hier dans les trois manifestations. Mais ce n'est pas vrai, monsieur. Regardez, j'étais quelques milliers à chaque fois.
D'accord, mais ce n'est pas tout à fait la même chose pour une manifestation qui est appelée depuis une semaine avec les bus du Rassemblement National pour essayer de faire une grande démonstration de force et pour une réponse qui a été appelée par nous, les Insoumis, les écologistes et d'autres
en quelques jours. Vous vous rendez d'ailleurs le 12 avril à l'appel de la CGT. Il va y avoir
d'autres initiatives, évidemment. Moi, je trouve qu'elles vont dans le bon sens. Mais la prochaine date importante, je la mets sur la table aujourd'hui. Ça va être la date du 1er mai. Et moi, j'appelle à ce qu'il y ait des centaines de milliers de personnes dans la rue le 1er mai. Je pense que ça sera la réponse la plus forte et la plus puissante, y compris à l'extrême droite.
Manuel Bompard, on souhaitait vous entendre ce matin également sur cette enquête ouverte après l'interruption d'un cours à l'Université Lumière Lyon 2. C'était la semaine dernière. Le maître de conférence Fabrice Ballange qui a dû quitter son cours. Plusieurs personnes encagoulées l'ont pris à partie en criant sioniste, raciste dans l'amphithéâtre. Lui explique que c'est parce qu'il s'était opposé à l'organisation d'une rupture du jeûne du ramadan sur le campus. Les étudiants, eux, disent avoir voulu dénoncer des discours racistes, génocidaires, disent-ils même, de ce professeur au sujet de la guerre entre Israël et le Hamas. Voilà pour les faits.
Le ministère a décidé de se joindre au professeur. En tout cas, il considère que la plainte est justifiée. À qui donnez-vous raison dans cette affaire ? Écoutez, moi,
je ne suis pas la justice. Donc, vous l'avez dit, il y a différentes versions manifestement qui s'opposent. Vous dites qu'il va y avoir une enquête. On verra quelle va être la conclusion de cette enquête. Ensuite, moi, j'ai des principes simples. Évidemment qu'on a le droit d'exprimer des préoccupations politiques. Évidemment que ça ne doit jamais se faire par la violence, quel que soit le sujet, quelle que soit la situation et quelles que soient les circonstances. L'interruption d'un cours, c'est de la violence ? Je ne sais pas. Vous parlez de gens qui, selon la version de ce professeur,
auraient été cagoulés
à l'intérieur d'un amphi. Bon, je crois qu'on ne vient pas cagouler à l'intérieur d'un amphi de manière générale. Maintenant, je voudrais dire, parce que je vois bien que dès qu'il y a un sujet, une action qui concerne la situation au Proche-Orient, on essaye immédiatement de faire passer l'ensemble des personnes qui se mobilisent pour la paix pour des gens violents. Ce n'est pas du tout le cas. Il y a des manifestations depuis des mois et des mois sur ce sujet. Il y a une préoccupation qui est tout à fait légitime sur ce sujet. Et c'est une préoccupation qu'il faudrait arrêter de criminaliser en permanence.
Parce qu'en l'occurrence, cette protestation, elle concerne une situation à Gaza qui est une situation insupportable. Et c'est quand même normal et légitime qu'il y ait des millions de personnes en France qui soient indignées par ce qu'il se passe.
Bon, là, on parle d'une interruption de cours avec effectivement des gens qui a voulu des fautes.
J'ai fait la part des choses.
Justement, le Proche-Orient, Benyamin Netanyahou rencontre Donald Trump aujourd'hui à la Maison Blanche. Tout cela alors qu'Israël a intensifié ses opérations à Gaza ce week-end et que les menaces de bombardement sur l'Iran s'intensifient aussi. Emmanuel Macron est au caire aujourd'hui et demain au plus proche de Gaza. Ça peut servir à quoi ce déplacement ? Qu'est-ce qu'il doit faire ?
Il doit enfin prendre des décisions en fait. Parce que ça fait depuis deux ans qu'Emmanuel Macron il parle. D'ailleurs, il parle il vogue, il navigue d'une position à l'autre. D'ailleurs, il est illisible et on ne comprend à peu près rien à ce qu'il a à dire sur ce sujet. Mais il y a quand même des décisions très simples que l'on peut prendre. Comme quoi ? La reconnaissance de l'État de Palestine, c'est une décision qu'a pris par exemple l'Espagne il y a quelques mois. C'est une décision qui pèse dans le rapport de force. Le fait de décréter un embargo sur les livraisons d'armes, c'est une décision qui pèse sur la situation.
