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Podcast / conversationFrance Culture· 11 juillet 2026 25 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sportEurope & internationalInstitutions & élections

QU'EST-CE QUE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE A FAIT À LA LITTÉRATURE ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que la Révolution française a fait à la littérature ?

  • 4:00OuverteRéponse directe

    Pourquoi avoir choisi les bornes 1788-1801 pour votre étude ?

  • 7:00OuverteRéponse directe

    Comment la Révolution a-t-elle transformé la forme des textes ?

  • 10:00OuverteRéponse directe

    Comment les contemporains de la Révolution écrivaient-ils ?

  • 13:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que l'on publie plus pendant la Révolution ?

  • 16:00OuverteRéponse directe

    Des hiérarchies subsistent-elles dans l'accès à l'écriture ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 6:00Olivier RitzChiffre
    « On passe de 36 imprimeries avant la Révolution à plus de 400 en quelques mois. »
  • 12:00Olivier RitzFait
    « Ils écrivent beaucoup plus vite. Ils sont pris par une forme d'urgence. »
  • 15:00Olivier RitzFait
    « Il y a une vraie libération même si elle n'est jamais complète et s'il y a aussi des moments de contraintes très fortes. »
  • 18:00Olivier RitzFait
    « La Révolution est leur grand moment. Des assemblées, le cercle social, une assemblée où des centaines de personnes viennent débattre. »

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

La Révolution française est d'abord restée dans les mémoires comme un grand moment politique. On la raconte évidemment à travers les journées révolutionnaires, les assemblées, la chute de la monarchie, la terreur. Pourtant c'est aussi un moment où l'on écrit, où l'on publie, où l'on lit énormément.

Journaux, brochures, théâtres, chansons, romans, tout un monde de textes se développe, circule, se transforme au rythme des événements. La Révolution change donc profondément la vie littéraire, mais la question peut aussi se retourner. La littérature a-t-elle seulement accompagné la Révolution ou a-t-elle aussi contribué à lui donner ses mots, ses figures, ses récits, sa mémoire ?

Autrement dit, qu'est-ce que la Révolution française a fait à la littérature et qu'est-ce que la littérature, en retour, en miroir, a fait à la Révolution ? Un invité ce soir pour nous éclairer, Olivier Ritz. Bonsoir.

Bonsoir. Vous êtes enseignant-chercheur en littérature française à l'université Paris-Cité et vous avez publié ce livre remarquable intitulé Une histoire littéraire de la Révolution française qui a paru, réapparu le 19 mars dernier chez Gallimard. Merci donc d'être avec nous ce soir dans Question du Soir.

Les premiers souscripteurs sont le roi Louis XVI, la reine, les princes de France, Louis-Xavier, Charles-Philippe et Louis-Philippe, messieurs les ambassadeurs de Russie, de Prusse, d'Espagne, d'Angleterre, de Hongrie, de Sardaigne, de Naples, de Vienne. C'est exact. C'est avec ça que le citoyen restif a payé la subsistance de sa femme et les frais de justice. 200 souscripteurs à 10 Louis-Lens, ça fait...

Ça fait rien du tout. C'est mon père qui a choisi le nom des souscripteurs. Et jusqu'à maintenant, je vous assure, aucun de ces 200 messieurs n'a dénié lui répondre.

Les livres, il ne suffit pas de les écrire, de les imprimer et de les éditer, mais encore faut-il les vendre. De toute façon, ce matériel est saisi. Je ne sais pas si vous en avez le droit.

Mais moi, je sais. Saisi de source de lucre à titre préventif, en attendant que le débiteur paie son dû. Vous pouvez toujours attendre.

Comment le débiteur peut-il payer son dû si vous lui enlevez ses sources de lucre ? C'est la loi. Et l'une des immenses vertus de ce film, de cet extrait en particulier, intitulée La nuit de Varenne d'Etoré-Escola, un film de 1982, c'est peut-être de rappeler justement ce lien sur lequel vous travaillez, Olivier Ritz, le lien qui unit la littérature et la révolution française.

Pourquoi l'a-t-on oublié ? Pourquoi ne voit-on pas ce lien qui pourtant paraît évident lorsqu'on vous lit ? On l'a oublié partiellement.

On voit trop le politique, on ne voit pas assez le littéraire. On ne se rend pas compte suffisamment de tout ce qui a changé dans les conditions d'abord de l'activité littéraire. La possibilité d'écrire s'est ouverte de façon très forte, très rapide.

