La première interview de Jean-Luc Mélenchon depuis le premier tour sur BFMTV en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est sa première interview depuis le premier tour de la présidentielle. Jean-Luc Mélenchon est l'invité exceptionnel de BFM TV, ici à la Cité du Cinéma, à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Bonsoir Jean-Luc Mélenchon. Bonsoir. Merci d'avoir accepté notre invitation. Il y a neuf jours, vous terminiez troisième de l'élection présidentielle avec 21,95% des suffrages. Cela représente 7 712 520 voix. L'écart avec Marine Le Pen, 421 000 suffrages. Est-ce que vous avez digéré ?
Je ne sais pas si un événement comme celui-là peut se digérer. Il confronte la pensée politique, l'individu, une situation tout de même assez extraordinaire pour qu'on ne puisse pas baliser ça d'un revers de main. Alors honnêtement, quand vous avez le sentiment qu'un destin, une tâche vous passe au bout des doigts comme ça, vous n'en sortez pas indemne. Je pense que je n'ai pas fini avec ça.
D'ailleurs, si vous permettez, est-ce que le soir du premier tour, quand les scores se sont resserrés vers 21h30, 22h, vous vous êtes dit « Ouh là, on y pense ».
Oui, bien sûr. J'ai pensé que ça pouvait se retourner. Je n'en revenais pas. J'avais quelques raisons d'être mécontent de l'écart que j'avais pu observer entre les sondages et le résultat. Tout le monde, après, s'est réfugié dans des arguments qui m'ont un peu fait sourire. Le vote utile, tout ça, on en va en parler tout à l'heure, sans doute. 4-5 points d'avance par rapport aux sondages. Bon, 5 points d'écart. Donc, quand même. Alors, on avait des raisons d'en être mécontents.
Mais sur le fond, si vous voulez, là, j'ai la pratique qui me permet de me positionner dans les événements d'une manière différente de celle que j'ai pu avoir quand j'avais 30 ans ou 40 ans et que j'étais un jeune élu, pour qui chaque élection était en quelque sorte une rencontre inoubliable. Et là, bien sûr, c'en était une. Mais j'ai appris une chose. C'est qu'il ne faut pas confondre son état d'esprit, son humeur personnelle, ce qu'on ressent, avec la cause qu'on sert. Je vais vous donner un exemple. Ne croyez pas qu'il soit prétentieux. J'ai un ami très cher espagnol qui exerce des responsabilités importantes, ou qui en a exercé.
Et un jour, il me dit « L'Espagne est fatiguée de tous ses soubresauts et des votes. » Et donc, ça justifiait qu'il prenne un ton et une façon de faire plus, pensait-il, adapté, modéré. Et je lui ai dit « Tu te trompes. L'Espagne n'est pas fatiguée. C'est toi qui es fatiguée. » Et je comprends pourquoi. Je comprends pourquoi, vu ce qu'il est. Si bien que je lui ai dit « Tu vois, retire tes mains de la rivière et tu verras qu'elle n'est pas sa quidée coulée. » Donc, pour moi...
— C'est intéressant ce que vous dites, parce que vous dites aujourd'hui, au fond, que vous avez accueilli ça un peu avec sagesse. C'est ce que je comprends. — Non, la sagesse... — Comme si, au fond, il y a 5 ans, ça avait été beaucoup plus compliqué. Et il y a 5 ans, vous avez eu du mal. On le sait. Tout le monde le sait. Vous-même, vous l'avez reconnu. À accepter le résultat.
— Permettez-moi d'en dire un mot. Il y a 5 ans, d'abord, évidemment, je n'étais pas préparé. Comme je l'étais mieux cette fois-ci. Je n'étais pas préparé parce qu'on partait de 12%. Et bon, faire 7 points de plus, et même plus, 7,5, c'était tellement énorme. Et là, à nouveau, le sentiment que tout nous passait au bout des doigts. Il y avait 600 000 voix d'écart. C'était la première raison. La deuxième, c'est les sondeurs qui m'avaient dit « Ne vous avancez pas trop vite parce que vous êtes dans un mouchoir de poche et qu'on ne connaît pas le résultat ». Alors, je me croyais prudent. Et j'ai bien fait d'être comme j'étais à l'époque.
