Aller au contenu
Tous les transcripts
Discours / meetingFrançois-Xavier Bellamy· 18 juin 2021 9 minAutoproduitFond programmatiqueÉducation & rechercheÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

La crise éducative est aggravée par ces réformes néfastes

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:58Invité politiqueChiffre
    « 20 % des jeunes français sont dans une situation d'illettrisme totale ou partielle. »

Temps de parole

  • François-Xavier Bellamy100 %

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
François-Xavier Bellamy

Bonjour à tous ! Aujourd'hui, c'est le premier jour du bac 2021 : un bac qui aura été sérieusement amputé puisque seule l'épreuve de philosophie est vraiment passée par écrit. Je voudrais saisir cette occasion d'abord pour souhaiter bonne chance à tous ceux qui passent le bac cette année, mais aussi pour revenir malheureusement sur le fait que leur bac leur a été volé. Parce que aujourd'hui, la crise éducative profonde que traverse la France, fait que ce diplôme malheureusement, nous le savons tous, a perdu beaucoup de sa substance, a perdu beaucoup de sa valeur.

Il y a quelques décennies, en 1985, lorsque la France a pour la première fois décidé de se donner cet objectif de porter 80% d'une classe d'âge au bac, seuls 30% des jeunes français avaient le baccalauréat.

Aujourd'hui, nous sommes effectivement arrivés à ce seuil de 80%, mais, dans le même temps, nos résultats n'ont cessé de se dégrader, et toutes les enquêtes internationales montrent aujourd'hui à quel point nous sommes en difficulté dans la transmission des savoirs les plus fondamentaux - vous le savez, je vous en ai déjà bien souvent parlé : dans la maîtrise de la lecture, de l'écriture, nous savons qu'aujourd'hui 20 % des jeunes français sont dans une situation d'illettrisme totale ou partielle. En tous les cas, en très grande difficulté dans la simple maîtrise de la lecture. 20% des jeunes français, un jeune français sur cinq à sa majorité !

Et c'est la statistique officielle de l'Éducation nationale qui nous le dit... Nous savons par ailleurs que la France se classe aujourd'hui dans les derniers dans les enquêtes internationales, en particulier sur le plan européen. Par exemple, la dernière enquête TIMSS a montré que la France était dernière en Europe pour l'apprentissage des mathématiques, la dernière ! Il n'y a pas de pays européen qui fasse moins bien que nous.

Et c'est un sujet majeur évidemment, parce que c'est notre avenir qui se dessine, c'est l'avenir bien sûr de notre prospérité économique - si nous n'avons pas demain des jeunes qualifiés pour entrer sur le marché du travail, dans un monde en pleine transformation, alors il est certain que nous ne parviendrons pas à maintenir notre pays dans les grandes puissances mondiales, c'est donc aussi évidemment notre avenir du point de vue de notre souveraineté, de notre capacité d'indépendance et de rayonnement dans le monde qui se dessine, et évidemment c'est l'avenir de notre démocratie, parce que pour faire une démocratie, il faut des citoyens qui soient capables de raisonner, qui aient un peu de recul historique, qui aient le sens de la logique, qui soient capables de rentrer dans les questions complexes que la politique nous présente.

Qu'est ce qui a été fait au cours des dernières années pour rétablir la situation ? Rien, et je crois même d'une certaine manière pire que rien. Puisque nous sommes aujourd'hui au moment du bac, c'est le moment de jeter un coup d'œil en arrière sur cette réforme du bac promue par Jean-Michel Blanquer, elle aboutit, et tous ceux qui nous suivent et qui sont parents, grands-parents, tous ceux qui sont lycéens le savent évidemment, à un lycée infiniment plus compliqué ; ce lycée à la carte, où il faut choisir des spécialités dès la seconde. Je sais comme professeur combien il est difficile pour beaucoup d'élèves de se déterminer quand ils sont déjà en deuxième année de classe préparatoire.

