Jubillar : un aveu, des ossements... mais toujours pas la vérité - C dans l’air - 18.07.2026
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 99 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:44OuverteRéponse partielle
Pourquoi maintenant? Un homme qui a menti pendant 5 ans et demi peut-il aujourd'hui dire la vérité?
- 2:04ComplaisanteRéponse directe
C'est ce que vous appelez une épouvantable inhumation.
- 3:33OuverteRéponse directe
Quand vous dites qu'ils broient ce fumier, on imagine qu'ils broient la dépouille de Delphine et qu'ils la dispersent dans les champs.
- 4:59OuverteRéponse directe
Général F.Daoust, vous êtes auteur de 'Police technique et scientifique, le choc du futur'. On a retrouvé des os du bas du corps. Mais ce sont les os du haut du corps qui permettraient de savoir s'il s'agit de Delphine.
- 6:27OuverteRéponse directe
On se demande si on est face à un homme qui a voulu soulager sa conscience 5 ans et demi plus tard ou d'une forme de manipulation.
- 7:11OuverteRéponse directe
C'est important de savoir à quel point il connaissait ou pas ce terrain pour voir s'il a prémédité ou pas. On est à combien de kilomètres de la maison du couple?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:59F.DaoustFait
« La partie inférieure est la meilleure pour l'identification. C'est là qu'on a le plus de chance de trouver de l'ADN dans la moelle osseuse. »
- 5:43F.DaoustFait
« En revanche, pour déterminer les causes de la mort, on a besoin de la partie supérieure. La partie manquante ouvre toutes les possibilités à la défense et à C.Jubillar pour raconter sa vérité. »
- 7:11R.FolgoasChiffre
« On est à 13 ou 14 km. Ca dépend du circuit emprunté cette nuit-là par C.Jubillar. »
- 8:38R.FolgoasFait
« C'était la fin du reconfinement, le début du couvre-feu. Donc il n'y avait pas un chat dehors. Pas une voiture, sauf celle de C.Jubillar. »
- 9:49R.FolgoasFait
« Elle a parlé d'un étranglement. Surtout, elle avait parlé d'une préméditation. C.Jubillar lui avait confié avoir prémédité son geste et avoir coché la date du mardi 15 décembre puisque le mardi soir était une soirée intéressante pour lui dans le sens où son fils allait passer du temps devant la télévision avec sa mère et le fils pouvait donc servir d'alibi. »
- 10:31R.FolgoasFait
« Il lui a fait un cours sur la différence entre la chaux conservatrice et la destructrice. »
- 11:15R.FolgoasFait
« C.Jubillar a cette connaissance. C'est un homme du bâtiment. C'est un plaquiste. Il avait expliqué à Jennifer avoir repéré le lieu avec le monticule de fumier en allant sur un chantier. »
- 11:58F.DaoustFait
« C'est ce qu'on appelle la chaux vive qui permet de décomposer très rapidement. Ca fait comme de l'acide. Ca dévore les chairs. »
- 19:06D.RizetChiffre
« Les fouilles pour retrouver le corps de D.Aussaguel auront duré une trentaine d'heures. »
- 22:37Chiffre
« Condamné en première instance à 30 ans de réclusion, il doit comparaître le 21 septembre devant la cour d'appel. Si la mort accidentelle est retenue, sa peine maximale n'excédera pas 20 ans. »
- 24:02N.PerezFait
« Il pensait que sans corps, sans aveux, sans indices, il serait acquitté. »
- 24:46D.RizetFait
« Il y a de la terre dans la voiture. C'est dans le dossier. Il y a de la terre sur le tapis de sol. »
- 31:06R.FolgoasFait
« Il parle d'une clé de bras. Il effectue même le geste sur Jennifer. Elle était interdite. Elle a ressenti les 1ers effets de suffoquement. »
- 31:50N.PerezFait
« C'est étonnant qu'il ait pu dire ça à nouveau devant un magistrat. Ce n'est pas le plan pour ses avocats. »
- 33:41J.RozenblumFait
« L'avocat est du côté de l'agresseur. L'agresseur se fera toujours passer pour une victime. »
- 35:50M.BattikhFait
« Depuis le début, il joue avec les enquêteurs. »
- 37:11M.BattikhFait
« Il a décidé de ne jamais révéler la réalité. Depuis le 1er jour, il a décidé de dire la vérité qui est la sienne dès lors que c'est à son profit, que ça le met en valeur, que ça sert ses intérêts et sa stratégie. »
- 38:39M.BattikhFait
« On n'est que sur ce même déroulé. »
- 41:34F.DaoustFait
« La culpabilité de C.Jubillar aurait pu être avérée dès le 1er jour, mais il y a eu des failles terribles et des anomalies. »
- 43:02F.DaoustChiffre
« Un rayon de 10 km. C'est plus du tiers du département du Tarn... C'est 30 km2. »
- 47:16R.FolgoasChiffre
« Le téléphone a été activé à 6 reprises dans la nuit. »
- 47:58R.FolgoasFait
« Les enquêteurs ont la conviction que C.Jubillar avait le contrôle du téléphone de sa femme. Il l'avait déverrouillé, selon la petite amie, avec le doigt de Delphine morte. »
- 52:53Chiffre
« Il y a eu plus de 69 000 dossiers d'affaires criminelles connues par les parquets et délictuelles qui ont été étudiés. Plus 15 000 plaintes découvertes chez les services enquêteurs. Cela porte à plus de 85 000 plaintes recensées dans les parquets de la République. »
- 54:13Chiffre
« En 5 semaines, 675 pédocriminels présumés ont été placés en détention. »
- 54:54Chiffre
« Les plaintes traitées ont plus de 14 mois d'ancienneté en moyenne. »
Temps de parole
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La glace Raffaello, ... - A.Casse: Bonsoir. Jusqu'ici, c'est un crime sans corps, sans aveu. Et puis il y a eu la lettre dans laquelle C.Jubillar a reconnu avoir tué sa femme. Ce jeudi, il a mené les enquêteurs sur un tas de fumier où il dit avoir enterré son épouse. Des ossements sont découverts. Il semble enfin nous donner la clé de l'énigme. Pourquoi maintenant? Un homme qui a menti pendant 5 ans et demi peut-il aujourd'hui dire la vérité? S'agit-il d'une manipulation ou d'aveux sincères à quelques semaines de son procès prévu le 21 septembre prochain? D.Rizet, bonsoir. Vous êtes consultant police-justice à BFMTV. Vous avez publié le livre "L'Affaire Jubillar" chez Fayard. R.Folgoas, bonsoir. Vous revenez tout juste de Cagnac-les-Mines,
plus précisément de l'endroit où des ossements ont été retrouvés. Votre livre s'intitule "Le Mystère Jubillar. Enquête au coeur d'une disparition". N.Perez, bonsoir. Vous suivez cette affaire depuis le début. Spécialiste police-justice. J.Rozenblum, bonsoir. Votre livre: "Questions psy. Le grand guide de la santé mentale". C.Jubillar aurait mis le corps de son épouse sous un tas de fumier et de compost. - R.Folgoas: Une matière organique qui provient d'un abattoir. C'est un mélange de fumier et de compost qui composait ce monticule de terre qui faisait 2 ou 3 m de haut en décembre 2020. C.Jubillar aurait creusé à la main dans cette matière molle pour y cacher le corps de son épouse. - A.Casse: C'est ce que vous appelez une épouvantable inhumation.