Mais du coup, j'admets que le ton pouvait donner à penser que je ne savais pas ce que je voulais, ce qui n'était pas du tout le cas. En tout cas, ça a été interprété comme ça. Et après, j'ai souffert qu'on ait dit de moi que je n'en avais pas clair. — Ça donnait un petit côté mauvais pardon. Ouais. Il y avait un petit côté mauvais pardon. — Non, mais ça, attendez. Bon, j'aspire à la sainteté que je vois capable. Mais c'est pas mon cas. Bon perdant, il faut bien comprendre une chose. Écoutez-moi bien, M. Toussaint. Quand je perds une élection, je peux me dire « Ah zut, j'ai fait le travail et tout ». Mais ce que je sais, c'est les gens derrière. Celui qui attendait le SMIC à 1 400 euros.
Celui qui attendait le blocage des prix. Parce qu'il y a des millions de gens qui sont pris à la gorge dans ce pays. Ça, c'est pour ceux qui sont le plus en attente. Et puis, cette masse immense de gens, sachant, dans la jeunesse notamment, dans les diplômés, qui se disent « Mais c'est absurde. Ce monde va à la ruine et personne ne semble vouloir y faire quelque chose ». — Donc vous êtes déçu pour eux aujourd'hui ? Vous êtes frustré, déçu, d'abord pour eux ? — Ah ben oui. D'abord parce qu'ils me l'ont dit. Parce que j'ai vu des gens en larmes et que je pouvais me dire « Mais tout ça est disproportionné ». Mais non.
Et je m'en veux d'avoir pensé que ça pouvait être disproportionné parce que ces chagrins sont sincères et reposent sur des maltraitances sociales qui semblent sans fin. Dites-vous bien qu'il y a des millions de gens qui se disent « Mais bon, ça va être pire demain ». Et ça, donc, je dois le ressentir. Ça me fait malheur. Ça me fait me dire que du coup, je dois réfléchir autrement aux événements qu'en regardant mon nombril et en me disant « Ah mon Dieu, j'aurais peut-être dû ceci ». — Alors attendez, justement. — Il n'y a donc qu'un message pour moi qui me permet de reprendre pied en moi et d'aider les autres à reprendre pied. C'est celui de la lutte.
— Alors justement, on va en parler. Qu'est-ce que vous allez faire maintenant ? D'abord, qu'est-ce que vous allez faire pour le second tour ? Mais avance-la quand même. 400 000 voix. Quand il y a 48 millions d'électeurs inscrits, c'est rien. Qu'est-ce qui vous a manqué ? Vous aviez théorisé le trou de souris. C'est passé tout près. Qu'est-ce qui vous a manqué ?
— Alors d'abord, regardons le tableau avant de se lancer dans les grandes introspections éventuellement culpabilisatrices. Le tableau, c'est que le pays, de manière absolument incroyable, est partagé entre trois blocs à peu près égaux. — C'est vrai. — Si vous prenez le bloc de la droite et des libéraux, c'est-à-dire de M. Macron à Mme Pécresse, ça fait 11 400 000. Si vous prenez le bloc d'extrême-droite, Mme Le Pen, M. Zemmour et M. Dupont-Aignan, 11 300 000. Et le pôle populaire, l'Union populaire, c'est 11 000 000. Donc il y a donc trois blocs.
Et à côté de ces trois blocs, qui sont extrêmement divisés entre eux, c'est-à-dire qu'on ne voit pas quelles sont les passerelles possibles, à part l'amour commun du pays. Mais en attendant, pour le diriger au quotidien, nous ne sommes d'accord sur rien. Il y a un quatrième bloc, qui est le bloc des abstentionnistes. Là, il y a 12 millions de personnes. Si bien qu'en examinant ce tableau, il n'y a qu'une solution stratégique qui saute aux yeux.
C'est que la méthode de l'Union populaire qui m'a permis, qui nous a permis d'arriver à ce résultat, est celle qui doit nous permettre de convaincre, dans les 12 millions, la part qui peut faire la bascule significative en créant un véritable bloc central auquel nous aspirons.
– Allez chercher les amours. Ceux qui vous ont manqué, au fond, sont ceux qui ne se sont pas déplacés. Ça veut dire que vous ne vous dites pas, tiens, une partie des électeurs de M. Roussel, de Mme Hidalgo, de M. Jadot, auraient pu voter pour moi.
