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Podcast / conversationJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 25 octobre 2020 27 minAutoproduitActualité / polémiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesInstitutions & électionsSolidarités & famille

VLOG - Ils détruisent la forêt

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Jean-Luc MélenchonFait
    « Après la guerre de 40, surtout, et donc ce qui est spécifique dans le Morvan, c'est qu'on continue, aujourd'hui, de raser des forêts de feuillus pour les transformer en monoculture intensive de résineux. »
  • 4:00Jean-Luc MélenchonFait
    « En 90, on estimait qu'il y avait 50% de la forêt qui avait été convertie en monoculture. Il reste aujourd'hui 50% de feuillus, et ces feuillus, il faut absolument les garder, parce qu'en fait, ces feuillus, ce sont des forêts anciennes… »
  • 7:00Jean-Luc MélenchonFait
    « La monoculture telle qu'elle est faite aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on ne plante que des arbres de la même essence et du même âge, et qu'on les récolte d'un coup, avec un coupe rase. »
  • 10:00Jean-Luc MélenchonFait
    « Il y avait encore un commissariat au plan, vous êtes sensible au sujet, et il avait été estimé que la France, à l'horizon 2010-2020, allait manquer cruellement de bois d'industrie. »
  • 11:00Jean-Luc MélenchonFait
    « Donc il y a eu une politique mise en place pour planter, aider, subventionner massivement la plantation de résineux à la place de feuillus. »
  • 12:00Jean-Luc MélenchonFait
    « Ce sont des prêts à taux zéro, remboursables uniquement au fur et à mesure des récoltes, donc quelque chose d'hyper-avantageux pour les propriétaires, et sur lequel se sont jetés les gros investisseurs, parce qu'ici, ce sont quand même souvent des gros patrimoines, soit de la noblesse, de la bourgeoisie, ou des gros investisseurs, la Caisse des Dépôts et Consignations, Groupama, etc. »
  • 14:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « L'ONF gère 10% du territoire national, les forêts publiques, 8% en métropole, et 10% pour le territoire national… »
  • 15:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « On était 15 000 au milieu des années 80, on n'est même plus 8 000 aujourd'hui, hein, pour donner un ordre d'idée, donc en voie de disparition physique »
  • 17:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « En deux ans, 2018-2019, il y a 60 000 hectares de forêts publiques qui sont mortes en France, mortes. »
  • 22:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « On est passé en France de 15 000 scieries dans les années 60-65 à, aujourd'hui, 1 400 scieries »
  • 24:00Jean-Luc MélenchonFait
    « La Suisse a interdit les coupes rases de 1876, l'Autriche, l'Allemagne, ont tous des encadrements de coupes rases et nous, on n'en a pas. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Là, on est dans le Morvan, avec nos amis, et avec Mathilde Panot, qui mène ce dossier "forêts" pour nous, les Insoumis, qui a déposé des textes, fait des rassemblements pour qu'on maîtrise bien le sujet de la forêt en France, et c'est ça qu'on va découvrir maintenant, quelques uns des aspects de ce problème, avec nos amis. – En fait, à l'origine, le Morvan est une forêt quasi-exclusivement de feuillus. Il y avait très peu de résineux, uniquement dans les hauteurs, mélangés à des feuillus.

Bon, après la guerre, on a décidé de produire des résineux… – Quelle guerre ? – Après la guerre de 40, surtout, et donc ce qui est spécifique dans le Morvan, c'est qu'on continue, aujourd'hui, de raser des forêts de feuillus pour les transformer en monoculture intensive de résineux. Et à cette échelle-là, ça n'existe quasiment nulle part ailleurs.

