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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 16 juillet 2026 10 min

Le Berger et les Ours de Max Keegan

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

France Culture, les matins d'été, Bérangère Bonte.

0:06
Invité

Il est partout dans les conversations, les émissions de radio ou de télé, chacun a son récit de l'homme qui a vu l'ours, qui a vu le mouton et fait pleurer les jeunes bergères. Mais l'animal, lui, n'apparaît jamais dans Le berger et les ours, en salle depuis hier. Premier long-métrage documentaire du cinéaste anglo-irlandais Max Keegan qui a promené sa caméra dans cette partie de l'Ariège où l'ours a été réintroduit dans les années 90 suite à la mort de la dernière femelle de souche pyrénéenne. Et disons-le tout de suite, il fait plutôt l'unanimité contre lui, cet ours. Bonjour Max Keegan.

0:42
Présentateur

Bonjour.

0:42
Invité

Quand j'ai dit attention voilà l'ours, c'est pas de vous que je parlais, bien entendu. Comment un anglo-irlandais originaire du Sussex se retrouve au fin fond des Pyrénées sur une histoire d'ours ? Comment c'est venu ?

0:54
Présentateur

C'était une hasarde complète. En fait, j'étais dans le sud-ouest de l'Angleterre en train de faire un court-métrage dans une communauté écologique.

1:02
Invité

En Angleterre ?

1:03
Présentateur

En Angleterre, dans le sud-ouest. Et j'ai croisé quelqu'un là-bas qui a passé un peu de temps dans le monde agricole, dans les Pyrénées. Il me parlait de la transhumance et tout ça. Et je me rappelle très bien, j'étais en rentrant de ce tournage dans une bus, en train de googler la région, parce que je ne connais pas du tout à l'époque. Et j'ai tombé sur un article qui a dit « 200 brebis morts dans une attaque d'ours ». Et je ne savais même pas qu'on avait des ors ici en France. Donc, j'étais devenu un peu fasciné par ce sujet, vu que, bien sûr, j'ai énormément d'inquiétudes au niveau écologique.

Mais j'ai aussi apprécié que c'était un truc qui était dur à vivre pour des gens sur le terrain qui bossent avec les animaux. Donc, j'étais juste intéressé de savoir qu'il y a un sujet sur lequel il n'y a pas de vraies réponses certaines. Et qu'il y a deux choses qui sont contraires à l'idée de remettre et de protéger la biodiversité. C'est très bien, mais en même temps, il faut aussi que des gens soient d'accord. Et j'étais aussi émué par les histoires des bergers et des éleveurs.

2:15
Invité

Vous ne parliez pas un mot de français à l'époque, bravo au passage, quand vous avez débarqué dans ce village de l'Ariège. Comment, dans votre franco-anglais, non, vous ne parliez pas anglais, j'imagine, comment vous les avez convaincus, ces villageois, de vous faire confiance ?

2:32
Présentateur

C'était Dior, au début, bien sûr, et j'ai appris en faisant le film avec eux. Donc, j'ai eu énormément de chance d'avoir notre co-protectrice, Elinor Voizard, qui est française, et notre chef-op, Clément Beauvoir, qui était venu avec moi pendant les deux ans de ce tournage. Et vers le début, c'était plus... Pas direct la traduction, mais juste pour faire comprendre à des gens qu'est-ce qu'on fait.

2:58
Invité

Et vous leur avez présenté le sujet comment ? C'est-à-dire sur l'ours, sur le pastoralisme ? C'était quoi ce que vous leur avez vendu, entre guillemets ?

3:06
Présentateur

Sur le deux, en fait. Et on avait dit, c'est pas un documentaire qui va présenter un argument ou un autre, on va juste présenter les deux arguments, et être avec vous, et faire un truc avec un peu de profondeur.

3:20
Invité

De l'écologie a permis la réintroduction de deux ours en mariage, dans la zone frontalière avec l'Espagne. Ce programme de réintroduction des ours fait face à une forte opposition de la part des communautés rurales.

3:49
Présentateur

Est-ce que l'ours a le droit de vivre ici ou pas ?

3:52
Invité

Et ceux qui n'avaient qu'à faire, ils avaient qu'à les protéger ceux qui avaient avant, pas les exterminer.

3:55
Présentateur

Et là, je vois l'ours, et là, j'ai eu peur, j'ai eu la peur de ma vie.

3:58
Invité

Parce qu'en final, nous, on a quoi ? Une pauvre lumière ?

4:01
Présentateur

Dieu ne tira pas en réel, tu vas voir qu'il ne va pas tirer.

4:03
Invité

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas que le 21e siècle, le deuxième part de la génération future,

4:11
Locuteur

celui d'un crime de l'humanité contre la vie.

4:18
Invité

On a reconnu Jacques Chirac, dont les habitants de l'Ariège vous ont peut-être raconté, qu'on dit qu'il a pleuré en Conseil des ministres quand la dernière ours pyrénéenne est morte, Canel, tué par un chasseur. On n'entend pas beaucoup les défenseurs de l'ours, d'ailleurs, sauf à la radio, à la télé. Pour quelles raisons ?

4:37
Présentateur

Parce que ce film-là, on n'essaie pas d'expliquer au niveau écologique pourquoi on l'aimait. C'est vraiment une histoire personnelle des gens qui vivent avec. Donc, le parti écologique s'est présenté par Cyril, ce jeune photographe qui est fasciné par l'ours et qui essaie de retrouver. C'est aussi dur dans un film observationnel. On avait envie de présenter un truc plutôt émotionnel qui passe dans la vérité. Plus que des paroles des gens, on fait part des interviews, on ne demande pas aux gens de parler et d'expliquer. On est juste là pour un témoignage.