– Non, ce serait hypocrite de ma part de dire que ça ne me fait rien. Alors bon, les socialis, je sais bien qu'il leur a fallu arriver au point où les voici rendus pour se rendre compte qu'ils avaient un problème d'orientation stratégique de fond. C'est-à-dire que le centre de gravité de la société française n'est pas dans le centre-gauche. Il est dans une certaine demande de radicalité dans les solutions. Exactement comme le programme commun de François Mitterrand avait déplacé le centre de gravité de la gauche. Donc, bien sûr, je me dis que, pour les socialistes, le débat est devant nous. Pour les écologistes, pareil. D'ailleurs, les deux m'ont agonie d'un jour tout le long.
Ça ne leur a pas pour tes chances, d'ailleurs. Et moi, j'ai bien fait de ne pas répondre, parce que je pensais que c'était désespérant si on se battait entre nous. Mais il est clair que mon regard est complètement différent en s'agissant des communistes, puisque nous avions fait deux candidatures communes. Et qu'il est évident que si on avait été ensemble, même si une part des 2% de M. Roussel n'aurait pas voté pour une candidature commune, néanmoins, ça faisait la différence et nous serions au deuxième tour. Je ne veux pas faire l'hypocrite et vous dire que ça ne me fait rien.
Je pense qu'une erreur stratégique de fond a été de refuser la logique qui avait d'abord conduit les dirigeants communistes à penser qu'il valait mieux faire le front de gauche que de continuer à être dans les étiages où ils étaient. J'achève sur cette question. Je n'ai pas de rancœur. – Mais vous, est-ce que vous auriez pu, dû tendre la main davantage que faire de plus que ce que j'ai fait tout le long de la route ? – Ben, aller convaincre, vraiment ? – Ben, je n'y suis pas arrivé. Mais je pense qu'ils n'étaient pas convaincables.
Ils avaient envie d'aller au bout de cette logique, de faire l'épreuve d'une ligne stratégique, parce qu'ils avaient la hantise que leur parti ne vienne à disparaître. Et comme la culture communiste est un fait qui existe dans ce pays, mais c'est un fait que je rassemble davantage que le candidat communiste. regardez les résultats que je fais dans les villes qui ont des élus communistes et vous verrez que cette tradition se reconnaît plus dans le programme que je porte et la manière de le porter que dans celle du candidat du parti communiste. Donc il faut distinguer la culture, le mouvement communiste et son parti et sa direction.
– Il n'y a pas que ça, Jean-Luc Mélenchon, il y a eu une… – Non, mais c'est tout qui s'est interrogé. – Absolument. Mais entre vous et le parti communiste, c'est une histoire compliquée. – Toujours. – Sur les dix dernières années. – Il y a des choses qui n'ont jamais été pardonnées ou digérées, pour reprendre le mot que j'ai utilisé au début de cet entretien.
– Je me demande bien pourquoi, mais si vous voulez, nous ferons une émission. Mais en attendant, dans les dix dernières années, nous avons été deux fois ensemble à l'élection présidentielle et deux fois ensemble aux élections européennes. Non, c'est compliqué. Qu'est-ce qui n'est pas compliqué dans la vie, dites-le moi, M. Toussaint ? Même pour organiser cette émission, c'est compliqué. – Bien sûr. – Donc tout est compliqué. On relève les problèmes et on essaye d'y faire face. Mais ce que je veux vous dire, c'est que la stratégie de l'Union populaire, il faut la comprendre. Ce n'est pas juste un sigle. J'adjure qu'on comprenne que ma campagne n'est pas un coup de com'.
La stratégie de l'Union populaire s'est rassemblée par la base, puisque les sommets ne veulent rien savoir, sur un programme, c'est-à-dire sur des choses bien précises. Si bien que dès l'entrée de jeu, j'ai compris que si je m'abaissais à entrer dans les polémiques auxquelles on m'invitait, je désespèrerais tout le monde. Donc, voici ce que j'ai à dire. Ça tient en deux points et je l'ai dit dès maintenant, au début de cette émission. Premier point, ne cultivez pas les rancœurs. Pas de règlement de compte, pas de vengeance, pas d'acrimonie. Rassemblez-vous parce que les 11,2 millions peuvent devenir 12, 13, 14 millions et être le centre de gravité du pays, si vous marchez tous de front.