La monoculture telle qu'elle est faite aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on ne plante que des arbres de la même essence et du même âge, et qu'on les récolte d'un coup, avec un coupe rase. Cette coupe rase, ça veut dire qu'on passe avec des abatteuses, avec des débardeurs, etc, qui sont de plus en plus lourds, après on fait des andains avec ce qui reste de branches, on fait des gros tas, etc, donc pour faire ça, tout accumulé ça fait que tous les sols sont parcourus par les engins, donc ça veut dire, ça tasse les sols… – La première fois, ça marche bien parce que le sol était très riche à cause des feuillus qu'il y avait avant. – Oui, oui, et après – La deuxième fois, ça marche déjà moins bien, et après on finit comme dans les pays du Nord, toujours par hélicoptère, à balancer de l'engrais. – D'accord… – Et là, c'est ce qui… – Bonjour, bonjour, bonjour… – Enchantée, euh… – C'est toi la guerrière ? – Ben, c'est moi pas toute seule, heureusement, parce que la guerre, je ne la gagne pas toujours, c'est difficile, hein. – T'es venue avec tes cannes ? – Ben ouais, parce que, on sait jamais, des fois qu'on soit coursé par… – Va savoir ! – par une une bande de forestiers, de propriétaires.

Non, non c'est parce que bon, j'ai des problèmes… – Ça va ? – Oui, oui, ça va. – En 90, on estimait qu'il y avait 50% de la forêt qui avait été convertie en monoculture.

Il reste aujourd'hui 50% de feuillus, et ces feuillus, il faut absolument les garder, parce qu'en fait, ces feuillus, ce sont des forêts anciennes… alors, ce que je n'ai pas dit tout à l'heure, c'est que le Morvan a été ravagé complètement pour alimenter Paris en bois-énergie, et quand le charbon est arrivé, grosso modo, les gens, ils ont laissé tomber leur forêt, puisqu'il n'y avait plus de bois-énergie. Et en fait, la forêt a repoussé comme elle a voulu, ça veut dire qu'elle a à peu près 150 ans, la forêt de feuillus, et elle est assez riche en bio-diversité puisqu'elle a été assez naturalisée, dans le sens où il y a eu peu d'interventions à l'intérieur, donc ça veut dire qu'on a des forêts relativement anciennes, diversifiées, avec des feuillus mélangés, etc., sur un substrat naturel etc., donc on a de la biodiversité, on a des qualités de sols, on a tout ça.

Quand on fait une coupe rase comme ça, on détruit la totalité de la biodiversité, et ensuite, on va nous expliquer qu'elle va revenir, tout ça. Alors déjà, elle revient, c'est pas la même, hein, parce que quand vous vous baladez au printemps dans une forêt de feuillus, il y a des oiseaux, des machins, etc., là on n'entend rien, il n'y a rien, il ne se passe rien.

C'est quand même le résultat d'une politique publique, après guerre, il y avait encore un commissariat au plan, vous êtes sensible au sujet, et il avait été estimé que la France, à l'horizon 2010-2020, allait manquer cruellement de bois d'industrie. Donc il y a eu une politique mise en place pour planter, aider, subventionner massivement la plantation de résineux à la place de feuillus. Donc, à partir de là, ce sont des prêts à taux zéro, remboursables uniquement au fur et à mesure des récoltes, donc quelque chose d'hyper-avantageux pour les propriétaires, et sur lequel se sont jetés les gros investisseurs, parce qu'ici, ce sont quand même souvent des gros patrimoines, soit de la noblesse, de la bourgeoisie, ou des gros investisseurs, la Caisse des Dépôts et Consignations, Groupama, etc. – La Caisse des Dépôts, elle en a beaucoup ? – Ah ben oui, le Morvan, c'est un très très gros propriétaire, – Eh ben alors, c'est facile, alors ! – Ben oui, il suffit de leur demandez de changer, c'est tout, hein ! – Il suffit, oui, il faut d'abord changer le pouvoir. – Oui, voilà ! – Non, mais je veux dire, c'est possible. – Oui, c'est ça. – Ben, c'est ça qui m'intéresse, si tu veux, il faut qu'on puisse, supposons : on gouverne demain, si on veut renverser la situation, il faut qu'on ait des points d'appui.

