Nucléaire, zones à faibles émissions, risque de coupures de courant… Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Agnès Pannier-Runacher
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Agnès Pagny-Runacher. Bonjour Marc Fauvel. Après la commission européenne, le gouvernement américain vient de demander à tous ses fonctionnaires de ne plus utiliser d'ici un mois l'application chinoise TikTok. Est-ce que la France pourrait faire la même chose ? Alors vous savez que la France, sur ce sujet, a saisi la CNIL française. C'est l'autorité administrative indépendante qui s'assure de l'utilisation des données. Et du fait que ces données soient utilisées conformément au souhait de celui qui les a, qui a saisi son homologue irlandais pour s'assurer que les données restaient bien en Europe.
Notre premier combat, et c'est un combat pour tous les Français et toutes les Françaises, c'est que les données qui sont postées sur TikTok restent en Europe. Ce qui a priori n'est pas le cas. Ce qui justement a priori n'est pas le cas, et c'est pour ça que nous travaillons, enfin que nous poussons TikTok à bien bloquer les données qui pourraient être envoyées à l'extérieur. Et donc c'est le premier combat que nous menons aujourd'hui. Ensuite à titre individuel, je vais vous le donner. C'est ce que j'avais demandé, vous l'utilisez ? Non, je ne l'utilise pas et je ne l'ai pas. Vous avez demandé à vos équipes de ne pas l'utiliser ?
Je ne l'utilise pas et je ne l'ai pas sur mon téléphone, parce que quand on est une personnalité politique, on a le choix effectivement, il faut faire attention sur les réseaux sociaux, et on sait que certaines applications ont ce qu'on appelle des portes arrières qui peuvent permettre d'accéder aux données téléphoniques. Mais c'est une décision individuelle ou tout le gouvernement s'assure ? C'est une décision individuelle. Et dans vos équipes par exemple au ministère ? Dans mes équipes, il y a très peu de personnes qui sont sur TikTok, je dirais même par contenu du travail, le temps leur manque. Pour faire TikTok.
Mais en attendant la décision de la CNIL qui va intervenir dans les semaines qui viennent, qu'est-ce que vous dites aux 10 millions de Français ? Alors on n'a pas tous des données confidentielles sur nos téléphones portables, mais on peut avoir des documents professionnels, etc. Qu'est-ce que vous leur dites ? Méfiez-vous ? Je dirais déjà plus largement, la France a porté un combat à plusieurs reprises au niveau européen pour que les données que nous mettons sur les réseaux sociaux, et ça vaut pour TikTok et pour tous les réseaux sociaux, ces données-là, elles soient bien la propriété de celui qui les met et qu'on n'en fasse pas n'importe quoi.
Que ce soit de la promotion publicitaire ou d'autre chose. Donc ça c'est un combat sur lequel nous avons obtenu des avancées majeures, notamment sous présidence française de l'Union européenne, l'année dernière, avec des règlements qui encadrent la manière dont les réseaux sociaux utilisent ces données. Mais effectivement, j'appelle chacun à la vigilance. Ce que vous postez sur un réseau social, c'est pas ce que vous envoyez à votre bande d'amis des photos, etc. Ça peut vous revenir plusieurs années. Vous avez évidemment une utilisation publicitaire ou de promotion de ces données, mais il y a d'autres façons d'utiliser ces données. Donc c'est aussi un appel à la sensibilisation.
En particulier, pour les jeunes, sensibilisation et protection des plus jeunes. Jean-Noël Barraud y travaille, comme vous le savez. Le secrétaire d'État au numérique.
Agnès Pannier-Runacher, la loi sur le nucléaire arrive aujourd'hui à l'Assemblée. Elle vise à accélérer la construction de nouveaux réacteurs. Est-ce que c'est une loi mea culpa pour dire, bon, on s'est trompé pendant le premier quinquennat, on va essayer de se rattraper cette fois-ci ?