5:10
Invité

On suit donc toute une petite communauté, en fait, jour après jour. Il y a Cyril dont vous parlez, ce lycéen ornithologue qui est peut-être le moins hostile à l'ours, on va dire. Il y a Yves le Vieux Berger, qui est un personnage formidable. Vous les avez choisis, d'ailleurs, ces personnages, où ils se sont imposés à vous dans le groupe ?

5:31
Présentateur

On avait rencontré énormément du monde pour faire le casting pour ce film parce que dans un film observationnel, il fait en fait une histoire qui passe pendant le tournage. Donc, tout ce qui était venu avant, on n'a pas le droit de raconter. Donc, on a choisi Yves parce qu'il était à la fin de sa vie professionnelle et il cherchait quelqu'un pour le remplacer. Et on savait qu'il va finir vers le fin de notre période de tournage, qui était deux ans. Et puis, Cyril, il était dans une période de changement dans sa vie aussi. Il était adolescent, donc c'est Sœur qui va quitter l'école et tout ça. Donc, c'était un peu pour ça.

On a choisi ses caractères, mais on a rencontré presque tout le monde dans ce région.

6:11
Invité

On comprend au fil du film la difficulté justement pour Yves à trouver un successeur. Il y a cette jeune fille en larmes. Il y a une envie manifestement de reprendre le flambeau et puis il y a une charge qui est trop lourde. Pour quelles raisons, finalement ? Pourquoi ils ne reprennent pas tous les uns les autres ce travail ? Ce n'est pas seulement à cause de l'ours.

6:35
Présentateur

Non, je pense qu'en fait, l'or, ça fait partie des trucs difficiles pour des éleveurs, pour des bergers. Mais il y a énormément de prêchants partout dans le monde agricole. Et ce n'est pas uniquement en France. Pareil en Angleterre, on a très peu de jeunes qui reprennent ces métiers traditionnels d'or. Et c'est rude, c'est vraiment rude d'être bergère en Ariège, en montagne.

6:58
Invité

Ça, c'est sûr.

6:59
Présentateur

Et au niveau économique, c'est aussi très très dur.

7:02
Invité

C'est dur aussi de filmer l'Ariège parce que l'image est magnifique. C'est très esthétique avec des plans dans la brume du petit matin. Mais on imagine que ça se mérite d'aller... Ce genre de plan, c'est tôt, c'est escarpé, c'est physique comme tournage.

7:19
Présentateur

Oui, c'était très physique et si tu veux, tout le travail agricole, ça commence très très tôt le matin. Et nous, pour tourner, il faut qu'on prépare tout le matériel, qu'on arrive. Donc, ça a nous arrivé énormément de fois de se réveiller à deux heures du matin, faire une heure de route, une heure de piste, puis monter par pied et commencer le tournage à cinq heures.

7:41
Invité

Deux ans de tournage.

7:43
Présentateur

Deux ans de tournage, oui.

7:44
Invité

On parlait de l'ours, mais on ne dit pas quand même que l'ours est herbivore.

7:50
Présentateur

Non.

7:52
Invité

Non, mais je veux dire, il y a des moutons qui meurent et parfois, on comprend qu'il y a... L'ours fait peur aux moutons qui se précipitent parfois dans la pente. Mais il y a quand même un... Ça, par exemple, vous ne l'avez pas creusé ?

8:10
Présentateur

Le fait qu'il mange les légumes et tout ça ? Oui, mais on n'est pas là pour présenter... Ce n'est pas un documentaire animalier, même si ça parle des animaux. Nous, on était surtout concentrés sur les histoires humaines. Et donc, ça n'a pas vraiment rentré dans notre être.

8:27
Invité

Il y a plusieurs colères qui s'entremêlent. C'est-à-dire, l'ours, c'est presque un prétexte. Mais en fait, le nœud, c'est aussi Paris qui nous envoie, nous, ici, dans l'Ariège, ces ours, alors qu'on n'en a rien demandé. En fait, il y a une sorte de mépris, on peut dire, de ressenti dans ce territoire. C'est ça aussi que vous avez filmé ?

8:48
Présentateur

Oui, c'est ça, c'est ça. Mais je pense que quand même, l'ours, ça représente, comme je t'ai dit, énormément d'autres problèmes. Et en fait, tout tombe sur l'ours. Toute la colère par rapport aux difficultés bureaucratiques, qui n'ont rien à voir avec l'ours. Enfin, la colère, ça se mise sur ce sujet-là.

9:07
Invité

Ils ont vu le film, tous ?

9:09
Présentateur

Bien sûr. C'était un promet dès le début, quand on y va et on présente le film, avant de finir le montage. Heureusement, tout le monde était très content. Ils ont réagi comment ? Yves a donné un jambon entier, le berger. Donc, pour lui, je pense que ça s'est validé. Cyril et sa famille ont adoré aussi. Et Lisa, elle a pleuré.

9:28
Invité

Merci beaucoup, Max Keegan. Le film s'appelle « Le berger et les ours ». Et c'est en salle, donc, dès aujourd'hui, dans toute la France. Et peut-être en Grande-Bretagne, d'ailleurs, aussi. Merci beaucoup d'être passé par les matins d'été.