Si on commence par tous les biens qui appartiennent à la Caisse des Dépôts et Consignations, c'est quand même plus facile que d'aller courir derrière les autres pour les forcer à faire quelque chose qu'ils n'ont pas envie de faire. – Donc, l'ONF gère 10% du territoire national, les forêts publiques, 8% en métropole, et 10% pour le territoire national… – 8% du territoire national, c'est de la forêt publique ? – Voilà, c'est ça. – Ah oui, c'est pas une petite… – et chargé donc, de par la loi, de le protéger et de le gérer, avec un modèle économique qui était beaucoup basé sur les recettes de bois, puisque les forêts domaniales, les forêts d'état, l'ONF en récupère les recettes.

Ce qui se passe, c'est que le service public forestier, donc, de l'ONF, qui n'a plus de modèle économique, ça conduit à plusieurs choses, déjà à réduire massivement les moyens humains, c'est-à-dire qu'on était 15 000 au milieu des années 80, on n'est même plus 8 000 aujourd'hui, hein, pour donner un ordre d'idée, donc en voie de disparition physique, mais aussi une activité qui est de moins en moins sur les missions confiées par la loi, à savoir la protection, mission de police, etc., pour protéger le milieu naturel, et de plus en plus sur des activités pour aller chercher 4 sous pour équilibrer le budget. C'est-à-dire qu'après avoir réduit drastiquement tous les moyens, nous, on nous enlève tout hein, ce sont les emplois, ce sont les sites, ce sont les véhicules, ce sont les armes pour les missions de police, et maintenant, c'est le statut !

C'est-à-dire que l'ONF ne recrute plus du tout de fonctionnaire et c'est illégal, et donc, bon, nous ce qu'on craint, évidemment, c'est quand même une protection moindre des forêts, puisque quand t'es salarié, forcément, c'est beaucoup plus compliqué de résister aux pressions qui sont importantes, hein, ce sont les pressions des marchands de bois, du monde de la chasse, ce sont les communes, voilà… – Oui, oui, je comprend bien … et à l'arrivée, ce sont tous des clients de l'ONF, ce qui est une particularité, parce que t'es en charge de contrôler quelqu'un avec qui t'es en relation commerciale, – D'accord… – Donc si t'as plus un statut de fonctionnaire, c'est fini, c'est terminé. Donc, c'est bien l'enjeu, c'est la protection de la forêt. – D'accord – Voilà, c'est quand même un enjeu majeur, encore une fois 10% du territoire national.

On nous enlève tous les moyens au moment où il faudrait les renforcer. Pourquoi ? Le changement climatique va nécessiter un travail d'étude, de recherche, d'observation, toutes choses qui n'ont aucune rentabilité à court terme mais qui sont l'intérêt général. – Bien sûr – Il va falloir comprendre ce qui se passe pour essayer de maintenir, dans beaucoup de cas ce sera juste maintenir l'état boisé, hein, ce sera juste ça, on ne parle même plus de production, ce sera conserver les autres fonctions de la forêt : la protection de l'eau, le captage du carbone, la biodiversité, enfin tous les grands enjeux de l'époque.

Ça c'est une erreur… – Et qu'il faut qu'on arrête. … du point de vue du changement climatique, c'est une erreur, une grave erreur ça, à tout point de vue. Déjà, vous aviez un stock de carbone, quelque chose, je veux dire c'est la machine à stocker le carbone atmosphérique, une forêt quand même, c'est le truc incroyable, et c'est naturel, c'est un don de la nature.

Là, d'un coup, ici, on a réduit ça à néant, il n'y a plus rien. On réduit ça à zéro, donc le stock de carbone qui était là, sur pied, il a disparu, il n'y a plus un arbre qui stocke du carbone. Le stock qui était dans le sol, la plus grande partie du carbone, en forêt, il est dans le sol, une grande partie a été libérée par la coupe rase. – Tu as des engins qui labourent le sol. – Ça, c'est sur le sujet du carbone, ensuite derrière, qu'est-ce qui se passe ?

Vous avez une immense surface où la température est de 5 à 10 degrés supérieure à ici, donc vous êtes en train de réchauffer le climat sur des grandes surfaces. Vous réchauffez le climat. – D'accord – Une forêt, c'est quand même la machine à refroidir le climat.

