Gouvernement Bayrou : "Je ne m'attendais pas à ce point à un gouvernement de revenants", réagit la députée LFI Aurélie Trouvé
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François Bayrou s'est défini comme un kamikaze hier soir sur BFM TV. Il dit au point où nous en sommes, la prudence nous paralyserait. Indépendamment du positionnement politique qui n'est pas le vôtre, on le sait et on va le comprendre encore plus. Mais est-ce que ce n'est pas ça quand même que réclament beaucoup de Français qui en ont assez de la paralysie ?
Ce que réclament les Français, c'est qu'on sorte de la crise économique, de la multiplication des plans de licenciement, le taux de chômage qui repart énormément, le taux de pauvreté qui explose. On est passé de 13 à 15% de taux de pauvreté en quelques années. Et ce qu'ils demandent là, c'est de sortir de 7 ans de Macronisme qui nous ont plongé dans cette crise. Et d'ailleurs, c'est pour ça qu'ils ont voté. C'est un rejet massif de la Macronie cet été. Et en vérité, ce gouvernement, c'est l'exact opposé du résultat du vote des législatifs.
Puisque, souvenez-vous, les gens se sont mobilisés massivement d'abord contre la politique d'Emmanuel Macron, mais aussi pour faire barrage à l'extrême droite. On se retrouve avec un gouvernement de macronistes purs et durs, les premiers, les plus hauts responsables de la crise et de la Macronie, version 2017. Et en plus, avec une forme de deal, en tout cas un aval donné par Marine Le Pen pour le choix de certains ministres.
Je précise à tout hasard parce que ça n'a pas été dit que vous êtes députée de la France insoumise de Seine-Saint-Denis. Et on ne va pas faire semblant d'être surpris que votre formation politique soit hostile à cette nouvelle équipe. Mais est-ce que vous avez eu une quelconque surprise en lisant la liste du gouvernement annoncé hier soir ?
Oui, tout de même, parce que je ne m'attendais pas à ce point-là à un gouvernement de revenants. Voilà, vraiment, Aurore Berger, Gérald Darmanin, Elisabeth Borne. Elisabeth Borne, quand même, c'est celle qui est responsable de la réforme des retraites à 64 ans. Vous imaginez le signal envoyé à la plupart des Français qui veulent le rejet de cette réforme des retraites ?
Ça fait plusieurs jours que son nom a été évoqué. Ce n'était pas vraiment la surprise de l'équipe.
Je ne pensais pas qu'il irait jusqu'à la nommer. C'est quand même celle qui a fait 23, qui a imposé 23, 49,3 à l'Assemblée nationale. Le signal envoyé à l'Assemblée nationale aussi. C'est-à-dire, on vous impose l'ex-première ministre qui vous a imposé la réforme de la retraite à 64 ans avec un 49,3, alors qu'il y a eu obstruction aussi, il y a quelques semaines, pour nous empêcher de voter à nouveau la retraite à 62 ans. Je veux dire, c'est vraiment un manque total de respect envers le vote des Français.
Dans les surprises, il y a peut-être quand même Éric Lombard, ancien du cabinet Michel Sapin, qui devient ministre de l'Économie. Il a pris ses fonctions dès hier soir à Bercy. Vous allez voir, ça n'a pas traîné.
Je porterai mes convictions, n'en doutez pas. Il y a d'abord l'urgence sociale. Trop de nos concitoyens ont des revenus insuffisants pour vivre dignement. Et il nous faut ici travailler à une meilleure répartition des revenus, augmenter dans les mêmes mouvements, et ça a été dit, la quantité de travail et aussi la justice sociale.
Comme présidente de la commission des affaires économiques à l'Assemblée, Aurélie Trouvé, vous avez dû le fréquenter à la Caisse des dépôts, lui. L'urgence sociale d'abord, ça vous parle, ça, non ?
Alors écoutez, moi, ce que je vois, c'est la logique globale de ce gouvernement. C'est qu'au budget, on a par exemple Amélie de Montchalin, qui est vraiment la quintessence de la politique macroniste, qui repose sur l'austérité budgétaire.
Oui, mais il y a aussi Éric Lombard, que vous disiez connaître.
Alors, c'est effectivement, puisque c'est le directeur de la Caisse des dépôts et consignations, et que je suis présidente de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale. D'ailleurs, on travaille régulièrement, on a travaillé régulièrement ensemble dans le respect républicain. Il n'empêche que nous ne partageons pas du tout... Il n'est pas sincère quand il dit urgence sociale. Alors, nous ne partageons pas, et nous le savons, nous ne partageons pas du tout les mêmes idées en matière de politique économique.
Pour ma part, par exemple, je pense qu'il faut aujourd'hui des protections commerciales contre la concurrence déloyale, et qu'il faut taper du poing sur la table de l'Europe, si l'on ne veut pas que l'industrie s'effondre. Bon, on a un désaccord là-dessus.
Pardon, mais écoutons-le juste sur les mots qu'il prononce. Quand il dit qu'on va augmenter dans le même mouvement, la quantité de travail, oui, et la justice sociale aussi. C'est aussi, ça s'appelle peut-être un compromis, mais ça doit vous parler quand même.
Alors, j'ai envie de vous dire la première, la première chose à faire en matière de justice sociale. Et je vais revenir là-dessus, excusez-moi, c'est une question de démocratie. C'est de revenir à la retraite à 62 ans. C'est la première étape. Pourquoi ? Parce que ça a été imposé contre tous les syndicats de salariés. Ça a été imposé contre une majorité de Français. Ça a été imposé contre l'Assemblée nationale. C'est ça le premier pas. Or, Elisabeth Borne vient d'être nommée, c'est elle la responsable de cette réforme. Mais vous savez, François Bayrou a dit...
Je ne crois pas à un gouvernement de justice sociale, mais alors du tout, du tout, du tout, alors qu'on reprend les plus hauts responsables de la Macronie qui ont mis à mal cette justice sociale.
Sur la retraite, vous le savez, François Bayrou a tendu une main, tout est discutable. On peut tout reprendre à zéro, c'est ce qu'il dit, y compris la mesure d'âge de 64 ans.
Ah non, puisqu'il a annoncé qu'il ne suspendait pas. Non, il ne suspend pas. Non, mais alors, nous, nous lui demandons une chose très simple, très simple. La démocratie, et notamment la démocratie parlementaire, de faire voter l'Assemblée nationale. Pourquoi ne le fait-il pas ? Parce qu'il sait que ce sera battu, parce que nous sommes une majorité de députés, contre cette réforme de la retraite à 64 ans. Il y a deux ans de retraite qui ont été volées aux Français, et qui font que beaucoup de Français se retrouvent en plus au chômage, alors qu'ils étaient déjà à 60 ans, ils ont deux ans de plus de chômage. Mais puis, c'est une catastrophe sociale.
Si vous êtes conviés, vous irez à cette conférence sur le financement, par exemple ? Ça, j'en discuterai avec mon groupe, mais je vous le dis... Puisque le but, c'est de pouvoir aller financer les retraites. Parce que, je le dis clairement, c'est une façon d'enterrer le problème. Ce que nous demandons est très simple, et il ne faut pas noyer le poisson. D'accord ? Parce que là, il est en train de noyer le poisson. Donc, il ne veut pas, sincèrement, de la réforme de cette réforme. Et par ailleurs, je vous le dis, nous n'irons certainement pas jusqu'à la conférence de financement, parce qu'il y aura une motion de censure avant. Et ce qui est important, c'est ce qu'il a dit hier soir.
Il a dit, non, non, je ne demanderai pas de vote de confiance à l'Assemblée nationale. Vous vous rappelez, d'accord ? Absolument. C'est ce qui se fait, normalement, c'est l'usage sous la Ve République. On demande la confiance des députés. C'est variable, et vous déposerez une motion de censure, j'imagine ? À la place. Il a dit, à la place, il y aura une motion de censure pour exprimer sa confiance ou sa défiance. Nous, nous déposerons une motion de censure, je vous le dis, le 16 janvier certainement, après son discours de politique générale du 14 janvier. Et il l'a dit lui-même. C'est à ce moment-là que chaque député dira s'il a confiance ou pas dans ce gouvernement.
Après tout ce que je vous ai dit, c'est-à-dire un gouvernement de revenant de la Macronie. Il est plus haut responsable de la Macronie et de ce qui nous arrive et du désastre qui arrive aujourd'hui aux Français. Est-ce que vous pensez vraiment qu'il y aura une majorité de députés qui vont dire « On a confiance dans ce gouvernement ? » Je ne crois pas. Donc je pense que, de toute façon, la motion de censure passera le 16 janvier. Et dans tous les cas, il ne passera pas l'hiver, ce gouvernement, tout simplement parce que c'est une insulte vis-à-vis des Français qui ont voté à plusieurs reprises contre la politique d'Emmanuel Macron. Ils ont bien raison.
Alors il y a ceux qui font partie de cette équipée. On entend bien que vous ne les appréciez pas particulièrement. Et puis il y a ceux qui n'en font pas partie. Et notamment un que vous ne portez probablement pas non plus dans votre cœur particulièrement. C'est Xavier Bertrand qui a fait savoir, avant l'annonce de ce nouveau gouvernement hier, qu'on lui avait proposé un temps le ministère de la Justice et que finalement ça lui avait été retiré parce que ça ne conviendrait pas au Rassemblement national.
Il y a deux versions sur cette histoire puisqu'ensuite Matignon a annoncé que ce n'était pas ça la raison principale, mais qu'il ne conviendrait pas spécialement pour ce poste, notamment parce que ça formerait un tandem pas forcément évident avec Bruno Retailleau au ministère de l'Intérieur. Comment vous entendez ça, vous ?
Écoutez, je crois que personne n'est dupe et évidemment que Xavier Bertrand a raison. C'est-à-dire qu'il y a eu une forme de deal ou d'approbation par Marine Le Pen du choix des ministres. Ça avait déjà été le cas pour le gouvernement de Michel Barnier. Donc oui, quelque part...
À ceci près, si je peux me permettre, que là, ça faisait plusieurs jours que le RN disait « on ne veut pas de Xavier Bertrand » et François Bayrou lui a quand même proposé. C'est donc qu'il était prêt à heurter le RN. Ensuite, ça ne s'est pas fait parce que sur le périmètre du ministère, ça n'a pas marché.
Non, non, c'est que Marine Le Pen a dit « je ne veux pas ».
Mais pourquoi il aurait pris le risque de lui proposer ? Puisque même Xavier Bertrand dit « oui, il me l'a proposé ». Oui, il a proposé un autre ministère. Non, non, dans un premier temps, il m'a proposé le ministère de la Justice.
Et donc Marine Le Pen dit « finalement, moi, je n'en veux pas ». Et du coup, il y a recul. Enfin, quand même, on est clairement aujourd'hui avec un gouvernement qui a eu besoin de l'aval de Marine Le Pen. Je rappelle que les Français se sont mobilisés massivement au mois de juillet pour les élections législatives au deuxième tour pour faire barrage contre l'extrême droite. Et voilà la réponse qui est donnée par la Macronie. Je vous le redis, c'est une insulte envers les Français qui ont voté. C'est un total irrespect du vote des Français.
Et je vais vous dire, c'est grave pour un président de la République à ce point-là de ne pas respecter sa fonction essentielle, d'être garant des institutions et de la démocratie.
Le résultat de ce non-choix de Xavier Bertrand, c'est qu'à la place au ministère de la Justice, il y a Gérald Darmanin qui a pu avoir des mots compliqués vis-à-vis de certains représentants de la justice par le passé. Qu'est-ce que vous pensez de ce choix ?
C'est extrêmement grave. C'est d'abord quelqu'un qui a manifesté d'ailleurs aux côtés de syndicats de policiers réclamant, disant qu'en fait le problème de la police, c'est la justice. Vous voyez, alors qu'un des fondamentaux d'une démocratie, c'est bien la séparation entre la police et la justice. Ensuite, je rappelle, Gérald Darmanin, par exemple, était celui qui était donneur d'ordre quand il y a eu toutes ces mutilations, ces violences faites contre les Gilets jaunes. Donc, c'est le personnage que nous retrouvons aujourd'hui au ministère de la Justice.
Et je dois dire d'ailleurs que nous avons aujourd'hui un gouvernement avec un retour des revenants aussi de ce qu'il y a de plus réactionnaire dans la Macronie. Je pense à Catherine Vautrin qui a manifesté dans la manif pour tous contre le mariage pour tous. Je pense à Bruno Retailleau qui, quand même, a sorti qu'il y avait des Français de papier, qu'il y avait des belles heures de la colonisation, qu'il y avait certains jeunes qui étaient dans une régression vers les origines ethniques. Donc, vraiment avec des propos que je considère comme racistes. Donc, oui, ce gouvernement est... Enfin, je veux dire, pour moi, c'est le...
Excusez-moi l'expression, c'est le musée des horreurs de la Macronie, quoi. Vraiment, on va... Voilà, on est dans un gouvernement qui m'horrifie, quoi. Voilà, je vais le dire en résumé. Et donc, évidemment, eh bien, ce sera la motion de censure. Mais je vais vous dire, au fond... Voilà, moi, je pense... Je veux dire une chose, quand même, si vous me le permettez. Moi, je veux envoyer un message à tous ceux qui ont voté pour le nouveau Front populaire au mois de juillet. On va en parler peut-être après, si vous voulez dire. Ce que je crains, maintenant, c'est une forme de... Voilà, de lassitude. Enfin, plus que de lassitude, de colère.
Et voilà, je veux dire, simplement, que le vote n'est pas vain et que nous finirons par gouverner.
Oui, on parle de l'avenir de l'ensemble des forces politiques, au-delà de ces quelques têtes nouvelles ou plus anciennes nommées hier au gouvernement. Mais d'abord, le fil info, puisqu'il est 8h45, on retrouve Marine Klet. Les premiers patients pris en charge à l'hôpital de campagne déployée à Mamoudzou, à Mayotte. Une quinzaine d'avions et plus de 100 tonnes de matériel d'aide arrivent en ce moment chaque jour. Nous avons rétabli l'eau dans les principaux points du territoire. Rassure ce matin sur France Info, François-Xavier, Vieuxville, préfet de Mayotte. 100 000 litres d'eau seront distribués en moyenne chaque jour pendant les deux prochaines semaines.
Les Outre-mer françaises qui ont un nouveau ministre. Depuis hier soir, François Bayrou a dévoilé son gouvernement. On y dénombre 35 visages avec des retours. Celui d'Elisabeth Borne à l'éducation. Gérald Darmanin à la justice. Emmanuel Valls, justement, aux Outre-mer. Il a promis ce matin un engagement total pour Mayotte. Bruno Rotaillot, lui, est maintenu à l'intérieur et Sébastien Lecornu aux armées. Cinq personnes blessées lors d'une fusillade à Ajaccio en Corse. Deux sont prises en charge dans un état grave. Les coups de feu ont été tirés dans un bar du centre-ville.
Et puis l'armée israélienne annonce vouloir intercepter, annonce avoir intercepté un projectile lancé depuis le Yémen avant qu'il ne pénètre dans son espace aérien. Les frappes se multiplient entre les deux pays ces derniers jours. Le Yémen dit soutenir la Palestine. Dans le même temps, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a évoqué avec prudence, dit-il, des avancées pour un accord sur les otages retenus dans la bande de Gaza. C'était lors d'une intervention au Parlement hier. France Info.
Le 8.30 France Info. Bérangère Bonte. Augustin Arrivé.
Et ce matin, Aurélie Trouvé, députée, la France Insoumise de Seine-Saint-Denis, présidente de la Commission des Affaires Économiques de l'Assemblée nationale. Parlons du budget quand même, parce que ça va être l'urgence. Est-ce qu'il y a une urgence à voter un budget pour vous ? Ce qui veut dire reprendre le texte en l'état.
Ça dépend du budget, parce que si c'est le budget, et on est parti pour ça, qui avait été proposé par le gouvernement Barnier, c'est une catastrophe pour les Français. C'est une hausse des taxes sur l'électricité, ou c'est encore la suppression de 4 000 postes d'enseignants.
Ça avait été retiré par Michel Barnier au dernier moment, ça.
Les 4 000 postes d'enseignants supprimés. Non, mais l'électricité. Ah non, les taxes sur l'électricité, alors là, je peux vous dire que c'est une entourloupe. En réalité, il y a bien, et vous le verrez, une hausse des taxes sur l'électricité par rapport au niveau actuel. Et donc, c'est un choix aussi.
Mais moindre que ce qui avait été envisagé. Moindre, mais c'est bien une hausse de la taxe sur l'électricité. Et avec une baisse des tarifs, ce qui, au final, fait une baisse de facture.
C'est bien une hausse des taxes sur l'électricité. Donc, c'est un choix, si vous voulez, finalement, de faire payer ce déficit public aux classes populaires, aux gens aux revenus modestes, alors même que ce déficit public, il est essentiellement lié aux énormes cadeaux fiscaux qui ont été faits sous le président Macron, aux plus riches et aux multinationales. Et d'ailleurs, on a vu pendant 7 ans la richesse des ultra-riches énormément augmenter, les super-profits des multinationales énormément augmenter, alors que les salaires réels, d'accord, ont diminué.
L'objectif de revenir à 5% du PIB, là où on est plutôt un peu au-dessus de 6, ça, c'est l'objectif qu'affiche François Bayrou, qui était aussi celui de Michel Barnier. Qui est le nôtre aussi. Qui est le vôtre également.
Qui est le nôtre, mais pas du tout de la même façon. Ce que l'on dit, nous, c'est qu'il faut aller chercher l'argent là où il s'est concentré, c'est-à-dire dans les poches, quelque part, des ultra-riches et dans les super-profits des multinationales. Ce que refuse, ce que refuse absolument le président Macron.
Et c'est pour ça que depuis 7 ans, et particulièrement depuis 2 ans, il impose le cap, quoi qu'il arrive, coûte que coûte, et y compris en, quelque part, en piétinant ce qu'il reste de démocratie dans cette 5ème République, en tout cas en piétinant clairement des fondamentaux de la démocratie, et en faisant utiliser, par exemple, 23 fois le 49-3 sous Elisabeth Borne, qui revient au gouvernement. Voilà, donc c'est vraiment son but. C'est que soient servis les intérêts des ultra-riches et des multinationales. Nous ne sommes pas d'accord avec ça. Et les Français ont voté contre ça.
Les premiers pas de ce nouveau gouvernement, et on verra bien quelle politique il mènera. On s'en reparlera sans doute dans les semaines qui viennent. C'est aussi la fin d'une séquence politique qui a peut-être été douloureuse pour le nouveau Front populaire, avec cette séquence des consultations à l'Élysée pour laquelle la France insoumise et le Parti socialiste ou les écologistes et les communistes n'ont pas eu la même attitude. Est-ce que c'est réparable ?
Je crois que le nouveau Front populaire reste solide. C'est la première force de l'Assemblée nationale, 193 députés depuis les élections du mois de juillet. C'est un programme solide, travaillé, qui permet de sortir de la crise économique, de la crise sociale, de la crise écologique. C'est aussi un programme qui nous a amenés aussi à cette motion de censure. Parce que nous considérons aujourd'hui, en tant que première force de l'Assemblée nationale, que ce programme doit être celui qui est au gouvernement.
Mais certains représentants de la France insoumise, et notamment Manuel Bompard, parlaient de coups de poignard quand les socialistes sont venus discuter d'une possible participation au gouvernement ou d'un infléchissement de la politique ?
Écoute, c'est clair que je ne partage absolument pas le choix d'aller discuter avec le président Macron, parce que nous pensions dès le départ que c'était une illusion. Dès le 5 décembre, Emmanuel Macron, dans son discours télévisé, a dit « je ne suis responsable de rien ».
Mais donc c'est oublié.
Et donc, on leur a dit dès le départ, revenez à la raison, revenez à la maison. Non, il faut absolument, vis-à-vis de tous nos électeurs, respecter le programme du Nouveau Front Populaire, faire en sorte qu'un jour, et il viendra, nous puissions présenter ce programme et le faire voter à l'Assemblée nationale. Voilà, écoutez, j'ai l'impression qu'ils se rendent compte maintenant de cette erreur. Tant mieux. Moi, je vous dis, la motion de censure, je pense, sera votée par tous les députés du Nouveau Front Populaire. Vous comprenez les socialistes ? Oui, je pense que tous les socialistes voteront la motion de censure.
Philippe Morin, député PS de l'heure, dit ce matin sur France Info, appelle François Bayrou à reprendre les négociations parce qu'il croit toujours à un accord de non-censure, lui.
Eh bien, vous verrez. Il votera la motion de censure, tout simplement parce que ça sera le moment où il faudra dire « j'ai confiance ou pas » dans ce gouvernement. Et franchement, vous pensez qu'un seul député du Nouveau Front Populaire va dire « j'ai confiance dans ce gouvernement » des plus hauts responsables de la Macronie qui sont responsables de la crise.
Non, ils peuvent dire aussi « on arrête les dégâts » et « on essaie d'avancer », donc pas de censure pour l'instant. Mais est-ce qu'un seul député
du Nouveau Front Populaire peut penser qu'avec ce gouvernement, nous allons pouvoir rompre avec la Macronie ? Vous dites qu'il y a une urgence à voter un budget.
Suspendre mi-janvier, si à nouveau tout interrompre et reporter un cas en grec ?
En fait, c'est gagner du temps. Parce que, in fine, et tout le monde le sait, in fine, si cette motion de censure ne passe pas, alors il y aura une motion de censure qui passera au moment du budget deux mois après. Nous aurons perdu deux mois. Et là, il y a urgence. Et là, je vous parle aussi, comme président de la Commission des affaires économiques, je suis allée voir de nombreux salariés qui se battent pour maintenir leur usine. Vous savez qu'aujourd'hui, c'est une question de temps, par exemple, pour l'effondrement ou pas de l'industrie française ou d'un grand pan de l'industrie française. Nous n'avons pas le temps.
Il nous reste juste quelques secondes, nous aussi, on manque de temps, pour évoquer, non pas le budget, mais cette loi spéciale pour Mayotte, qui là aussi pourrait être interrompue en cas de censure. Il faut la voter vite. Est-ce que vous l'avez eue en main ? Et qu'est-ce qu'elle contient ?
Alors, je ne l'ai pas eue en main. Mais d'abord, il faut évidemment répondre en urgence aux besoins élémentaires, en eau, en électricité, en nourriture pour les Mahorais. Et je le dis aussi, viendra très vite le temps de la reconstruction. Et cette catastrophe n'est pas que naturelle. Elle vient aussi parce qu'il y a eu un sous-investissement chronique massif de la part de l'État français à Mayotte. Et vous savez que la moitié des habitations était précaire avec un toit en tôle, des murs faits de briques et de brocs qui font aussi qu'il y a autant de dégâts.
D'ailleurs, je suis choquée par les propos, je dois le dire, du Premier ministre François Bayrou hier soir qui dit que sans doute le bilan, c'est quelques dizaines de morts. C'est ce que dit le préfet de Mayotte également en ce moment-là. Mais on ne peut pas dire ça. Nous n'en savons rien. Il y a plein de villages, de bidonvilles dans lesquels personne n'est passé. Moi, je suis en lien par exemple avec le président de la Chambre d'agriculture de Mayotte qui dit qu'il y a peut-être la plupart des fermes où personne n'est passé et où tout s'est effondré. D'ailleurs, il y a toute une agriculture à reconstruire. Tout est à reconstruire là-bas.
En tout cas, sachez qu'à l'Assemblée nationale et dans la Commission des affaires économiques, très vite, nous serons au travail pour faire en sorte, j'espère, que nous donnions tous les moyens nécessaires à l'urgence, mais aussi à la reconstruction.
Fondationdefrance.org pour continuer à faire un don pour Mayotte. Merci Aurélie Trouvé, députée insoumise de Seine-5. Denis et merci Bérangère Bonte d'avoir été avec nous le 8h30. France Info, c'est à retrouver sur franceinfo.fr.
Aurélie Trouvé