G7 : Trump superstar ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
jusqu'à 100 % de protection ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. C'est un accord dont on attend toujours le contenu, mais l'Iran et les Etats-Unis ont trouvé un terrain d'entente sur le principe d'une fin des combats, ouvrant une nouvelle phase diplomatique de 60 jours. L'accord sera signé vendredi en Suisse.
Aujourd'hui débute à Evian un G7 organisé par la France. Pour en parler, B.Haddad, ministre délégué chargé de l'Europe.
Un accord dont on ne mesure pas encore l'ensemble des détails. Il ouvre surtout une phase de discussion de 60 jours. C'est plus qu'un gros cessez-le-feu? - B.Haddad: Déjà, il y a un accord, c'est une bonne chose.
Les prochaines étapes seront cruciales. C'est là que les Européens auront un rôle à jouer. D'abord, pour maintenir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz.
C'est un enjeu stratégique majeur. La France avait monté une coalition avec le Royaume-Uni pour dire que, dans un cadre juridique encadré, nous étions prêts à monter et participer à une opération de sécurisation du détroit d'Ormuz une fois la partie militaire du conflit terminée. - C.Roux: Le président a dit que la France était prête. - B.Haddad: Elle l'est.
Elle est déjà présente dans la région. On a soutenu des partenaires sur le plan défensif. La France prendra ses responsabilités.
C'est aussi un enjeu des discussions des prochains jours. Dans ce cadre des négociations, il y a la question du nucléaire qui est fondamentale. On ne peut pas laisser l'Iran se doter de l'arme nucléaire... - C.Roux: Vous êtes sûr, à ce stade, que ça figure dans l'accord? - B.Haddad: L'enjeu était d'ouvrir une phase de négociation permettant de parler du nucléaire.
On verra comment les choses se passent. Il faut faire en sorte que l'Iran ne puisse pas continuer un programme d'enrichissement d'uranium clandestin. Il faut diluer ou sortir l'enrichissement, faire parler de l'uranium.
Il faut aussi parler de la question des missiles balistiques et du soutien de l'Iran à des proxy terroristes qui déstabilisent la région. Tout cela doit être sur la table dans les négociations qui s'ouvrent. La France, le Royaume-Uni et l'Allemagne avaient été très mobilisés sur le nucléaire pour obtenir l'accord d'il y a une dizaine d'années. - C.Roux: Vous êtes persuadé qu'ils nous écoutent?
A la fois l'Iran et les Etats-Unis, sur les points que vous venez d'évoquer, que ce soit sur le nucléaire ou les missiles balistiques? On est à la table? - B.Haddad: Le président américain est en France pour le G7.
C'est une opportunité pour parler. Nous avons non seulement des intérêts à faire entendre et à faire valoir, mais nous avons un rôle à jouer. Nos partenaires, y compris les Américains, le savent.
Quand on parle de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, bien sûr que les Européens peuvent jouer un rôle. Il faut le faire dans un cadre une fois les conditions remplies. Nous avons une valeur ajoutée, y compris en termes de présence dans la région.
Les frégates, les porte-avions, les avions de combat...
Sur le nucléaire, on a une expertise ancienne de négociation avec l'Iran. Cette expertise peut être utile pour empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire. C'est dans l'intérêt que nous la partagions avec les Etats-Unis et avec nos partenaires de la région. - C.Roux: Mais sur le détroit d'Ormuz...
Selon l'agence iranienne Fars, l'Iran a introduit au dernier moment dans la négociation une clause prévoyant la mise en place de redevances sur les services maritimes dans le détroit d'Ormuz. Ca s'appelle un péage. Les Etats à la table du G7 auraient la capacité de dire que c'est inacceptable? - B.Haddad: Il faut être clair, ce n'est pas acceptable.
C'est contre le droit international. Ca représenterait un dangereux précédent. Il y a d'autres détroits au coeur des échanges, du commerce national.
On parlera aussi, dans ce G7, de la façon de dérisquer l'économie du détroit d'Ormuz. Mettre en place des projets d'infrastructures dans la région, dans le Golfe, pour pouvoir passer par d'autres voies que le détroit d'Ormuz, comme l'Arabie saoudite ou les Emirats arabes unis...
Sur tous ces sujets, on a besoin de coordination, Américains, Européens et Etats du Golfe, pour trouver des réponses concrètes. - C.Roux: Quand les Iraniens disent que les Etats-Unis ont accepté le principe de paiement d'une redevance, vous y croyez?
Les Etats-Unis peuvent accepter une redevance dans le détroit d'Ormuz qui serait contractée par Oman, peut-être, et par les Iraniens? - B.Haddad: Je ne vais pas spéculer.
On verra comment les choses se passent et les discussions des prochains jours. Ce ne serait ni dans notre intérêt ni dans celui de nos partenaires, et ce serait contraire au droit international. Ca représenterait un précédent dangereux pour le commerce international. - C.Roux: D.Trump est visiblement très en colère contre B.Nétanyahou, qui a fait des frappes sur les routes hier matin et failli faire capoter ce début d'accord.
Le ministre des Finances, B.Smotrich, fervent partisan des colonisations, fustige le choix de D.Trump.
Il dit ceci. Dans cet accord, il y a la certitude qu'Israël va cesser les combats au Sud-Liban? - B.Haddad: Déjà, monsieur Smotrich, comme son collègue I.Ben Gvir, est habitué à des déclarations provocatrices à l'emporte-pièce qui ne représentent pas le reste de son gouvernement.
Cet accord doit s'étendre à tout le reste, y compris au Liban. Le plus important est de trouver un cadre pour renforcer les forces armées libanaises, pour qu'elles prennent le contrôle de l'intégralité du territoire et qu'on puisse mener au désarmement du Hezbollah. - C.Roux: Ne sont-ce pas 2 sujets distincts? - B.Haddad: Non.
C'est un sujet régional. Les Etats-Unis ont été clairs sur le sujet. Le Hezbollah a une part de responsabilité immense dans la situation.
Ca a été dit très clairement et courageusement par des ministres libanais récemment, même à Paris, devant la commission des affaires étrangères. Le Hezbollah a agi en proxy, un acteur au service de l'Iran, en entraînant le Liban dans une guerre qui n'était pas la sienne. L'objectif, en coordination avec le gouvernement libanais, est de renforcer les armées libanaises.
Elles prennent le contrôle de l'intégralité du territoire. La France a mené Plusieurs levées de fonds, a travaillé avec les autorités libanaises pour renforcer l'armée libanaise et mener au désarmement du Hezbollah, dont l'action va contre les intérêts de la population du Liban. - C.Roux: Les Libanais disent qu'ils n'étaient pas au courant de cet accord. - B.Haddad: Il a été négocié entre les Etats-Unis et l'Iran.
Dans l'opérationnalisation, l'entrée en vigueur concrète de cet accord, il y a encore plusieurs jours de discussions. Le G7 jouera un rôle important. - C.Roux: Justement, cet accord intervient alors que débute à Evian le G7.
D.Trump est arrivé en début d'après-midi. On dirait que la France a tout fait pour qu'il vienne et reste.
Un dîner à Versailles mercredi pour célébrer les 250 ans de l'indépendance des Etats-Unis...
On lui doit ça, encore aujourd'hui, à D.Trump? C'était indispensable? - B.Haddad: On est réalistes.
On défend les intérêts de la France. Nos intérêts, c'est qu'on puisse travailler avec nos partenaires sur les sujets où nous avons des intérêts communs. Que ce soit l'Ukraine, la liberté de navigation du détroit d'Ormuz...
On va parler de sujets fondamentaux pour notre autonomie stratégique, comme les chaînes de valeur sur les minerais critiques, ces fameuses terres rares dont on a besoin dans les téléphones portables ou l'aéronautique. On a intérêt à coopérer sur ces sujets avec les Etats-Unis. Pas par naïveté.
On défend nos intérêts. Oui, on travaille avec le président des Etats-Unis...
Sur l'Ukraine, il y a un peu plus d'un an, par exemple, il y a eu un rendez-vous entre le président Zelensky, le président Trump et le vice-président J.D.Vance.
On nous a dit que c'était fini, qu'en 48 heures, les Ukrainiens seraient forcés à la capitulation, que les Européens ne seraient pas impliqués. Nous avons pris nos responsabilités. La France et le Royaume-Uni ont créé la Coalition des volontaires.
La quasi-exclusivité du soutien à l'Ukraine vient aujourd'hui des Européens. On a travaillé avec les Américains pour converger, parler des garanties de sécurité, du monitoring du cessez-le-feu...
On fait tout ça parce que c'est dans notre intérêt. - C.Roux: On a encore besoin clairement de D.Trump pour aller faire pression sur les Russes pour que les conditions d'un accord acceptable pour les Ukrainiens puissent aboutir auprès de V.Poutine?
Je vous pose la question parce que vu d'ici, c'est parfois compliqué de se sentir humilié par le grand frère américain régulièrement. Avant même d'arriver au G7 à l'invitation de la France, avec tout ce qu'on a évoqué, il a menacé d'imposer un tarif douanier de 100 % sur le vin français si Paris ne supprime pas sa taxe sur les services numériques réclamés aux entreprises technologiques. - B.Haddad: Dans les relations internationales, il faut garder son sang-froid, être calme, se demander clairement quels sont nos intérêts et comment on les défend. - C.Roux: Tendre l'autre joue? - B.Haddad: Non!
Sur l'Ukraine, on n'a pas tendu l'autre joue. Surtout, on n'a pas attendu la permission ou les initiatives et desiderata des Américains. Nous avons défendu notre souveraineté et notre autonomie stratégique.
L'aide à l'Ukraine, 90 milliards du prêt qui a été finalisé pour les militaires économiques, ça vient des Européens. Le travail de garantie de sécurité, ce sont les Européens. - C.Roux: Avec les Etats-Unis. - B.Haddad: On a emmené les Etats-Unis.
On a invité S.Witkoff et J.Kushner à Paris pour reconverger parce qu'on a des intérêts communs, mais à l'initiative des Européens.
On va entamer un nouveau paquet de sanctions pour augmenter notre pression sur la flotte fantôme russe, qui contourne les sanctions. L'objectif est d'accrocher les Américains pour continuer à travailler avec eux. Dans le même temps, on réarme, on réduit nos dépendances, on investit dans notre compétitivité au niveau européen, tout cela pour se donner plus de marge de manoeuvre et monter en puissance. - C.Roux: Les gens qui nous regardent suivent l'actualité.
Ils voient qu'on a essayé de faire un avion du futur en commun avec les Allemands. Ca fait des années qu'E.Macron s'engage, y compris avec F.Merz, et qu'on a capoté.
On n'a pas réussi, au nom de cette souveraineté européenne, à avancer et produire ensemble. Ca a échoué. Le char en commun est un projet qui bat de l'aile aussi. - B.Haddad: On a des projets, dans le spatial, le char aussi...
La Commission européenne a validé un prêt aux Etats membres et aux entreprises pour que l'on converge sur les projets dans lesquels on a des capacités à mettre en commun. Il y a beaucoup de chantiers où l'Europe réarme à la fois les Etats membres qui augmentent leur budget de défense...
On a doublé notre budget de défense à la demande d'E.Macron. On commence à travailler ensemble et à avoir des projets.
Quand vous voulez faire des choses complexes et ambitieuses, vous avez parfois des difficultés. Dans le cas du Scaf, on avait 2 industriels d'excellence qui n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le périmètre de l'avion. Il y a beaucoup de projets dans lesquels on va continuer à avancer. - C.Roux: Vous regrettez cet échec? - B.Haddad: Bien sûr.
Je ne dis pas que tout est facile et simple. On fait des choses transformationnelles pour notre Europe, qui sort de la léthargie sur le militaire qui a été la sienne pendant des décennies. On en voit des résultats concrets.
Le 1er enjeu de sécurité, le soutien à l'Ukraine, ce sont les Européens... - C.Roux: Autre avertissement venu des Etats-Unis dans le week-end, qui a sonné comme une alerte mondiale.
Le gouvernement américain a demandé au géant de l'IA Anthropic, qui a créé Claude, etc., d'interdire l'utilisation de ses modèles à tous les étrangers, dont les Européens, les alliés. C'est l'interdiction aux Européens de l'accès...
Demain, les grandes plateformes de la tech pourraient fermer leurs accès aux Européens? - B.Haddad: Cette décision doit être un souci stratégique pour les Européens.
Très longtemps, on a été dans une forme de déni de l'avancée de l'IA et des modèles américains. Surtout, on a cru qu'on pouvait créer de la souveraineté par la réglementation, qu'on allait faire des règles et des normes quand les autres innovaient. On doit aujourd'hui soutenir nos écosystèmes d'innovation et les entrepreneurs.
On n'en a pas. On a des pépites comme Mistral et autres...
Ayons une vraie réflexion sur la capitalisation de nos retraites. Approfondissons notre marché intérieur, qui est beaucoup trop fragmenté. Faisons en sorte de simplifier nos règles.
Investissons massivement... - C.Roux: Le réveil, c'est maintenant? - B.Haddad: On a les talents et les pépites.
On ne peut pas régler ces problèmes uniquement par la norme et la bureaucratie. On doit soutenir nos entrepreneurs et nos innovateurs. C'est la condition de la souveraineté.
Benjamin Haddad