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interviewRadio J — L'interview politique· 11 novembre 2025 14 min

Gilles Boyer - L'interview politique du 11/11/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

7h45 sur Radio-J, place à l'invité politique du jour, Gilles Boyer, député européen Renew, donc, est au micro de David Rovodallon. Bonjour Gilles Boyer. Bonjour David, je vois que tout le monde est Renew ce matin.

0:20
Gilles Boyer

Absolument, absolument, c'est la tendance en ce moment, vous le savez. Vous nous parlez depuis Bruxelles. Est-ce que, je vais d'abord vous poser une question sur l'actualité d'hier et bien sûr la sortie du président Sarkozy de la prison de la santé après la décision de la cour d'appel de Paris. Il a interdiction de rentrer en contact avec le garde des Sceaux, Gérald Darmanin. Un commentaire sur cet événement important, puisque les chaînes d'info en ont fait leur miel hier toute la journée.

0:50
Présentateur

On ne comprend pas véritablement ce que cette incarcération a apporté, ni à la manifestation de la vérité, ni à la manifestation de la justice. Et l'interdiction qui lui a été faite de rencontrer le garde des Sceaux, elle s'explique sûrement juridiquement, mais je n'en ai pas une explication politique. Gérald Darmanin a rendu visite à Nicolas Sarkozy en prison, comme il peut le faire avec n'importe quel détenu de France. Et je m'en tiendrai là, parce que je n'ai pas tous les éléments juridiques pour vous répondre.

1:21
Gilles Boyer

Alors, avant d'aborder la situation politique, une question diplomatique. Emmanuel Macron, Anouche Kaldizé reçoit aujourd'hui Marc Moudabas, président de l'autorité palestinienne à l'Elysée. Est-ce que, selon vous, c'est un interlocuteur valable pour la diplomatie française, pour construire la paix au Proche-Orient ?

1:40
Présentateur

Écoutez, en l'état, il y en a-t-il d'autres ? C'est la question que je vous poserai, et Emmanuel Macron reçoit, comme c'est son rôle, les interlocuteurs qui sont aujourd'hui disponibles pour le faire. Dans l'attente que nous attendons tous d'une nouvelle organisation dans cette région, je crois que les plans de paix sont prometteurs, ils comportent encore un certain nombre d'interrogations auxquelles nous devons répondre. Mais dans cette attente, je comprends tout à fait que le président de la République est à cœur de maintenir le dialogue avec les interlocuteurs qui sont à sa disposition.

2:16
Gilles Boyer

Alors, je le disais, vous nous répondez depuis Bruxelles. Quel regard on porte là-bas et dans les instances européennes sur la situation de la France, le blocage politique qu'elle connaît, et sur le président Macron qui, il faut le dire, est quand même bien encalminé depuis quelques semaines ?

2:33
Présentateur

Écoutez, nos collègues des 26 autres États membres de l'Union européenne manifestent auprès de nous beaucoup de questions, d'interrogations sur la situation politique en France. D'abord, parce que la France a toujours, en tout cas depuis plusieurs décennies, représenté une forme d'insécurité financière et budgétaire. L'accumulation de nos déficits et de notre dette suscite évidemment de l'inquiétude. Mais à cette inquiétude s'est rajoutée depuis un an et demi, depuis la dissolution, une instabilité politique qui préoccupe beaucoup nos partenaires. Et je dirais même qu'elle les préoccupe encore davantage.

J'ai senti, lorsque le gouvernement de Sébastien Lecornu a pu se maintenir en fonction, une forme de soulagement. J'ai l'impression que nos partenaires valorisent davantage la stabilité politique que la stabilité financière, en tout cas à court terme. Il est certain aussi que pour retrouver son rang, son leadership en Europe, la France devra remettre de l'ordre dans ses comptes. Et c'est en partie ce que nous proposons avec Édouard Philippe, vous l'avez compris.

3:37
Gilles Boyer

Justement, est-ce que vous avez le sentiment que la France a beaucoup perdu en crédibilité, à la fois pour son incapacité à revenir dans les clous du pacte de stabilité, les fameux 3%, et pour cette instabilité politique que vous évoquiez ? Est-ce qu'on est moins crédible aujourd'hui politiquement vis-à-vis des 26 partenaires ?

3:57
Présentateur

Disons que nous sommes en situation, dans une situation où nous devons démontrer notre capacité à redresser nos finances publiques. Vous avez en souvenir tous les plans que nous avons présentés par le passé, et aucun ne s'est concrétisé. Et donc évidemment, nos partenaires ont quelques raisons de douter de notre parole lorsque nous promettons de redresser nos comptes pour l'avenir. Et c'est, je crois, très important dans la confiance que nous pouvons renouer ici dans les institutions européennes, et pour, encore une fois, la place de la France dans ces institutions.

4:30
Gilles Boyer

Alors justement, ici à Paris, l'examen des textes budgétaires avance. Samedi, les députés ont adopté la partie recette du projet de loi de financement de la sécurité sociale, le fameux PLFSS. Le texte a été expurgé de beaucoup de mesures d'économie qui étaient initialement prévues par le gouvernement. Qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce que le compromis politique valait ses sacrifices, puisque vous évoquiez à l'instant la nécessité de rétablir la crédibilité budgétaire de notre pays ?

5:03
Présentateur

Écoutez, nous sommes dans un moment où la stabilité politique a un coût. Sébastien Lecornu, notre premier ministre, pour se maintenir en fonction, a dû faire deux concessions importantes, renoncer au 49-3 et décaler l'application de la réforme des retraites. Ces deux concessions, nous les déplorons et nous les comprenons à la fois. Parce qu'en effet, comme je viens de vous le dire, l'instabilité gouvernementale avait sans doute un prix plus élevé encore. Pour autant, il est évident que ce prix n'est pas sans limite et que nous avons, comme tout le monde, au sein du groupe Horizon et Apparenté, nos limites et que nous apprécierons l'équilibre global à la fin.

Ce qui m'inquiète un petit peu, c'est que tous les jours, nous semblons avoir des revendications nouvelles, nous semblons avoir une créativité fiscale sans limite et nous semblons renoncer à diminuer nos dépenses publiques, ce qui pour nous doit être au cœur de la démarche budgétaire. Donc, de l'inquiétude, mais aussi un esprit de responsabilité. Nous ne serons jamais les ingénieurs du chaos, mais nous sommes comme tout le monde, nous avons nos limites et à l'intérieur du groupe parlementaire Horizon, qui compte 35 députés, c'est sans doute peu, mais enfin, on est bien content de les trouver au sein du groupe Horizon.

Nous sommes traversés par les mêmes contradictions que tous les autres groupes, je crois.

6:23
Gilles Boyer

Est-ce que vous estimez qu'on a fait trop de concessions aux socialistes parce qu'ils ont obtenu l'abandon du 49.3, la suspension de la réforme des retraites, mais de plus en plus de petites mesures fiscales ici et là, qui fait qu'on a l'impression que, comme disent les jeunes, les socialistes prennent la confiance un petit peu.

6:43
Présentateur

Oui, la question, quand est-ce que ça s'arrête ? Les socialistes mettent deux lignes rouges, comme je l'ai rappelé, le 49.3 et la suspension de la réforme des retraites. Une fois qu'ils ont obtenu ça, ils en inventent d'autres. Et puis tous les jours, ils en inventent d'autres. Donc la question, c'est où est-ce que ça s'arrête ?

Évidemment, en gagnant le vote des socialistes ou leur abstention, le gouvernement de Sébastien Lecornu court le risque à chaque instant de perdre d'autres votes de députés tout aussi importants, le vote des Républicains, bien sûr, mais aussi certains votes du groupe Horizon où certains députés sont très déconcertés par ce qui se passe, mais je crois que nous ne sommes pas les seuls.

