Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewfranceinfo· 16 juin 2025 8 min

Iran/Israël, présidentielle 2027... Dominique de Villepin est l'invité du 20h

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et c'est l'heure de l'invité du 20h, nous recevons aujourd'hui Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, ancien chef de la diplomatie aussi. Bonsoir Dominique de Villepin. Vous signez un essai, le pouvoir de dire non aux éditions Flammarion, et d'abord non au nouvel âge de fer où la guerre n'est pas déclarée, mais omniprésente, alors on pense à ce qui se passe en ce moment entre l'Iran et Israël. C'est une guerre ?

0:21
Dominique de Villepin

Oui, c'est une guerre et c'est une guerre qui s'étend après la bataille contre les milices à Gaza ou au Liban, en Syrie, contre le Yémen. C'est là un État de 90 millions d'habitants et un combat qu'Israël qualifie d'existentiel, compte tenu de la menace nucléaire que l'Iran peut représenter. C'est pas un enjeu nouveau sur la scène internationale. Quand j'étais ministre des Affaires étrangères en 2003, j'ai mené la première négociation avec mon collègue britannique et allemand pour trouver un accord avec l'Iran. Et nous avons réussi à marquer la première étape dans cette négociation qui a conduit après à l'accord de 2015 signé par les grands pays de la communauté internationale.

Donc une négociation est possible et d'ailleurs une négociation était en cours entre les États-Unis et l'Iran.

1:13
Présentateur

Mais à la fois, c'est l'AEA qui contrôle les installations, qui a tiré la sonnette d'alarme en expliquant que l'enrichissement augmentait à un rythme effréné. Vous comprenez la réaction d'Israël et cette intervention ?

1:24
Dominique de Villepin

En 2002, c'était aussi après un rapport de l'AIEA que nous avions réagi justement parce que nous croyons que par la diplomatie, c'était possible. Et nous savons, vous l'avez très bien raconté tout à l'heure, qu'il y a un délai pour que l'Iran puisse être opérationnel s'ils avaient l'intention d'utiliser une bombe nucléaire de plusieurs mois, vraisemblablement même de plus d'un an. Donc oui, il faut une très grande fermeté face à ce programme nucléaire iranien dès lors qu'il sort des clous. Nous ne pouvons pas l'accepter et nous devons le réduire, forcer les Iraniens à le réduire. Mais comment faut-il le faire ? Faut-il le faire par la force ? Cela a déjà été tenté dans le passé.

Les États-Unis, en 2003, avaient ce grand rêve de réifier le Moyen-Orient, de l'assagir, de le stabiliser. Et on voit bien que c'est une nouvelle fois le rêve que poursuit Israël.

2:19
Présentateur

Mais là, il y a une menace très concrète et directe pour Israël puisque l'État iranien veut anéantir Israël.

2:24
Dominique de Villepin

Ça fait dix ans que l'Iran est un État qui est proche du seuil, en tout cas plusieurs années, que l'Iran est un État proche du seuil tout en étant malgré tout à quelques distances de la capacité à avoir une guerre. Donc fermeté vis-à-vis de l'Iran, c'est nécessaire. Fermeté orale alors ? Diplomatique. En 2015, nous avions signé un accord avec l'Iran que l'Iran respectait. De 2015 à 2018, l'Iran a respecté cet accord. Et c'est Donald Trump, arrivant au pouvoir, qui a balayé cet accord qui a évidemment conduit les Iraniens à outrepasser toutes les règles qui avaient été fixées. Mais c'est pour cela que nous devons avoir une deuxième fermeté. Parce que nous avons les leçons de l'expérience.

Nous savons ce que la politique de guerre préventive, la politique de guerre et de volonté de changement de régime, d'usage unilatéral de la force, provoque davantage de chaos. On l'a vécu en Afghanistan, on l'a vécu en Irak, on l'a vécu en Libye.

3:27
Présentateur

Donc on cohabite avec ce régime. On a entendu le ministre des Affaires étrangères parler de ce régime, de l'Iran, en disant l'Iran a soutenu le Hamas et le Hezbollah, salué l'attentat antisémite du 7 octobre, livré des centaines de missiles et des milliers de drones à la Russie. L'Iran retient en otage deux de nos compatriotes. Ce n'est pas un État ami. Est-ce qu'il faut souhaiter qu'ils se maintiennent ?

3:46
Dominique de Villepin

Alors, une fois de plus, la politique de changement de régime, nous avons déjà essayé. Regardez ce qui s'est passé en Libye. Les conséquences sont chaotiques. Personne ne peut imaginer ce qui se passerait. Et c'est exactement la même chose, le même raisonnement que nous avons fait concernant la Russie de Vladimir Poutine. Évidemment, on souhaiterait que ce régime d'Emola puisse être balayé. Mais ce n'est pas, sur le plan international, la façon d'agir. Et c'est pour cela que la fermeté sur nos principes et l'exigence de fermeté vis-à-vis de l'Iran doit être au rendez-vous. Et c'est quelque chose que nous pouvons faire.

Rien n'est plus urgent que d'avoir les Européens et les Américains qui sont réunis au G7 au Canada que de se mobiliser pour faire en sorte que la première phase des bombardements ayant eu lieu. Et nous savons que l'Israël n'a pas la capacité de véritablement détruire le programme iranien. Il faut l'aide des Américains pour aller en profondeur. Et c'est bien sans doute ce que voudrait Benjamin Netanyahou que d'entraîner les Américains dans cette aventure au risque alors d'avoir des conséquences qui seraient encore plus graves. Fermeture du détroit d'Hormuz, profonde modification de l'ordre économique. Vous voyez, nous sommes dans un ordre international qui est aujourd'hui en grand danger.

Cet ordre international, il n'a plus de règles. Il n'a plus de garde-fous, il n'a plus de dirigeants puisque la plupart sont des dirigeants de nouveaux empires qui aient l'esprit de responsabilité. Et c'est pour cela qu'il faut faire preuve de mesure mais en même temps de détermination. En 2003, nous avons réagi par la mobilisation. Il ne faut faire preuve.

5:21
Présentateur

Vous disiez qu'il n'y a plus de dirigeants. Vous avez dit ce week-end dans une interview qu'il n'y avait en France ni président ni Premier ministre depuis 2007. 2007, c'était Jacques Chirac et vous, le Premier ministre. Pourquoi vous dites ça ?

5:32
Dominique de Villepin

Parce que la fonction présidentielle, telle qu'elle est écrite dans notre Constitution, est une fonction d'arbitre, est une fonction de garant, est une fonction d'inspirateur de la nation et que peu à peu, le président de la République est devenu l'homme à tout faire de la République. Et quand un président veut tout faire, on sait que le résultat n'est pas au rendez-vous. Et c'est exactement ce qui se passe. Et le Premier ministre est réduit à l'état de collaborateur. Et donc, aujourd'hui, le pays est à l'arrêt, l'économie est à l'arrêt. Il y a une situation un peu particulière à l'Assemblée.

Oui, mais cette situation un peu particulière, nous aurions dû la constater, puisque nous la connaissons depuis 2022. Nous aurions dû exiger que tout Premier ministre arrivant au pouvoir engage sa confiance devant le Parlement. C'est une règle démocratique que nous aurions dû respecter.

6:18
Présentateur

À chaque interview, vous vous rapprochez un petit peu plus de la candidature à la présidentielle. Je ne sais pas si vous allez franchir encore un pas. Mais Dominique de Villepin, c'est combien de divisions ? On se souvient qu'en 2012, vous n'avez pas pu présenter votre candidature parce qu'il vous manquait des signatures. Il faut des signatures pour pouvoir se présenter. Est-ce que ce sera le cas ?

6:35
Dominique de Villepin

Tout cela est prématuré.

6:40
Présentateur

Là, ça commence à se rapprocher quand même.

6:42
Dominique de Villepin

Ça se rapproche.

6:43
Présentateur

Et vous vous rapprochez d'une candidature.

6:44
Dominique de Villepin

Et ma détermination ne fait que grandir. Donc, vous voyez bien que les choses se précisent. Les Français ne sont pas dans l'élection présidentielle. Et il y a des urgences à régler. La souffrance des Français, elle est vécue au quotidien. Les Français attendent des réponses. Vous avez évoqué l'équation budgétaire. On voit jour après jour les risques nouveaux pour le pouvoir d'achat, pour le travail. Et donc, en ce qui me concerne, je m'organise. Je serai amené à prendre un certain nombre de décisions dans les prochaines semaines et les prochains mois. J'écris un livre qui précise ce que pourrait être un chemin et une stratégie permettant de redresser le pays.

Une bataille présidentielle, c'est aussi une bataille collective, même si c'est la rencontre entre un homme et les Français. Donc, nous travaillons. Vous travaillez. Et nous travaillons d'arrache-pied. Merci.

Iran/Israël, présidentielle 2027... Dominique de Villepin est l'invité du 20h — Dominique de Villepin · Pourquijevote