Le nombre de livres et d'imprimés publiés a augmenté très rapidement et très brutalement là aussi. Et parmi les transformations les plus fortes et les plus décisives, c'est l'apparition de dizaines et de centaines de journaux. Alors que la presse périodique était très surveillée, très limitée en nombre, soudain, dans Paris, il y a des dizaines, voire des centaines de journaux.

Et ces journaux sont lus, sont vendus à la criée, sont vendus par abonnement aussi, sont très présents. Et ces journaux parlent de politique et de littérature et suscitent aussi des vocations, donnent de l'écho aux textes qui sont publiés. Est-ce que ce lien que l'on a oublié vient peut-être également de la méfiance des historiens envers cette idée selon laquelle la révolution n'aurait pas été provoquée uniquement par les idées, mais par bien d'autres facteurs économiques, sociaux, bref, pas les idées uniquement.

Bien sûr, mais on se méfie à raison de l'idée que la révolution aurait été provoquée par des idées et par des grands écrivains. Ce sont les révolutionnaires eux-mêmes qui ont fait exister cette idée de façon très forte lorsqu'ils ont créé le Panthéon et qu'ils ont honoré les grands hommes qui sont des grands écrivains. Voltaire et Rousseau présentés d'une certaine manière comme les précurseurs de la révolution.

Mais on a raison de se méfier de cette idée parce que les idées n'ont pas un pouvoir magique. En revanche, on peut revenir de façon très concrète à la vie littéraire, à sa matérialité, au nombre d'imprimeries qui est multiplié par 10, à la demande du public qui est aussi beaucoup plus forte. Et là, on peut trouver des indices, des éléments qui montrent qu'effectivement la littérature était prise très au sérieux pour ses effets et pour ses effets politiques, donc pour ses effets sur le changement, les changements qui étaient en train de se produire.

Alors pour entrer dans votre livre, Olivier Ritz, et pour comprendre d'ailleurs votre démarche plus générale, je voudrais que l'on borne, que l'on commence par borner cette période sur laquelle vous travaillez. On a évoqué la révolution. En réalité, première borne, c'est la convocation des états généraux en juillet 1788.

La seconde, c'est la signature du concordat en juillet 1801. Pourquoi avoir choisi ces deux limites temporelles ? La première, j'ai voulu choisir des dates.

J'ai choisi ces deux dates-là et puis j'utilise beaucoup des dates précises pour essayer de trouver un ordre pour parler de cette littérature très foisonnante, chaotique, tumultueuse. Donc la chronologie m'a servi à ça. Donc à partir de là, il fallait aussi que je choisisse un point de départ et un point d'arrivée.

Comme toujours en histoire. Alors pourquoi juillet 1788 ? La convocation des états généraux, c'est quelque chose qui prend plus d'un an, qui se décide avec des décisions qui sont changées, qui évoluent.

Mais cette date-là, de juillet 1788, elle m'a intéressé parce que dans un arrêt du conseil du roi, le roi lance un appel aux personnes instruites du royaume et les invite à contribuer au débat politique et à envoyer des mémoires, c'est-à-dire des textes écrits, au garde des Sceaux. Et c'est d'une certaine manière autorisé à participer au débat sans passer par la censure préalable et accélérer ce qui avait déjà commencé. Quand on regarde le nombre de textes publiés chaque année, on voit déjà une augmentation en 1787 au moment des premières grosses crises politiques de l'Assemblée des Notables.

Mais ensuite, ça s'accélère avec cet appel du roi et Olympe de Gouche, par exemple, pour prendre un nom connu que je répéterai sans doute plusieurs fois. Elle se lance en politique. Elle a déjà commencé sa carrière littéraire.

Elle commence sa carrière d'écrivaine de textes politiques en septembre 1788. Vous avez prononcé une expression reprise de Louis XVI, « Personnes instruites ». Ça interpelle.

C'est qui les personnes instruites pour le roi ? Alors pour le roi, dans son idée, ce sont des élites. Des élites proches du pouvoir, plutôt des nobles, ou une partie de la bourgeoisie aussi.

Et il ne s'agit pas du tout d'autoriser chacun, et surtout pas n'importe qui, à participer à ce débat. Deuxième borne, la fin donc de votre travail, de cette période sur laquelle vous travaillez, Olivier Ritz, la signature du Concordat en juillet 1801. Là aussi, pourquoi ce choix ?