En fait, c'est surtout une loi qui doit nous permettre de construire des réacteurs sans que les procédures administratives qui sont complexes ne retardent le temps du projet industriel. Vous savez que depuis 2018, le Président de la République a relancé la filière nucléaire. Ça ne date pas de la semaine dernière. C'est pas le 17, en 2018. En 2018, il disait, on va en fermer 14 des réacteurs. Alors, pas tout à fait, puisqu'en 2018, c'est son discours dans lequel il demande à EDF de mettre à l'étude un nouveau programme de nucléaire
pour permettre de prendre des décisions sur la relance du réacteur. Emmanuel Macron dit clairement, on va procéder à la fermeture de 14 réacteurs nucléaires, dont les deux premiers de Fessenheim en 2020, et puis après, ça va continuer jusqu'en 2035. Là, vous changez carrément de paradigme. Vous dites, on va en construire six nouveaux, et peut-être plus.
Alors, on ne change pas de paradigme. C'est-à-dire que nos réacteurs existants vont, à un moment, être fermés. Parce qu'à un moment, ils arrivent en bout de vie. Ça, c'est une, je dirais, normale. C'est le vieillissement des installations fait qu'à un moment, nécessairement, ils arriveront en bout de vie. Ce que le Président de la République avait annoncé en 2018, c'est qu'il repoussait le calendrier de fermeture des centrales.
Ce que nous faisons aujourd'hui, et là, effectivement, c'est un bouger sensible, ce que le Président de la République a pris comme décision l'année dernière, c'est de dire, plutôt que de tenir un calendrier qui est peut-être conservateur sur la fermeture des centrales, nous allons travailler en recherche et développement et en innovation pour faire en sorte de peut-être aller encore plus loin et de maintenir en fonctionnement nos centrales autant que possible, bien sûr autant que possible, c'est-à-dire sous réserve que la sécurité de ces réacteurs soit absolue. Vous appelez ça un bouger, Agnès Pannier-Runacher. Pourquoi vous ne dites pas simplement aux Français, on a changé d'avis ?
Personne n'avait vu venir la guerre en Ukraine, les livraisons de gaz qui s'arrêtent. Donc oui, on a changé d'avis sur le nucléaire, comme l'ont fait d'ailleurs plusieurs partis politiques en France depuis la guerre en Ukraine. Pourquoi vous ne dites pas, oui, on a changé tout simplement, plutôt que de dire, oui, oui, si, si, si vous lisez bien, en fait, ce n'est pas vrai, en 2018, on ne disait pas ça, Emmanuel Macron ne disait pas ça. Alors moi, je suis très à l'aise parce que j'ai constamment soutenu le nucléaire.
Vous savez que, ce n'est pas tout à fait vrai, mais à la limite, peu importe, le sujet aujourd'hui qu'on a, c'est de relancer la production nucléaire, mais comme nous relançons aussi la production sur les énergies renouvelables. C'est-à-dire que l'enjeu que nous avons, et là où vous avez complètement raison, c'est que la situation de production d'électricité en France en 2017 a complètement changé aujourd'hui en 2023, et que l'on voit que l'atteinte de nos objectifs climatiques suppose d'aller beaucoup plus vite sur l'électrification de notre pays et donc d'avoir des capacités de production électrique beaucoup plus importantes.
François Hollande avait promis d'abaisser la part du nucléaire à 50% de notre mix énergétique en 2025. Emmanuel Macron a repoussé de 10 ans cet objectif. Est-ce qu'il existe encore cet objectif ? Est-ce qu'il va exister ? Est-ce que vous allez fixer, vous aussi, un chiffre ? En fait, ce chiffre, il va résulter de notre capacité à produire plus d'électricité. C'est-à-dire d'abord, on va lancer les centrales et ensuite, on va voir où est l'objectif ? Non, ce n'est pas ça que je vous dis. C'est la résultante de notre capacité à produire beaucoup plus d'électricité, beaucoup plus de renouvelables.