Ces détails font froid dans le dos. Certains ossements ont été découverts, mais la dépouille a été dispersée on ne sait pas où encore. - D.Rizet: Oui, parce que cette matière a été entreposée au bord des champs. Pendant tout l'hiver, les bêtes sont dans les étables. On leur met de la paille, c'est leur litière. Et on la nettoie tous les jours. Ca devient du fumier. Ce fumier est entreposé dans les champs tout l'hiver. Les bêtes sortent de l'étable en mars. En mars-avril, les agriculteurs prennent un épandeur, viennent avec leurs tracteurs, soulève nt le fumier, le mettent dans un énorme char avec un système qui pousse la matière vers l'arrière. A l'arrière du char,
il y a une vis sans fin qui broie ce fumier. - A.Casse: Quand vous dites qu'ils broient ce fumier, on imagine qu'ils broient la dépouille de Delphine et qu'ils la dispersent dans les champs. - D.Rizet: Oui. On a retrouvé sur Internet les images du champ en janvier 2021. Ca fait 3 semaines que D.Jubillar a disparu. Elle est donc sur la photo, sous ce tas de terreau. Quelque temps plus tard, l'éleveur va venir avec son tracteur, soulever le terreau pour le mettre sur son épandeur. On sait qu'il a 200 ha. Donc il n'étend pas tout dans son champ. Il s'est déplacé. C'est pour ça que vous voyez parfois sur les routes de campagne des morceaux de fumier. Les agriculteurs vont de champ en champ. C'est ainsi que l'on a retrouvé la partie basse de son corps.
- A.Casse: Général F.Daoust, vous êtes auteur de "Police technique et scientifique, le choc du futur". On a retrouvé des os du bas du corps. Mais ce sont les os du haut du corps qui permettraient de savoir s'il s'agit de Delphine. - F.Daoust: Tout à fait. La partie inférieure est la meilleure pour l'identification. C'est là qu'on a le plus de chance de trouver de l'ADN dans la moelle osseuse. En revanche, pour déterminer les causes de la mort, on a besoin de la partie supérieure. La partie manquante ouvre toutes les possibilités à la défense et à C.Jubillar pour raconter sa vérité. Une vérité qui l'arrangera par rapport à ce qu'on pouvait imaginer, qui était un étranglement supposé. En étranglant, on a besoin de deux minutes pour tuer la personne. Alors qu'un coup porté ou une chute peut être immédiat. L'absence de la partie supérieure du corps est préjudiciable pour la vérité judiciaire.
Mais, là, c'est une autre histoire. Elle commence à nous être racontée par les conseils de C.Jubillar. - A.Casse: On a un tout début de vérité. C'est la vérité que C.Jubillar a choisi de nous donner aujourd'hui. On parle d'un fragment. Il peut coller sur ce fragment le récit qu'il veut. - N.Perez: Bien sûr. Il va adapter son discours aux preuves scientifiques qu'on va récupérer. Comme il n'y aura probablement pas de preuves scientifiques... On ne saura probablement pas comment Delphine a été tuée. Donc il va adapter son discours en disant
que ce sont des coups violents qui ont entraîné la mort sans l'intention de la donner. - A.Casse: C'est important de savoir à quel point il connaissait ou pas ce terrain pour voir s'il a prémédité ou pas. On est à combien de kilomètres de la maison du couple? - R.Folgoas: On est à 13 ou 14 km. Ca dépend du circuit emprunté cette nuit-là par C.Jubillar. J'ai emprunté les différents circuits possibles. Il y a vraiment un tissu de petites routes, de chemins très étroits qui permettent de passer sous les radars. Il n'y a pas de caméras de vidéosurveillance.
On traverse quelques hameaux, quelques villages de 200 personnes. Et puis on arrive à ce lieu situé en bordure... Le chemin est très discret. Mais, quand on arrive sur place, on est à découvert par rapport à la grande route départementale. Mais n'oublions pas que c'était une nuit de couvre-feu. C'était la fin du reconfinement, le début du couvre-feu. Donc il n'y avait pas un chat dehors. Pas une voiture, sauf celle de C.Jubillar. - A.Casse: C'était aussi un lieu connu comme étant un endroit de libertinage. - R.Folgoas: Oui, il y a un bout du champ avec un bois connu pour des rendez-vous galants, ou un point de rencontre avec des prostituées. Il pouvait aussi avoir connaissance de ce lieu par ce biais. Il a déjà apporté des réponses, sauf qu'on ne voulait pas
les entendre. C'était des réponses apportées par Jennifer, sa petite amie. Elle avait quasiment tout dit. - A.Casse: Pour ceux qui n'ont pas suivi l'affaire aussi bien que vous, qu'avait-elle dit? Elle avait dit qu'il l'avait étranglée. - R.Folgoas: Elle a parlé d'un étranglement. Surtout, elle avait parlé d'une préméditation. C.Jubillar lui avait confié avoir prémédité son geste et avoir coché la date du mardi 15 décembre puisque le mardi soir était une soirée intéressante pour lui dans le sens
où son fils allait passer du temps devant la télévision avec sa mère et le fils pouvait donc servir d'alibi. C.Jubillar ne serait plus la dernière personne à avoir vu Delphine vivante. C'est cette logique-là qu'il a exposée à Jennifer. - A.Casse: Il y a un autre témoignage qui intrigue, celui d'une source anonyme qui dit que quelques mois après la mort de Delphine, il lui a fait un cours sur la différence entre la chaux conservatrice et la destructrice. - R.Folgoas: C.Jubillar a cette connaissance. C'est un homme du bâtiment. C'est un plaquiste. Il avait expliqué à Jennifer avoir repéré le lieu avec le monticule de fumier en allant sur un chantier.
C'est la raison pour laquelle il va dire à sa mère, début décembre: "Delphine m'énerve. Je vais la tuer. Je connais un endroit où on ne la retrouvera jamais." - A.Casse: C'est pour ça qu'on avait l'impression qu'on avait le récit du meurtre de son épouse sous nos yeux. Je reviens sur cet épisode de la chaux. Ca permet de détruire plus facilement un corps. Est-ce qu'avec les analyses qu'on va pouvoir faire des ossements, on saura si C.Jubillar a utilisé de la chaux pour faire disparaître son épouse?
- F.Daoust: C'est ce qu'on appelle la chaux vive qui permet de décomposer très rapidement. Ca fait comme de l'acide. Ca dévore les chairs. Mais on pourrait retrouver des restes, aussi autour de la terre, dans le fumier. On pourra voir s'il y a eu un épandage de chaux sur l'environnement immédiat de la découverte des ossements. La connaissance d'un tas de fumier ou de matières organiques, pour tous ceux qui vivent à la campagne, les agriculteurs ou ceux qui sont proches d'eux...
