L’Europe de l’Est n’existe pas - par quoi la remplacer? Entretien avec ARTHUR KENIGSBERG
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:00OuverteRéponse directe
Si l'Europe de l'Est n'existe pas, par quoi la remplacer ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Pourquoi continuer à parler d'Europe de l'Est 35 ans après la fin du communisme ?
- 6:00OuverteRéponse partielle
La Russie est-elle européenne selon toi ?
- 9:00OuverteRéponse directe
Quels sont les quatre moments clés de malentendus entre la France et l'Europe centrale ?
- 13:00RelanceRéponse directe
Le discours de Bratislava a-t-il marqué une rupture ou un acte isolé ?
- 17:00OuverteRéponse directe
Quelle mesure préconises-tu pour renforcer la présence française dans la région ?
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L'Europe de l'Est n'existe pas à le dire, on a l'impression que ça coule de sens. Mais fondamentalement, ce concept qui nous est hérité de la guerre froide reste comme un cadre de pensée intellectuel et politique depuis déjà la chute du mur de Berlin et la dislocation de l'URSS. Et c'est ce qui a motivé Arthur Kenixberg 35 ans après donc la chute du mur de Berlin et la dislocation de l'URSS a publié ce livre L'Europe de l'Est n'existe pas.
Arthur, bonjour. Bonjour Sébastien. Arthur, tu es le président fondateur du F tank Eurocréatif qui est spécialisé sur donc ces pays d'Europe centrale et orientale.
Tu es un ancien assistant parlementaire du député Frédéric Petit à l'Assemblée nationale et donc en l'occurrence tu viens tout juste de publier cet ouvrage l'Europe de l'Est n'existe pas. Donc ma première question ça porterait justement sur le choix de l'écriture et de la publication de ce bouquin. Si on part du principe que l'Europe de l'Est n'existe pas, par quoi est-ce qu'on la remplace ?
C'est c'est une grande question auquelle je consacre quasiment l'entièreté de la première partie euh du livre. Euh je crois que il y a deux sujets. Il y a un sujet politique et il y a un sujet géographique. le sujet géographique, ce que j'écris, c'est qu'effectivement, on pourra le solutionner dans un avenir proche parce que les frontières naturelles, que ce soit les montagnes, les fleuves, même les les les frontières actuelles ne permettent pas de délimiter des zones précises qu'on peut nommer avec certitude euh et sur lesquels on on pourrait s'appuyer. il y a beaucoup trop de aussi de diversité culturelle, religieuse, linguistique pour effectivement délimiter des des zones précises.
Par contre, en terme politique, on peut délimiter certaines certaines zones mais qui sont discutables. Moi, j'accepte complètement le le débat sur euh sur sur ce sujet. Euh plutôt qu'Europe de l'Est, moi je propose de parler d'Europe centrale orientale.
Donc c'est un terme qui est quand même assez utilisé euh en France, notamment dans les milieux universitaires ou euh diplomatiques des désormais. On peut imaginer que l'Europe centrale, ça regroupe euh la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, euh la Hongrie, euh il y a effectivement d'autres pays qui pourraient faire partie de l'Europe centrale, mais on peut se concentrer sur ce qu'on appelle le le groupe de Vicégrade et l'Europe orientale. L'Europe orientale qui serait un peu plus les marges entre guillemets de de l'Europe au sens politique.
Donc on peut parler des États-Baltes, du Belarus, de l'Ukraine, de la Roumanie, de la Bulgarie, la Moldavie. Ça ce serait l'Europe orientale. Mais effectivement ce que j'écris c'est que ce ne sont pas des définitions strictes.
C'est-à-dire qu'effectivement il y a des influences de toute façon entre tous ces pays. Un pays comme la Roumanie, personne n'est capable de la classer avec certitude. C'est impossible de dire la Roumanie bien sûr c'est l'Europe orientale.
Non, ça peut être aussi l'Europe centrale, ça peut être aussi les Balkans. L'objectif de ce liv c'était beaucoup plus de casser ce concept d'Europe de l'Est qui n'est pas un principe et un une dénomination géographique, c'est une dénomination politique. Ce terme d'Europe de l'Est n'existait pas avant que Stalin installe ce ce rideau de fer en Europe.
Avant ce ce rideau de fer notamment entre dans l'entre de guerre, il y avait des débats très vifs entre universitaires notamment français pour sur les les dénominations de cette région. Donc il y avait l'Europe du centre, l'Europe médiane, on parlait déjà d'Europe centrale, euh Europe du milieu. Euh parfois on prenait ce terme allemand de Mittle Europa euh qui a été saccagé entre guillemets par les nazis et qu'on ne peut plus aujourd'hui euh utiliser.
On le comprend bien. Mais ce terme d'Europe de l'Est n'existait pas parce que il apparaît seulement lorsqueeffectivement en Europe se distingue deux blocs, le bloc de l'Ouest, le bloc de l'Est et qui était différent politiquement. Donc avec un modèle euh démocratique, libéral voire capitaliste et l'autre soviétique communiste.
Donc en terme de modèle politique, c'était différent et surtout en terme de euh production et d'économie. Et là il y avait une vraie différence. Il y avait véritablement deux Europes qui qui se distinguaient.
Mais lorsque le rideau de fer tombe, quand le mur de Berlin tombe, quand le communisme s'effondre, quand l'URSS s'effondre, pourquoi continuer parler d'Europe de l'Est, surtout aujourd'hui 35 ans après la fin du communisme ? Pourquoi garder euh cette dénomination ? Parce que aujourd'hui, il y a plus cette distinction là entre l'Europe de l'Est et les pays d'Europe centrale et orientale.
Ouais. Ouais. Et ça c'est quelque chose que tu exprimes très bien dans le livre.
Tu dis l'Europe de l'Est était une jaôle politique donc pour ses pays et pour ses population et elle reste aujourd'hui une prison intellectuelle et conceptuelle. Moi, je comprends très très bien les difficultés à créer une nouvelle nomenclature pour définir qui appartient à l'Europe centrale, qui appartient à l'Europe orientale. C'est évidemment une question que je me suis posée beaucoup depuis les nombreuses années que je que j'arpente la région.
Et c'est aussi une question par exemple que l'on se pose beaucoup en linguistique sur les translitérations à partir de l'alphabet cyrilque vers l'alphabet latin. Bon bref sont des questions qui en gros une fois qu'on y met le petit doigt, on se fait avaler tout le bras très très vite. Je vais quand même juste poser une question sur cette donc nomenclature Europe centrale et orientale.
Si l'Europe orientale s'arrête au BRusse, à l'Ukraine, à la Moldavie, ça veut dire que la Russie n'en fait pas partie. La Russie selon toi n'est pas européenne. Pourrait faire une heure sur ce sujet je crois et je veux pas être catégorique ou définitif.
Ce que je veux dire, c'est que aujourd'hui le régime de Poutine ou que la Fédération de Russie actuelle pour moi politiquement n'est pas européenne et n'a rien à voir avec le projet politique porté par les pays européens ou par l'Union européenne. Il y a une vraie cassure dans le projet et les aspirations. C'est une confrontation de modèle. il faut rentrer euh là-dedans.
C'est ce que nous impose aussi Poutine. Mais effectivement sur d'autres aspects, il y a des il y a beaucoup de d'interrogations sur est-ce que la la Russie est européenne ? possible de dire non avec beaucoup de de de certitude.
Lorsqu'on regarde une ville comme Saint-Pétersbourg niveau de l'architecture, compliqué de dire que ce n'est pas ce n'est pas une ville européenne ou en tout cas avec des des influences européennes. Et même lorsqu'on parle avec un certain nombre de Russes alors exilés pour pour les raisons qu'on qu'on peut deviner de Russie, ils sont pleinement européens dans dans leur manière de de penser. Maintenant, dire avec certitude que les inspirations du peuple russe aujourd'hui en Fédération de Russie, c'est d'adopter le modèle politique européen ou occidental, c'est impossible.
Enfin euh véritablement euh je mets au défi n'importe qui euh de dire qu'effectivement les aspirations euh des des Russes sont d'adopter le le modèle occidental. Là-dessus, il y a pas de certitude. Sur le Béarus, on peut se poser également la question, mais il y a un événement extrêmement récent qui prouve qu'il y a peut-être une volonté majoritaire en au BRUS d'adopter soit un modèle politique qui se rapprocherait de modèles occidentaux ou européens.
C'est ce qui s'est passé en 2020 avec l'élection volée par Alexandre Lukashenko après la victoire dans les urnes de Svetlana Tiranovskaya, les grandes manifestations qui qui s'en sont suivies et puis la répression infernale qui s'est abattue sur les Busses. On voit que les aspirations profondes des Bélarusses, c'est plutôt d'adopter les les les régimes politiques qu' on pu adopter leurs voisins depuis la fin du communisme, la Pologne, la Lituanie, la la Litthonie. Et les Belarusses voient bien euh la différence de modèle qu'il y a entre le modèle porté par la Fédération de Russie aujourd'hui et par ses voisins européens.
Et en 2020, les Belarusses ont fait un choix clair. Mais aujourd'hui, à la fois Lukachenko et à la fois la Fédération de de Russie empêche les BRuss de véritablement être arrimés à l'Europe. Ouais, ouais, ouais.
On comprend bien puis on comprend bien évidemment hein les difficultés et les évolutions de de de d'établir une telle nomenclature. Donc c'est d'après ce que moi j'ai compris, c'est vraiment le premier objectif de ton bouquin, c'est de casser ce concept d'Europe de l'Est qui a été hérité de la guerre froide. Le deuxième, c'est de dénoncer l'attitude de la France en tant que en tant qu'État et en tant que puissance européenne et puissance géopolitique vis-à-vis de ces pays d'Europe centrale et orientale.
Et ça donc depuis le euh le la chute la chute du mur de Berlin. met en avant quatre moments, je vais passer très très vite dessus, qui ont marqué et bien toute une série de de de malentendus entre la France et ces pays d'Europe centrale et orientale. Donc le premier, c'est François Miteran qui en 1989 propose la création d'une confédération européenne qui réunirait donc les pays d'Europe de l'Ouest, les pays d'Europe centrale et oriental et l'URSS.
C'est un projet qui avorte très très vite et qui reste dans la mémoire diplomatique française comme un échec cuisant de de la présidence Mitteran. Le deuxième, c'est Jacques Chira qui en 2003 intime au pays d'Europe centrale et orientale et bien presque l'ordre de se taire concernant le projet d'invasion de l'Irak par l'administration Bush. Le troisème c'est Nicolas Sarkozy et la manière dont il a géré l'invasion de la geéorgie en 2008 avec notamment cette anecdote particulièrement savoureuse de lui qui est présent à Tibilici en même temps que les présidents polonais, lituans, ukrainiens et il me semble aussi leson et Estonien et qui refuse de rencontrer tous les autres présidents à l'exception du Polonais en disant je ne rencontre pas les petits et donc vraiment avec cette idée que ça ne vaut pas le coup de parler parler au baltes ou de parler à d'autres à d'autres petites nations.
Et évidemment le dernier moment, c'est Emmanuel Macron, sa tentative donc pour employer un terme anglais de reset avec Vladimir Poutine à partir de 2017, la rencontre à Versailles, le fort de Brigançon en 2019 et ça nous amène évidemment à 2022. ne pas humilier la Russie, c'est ses coups de fil à Vladimir Poutine sans fin et ainsi de suite et ainsi de suite. Donc je passe très rapidement sur ces trois décennies d'action et d'inaction, de malentendu entre la France et ces pays d'Europe centrale et orientale pour me concentrer sur la période actuelle parce que on sait que le discours de Bratislava 2023 a marqué une rupture.
La rupture évidemment, elle est dans la manière dont la France se présente à ces pays d'Europe centrale et orientale. Mais comment est-ce que eux l'ont reçu ? Et ensuite, évidemment, on pourra parler de comment ça s'est concrétisé.
Oui, il est il est il est charniard ce moment et à la fois le moment et le discours de de Bratislava en mai-juin 2023 d'Emmanuel Macron au forum de de Globe sec. Faut bien pour bien situer ce que c'est ce forum. C'est un grand moment politique et intellectuel euh dans la région où se réunissent la plupart soit des responsables politiques, diplomatiques et intellectuels/ash s tankers euh de la région.
Donc effectivement pour faire de l'influence c'est le bon endroit. En 2023, au moment où Emmanuel Macron fait ce discours, on est dans un moment où la France est particulièrement décrié pour son manque de soutien à l'Ukraine, son soutien militaire. On peut se souvenir, enfin pour nous ça nous paraît loin, mais pour avoir travaillé au quotidien dessus, c'était particulièrement frappant.
Il y avait toujours cette comparaison mensuelle euh à partir du des classements fait par le Quel Institute sur euh le soutien à l'Ukraine et quel pays était en avance ou en tout cas dans les premiers rangs. Et on se souvient que la France avait complètement décroché euh dans ce classement. Donc au niveau européen, lorsqu'on était en Europe centrale orientale, la première réflexion qu'on faisait à un français lorsqu'on on parlait de la guerre d'Ukraine, c'était la France ne soutient pas beaucoup l'Ukraine, sortait le placement du Quel Institute ?
Et et c'était assez probant s'ajouter à cela un certain nombre de déclarations assez malheureuses euh soit du président français ou d'autres responsables politiques sur sur la guerre d'Ukraine et notamment ce fameux en 2022, il ne faut pas humilier la la Russie. Donc, on était dans ce moment-là, on était dans ce moment où un grand nombre d'acteurs entre mer Baltique et mer noire hors Ukraine euh attendaient de la France une vraie montée en puissance et une prise de conscience sur l'impérialisme russe et ce danger euh sur le flanc oriental de de l'Europe qui ne venait pas. La prise de conscience ne venait pas pour eux.
Il y avait pas de de message politique clair de la part des Français. Et donc c'était ça la volonté du président de la République à à Bratislava, c'était de casser cette dynamique négative pour la France et de prendre le Paris euh de lancer une nouvelle vision française de l'Europe centrale orientale. Et effectivement, le meilleur moyen de le faire, c'était d'évoquer ce que tu évoquais Sébastien dans ta question et et ton aussi ton analyse, c'était d'évoquer ce moment, tout le monde se souvient dans la région, c'est ce moment où Chirak euh dit aux responsables politiques d'Europe centrale et orientale qu'ils ont manqué une occasion de se taire et il ajoute aussi euh que c'était qu'ils étaient pas très bien élevés.
Donc ça ça avait quand même beaucoup cassé l'image de la France dans la région et donné l'image d'une France très arrogante, très sûr d'elle-même et qui ne voulait pas traiter les petites nations entre guillemets. Euh et Macron commence par ça, commence par dire ce n'est pas vous qui avez manqué une occasion de vous taire, c'est nous qui avons manqué une occasion de vous écouter. il fait à la fois un meakoupa pour pour Chirak mais aussi un coupa pour lui-même parce qu'Emmanuel Macron depuis 2017 effectivement n'écoutait pas les Polonais, les Baltes ou les Ukrainiens ou les Roumains qui lui disaient "La fédération de Russie constitue une menace pour l'Europe et donc vouloir construire absolument une architecture de sécurité et de confiance avec la Russie, c'est un projet fou et vain." et la France n'écoutait pas ou ne donnait pas le sentiment d'écouter euh ces les ces revendications ou ces analyses euh de ces pays qui connaissent bien mieux la Russie que la France et qui ont un rapport beaucoup plus intime et fin à la Russie que les Français euh à la Fédération de Russie.
Donc Emmanuel Macron fait semer à Coupa et c'est à peu près tout ce qu'on retient de de de ce discours. Euh toi qui travaillait déjà dans la région à cette époque, tu as dû aussi recevoir des messages à ce moment-là. Je pense qu'on en a tous reçu.
Tous les Français qui travaillent sur la région ont reçu des messages des Polonais, des Baltes ou même des Ukrainiens pour dire "Ah enfin, ça y est, la France passe un cap." Oui. Dans les discours dans le discours, la France a véritablement passé un cap.
Mais aujourd'hui, ce qui ressort euh plus de 2 ans après ce discours, c'est où sont les actes ? Où sont les actes ? Donc il y a effectivement après la la temporalité n'est pas n'est pas absurde.
C'est vrai que en 2 ans après un discours, on peut pas s'attendre à ce qu'il y ait un un changement radical dans les actes de la France dans dans la région. Mais aujourd'hui effectivement euh si on regarde ne serait-ce qu'en terme de présence militaire, oui, il y a une augmentation mais qui est peut-être un peu timide. présence française accrue en Estonie, en Pologne, en Roumanie, mais qui est certainement pas suffisante au vu des enjeux géopolitiques et géostratégiques du moment et notamment avec l'affaiblissement du lien euh transatlantique.
Et oui, Bratissis Lava, c'est le moment où la France dit à ces pays entre mer Baltique et mer Noir, on s'est trompé, on le reconnaît, on va changer de méthode et la France se réengage sur ce qu'on appelle le flanc oriental de l'Europe. Oui. Sur les actes qui ont suivi ou qui auraient dû suivre ce discours de Bratislava.
Là, pour le coup, j'aimerais bien qu'on en parle et j'ai une question. Mais d'abord et avant tout, est-ce que quelle est quelle est ta compréhension de ce discours ? En fait, quand on parle de rupture, est-ce que c'était vraiment un moment, un acte isolé ou est-ce que ça a enclenché ou est-ce que ça s'est inséré dans ce que tu appelles dans ton livre une mise à jour intellectuelle donc des décideurs français vis-à-vis des pays d'Europe centrale et orientale ?