Si vous produisez beaucoup plus de renouvelables dans les 15 ans qui viennent, mécaniquement, alors même qu'on aura plus de nucléaire, la part du nucléaire va baisser dans notre mix électrique. Mais ce sera un succès. Et de combien il n'y a plus d'objectifs aujourd'hui ? La logique est inverse. La logique, elle est inversée. La logique, c'est d'avoir plus de nucléaire et plus d'énergie renouvelable. Plus de nucléaire, et vous savez qu'il faut 15 ans pour construire un nouveau réacteur.
Donc, d'ici 2035, ce que je sais vous dire, c'est que la capacité de production nucléaire, elle va reposer essentiellement sur la connexion du réacteur de Flamanville et sur le fait qu'on arrive à retrouver un productible, une production nucléaire équivalente à celle qu'on avait, par exemple, en 2017, c'est-à-dire à peu près 30% de plus qu'aujourd'hui. Donc ça, le nucléaire, on sait à peu près où on va. Et sur les énergies renouvelables, ce serait un succès de pouvoir en produire beaucoup plus. C'est un enjeu de compétitivité pour notre pays. Vous savez que les énergies renouvelables sont compétitives aujourd'hui.
C'est un enjeu aussi d'indépendance énergétique et donc d'indépendance économique. Et donc, la résultante demain, en 2035, entre nucléaire et renouvelable, c'est surtout beaucoup plus de renouvelables et retrouver notre potentiel de nucléaire. Et le 55, c'est de l'idéologie, Marc Fauvel. Ce qui est sûr, c'est que... C'est Emmanuel Macron qui avait dit 50% en 2035. Oui, mais c'était une résultante, là aussi, des calculs qu'il avait faits entre plus de production de renouvelables et le fait que nous n'avions pas de réacteurs nucléaires nouveaux sur le réseau.
On va en parler de ces bébés flamandvilles, ces nouveaux EPR qu'Emmanuel Macron veut mettre sur les rails dans les mois qui viennent, dans une minute. Le fil info, tout d'abord, à 8h40, Marie Maeve.
Une mise en garde de l'agence de sécurité du médicament. Si vous avez été tenté de prendre de l'eau en pique comme coupe fin, c'est un médicament prescrit contre le diabète, mais vanté sur les réseaux sociaux comme un remède miracle pour maigrir. Il y a des risques de pénurie pour les diabétiques, en plus de danger pour la santé. La ministre des Sports a fait pression sur les inspecteurs et menti en public, accusation lancée par les avocats de Noël Legrette. Au lendemain de la démission de l'ex-patron du foot français, ils assurent qu'ils vont porter plainte pour diffamation contre Amélie Oudea Castera et demandent la publication du rapport d'audit.
L'épidémie de grippe aviaire se stabilise en France, annonce le ministère de l'Agriculture. Et en Pays de la Loire, principale fournisseur de poussins et cannetons, les éleveurs peuvent commencer à repeupler les élevages, mais seulement dans les zones les moins denses. Des dividendes records versés aux actionnaires dans le monde l'année dernière, près de 1 500 milliards d'euros, notamment grâce aux groupes producteurs de pétrole et de gaz.
On est toujours avec Agnès Pannier-Runacher,
la ministre de la Transition énergétique. On parle de la relance du nucléaire dans le pays. Alors, ces nouveaux réacteurs que vous voulez faire construire, ils vont entrer en construction justement à partir de quand ?
Alors, encore une fois, il faut grosso modo 15 ans pour construire un réacteur. 15 ans, c'est beaucoup d'études d'ingénierie. C'est pour ça que ça ne se voit pas aujourd'hui. Et vous savez que EDF a démarré les études et doit nous livrer le résultat de leur travail d'ici la fin de l'été. Et c'est ensuite beaucoup de procédures de validation en matière de sûreté nucléaire.
Et votre calendrier, c'est quoi ? On coule le béton, la première centrale ?