Mon grand-père travaillait là-dedans. Je savais pertinemment que c'était de la matière organique, que ça accélérait la décomposition. Ca a une propriété très désagréable pour tous les touristes, c'est que ça sent très mauvais. C'est de la décomposition permanente de matières organiques. Donc ça masque la décomposition d'un cadavre qui serait repérable par toute personne qui passerait à proximité. Voilà un autre élément qui n'est pas anodin. C'est à prendre en compte dans le récit de C.Jubillar. - A.Casse: On se demande si on est face à un homme qui a voulu soulager sa conscience 5 ans et demi plus tard ou d'une forme de manipulation.
- J.Rozenblum: Je peux vous dire tout de suite qu'il ne s'agit pas d'aveux. Depuis le début, vous parlez de D.Aussaguel et non de D.Jubillar. Ca remet une identité sur cette femme qui a non seulement disparu de la surface de la terre, mais qui, maintenant, n'est plus que des fragments de poussière. Merci pour ça. Non, il n'y a pas d'aveu. C'est purement de la stratégie. Il s'adapte en fonction du temps pour garder la maîtrise du scénario. Au début, il nous disait qu'il ne savait rien. Aujourd'hui, il va nous expliquer comment et pourquoi il aurait tué
sa femme. Eventuellement pour faire passer cela pour un homicide involontaire parce qu'il avait perdu ses nerfs. Peut-être qu'il l'a déplacée pour éviter un traumatisme à ses enfants. Il les fait passer pour des simples témoins alors que ce sont des covictimes. Il maîtrise extrêmement bien la situation. Ce crime n'est que l'aboutissement d'un continuum de violences qui durent déjà depuis des années. - A.Casse: Vous avez rencontré C.Jubillar quelques jours après la disparition de sa femme. Vous avez quel souvenir de cette rencontre? - N.Perez: C'était assez incroyable.
Quelques jours après, C.Jubillar n'avait pas encore été placé en détention, mais la maison était placée sous scellés. Je suis venue avec un caméraman pour faire quelques images. On voulait faire des images de nuit pour faire une reconstitution de ce qui s'était passé et raconter ce qui s'était passé. On était garés devant la maison. On a fait des images au-dessus. En redescendant, on découvre que tout est éclairé. On était très étonnés puisque cette maison était sous scellés. On a frappé à la baie vitrée. Il était hystérique. Il nous a ouvert la porte en nous insultant en disant que c'était une propriété privée. Il nous a demandé de partir tout de suite. J'ai reconnu que je n'avais pas à venir. On est partis tout de suite. Il me rattrape et me dit: "Excusez-moi, je suis tendu. Venez."
Il nous fait rentrer dans la cuisine où il y avait un désordre incroyable. Il était avec un pyjama sale. Je me suis dit que c'était quelqu'un qui était tellement mal parce que sa femme avait disparu... On comprend son état d'esprit. Et puis, il me parle beaucoup. Il ne cesse de me demander si j'ai rencontré des gendarmes. Il disait qu'il allait sûrement être accusé. Il me rappelait l'affaire Jonathann Daval. On était un peu en empathie, le caméraman et moi. En général, quand il y a une disparition, on dit toujours que c'est le conjoint. Il était focus sur les gendarmes. "Qu'est-ce qu'ils vous ont dit?" - A.Casse: Il voulait des informations. - N.Perez: Le caméraman avait posé sa caméra au sol mais avait laissé tourner. On a 18 minutes de conversation entre lui et moi qu'on n'a jamais diffusées puisqu'on ne nous a jamais donné l'autorisation de le faire. Mais, en l'écoutant à froid, je me suis dit qu'il nous avait totalement manipulés et voulait des informations sur l'enquête.
- A.Casse: "Il nous a totalement manipulés." Qu'est-ce que ça vous inspire? - D.Rizet: Il nous a tous manipulés. Ses avocats étaient convaincus que ce n'était pas lui. Moi, je l'aurais acquitté car il n'y avait pas de preuves. Le mobile était qu'elle allait le quitter. Il est manipulateur. C'est quelqu'un qui a tué sa femme. Il a enfoui le corps de sa femme sous un tas de fumier. Ce n'est pas anodin. On en a un comme ça, c'était P.Gillet, dans les Ardennes, qui avait fait la même chose. - R.Folgoas: Quand vous dites qu'il n'est pas sympathique, pour l'avoir côtoyé à quelques reprises durant la période où il était en liberté... - D.Rizet: Il vous a manipulé.
- J.Rozenblum: La gendarmerie parle d'un homme très arrogant. - R.Folgoas: Il n'est pas que antipathique. Ce serait trop simple. Mais parce qu'il est manipulateur, il est aussi capable d'être charmeur, sympathique, intéressant, avec de l'humour. Il a une palette beaucoup plus large que ce qu'on peut dire. Ca n'empêche pas que cela est sous-tendu par une envie de manipuler la situation. - A.Casse: Est-ce qu'il s'agit d'une grande manipulation? Pourquoi se met-il subitement à parler alors que son procès en appel est prévu le 21 septembre? La piste de la dispute conjugale est-elle crédible?
D'autres éléments vont dans le sens d'une manipulation. - Les fouilles pour retrouver le corps de D.Aussaguel auront duré une trentaine d'heures. Des ossements ont été retrouvés. Voici le lieu de recherche: un champ agricole à 10 km du domicile familial. C'est là que C.Jubillar affirme avoir enterré son épouse il y a 5 ans et demi. Le corps aurait été dissimulé sous un tas de compost et de fumier. - On verra en suivant les aveux de C.Jubillar s'il y a d'autres endroits où il aurait pu mettre d'autres ossements, en fonction de comment ils auraient pu être
dispersés. C'est possible mais je n'ai pas de réponse. - Ici, les images du monticule de terre au coeur des recherches. Année après année, il perd de son volume, car il a été progressivement épandu sur des champs agricoles. Des analyses scientifiques sont menées sur les 2 fémurs retrouvés. Objectif: établir s'ils sont bien ceux de D.Aussaguel, mais les ossements ont été très dégradés. - Ce sont des conditions de conservation qui ne sont pas forcément les plus adéquates pour conserver du matériel biologique. Les analyses techniques qui seront mises en oeuvre vont prendre plusieurs jours. - Des investigations rendues possibles après
les aveux de C.Jubillar il y a 2 semaines. Pour la 1re fois, après 5 ans et demi de silence et de dénégation, il reconnaît sa responsabilité dans une lettre écrite à son avocat. - C'est dans le cadre d'une énième dispute conjugale que les choses ont mal tourné et qu'il se retrouve à l'origine de la disparition de sa femme. Tétanisé, quand il a repris ses esprits, quand il a réalisé ce qu'il avait fait, il a tout de suite pensé à ses enfants. Il n'a pas voulu leur infliger ce regard terrible, cette vision de ce corps inanimé de leur mère. Il s'est dit: "Je dois déplacer le corps pour qu'ils ne voient pas
ça." - Les enfants du couple ont été prévenus de la découverte des fouilles. Le début d'un long chemin pour faire leur deuil. - C.Jubillar le leur devait depuis le 1er jour, en décembre 2020. Vous vous dites: "On va les prévenir qu'ils vont pouvoir se recueillir. Ils vont pouvoir récupérer la dépouille de leur maman. Ils vont pouvoir l'enterrer avec des rites funéraires qui leur appartiennent. Ce sera leur choix." Comme disait la petite Eliyah: "Ils pourront déposer des dessins ou des fleurs sur la 'tombe de maman'." - Le lieu où est caché le corps a été soigneusement choisi. ... - Les aveux de C.Jubillar sont-ils sincères? Est-ce le poids de la culpabilité ou une stratégie pour réduire sa peine?