Donc, il faut s'accorder sur ce qui permet de rassembler le programme. Et j'ajoute ceci. Non seulement vous devez sécher vos larmes, mais la loi de la vie, c'est que c'est la vie qui est la plus forte. Et dans la vie, c'est le combat qui est le plus fort. Si bien que je suis venu ce soir vous dire une chose. Je demande aux Français de m'élire Premier ministre. Je leur demande, pour m'élire Premier ministre, d'élire une majorité de députés insoumis. Insoumis et Union populaire. Et j'appelle tous ceux qui veulent rejoindre l'Union populaire, c'est-à-dire l'essentiel de son programme, à se joindre à nous pour cette belle bataille. Il y a donc un troisième tour.
Il n'y a pas seulement un deuxième tour, il y a un troisième tour. Et tout sera sacrifié. De ma part, toutes les satisfactions que je pouvais attendre de la tranquillité de cette sortie d'élection sera sacrifiée à cet objectif. C'est-à-dire, soyez 11 millions, soyez 12 millions, soyez 13 millions. Rassemblez-vous avec l'Union populaire. Je ne viens donc pas faire du témoignage, ni m'introspecter.
– J'ai compris, mais sans introspection. Et on va revenir longuement, on a une heure à passer ensemble. Jean-Luc Mélenchon, on va revenir en un instant sur l'avenir de votre mouvement et votre avenir aussi. Mais sur ce qui a pu être décisif dans cette campagne, la guerre en Ukraine, est-ce que, un, ce conflit a empêché la campagne de se dérouler normalement, deux, est-ce que vos prises d'opposition, on le sait, sur la Russie, ont pu aussi vous pénaliser ?
– Alors, commençons par dire une chose. Qu'est-ce qui a été décisif ? Ce qui a été décisif, c'est l'implication de milliers de gens qui, depuis le mois de septembre, ont fait du porte-à-porte en allant chercher les gens qui n'avaient pas voté jusque-là. Et toute la progression que nous avons faite, il y a sans doute un point, allez, peut-être même deux, qui sont du vote utile, pourquoi pas ? Si vous regardez bien, les autres ont perdu 3 points depuis le début du mois de mars. J'en ai gagné 11. Donc vous voyez que ce n'est pas ça qui fait la différence.
Mais surtout, ce que je veux vous dire, pardon, je n'évite pas votre question, je vais y répondre, mais je veux dire surtout que, pour qu'on arrive à avoir les 1 ou 2 points de vote utiles, il fallait d'abord avoir rassemblé les 19 autres ou les 20 autres. Et c'est cette tactique, c'est cette stratégie de rassemblement qui doit continuer parce que la preuve du poudin, comme disait Karl Marx, c'est qu'on le mange. Eh bien, la preuve que c'est une bonne stratégie, c'est qu'elle amène à 20%. Maintenant, je viens à la Russie. Alors, tout le long m'a été fait un procès absurde, alors que je pensais, y compris avec vous, m'être exprimé tout à fait clairement. J'ai dit dès le départ.
D'abord, ça fait 10 ans que je dis, ça va mal tourner en Ukraine, parce qu'on ne tient pas compte du fait que le pouvoir russe, quel qu'il soit, se sentira toujours menacé, aussi longtemps qu'on essaiera d'y mettre l'OTAN. Et j'avais dit quelques jours avant, ma ligne de non-aligné, ça n'est pas la neutralité. Je ne renvoie pas dos à dos tout le monde. Ni les Américains intègrent l'Ukraine dans l'OTAN, ni les Russes ne passent la frontière. Les Russes ont passé la frontière à 5h30 du matin, à 7h, je mets quelqu'un au défi d'avoir pris une prise de position plus rapide, j'ai dit, il porte l'exclusive responsabilité de la situation. Et depuis, je n'ai cessé de dire la même chose.