Alors, la première coulée de béton dans un calendrier ambitieux, c'était effectivement fin 2027 pour une mise en service espérée entre 2035 et 2037. Fin 2027, après la prochaine élection présidentielle ? Tout à fait. Ça veut dire que le choix d'appuyer définitivement sur le bouton sera laissé au prochain président de la République ? Non, absolument pas. Parce que pour couler le béton en 2027, il faut avoir... Pour le préparer en 2026, c'est le béton. En fait, en 2000... Non, c'est en 2023 que vous devez déposer le dossier d'autorisation de construction. Donc, en fait, ce sont des procédures qui sont très longues, très rigoureuses.
Mais ça veut dire que le succès de l'Emmanuel Macron ne pourra plus faire demi-tour ? Je pense que ce sera difficile parce qu'effectivement, toutes les autorisations et la mise en œuvre du chantier sera d'ores et déjà faite. Quelle que soit la couleur du prochain président de la République... Après, Marc-Couval, si vous me permettez, à chaque instant, un dirigeant politique peut passer une loi pour corriger une autre loi et arrêter un chantier. Ça lui appartiendra.
Mais ce que je dis, c'est que la décision que nous prenons aujourd'hui, que nous allons prendre d'ailleurs, puisque c'est une décision qui suppose d'associer aussi le Parlement, cette décision-là, elle conduit à avoir une première coulée de béton en 2027 et une mise en service des premiers réacteurs nucléaires entre 2035 et 2036. Ça se fera à Panly, c'est en Normandie. Ce sont les deux premiers réacteurs. Et nous construisons des réacteurs sur des centrales existantes ou en proximité de centrales existantes, puisqu'on a les compétences, puisqu'on a l'acceptabilité, les gens sont très en soutien de ces projets et ça permettra effectivement d'aller plus vite.
Ce qui est étrange, Madame la Ministre, c'est que vous dites, c'est que depuis tout à l'heure, on a l'impression que voilà, votre projet, il est déterminé, il y a un calendrier, tout est projeté. Sauf que le texte, il arrive seulement aujourd'hui au Parlement, à l'Assemblée nationale. Si le Parlement dit non, on arrête tout ?
Alors d'abord, le texte que nous présentons aujourd'hui au Parlement, c'est un projet d'accélération des procédures administratives et de sécurisation des décisions de prolongation des centrales.
Si sur les nouveaux réacteurs, le Parlement dit non, vous faites quoi ?
Le Parlement, aujourd'hui, ne portera pas son avis sur les réacteurs futurs. Encore une fois, cela paraît peut-être un peu complexe lorsqu'on écoute, mais la mise en œuvre d'un projet de réacteur nucléaire, c'est un projet très complexe. C'est-à-dire qu'on va arriver devant le Parlement en étant capable de leur dire voilà la solution technologique que nous avons, et ça, ça prend plusieurs années à établir, voilà les éléments de coût et de financement que nous avons, et cela prend plusieurs mois à établir, et ce sont tous ces éléments que nous sommes en train de rassembler pour prendre cette décision. Sur le financement, justement.
Donc vous voyez, au contraire, c'est une décision qui est extraordinairement rigoureuse, étayée sur l'ensemble des enjeux, que ça va de la technologie à la sûreté, au délai de construction, et évidemment aux enjeux financiers. Agnès Pannier-Runacher, qui va les payer ? Qui va payer la construction de six réacteurs ? Le nouveau patron d'EDF dit que c'est au minimum 50 milliards d'euros. Alors, c'est collectif, c'est un investissement. Et lui dit, j'ai pas les moyens aujourd'hui, j'ai une dette de 60 milliards d'euros, j'ai perdu 18 milliards l'an dernier, je ne peux pas aujourd'hui financer ces réacteurs. Tout à fait. Qui va les payer ? Et donc, c'est un investissement.