Condamné en première instance à 30 ans de réclusion, il doit comparaître le 21 septembre devant la cour d'appel. Si la mort accidentelle est retenue, sa peine maximale n'excédera pas 20 ans. - A.Casse: Question. - R.Folgoas: Parce qu'il était peut-être... Peut-être que c'était un poids trop lourd à porter. Il ne faut pas écarter cette possibilité. Peut-être qu'il a pensé à ses enfants à un moment. Il veut peut-être une tombe pour que ses enfants puissent se recueillir. - A.Casse: Les autres experts ne sont pas d'accord avec vous. - R.Folgoas: Moi-même, j'émets cette hypothèse car elle existe. Il était à 2 mois de son procès en appel.
Il a déjà pris 30 ans en première instance. La menace, c'était la perpétuité. - A.Casse: Vous êtes en train de nous donner la raison pour laquelle il a sans doute changé sa version. - R.Folgoas: Ce n'est pas incompatible avec l'idée de se délester d'un poids trop lourd à porter. - J.Rozenblum: J'aimerais répondre qu'il n'a pas changé d'aveux mais de stratégie. Il a mis 5 ans à changer de stratégie car ça lui était plus favorable aujourd'hui, mais ce ne sont pas des aveux. - N.Perez: Il pensait que sans corps, sans aveux, sans indices, il serait acquitté.
Il s'est rendu compte que non, qu'une cour d'assises pouvait quand même condamner quelqu'un à une lourde peine sans corps, sans aveux, sans rien. Ses avocats ont dû lui dire qu'il allait reprendre 30 ans en appel et qu'il fallait changer de stratégie. Je pense que c'est en ce sens qu'il a voulu changer de stratégie. - D.Rizet: La machine est en marche. Les avocats distillent des mots. Il l'a "dégoupillée". Altération? Abolition du discernement? Il va nous raconter qui il a pété les plombs, qu'il n'a pas voulu serrer si longtemps.
2e mot de ses avocats: "Le corps a été enterré sommairement." Ca veut dire qu'il n'avait rien prémédité. Il arrive, il gratte le terreau. - A.Casse: Ca vous semble possible? Il n'y a pas eu de terre dans la voiture, pas de traces de terre. Est-ce que quelqu'un qui ne prémédite pas d'enterrer sa femme ou de la tuer a cette lucidité pour ne laisser aucune trace de son forfait? - D.Rizet: Il y a de la terre dans la voiture. C'est dans le dossier. Il y a de la terre sur le tapis de sol. Si on avait cherché, on aurait retrouvé de la matière fécale animale, du fumier. On aurait retrouvé des particules de paille.
Ils sont malins, quand même. - R.Folgoas: Si on a un niveau de préméditation suffisant, il a très bien pu utiliser un -A.Casse: sac-poubelle. - D.Rizet: Supposons qu'on trouve de la terre végétale d'un champ. Si on avait trouvé ça, on ne serait pas allé perdre du temps à chercher dans les étangs, dans des lieux désaffectés, dans les mines. - A.Casse: J'ai besoin d'aller voir le général F.Daoust. Cela sous-entend que l'enquête n'a pas été menée comme elle aurait dû l'être. - F.Daoust: Il faudrait voir si les prélèvements ont été envoyés à l'analyse. S'ils ne l'ont pas été, c'est certainement dommage, voire dommageable. Là où je rejoins les autres participants, c'est que de la terre avec des particules animales ou autres, dans la région, il y en a un peu partout. Il suffit de passer sur un bord de chemin. Quand il a dit qu'il était le long du chemin, qu'il avait fait 200 m et qu'il était revenu à la maison, il faut voir si on n'a pas autant d'éléments que ceux qu'il pouvait
y avoir. En revanche, s'il l'a enterrée à mains nues... Un corps, c'est lourd. Il faut gratter. Il faut faire de la place. Il faut aller très profond. Il faut avancer. Ce n'est pas quelques particules de terre qu'on ramènera sur soi. Ca veut dire qu'on s'est soi-même protégé pour ne pas ramener, ou en tout cas le moins possible, dans le véhicule des éléments flagrants. Et pas simplement quelques particules sur un tapis de sol. - A.Casse: Ce qui vous intrigue aussi, c'est que 5 ans et demi plus tard, C.Jubillar trouve exactement l'endroit où il a enterré le corps.
- F.Daoust: Oui. Je reprendrai des éléments donnés par l'un des avocats. Il a dit: "Il nous a expliqué avoir pris sa voiture en pleine nuit, ne pas avoir allumé les phares pour rejoindre le lieu où il a après enterré sommairement le corps de son épouse." Aller retrouver un endroit, de nuit, même si la nuit est claire, à 10 km, sans utiliser, pour ne pas se faire repérer, l'éclairage, ça veut dire qu'on connaît bien les lieux. Je n'oserais pas le faire, au risque de sortir de la route
en plein hiver. On voit qu'il y a quand même un décalage. 5 ans et demi après, il arrive: "C'est là." Il ne se trompe pas d'un mètre. Tout de suite, les 1ers ossements ont été trouvés. - A.Casse: Je vous vois tous réagir. - R.Folgoas: Ce n'est pas pour minorer la portée de cet élément exposé par le général F.Daoust, mais C.Jubillar a un repère. C'est la départementale qui passe juste à côté. - N.Perez: Il y a un poteau électrique. - R.Folgoas: Il sait que c'est en bordure d'un chemin. Il n'a pas transporté à l'épaule le corps de Delphine sur des dizaines de mètres.
Il l'a déchargée. Ensuite, le lieu de dépose est situé à une dizaine de mètres tout au plus. Il y a des points de repères marqués qui permettent de retrouver ce lieu. C.Jubillar portait la mémoire de ce lieu depuis 5 ans et demi. Il y pensait plusieurs fois par jour. - A.Casse: Il y est retourné? - R.Folgoas: Je l'ignore. Sa voiture a été géolocalisée à partir du 1er jour. Les enquêteurs nous diront s'il est repassé là. C'est probable. C'était une route où il passait souvent pour aller au chantier. Il suffisait qu'il donne un coup d'oeil à droite quand il était au volant et il voyait le lieu de dépose du corps.