Est-ce que tu penses que derrière le discours de Macron et derrière la parole présidentielle, il y avait tout un appareil d'état et tout un corps diplomatique qui était justement prêt à mettre à mettre tout ça en musique ? Je peux pas dévoiler de de secret et d'ailleurs je je peux pas vraiment. Euh ce que je peux affirmer c'est qu'effectivement Emmanuel Macron à ce moment-là prend un paris, prend un véritable paris.
La vision qu'il défend lors de ce discours de Bratislava n'était pas vraiment euh le discours et la vision que souhaitait porter le Kedors à l'époque. Et donc c'est un vrai moment politique, c'est un vrai choix politique du président de la République, une vraie intuition qu'il a quee effectivement si la France ne fait pas cette mise à jour intellectuelle ou cette mise à jour politique, elle va continuer à perdre en influence et qu'effectivement un certain nombre de projets qu' défend a commencé par celui de l'autonomie stratégique européenne si elle commence pas à embarquer un certain nombre de de de ces pays qui sont à un nombre de pays assez importants en Europe et et dans l'OTAN, la France va vraiment perdre en crédit et en influence. Donc c'est à la France de faire ce ce premier pas.
C'était pas la position majoritaire dans l'appareil politique, diplomatique ou militaire en France. C'est un vrai choix du président de la République et de l'Élysée. Maintenant, effectivement, est-ce que l'appareil d'État a suivi ?
C'est-à-dire qu'effectivement depuis le discours de Bratislava, on voit une montée en puissance euh à la fois au Quédor ou au ministère des armées de l'attention portée pas seulement à l'Ukraine, mais à l'ensemble des pays euh dans la région. Et ça donne une dynamique, c'est-à-dire que derrière ces actions de l'État, il y a un certain nombre d'acteurs économiques ou industriels qui effectivement se mettent à beaucoup plus intéresser à la région et à y aller énormément. dire qu'aujourd'hui il y a il y a il y a vraiment un dynamisme français euh vers ces pays qui demande à être confirmé, qui demande encore à être accentué.
On peut toujours trouver qu'il est qu'il est insuffisant mais en tout cas par rapport à 2022 ou 2023 c'est incomparable. Oui. Parce que donc voilà parlons parlons maintenant des des actes.
Donc tu as déjà mentionné he la présence militaire française qui est renforcée mais qui reste timide, la présence politique, la présence peut-être d'acteurs privés qui sont plus intéressés par des investissements dans la région. Mais on se retrouve quand même dans une situation très particulière et tu appelles à beaucoup plus d'investissements donc institutionnel de la part de la France comme l'ont fait les États-Unis jusqu'à très récemment ou comme le fait encore l'Allemagne notamment à travers ces stiftung c'est ces fingt tank et ces centres de de réflexion liés à des milieux politiques et industriels. Mais simplement la France est en grande difficulté financière.
Alors, dans ce contexte-là, pour euh renouer avec ces pays d'Europe centrale et orientale, pour faire face à ce qui est donc caractérisé comme la menace russe qui nous concerne tous et pour ne pas perdre en influence face à d'autres acteurs comme les Allemands, quelle mesure préconistes-tu ? Il y en a une que je développe parce qu'effectivement euh j'essaie d'être assez réaliste sur ce que la France peut faire et qu'effectivement la situation budgétaire et financière de la France ne lui permet pas de calquer euh le modèle qui est pour moi quasiment parfait euh en terme d'influence euh des fondations allemandes. Le modèle allemand, c'est tous les ans.
Le Bundestag accorde un grand budget, on parle de centaines de millions à des fondations politiques. Donc des fondations qui émanent des partis politiques représentés au au au Bundestag. On parle de plusieurs centaines de de millions d'euros.
Et lorsqu'on regarde par exemple parce que ces fondations c'est quasiment des signants pour schématiser. Ce sont des pas des clubs de réflexion mais en tout cas ils produisent de de l'analyse de la pensée. Ils sont quasiment installés dans toutes les capitales euh européennes et sont assez visibles.
Donc ça peut être comparé à des S tank. Nous, si on regarde la dotation publique euh pour les S tanks français, on peut prendre le plus gros, l'IFRI, qui est un très beau S tank, mais annuellement, il perçu il perçoit quasiment moins de 2 millions de dotations annuelles euh par l'État français lorsqu'on regarde le budget détaillé de de l'IFRI. Donc effectivement, l'investissement français euh dans ses sing, donc dans sa production intellectuelle et je le rajoute d'influence parce que les S tank, ce sont des relais d'influence, elle est minime.
Mais la France dans la situation budgétaire, on peut souhaiter, moi je le souhaite que la France augmente ses budgets vers les ST tank mais le fait est qu'elle qu'elle ne le fera pas parce que cette situation budgétaire ne le permet pas. Donc ce que je défends en revanche parce que le vrai problème de la France dans la région, c'est la présence. C'est la présence sur les grands forums, les grands événements, euh même de prendre la température euh quasiment chaque semaine dans beaucoup de capital de la région pour avoir une vision assez claire des dynamiques en cours. il y a quelque chose euh qui ne coûte pas énormément d'argent, ce serait de nommer un envoyé spécial euh pour l'Europe centrale et oriental où on peut le nommer comme on veut, un envoyé spécial euh euh flanc oriental de de l'Europe.
Euh et la France sait le faire. La France a nommé un envoyé spécial pour les Balkans. C'està-dire on a on a quelqu'un qui coordonne l'action de la France dans les Balcans et qui pense sa stratégie dans cette région où il y a six pays qui sont candidats à rejoindre l'Union européenne.
La France l'a fait aussi avec l'Ukraine notamment sur l'aspect de de la reconstruction. Et aujourd'hui, enfin tu le sais bien Sébastien, si aujourd'hui on avait pas un envoyé spécial dédié à la reconstruction de l'Ukraine, la présence française sur ce sujet de la reconstruction même du soutien humanitaire et même du soutien militaire serait bien moindre. serait bien moindre.
Euh donc euh aujourd'hui, c'est un modèle qui a plus ou moins fait ses preuves, qui coûte pas beaucoup d'argent et qui nous permettrait d'avoir en fait un interlocuteur pour les responsables diplomatiques, militaires, intellectuels, les sing tank euh dans la région. C'est-à-dire qu'un certain nombre euh de ces pays lorsqu'ils organisent un sommet ou un grand événement public ou privé euh se demande toujours quel responsable politique ou diplomatique intellectuel invité et euh en fonction des disponibilités de de chacun ou même de la situation politique en France euh il y a pas beaucoup de Français invités. Là, il y aurait quelqu'un à absolument à voir et qui pourrait porter la parole de la France et derrière c'est entraîner une dynamique.
C'est-à-dire qu'avec lui, il amène aussi d'autres Français sur place. Ce serait pas révolutionnaire mais ça permettrait d'accentuer la dynamique prise depuis 2023. Arthur, dans ton livre, tu euh parles aussi évidemment de perspectives et euh tu parles de l'élargissement de l'Union européenne, donc à des pays qui ne sont pas encore membres, des pays notamment qui font partie de ce qu'on peut appeler les Balcans ou des pays qui font euh partie de ce qu'on peut appeler l'Europe orientale.
évidemment la Moldavie, l'Ukraine, la Geéorgie euh mais on comprend que une Europe à 35 ou une Europe à plus ça va poser énormément de défis à la fois pour l'Union européenne mais aussi évidemment pour les pays concernés. Alors, comment est-ce que tu vois cette perspective ? Et là-dessus aussi, j'aimerais connecter à cette idée de présence française ou en tout cas d'initiative diplomatique française.
Est-ce que la communauté politique européenne initiée par Emmanuel Macron ne serait pas une alternative tout à fait viable ? Pour ce qui est de l'élargissement, effectivement, il y a une nouvelle dynamique euh provoquée, c'est complètement involontaire de la part de l'Europe, mais par l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en le 24 février 2022. C'est-à-dire que là effectivement euh Bruxelles, les institutions européennes et un certain nombre de pays européens comprennent que l'élargissement peut être un instrument géopolitique, géostratégique pour l'Europe.
Donc il y a une accélération du processus pour une raison qu'un certain nombre de pays candidats à l'Union européenne ignore. Mais en tout cas, il y a une volonté d'un coup des Européens d'accélérer ce processus qui était un peu sur pause avant le 24 février 2022. Et donc s'enclenche à ce moment-là une sorte de double chemin à la fois l'Europe beaucoup plus allente sur ce sujet qui pousse les pays et qui valident la les chapitres les uns après les autres dans ce processus un peu technocratique et ennuyeux.
Mais en tout cas euh depuis 2022, que ce soit l'Ukraine, la Moldavie ou euh l'Albanie et le Montenegro euh font des pas assez important dans ce processus d'adhésion euh à l'Union européenne parce que l'Union européenne est beaucoup plus allente euh sur euh sur ce sujet. Mais l'autre partie du chemin qui est peut-être un peu plus négative, c'est qu'on peut voir qu'à la fois l'Union européenne qui est àante dans ce processus d'adhésion en revanche devrait faire des réformes pour accueillir ces potentiels nouveaux membres et que ces réformes ne sont pas du tout enclenchées. Et je peux prendre un sujet.
Euh le principal reproche qui est fait aujourd'hui à l'Union européenne dans une Union européenne à 27, c'est d'être facilement paralysé et paralysable par le droit de véu. Dans une Union européenne demain à 34 ou 35 membres, le droit de véto n'y a aucun consensus en Europe autour de ce sujet. Euh un pays comme la France par exemple n'est aujourd'hui pas prête à renoncer à ce droit de de vétoit qu'avec ce droit de véto à 34 euh ce serait peut-être le le chaos et personne n'en veut.
Donc il y a ce souci d'efficacité euh à régler. Il y a un certain nombre de réformes institutionnelles à faire à l'intérieur de l'Europe pour accueillir ses membres, mais également sur ce même chemin, on voit qu'un certain nombre de ces pays, même depuis le 24 février 2022, ne font pas les réformes nécessaires pour entrer dans l'Union européenne. Et on peut prendre un exemple très parlant, la Serbie.
La Serbie depuis le 24 février 2022 et même avant recule sur un certain nombre de standards démocratiques euh pour rentrer dans dans l'Union européenne. La Serbie d'Alexander Vucic aujourd'hui recule sur un grand nombre de standards. Et il y a même une autre interrogation, c'est quel intérêt géostratégique pour l'Europe d'accueillir un pays qui est si proche du Kremelin et de Moscou.
C'est-à-dire effectivement en terme d'appareil d'état et même de proximité idéologique défendu entre par Vladimir Poutine et par Alexander Vouic. L'élargissement qui est tant vendu comme un outil géostratégique, si on l'éteint à la Serbie, je ne vois pas effectivement euh la plusvalue en terme de puissance, en terme de géostratégie d'accueillir un membre qui est si différent et qui défend des intérêts si divergents d'une grande partie des pays européens ou en tout cas ceux qui sont par exemple dans la coalition des volontaires et qui ont une vision stratégique très claire de ce que doit porter l'Europe dans les prochaines années. Donc effectivement euh on voit que ce double chemin, il y a il y a beaucoup d'obstacles euh des deux côtés et il y en a encore un, c'est qu'il y a quand même un certain nombre de pays européens euh où l'adhésion de l'opinion publique à de potentiels euh élargissement est assez négative.
C'est-à-dire qu'un pays comme la France, par exemple, si on regarde sondage après sondage, l'opinion publique française est défavorable à au prochains aux prochains élargissements parce qu'elle garde un mauvais souvenir pour moi pour de de fausses raisons des des derniers élargissements 20047. Et les Français sont encore dans cette dans cette projection que ces élargissements ont affaibli la puissance industrielle et économique de la France et que les Français n'en ont pas profité. Le seul pays qui pourrait bénéficier d'une bonne opinion de la part des Français, si on met le sujet agricole à part, c'est l'Ukraine.
L'Ukraine aujourd'hui dans l'opinion publique française a une bonne image. Donc effectivement, on peut penser qu'après une bonne campagne politique, l'opinion publique française soit favorable à l'entrée de de l'Ukraine dans l'Union européenne. Encore une fois, si on met le sujet agricole à part, et c'est pas un petit sujet, c'est pas un petit sujet pour l'Ukraine, c'est pas un petit sujet pour la France. et on peut même ajouter la Pologne.
Donc effectivement, on peut s'attendre que et enfin sur euh tous ces pays candidats à l'Union européenne, il y a un certain nombre de vetaux qui ne viennent pas des États mais de la part des opinions publiques parce que ce sont eux ou leurs représentants qui devront ratifier euh leur leur leurs élargissements. Oui. Sachant que quand on parle d'un pays comme l'Ukraine, on parle pas d'une d'une adhésion dans les dans les 5 ans qui viennent.
Il y a quand même énormément énormément de travail à faire du côté ukrainien et il y a un énorme travail d'européanisation qui ne peut pas se faire en l'espace de quelques mois, en particulier dans le contexte d'une évasion généralisée qui présente une menace existentielle pour le pays. Et quant à ton appréciation sur le la nature du régime politique serbe, on peut faire exactement la même critique aussi sur le régime de Vidre urbane qui lui fait partie de l'Union européenne. Donc en fait avec ça, c'est vrai que on est encore une fois sur des définitions qui sont assez mouvantes et on n'est jamais à l'abri d'un revirement politique et d'un revirement géopolitique au fil d'une élection ou d'un changement politique.