Le fait par exemple d'infliger et de se mobiliser à l'échelle européenne pour infliger des sanctions contre le gouvernement de M. Netanyahou, c'est une décision qui pèse. Donc, pourquoi on ne fait rien ? Je veux dire, l'Union européenne a été capable d'infliger des sanctions contre Vladimir Poutine immédiatement. Or, aujourd'hui, excusez-moi, mais M. Netanyahou, il est sous mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale et des organes de l'ONU parlent d'actes génocidaires. Ce n'est pas ma position, c'est la position aujourd'hui d'organes de l'Organisation des Nations Unies. Et on ne fait rien sur le sujet. Et M. Netanyahou va voir M. Trump pour s'attaquer à la Cour pénale internationale.
Moi, je veux parler en France à tous les démocrates et tous les républicains. Je rappelle que le statut de Rome qui a introduit la Cour pénale internationale a été voté sous Jacques Chirac. Donc, ce n'est pas une question de camp politique. Est-ce que nous, on n'est pas capables de défendre le droit international ? Mais si, on devrait défendre le droit international.
À quoi cela servirait-il ? Est-ce que vous ne prévisez pas trop du poids de la France et de l'Europe dans ce dossier qui manifestement sont contournés ? Écoutez, monsieur,
dans l'histoire dramatique de ce conflit et de cette guerre, à plusieurs reprises, la France a été capable de peser sur le cours des choses. Et ce que je regrette, c'est qu'Emmanuel Macron nous a rendus en quelque sorte impuissants par ses volte-face permanents sur ce sujet. Donc, la France, elle devrait prendre la tête du camp de la paix. Elle devrait dire qu'on n'accepte pas cette situation parce que, malheureusement...
Oui, il l'a dit plusieurs fois. Oui, mais il faut prendre
des décisions à un moment. Si vous voulez, vous ne pouvez pas parler. Il faut prendre des... Non, mais ce n'est pas suffisant, madame. Quelle est une seule décision qui a été prise aujourd'hui par le gouvernement de François Bayreau ou par Emmanuel Macron pour peser sur le cours des choses et faire en sorte que ces massacres s'arrêtent ? Parce que, malheureusement, on est déjà à plusieurs dizaines de milliers de mois et dans les choses dans lesquelles les choses vont. Aujourd'hui, si vous entendez les discours, y compris d'un certain nombre de ministres du gouvernement d'extrême droite ethnique de la bande de Gaza, on ne peut pas laisser faire ça sans réaction.
Ah si, monsieur, ne faites pas la mou. Écoutez les propos de M. Smotrich. Écoutez les propos... Non, vous faisiez un peu la mou. Pas du tout. J'étais en train de... Les propos qui ont été... Ah, pardon. Alors, j'ai mal interprété votre réaction.
Ah oui, oui, bien sûr, je pense que vous avez mal interprété à un an des municipales. Mais vous êtes d'accord, il y a eu des propos qui sont des propos qui s'apparentent quasiment à des projets de nettoyage ethnique. J'ai une question à vous poser qui concerne Marseille. On est obligé de passer à un autre sujet en un an des municipales, moins d'un an, et la loi dite PLM quand Paris, Lyon, Marseille arrive à l'Assemblée. Il s'agit de mettre fin à une exception. Paris, Lyon, Marseille, dans ces villes, les électeurs désignent les maires d'arrondissement. Le texte leur permettrait de voter directement pour le ou la maire. LFI votera pour ou contre ?
On est plutôt favorable, en tout cas à l'état actuel du texte, pour que les gens qui nous écoutent le comprennent et très rapidement, à Paris, Lyon ou Marseille, vous pouvez vous retrouver dans une situation où vous avez une liste qui gagne en nombre de voix mais qui ne gagne pas en nombre de sièges. Peut-être certains se rappellent aux Etats-Unis quand il y avait une présidentielle, je crois que c'était Al Gore, le président, qui avait gagné en nombre de voix et qui n'avait pas gagné en nombre de sièges. Évidemment, c'est un problème démocratique. La liste qui gagne en nombre de voix sur la ville, c'est la liste qui doit diriger la ville à l'issue des élections municipales.
Donc nous, on est plutôt favorable à ce texte de loi. Après, on va voir quels sont les amendements. On parle d'une prime majoritaire à 25% à l'échelle de la ville. C'est un mode de scrutin qui est plus démocratique. Donc c'est plutôt quelque chose qui nous convient.