Je rappelle que cet investissement, il a vocation à rapporter, entre guillemets, aux Français, puisque ce que nous sommes en train de construire, c'est une capacité de produire d'électricité à un coût compétitif. Je prends l'exemple... Pour qu'il rapporte, il faudra que ces centrales fonctionnent, donc vous avez raté l'envier. Tout à fait. En attendant, pendant tout le chantier, ça coûte de l'argent. Et c'est un investissement. Et c'est un investissement. Donc, c'est une avance, en quelque sorte. C'est une forme d'avance de trésorerie pour ensuite retrouver sur le chiffre d'affaires. Et donc, c'est le point que je vous indique.
C'est-à-dire, nous sommes en train de travailler sur le financement de ces centrales nucléaires. Il y a plusieurs options. Une partie peut être financée par l'État. Vous avez évidemment le financement au travers des tarifs. Lorsque vous payez l'électricité aujourd'hui, vous payez une marge qui permet de rembourser les investissements qui ont été faits. Faits il y a très longtemps. Qui ont été faits il y a très longtemps. Donc, ça veut dire qu'il faut très clairement s'attendre à une hausse des tarifs pour financer les futurs réacteurs ? Non, pas nécessairement. En partie, en tout cas ? Absolument pas. Ça dépend comment on le fait.
Si vous voulez, quand vous prenez, par exemple, une banque qui vous finance et que vous la remboursez, vous la remboursez au moment où vous avez le chiffre d'affaires. Vous pouvez faire un portage financier. Mais vous pensez que les banques vont prêter aujourd'hui à EDF pour construire des EPR, dont le seul exemplaire nous avons en France, à 10 ans de retard et a coûté 10 milliards de plus que prévu. Oui, mais je le redis, c'est un projet qui a vocation à rapporter une énergie compétitive pour les Français. Et il faut le prendre sous cet angle-là. On ne fait pas cet investissement pour dépenser l'argent.
On fait cet investissement pour donner une électricité compétitive que paieront les Français. Le consommateur paiera son électricité, continuera à payer son électricité. Non, mais concrètement, est-ce qu'il va y avoir un nouvel impôt, en fait, nouvel impôt pour construire ces... Non, on n'a pas besoin d'un nouvel impôt. Là, je pense qu'on est dans le fantasme. Ou un appel aux Français, par exemple. Un appel aux Français. On est dans le fantasme total. On a besoin de financements long terme qui peuvent être soit de la part de l'État. Et comme c'est un investissement, ce n'est pas considéré comme une dépense budgétaire.
Si, par exemple, on apporte des capitaux à EDF, on a besoin, par exemple, il a été évoqué à un moment que la Caisse des dépôts puisse accompagner en financement cette construction. Je ne dis pas que c'est la solution que nous retenons, mais ça fait partie des sujets qu'il faut que nous regardions. Et ce qui est sûr, c'est que nous calerons les paramètres du financement d'ici la fin d'année. Mais attention, on investit, encore une fois, ce n'est pas une dépense. On investit dans quelque chose qui doit nous rapporter de l'argent.
C'est comme quand on dépense de l'argent et qu'on soutient les énergies renouvelables et qu'aujourd'hui, elle nous rapporte plus de 20 milliards d'euros au budget de l'État. Agnès Pannier-Renaché, depuis une vingtaine d'années, la loi oblige EDF à revendre à ses concurrents une partie de sa production d'électricité. Elle perd chaque année de l'argent en faisant ça. Est-ce que c'est une absurdité ? Alors, pas du tout, parce que c'est ça qui fait que vous et moi et les très petites entreprises ont des tarifs extrêmement compétitifs. Donc, ce n'est pas une absurdité du point de vue du consommateur.
Parce qu'en fait, le système, c'est qu'EDF vend son électricité à un prix qui n'est pas celui du marché, mais qui est beaucoup plus bas, qui correspond... Elle perd de l'argent sur chaque mégawatt-heure vendue à ses concurrents. Alors, on va y revenir, qui correspond théoriquement, c'est là où il y a un petit biais, mais qui correspond théoriquement à ses coûts de production. Théoriquement, parce que ce n'est plus le cas depuis plusieurs années. De manière à ce que les Français, vous et moi, et les très petites entreprises puissent bénéficier, et y compris d'ailleurs les industriels, puissent bénéficier d'un tarif très compétitif qui n'est pas celui du prix de l'électricité.