Donc pour finir ici, vous perdez toute l'eau puisque vous mettez le sol à nu, toute l'eau qu'il y a dans le sol, là on parlait de source, "transpiration" liée au rayonnement solaire, toute l'eau part dans l'atmosphère, on est sur des sources, lessivage, c'est-à-dire vous aviez des systèmes racinaires, on fixe l'eau, c'est quand même le rôle de la forêt, c'est une éponge, elle fixe l'eau. Eh ben là, d'un coup, tout glisse, tout part dans les ruisseaux plus loin, c'est pour ça que dans les régions de montagne, il faut des forêts pour réguler le débit torrentiel, une fois que vous avez enlevé toutes les forêts, eh bien l'eau qui tombe, et ben tout part sur les villages, tout part… voilà. Elle sert aussi beaucoup à ça.

Donc là, d'un point de vue climatique, c'est un désastre. Ce qui se passe souvent aussi dans le Morvan, c'est Lucienne qui le soulignait, pour l'industrie ils veulent couper les arbres tous les quarante ans. À part qu'un peuplement comme ici, dans sa croissance, il puise dans le sol des minéraux, et il ne les restitue qu'au fur à mesure.

Il faut a peu près 60 ans pour qu'un peuplement de douglas restitue au sol ce qu'il y a puisé pour sa croissance. Quand vous les coupez avant, vous êtes juste en train d'effondrer la fertilité du sol, et pour compenser ça, à quoi on en arrive dans le Morvan, dans le Limousin, dans les Landes ? Eh ben on met des engrais, c'est formidable, et vu qu'on a un investissement et qu'on ne veut pas que les insectes prennent leur part, eh ben on met des pesticides, et là on arrive au sujet de l'eau aussi, de la qualité de l'eau. – Bien sûr, bien sûr, bien sûr – Parce que les dérives de l'agriculture intensive qui font que aujourd'hui… nous, on l'a vu, moi ça fait 25 ans que je suis ici, tous les captages qui étaient dans le milieu agricole ont été rapatriés en forêt, parce que la forêt protège la qualité de l'eau quand le monde agricole la sinistre, littéralement, avec le mode d'agriculture qu'on a.

Donc si on se met à faire les mêmes choses en forêt, et c'est là où on arrive sur le social, eh bien on arrive à ce genre de choses, à sinistrer la qualité de l'eau, en plus de tout ce qu'on vient de décrire. Donc CO2, l'eau, biodiversité, mais c'est un désastre ! C'est pas un gadget la biodiversité, par rapport au changement climatique, un écosystème, plus il est complexe, plus il est résistant, plus il est résilient, c'est-à-dire capable de se remettre tout seul de toutes les catastrophes qui se multiplient.

Là, la biodiversité, ben c'est zéro hein, c'est une espèce d'arbre. Quand les problèmes climatiques, les attaques d'insectes arrivent, c'est une seule réponse, il n'y a qu'une seule essence, et vous avez très vite fait de perdre l'état boisé, hein. Là, en deux ans, 2018-2019, il y a 60 000 hectares de forêts publiques qui sont mortes en France, mortes. – Oh ? – Eh ben sur tout le quart nord-est, principalement des pessières, mais on a du hêtre aussi, c'est 60 000 hectares.

Alors, bon, les forêts publiques, c'est 4 millions d'hectares, mais 60 000 sur 4 million en deux ans, [musique] C'est bien d'être venu sur le terrain, comme ça, se déplacer, moi je trouve que c'est bien parce qu'on se rend compte quand même autrement qu'avec des parlottes, quoi, – Et puis moi, j'apprends, parce qu'il faut bien que j'apprenne quelque part, je ne vais pas passer ma vie à lire des livres. Bon, je cours devant, tu ne m'en veux pas, parce que sinon, après, ils vont m'engueuler, allez, au revoir. [musique] Bon alors là, on a quitté le lieu des coupes rases de tout à l'heure et on est sur le Lac des Settons.