7:22
Gilles Boyer

Alors, vous parliez d'Édouard Philippe, dont vous êtes proche. Vous avez été son conseiller spécial à Matignon de 2017 à 2019. Il est actuellement le seul candidat déclaré pour 2027 au sein du Bloc Central, même s'il y a beaucoup d'autres compétiteurs en puissance. D'abord, est-ce que vous pouvez nous donner un peu des nouvelles ? Comment est-ce qu'il va ? Est-ce qu'il se prépare activement ?

7:44
Présentateur

Écoutez, merci de prendre des nouvelles. Édouard Philippe a choisi... Non, mais on s'inquiète, on s'inquiète. Bon, mais il ne faut pas s'inquiéter. Édouard Philippe a choisi de déclarer sa candidature. En effet, au moment où il avait pris sa décision, il n'a pas jugé devoir tergiverser, retarder les échéances. À partir du moment où il avait décidé, il a choisi de le dire aux Français. Je n'ai jamais pensé que ce serait le seul candidat sur la ligne de départ. Et donc, évidemment, il est engagé dans un travail de long terme. Il a créé, vous le savez, le parti Horizon il y a maintenant 4 ans, qui constitue pour lui, évidemment, une base très solide d'élus, de cadres, de militants.

Et puis, il réfléchit, évidemment, avec les groupes de travail que nous avons mis en place, à son projet ambitieux, qu'il a choisi de dévoiler après les élections municipales, donc à partir du mois d'avril prochain. Et donc, nous sommes dans une phase de préparation, qui est pour l'essentiel sous-marine, mais qui, de temps en temps, comme vous l'avez vu, suscite une intervention de sa part dans le débat public sur les sujets qu'il estime importants et urgents.

8:44
Gilles Boyer

Alors, justement, intervention où il était sorti un petit peu des radars sous-marins. Il avait plaidé il y a quelques semaines pour une présidentielle anticipée, seule solution digne, je le cite, pour mettre fin à l'instabilité. Et cette déclaration, évidemment, elle avait pas mal fait réagir et été désapprouvée par certains au sein du Bloc central. Est-ce que c'était une erreur, d'après vous ?

9:06
Présentateur

Il va falloir s'habituer, David Rovaud-Dallon, à ce qu'Edouard Philippe dise ce qu'il pense, dise sa vérité. Vous avez eu raison de citer la phrase telle qu'il l'a prononcée. Il n'a pas appelé le président à démissionner. Il n'a pas appelé à sa destitution, comme le font d'autres groupes politiques. Il a estimé qu'en l'état, la situation actuelle de blocage de nos institutions, qui est tout à fait dommageable à leur bon fonctionnement, il estime toujours qu'une élection présidentielle anticipée est la seule solution pour repartir du bon pied et engager des réformes indispensables. Je suis certain que cette prise de position a suscité des critiques.

Je crois aussi qu'il y a beaucoup de gens qui ne peuvent pas le dire et qui partagent ce point de vue.

9:52
Gilles Boyer

Alors, un mot sur les rapports de force. Il y a un peu plus d'un mois, fin septembre, un sondage de l'IFOP sur la présidentielle donnait une avance comportable au Rassemblement national, 33 à 35 % des intentions de vote, que ce soit avec Jordan Bardella ou Marine Le Pen. Dans le camp du président, seul Edouard Philippe sortait la tête de l'eau, avec 19 % et 16 % dans une configuration où Raphaël Glucksmann se présentait à gauche. C'était tout de même une chute par rapport à avril, puisqu'à l'époque, je le rappelle, Edouard Philippe atteignait encore 22 à 26 %. Est-ce que ça vous inquiète, ce dévissage, si j'ose dire ?

10:26
Présentateur

Je suis un peu vacciné des sondages pour des raisons que vous comprendrez. Nous avons les mêmes souvenirs, je crois, David Rebaud-Dallon. Absolument. Et d'ailleurs, lorsque Edouard Philippe était plus haut dans les sondages, on me demandait si je n'étais pas inquiet, qu'il ne soit pas trop haut, trop tôt. Vous voyez, maintenant qu'il y a un certain rééquilibrage qui sera temporaire, il y aura des hauts, il y aura des bas durant les 18 mois qui nous restent, on me demande si je ne suis pas inquiet de la baisse. Voilà, ça va, ça vient. Les sondages ne doivent jamais être un baromètre de nos décisions ou de notre action.

Nous les regardons, évidemment, comme tout le monde, mais elles ne déterminent pas les choix ou la stratégie.

11:07
Gilles Boyer

Alors, pour les auditeurs, je vais décrypter un peu ce que vous avez dit. Vous avez une longue expérience en matière de sondage parce que vous avez été un proche collaborateur d'Alain Juppé. Vous êtes bien placé pour savoir qu'à un an et demi de la présidentielle, le favori des sondages est rarement élu à la fin. D'ailleurs, ce n'était pas seulement le cas d'Alain Juppé, mais on peut citer Edouard Balladur, Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn et même François Fillon.

11:31
Présentateur

C'est ce qu'on me disait lorsque Edouard Philippe semblait être le favori, David, il n'y a pas plus tard qu'un mois ou deux.

11:36
Gilles Boyer

Est-ce qu'il va falloir une primaire pour départager les candidats au sein du bloc central ? Parce qu'on le disait, effectivement, seul Edouard Philippe est déclaré, mais on sent beaucoup d'appétit, beaucoup d'ambition. Comment faire pour faire émerger un candidat ? Je crois qu'Edouard Philippe, lui, est totalement opposé à cette hypothèse.

11:56
Présentateur

Oui, nous y sommes défavorables. Et d'ailleurs, je note que ceux qui plaident pour une primaire ne sont absolument pas d'accord sur son périmètre. Vous voyez, certains veulent inclure Renaissance et exclure LR. Certains veulent une primaire de Gérald Darmanin à Sarah Knafow, donc qui exclurait Edouard Philippe. D'autres refusent absolument d'inclure Reconquête. D'autres voudraient la circonscrire aux Républicains. Donc, personne n'est d'accord sur le périmètre. C'est la grande différence avec la situation en 2014, lorsque nous avons organisé la grande primaire de la droite et du centre, qui a rassemblé près de 4 millions et d'autres votants, un grand succès populaire.

Vous vous en souvenez, vous rappeliez ces circonstances-là. Et donc, je ne vois pas comment... Je me souviens de la lourdeur de l'organisation à l'époque qui était requise, nécessaire du travail de préparation. Je ne vois pas comment, dans l'année qui vient, nous pourrions aboutir, sachant que personne n'est d'accord sur qui devrait voter, quand et comment.

12:56
Gilles Boyer

Merci beaucoup, Gilles Boyer, pour toutes ces réponses. On aura l'occasion d'en reparler, bien sûr, de la candidature d'Edouard Philippe. Et à très bientôt sur Radio-J. Très bonne journée.

13:06
Présentateur

Merci à tous les deux. Et demain, David Ravaud-Dallon, vous recevrez Marc Fénault, le député Modem. Non, pardon, Marc Fénault, c'est jeudi.

13:14
Gilles Boyer

C'est jeudi. Demain, ce sera François Sauvadet, le président de l'Association des départements de France.

13:19
Présentateur

Eh oui, parce que moi, j'étais déjà mercredi dans ma tête. Absolument, absolument.

13:21
Gilles Boyer

Vous avez vraiment envie que ça se finisse.

13:23
Présentateur

Non, pas du tout. Je prends évidemment beaucoup de plaisir à être avec vous. Effectivement, Marc Fénault, ce sera ce jeudi. À demain, David.