Alors comment demander à un élève de seconde de déjà décider son avenir ? Cette spécialisation précoce, elle se fait au détriment de la culture générale, parce que ce sont des heures de culture générale qui sont retirées aux élèves. On peut penser à l'apprentissage des mathématiques, pour lequel nous sommes tellement en difficulté, et qui va s'arrêter pour beaucoup d'élèves à partir de la fin de la seconde déjà !

Le plus grave, peut-être, dans tout cela, c'est aussi l'expérience du lycée, qui se trouve profondément transformée par le fait que les classes ont disparu aujourd'hui de ce lycée à la carte, de ce lycée individualisé, de ce lycée archipel pourrait-on dire, dans lequel un élève n'est plus à l'intérieur du groupe que constituait sa classe. Et un élève en difficulté, en particulier, ne sera plus rattrapé par les liens qu'ils pouvaient créer à l'intérieur de cette classe.

Il n'y a pas seulement la réforme du bac, qui était en même temps une réforme majeure du lycée, il y a aussi une autre réforme, dont personne ne parle - et je voudrais vous en dire un mot : c'est la réforme des concours de l'enseignement. Ces concours de l'enseignement font les frais de cette même logique, d'une logique qui, il faut bien le dire, représente le mariage paradoxal entre une idéologie pédagogiste, celle qui a fragilisé notre système éducatif depuis de trop nombreuses années, et puis une logique d'économie de courte vue, parce que c'est aussi de cela qu'il s'agit. La réforme des concours de l'enseignement, elle consiste en plusieurs changements majeurs.

Le premier c'est que, jusque là quand vous passiez un concours de l'enseignement, le CAPES par exemple, vous aviez deux oraux dans votre discipline : un professeur d'anglais passait deux oraux d'anglais, dans deux matières différentes de cette discipline. Aujourd'hui, sur ces deux oraux, l'un des deux sera retiré à l'aspect disciplinaire et deviendra un entretien de motivation.

Comme si un jeune candidat à l'enseignement, qui sait qu'il sera malheureusement très peu payé dans sa carrière, qui sait qu'il va devoir être le jouet d'une administration compliquée, qui sait aussi qu'il va au-devant des difficultés pédagogiques que l'expérience de l'enseignement représente aujourd'hui, comme si un jeune candidat à l'enseignement avait besoin de prouver qu'il est motivé !

Derrière cet entretien de motivation que l'on passera devant des agents du ministère de l'Éducation nationale qui n'ont jamais enseigné, il y a en réalité une forme d'occasions de sélection avec des biais politiques, avec des biais sociaux, là où jusque là, le grand honneur des concours de l'enseignement, c'était que on ne vous demandait que d'être bon dans votre matière, on ne s'intéressait pas à la question de ce que vous aviez fait avant, de votre horizon personnel, de l'endroit où vous aviez grandi, de vos convictions sur les questions politiques.

Ce qui comptait, c'était d'abord que vous puissiez faire la preuve de votre excellence dans la filière que vous aviez choisie, et ensuite c'était le travail du ministère de l'Éducation nationale d'accompagner, de former, de soutenir les professeurs, et de garantir qu'ils exercent leur métier en toute impartialité - ce qui malheureusement n'a pas toujours été vérifié avec assez de soins. Mais ça n'est pas à partir du concours de recrutement de l'Éducation nationale qu'on devrait s'enquérir de la question de savoir d'où vous venez, ce que vous avez fait dans la vie. Ceci n'a rien à voir avec vos qualités d'éducateur et d'enseignants pour demain.

Et malheureusement, malheureusement, pour la première fois, et bien nous sombrons dans cette pratique de recrutement, dans ces processus managériaux auxquels les futurs professeurs vont devoir se plier. Ces jeunes professeurs auront été, pour beaucoup d'entre eux obligés, dans leurs années de préparation, de dispenser des heures d'enseignement - là encore pour la première fois. Classiquement on se préparait aux concours, et ensuite ont commençait à enseigner. Le ministère aura sans doute vu là l'occasion d'utiliser à peu de frais une main d'œuvre qui ne sera pas encore titularisée.

Et on va donc faire enseigner des candidats au concours, dont certains par définition n'auront donc pas les concours, sans avoir jamais vérifié leurs capacités, leurs qualités, leurs compétences. On va les mettre devant des élèves à raison de 6, 8 jusqu'à 12 heures par semaine, pour une rémunération qui n'en est pas une, une petite indemnité. C'est une précarisation supplémentaire de tous ceux qui sont candidats et qui doivent préparer des concours exigeants, qui vont devoir faire face à une charge de travail énorme et totalement disproportionnée.

Bref, nous le voyons très bien, il y a ici une occasion supplémentaire de fragiliser l'enseignement et de diminuer la qualité des professeurs qui seront recrutés. On pourra demain recruter un professeur d'anglais en l'ayant écouté 20 minutes dans un oral d'anglais, et c'est tout ! Ce sera fini. Pour le reste de sa carrière, il sera désormais titulaire sur la foi de cet exercice extrêmement bref. En revanche, on aura pris soin de vérifier à travers cet entretien de motivation qu'il pouvait correspondre au profil attendu, peut-être, des futurs professeurs.

Bref, il y a là, je crois, malheureusement, l'occasion d'une nouvelle régression de notre système éducatif, et Jean-Michel Blanquer, en qui beaucoup avaient porté de grands espoirs, montre que, ayant été le directeur général de l'enseignement scolaire pendant de très nombreuses années, il continue d'appliquer la politique qui a fait la crise de l'Éducation nationale, et qui continuera de la faire reculer. Alors, face à tout cela évidemment, il est urgent de réagir. Urgent parce que c'est, je crois, la seule urgence, la plus grande urgence pour notre pays. La véritable urgence au fond, c'est l'urgence du long terme qu'est l'urgence de la transmission.

Il faut de nouveau investir sur la qualité de l'enseignement, et pour cela d'abord sur la qualité des enseignants, sur leurs formations disciplinaires, leurs connaissances, leur savoir. Il faudra évidemment revenir sur ces réformes néfastes. Il faudra tout miser demain, sur ceux que nous aurons choisis pour enseigner aux enfants de notre pays. On le sait très bien, les pays qui réussissent en Europe ne sont pas ceux qui mettent le plus de tablettes ou d'écrans dans leurs salles de classe, ne sont pas ceux qui vont le plus loin dans les innovations pédagogiques qu'on nous présente comme l'avenir.

Non, ce sont ceux qui misent le plus sur ce qu'on appelle l' "effet maître", c'est à dire sur la qualité des professeurs. Pour cela, encore faut-il choisir de mieux les rémunérer, ce qui suppose de réorganiser en profondeur le ministère de l'Éducation nationale. Sur un million de fonctionnaires, près de 200.000 ne sont pas devant des élèves. C'est là-dedans qu'il faut puiser les ressources pour mieux rémunérer ceux qui, devant les élèves, assument la mission fondamentale de l'école, qui est et qui doit rester de transmettre des connaissances. Car c'est de là que nous pouvons attendre toutes les autres réussites dont notre pays a besoin pour préparer son avenir.

Voilà quelques éléments que je voulais partager avec vous, c'est un grand sujet français, c'est aussi un sujet européen parce que l'Europe a besoin que la France retrouve confiance en son avenir, et elle ne pourra pas le faire si elle ne retrouve pas confiance dans ses formations scolaires et universitaires. C'est une raison supplémentaire de souhaiter le meilleur à tous les élèves qui passent leur bac cette semaine, le meilleur pour ce rite de passage important que le baccalauréat doit rester, mais aussi pour la suite de leurs études et de leur parcours. Dans chacune de leur formation se joue un peu de l'avenir de notre pays. Merci encore, et à très bientôt.