C'est parce que, en finissant sur le Concordat, je peux finir aussi sur la publication d'Atala par Châteaubriand, et par un moment où il devient plus difficile de parler de la Révolution. On tourne la page, puisque, à ce moment-là, l'idée qu'on en a trop parlé, et qu'au fond, la Révolution a fait trop de malheurs et trop de désordres, devient dominante dans l'opinion publique, et surtout auprès du pouvoir, qui l'apporte et qui encourage les écrivains qui vont dans ce sens-là. Si je puis me permettre, Olivier Ritz, est-ce que vous n'avez pas tendance à réduire un peu votre travail, en ne citant que des grands noms ?

Olympe Degout, Châteaubriand, la grande, grande masse des textes que vous vous appliquez à examiner sont d'abord des textes d'inconnus, en tout cas pour notre génération. Oui, bien sûr, bien sûr. C'est toute la difficulté de l'histoire littéraire, c'est qu'on procède par grand nom.

Même Ettore Scola, dans son film, il met Casanova, Rétif de la Bretonne, mais il montre aussi les imprimeries dans l'atelier de Rétif, il parle de questions d'argent, et on voit, dans l'arrière-plan du film, toute la vie parisienne. Rétif, c'est le personnage principal du Palais-Royal, qui est un endroit extraordinaire, avec beaucoup de libraires, et des libraires qui vendent des livres interdits depuis longtemps, et la Révolution est leur grand moment. Des assemblées, le cercle social, une assemblée où des centaines de personnes viennent débattre de questions politiques et littéraires, et décider ensemble quels sont les textes qui seront publiés dans le journal La Bouche de Fer, des orateurs, mais qui sont aussi écrivains, et parfois c'est difficile même de savoir qui est l'auteur d'un texte, et parfois, si on lit un texte isolé, comme on a l'habitude de le faire, en essayant de le réduire à une seule publication et un seul nom d'auteur, on est très déçu, on a l'impression de quelque chose d'assez pauvre, mais si on le lit dans un moment, dans un ensemble, en lien avec les textes auxquels il répond, avec les luttes auxquelles il participe, alors l'intérêt devient beaucoup plus fort.

Alors on va parler de lecture, d'écriture, de publication, commençons par la lecture. Vous expliquez que la Révolution, c'est un grand moment de lecture, les gens se passionnent soudainement pour la lecture, on a de plus en plus de lecteurs, expliquez-nous cette tendance. C'est bien le mot, une tendance pour le coup.

Oui, bien sûr. J'ai fait le choix de travailler sur la vie littéraire et sur la lecture aussi à l'intérieur de Paris, pour des raisons essentiellement pratiques, parce que les journaux les plus nombreux sont parisiens, et c'est ceux qu'on peut consulter, c'est à partir de là qu'on peut essayer de se faire une idée. La population parisienne, elle est déjà bien alphabétisée, même dans les milieux les plus populaires.

Et puis, il y a des...

Comment ? Grâce à quoi ? Parce que dans les milieux des artisans, c'est utile de savoir lire.

Il y a un besoin, même pour les métiers techniques, utiliser des ouvrages pratiques, à commencer par l'encyclopédie d'Hydro et d'Alembert, mais il y en a beaucoup d'autres. Ça, c'est le motif, mais qui enseigne, qui transmet ? Sans instruction, sans école ?

Où apprend-on à lire ? Comment apprend-on à lire ? On apprend dans les milieux les plus favorisés à la maison, mais on apprend à lire, parfois, de façon plus informelle.

Puis, des écoles, des classes, il y en a, il commence à y en avoir. Et ce sera l'un des grands projets des révolutionnaires mis en œuvre en 1793, de créer pour la première fois une école publique nationale qui existe pendant un peu plus d'un an. Mais, en tout cas, le public a un accès aux livres.

Et même ceux qui ne savent pas lire peuvent se faire lire les textes. Quand il y a une affiche, quand il y a une brochure, la lecture collective est très répandue. Et ensuite, il y a une demande qui est très forte, il y a un intérêt qui est très fort, mais qu'on imagine assez facilement, parce qu'aujourd'hui, on a un accès à l'information qui est prodigieux et qui est vertigineux, tellement on a de sources d'informations accessibles rapidement.

Et quand il se passe quelque chose d'important, quelque chose de frappant dans l'actualité, on a un besoin, une envie de lire, de lire toutes sortes de textes, ou aujourd'hui d'écouter à la radio, ou de regarder des contenus vidéo. Mais entre 1788 et 1800 à Paris, le média qui est là, c'est les textes imprimés. Ce que vous expliquez, ce que même vous démontrez par ailleurs, Olivier Ritz, et j'ai trouvé cela absolument passionnant, c'est que la Révolution va également changer, transformer la forme même des textes.