C'est accessible. Mais je ne sais pas s'il y est retourné. - A.Casse: Comment l'a-t-il tuée? Quelle est sa version des faits? - D.Rizet: On ne sait pas grand-chose. Il y a un trou. Il y a eu une énième dispute du couple. Départ annoncé de Delphine. Elle veut le quitter pour aller vivre avec Jean, une histoire déjà commencée. Là, les avocats disent: "Il l'a dégoupillée." La phrase suivante, c'est: "Le corps de Delphine gît au sol. Pour que ses enfants ne la voient pas, il décide de prendre le corps et de le charger dans la voiture." On n'a pas d'explications. - A.Casse: Quand il a été interrogé ces derniers jours, il aurait parlé d'un étranglement. - R.Folgoas: On a la même information. Mercredi, il l'aurait répété mais je n'ai pas vu le procès-verbal. Cet élément de l'étranglement revient dans les explications qu'il donne au parloir au printemps 2025 à sa petite amie.
Il parle d'une clé de bras. Il effectue même le geste sur Jennifer. Elle était interdite. Elle a ressenti les 1ers effets de suffoquement. Il est allé très loin, C.Jubillar. On a fait passer Jennifer pour une folle. Je ne jette pas la pierre aux anciens avocats de C.Jubillar. Ils essayaient de la faire passer pour une folle. - A.Casse: Quand une dispute dégénère, si on "dégoupille", est-ce qu'on peut en venir à étrangler quelqu'un? On voit qu'on est en train de tuer quelqu'un. - N.Perez: Sans doute.
C'est étonnant qu'il ait pu dire ça à nouveau devant un magistrat. Ce n'est pas le plan pour ses avocats. Son avocat a parlé de crime passionnel. C'est une expression désuète. Il a parlé d'un crime passionnel. On peut imaginer qu'un étranglement puisse représenter des coups ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Mais c'est quand même compliqué d'étrangler quelqu'un... Ca prend du temps. - R.Folgoas: 3 à 4 minutes. - D.Rizet: C'est ce que racontait le général F.Daoust tout à l'heure. Entre 2 et 4 minutes pour un étranglement. Toutes les histoires d'étranglement qu'on a racontées se sont passées comme ça. C'est aussi ce que raconte J.Daval quand il était en train d'étrangler
Alexia. Il y a un moment où on doit se ressaisir. - A.Casse: On ne peut pas étrangler sans intention de tuer? - N.Perez: Non. - D.Rizet: Les psys disent ça. La justice va l'évaluer. Moi, je vous dis que non. Si c'est un étranglement, il était dans un geste fou, de souffrance, selon les avocats. Il y a un féminicide qui s'est passé en Corse. Cette histoire est à l'origine du Grenelle des violences faites aux femmes. Un homme a tué sa femme au pistolet en lui disant qu'il allait la tuer. Un autre homme va écrire 70 pages d'aveux au procureur où il reconnaît ce qu'il a fait.
Sinon, dans tous les autres cas, c'est: "Je ne voulais pas tuer ma femme. Je ne comprends même pas comment c'est arrivé." - A.Casse: On ne comprend pas la stratégie des avocats. Ils ont l'air de chercher à dire que le client ne voulait pas la tuer. - J.Rozenblum: L'avocat est du côté de l'agresseur. L'agresseur se fera toujours passer pour une victime. L'histoire est toujours la même. Le crime passionnel, le crime amoureux, ça n'existe pas. Il faut remplacer ce jargon par des crimes de possession. Ce sont des hommes qui possèdent une femme comme on possède un objet. Il n'y a pas d'amour. Il n'y en a jamais eu dès le départ. Elle a pu croire qu'elle était amoureuse et qu'elle était aimée en retour. En réalité, c'est de la possession dès le départ.
En France, on est très forts pour compter les femmes mortes, mais on a du mal à identifier les hommes dangereux. Penser une seconde qu'il ait pu l'étrangler, qu'il l'ait tuée sans le vouloir en tenant 30 secondes de trop et qu'il ait mis sa femme dans un tas de fumier... C'est un homme qui possède sa femme dès le 1er jour. Il s'est arrêté de travailler pour fumer du cannabis quand elle était au travail jour et nuit. Elle vivait dans un dépotoir. Elle s'en est rendu compte plus ou moins tardivement. Elle a voulu s'émanciper de cet homme qui n'était qu'un fardeau et un poids violent. C'est là qu'il a mis en place son pattern de violence qui est allé jusqu'à la mort. En dehors de lui, elle n'a pas le droit d'exister. - A.Casse: Merci d'être avec nous, maître M.Battikh. Comment les proches ont-ils réagi après les aveux de C.Jubillar et la découverte des ossements? - M.Battikh: Ils ont réagi avec des sentiments contraires. Il y a un sentiment de soulagement, et très vite, le sentiment de soulagement a été très faible au regard de la colère qu'ils ont ressentie.
Ils formaient l'espoir de peut-être pouvoir se recueillir sur une tombe, sur un cercueil, de pouvoir parler, pleurer auprès de Delphine. Finalement, ils se retrouvent dans une situation où on apprend qu'on a retrouvé que deux fémurs. C.Jubillar a décidé pendant presque 6 ans de ne pas révéler où était le corps de Delphine. On est dans l'impossibilité de procéder à un deuil. Ce sera probablement définitif. - A.Casse: Vous dites que C.Jubillar joue avec les enquêteurs. C'est-à-dire? - M.Battikh: Depuis le début, il joue avec les enquêteurs.
Il a décidé de ne jamais révéler la réalité. Depuis le 1er jour, il a décidé de dire la vérité qui est la sienne dès lors que c'est à son profit, que ça le met en valeur, que ça sert ses intérêts et sa stratégie. On n'est que sur ce même déroulé. - A.Casse: On va écouter l'un des avocats de C.Jubillar. C.Jubillar a changé d'avocat. On a vu combien ils avaient joué un rôle dans le dénouement, ce qui ressemble à un dénouement. Il y a eu une grande conférence de presse où ils ont dit: "Notre client avoue."
L'un d'entre eux était hier sur BFMTV. - Il faudrait revenir sur le contexte de ce couple qui s'est déchiré pendant des mois, sur l'erreur qui a été faite de rester ensemble avec cet effet cocotte-minute et sur ce passage à l'acte hautement condamnable de la part de C.Jubillar. Il en a conscience. Il espère simplement aider ses enfants à avoir enfin une sépulture pour faire leur deuil. Il m'a demandé de le dire. C'est la réalité. Il espère un jour, dans de nombreuses années, être peut-être réhabilité. Il a conscience qu'il n'attend rien de la justice si ce n'est la vérité et la transparence.
- A.Casse: Comment ça vous fait réagir quand l'avocat de C.Jubillar dit qu'il espère être réhabilité? - M.Battikh: Il a joué avec les émotions. Il a joué avec les magistrats. Aujourd'hui, il prive la famille du corps et de la dépouille de Delphine. Même en droit de la guerre, dès lors que vous capturez un ennemi, vous devez rendre le corps. C.Jubillar a privé la famille du corps de Delphine. Donc il n'y aura pas de réhabilitation. On a même parlé de moment historique. Je vous le dis directement,
on n'a pas gagné la Coupe du monde, on n'a pas marché sur la Lune. On a simplement retrouvé deux fémurs qui étaient enfouis dans un tas de fumier. C'est ça, la réalité de ce dossier. Ce n'est pas un moment historique. C'est simplement un individu pervers et manipulateur qui a décidé au bout de 6 ans de rendre ce qui reste du corps de Delphine, à savoir deux fémurs. - A.Casse: Les avocats espèrent créer un retournement de situation. Cet homme a tué et enterré sa femme. Il pourrait être réhabilité un jour? - N.Perez: Ce qui était troublant dans cette conférence de presse, c'est que les avocats ont été mis en difficulté quand on leur a demandé
pourquoi il avait attendu 5 ans et demi. Ils ont répondu: "Il était sous calmant. Les médicaments l'ont enfermé dans un cocon. La pression médiatique." C'est léger, comme excuse. C'est compliqué. - R.Folgoas: Il pouvait être enfermé dans son système de défense. Face à des avocats qui l'accompagnaient et qui n'ont peut-être pas amorcé cet autre chemin... - A.Casse: Est-ce que les avocats précédents de C.Jubillar croyaient vraiment en son innocence?
Ont-ils choisi une stratégie qui consistait à lui dire de n'avouer jamais? - R.Folgoas: J'observe simplement qu'ils ont consolidé l'idée d'un dossier vide avec un homme innocent qui n'avait rien à voir avec les faits, que tout le monde se trompait sauf eux et C.Jubillar. Ce système de défense très radical a peut-être contraint C.Jubillar à rester sur ce chemin étroit. Avec une nouvelle équipe d'avocats... - A.Casse: Vous le décrivez presque comme une victime. - R.Folgoas: Je dis simplement que les avocats ont une influence sur leurs clients.
- D.Rizet: Je ne ferai pas de commentaire sur "réhabilité". C'est une parole déplacée. Elle a échappé à son avocat. En revanche, il y a "il n'attend rien de la justice". L'avocat nous dit: "N'imaginez pas qu'il est en train d'avouer en espérant que la justice lui collera 25 ans au lieu de 30." C'est à double sens. Ca veut aussi dire qu'il ne croit pas à la justice. - A.Casse: Il y a une autre phrase sur laquelle je voulais revenir. Merci de rester avec nous, général F.Daoust. "La culpabilité de C.Jubillar aurait pu être avérée dès
le 1er jour, mais il y a eu des failles terribles et des anomalies." Ils s'en prennent aux enquêteurs. Est-ce qu'il y a matière de s'en prendre à l'enquête? - F.Daoust: La ficelle est un peu grosse. Qu'il y ait des éléments à vérifier ou autre... Ils ne l'ont peut-être pas été. Il n'empêche que l'enquête arrive. Il est condamné à 30 ans de réclusion. Il échappe à la perpétuité. Coupable du meurtre de sa femme pour la justice. Le travail des gendarmes n'était pas si mauvais que ça. Là où ils insistent, c'est que les gendarmes n'ont pas su l'écouter. Les gendarmes ne sont pas des psys, même s'ils se font aider
par des psys. Là où ils ont eu plusieurs mois, les gendarmes ont 48 heures pour travailler. Pendant 6 mois, C.Jubillar était partie civile. Il avait accès au dossier. Il était considéré comme une victime. Il n'a pas eu la pression des gendarmes ou de tout autre personne comme le laissaient supposer ses conseillers. Là-dessus, c'est un raccourci facile qui prépare un peu... Nous avons su recueillir sa parole. Il a parlé avec nous alors qu'il aurait pu le faire dès 48 heures s'il avait été écouté.
Pourtant, il a été écouté comme témoin. Il avait eu une parole libre, sans contrainte, avant de passer en garde à vue. - A.Casse: Les téléspectateurs se demandent pourquoi le corps n'a pas été retrouvé alors qu'il était dans un rayon proche du domicile. Vous répondez quoi à ça? - F.Daoust: Je reprendrai l'exemple donné par A.Bauer. Un rayon de 10 km. C'est plus du tiers du département du Tarn... C'est 30 km2. Ce sont des dizaines de milliers de terrains de foot pour les téléspectateurs qui ont des références de foot. Vous prenez, avec votre équipe de l'émission, un objet volumineux que vous cachez dans un rayon de 10 km sans donner aucune indication. Vous leur dites: "Maintenant, trouvez-le en moins de 10 jours." Je pense qu'il y aura énormément de difficultés. - A.Casse: Là, c'est 5 ans et demi. - F.Daoust: Cette distance est méconnue par notre esprit. On a l'impression que c'est à côté. Pourquoi on n'a pas cherché sur des champs ou autre? L'enquête s'est focalisée sur le parcours de C.Jubillar.
Où étaient ses chantiers? Quels étaient les coins où il avait l'habitude d'aller? Il avait été vu dans des galeries. Dans des galeries de mines. Ca s'est concentré sur tous ces éléments et sur les paroles données à son voisin de détention ou à ses compagnes de détention. - A.Casse: Si on l'avait retrouvé plus tôt, on aurait peut-être la vérité aujourd'hui? C'est ce que se disent ses proches. - R.Folgoas: Quand on écoute D.Rizet qui nous explique dans quelles conditions la dépouille de Delphine a probablement été broyée et dispersée, il est probable que, même si les enquêteurs avaient localisé ce champ sur la commune de Mailhoc, quelques années après, on n'aurait rien retrouvé. On en serait un peu au même point. Pour le 1er procès, C.Jubillar aurait eu du mal à contester. - A.Casse: On commence à assembler le puzzle. Il y a de gros trous dans ce puzzle. C.Jubillar commence à parler et à donner la vérité. Est-ce qu'il va nous dire où est le portable de D.Aussaguel?
- D.Rizet: Le fameux portable. C'est peut-être ça dont parlent les avocats. Dans un papier, il est écrit qu'il a jeté le portable dans une poubelle par la fenêtre de sa voiture. Imaginez que le portable dise où se cache le corps. Est-ce qu'il existe? Est-ce que les enquêteurs pourraient le retrouver maintenant? Est-ce que c'est ça, le fameux joker dont parlent ses avocats? Quand ils ont dit "dans les 48 heures, ça devrait être réglé", ce n'est pas le tapis de la voiture avec du terreau. - R.Folgoas: Un article va être publié dans "Le Parisien" demain sur les explications données par Jennifer il y a un an. - A.Casse: L'ancienne compagne. - R.Folgoas: Elle venait le voir à la prison au printemps 2025. Elle l'avait interrogé petit à petit. Elle avait réussi à lui poser les bonnes questions. Il s'était prêté au jeu. Il avait parlé de ce téléphone. Il avait dit que ce téléphone n'était pas bien loin de chez lui, à Cagnac.
Des gens étaient passés à côté. - A.Casse: Ca intrigue. Le téléphone a été activé à 6 reprises dans la nuit. Il y a un mystère. - R.Folgoas: Le mystère n'est peut-être pas si grand que ça. Les enquêteurs ont la conviction que C.Jubillar avait le contrôle du téléphone de sa femme. Il l'avait déverrouillé, selon la petite amie, avec le doigt de Delphine morte. Avec cette empreinte digitale, il avait pu déverrouiller le téléphone. Il en avait gardé le contrôle toute la nuit.
- N.Perez: C'est ce qui a trompé les gendarmes. A 6h34, quand le téléphone est activé, les policiers sont avec C.Jubillar. Ils n'ont pas percuté là-dessus. Ils se sont dit que le téléphone était ailleurs. - R.Folgoas: A 6h52, les gendarmes inspectent la voiture. - A.Casse: Savez-vous comment vont les enfants? On sait que le petit garçon a joué un rôle important. On dit même que c'est le témoin clé de l'affaire. Il est témoin d'une dispute entre ses parents. Il parle du bras tendu de son père vers sa mère, des propos
qu'il a entendus. A un moment, il dit: "J'ai l'intime conviction que mon père a tué ma mère." - D.Rizet: Leur avocat est excellent. Il parle du ressenti des enfants, de leur vie. Ils sont aujourd'hui chez la soeur de Delphine. Quand on demande si les enfants retourneront voir leur père un jour, il dit qu'il y a un chemin à faire. Le père sortira de prison un jour. - A.Casse: Est-ce que les enfants portent son nom? - D.Rizet: Oui. - N.Perez: Louis a demandé à changer. - A.Casse: On ne peut pas mesurer ce qu'ils sont en train de vivre. Ils ont perdu leur mère. La petite fille a envie de mettre des dessins sur la tombe de sa mère. En même temps, ils perdent leur père, car il a tué leur mère. - J.Rozenblum: C'est l'histoire d'un deuil impossible. On parle de deuil ambigu, en psychologie.
En théorie, on vous explique que maman est morte. Mais, pour des enfants, cette mort, tant qu'elle n'est pas matérialisée par des obsèques ou une sépulture, il y a toujours une petite musique qui dit qu'elle est peut-être partie fonder une autre famille, qu'elle préfère peut-être être avec d'autres enfants. Peut-être que papa n'est pas aussi méchant qu'on le pense. Ce deuil va enfin pouvoir démarrer. Maintenant, ils ont 5 ans de plus. L'indécence des propos de C.Jubillar et de son avocat vont leur revenir via les réseaux sociaux, les médias ou la presse. On parle souvent des enfants comme des témoins. Ce sont surtout des covictimes. Ils ont vu la violence verbale, psychologique du père. Il fumait des heures durant la journée.
Ce sont des enfants polytraumatisés. Il y a ce nouveau deuil qui va sortir de cette ambiguïté pour devenir réel. Ca va démarrer. - N.Perez: C'est compliqué pour ce petit garçon qui a vu cette violence. Il y a un an, on a rencontré M.Chmani, la seconde avocate des enfants. Elle nous a rapporté une anecdote incroyable. Elle nous expliquait que Louis, à l'école, avait fait une fugue avec une petite camarade de classe. C'est la famille de Delphine qui s'occupe de l'enfant. Cet incident là, personne ne s'y attendait. La petite fille lui a expliqué que son papa était violent.
Le petit Louis a voulu la protéger. Ils ont fugué. C'était fin juin. Ils ont été retrouvés à quelques kilomètres. Il n'y a pas eu d'incident. Ils ont retrouvé les 2 enfants. Mais le petit se sent responsable, maintenant. Il se dit qu'il doit empêcher la violence. - D.Rizet: Avant le procès, il y aura les obsèques de Delphine. Ce qu'on raconte ici sur les enfants de D.Jubillar, c'est l'histoire de tous les enfants dont les mamans sont tuées par leur père.
La mère est morte et le père est en prison. 123 histoires de féminicides en France l'an dernier. Il y a aussi des féminicides par procuration. Le type tue les enfants mais pas la mère. C'est encore autre chose. On va suivre les obsèques. Les journalistes seront là. Derrière, il y aura Eliyah et Louis qui auront grandi. Ils seront là pour les obsèques de leur maman. - A.Casse: Il y a eu l'affaire Lyhanna. 70 000 dossiers de violences sexuelles sur les enfants ont été réexaminés. 15 000 plaintes supplémentaires enregistrées.
C'est à Paris qu'il y a le plus de dossiers. Plus de 13 000, puis Douai, Aix-en-Provence et Rennes. - La France entière attendait des réponses. Mercredi, à l'Assemblée nationale, l'heure des comptes a sonné. - Ma question est simple. Vous avez demandé aux tribunaux d'étudier en urgence les plaintes concernant les mineurs dans notre pays. Où en êtes-vous? - Il y a eu plus de 69 000 dossiers d'affaires criminelles connues par les parquets et délictuelles qui ont été étudiés. Plus 15 000 plaintes découvertes chez les services enquêteurs. Cela porte à plus de 85 000 plaintes recensées dans les parquets de la République. - En 5 semaines, 675 pédocriminels présumés ont été placés en détention. Le résultat d'un travail titanesque exigé dans tous les tribunaux de France. A Alès, le procureur a dû étudier en urgence 200 dossiers de violences sexuelles sur mineurs. - Ce sont des dossiers qui remontent à 2023, 2024 ou 2025.
- Ces enquêtes étaient au point mort jusque-là, comme cette affaire où un homme est soupçonné d'avoir violé ses neveux de 5 et 7 ans au moment des faits. Une plainte tombée dans l'oubli depuis 3 ans. - Le dossier était dans les services d'enquête et n'avait pas fait l'objet d'investigation particulière parce que les services d'enquête sont débordés, parce que parfois les services d'enquête ne mesuraient pas la gravité de certains dossiers. - Les plaintes traitées ont plus de 14 mois d'ancienneté en moyenne.