Ça, c'est le système actuel. Il a deux biais, ce système. Le premier biais, vous le dites, c'est que le tarif qui a été fixé à 42 euros en 2010... 42 euros le mégawatt-heure, là où EDF, ça lui coûte 50 pour en produire aujourd'hui. Donc, il vend à perte. Voilà, qui était le prix en 2010, qui était le prix de production, le coût de revient d'EDF. Donc, il ne perdait pas de l'argent à l'époque. Aujourd'hui, le coût de mégawatt-heure a augmenté. Il a augmenté pour deux raisons. Il y a évidemment de l'inflation. Il y a aussi un autre sujet. C'est qu'EDF produit beaucoup moins de nucléaire.
Et donc, vous savez qu'une centrale nucléaire, ce n'est pas beaucoup de coûts de fonctionnement, beaucoup de coûts d'investissement. Et donc, par construction, les coûts moins que vous produisez, plus le coût du mégawatt-heure augmente. Plus EDF remettra ses centrales en fonctionnant, ses réacteurs en fonctionnant, plus il sera complètement changé en coût du mégawatt-heure. Est-ce que ce dispositif va être modifié ? Vous avez sans doute entendu l'ancien patron d'EDF devant l'Assemblée il y a quelques jours, qui dit que c'est surréaliste de demander à une entreprise de vendre quelque chose qu'elle produit à perte à ses concurrents. Mais, encore une fois, je le redis...
Tout ça en demandant régulièrement à l'État d'éponger les pertes de cette même entreprise. Je le redis, Marc Fauvel. Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Ce système, c'est celui qui permet aujourd'hui aux Français d'avoir le coût de l'électricité le plus bas d'Europe. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est qu'effectivement, nous devons ajuster le prix pour être en ligne avec la réalité des coûts de production d'EDF. Donc, on va relever le tarif ? La troisième chose, c'est que le mécanisme que vous mentionnez, c'est un mécanisme qui s'arrête fin 2025.
Et c'est tout l'enjeu des discussions que nous avons au niveau français avec la direction d'EDF et au niveau européen avec la Commission européenne pour trouver un système de régulation qui permette à la fois de conserver cet atout extraordinaire. Et je veux insister sur ça parce qu'on dit qu'il vend à ses concurrents comme si les concurrents ne revendaient pas au même coût. Mais ils revendent plus cher. C'est ce qui s'est passé notamment l'an dernier. Ça a plombé les comptes d'EDF de 8 milliards. Même le patron de Total Energy qui bénéficie de ce système, Patrick Pouyanné, a dit qu'il y a quelque chose de pas normal. Même lui, c'est pas moi qui le dis.
Si vous me laissez aller jusqu'au bout de mon propos parce que je le redis, la partie qui est vendue sur ces 42, sur ces 100 TWh, donc à peu près aujourd'hui un tiers de la production d'EDF, avant c'était beaucoup moins. C'est pour ça que ça pèse sur les comptes d'EDF. Elle est vendue aux fournisseurs qui eux-mêmes doivent le revendre au même prix modulo, un petit coup de marge commerciale, mais qui est ridicule, qui est ridicule au même prix, de même que EDF a une marge commerciale. Je vous rassure, ils ne vendent pas à 42 euros à leurs propres clients, aux Français. Et sur le reste, bien entendu, c'est vendu là à un prix du marché. Et c'est ce qui explique qu'on a eu des envolées de prix.
Je sais que c'est complexe, mais je veux le redire ici, nous avons un enjeu essentiel en tant que gouvernement pour faire en sorte que les Français qui ont toujours bénéficié d'un prix de l'électricité extraordinairement compétitif en Europe, et c'est un enjeu de pouvoir d'achat, puissent continuer à bénéficier de ça. Mais en même temps, nous sommes le principal actionnaire, nous sommes l'actionnaire quasi unique désormais, puisque nous visons à être à 100% dans le capital d'EDF. Nous serons aux côtés d'EDF et nous ferons en sorte que le modèle soit viable pour EDF. La ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher est l'invité de France Info. Jusqu'à 9h, le fil Info.
Oups, on est en retard. 8h50 de Marie-Maeuf.
En Grèce, au moins 32 personnes ont été tuées dans la collision entre un convoi de marchandises et un train de passagers. Ça s'est passé hier soir entre Athènes et Thessalonique. Un accident encore inexpliqué. L'opération de secours se poursuit. Les tests Covid sont désormais seulement remboursés à 100% pour les plus de 65 ans. Les personnes malades ou encore les soignants. Pour tous les autres, vaccinés ou non, c'est la mutuelle qui payera une partie des frais. Une mauvaise nouvelle pour le président du syndicat des biologistes. En pleine inflation, certains ne se feront pas tester, déplore sur France Info François Blanchecotte. Autre changement ce 1er mars. Le prix des cigarettes augmente.
Certains paquets passent la barre symbolique des 11 euros après deux ans de relative stabilité. En Iran, l'Agence internationale de l'énergie atomique a détecté des particules d'uranium trop enrichies à près de 90% seuil décisif pour produire une bombe atomique. Téhéran assure qu'il s'agit d'un accident au cours du processus d'enrichissement. France Info
Le 830 France Info Salia Braquia Marc Fauvel
Agnès Pannier-Runacher et plusieurs communautés d'agglomération ont mis en place dans les grandes villes ce qu'on appelle les ZFE les zones à faible émission sauf qu'elles sont de plus en plus nombreuses à reculer comme à Lyon qui la repousse de deux ans car elle refuse de pénaliser les français qui concrètement n'ont pas la bonne voiture pour circuler. A ce sujet, écoutez Fabien Roussel le patron des communistes il est à votre place en début de semaine.
C'est une véritable bombe sociale. Oui, la ZFE pénalise les plus pauvres parce qu'il y a aujourd'hui 10 millions d'automobilistes qui ont des véhicules de critères 3, 4, 5 qui vont être interdits de se déplacer tout simplement quand ils habitent une petite commune. Il faut un moratoire, il faut déplacer ces ZFE, il faut les décaler dans le temps, il faut surtout permettre aux français de pouvoir acheter des véhicules électriques pas chers.
Il a raison Fabien Roussel, en fait il faut décaler le calendrier, il faut tout remettre à plat. Alors, je rappelle que sur les
ZFE, comme vous dites, ce sont les collectivités locales qui décident des dates. Nous, ce que nous avons fait, c'est poser le cadre qui permette d'avoir des zones de faible émission. Ce sont les collectivités locales qui décident de la localisation des ZFE. Est-ce que c'est le centre-ville ou est-ce que c'est beaucoup plus large ? Par exemple, vous savez qu'à Paris, grosso modo, ça va jusqu'à la 86, donc c'est une zone très très large et qui concerne beaucoup les banlieues. Quels sont, deuxièmement, les véhicules qui sont concernés, à quel rythme, critère 3, critère 4, critère 5, on rentre dans la zone à faible émission et comment on organise des dérogations.
Ça, c'est le travail des collectivités locales.
Ces collectivités, elles disent que c'est de votre faute parce qu'en fait, vous leur avez fixé un cadre, ok, mais en fait, elles ne peuvent même pas mettre en place ces interdictions puisque les Français ne peuvent même pas se permettre d'acheter de nouveaux véhicules. La prime à la conversion, elle n'est pas suffisante.
Mais moi, j'entends ce que disent les collectivités locales. J'observe qu'elles se sont beaucoup précipitées au moment des municipales en portant en bandoulière l'écologie sans absolument regarder le cadre de mise en œuvre pour faire laver plus blanc que blanc.
La réalité, c'est qu'elles n'avaient pas du tout travaillé sur le sujet, que vous pouvez tout à fait mettre en place des dérogations qu'elles n'ont pas du tout travaillé sur le sujet et que s'agissant des véhicules et moi, je partage effectivement la préoccupation légitime des Français de pouvoir changer de véhicule pour des véhicules qui soient moins émetteurs de CO2 et je rappelle que ce gouvernement a permis à plus d'un million de Français de changer de véhicule et que nous continuons à soutenir l'accès aux véhicules électriques, le changement de véhicule pour des critères 1 et ça massivement et je rappelle les constructeurs automobiles augmentent aussi le prix de vente des voitures.
Je pense qu'il y a un petit peu d'inflation en réalité et que ce n'est pas lié à la prime, c'est surtout lié à la réalité des coûts de production. Mais est-ce qu'il ne faudrait pas moduler le montant des aides pour en faire profiter davantage ceux qui habitent loin des centres-villes, c'est-à-dire ceux qui ont moins de transports en commun et ceux qui ont sans doute plus besoin de la voiture que les autres ? Ça n'existe pas aujourd'hui. Aujourd'hui, les plafonds sont uniquement en fonction des revenus. Alors, il y a des aides qui ont été favorisées justement pour la partie des personnes qui sont concernées par les aides-feuves, déjà premier point.
Et puis, deuxième point, je veux rappeler que les collectivités locales ont également, et d'ailleurs certaines le font, l'opportunité de compléter ces aides. Quand vous êtes une collectivité locale, vous ne pouvez pas à la fois demander à être maître du jeu sur le fonctionnement de votre agglomération, prendre des règles qui imposent aux Français à telle date de ne plus pouvoir circuler avec une voiture critère 3, et ensuite, vous rouler par terre en disant que c'est la faute du gouvernement. Ce n'est pas sérieux. En tout cas, le gouvernement ne s'opposera pas au fait de repousser le calendrier dans certaines métropoles.
Ça fait 4 ans que le sujet a été voté et d'ailleurs, y compris largement par la gauche. J'entends Fabien Roussel avec intérêt, mais il fait partie d'un groupe qui s'appelle l'ANUPS qui a en partie soutenu cette évolution. Ça fait 4 ans que ça n'a pas été travaillé et tout le monde se réveille en disant « Ouh là là, c'est compliqué ». Eh bien, que les collectivités locales travaillent avec le gouvernement pour trouver les meilleures solutions. Nous, nous mettons en place un leasing à 100 euros par mois. La voiture à 100 euros, elle est pour quand ? Elle est pour... Donc, la mise en place, c'est pour l'automne prochain pour faire les pré-réservations de ces voitures avec une mise en oeuvre.
Avec une voiture qui sera française ou pas ? C'est la volonté du gouvernement. 100, c'est toujours pas. Mais effectivement, il faut qu'on ait les productions qui correspondent à cela. On est très en retard, mais je vous pose quand même la question sur ce qu'a été le feuilleton pendant des semaines et des semaines. Est-ce que la fin de l'hiver approche, est-ce que l'hypothèse de délestage électrique est désormais entièrement derrière nous ? Oui. Si on continue à faire un effort... Il y a un oui-ci.
Mais bien sûr, si on continue à faire un effort de sobriété, je rappelle que la sobriété, ça nous a permis de passer notamment le point qui a été le plus froid dans l'hiver, qui était le 12 décembre dernier, l'économie de 7 gigawatts, c'est l'équivalent de 7 réacteurs. On parlait de la construction de 6 réacteurs. Lorsqu'avec des petits gestes collectifs, des grandes administrations, des grandes entreprises et aussi de tous les Français, on arrive à économiser l'équivalent de 7 réacteurs, on fait une vraie avancée et pour le climat et pour notre portefeuille. Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, invitée ce matin de France Info. Merci. Merci beaucoup.
Et bonne journée à vous. Merci.
Agnès Pannier-Runacher