Et c'est avec ça que je vais revenir justement à ma question sur la communauté politique européenne. Est-ce que cette initiative lancée par Emmanuel Macron ne serait pas une bonne alternative ? Cette communauté politique européenne, je pense qu'elle a été pensée par Macron comme ce qu'on évoquait tout à l'heure, cette idée de la Confédération européenne de de de François Mitteran qui est effectivement un traumatisme euh chez certaines élites françaises, diplomatiques ou ou politique et que c'était toujours dans un tiroir et qu'effectivement Emmanuel Macron a ouvert ce tiroir, a créé cette communauté politique européenne mais n'a pas fait la même erreur entre guillemets que que Mitteran.
C'est-à-dire qu'il n'a pas mis la Russie dedans. Et effectivement après le 24 février 2022, c'est impossible de construire euh une architecture politique avec la Fédération de Russie et un grand nombre de pays européens pour les raisons qu'on peut qu'on peut deviner. Par contre, effectivement, ça reprend le même la même intuition que Méran qui là elle était bonne.
C'est-à-dire que Miteran quand il fait cette confédération européenne, c'est pour éviter le sentiment dans un certain nombre de pays candidats à à l'époque, ça s'appelait pas l'Union européenne, à la Communauté européenne, euh c'était d'être enfermé dans un sas le temps de l'adhésion. effectivement en cr en créant cette confédération européenne, ils allaient être de plus en plus intégrés au aux enjeux européens et à toutes les discussions. Emmanuel Macron, effectivement quand il fait cette communauté politique européenne, c'est à peu près pour les mêmes principes.
C'est-à-dire qu'effectivement, que ce soit les six pays candidats des Balcans ou la Moldavie ou l'Ukraine, il y avait ce sentiment là d'être mis dans un sas d'adhésion avec des échéances et des horizons complètement flous et qui pouvaient faire naître un grand nombre de frustrations. Quand il fait cette communauté politique européenne là, c'est aussi pour pour casser ça. Mais il met dedans des pays qui ne sont pas du tout candidats. l'Azerbaïdjan n'est pas candidate au à l'adhésion à à l'Union européenne.
Donc c'est aussi pour lui un outil un outil géopolitique pour penser ce qu'il a raté avec la Fédération de Russie euh l'architecture de sécurité euh européenne. pas qu'en terme militaire, c'estàd que quand on va chercher l'Azerbaïdjan, euh il y a effectivement peut-être l'espoir de se servir de la communauté politique européenne pour faire une sorte de médiation avec l'Arménie, mais l'Azerbaïdjan aussi un grand acteur dans le domaine énergétique. Donc le le mettre autour de la table, c'est aussi jouer pour la souveraineté euh énergétique de de l'Europe.
Aujourd'hui, quelques années après le lancement de cette communauté politique européenne, le principal reproche qu'on peut lui faire effectivement, c'est qu'il est flou. Il est flou. Enfin, franchement, défendre euh cet outil euh soit auprès de l'opinion publique, soit auprès des des observateurs, c'est compliqué et c'est déjà compliqué en France alors que c'est la France qui était à l'initiative de ce de ce format.
Mais alors l'expliquer dans un certain nombre de pays qui n'ont toujours pas véritablement compris l'intérêt à part celui d'y être parce que on ne peut pas louper ce genre d'événement et qui réunit un grand nombre de responsables politiques importants euh de européens. Euh c'est vraiment compliqué à défendre. Donc là-dessus effectivement ça demande peut-être un peu plus de clarté.
Et maintenant, on superpose en plus les les formats. Il y a le format Union européenne, il y a le format communauté politique européenne, il y a le format coalition des volontaires, il y a le format triangle de Veimar. Enfin, il y a un ensemble de formats dans lesquels il est aussi potentiellement dangereux de se perdre.
Ouais, ouais, ouais. Ça, on voit évidemment le danger, même si de toutes les manières, il faut reconnaître que on est dans une situation inédite pour l'histoire européenne depuis 1945 et que énormément de choses dépendent de la manière dont la guerre en Ukraine va se terminer, que ce soit dans un sens ou dans un autre. En tous les cas, on a compris et merci beaucoup de ton travail puisque je le trouve vraiment efficace dans le sens où ça nous encourage à repenser justement ces ces pays d'Europe centrale et orientale à aller les redécouvrir et à les écouter.
Donc merci pour ce travail et merci pour cette conversation Arthur. Merci beaucoup Sébastien. C'est un un vrai plaisir toujours de te voir et puis discuter avec toi.
Et merci à tous d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout.