Guerre et pétrole : l'escalade saoudienne
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Questions et réponses
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- 3:46RelanceRéponse partielle
Michel Duclos, le dernier coup de théâtre : l'annulation par Trump de la loi Graham contre la Russie et l'Iran. Comment l'expliquer ?
- 8:00OuverteRéponse directe
Comment Mohamed Ben Salman peut-il interpréter l'annulation de la loi Graham face aux attaques des Houthis ?
- 13:03OuverteRéponse directe
Laurent Bonnefoy, vous êtes spécialiste du Yémen. Comment expliquer la capacité militaire des Houthis ?
- 18:10OuverteRéponse directe
Dorothée Schmitt, comment le récit de résistance des Houthis s'inscrit-il dans l'axe de la résistance iranien ?
- 20:51RelanceRéponse directe
Michel Duclos, comment expliquer la versatilité de l'administration Trump ?
- 30:33OuverteRéponse directe
Dorothée Schmitt, à quoi sert le pacte de la Mecque signé en août dernier ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:33PrésentateurFait
« Donald Trump cherche frénétiquement à faire baisser le prix de l'essence et le mécontentement populaire. »
- 0:59PrésentateurFait
« Le président américain conclut avec Vladimir Poutine un deal pour se faire livrer quelques milliers de tonnes de brutes, rompant ainsi le carcan des sanctions. »
- 2:46PrésentateurFait
« À la Mecque, la Turquie et le Pakistan avaient signé en août dernier avec l'Arabie saoudite un pacte d'assistance mutuelle. »
- 27:10InvitéFait
« Malgré tous ces armements très sophistiqués, les Saoudiens, l'armée saoudienne a une capacité de projection militaire qui est extrêmement limitée en réalité. »
- 28:34InvitéFait
« Les États-Unis ont quand même priorisé la défense d'Israël et la livraison de défense antiaérienne à Israël par rapport aux pays du Golfe. »
Temps de parole
- Présentateur33 %
- Invité19 %
- Invité 217 %
- Invité 314 %
- Invité 413 %
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France
Culture,
Affaires
étrangères, Christine O'Krent.
Bonjour
à tous. Le pétrole est plus que jamais le nerf de la guerre et la diplomatie américaine le démontre avec une versatilité sans pareil.
À
trois semaines des élections de mi-mandat qui s'annoncent plus rudes que prévues pour ses candidats, Donald Trump cherche frénétiquement à faire baisser le prix de l'essence et le mécontentement populaire. Incapable de libérer le détroit d'Ormuz plus de sept mois après le déclenchement contre l'Iran de ce qui devait être une simple excursion punitive, le voilà qui renvoie à Volodymyr Zelensky et aux frappes ukrainiennes sur les infrastructures russes la responsabilité de l'inflation des cours.
Mieux ou pire, au choix, le président américain conclut avec Vladimir Poutine un deal pour se faire livrer quelques milliers de tonnes de brutes, rompant ainsi le carcan des sanctions mises en place contre la Russie depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine. Et la nuit dernière,
il
annule une loi qu'il avait lui-même promue
pour
serrer davantage, pour desserrer davantage les taux mis en place contre la Russie et contre l'Iran.
L
'affairisme s'épanouit sans fidélité. Mohamed Belsalman le vérifia à ses dépens, puisqu'au même moment, Donald Trump lui a refusé toute protection contre l'offensive des Houthis yéménites, alliés de Téhéran, capables ces derniers jours d'attaquer à coups de missiles balistiques la capitale de l'Arabie saoudite et plus à l'Est, le quartier général de son conglomérat pétrolier. Gavé d'armement américain réputé pour ses largesses accordées à la famille présidentielle, le royaume peine à renforcer d'autres alliances dans un Moyen-Orient déstabilisé.
Là, comme en Europe, les États-Unis abandonnent le rôle hégémonique qui était le leur depuis le milieu du siècle dernier, désormais récalcitrant à protéger leurs alliés, impuissant à assurer la liberté de navigation, fondement même de leur puissance commerciale. Comment les outils qui portent encore un poignard à la ceinture tout en utilisant Anthropique et l'intelligence artificielle, comment réussissent-ils à imposer au sud de la péninsule arabique une nouvelle guerre asymétrique pour contrôler les richesses pétrolières et affirmer une autre forme de fondamentalisme chiite
? À
la Mecque, la Turquie et le Pakistan avaient signé en août dernier avec l'Arabie saoudite un pacte d'assistance mutuelle. S'agit-il d'une nouvelle configuration régionale face aux Émirats et face à Israël ?
En
tout cas, l'Iran n'est pas vaincu, l'Ukraine non plus. Faut-il y voir les limites contemporaines de la toute-puissance, une autre grammaire des dérèglements du système international ? Eh bien, c'est ce que nous allons comprendre ce matin. Grâce à vous, Dorothée Schmitt, vous êtes la responsable du programme Turquie-Moyen-Orient de l'Institut français des relations internationales. Camille Lonce, directrice adjointe du Bureau de Paris du Conseil européen pour les relations internationales.
Michel Duclos, diplomate, ancien ambassadeur de France en Syrie et conseiller spécial de l'Institut Montaigne, et Laurent Bonnefoy, chargé de recherche au CNRS, affecté au Centre de recherche internationales de Sciences Po.
Michel
Duclos, je commence avec vous.
Donc,
le dernier coup de théâtre,
c
'est l'annulation par le président des États-Unis de cette loi qui porte le nom de son grand ami décédé, Lindsey Graham, qui était censé,
contre
la Russie, mais aussi contre l'Iran, de resserrer encore le mur de sanctions américaines.
Et
là, on n
'a
pas entendu la sœur, d'ailleurs, de Lindsey Graham, qui est devenue sénatrice à sa place. Mais comment t'expliquer ces virements de bord
? Il
y a certainement plusieurs clés d'explication. Une des clés, vous l'avez déjà indiqué, Christine, c'est la politique intérieure.
Donc,
il veut absolument montrer
qu
'il fait le maximum pour faire baisser le prix du galon de diesel.
Même
si chacun sait que ce n'aura pas un impact considérable, au moins, il veut faire la démonstration qu'il fait tout. Et en plus, très probablement, avec l'arrière-pensée, de jeter le blâme sur Zelensky pour ce qui peut se passer, et donc se disculper de sa propre responsabilité dans le prix du diesel, qui est quand même son attaque ratée contre l'Iran.
L
'autre clé, c'est, vous avez prononcé le mot « affairisme ». C'est cette relation d'affairisme entre la Maison-Blanche et le Kremlin. Et je dois dire, il faut saluer la persistance avec laquelle les Russes
ont
insisté pour faire miroiter certains deals à l'égard de Trump et de sa famille, par exemple, en offrant une ouverture du capital de Lukoï. Et
d'ailleurs,
pardon, je vous interromps, Michel, mais ce matin, Kyril Dimitriev, qui est donc le représentant de Vladimir Poutine pour les affaires. Il a été, lui, formé à Harvard, à Stanford, il a ses habitudes en Floride. Et il dit que
c
'est un moment historique dans les relations entre la Russie et les États-Unis.
Alors là, ce que vous indiquez maintenant, c'est un cran supplémentaire.
C
'est que Trump
prend
le risque
d
'antagoniser, d'aller contre le sentiment de beaucoup de gens aux États-Unis. quand même, y compris des sénateurs, y compris des sénateurs républicains. Et ce qu'il faut quand même avoir à l'esprit, c'est qu'aux États-Unis, heureusement, encore aujourd'hui, il y
a
des cordes de rappel.
Et
là, le président Trump donne l'impression
de
couper les amarres, de se priver d'un appui fondamental chez des sénateurs républicains.
D
'autant qu'encore une fois, il annule en quelque sorte les sanctions contre les flottes fantômes et contre l'Iran
en
même temps.
Oui,
alors il y a une part de théâtre d'ombre dans tout cela. Parce que est-ce que ça va vraiment avoir autant d'impact
qu
'on ne le croit ?
Ce
n
'est
pas certain pour les assureurs, pour tout un nombre d'acteurs dans cet écosystème du pétrole. Tout ça, ça ressemble quand même un peu à des coups d'épée dans l'eau. Mais pour Trump, qui est un homme de télévision, comme on dit, c'est ça qui compte. C'est les grands gestes, les grands mouvements, l'impression qu'il fait bouger le monde. En réalité, c'est d'ailleurs une des erreurs que nous commettons. Nous sommes tous hypnotisés
par
ce que fait Trump. Ce n
'est
pas certain que Trump ait autant d'impact que cela sur le cours des affaires dans le monde.
Ni même sur le cours du pétrole. Donc
sur le cours du pétrole. A commencer par le cours du pétrole.
Camille Lonce, hier, deux tankers ont encore été visés dans le détroit, au large de l'Arabie saoudite.
Comment
Mohamed Ben Salman, qui encore une fois, à plusieurs reprises, aidait le premier mandat de Donald Trump, qui avait eu droit à la grande fête avec les sabres, etc., dans le faste saoudien, comment Mohamed Ben Salman peut-il interpréter l'annulation,
hier,
de cette loi Graham qui devait, en principe, étouffer davantage encore l'Iran ? Alors que lui-même, MBS, est attaqué sur son flanc sud-ouest
par
des alliés de l'Iran,
les Houthis.
Alors,
les derniers développements, mais ça fait un certain temps que c'est en cours, mais le sentiment saoudien face à la façon dont les États-Unis gèrent cette crise au Moyen-Orient, c'est un sentiment d'abandon total. et c'est vécu comme une trahison ultime de la part des États-Unis. Alors, il y avait une frustration croissante de la part des Saoudiens envers leurs alliés américains, ce sentiment qu'on ne peut pas faire confiance aux États-Unis, que Trump est très difficile à prédire dans ses actions. Mais là, en effet, ces développements-là, mais aussi le fait que les États-Unis refusent d'intervenir en soutien à l'offensive saoudienne contre les Houthis. Alors,
il
y a quand même un partage de renseignements américains, mais en tout cas, un refus d'une vraie implication dans l'offensive avant, en tout cas, les mid-terms. Tout en aussi, les États-Unis continuent à avoir leurs propres négociations aussi avec les Houthis pour éviter eux-mêmes que les intérêts américains et que les navires américains soient frappés par les Houthis. Donc, il y a un sentiment côté saoudien d'être complètement trahi par leur milieu américain.
Trahison, c'est d'ailleurs le terme employé par Volodymyr Zelensky qui a reçu à Bruxelles hier et avant-hier le soutien des Européens. Mais pour rester, pour le moment, au Moyen-Orient, si j'ose dire, pour l'Arabie saoudite, il faut quand même rappeler que samedi dernier, l'aéroport de Riyad était frappé par les Houthis. 13 morts, dont un Américain.
Et
on a vu... Alors, au même moment à Riyad, qui est en général le théâtre de grands événements internationaux pour essayer d'attirer des investisseurs, il y avait le Conseil mondial du pétrole. Et là,
néanmoins,
il y a plusieurs de ces événements qui doivent être annulés dans les jours qui viennent. Donc, c'est la vitrine
de
MBS, de son très ambitieux programme de changement socio-économique, qui est fracassé.
Alors,
en effet, c'est catastrophique pour les Saoudiens. Il y
a
un certain nombre, en effet, de sommets qui sont soit repoussés, soit qui sont obligés d'être transformés un petit peu dans le modèle qu'ils avaient. Ce qui est intéressant, en fait, c'est qu'il y a un renversement de la situation d'il y a quelques mois, finalement, où, depuis les attaques de février de l'Iran contre l'ensemble des pays de la péninsule arabique, finalement, l'Arabie saoudite,
c
'était un petit peu le pays qui s'en sortait le moins mal, on va dire. Parce qu'elle a cette profondeur géographique qui lui permettait, avec l'oléoduc Est-Ouest, de faire transiter une partie du pétrole via le port de Yannbou et donc de contourner le détroit d'Hormuz. Elle avait un peu l'ambition de se positionner comme une sorte de hub régional qui permette de contourner Hormuz. En plus, le fait qu'elle utilise cet oléoduc qui permettait quand même, quand il y a son maximum de capacité, on parle de 7 millions de barils par jour, donc c'est une partie assez importante de ce que l'Arabie saoudite exportait avant la guerre. On était dans l'ordre de 10 millions de barils par jour.
Le fait qu'en période de crise, les prix du pétrole avaient augmenté, donc au final, économiquement, il ne s'en sortait pas si mal que ça. Il y avait aussi tout l'enjeu de la rivalité avec Dubaï qui est en jeu depuis un certain nombre d'années, mais c'est-à-dire que, comme Dubaï était très fortement frappé en février-mars, les Saoudiens voyaient peut-être une opportunité de se poser comme une alternative un petit peu à Dubaï dans la région. Et là, en fait, ça s'est complètement renversé.
C'est eux qui sont maintenant au cœur de l'escalade militaire avec ce nouveau front qui s'ouvre côté Yémen, alors que finalement, leurs voisins du Goff, et notamment les Émirats, ne sont plus frappés depuis à peu près le mois de mai ou très peu. Et d'ailleurs, on suppose que probablement les Émirats ont eu leur propre négociation avec un certain nombre d'actifs financiers iraniens qui auraient été débloqués en échange d'une non-agression. Mais donc, on a vraiment un basculement total au sein des pays du Golfe sur qui sont les gagnants, qui sont les perdants de cette escalade.
Laurent Bonnefoy, vous êtes, vous, le spécialiste du Yémen. Le Yémen, dans le temps, on l'appelait l'Arabie heureuse. Bon, ça fait très très longtemps que ces malheureux yéménites vivent un désastre humanitaire, une guerre civile qui n'en finit pas depuis plus de dix ans. Mais les outils qui mènent donc à nouveau ces agressions
avec
des armements extrêmement sophistiqués contre l'Arabie saoudite
sont
vraiment devenus
une
force militaire, mais aussi une force politique et religieuse.
Oui,
ils ont réussi à se replacer dans le jeu. Alors, la temporalité est assez particulière dans le sens où, pour comprendre ce qui se produit aujourd'hui,
il
faut regarder un peu dans le rétroviseur, sans regarder trop longtemps, comprendre qu'en 2015, l'Arabie saoudite avait décidé d'intervenir au Yémen contre les autistes qui avaient pris le pouvoir. Ces saoudiens n'ont pas obtenu grand-chose et ont décidé à partir de 2020 et de façon effective à partir de 2022 de se retirer du front yéménite.
Et
d'une certaine manière, c'est la vengeance des autistes qui se produit aujourd'hui parce que, dans le courant de l'été, plutôt que d'intervenir au nom de leurs alliés iraniens, ils ont décidé de réécrire un petit peu l'histoire, le narratif, comme on dit, de leur engagement en prétendant qu'ils agissaient pour contrer un blocus que les Saoudiens ont commencé à appliquer en 2015.
Et
cette insistance sur l'engagement au nom de la lutte contre le blocus permet de faire d'une pierre deux coups, d'un côté, de s'engager dans la guerre, non pas au nom de l'Iran, mais au nom des intérêts yéménites, et puis aussi de détourner le regard sur leur propre manquement, le manquement économique des autistes, qui, gangréné par la corruption, gangréné également par une situation économique qui, de tout temps, a été difficile, eh bien, ont pu relancer justement cette guerre et ils le font de manière très habile, tant en termes de communication que de manière militaire.
Mais ça, cette habileté, je dirais, pour celles et ceux qui suivent les affaires yéménites, eh bien, elle n'est pas, en soi, surprenante.
Elle
n'est pas surprenante, mais quand même, Laurence, qui est surprenant, c'est la capacité des outils qui, d'après ce que je
comprends,
et notamment leur leader, est installée probablement dans un tunnel, enfin, dans des caves, sous une montagne pour échapper aux frappes aériennes saoudiennes, ils ont développé en quelques années une capacité technologique tout à fait sidérante en utilisant en particulier Claude, qui est donc l'outil d'entropique d'intelligence artificielle, et en rassemblant, en fait, des éléments pour
construire
eux-mêmes des drones et des missiles balistiques.
Oui,
il y a une capacité qui s'est développée, elle s'est d'autant plus facilement développée qu'il y a eu cette situation de cesser le feu de facto, qui a commencé en 2022 et qui s'est poursuivi jusqu'en 2026 avec les Saoudiens.
Pendant
cette période-là, suite à l'engagement des outils en mer rouge au nom de la défense des Gazaouis, donc contre les navires liés à Israël d'abord, eh bien, il y a eu malgré tout des pressions qui militairement se sont exercées sur les outils par les États-Unis, puis par les Israéliens, qui ont atteint un certain nombre d'objectifs, mais clairement insuffisants.
et cette capacité renouvelée des outils, elle illustre d'une part la stratégie des Iraniens qui, dans la région, ont réussi à maintenir un certain nombre d'alliés, mais d'autre part, d'une manière plus générale, l'abaissement du coût d'entrée pour des mouvements rebelles pour s'imposer sur la scène militaire internationale, c'est-à-dire qu'à coût de drones, qu'à coût de missiles qui ont une technologie probablement assez rudimentaire ou du moins peu coûteuse, parviennent à cibler à plusieurs milliers de kilomètres des infrastructures civiles.
Dorothée
Schmitt, le récit outil, comme vient de l'expliquer Laurent Bonnefoy, s'installe dans l'axe de la résistance, pour reprendre le vocabulaire iranien
et
l'axe de la résistance contre Israël et les outils en particulier depuis 2023 expliquent qu'ils sont à nouveau dans le conflit régional pour, au nom de Gaza, des victimes de Gaza.
comment
est-ce que cette polarisation
du
récit contre Israël explique ou pas cette espèce de bouleversement constant en quelque sorte des
rapports
de force dans cette région du monde
? Je
suis persuadée que la question palestinienne a un rôle très structurant dans tout ça, mais il n'y a pas que ça. Et là, les Houssis s'attaquent à l'Arabie Saoudite. Ils ne s'attaquent pas du tout aux bateaux israéliens ni aux bateaux américains. Donc, il y a un aspect aussi très instrumental dans le fait de... très opportuniste dans le choix des luttes. Et en fait, ce qui me frappe plutôt, c'est qu'on a l'impression aujourd'hui
d
'avoir affaire à une quasi-armée d'un proto-État houthiste pratiquement. Donc, effectivement, leur armement est rédumentaire, mais ils ont quand même envoyé sur l'Arabie Saoudite des missiles balistiques, des missiles de croisière, des drones. Donc, ils sont quand même très bien armés, très bien organisés. Ils n'ont pas de
réticence
à se battre au sol, ce qui est le problème des Saoudiens. Donc, en fait, là, on est dans la construction d'une force militaire importante dans la région qui se bat pour elle-même. Il y
a
une forme de nationalisme spécifique. En fait, moi, je trouve qu'il
y a
une comparaison qui pourrait être intéressante qui est avec le Shara en Syrie.
C
'est que finalement, on a des acteurs que
nous,
on caractériserait, on appellerait effectivement des acteurs non-gouvernementaux, des islamistes, des djihadistes et qui
se
reconvertissent dans une lutte de conquête nationale souverainiste.
Et ça, c'est le fait ?
Ce qui est important, si je peux me permettre, c'est que
c
'est un peu l'effet de miroir du fait qu'Israël est en train de dégrader la capacité institutionnelle et politique de tous les États qui l'environnent. Parce que finalement, aujourd'hui, la stratégie politique israélienne, c'est de considérer que seul l'affaiblissement des États voisins permettra sa survie, son développement et
finalement,
l'installation d'un égémone de sécurité. Ce qui est le cas aujourd'hui.
C
'est quand même Israël qui domine aujourd'hui.
Michel
Duclos, Israël domine, enfin Israël est en pleine campagne électorale, on en parlait ici même il y a 15 jours. Néanmoins, vu
de
Riyad
et
le parallélisme avec Kiev est quand même sidérant, vu de Riyad, il s'agit d'une trahison.
C
'est d'ailleurs le terme qu'employait tout à l'heure qu'à 1011 et d'une trahison, d'une alliance très ancienne puisque c'était 1945
sur
le croiseur Quincy, la rencontre entre Franklin Roosevelt et Imtseoud, le fondateur de l'Arabie saoudite contemporaine. Donc,
comment
t'expliquer cette versatilité de l'administration Trump
?
Je crois qu'il y a deux phénomènes dont on a les unes et les autres déjà plus ou moins parlé.
Il
y a, j'ajouterai à ce qu'a dit très justement Dorothée, la caractéristique de la guerre moderne, la guerre actuelle,
qui
est que
la
sophistication des moyens permet de reverser la relation du faible au fort.
Et
dans le monde actuel, les Ukrainiens sont capables de mettre en difficulté les Russes, les outils sont capables de mettre en difficulté les Saoudiens à voir le monde occidental. Mais en même temps, c'est instable
parce
que le fort peut toujours espérer se rattraper en acquérant lui-même de nouvelles, en faisant lui-même une nouvelle percée technologique. C'est ce qui se passe en Ukraine où les Russes ont été capables de déployer un nouveau type de drone, un nouveau type de missile, etc. Et là, on est dans un monde devenu extraordinairement instable dans lequel on ne voit pas comment les guerres puissent finir puisque cette dialectique du faible au fort est définitivement enrayée. Et là-dessus, se greffe un autre phénomène que vous indiquez, c'est que les États-Unis n'exercent plus leur rôle des gémons
ou
du moins sont devenus réticents à le faire.
Alors
d'ailleurs, Trump a été élu en partie sur un mandat d'arrêter ces guerres sans fin. Il a lui-même franchi la ligne rouge par rapport à sa base de lancer quand même une guerre dont il espérait qu'elle serait
très brève. Et à deux
reprises.
Et à plusieurs reprises. Deux reprises. Contre
l'Iran.
À mon avis, maintenant, il recule.
C
'est-à
-dire,
il se rend compte que s'il continue comme ça, il ira de guerre en guerre, d'escalade en escalade. Et qu'il sera de plus en plus en contradiction avec sa base. Et donc, vous avez d'un côté des facteurs technologiques et autres qui font que un certain nombre d'acteurs sont poussés à continuer la guerre. Et vous avez de l'autre côté l'hégémon qui est de plus en plus réticent à exercer son hégémonie. hégémonie. Ça fait un monde évidemment dangereux.
Et
dans votre introduction, vous avez vous-même noté qu
'une
des caractéristiques d'une puissance hégémonique, c'est d'assurer la liberté de circulation. Et ça, c'est à cela que Trump est en train de renoncer pour l'instant. Et probablement que ce sera très difficile de revenir là-dessus parce que les autres acteurs dans le monde ont compris que l'Amérique n'était plus l'hégémon qu'elle était auparavant.
Et
encore une fois, l'annulation la nuit dernière pour nous, donc hier à Washington de cette loi Graham qui était censée aussi punir les flottes fantômes.
Voilà, mais les Saoudiens, puisque c'était votre question, je pense qu'ils sont coincés.
C
'est-à-dire que bien sûr, ils vont essayer de diversifier. Ils l'ont fait avec
le
pacte
avec
le Pakistan et la Turquie. ils s'appuient quand même sur la France et sur le Royaume-Uni pour la protection de certains de leurs sites stratégiques dont Yuanbu. Ils vont certainement fricoter un maximum avec les Chinois, mais à la fin des fins, ils ne peuvent pas complètement se dire non à l'Amérique et se détacher de la protection américaine. Combien de temps ça va durer ? Je ne sais pas parce que derrière cela,
il
y a aussi la question nucléaire qui se pose.
On
ne voit pas maintenant comment un pays comme l'Arabie Saoudite ne céderait pas à la tentation d'aller au nucléaire.
Mais justement, le nucléaire, Camille Lonce, on se souvient que Donald Trump, et ça avait l'effet de sidération,
il
en provoque tellement le président américain que l'un efface l'autre. Mais on se souvient que Donald Trump tout à coup a dit à Mohamed Bel Salman mais oui, bien sûr, un accord pour vous aider à transformer votre uranium parce qu'il y en a en Arabie Saoudite et construire des réacteurs nucléaires civils.
Bon,
ensuite, dès le lendemain au Congrès, il y a eu quand même quelques protestations. Mais le paradoxe de tout cela, Camille, c'est que l'Arabie Saoudite est un colosse militaire avec des armements de pointe américains mais véritablement immenses. Donc, il y a cette démesure qui souligne ce que vient d'expliquer Michel Duclos. Donc, une hyperpuissance militaire qui est défiée et endommagée
dans
plusieurs points du royaume par des gens qui étaient longtemps considérés comme des rebelles. Je crois que ce n
'est
plus le terme qu'il faut employer désormais et qui, encore une fois, font vaciller.
Je
ne parlerai pas de puissance militaire importante en parlant de l'Arabie Saoudite. Acheter des armements très coûteux et très sophistiqués aux Américains ne fait pas de vous une puissance militaire et c'est ce qu
'on
voit d'ailleurs au Yémen depuis d'ailleurs l'intervention saoudienne en 2015.
C
'est-à-dire que malgré tous ces armements très sophistiqués, les Saoudiens, l'armée saoudienne a une capacité de projection militaire qui est extrêmement limitée en réalité. Et c'est un peu ça justement la faiblesse fondamentale des armées du Golfe et surtout de
l
'armée saoudienne et sur laquelle ils essayent de travailler aujourd'hui.
C
'était tout l'enjeu notamment du pacte de la Mecque,
c
'est-à-dire d'essayer de travailler de manière plus long terme dans le fond sur développer leurs capacités militaires domestiques, développer leur industrie de défense parce que fondamentalement ils sont extrêmement vulnérables et leur puissance militaire est très très limitée malgré ces achats d'armements américains. Et
ils ne
protègent même pas leurs aéroports.
Mais
parce que en effet ça montre un petit peu le problème c'est qu'il y a un problème aujourd'hui pour les Saoudiens de capacité de défense antiaérienne qu'ils ont énormément utilisé quand même ces derniers mois depuis février sous le feu des attaques iraniennes. Ces défenses antiaériennes c'est principalement des défenses antiaériennes américaines même s'ils se sont tournés aussi vers d'autres acteurs les coréens et les
ukrainiens
pour la défense en effet anti-drone qui est très importante aujourd'hui. déjà il y a un fait et qui est senti encore une fois dans ce thème de la trahison américaine qui est que les Etats-Unis ont quand même priorisé la défense d'Israël et la livraison de défense antiaérienne à Israël par rapport aux pays du Golfe et ça les pays du Golfe l'ont senti très fortement. Il y a aussi un deuxième sujet qui est dans quelle mesure la défense antiaérienne américaine est adaptée au type de menace parce qu
'il
y
avait
tout ce sujet sur les batteries Patriot ou Thad qui sont extrêmement coûteuses mais qui finalement vont être déployées pour frapper des drones iraniens qui sont extrêmement
bon marché
donc il y
a
une asymétrie énorme entre les Saoudiens et les Iraniens sur ce plan-là donc est-ce que vraiment ces batteries-là coûteuses sont ce qu'il y a de plus adapté donc il
y
a tout un tas de sujets sur lesquels les Saoudiens aujourd'hui sont obligés de se pencher mais dans l'urgence absolue et donc ce qu'ils font aujourd'hui c'est qu'ils essayent de multiplier le plus possible les partenariats avec le plus de partenaires possible et donc on a vu les Français ont répondu notamment à leur appel et certains autres pays européens il y a l'accord de la Mecque avec tous aussi les limites de ce partenariat-là c'est-à-dire que les Turcs et les Pakistanais ont répondu présents surtout les Pakistanais mais bon en même temps avec aussi tout un tas d'hésitation enfin Dorothée peut en parler mieux que moi mais les Turcs invoquent notamment le fait que le Parlement doit ratifier ce soutien-là les Pakistanais s'inquiètent un petit peu parce qu'ils ont leur propre médiation avec l'Iran donc c'est vraiment compliqué et ça parle vraiment de ce que Michel Duclos mentionnait sur cet ordre international plus fragmenté avec l'affaiblissement des Etats-Unis et où on a une multiplication de partenariats mais qui sont tous un peu transactionnels et qui ne permettent pas d'apporter une vraie protection au niveau d'une alliance en fait Alors
précisément Dorothée Schmitt ce pacte de la Mecque qui avait frappé les esprits en août dernier le Pakistan qui avait déjà un accord bilatéral avec l'Arabie Saoudite
le
Pakistan en puissance nucléaire aux finances extrêmement déficitaires et qui donc a besoin du renfort financier d'Arabie Saoudite mais ce pacte-là avec une Turquie qui s'efforce elle aussi d'entretenir ce rôle de médiation que le président Erdogan privilégie
comment
à quoi sert-il ce
pacte ? Je
voudrais dire d'abord que ce que m'a inspiré le début de la discussion c'est qu'il y
a
une intelligence stratégique iranienne c'est-à-dire que là effectivement pendant très longtemps
depuis
le début de la guerre les émirats étaient d'abord frappés parce que c'était à la fois
le
moteur économique du Golfe le pays qui a signé les accords d'Abraham
et
maintenant effectivement l'Arabie Saoudite qui s'est targuée de résister beaucoup mieux que les autres pays maintenant le FMI met des prévisions à moins 3% de croissance et la présidente du FMI dit que ça va
ça
fait poser un risque sur la croissance mondiale donc là il y a une question économique importante sur laquelle je vais revenir dans une minute mais en même temps il y a des dynamiques qui échappent comme on l'a dit il y a plusieurs puissances et vous savez que là entre les Houssi et l'Arabie les Iraniens ont proposé de faire une médiation
ce
qui est d'une ironie oui mais bon
évidemment
les Saoudiens n'ont pas répondu mais donc là vraiment on a aussi ce qu'on prend tant à être la créature des Iraniens qui leur échappent donc on a vraiment des acteurs de niveaux différents qui s'affrontent et là dans le pacte de l'Amec on a le Pakistan et l'Arabie Saoudite qui veulent éviter d'entrer en guerre ça c'est quand même très clair ils voulaient signer ce pacte défensif
qui
était censé être le début d'une architecture de sécurité régionale ils se retrouvent testés immédiatement sur leur participation militaire ça ne les arrange pas du tout ça ne arrange pas du tout les Turcs mais les Turcs ce qu
'ils
voulaient faire c'était vendre deux choses dans le pacte de l'Amec c'était
d
'abord leur savoir-faire multilatéral ils disent c'est l'OTAN du Moyen-Orient donc nous on sait ce que c'est que l'OTAN on sait comment ça fonctionne il faut mettre
en place des institutions
c'est la deuxième armée de l'OTAN oui
alors c'est parce que c'est une armée de conscrits comme je dis toujours c'est une armée en hommes qui est la deuxième armée mais ce n
'est
pas ça qui est important c'est l'industrie de défense et ça c'est le deuxième volet évidemment du pacte de l'Amec c'est que les Saoudiens comme l'a très bien dit Camille ils ont besoin aussi de se construire enfin ils veulent se construire en industrie de défense ils veulent des transferts de technologie
et
c'est ce qui se joue aussi bien avec le Pakistan qu'avec l'Arabie Saoudite c'est le rôle de la Turquie c'est de vendre des armements mais aussi de proposer des transferts de technologie ça c'est très important parce que
par
exemple les Israéliens quand ils font des partenariats en matière de défense ils
font
des transferts de technologie ils en font beaucoup avec l'Inde par exemple dont on va peut-être parler dans un moment la troisième chose que je voulais dire c'est que pour répondre à votre question générale sur la trahison
sur
le paradoxe sur comment les Etats-Unis peuvent laisser tomber les Saoudiens en réalité il
y a
un deuxième volet c'est le volet économique les investissements du Golfe sont colossaux
de
tous les pays du Golfe 50% de leurs financements vont aux Etats-Unis je regardais le montant du rachat de Electronic Arts qui est le leader des jeux vidéo fait par le PIF donc le fonds souverain saoudien 900 milliards de dollars ils ont fait un deal à 55 milliards de dollars avec 93% pour le PIF 7% pour Affinity Partners qui est la boîte de Jared Kushner le
gendre du
président Trump
donc
en fait on a aussi une énorme dépendance en réalité économique et financière de ces pays du Golfe aux Etats-Unis donc la question militaire c'est seulement une partie de la relation avec les Etats-Unis est-ce que Trump veut depuis le premier mandat c'est faire payer les pays du Golfe davantage sur leur défense
et
s'engager moins mais en revanche lui il veut toujours des financements du Golfe aux Etats-Unis et si vous comparez donc ces 55 milliards avec les
10
milliards de dollars qui ont été claironnés pour la France qui sont en fait un peu des faux-semblants parce que c'est des fonds de refinancement de PME etc enfin on voit la place de la France et d'ailleurs Camille pourrait en parler il n
'y a
pas de réponse sur la proposition de Macron
sur Yann Bou donc le président de la république a proposé
de
renforcer en quelque sorte la défense de ce pipeline qui part de l'est de l'Arabie Saoudite jusqu'à la mer rouge à l'ouest et effectivement donc il y
a
eu un émoi évidemment en pleine campagne présidentielle ici en France en disant mais il n'a pas le droit il faut l'aval du parlement français etc mais surtout Riyad n'a pas répondu
alors c'est les Saoudiens à la base qui ont demandé quand même aux Français donc c'est pas qu'ils n
'ont
pas répondu c'est qu'ils ont fait la demande aux Français les
Français ont répondu positivement
ils n'ont pas réagi et après alors je ne
suis
pas dans le secret des dieux je pense qu'il faut toujours un petit peu de temps quand même pour aussi opérationnaliser une proposition telle que celle-là ce qui était important pour les Saoudiens peut-être politiquement aussi c'était avant tout d'afficher le fait qu'un certain nombre de pays notamment la France se tiennent prêts à pouvoir les soutenir en cas de besoin mais en effet il va falloir discuter plus spécifiquement quelle forme ça va prendre en tout cas je ne lirais pas forcément ça comme en tout cas un refus saoudien ou le fait que les Saoudiens ne répondent pas à la proposition française puisque c'était quand même une demande saoudienne à la base
Laurent
Bonnefoy si on retourne
au
Yémen et si on retourne dans le détroit de Bab el-Mandeb on comprend en fait que l'Iran ne contrôle pas nécessairement les outils qui ont pris comme le disait Dorothée Schmitt une très large autonomie néanmoins c'est l'Iran qui tient en tenaille le commerce international entre Hormuz et Bab el-Mandeb
avec
évidemment la présence très active et de plus en plus active des outils qui bloquent selon leur désir ou leur caprice l'accès au Canada de Suez
oui
ils ont pu démontrer mais ça fait en réalité plusieurs années ce qui s'est produit en septembre avec la prise de territoire jusqu'au détroit de Bab el-Mandeb même si le contrôle n'est pas plein et entier par les outils et bien illustre justement cette alliance et cette capacité qui est effectivement marquée par une forme d'autonomie et j'ai insisté sur ce basculement du narratif tout simplement parce que
aux
yeux des yéménites et c'est ça qui est important malgré tout pour les outils c'est plus fonctionnel plus juste de se battre au nom de la défense des Gazaouis plutôt qu'au nom de la défense de l'Iran et concernant la phase actuelle il ne faut pas que les enjeux géopolitiques qui en découlent occultent aussi ce qui se produit au Yémen les outils sont engagés dans une lutte nationale qui a des répercussions régionales indéniables mais c'est avant tout cette focale là qu'il faut appréhender pour réellement comprendre
la
logique qu'il déploie avant même leur prise de contrôle en réalité je l'ai dit il l'avait montré contre les navires israéliens en 2024 surtout puis il y a eu cet accord avec Donald Trump qui a mis fin d'une certaine manière à l'intervention des haussistes dans la mer Rouge couplée aussi au cessez-le-feu à Gaza qu'ils ont considéré comme étant suffisant pour qu'ils arrêtent d'intervenir mais ils pouvaient le faire avant même la reprise du détroit de Babel Mandeb tout simplement parce qu'il suffit d'avoir soit des drones soit des navires qui sont chargés d'explosifs qui sont envoyés sur les navires commerciaux pour détourner une grande partie de ce commerce de ces flux parce que les armateurs et les assureurs ne sont pas disposés à avoir ce type d'insécurité sur des navires qui à chaque fois transportent bien plusieurs milliards de dollars
Laurent
Bonnefoy il y a aussi une autre dimension qui est méconnue cette ambition outil a rivalisé
sur
le plan religieux
avec
l'Arabie saoudite on les avait accusés enfin les saoudiens les avaient accusés d'avoir même lancé des drones je crois contre la Mecque
mais
en fait le chef outil affirme que les saoudiens sont
des
dégénérés ce sont prioritairement des sunnites et qu'en fait c'est le chiisme outil
qui
est plus légitime pour prendre le contrôle de la Mecque donc on est là dans un autre univers
oui
il y a une forte dimension identitaire et religieuse qui se qui se déploie dans le discours dans le discours des autistes et du dirigeant Abdelmalek El-Houthi notamment qui joue une carte assez particulière bien qu'il la joue de manière implicite d'une certaine manière parce que lui-même est descendant du prophète et puis il
s'inscrit qui le dit oui
il y a beaucoup de monde qui l'était il y avait même des tentatives de généalogistes qui montraient que la reine d'Angleterre était elle-même descendante du prophète mais toujours est-il qu'il y a un segment de la population au Yémen qui comme des familles nobles en France et bien avaient cette aspiration à exercer le pouvoir à la fois politique et religieux et les autistes en sont et ils puisent une forme de légitimité et aussi ils développent par ce biais-là un discours qui effectivement attaque les Saoudiens en s'appuyant aussi sur le fait que le Yémen a perdu un certain nombre de territoires et effectivement des dirigeants yéménites pendant la période au Moyen-Âge avaient le contrôle de la Mecque puis en 1934 il y a eu la perte de provinces au sud notamment la province de Najran qui permettent de légitimer un discours irrédentiste porté par les autistes
Michel Duclos le facteur religieux est aussi à l'oeuvre dans cette déstabilisation générale et on l'a vu
en
Ukraine puisque l'église orthodoxe ukrainienne s'est rompu avec le patriarche Kirill à Moscou donc il y a eu un schisme au sein même du monde orthodoxe qui est tout à fait fascinant
et
là Vladimir Poutine utilise aussi lui-même je n'ose faire une comparaison avec Al-Houti mais c'est quand même tout à fait sidérant cette collision en quelque sorte entre l'intelligence artificielle l'armement de pointes et des forces religieuses qui forment une autre trame en fait
Christine vous
vous
omettez le facteur le plus sidérant c'est quand même
les
évangélistes américains qui complètent le tableau qui adore le débauché intégral qui est Trump
et
ce phénomène quand même maintenant étonnant que les soutiens d'Israël aux Etats-Unis ce n'est plus vraiment la communauté juive qui
est plutôt
inquiète et divisée mais c'est ces fanatiques évangélistes
et
là d'ailleurs
pour
Trump puisqu'on revient à Trump il y a peut-être un point d'hésitation c'est que sa base effectivement était majoritairement contre les interventions militaires c'est une composante plutôt minoritaire de ses soutiens qui voulait en découdre avec l'Iran y compris pour des raisons religieuses effectivement étrangement et puis alors
dans
ce monde là il y a une voix qui s'élève c'est celle du pape naturellement alors on ne
va
pas revenir sur la visite Léon XIV en France etc mais c'est très frappant qu'effectivement la voix du Vatican dans ce monde où les religions soudain ont repris une puissance politique idéologique réapparaît comme étant un point de référence majeur
et
il faut quand même rappeler le commentaire récent du président des Etats-Unis apprenant
le
cancer du pape qui a donc été annoncé il y a trois jours et Donald Trump dit oui le cancer c'est une maladie très grave mais le frère du pape est un grand trumpiste un magas convaincu et d'ailleurs on se souvient qu'au lendemain de l'élection du pape Léon
le
frère et la belle-sœur ont été reçus dans le bureau ovale avec force photo et communication permanente pour
moi
qui vais à la messe pour dire la vérité ça reste quand même le très grand mystère comment en étant chrétien
on
peut s'identifier à ces gens là et comment d'ailleurs on peut même dans notre pays à nous soutenir une thèse de nationalisme chrétien par exemple c'est
une chose
quand même incroyable qui est l'oxymore absolu quand on a un tout petit peu ouvert l'évangile
alors
on va revenir sur terre si vous le permettez et plus exactement Camille sur ce qui a déjà été souligné c'est à dire
l
'importance des enjeux économiques
donc
on comprend que le régime de Téhéran tient bon
comme
le disait Dorothée Schmitt
non
seulement
il
tient bon
il
semblerait d'ailleurs que l'ayatollah l'imam caché serait véritablement à la manœuvre mais là aussi les informations sont
sont
rares
donc
l'Iran tient bon et en fait mène la partie
tout à fait et c'est pour ça que pour les Saoudiens c'est à dire pour revenir sur la façon dont les Saoudiens se positionnent dans cette situation-là eux sont donc confrontés à une menace on va dire quasiment existentielle sur leur modèle économique de réforme économique et leur agenda ils sont confrontés à une puissance américaine sur le déclin et en même temps une transformation donc de leur partenariat stratégique et de défense mais où pour l'instant il n'y
a
rien qui vient vraiment remplacer la défense américaine ils ont tenté la diplomatie avec l'Iran et en fait le calcul saoudien aujourd'hui là où le calcul saoudien était en train d'être transformé par ce qui se passe aujourd'hui au Yémen c'est que jusque là ils tentaient de séparer la partie Yémen de la partie diplomatie avec l'Iran et ils se rendent compte que la diplomatie avec l'Iran comme la diplomatie avec les outils ne leur ont rien apporté c'est-à-dire ça ne les a pas protégés de l'attaque des outils ils considèrent que l'Iran soutient et à juste raison mais que l'Iran soutient les outils dans cette attaque le fait de cette tenue à distance le plus longtemps possible de l'intervention militaire américaine en Iran leur a causé quand même des frictions avec Trump qui a mis la pression sur les Saoudiens pour que les Saoudiens soutiennent plus directement l'intervention militaire américaine en Iran et donc ce qui se joue aujourd'hui c'est dans quelle mesure finalement les Saoudiens vont se retrouver contraints et forcés peut-être de changer cette position-là est-ce que s'il y avait un nouveau round d'escalade contre l'Iran américain après les mid-terms est-ce que les Saoudiens cette fois-ci se trouveraient contraints à soutenir plus directement les Américains c'est une vraie question qui se pose aujourd'hui il
y
a la question aussi de la relation avec Israël c'est-à-dire que les Israéliens voient une opportunité dans ce qui est en train de se passer dans la pression énorme que les Saoudiens reçoivent aujourd'hui côté Yémen il
y a même eu une rumeur
justement non pas de rapprochement mais enfin de contact quand Benjamin Netanyahou est allé aux Émirats il y a 15 jours à peu près il y aurait eu
aussi des émissaires saoudiens il y avait un certain
nombre de représentants des autres pays du Golfe alors bien sûr c'est un petit peu le secret qui était présent à quel niveau mais il y
a
de fortes chances que des Saoudiens en tout cas aient été représentés pas forcément à un niveau trop élevé mais on sait que les Saoudiens sont un petit peu désespérés et cherchent différentes portes de sortie et sont intéressés bien sûr par à la fois du renseignement israélien parce que les Israéliens maintenant sont aussi présents au Somaliland donc sur le Yémen ils commencent à avoir du renseignement qui peut-être peuvent avoir le coup et surtout des défenses antiaériennes les Israéliens ont déployé Iron Dome aux Émirats qui a joué un rôle quand même assez important donc il y a de l'intérêt mais en même temps on sait qu'il y a toute cette complexité politique domestique à l'Arabie Saoudite qui fait que ce serait très compliqué de normaliser avec Israël mais en tout cas les Israéliens voient dans cette faiblesse saoudienne une opportunité pour leur tordre le bras pour obtenir cette normalisation qu'ils n'avaient pas réussi à obtenir jusque-là de la part des Saoudiens Michel Duclos je pense qu'effectivement en Arabie Saoudite il
y
a un débat parce que
par
définition les différents opérateurs sont divisés sur ce qu'il faut faire avec qui s'allier comment réagir
enfin un débat très feutré
mais entre eux ils discutent pas mal et une des questions étant l'attitude vis-à
-vis
de l'Iran comme l'a dit Camille parce qu'il y a beaucoup de gens quand même qui disent à la fin des fins il faudra quand même trouver un compromis avec l'Iran et d'autres qui comme l'a dit Camille répètent mais on a déjà essayé par le passé ça n'a jamais marché le point supplémentaire de complexité c'est l'Iran lui-même parce que là on raisonne tous comme s'il y avait une intelligence effectivement une très grande intelligence politique ou stratégique iranienne mais le pouvoir iranien lui-même est quand même assez difficile à définir aujourd'hui
et
c'est pas du tout certains on dit tous c'est les gardiens de la révolution qui ont pris le pouvoir le régime a connu une nouvelle jeunesse en réalité Trump a réussi ce miracle de rénover la république islamique
oui
c'est sans doute vrai sur les lignes générales mais en même temps qui fait quoi exactement moi je soupçonne que c'est un pouvoir très décentralisé
c
'est comme ça qu'ils ont réussi
à
faire face à l'agression dans leur esprit israélo-américaine c'est en décentralisant la réponse mais une fois que vous avez décentralisé la réponse c'est difficile d'en recentraliser maintenant donc j'ai un peu le sentiment malgré tout que l'Iran lui-même je dirais pas que c'est un bateau yves ce serait excessif mais ne sait pas non plus très bien où il va et il y a certainement des forces en Iran qui continuent à dire il faut quand même un jour ou l'autre arrêter les frais il faut quand même absolument s'occuper de l'économie absolument rompre avec cette guerre perpétuelle
encore
une fois j'y suis pas j'ai pas d'indication
très
précise mais il me semble quand même que c'est la nature des choses
Dorothée Schmitt on arrive à la conclusion très provisoire véritablement de cette discussion
il
y a eu effectivement un dignitaire iranien il y a quelques jours qui a carrément dit bon maintenant soyons réalistes on peut pas tenir comme ça indéfiniment
ce
que l'on voit quand même dans cette incroyable confusion et ces rapports de force qui changent de jour en jour entre les différents protagonistes avec encore une fois les Etats-Unis il faut pas oublier non plus la Chine qui observe tout ça et qui évidemment reste la bénéficiaire de ce grand désordre mais comment voir cette cristallisation possible est-ce que c'est par la médiation turque est-ce que c'est par la médiation pakistanaise ce sont quand même encore une fois les deux puissances qui essaient de jouer un rôle stabilisateur comment arriver à figer l'image
bon
en tout cas c'est sûr que tous les années sur le Moyen-Orient aujourd'hui sont complètement bousculées dans leur certitude on a beaucoup de mal à tirer un fil
je
pense qu'évidemment ce que dit Michel Ducot est très juste c'est qu'on a tendance à avoir des logiques ex poste on est presque dans des théories du complot parfois c'est-à-dire que suivant qu'on lit
des
analyses d'un côté ou de l'autre ils vont vous dire oui alors il y a toute une partie du système iranien qui veut aller à la négo notamment le patron du parlement le ministre des affaires étrangères on a des expressions et de l'autre côté on a vu au moment de la signature du pacte de la Mec il y
a
eu beaucoup d'entretiens
avec
des responsables pakistanais et turcs pour leur demander si ce pacte était destiné à contrer plutôt Israël ou plutôt l'Iran il y
a
des pakistanais qui ont dit l'Iran a vocation à rentrer dans ce pacte à terme personne n'a dit ce pacte est contre Israël personne ne l'a dit clairement parce que personne ne veut
monter
dans une escalade verbale qui pourrait ensuite avoir des conséquences matérielles et amener à des escarmouches militaires évidemment
et il y
a
aussi une dimension financière parce que le pakistan c'est l'Arabie saoudite qui comble ces déficits
oui bien sûr mais le pakistan il envoie aussi des gens se battre à la place des saoudiens depuis un bon bout de temps donc après tout les turcs ont fait ça avec des mercenaires syriens pendant longtemps je dirais que c'est une façon de procéder qui
se généralise
un peu dans la région
si on
veut éviter d'avoir des morts nationaux on va en chercher ailleurs et justement c'est ce que le pakistan veut peut-être éviter aujourd'hui
on
a publié vous savez qu'on a une série de papiers à
l
'IFRI sur Gaza vu depuis le reste du monde on a sorti un papier sur le Pakistan qui montre que là depuis le 7 octobre 2023 alors que jusqu'à présent la position du Pakistan c'est d'être toujours
à
la fois dans une position très pro-palestinienne très opposée à l'agressivité israélienne mais en réalité des contacts officieux avec Israël constants parce que Israël est proche de l'Inde et qu'il faut équilibrer l'Inde et parce que Israël c
'est
les Etats-Unis et donc c'est un allié du Pakistan
là
depuis le 7 octobre
le
gouvernement a dû cesser vraiment les contacts avec Israël et on a une communauté transpartisane qui se fait pour critiquer
le
gouvernement qui est allé au board of peace ce fameux ce fameux espèce d'institution de gestion de Gaza post 7 octobre 2023 donc
on
a quand même un effet très fort pour revenir à la question palestinienne qu'on a évoquée à un moment on a un effet structurant politique qui est extrêmement fort dans le monde entier parce que là on parle que des pays de la région on a parlé de religion mais on a travaillé aussi sur effectivement le Canada l'Australie des pays qui
se
sont ralliés à la solution des deux Etats à la reconnaissance de l'Etat palestinien
ça
n'a pas de conséquence matérielle immédiate ce qui domine aujourd'hui c'est qu'on a une décomposition du Moyen-Orient donc là ce qu'on parle de ce qu'on dit sur l'Iran
on
le voit pratiquement dans tous les pays mais même en Israël on attend les élections en Israël et aujourd'hui on va avoir un clivage société israélienne contre leadership politique on n'a pas d'offre politique réellement alternative à Netanyahou parce qu'en réalité il n
'y a
pas d'autre programme
que
le programme stratégique
de
facto mis en place par Netanyahou depuis le 7 octobre 2023
donc
cette décomposition politique nous on la connait aussi et puisque vous parlez de double trahison je voudrais quand même rappeler que Marine Le Pen a fait une interview au Financial Times où elle a dit qu'elle allait
si
elle était élue cesser le soutien à l'Ukraine dans les 6 mois
oui elle
a aussi fait des déclarations contre l'Europe de Bruxelles qui ont été pratiquement immédiatement contredites
par
certains de ses soutiens donc les déclarations dans la volatilité de la campagne électorale française
voilà
oui mais dans quel état est l'Europe aujourd
'hui Christine ça
c'est un très important
sujet d'émission ce sera bien évidemment l'occasion de nous réunir à nouveau plusieurs samedis de suite bien sûr et c'est un enjeu tout à fait important puisqu'on voit à quel point les Européens et c'est vrai aussi des Britanniques
qui
ont offert leur soutien à l'Arabie Saoudite et là aussi c'est de l'histoire très ancienne du grand jeu
dans
cette partie du monde n'ont pas non plus nécessairement aujourd'hui les moyens
d
'assurer un rôle régional tout à fait important
et
bien il est temps pratiquement de nous quitter à regret de ma part donc je vous remercie tous les quatre Dorothée Schmitt
je
rappelle votre Turquie en sans question la puissance opportuniste un livre que vous avez publié chez Taillandier Michel Duclos
vous
venez de publier il y a quelques jours sur le site de l'Institut Montaigne une note dédiée enfin qui analyse précisément l'accord Trump-Poutine trahison dites-vous pour un galon de diesel Camille Lonce vous avait fait paraître en avril dernier dans la revue Grand Continent
une
très intéressante étude co-écrite avec Laure Fouché Arabie Saoudite le dernier problème d'Israël point d'interrogation et Laurent Bonnefoy je ne vous oublie pas vous avez publié début octobre dans la revue Orient 21 un papier sur le Yémen le spectre de la guerre confessionnelle voilà à la réalisation ce matin Luc-Jean Reynaud à la technique Anthony Maillet de Santis Théa Corler m'a aidé à préparer cette émission ainsi que Patricia Miura de la documentation de Radio France nous sommes samedi voici les carnets de santé de Marina Carrère dans cause
très
bon week-end et à samedi prochain à
la fin