C'est un lac artificiel, qui a servi pendant des décennies. On amenait le bois ici et, par flottaison et autres moyens, on le faisait remonter sur Paris quand le bois de chauffage était la principale source d'énergie. Alors, ça a duré comme ça pendant beaucoup de temps, jusqu'à ce qu'on commence à avoir des liens avec le Nord et le Pas-de-Calais, qui a amené sur Paris du charbon et donc a soulagé la pression qui s'exerçait ici sur la forêt du Morvan.

Alors, elle est restée tranquille pendant 100 ans, 150 ans, elle a repoussé comme elle en avait envie avant que tout d'un coup, à nouveau des gens se disent "tiens, on va faire des sous avec la forêt", et qui se mettent à tout couper et à planter à la place des résineux et encore des résineux et encore des résineux. Voilà, alors c'est ça que signifie ce lieu, mais en même temps, c'est une retenue d'eau, elle a plus d'un siècle, le milieu s'est donc accommodé de sa présence, et puis ça nous rappelle qu'il y a, comme ça, des voies de passages qui ont été créées dans le passé, qu'on a su le faire alors qu'on ne vienne pas me dire qu'on ne sait pas le faire aujourd'hui, ni utiliser les canaux, les rivières, pour transporter beaucoup plus qu'on ne transporte qu'aujourd'hui et c'est pas vrai qu'on a besoin de tout mettre sur la route avec des camions. En tout cas, voilà ce qu'on était capable de faire il y a un siècle et demi, quand on avait un objectif et qu'on planifiait ce qu'on comptait faire [musique] Donc là, on a été voir, ce matin différentes coupes rases de différents âges, donc qui ressemblent drôlement à ce qu'on a fait avec l'agriculture dans les années 70, c'est-à-dire un système de plantation - monoculture - coupes-rases, donc qui est une industrialisation de la forêt, et pour le coup, dans le Morvan, on a 50% des forêts de feuillues, donc diversifiées, qui ont été remplacées par des monocultures de résineux, avec une coupe rase qui n'est plus l'exception mais qui devient la norme pour les industriels, et qui a des effets catastrophiques, catastrophiques sur la question de la biodiversité, sur le puits de carbone que sont les forêts et aussi sur la question de l'eau puisque lorsque vous faites des coupes rases vous arrivez avec des machines très lourdes.

Notamment dans le Morvan, ils ont une machine qui s'appelle Hannibal, qui fait 50 tonnes, donc qui est une abatteuse qui vient et qui tasse les sols de manière extrêmement forte, et le sol forestier qui met extrêmement longtemps à se fabriquer, donc qui met des centaines d'années pour fabriquer un sol forestier, qui est normalement une éponge, et donc qui permet de garder l'eau à l'intérieur, ne permet plus à l'eau de s'infiltrer lorsque le sol est complètement tassé, qui tue tout, la micro-faune dedans, et donc forcément ruisselle et crée des risques d'inondation comme on en voit déjà dans beaucoup d'endroits en France mais qui va encore s'accélérer. Et donc, ce qu'il faut comprendre, c'est pour ça que nous, avec la commission d'enquête citoyenne qu'on mène depuis un an à l'Assemblée Nationale, avec des associations, l'intersyndicale de l'ONF, des citoyens qui sont mobilisés sur cette question, l'idée de la proposition de loi "coupe rase" qu'on a déposée en juillet, c'est d'avoir justement une proposition de loi qui encadre enfin les coupes rases, donc qui met un pied dans la porte de l'industrialisation et des transnationales, notamment parce que la France est extrêmement en retard sur cette question, la Suisse a interdit les coupes rases de 1876, l'Autriche, l'Allemagne, ont tous des encadrements de coupes rases et nous, on n'en a pas. Donc en fait, on laisse les multinationales faire ce qu'elles veulent.

Et donc, si on arrête ce système de coupes rases, en tout cas, à tout va, on protège, pour le coup, la biodiversité, l'infiltration d'eau, on permet que les forêts restent des puits de carbone dont on a impérativement besoin à l'heure de l'urgence écologique, bref on revient vers une gestion de la forêt qui est une gestion multifonctionnelle qui permet de respecter à la fois les écosystèmes et les êtres humains qui y travaillent parce qu'en plus, quand on parle de coupes rases, on parle souvent de travailleurs détachés ou de conditions sociales absolument désastreuses. Donc voilà, c'est ça qu'on a vu ce matin, et puis maintenant, on va voir le reste de la chaine, c'est-à-dire une petite scierie, parce qu'on est passé en France de 15 000 scieries dans les années 60-65 à, aujourd'hui, 1 400 scieries, donc on a une disparition des petites scieries qui maillaient tout le territoire pour avoir des méga-scieries, qui ne sont souvent adaptées qu'à un certain format, et notamment aux résineux, donc aux douglas, et donc qui ne permet plus de faire du bois d'oeuvre, de faire de la valorisation du bois, qui fait qu'en France, on est comme un pays en voie de développement, c'est à dire qu'on envoie toute notre matière brute notamment en Chine et que le bois nous revient sous forme de meubles 20 fois plus chers en ayant fait un aller-retour absolument dommageable, là aussi, en termes de gaz à effet de serre émis par le transport. Donc là, on va voir une petite scierie qui reste, et c'est ça sur quoi il faut qu'on s'attelle, c'est-à-dire construire une véritable filière bois qui là aussi serait pourvoyeuse d'emplois [musique] La partie vivante d'un arbre, c'est uniquement l'aubier, uniquement la partie périphérique, la partie centrale, duraminisée, c'est un squelette mort, c'est un squelette de maintien de la structure, mais la partie vivante est uniquement en périphérie.

Et on sait que les champignons et les insectes se nourrissent des sucres libres qui circulent dans la sève, donc la partie vraiment intéressante en durabilité naturelle, c'est la partie du cœur, la partie rouge. Plus l'arbre est important, plus le pourcentage de rouge est important. Ça, c'est primordial à savoir parce que dans un arbre de 20 ans, vous avez par exemple 20% ou 30% de duramen et dans un arbre de 80 ou au delà de 80 ans, vous avez 70% - 80% de partie duraminisée [musique] Alors bon, maintenant, eh bien on va rentrer, on est à la gare du Creusot, en fait c'est la gare Montchanin.

C'est l'heure d'or, la lumière du soleil embellit tout ce qu'elle touche à cette heure ci. Donc on va rentrer, on va décortiquer toutes les séquences qu'on a passées, noter les arguments pour continuer à travailler, mais on a été à la fois sur le thème "la forêt, le bois, son exploitation, les limites de cette exploitation, les formes qu'il faut que ça prenne dans l'avenir, et puis on était aussi sur la question de l'eau. On ne peut pas séparer le problème de la sylviculture du problème du cycle de l'eau.

La sylviculture, la forêt, comme elle est, est partie intégrante du cycle de l'eau. La forêt fixe l'humidité, la forêt s'éponge d'eau, et quand elle n'est plus là, l'eau ruisselle sans être retenue, et ça peut donner des résultats tout à fait spectaculaires parce que le sol d'un seul coup est arasé, les rivières d'un seul coup sont gonflées, avec toutes les conséquences que ça a. On pense qu'une des causes de la grande crue à Paris, qui a dévasté Paris en 1910, c'était précisément qu'à l'époque, on surexploitait les forêts du Morvan, on coupait beaucoup pour faire du bois de chauffage, et qu'on avait eu déjà, une première idée de ce que ça pouvait donner.

Mais comme l'exploitation du bois de chauffage s'est interrompue, comme on avait construit tout un système de barrages pour empêcher qu'une éventuelle nouvelle crue de la Seine ne ravage la capitale, on a fini par oublier. Et maintenant, évidemment, le changement climatique est un facteur aggravant de la situation du cycle de l'eau dans les conditions d'une forêt où on pratique des coupes rases, comme c'est le cas dans l'exploitation de la forêt de type industriel comme ce qu'on connait là. On est à peu près dans la phase où était l'agriculture au moment où elle est passée dans son étape industrielle.

Donc là, c'est la même chose, monoculture, un seul type d'arbre, qui évidemment favorise la maladie, quand il y en a une, eh bien elle tape d'un coup toute la surface, tout le couvert boisé, et donc pour combattre ça, les pesticides, les engrais parce que la terre s'appauvrit, enfin le cycle mortel et destructeur de l'agriculture industrielle est en train de s'imposer dans la sylviculture. Alors, ce qu'il faudra retenir de plus important de tout ça, on a compris sur le cycle de l'eau, bon je crois qu'on est à peu près au clair, on voit se qu'il faut faire, mais ce qu'il faut bien qu'on retienne c'est qu'on parle de 8 à 10% du territoire national, en forêt, qui est un domaine public. Par conséquent, c'est d'intérêt général, c'est déjà pour l'essentiel un bien commun, et la politique s'applique à plein, il suffit de la décider, et la politique qui a été décidée est mauvaise donc il faut la changer complètement d'un bout à l'autre.

Et ce qui est en jeu, ce n'est pas juste une vision idéologique de ce qui peut être commercialisé ou pas, c'est pas ça le sujet. Le sujet, c'est que si on continue avec une certaine pratique de la forêt, à essayer d'en faire une sorte de capital sur pied qui doit être rentabilisé le plus vite possible, eh ben, on ira à une grande destruction partout. Alors, comme le changement climatique nous laisse dans l'incertitude, on ne sait pas exactement ce qui va se passer, pour être honnête, on voit ce qu'on appelle les catastrophes mais il n'y a pas de stabilité du système climatique autour d'un nouveau centre de gravité, d'accord ?

Donc on va rester dans l'incertitude. La première tâche qu'il y a donc à faire, c'est bloquer les raisons pour lesquelles ça ne va pas. Ça, ce sont les choses qu'on sait déjà.

Après, pour ce qu'on devra faire ensuite, ce n'est pas tout à fait de même nature, et il faudra réfléchir beaucoup. Mais il est des choses dont on sait qu'il faut arrêter de les faire, c'est la monoculture des arbres, c'est l'épandage de pesticides, ce sont les coupes rases, et tout ce qui a un contact direct avec le cycle de l'eau : les sources, les rivières qui bordent les plantations et ainsi de suite. Bon, moi, je reviens de cette journée, évidemment dans un vlog, on ne raconte pas tout, on ne montre pas tout en détail, mais on a vraiment dans le détail technique de beaucoup de questions, pour les comprendre et savoir comment on va les maîtriser.

Et, dans cette affaire, le travail qu'a fait Mathilde Panot, qui est députée du Val de Marne et qui est notre vice-présidente de groupe la France insoumise à l'Assemblée nationale, est un travail super précieux. Elle a participé aux Assises de la Forêt, en première ligne, elle a déposé une proposition de loi contre les coupes rases, et on peut dire qu'on a vraiment affaire là à une élue qui maintenant maîtrise totalement, non seulement le sujet, ce qui est déjà pas mal intellectuellement, mais surtout qui connait bien tous les réseaux qui participent à ça, parce que la chance qu'on a, c'est qu'il y a des réseaux citoyens très forts, une implication de gens à travers leurs associations et sur le terrain qui est géniale. Et ça, pour nous, c'est un appui formidable parce que ça veut dire que, une fois au pouvoir, on peut très vite prendre les décisions qu'il y a à prendre, qui changent complètement le cap et toutes les données de ce problème de la sylviculture publique et de l'ONF et du cycle de l'eau publique en France.

Voilà, donc pour moi, c'est très réconfortant et puis j'ai appris beaucoup de chose, j'espère que vous aussi, ça vous aura donné quelques idées parce que le but de ces vlogs, c'est évidemment de faire en sorte qu'on partage le plus possible d'expériences, de connaissances, de compréhension en se disant qu'un jour ou l'autre, tout ça, on va le mettre au pouvoir et qu'il faudra bien comprendre ce qu'on est en train de faire. Voilà, à bientôt ! – Sous-titrage : Le Crayon d'oreille -

VLOG - Ils détruisent la forêt — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote