Inflation : "Les prix ne vont pas bondir", assure le ministre de l'Agriculture
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France Inter, Ali Badou, Marion Lourd, le 6-9. Le grand entretien de la matinale avec Marion Lourd, notre invité était à la COP28 il y a quelques jours à peine pour y parler sécurité alimentaire et développement des forêts. Il vient de présenter son pacte orientation agricole, ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire. Vos questions, vos interventions, chers auditeurs, au 01-45-24-7000 au standard dans quelques minutes ou sur l'application France Inter dès maintenant. Bonjour Marc Fénaud. Bonjour. Et bienvenue, beaucoup de questions à vous poser.
Commençons d'abord par le bilan de la COP puisqu'on en a fait le bilan énergétique, on en a fait le bilan en matière de transition écologique. Vous y étiez, vous, pour parler de la faim dans le monde et de la possibilité d'assurer la sécurité alimentaire en limitant le réchauffement climatique. C'est la question qui était au cœur d'un rapport publié par l'ONU à Dubaï pour la sécurité alimentaire. 735 millions de personnes sont en situation de famine aujourd'hui à travers le monde. C'est près de 10% de la population mondiale. C'était déjà un objectif du millénaire. En 2000, l'ONU s'était fixé l'objectif d'éradiquer la famine. On est 23 ans après et on en est toujours là. Et on n'y est pas.
Et le dérèglement climatique, c'est pour ça que je souhaitais me rendre à la COP28, il va poser encore plus cette question de la famine. L'ératicité climatique va produire de l'ératicité de production et donc de la difficulté à nourrir tout le monde. Donc on a besoin de travailler sur, un, de la souveraineté, c'est-à-dire de permettre à chacun des pays de pouvoir retrouver une part de souveraineté alimentaire. La souveraineté, je le dis souvent, ce n'est pas le repli sur soi, ce n'est pas l'autarcie.
Mais c'est la capacité quand même à produire un minimum de choses sur son territoire avec des contraintes physiques, des contraintes climatiques qui sont évidemment d'une nature différente selon les climats sur lesquels on se retrouve. Et donc on a besoin de coopérer avec ces pays-là. On a des choses à apprendre aussi d'ailleurs sur la question climatique de la part de ces pays qui sont sous contrainte stress hydrique. Stress hydrique. Stress hydrique. J'étais au Maroc aussi cette semaine et on voit bien à quel point on a besoin d'apprendre la rareté des choses et comment on essaie de gérer cette rareté. Donc on a besoin de coopération.
Et puis deuxième élément, l'agriculture peut participer, puisque c'était la COP28, à la décarbonation. C'est-à-dire qu'une partie de la solution est dans le stockage dans les sols, donc c'est les pratiques agroécologiques, et dans les stockages par exemple dans les forêts.
La question justement fait débat. Est-ce que vous y êtes favorable au stockage du CO2 dans les sols, puisque c'est un sujet qui divise encore profondément ? Les technologies sont compliquées, elles nécessitent des investissements coûteux, et on n'en connaît pas encore l'efficacité, Marc Fénault.
Alors, je reconnais volontiers, je ne parlais pas de ce stockage-là dans le sol. Je parlais du fait de mettre de la matière organique dans les sols, du fait de faire pousser des plantes qui stockent du carbone par la photosynthèse. Ça, c'est du stockage, me semble-t-il, plus avéré, c'est un stockage multimillionnaire, si je peux dire, puisque c'est l'histoire de la vie sur terre. Aussi vieux que l'agriculture et la vie sur terre. Le stockage dans les sols, il y a des tas d'interrogations effectivement.
Un, sur le coût, deux, sur l'efficacité, et trois, il y a quelque chose qui peut interroger, c'est sur le fait que ça permette de dire on continue à utiliser le pétrole comme on veut, puisqu'on va pouvoir le stocker. Il y a un moment, ce carbone, il faudra bien qu'il se relâche d'une façon ou d'une autre, donc le mieux c'est quand même d'être économe en gaz à effet de serre.
Justement, l'agriculture, c'est le deuxième secteur émetteur de gaz à effet de serre chez nous. Qu'est-ce qu'on fait concrètement pour essayer de limiter ça ?
Alors d'abord, premier élément, alors ça c'est la biologie qui parle, l'agriculture par nature, la photosynthèse, ça produit du gaz à effet de serre. Donc on ne sera jamais à zéro en agriculture, sinon on ne produira rien. Deuxième élément... Enfin, il y a des types d'agriculture qui sont... Je vais répondre à la question. Deuxième élément, on a une capacité. Par exemple, les deux grands pôles du gaz à effet de serre en agriculture, c'est les engrais. Le deuxième, c'est l'élevage, sous forme de méthane.
Sur l'élevage, on sait que la trajectoire simplement de changement d'alimentation, de complément alimentaire, elle permet parfois de réduire simplement de 20 à 30% l'émission de gaz à effet de serre.
Donc on ne réduit pas le cheptel comme ça a pu être préconisé ?
Je ne vois pas pourquoi je réduirais le cheptel dans un pays qui n'est pas capable de nourrir sa propre population avec son propre cheptel. Je veux dire, commençons par essayer d'atteindre des objectifs de réduction qui soient liés à l'alimentation, plutôt que de dire on réduit le cheptel parce qu'on réduira le cheptel chez nous et on aura de la viande qui viendra d'ailleurs avec des gaz à effet de serre qui seront plus puissamment.
Et réduire notre consommation de viande rouge, c'est ça que vous dites ?
Non, je dis, ce n'est pas ça que je dis. Je vous dis, l'idée de dire simplement pour la décroissance du cheptel, je résous mon problème, c'est une erreur. Parce que tendanciellement, il y a une réduction de la consommation de viande, il faut l'assumer comme tel, et la diversification...
Vous avez l'air de la regretter ?
Non, non, je ne la regrette pas, c'est un fait. On ne peut pas être dans le regret quand on est dans les pratiques alimentaires et la façon dont les gens se nourrissent. Et c'est bien qu'il y ait de la diversité dans notre alimentation, y compris avec des végétaux. Mais deuxième élément, la question de l'alimentation du bétail, elle permet de résoudre une partie des choses. Et puis deuxième chose qu'il faut dire, si je n'ai pas de bétail, si je n'ai pas d'animaux, je n'ai pas de haies, je n'ai pas de prairies, je n'ai pas de stockage de carbone dans les prairies, parce que les prairies, elles et elles, n'existent que parce qu'il y a de l'élevage, sinon ça n'existerait pas.
Il ne peut pas y avoir des haies entre les champs ?
Et qui les entretient ? Et à quoi servent-elles s'il n'y a pas d'activité ? Elle peut servir... A séparer des parcelles. Non mais, la haie a séparé des parcelles, oui, ça c'est dans les temps ancestraux, mais on a besoin des parcelles agricoles et d'élevages.
Non mais on rêve tous de paysages de bocage, en l'occurrence l'agriculture industrielle se passe très facilement de haies.
Non mais ce n'est pas l'agriculture industrielle, pardon, parce que le terme industriel, il est impropre. C'est quoi l'agriculture industrielle ? C'est d'avoir 100 vaches ? La moyenne des élevages français, c'est 70 à 80 vaches. C'est ça ce que vous appelez la limite ?
Mais il y a aussi des exploitations...
Non mais desquelles parle-t-on ? Il n'y a pas d'exploitation avec 1000 vaches ? Ça n'existe pas en France. Donc l'agriculture industrielle, allez la chercher au Brésil, allez la chercher parfois en Ukraine, mais n'allez pas la chercher dans un pays où il n'y a pas d'agriculture industrielle. Je le dis et je le prétends parce que c'est une vérité.
Alors c'est paradoxal et j'imagine que ça fera réagir de nombreux auditeurs dire que la France n'a pas d'agriculture industrielle sur son sol. C'est contre-intuitif pour le moins. Mais on va revenir au plan que vous avez présenté hier, Marc Fénault, un plan important. C'était en 1947 et vous connaissez la référence Paris et le désert français. C'est un livre d'un géographe, Jean-François Gravier, qui déjà en 1947 appelait à repeupler les campagnes. Et on ne pouvait pas ne pas y penser en vous écoutant hier annoncer ces faits, ces chiffres qui sont très durs. D'ici dix ans, un tiers des agriculteurs seront partis à la retraite. Le nombre de fermes s'effondre d'année en année en France.
100 000 de moins entre 2010 et 2020. Hier, vous avez donc présenté ce pacte, 36 mesures, pour éviter cette désertification. L'essentiel, renouer le lien entre l'agriculture et la société. Alors, il y a plusieurs facteurs. Et le levier le plus efficace d'abord.
Non. Premier élément, effectivement, renouer le lien entre l'agriculture et la société. Parce que si on passe son temps à dénigrer l'agriculture et à dire qu'au fond, elle n'a que des fonctions négatives. Alors que c'est exactement le contraire. On n'attirera aucun jeune, ou moins jeune d'ailleurs. Parce qu'il y a des gens qui ne viennent pas forcément du milieu agricole et qui viennent s'installer en agriculture. Donc on a besoin de renouer un lien. C'est comment fonctionne une exploitation agricole ? Qu'est-ce que c'est que le cycle du vivant, le cycle de la vie et de la mort ? Parce que si on n'arrive pas à renouer ce lien-là, on a un problème.
Deuxième élément, on a besoin de travailler sur la formation. D'améliorer la formation, notamment sur la transition. Comment on fait en sorte que des jeunes qui se forment soient mieux à même de faire face à ce que va être le dérèglement climatique ? Produire sous 2 degrés de plus, ça va être une énorme contrainte même en France. Et si c'est 4, ça va être une contrainte encore plus forte. Troisième élément, c'est ce qu'on travaille sur la question d'avoir un outil de diagnostic sur les exploitations qui permet de ce que le Président de la République avait appelé le stress test climatique, c'est-à-dire de regarder comment mon exploitation résiste dans les 10 ou 20 années.
Donc se mettre en projection.
Comment on le fait pour les banques ?
Et puis dernier élément, pardon, c'est la question de l'accès au foncier et la question de l'accès au capitaux. C'est un des freins pour les jeunes. C'est-à-dire que vous arrivez, il y a beaucoup de dérèglements climatiques, géopolitiques, économiques. Vous allez voir votre banquier, vous dites, je n'ai aucune réponse pour 20 ans et il faut me prêter 500 000, 300 000, 1 million d'euros. Et donc l'idée, c'est de garantir des crédits avec la garantie de l'État.
Et puis deux, de pouvoir porter pour un temps plus ou moins long le foncier pour le jeune qui s'installe pour dire dans cette période-là, il y a un tiers qui porte le foncier pour toi pour faire en sorte que ça ne soit pas une charge trop lourde. Parce que l'accès au foncier, on sait que c'est un élément discriminant pour un certain nombre de gens. Ce d'autant, je le signale, que plus de la moitié des gens qui s'installent aujourd'hui ne sont pas issus du milieu agricole. C'est une grande chance, moi je crois, pour l'agriculture. Mais il faut répondre à cette sociologie particulière.
Alors, il y a l'accès au foncier, il y a le lien, vous le disiez, avec la terre. Il y a aussi une question d'argent. Quand on sait qu'un exploitant agricole gagne 1031 euros par mois en moyenne, est-ce qu'on peut vraiment parler de l'attractivité de cette profession sans traiter ce problème-là ?
Oui, alors ça, c'est des éléments qui ont été traités en partie. Il faut continuer le travail au travers des lois dites EGALIM, qui visent à construire le prix par la valeur de la matière première, par les coûts de production. Le travail continue à faire. Et puis, il faut qu'on ait quelque chose collectivement en tête. C'est que l'agriculture, elle a un coût. Et donc, si elle a un coût, elle doit avoir un prix. Nous avons l'agriculture la plus performante économiquement, mais aussi la plus performante d'un point de vue environnemental. Mais les contraintes qu'on peut accepter en termes environnementaux, qui pèsent sur l'agriculture française, il faut qu'on les retrouve dans les prix.
Et donc, on ne peut pas avoir des opérateurs de grande distribution qui passent leur temps à critiquer, au fond, en disant « c'est trop cher, c'est trop cher, c'est trop cher », et dans le même temps dire « on veut une agriculture qui porte un certain nombre d'exigences ». Sinon, là, il y a un paradoxe.
Le paradoxe, c'est celui qui traverse chaque citoyen, chaque consommateur marchéneau.
Oui, c'est vrai. Mais la représentation qu'on a donnée à la valeur alimentaire, elle est dégradée depuis 60 ans. On donne plus de valeur aux objets technologiques que j'ai à côté de moi.
Un téléphone pour ceux qui n'ont pas l'image.
Tous ceux qui nous écoutent savent à peu près l'inflation du prix des pattes, et personne ne sait l'inflation de cet objet.
Justement, Marc Fénaud, le prix, on prévoit à l'INSEE, prévoir ralentissement de l'inflation 2,6% sur un an en juin prochain, mais c'est la fin du trimestre anti-inflation qui avait été appelé par le gouvernement dans les grandes surfaces. Il y avait 1 600 produits qui faisaient l'objet d'une remise de 2,5% à 3% par les industriels de l'agroalimentaire. Est-ce qu'il faut craindre, nous clients aussi, nous consommateurs, de voir les prix bondir dans les rayons avec la fin de ce trimestre ?
Non, les prix ne vont pas bondir. Je ne crois pas qu'il faille se faire la grande peur de l'inflation. Après, on ne reviendra pas au niveau d'avant 2021. Les salaires ont augmenté, l'énergie reste haute. Il y a un certain nombre de produits, je pense au sucre par exemple, qui sont encore très élevés du fait d'une production qui reste. le dérèglement climatique qui produit tout ça. Et donc, nous ne nous faisons pas peur avec une très grande hausse de l'inflation, mais nous ne nous faisons pas non plus de rêve avec une inflation.
C'est la question d'avoir peur, c'est la question d'encaisser le choc.
Non, mais vous disiez un grand soin, ce n'est pas la question. Si, il y a un peu un côté, on va avoir un énorme soin inflationniste. Non, ce pic-là est passé. Mais parce que votre collègue Olivier Grégoire a dit, il y a des prix qui vont baisser sur certains produits l'an prochain. Oui, bien sûr, dans certains cas.
Vous parlez avec les industriels, ils vous disent ça ?
Il y a quelques secteurs dans lesquels les prix vont baisser. Après, la matière première agricole, elle n'est pas déterminante dans le prix final d'un produit. Sur un prix de pâte, le prix du blé est quand même assez marginal lui-même par rapport à ce que sont les emballages, les salaires, l'énergie. Mais sur l'agroalimentaire.
Oui. On va filer au standard, retrouver Jean-Pierre. Bonjour Jean-Pierre. Bonjour. Et bienvenue dans la matinale d'Inter. Vous nous appelez de Metz et vous avez une question pour le ministre de l'Agriculture, Marc Fénaud, qui est avec nous ce matin.
Oui, dans la région où j'habite. Allez, on va faire une petite moyenne. Un jeune qui veut s'installer dans une agriculture telle qu'elle existe aujourd'hui, il va devoir mobiliser à peu près un million d'euros.
Un million d'euros pour acheter les terres ?
Pour les machines, les bâtiments ? Mais surtout pour acheter du bâtiment, du cheptel, du matériel. Alors, si on réfléchissait de la même manière dans l'industrie, il y aurait très peu d'entreprises puisque, en fait, on n'a pas séparé dans l'agriculture le travail du capital nécessaire.
C'est un constat qu'on peut faire et auquel va vous répondre Marc Fénaud. Vous n'avez pas donné de chiffres d'ailleurs hier, Marc Fénaud, quand vous avez présenté votre pacte d'orientation agricole. En tout cas, vous n'avez pas fixé le coût d'installer 150 000 agriculteurs d'ici 10 ans, comme l'avait promis le président de la République devant le syndicat des jeunes agriculteurs.
J'ai dit ce que seraient les chiffres, les moyens qu'on y consacrait, puisque, par exemple, on va y revenir, les prêts garantis par l'État pour ceux qui portent le capital, c'est 2 milliards. Les fonds de garantie pour le foncier, c'est 400 millions. Il me semble que c'est des chiffres de ce point de vue-là. La transition, c'est 1 milliard d'euros par an pour les 3 années qu'on a devant nous au moins. Donc, on a quand même mis quelques chiffres sur la table.
La garantie d'un prêt, ce n'est pas la même chose que l'aide à l'installation et à l'investissement, comme vient de le présenter Jean-Pierre. Quand on veut non seulement acheter la terre, mais les machines, les bâtiments, ça a un coût.
Mais il y a par ailleurs l'aide à l'installation qui existe dans la PAC et qui est un outil. Mais le frein principal, c'est l'accès au crédit dans cette affaire-là. Et ce que dit Jean-Pierre, notre auditeur, a raison, c'est le coût d'un million d'euros. Donc, d'un million d'euros, c'est lourd à porter, donc il faut garantir le prêt. Il faut les aides, qui sont celles de la dotation jeune agriculteur. Et 3, il faut le mettre dans un système qui, économiquement, va être viable, et donc qui résiste aux défis climatiques.
Alors, pour redonner envie de faire vivre la campagne et de faire ce métier magnifique d'agriculteur, il y a de très nombreuses questions sur l'application France Inter, Marc Fénaud, qui concernent le salaire. Les agriculteurs ne vivent pas où ? Beaucoup d'entre eux n'arrivent pas à vivre de leur travail. Comment répondre à cette angoisse et à ce scandale qui dure depuis maintenant des décennies ?
D'abord, malheureusement, la vie de l'agriculture, c'est des prix qui sont parfois très élevés, des prix qui sont très bas, parce que je rappelle que c'est la seule activité où vous faites rentrer, entre guillemets, des facteurs de production. Vous semez des graines, vous mettez des facteurs de l'eau, etc. Et au bout, vous ne savez pas ce que vous allez produire. Quand vous faites des automobiles, ça ne marche pas comme ça. Quand vous faites des ordinateurs, vous mettez des facteurs, vous savez qu'à la fin, vous aurez 10 ou 100 ordinateurs. Et donc, il y a beaucoup d'instabilité, déjà, par le métier, parce que c'est du ciel que dépend la production.
Deuxième élément, je le répète, ce qu'on a fait au travers d'Egalim est un élément très important. C'est de construire les prises sur le lait, par exemple. On essaie d'améliorer les choses. La rémunération sur le lait s'est améliorée ces dernières années grâce à Egalim. Sur un certain nombre d'autres productions, il faut qu'on continue à travailler pour faire en sorte que nous, citoyens, que par la commande publique, par exemple.
J'ai été maire et président de Communauté de Communes, la commande publique scolaire, de décider que nous avons des produits français, plutôt, et des produits et des circuits courts, ou des produits sous la belle bio, c'est à nous aussi, dans la commande publique, de faire en sorte qu'on privilégie l'agriculture française à une rémunération qui soit juste.
Bonjour Mona, et bienvenue, vous nous appelez de Rennes, et vous êtes indignée, faites part de votre indignation à Marc Fénault. Oui, bonjour à tous et à toutes. Voilà, on a deux choses. Très rapidement, la grave question du glyphosate, et deuxièmement, la question un petit peu plus complexe des produits bio. Quand on achète un produit bio, on paye des taxes. Dans ces taxes, enfin, comme les autres, dans ces taxes, on comprise une taxe pour dépollution des terres, l'agriculture biologique ne pollue pas. Je trouve ça gros de payer cette taxe, et en plus d'entendre les agriculteurs conventionnels dire « Ouah, ouah, les produits bio sont horriblement chers ».
Merci Mona pour votre intervention, oui. Je présente mes excuses aux consommateurs qui consomment des produits conventionnels, qui n'ont pas les moyens de se payer les produits bio. Voilà. Merci infiniment Mona. Vous nous appelez de Rennes. Marc Fénault ?
C'est deux sujets complexes. Sur le glyphosate, la décision qui a été prise, et vous savez quelle a été la position de la France, c'est-à-dire qu'on a besoin encore, dans un certain nombre de cas, d'usage du glyphosate. En revanche, partout, on peut réduire, on le fait. C'est ce qu'on fait en France. On a réduit 30% la consommation de glyphosate. Comme quoi, il y a une trajectoire qui est possible, mais ça a été fondé sur l'EFSA et l'ANSES. C'est sur cette base-là qu'a été fondée la décision européenne et la façon dont la France labore. Deuxième élément... Non, non, mais je le redis quand même, puisque c'était la question. Deuxième sujet, c'est un sujet complexe sur le bio.
Il y a un sujet de difficulté pour un certain nombre de nos concitoyens d'y accéder. Il y a un sujet d'image sur lequel on va travailler. Je mets près de 10 millions d'euros supplémentaires sur la communication sur le bio. Le bio, ce n'est pas égal cher. Deux, la grande distribution ne peut pas avoir des marges qui sont plus importantes sur le bio que sur le conventionnel, parce que ça veut dire qu'en fait, on considère que ceux qui achètent le bio auraient par nature les moyens plus que les autres. Et donc, on doit inciter à travailler là-dessus. Et puis trois, il faut redire que le bio, c'est aussi du local.
La crise Covid a fait qu'on a été beaucoup vers les circuits courts bio ou non bio. Mais le bio, de ce point de vue-là, s'est un peu effacé. La baisse de la consommation bio, elle date de l'après-Covid. Et donc, on a besoin de travailler sur la communication sur ce registre.
Une question, vous étiez en Ukraine il y a 10 jours. Est-ce que vous êtes favorable à l'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne ? C'est la procédure d'adhésion qui a été ouverte cette semaine et qui pose de nombreuses questions, notamment sur le plan agricole, puisque l'Ukraine est un concurrent potentiel de la France, notamment dans la production céréalière.
Ça n'est pas parce que c'est un concurrent potentiel qu'il ne faut pas... Bien sûr que ça peut être un concurrent potentiel. Les Espagnols étaient des concurrents potentiels. Mais vous y êtes favorable. Il me semble que le processus d'adhésion... Oui, on doit rentrer dans un processus de dialogue et d'adhésion. Ce n'est pas pour tout de suite. Il faut que... C'est ce qu'on appelle l'intégration de l'acquis communautaire. On ne peut pas faire entrer un pays qui n'aurait pas les mêmes règles, en particulier sur la question agricole, qui sont celles qui sont les nôtres. Je disais à mes collègues ukrainiens, je leur disais, il y a deux sujets.
Un, il faut que vous pensiez que vous ne viendriez pas dans cet espace pour devenir des concurrents des agriculteurs français ou européens. Vous devez venir dans cet espace comme des acteurs économiques mondiaux et venir faire de la compétition, de la concurrence avec le Brésil, avec les Etats-Unis, avec les Russes. Ça peut être un atout formidable pour être une puissance agricole réelle à l'extérieur de nos frontières. Parce que le sujet, c'est de savoir qui nous nourrit et qui on nourrit à l'extérieur de nos frontières. Et je préfère que ce soit les Ukrainiens intégrés dans l'Union Européenne que des Russes qui sont désormais nos adversaires. Vous voyez ce que je veux dire ?
La question de la sécurité alimentaire, elle peut se traiter comme ça. En revanche, ça ne peut pas être une entrée qui contribuerait à venir faire de la concurrence sur le sol européen à 27, parce que là, on aurait un problème évidemment important.
Marc Fénaud, des addictologues ont écrit à votre collègue à la Santé, Aurélien Rousseau, pour lui demander de soutenir le Dry Januari, le défi de janvier, une initiative qui vise à cesser la consommation.
Ne pas boire pendant le mois de janvier.
C'est ça, cesser la consommation d'alcool pendant tout un mois. Ce serait la preuve d'une politique cohérente et résolue contre l'alcoolisme. C'est ce que disent ces médecins. Vous seriez prêts, vous, à appeler à ce Dry Januari ?
Je suis comme mon collègue Rousseau. On protège quand même le business. Les viticulteurs ! Mais c'est bizarre comme on dit à chaque fois qu'on est comme ça, on dit on est dans le lobby. On a réduit de 70% la consommation d'alcool depuis 50 ans. Non mais on a réduit. Cette année, la consommation d'alcool en France elle est réduite de 7 à 10%. Il me semble qu'on n'a pas de leçons à recevoir de qui que ce soit sur une trajectoire. Après on peut aussi...
C'est pas une leçon, c'est un test pour que chacun
puisse évaluer sa consommation. Je pense que les gens en ont un peu assez qu'on vient de leur dire comment se nourrir, comment boire, comment se déplacer. Parce qu'il y a quelque chose d'une manière de vivre qu'il faut aussi respecter et je préfère qu'on soit plutôt sur quelque chose qui soit de l'incitation sympathique tout en reconnaissant la valeur de nos terroirs et en particulier nos terroirs viticoles plutôt que d'être dans cette chose où un mois il ne faut pas boire, un mois il ne faut pas faire ceci.
Vous allez le faire vous ? A titre personnel ?
Non je ne vais pas le faire mais j'essaie de faire comme tout le monde c'est-à-dire et je me l'applique assez régulièrement de consommer avec modération. La mesure et la modération plutôt que l'interdiction. La mesure et la modération plutôt que l'injonction permanente sur le dos des gens en disant en décembre vous avez le droit bonne fête de Noël, bonne fête de fin d'année et en janvier ça y est on rentre dans le coercitif. Et je répète notre politique de santé publique en France sur la question de l'alcool elle a réussi depuis 60 ans mais on a aussi derrière des gens qui essaient de faire des produits qui sont reconnus au travers du monde et je pense aux viticulteurs.
Bientôt la fin du grand entretien deux questions d'auditeurs. La première elle est formulée de manière très simple. Marc Fénaud y a-t-il des agriterroristes en France ? On a vu la semaine dernière des images dégradations de biens d'attaques des forces de l'ordre par des membres de la FNSEA. Pourquoi est-ce que vous condamnez les violences lorsqu'elles viennent des militants écologistes mais pas celles des syndicats agriculteurs ?
Je réponds à la question en disant que je réponds jamais vous me trouverez sur un autre chemin que celui de dire que la violence n'est pas un mode d'expression verbal ou physique et donc je n'accepte pas la violence d'où qu'elle vienne et je me tiens à cette ligne
Deuxième question et là pour le coup elles sont nombreuses elles concernent les haies dont nous parlions tout à l'heure et c'est vrai qu'on peut penser au paysage normand on peut penser au magnifique bocage du Bourbonnet par exemple J'aimerais rappeler au ministre que les haies sont des écosystèmes dit Guillaume Evelyne vous dit que vous la faites bondir quand vous osez dire on n'a pas besoin de haies si on n'a pas d'élevage on peut peut-être raser nos forêts aussi
Non j'ai pas dit ça j'ai dit que quand vous regardez essayons de ne pas se caricaturer quand vous regardez les paysages qui restent avec des haies c'est les paysages où il y a de l'élevage voilà historiquement par ailleurs je suis très à l'aise de vous dire ce matin que c'est moi qui porte un pacte sur la haie 100 millions d'euros chaque année pour planter 50 000 kilomètres linéaires de haies y compris vous avez raison dans des terres qui ne sont pas des terres d'élevage mais c'est plus compliqué dans des terres sans élevage qu'à moi cette culture de la haie la haie est le produit plutôt de l'élevage que le produit d'autre chose mais oui on a besoin de haie alors là pour le coup vous prêchez inconvaincu puisque je suis en train de faire un plan qui va permettre de redévelopper la haie ce qui ne s'était pas fait depuis 50 ans
en un seul mot Marc Fénaud parce que c'est la fin une commission mixte paritaire lundi sur la loi immigration le président des LR des sénateurs LR dit qu'il veut revenir au texte du Sénat et qu'il n'y aura pas d'accord sans cela est-ce que vous vous êtes prêt à cela en tant que membre de la majorité ?
moi j'ai été ministre des relations avec le Parlement je connais bien le président des LR du Sénat la commission mixte paritaire c'est mort non c'est pas le texte du Sénat ou rien d'autre sinon elle n'est pas paritaire et elle n'est pas mixte lisez ce que dit monsieur Rotaillot on va laisser faire vous savez la commission mixte paritaire inventée par le général De Gaulle et Michel Debray elle est formidable parce qu'elle se fait sans le gouvernement et sans personne et à huis clos et c'est ce que je veux dire à huis clos et parfois que le débat se fasse à huis clos en sortant des postures je trouve que c'est formidable et c'est d'ailleurs 70% des textes qui sont votés aujourd'hui en France sont votés dans le cadre d'une commission mixte paritaire faisons confiance aux députés et sénateurs vous pouvez trouver un compromis
et vive la transparence malgré tout
mais ça n'empêche pas la transparence
je plaisante c'était juste pour l'entretien à suivre Marc Fénaud merci d'avoir été l'invité d'Inter ce matin
Marc Fesneau