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La France humaniste : Dominique de Villepin présente son parti

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Il est temps de se réveiller. C'est ce que vous écrivez dès la sixième ligne de votre livre, Le pouvoir de dire non, et vous ajoutez quelques phrases plus loin. Se réveiller, cela demande de secouer nos consciences, de renoncer aux réflexes politiciens, aux petits calculs tactiques, aux assignations à résidence partisane.

C'est comme ça que vous voyez l'état de la politique aujourd'hui en France ? Oui, ce sont des défis qui nous dépassent chacun et qui nous sollicitent dans tous les domaines de la vie internationale, de la vie internationale qui d'ailleurs s'interpénètre de plus en plus, mais qui interpellent la République, le fonctionnement de l'État, la démocratie et bien évidemment ces nouveaux empires et ces drames un peu partout sur la planète, en Ukraine, au Proche-Orient. Ce n'est pas spécifique à la France ?

Alors les calculs politiciens, tactiques, les assignations à résidence partisane ? Non, c'est malheureusement souvent le reflet de l'impuissance et qui ne se limite pas à la France. C'est le défi pour tous les dirigeants, pour toutes les élites, quelles qu'elles soient autour du monde, qui se confrontaient à la nécessité d'essayer de renverser le mouvement des choses.

On le voit en matière écologique. Personne seul ne peut arriver à relever le défi. On a besoin de toutes les énergies et on a besoin de la jeunesse pour nous pousser et nous aider à ouvrir les yeux.

C'est aussi à nos concitoyens français que vous vous adressez en disant qu'il faut sortir du coma dans lequel nous sommes plongés collectivement. Vous le datez, le début de ce coma ? Il a commencé quand ?

On peut le situer à la fin du XXe siècle, lorsque la politique, à force de regarder vers le haut, a fini par se déconnecter des réalités quotidiennes et des réalités des Français. C'est, je crois, la première étape du problème auquel nous heurtons et d'un certain malheur français. C'est quand on parle de politique, on lève la tête.

Eh bien non. La politique, c'est d'abord d'être au contact des réalités et d'essayer de résoudre les problèmes qui s'opposent à tous nos compatriotes. Vous le datez précisément à la fin de la présidence de Jacques Chirac ?

Je pense qu'à la fin de la présidence de Jacques, il s'est passé quelque chose d'assez surprenant. C'est lié d'ailleurs, la faute n'est pas entièrement au successeur, mais lié en partie au quinquennat qui a changé la nature de la politique. La politique a conduit à ce moment-là à une sorte d'hyper-présidence.

Un président qui fait tout, qui veut s'occuper de tout. Or, ce n'est pas possible. Et de ce fait-là, nos institutions se sont réduites à cette verticalité présidentielle qui a créé beaucoup de confusion et beaucoup de frustration dans le pays.

Un quinquennat inauguré avec Jacques Chirac ? Alors, qui est inauguré par Jacques Chirac ? Mais Jacques Chirac avait en tête le temps de la politique...

D'une autre époque. D'une autre époque. Et qui conduisait à peut-être mieux respecter les pouvoirs de chacun au sein de l'exécutif et avec le législatif.

Vous êtes sévère quand même avec les successeurs de Jacques Chirac. Vous dites que Nicolas Sarkozy...

Qui aime bien, châtie bien. François Hollande et Emmanuel Macron ont joué à être président. Vous les châtiez...

Non. Non, non. Je constate...

Vous les aimez beaucoup, alors. Non, parce que je le dis sans forfanterie. Je constate l'immensité de la tâche.

La tâche est extraordinairement difficile. Et donc, pour arriver à remplir le fauteuil présidentiel, il faut évidemment beaucoup, beaucoup, beaucoup d'humilité. Et il faut aussi être diablement préparé.

Or, trop souvent, quand on arrive dans cette fonction trop jeune, quand on n'a pas toutes les cartes en main, qu'elles soient nationales ou internationales, eh bien, on peut hésiter, on peut se tromper. Se tromper, j'allais dire, c'est le cas de tout le monde. Mais je pense que, évidemment, quand on est président de la République, les conséquences en sont autrement plus graves.

Vous vous adressez en particulier à Emmanuel Macron, qui, lui, a été élu particulièrement jeune, à 39 ans. C'était le cas de Nicolas Sarkozy, carrière politique entamée à 28 ans, je crois. François Hollande, une très longue carrière politique.

Ils n'étaient pas préparés, eux. Une très longue carrière politique, mais surtout une carrière à l'intérieur des partis. Il n'avait jamais été ministre.

Donc, pas d'expérience de la vie de l'État. Nicolas Sarkozy avait été, évidemment, ministre, mais pas d'expérience internationale. Donc, je pense qu'il y a un cursus, il y a des étapes, il y a un itinéraire.

On ne s'improvise pas, président de la République. Ce n'est pas quelque chose qui peut se faire au déboté, comme on ferait une autre activité. C'est forcément l'aboutissement d'un processus et d'une préparation qui supposent beaucoup, beaucoup de travail.

Ce qu'avaient, par exemple, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand ? Oui, c'est l'aboutissement d'une vie. C'est l'aboutissement d'une vie.

Oui, Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac, François Mitterrand. C'est le couronnement d'une carrière. Et c'est la capacité à tirer des leçons d'une vie aussi.

Parce que personne ne peut tout faire bien du premier coup. Donc, il faut s'être trompé et il faut avoir essayé de corriger ses erreurs. On se demande qui correspond au portrait robot que vous dressez du président de la République qui pourrait prétendre à exercer ses fonctions.

C'est-à-dire qu'il faut un âge minimum et une carrière avec des étapes précises ? Non, non, il faut se passionner pour tout ce qui fait aujourd'hui la responsabilité présidentielle. On peut se passionner pour les affaires internationales.

Il y a aujourd'hui, ceux qui sont dans le jeu politique, qui se passionnent pour les affaires internationales depuis longtemps. Regardez Raphaël Glucksmann. Il s'intéresse au monde depuis très longtemps.

Donc, ce n'est pas tant une question d'âge qu'une question de se coltiner non seulement avec les réalités politiques françaises, mais avec aussi les réalités du monde. Et avec les questions de société qui sont aussi des enjeux extraordinairement complexes. Tout ça pour dire qu'il n'y a pas de portrait robot.

Mais qu'il y a un itinéraire et qu'il se paye cher de ne pas avoir suffisamment peut-être coché un certain nombre de cases. Pourtant, jouer à être président quand on doit faire face à la crise des subprimes, Nicolas Sarkozy, à la vague d'attentats, François Hollande, à la crise du Covid, Emmanuel Macron, on se dit qu'ils ont été à la hauteur de la fonction ? Vous dites non ?

Alors, dans les crises, je me garderai de donner des leçons à quiconque. Dans les crises que nous avons traversées, dans l'affaire des subprimes que vous évoquez, il a tenu son rôle de la même façon, François Hollande, dans les attentats. Mais il s'agit aujourd'hui, on le voit bien, d'impulser une direction, de fixer un cap, d'avoir une boussole et d'être capable surtout de penser le monde.

Aujourd'hui, le grand enjeu qui est devant nous, c'est celui de la souveraineté française. On l'a vu lors de la dernière réunion de l'OTAN, avec une Europe très alignée, trop alignée. J'ai parlé de sommet des carpettes.

Ce n'est pas l'idée qu'on se fait de l'Europe et ce n'est pas l'idée qu'on se fait de la France. On a envie que l'indépendance de la France soit affirmée. On a envie que notre souveraineté économique soit défendue.

On a envie que notre souveraineté technologique soit défendue. Cette vieille idée de la souveraineté qui était au sommet de l'actualité il y a 30 ou 40 ans, eh bien elle revient aujourd'hui un enjeu primordial pour tous les Français. Les Français se rendent bien compte que s'ils veulent que leur destin reste dans leurs mains, reste dans la main des Français et aussi dans la main des Européens, parce que nous avons parti lié, eh bien il y a des combats à mener.

Et ces combats, ils vont être rudes. Quand on voit Donald Trump qui se moque un peu de l'Europe, et même parfois beaucoup, quand on voit Vladimir Poutine aux portes de cette Europe, quand on voit les enjeux comme ceux de l'écologie, on voit bien qu'il y a là des défis à la fois nationaux et collectifs qui sont extraordinairement rudes et qui vont demander beaucoup d'efforts de la part de tous.