On va voir surgir, naître, se multiplier des textes plus courts, notamment. Alors, on écrit des textes plus courts, et dans les premières années de la Révolution, on va trouver, par exemple, des contes, si on cherche des fictions, beaucoup plus de contes que de romans, qui deviennent très peu nombreux à ce moment-là. On écrit des brochures politiques, je donnais l'exemple d'Olympe de Gouche tout à l'heure, qui se lancent dans l'écriture de textes, qui font la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, c'est 24 pages, pas plus.

Et puis, on écrit pour les journaux, dans les journaux, donc textes courts aussi. Mais ce qui est très nouveau aussi, et vraiment intéressant, c'est qu'on écrit différemment le passé. On écrit l'actualité, mais même l'actualité, c'est du passé, c'est du passé récent.

Que s'est-il passé il y a 48 heures ? Que s'est-il passé la semaine du 12 au 19 juillet 1789 ? Comment est-on arrivé à la prise de la Bastille ?

Et comment on a suivi ? Et là, il y a un renouvellement très fort des manières d'écrire et des inventions dans tous les genres. Poésie, théâtre, presse d'actualité, récits historiques.

On écrit beaucoup d'histoires, ce qui peut sembler un peu absurde, mais dès le début, on écrit des histoires de la Révolution. Les genres, justement. Comment est-ce que la Révolution française va avoir tendance également à faire évoluer les frontières qui les circonscrivent classiquement ?

Les frontières deviennent-elles plus fouloues ? Oui, bien sûr. Jean-Claude Bonnet et les chercheurs qui ont travaillé avant moi sur ces questions-là, en particulier au moment du Bicentien de la Révolution, dans un ouvrage collectif qui s'appelle La Carmagnole des Muses, qui est passionnant, utilise cette expression « le chantier et la ruine ».

C'est un moment de destruction et de déconstruction, y compris entre les genres. Et on trouve beaucoup de textes qu'on a bien du mal à caractériser d'un point de vue générique. L'un des plus grands textes, à mes yeux, c'est « Le Nouveau Paris » de Louis-Sébastien Mercier, qui est publié en 1799.

C'est très difficile de dire ce que c'est. Ce sont des chapitres qui évoquent Paris, qui racontent des petites choses sur Paris. Il y en a plus de 200.

Ça forme un ensemble considérable qui est une sorte d'histoire de la Révolution. Une archive de 1954, un extrait d'une émission radiophonique sur la littérature pendant la Révolution. C'est signé Mario Roques.

Que dans ces dix années tumultueuses, la France ait pu retrouver l'éloquence politique et créer la presse d'opinion, continuer sous des formes renouvelées le théâtre et le roman, appliquer aux événements sa critique philosophique, c'est sans doute une manifestation suffisante de la vitalité et de l'active souplesse de l'esprit français. Mais on ne sent bien le caractère dramatique de cette littérature que si on y fait entrer à la fois les pamphlets, révolutionnaires ou contre-révolutionnaires, comme l'abominable père Duchesne, et la lyrique de la rue. On n'a jamais tant chanté que pendant la Révolution.

Seulement, il arrive que la chanson railleuse devienne sanguinaire et le saïra ou la carmagnole sont faits sur des airs de danse. Mais le même peuple qui hurlait ses chants de violence chantait des hymnes sublimes. Le chant de guerre de l'armée du Rhin de Rouget de Lille qui deviendra la Marseillaise et le chant du départ de Marie-Joseph Chénier mis en musique par Gréterie et ses élans d'espérance et de foi couvrent de loin les cris de haine.

Après la lecture, Olivier Ritz, nous avions promis de parler d'écriture. Alors, est-ce que les contemporains de la Révolution française écrivent bien plus, beaucoup plus que leurs aïeux ? Ils écrivent beaucoup plus vite.

Ils sont pris par une forme d'urgence. Plus vite ? Plus vite.

Ils écrivent plus vite. Et ça change leur texte aussi que d'écrire plus vite. soit parce qu'il faut être dans les premiers à publier après un événement important, soit parce que leur texte court le risque d'être périmé avant même d'être publié.