Et modifier la loi comme ça à un an d'un scrutin,
c'est normal ? C'est sûr que moi, personnellement, j'aurais préféré que cette décision puisse être prise avant. Mais je pense que si ça se fait assez rapidement, on est encore dans un temps qui permet ensuite à tout le monde de se préparer. Franchement, je vois bien que sur ce sujet, tout le monde a l'air de se positionner en fonction de ses intérêts politiciens. Pardonnez-moi d'essayer de me positionner en fonction de l'idée que je me fais de la démocratie et que dans ces villes-là, une personne, ça doit peser une voie, quel que soit le secteur ou l'arrondissement dans lequel elle habite.
L'Algérie et la France renouent le dialogue Manuel Bompard après des mois de crise. Jean-Noël Barraud, le ministre des Affaires étrangères, était hier à Alger. Dans cette crise, vous dites quoi ? Les torts sont partagés ?
Non, je dis d'abord c'est une bonne chose qu'il y ait une volonté de désescalade. Et je veux quand même dire parce que je sais qu'on passe un peu dans le commentaire médiatique d'une séquence à l'autre, mais que le ministre de l'Intérieur, M. Retailleau, qui à longueur de plateau est venu faire le shérif bomber le torse en disant vous allez voir, je vais faire plier l'Algérie et vous allez voir ce que vous allez voir, il n'a rien obtenu du tout et que c'est une méthode qui ne fonctionne pas. Et d'ailleurs, cette volonté de renouer le dialogue est un désaveu cinglant pour M. Retailleau.
C'est ce que nous disait un de vos collègues députés, Belkir Beladad, qui est député de Moselle, membre du groupe d'amitié France-Algérie. Cette personne qui aurait obtenu des laissés-passés qui sont sous OQTF obligation de quitter le territoire pour retourner en France. C'est ça le bilan de M. Retailleau. En tout cas, voilà.
Pour le moment. Franchement. Moi, voilà ce que j'ai à vous dire sur ce sujet. Évidemment, on peut avoir des désaccords avec le gouvernement algérien, évidemment. Mais la France, le peuple français et le peuple algérien ne sont pas des peuples ennemis ou adversaires, ce sont des peuples amis. Et moi, j'aspire à ce qu'on ait une relation avec l'Algérie qui soit une relation de coopération, d'amitié. Je vous rappelle qu'on a des binationaux, qu'on a des familles en commun, qu'on a une histoire parfois tragique, douloureuse en commun et qu'il faut faire très attention à ce qu'on fait sur ce sujet. Et M. Retailleau, sur ce sujet, est un irresponsable.
Et je suis satisfait aujourd'hui qu'il soit désavoué par cette volonté du Président de la République et du Ministre des Affaires étrangères.
Emmanuel Bompard, pardon, on n'a pas trop de temps pour en parler, mais quand même, votre ancien camarade et toujours collègue de l'Assemblée nationale, à gauche, quelle est votre réaction ?
Écoutez, bon, d'abord, je ne crois pas que c'était hier, je crois que c'était plutôt en début de semaine, mais François Ruffin a le droit de considérer qu'il doit être la personne qui va représenter tout le monde, mais malheureusement, je crois qu'il a pris des décisions ces dernières années qui sont des décisions plutôt de division et de fracture. Donc, quand on a pris des décisions de division et de fracture, prétendre vouloir rassembler tout le monde me paraît un peu fort de café. Mais pas seulement, parce qu'il a eu des propos qui étaient des propos extrêmement diviseurs, et je ne pense pas que ce soit la bonne solution.
Pour le reste, moi, je pense qu'il ne faut pas aborder l'élection présidentielle de 2027 par l'intermédiaire du casting, mais par l'intermédiaire des orientations politiques. Or, je pense que la France Insoumise, nous, nous proposons et nous proposons de le faire avec tous ceux qui veulent, de continuer sur la ligne qui a été la ligne de la NUPES puis la ligne du nouveau Front Populaire, c'est-à-dire le rassemblement autour d'un programme de rupture. On a ce programme, donc autour de ce programme, il faut se rassembler, y compris dans la campagne présidentielle. Et je vois M. Ruffin, le Parti Socialiste qui, en quelque sorte, veulent tourner la page de ce programme pour en faire un autre.
Moi, je ne suis pas d'accord. Le programme que j'ai défendu il y a un an devant les électrices et les électeurs me convient et je vais continuer à le défendre avec tous ceux qui veulent. Merci, Manuel Bancard,
député LFI, Débouches-du-Rhône, Coordinaire internationale de la France Insoumise, invité de France Info.
Manuel Bompard