Cette avocate défend des victimes de viol et se réjouit d'avoir vu l'un des dossiers avancer enfin. - Ca faisait un an qu'il ne se passait plus rien dans cette procédure. Les choses sont allées très vite. La personne a été mise en garde à vue une semaine après notre courrier et placée en détention provisoire. - Un sursaut provoqué par le traumatisme de l'affaire Lyhanna. Le meurtrier présumé, J.Barella, un multirécidiviste jamais inquiété malgré de multiples plaintes et signalements toujours classés sans suite, perdus ou sous-évalués. Des défaillances à la chaîne. Le tollé est national. - Aujourd'hui, les citoyens savent que ça dysfonctionne, que la justice dysfonctionne, qu'il y a un manque de moyens mais aussi un problème de mentalité. - Le gouvernement reconnaît alors des manquements, réclame des sanctions et met la pression. - C'est d'abord l'urgence absolue, une mobilisation générale que je demande aux procureurs généraux. Pour le 14 juillet au plus tard, je leur demande de faire cela avec les services enquêteurs. - J.Barella a été mis en examen cette semaine. Pourquoi aura-t-il fallu un tel drame pour provoquer cette prise
de conscience? L'association Innocence en danger, qui défend les enfants victimes, s'inquiète pour l'avenir. - Ce n'est pas parce qu'on demande aux procureurs de gérer en urgence 85 000 plaintes que le problème est réglé. On met un sparadrap sur une hémorragie externe. On veut vraiment un changement de fond sur la manière de traiter ce type de dossier. Comment forme-t-on les gendarmes, les policiers? Comment on récolte la parole des enfants? C'est là, le fond du problème. - Le traitement express des plaintes a été possible au détriment d'autres enquêtes mises en cause depuis plusieurs semaines. Aucun recrutement ni formation des magistrats a été annoncé depuis l'affaire Lyhanna.
- A.Casse: Question. - J.Rozenblum: C'est ce qui me fait peur systématiquement. Nous, professionnels de santé, femmes, associations, on connaît tellement ces histoires. En France, 160 000 enfants chaque année sont victimes d'inceste et de violences sexuelles. Un enfant toutes les 3 minutes. L'émission dure depuis une petite heure. Un enfant meurt sous les coups de ses parents tous les 5 jours. On le sait. Les mères protectrices, qui essayent de se substituer à la justice pour mettre à l'écart un enfant, sont systématiquement jugées et séparées de l'enfant. On met les enfants dans des foyers. Quand on donne un ordre à la justice, la justice se mobilise bizarrement, et revoit les plaintes mises à l'écart. Ce n'est pas vraiment une question de moyens.
Il est intéressant que les Français se rendent compte du nombre de plaintes en attente. La justice a du mal à voir une urgence. Quand un enfant de quelques années parle d'un sexe d'homme adulte... Il faut se faire les images. Il faut arrêter de dire "inceste". Ce sont des sexes d'adultes dans des corps d'enfants qui ont parfois des couches encore. La justice a encore du mal à voir que c'est une urgence extrême. Un prédateur peut violer des centaines de fois. Il y a des dizaines de victimes. Il y a un problème dans le fait d'écouter les enfants et d'imaginer qu'ils ne sont pas des menteurs. On a eu un peu ce réflexe-là en parlant de Delphine tout à l'heure. "Oui, mais le crime passionnel"... - A.Casse: C'est ce que disent ses avocats. - J.Rozenblum: Les comportementalistes
de la gendarmerie l'ont dit. Chez C.Jubillar comme chez tous les agresseurs, il n'y a pas de troubles du comportement ou de psychose. Ce sont des hommes violents, point. - A.Casse: On n'imagine pas combien ce phénomène est répandu. Les propos de G.Darmanin sont passés inaperçus. On a pu voir combien de personnes se connectaient au site pédocriminel. Ca s'allumait dans chaque rue de chaque commune de France. - J.Rozenblum: Pour l'affaire de Mazan, le forum qui a servi de site de recrutement à D.Pelicot
a fermé un temps, puis a rouvert quelques mois après. De nouveau, les prédateurs font leur recrutement. La cyberpédocriminalité, c'est un drame. Rappelons que pendant les vacances, 40 % des photos et vidéos que les parents mettent de leurs enfants circulent sur le Dark Web. Les gens ne prennent pas la mesure. Vous avez raison de signaler qu'il ne faut pas oublier cette Lyhanna et de ne pas attendre un prochain drame pour s'émouvoir de nouveau, comme si c'était la 1re fois qu'on l'apprenait. - A.Casse: On passe à vos questions.
Je veux bien des réponses courtes. - F.Daoust: Ca dépend de la dégradation de la moelle osseuse et des traitements nécessaires pour essayer d'en extraire quelques cellules afin d'avoir de l'ADN. Je vais faire une réponse qui ne va pas satisfaire les téléspectateurs, mais ça peut aller de 24 heures à 5 à 6 jours. De mémoire, il doit y avoir plus de 200 prélèvements faits de différentes manières pour traitement. Au fur et à mesure des différents traitements, il y a une tentative d'extraction pour arriver à avoir un profil ADN. - A.Casse: Question. - F.Daoust: Ca, c'est le juge d'instruction. Fort des éléments qui lui sont donnés par les experts, par des enquêteurs, par tout ce qu'il a vu par lui-même avec le greffier sur place, il peut dire qu'on a l'impression que c'est le champ qui a servi d'épandage.
L'épandage s'est fait sur de multiples champs, sur 200 ha. Et pas forcément le champ sur lequel a --ont été retrouvés les restes de la dépouille de D.Aussaguel. - A.Casse: Question. - D.Rizet: Ca s'impose parce qu'il y a des expertises qui vont prendre du temps. On va refaire des expertises psychiatriques, psychologiques. Il faudra faire une reconstitution. Ce sera au domicile, sur le lieu du crime. On a le lieu de la découverte du corps, le fameux champ, et le lieu du crime. Il faudra y revenir, lui demander s'il accepte de participer. - A.Casse: Dans la maison, donc.
- D.Rizet: Oui, la maison si particulière. Il faudra refaire les gestes. Il peut y avoir une 2e reconstitution. Il y a le départ en voiture depuis chez lui, sur ces chemins pris par Ronan, dans les petites routes jusque dans le champ. Ce qui serait vicieux de la part des magistrats, ce serait de lui dire: "On est le 21 septembre, on attend le 15 décembre pour lui demander d'aller là-bas et de creuser avec ses doigts dans le fumier." Ma famille est une famille d'agriculteurs. Le fumier, ça gèle. Si vous donnez un coup de botte dans du fumier en décembre ou janvier, si le sol est gelé... Il faudra connaître les conditions météo de décembre 2020. Pour gratter avec les doigts du fumier gelé...
Peut-être que ça marchera. - A.Casse: Je n'ai pas ma réponse. Quel intérêt il y a à obtenir un report? - D.Rizet: Aucun intérêt. Il veut aller au procès en appel et donner sa version: "J'ai tué ma femme, mais je ne voulais pas que ça se passe comme ça." - N.Perez: On aura les résultats de toutes les expertises scientifiques. L'intérêt, c'est que si toutes ces expertises n'ont pas donné de réponse, il sera à l'aise pour fournir la version qu'il souhaite fournir. - R.Folgoas: C'est une très bonne question. Il aurait pu passer aux aveux de manière plus officielle quelques semaines auparavant plutôt que le 6 juillet. Les avocats ont parlé d'un processus de maturation. Pourquoi attendre le 6 juillet? Il aurait pu le faire plus tôt. Il y a peut-être une stratégie.
- D.Rizet: Il aurait pu se désister de son appel. - A.Casse: Il espère une peine plus légère. Merci à tous. Je vous souhaite un très bel été sur France 5.