Parce que si, par exemple, le roi cesse d'être roi, ce qui arrive effectivement le 10 août 1792, certains textes ne sont plus du tout d'actualité. et on a souvent des exemples de publications qui arrivent un peu trop tard. Donc ils écrivent très vite, écrivant très vite, parfois ils peinent à se relire.

Comment vous le savez ça ? Comment l'historien que vous êtes sait que les révolutionnaires écrivent plus vite que leurs prédécesseurs et que parfois ils peinent à se relire ? Comment vous le savez ?

D'abord, moi je suis historien de la littérature et littéraire et je les lis et je les lis avec beaucoup de plaisir. Mais parfois en les lisant, j'ai un petit peu de mal parce qu'un personnage introduit à un moment du texte finalement n'existe plus ensuite où le texte s'arrête en plein milieu pour changer complètement de sujet ou de forme. Vous repérez des incohérences.

Et puis, simplement aussi, il n'y a pas beaucoup de temps pour imprimer et pour se relire. Donc certains textes sont truffés de faute d'orthographe quand on les regarde, ce que je fais toujours, dans l'état dans lequel ils ont pu être lus. Donc ça, c'est des indices de cette rapidité.

On le sait aussi parce que les écrivaines et les écrivains eux-mêmes en parlent dans leur texte, disent ce rapport au temps qui change. On écrit plus. Est-ce que l'on publie plus également ?

Comment se transforme également cette industrie de la publication ? On publie beaucoup plus. Il y a dix fois plus de presse à Paris.

On passe de 36 imprimeries avant la Révolution à plus de 400 en quelques mois pour répondre à la demande du public parce qu'il y a une vraie libération même si elle n'est jamais complète et s'il y a aussi des moments de contraintes très fortes et de surveillance très fortes même pendant la Révolution. Il ne faut pas imaginer que c'est libre du début à la fin mais on publie vraiment beaucoup plus. Malgré, j'allais dire, malgré la démocratisation de la lecture, de l'écriture, de la publication, est-ce que des hiérarchies demeurent ?

Évidemment, sans doute, que tous n'ont pas le même accès à l'écriture, à la publication et notamment, vous mettez en exergue cette hiérarchie qui perdure entre les hommes et les femmes. Oui, bien sûr. On trouve aussi des écrits très tôt sur cette question-là.

Il y a tellement de textes que personne ne peut tout lire et donc les intermédiaires jouent un très grand rôle. Les intermédiaires, c'est-à-dire les journaux qui publient des comptes rendus et qui donc servent de filtre. C'est le journaliste Brissot qui dit cela dans son journal Le Patriote français dès le départ et Olympe de Gouges.

Elle, au contraire, elle se plaint parce que les journalistes ne parlent pas assez de ces textes à son avis. Et elle l'écrit, elle s'en plaint à plusieurs reprises. Voilà, elle ne bénéficie pas, dit-elle, du même traitement que les autres écrivains et ça nuit à ces textes et ça empêche qu'ils soient reçus.

Brissot, c'est Jacques-Pierre Brissot. Jacques-Pierre Brissot. Je voudrais vous faire entendre la lecture d'un extrait de Pierre Gaspard Chaumet, procureur de la Commune de Paris pendant la Révolution française et par ailleurs porte-parole des sans-culottes. « Rappelez-vous cette femme hautaine d'un époux sot et perfide, la Roland, qui se crut propre à gouverner la République et qui concourut à sa perte.

Rappelez-vous cette virago, cette femme homme, l'impudente Olympe de Gouges, qui la première institua des sociétés de femmes voulues politiquer et commis des crimes. Tous ces êtres immoraux ont été anéantis sous le fer vengeur des lois et vous voudriez les imiter ? Non.

Vous savez ce que la nature veut que vous soyez. Nous voulons que les femmes soient respectées. C'est pourquoi nous les forcerons à se respecter elles-mêmes.

J'adore ce verbe, Olivier Ritz, politiquer. C'est un verbe que je ne connaissais pas. Ce que raconte cet extrait, c'est la façon aussi dont les femmes qui écrivent, les femmes qui publient sont perçues.

Globalement, elles sont méprisées par le corps social. Elles font l'objet de plus d'attaques que les autres. Elles ne sont pas toujours dans une position de victime, pas toujours méprisées ni toujours empêchées d'écrire.

Et beaucoup écrivent avant et après ce moment effectivement très sombre de 1993 où les exécutions de Manon Roland et d'Olympe de Gouche sont données en exemple pour envoyer un message aux femmes qui participent aux réunions politiques, qui politiques, si on reprend ce mot que l'Olympe de Gouche utilise, en allant dans les réunions de section. Et le message à ce moment-là, c'est de dire ça suffit, les femmes rentrent à la maison. Mais en disant cela, ils visent en fait toute une partie du mouvement populaire et des sans-culottes.

C'est le moment où les sans-culottes sont tenues à l'écart et où la Révolution devient davantage l'affaire des dirigeants. Vous posez dans le livre une question que je voudrais vous poser. La prise de la Bastille est-elle un événement littéraire ?

Oui, bien sûr. Mais après, ça n'est pas la littérature qui fait la prise de la Bastille. L'importance de la prise de la Bastille est relativisée par les historiens de la Révolution aujourd'hui qui invitent à se méfier.

C'est aussi eux qui m'ont donné envie de commencer avant pour ne pas laisser penser que tout commençait le 14 juillet, même si c'est devenu la fête nationale. Mais d'un point de vue purement objectif, matériel, ça n'est pas si important que ça. D'un point de vue symbolique et littéraire, c'est extraordinaire.

Ça suscite des textes dans toute l'Europe qui arrivent à Paris, qui sont lus, des poèmes, des récits. c'est aussi à l'origine de la création de plusieurs journaux très importants qui commencent par un récit de la prise de la Bastille et qui se transforment ensuite en journaux. En somme, comment la littérature, en retour, en miroir, comment la littérature fait-elle la Révolution ?

C'est aussi une expression que vous employez. D'abord, il y a de la propagande qui fonctionne relativement bien. On imprime des textes, on fait écrire des textes, on organise un concours très peu de temps après les débuts de la République et c'est la société des Jacobins qui l'organise et c'est Colo d'Herbois qui l'emporte avec l'almanac du père Gérard qui est un texte fait pour faire adhérer aux idées nouvelles.

On paye des imprimeurs, on fait imprimer des textes, je ne suis pas sûr qu'on les vende toujours. Il faudra que je continue à chercher pour avoir des informations là-dessus. Je pense que certains sont plutôt de l'ordre du tract qu'on distribue que du texte qu'on met en vente.

Et puis par ailleurs, la force de cette littérature révolutionnaire, c'est aussi de transformer des événements en symboles, c'est aussi ce pouvoir-là. Oui, d'imposer des mots, le mot aristocrate, de faire exister des textes comme la Marseillaise à l'oral et à l'écrit et même de contribuer très largement à l'invention de la terreur, c'est-à-dire à ce moment où le mot terreur apparaît après l'élimination de Robespierre pour concentrer toute une série de critiques, d'accusations, de dénonciations, certaines reposant sur des faits avérés et effectivement d'une grande violence, mais d'autres complètement fantasmées. Et le mot terreur devient un repoussoir qui permet d'éliminer toute une partie de la révolution et de ce qui s'est passé avant.

Et la littérature joue un rôle extraordinaire pour créer cette notion-là et la faire exister très durablement. Comment la révolution française vient-elle également et par ailleurs si je puis dire transformer la figure de l'écrivain, de l'écrivain engagé, de l'écrivain pleinement en lien avec cette cité qui évolue ? La première transformation c'est la démocratisation.

C'est l'ouverture des possibles pour un grand nombre d'écrivains qui n'imaginaient pas pouvoir faire une telle carrière ni même être publiés, jouer un rôle, passer...

Pour d'autres c'est de passer de la littérature à la politique et de mêler les deux. Olympe de Gouche bien sûr mais aussi Jean-Baptiste Louvet qui est un auteur extraordinaire de cette période-là. Et puis ensuite on voit apparaître un débat.

Est-ce que dans une sorte de prolongement et d'accomplissement d'un des programmes des Lumières l'écrivain a une fonction sociale et doit être utile ? La notion d'utilité vient beaucoup dans les textes qui parlent des écrivains. Ou bien est-ce qu'il doit avoir une position de retrait, de se tenir à distance des passions et des événements ?

Et cette position qui est minoritaire dans un premier temps elle apparaît petit à petit et finalement elle s'impose pendant quelque temps dans les suites immédiates de la Révolution. Une histoire littéraire de la Révolution française c'est signé Olivier Ritz et chez Gallimard merci d'être venu au micro de France Culture et un très grand merci comme chaque jour de la semaine à celles et ceux qui préparent cette émission à mes côtés Rodi Ecken, Bruno Barada, Berti Bourdon à la réalisation Léa Racine.