Mais par confort, si vous voulez, pour créer de l'embrouille, de la carabistouille, on disait, il n'est pas clair. Si, je suis parfaitement clair, et je l'ai toujours été. Je suis un non-aligné, ce qui veut dire que je ne suis pas neutre, et que je plaide pour la France, une position de non-aligné, qui n'est pas si nouvelle que ça, puisque d'autres avant moi, plus prestigieux que moi, l'ont tenu comme politique officielle de la France. Et je continuerai à avoir cette position, parce que c'est la seule qui est bonne, avec beaucoup d'inquiétude, peut-être en parlera-t-on, sur la prise à revers de tous les systèmes de défense européens, par lesquels est passé, qu'a réussi à faire M.
Poutine, qui est en train de massacrer tout le monde et de détruire l'Ukraine, sans qu'on sache par quel bout attraper le problème. Et tout le long, je me suis efforcé d'avoir une attitude, qui est celle de la raison. Par exemple, quand tout le monde dit, il faut armer les Ukrainiens, pardon, mais nous sommes la France. Alors, si la France décide d'armer les Ukrainiens, c'est parce qu'elle veut que les Ukrainiens se défendent. Alors, pourquoi ne va-t-elle pas elle-même ? Vous savez très bien que ça ferait de nous des belligérants.
J'ai fait très attention à ne jamais prendre en défaut le président de la République, qui tâchait lui-même de faire quelque chose, qui était en quelque sorte de convaincre M. Poutine, à quoi il n'est pas arrivé. Voilà, donc je condamne, j'ai condamné, je condamne de la manière la plus claire. Maintenant, si vous voulez, ça ne coûte rien de condamner. Ce qu'il faut voir, c'est par quel bout on prend les problèmes.
Alors, cette campagne présidentielle, finalement, la revanche Macron-Le Pen, dont les Français ne voulaient pas, tous les sondages le disaient, a bien lieu.
Comment l'expliquez-vous ? Je l'explique parce qu'à 420 000 ou après, je n'y fie pas. Les institutions de la Ve République sont ainsi faites. Alors, on commentera des heures durant. Est-ce que c'est bien qu'il y en ait deux, qu'il y en ait trois au deuxième tour ? Moi, je veux changer carrément la règle du jeu, parce que je la trouve absurde, et je vous demande de réfléchir à ce fait que nous sommes confrontés à un deuxième tour qui représente un tiers des électeurs inscrits. Tous les autres sont éjectés de ce deuxième tour.
Et moi, on va, matin, midi et soir, sur des modes plus ou moins agréables et plaisants, m'adjurer de dire ceci, de dire cela, et tout ça, bon, parce que nous sommes dans un monde de fous, une institution folle qui aboutit à demander aux gens d'approuver quelque chose qu'ils désapprouvent fondamentalement.
– Donc vous ne voulez plus d'élection du président de la République au suffrage universel ?
– Ah ben si, mais tout dépend comment on élit ce président de la République et quels sont ses pouvoirs. M. Toussaint, tout de même, les pouvoirs de la personne que nous allons désigner peuvent transformer ce pays en dictature en 24 heures. – On a le sentiment que là, vous voulez changer les règles du jeu parce que vous avez perdu ? – Ah ben non, s'il vous plaît, soyez sympa avec moi. Ça fait quand même 20 ans que je me bats contre le régime de la monarchie présidentielle dans la Vème République. Tout le monde m'a entendu dire au point de saouler que j'étais partisan d'une VIème République, il fallait en passer par une constituante.
Et j'ajoute que si je suis le chef du prochain gouvernement parce que les Français l'ont voulu, nous installerons le référendum d'initiative citoyenne
parce que ça, on peut le faire par la loi. – Vous n'avez pas bien compris, là. Donc vous nous dites ce soir, « Je veux être Premier ministre », mais de qui ? Des deux ? – C'est-à-dire… – D'un ou d'autre ? – Ça paraît pour vous ?
– C'est assez secondaire. – Comment ça ? – Bien sûr. La constitution de la Vème République, j'ai deux hypothèses. Première hypothèse, je plie bagage, je rentre chez moi et je pleure jusqu'à la prochaine élection dans 5 ans. – On a cru comprendre que c'est là. – Ce n'est pas trop ni dans mon tempérament, ni non plus ce que je voudrais dire à tous ceux qui m'entourent. Si vous me dites que nous sommes en état d'alerte et d'urgence sociale, ce que je crois, si vous me dites qu'on est en état d'urgence écologique, ce que je crois aussi, et démocratique, alors, eh bien, vous, vous bougez, vous vous engagez, vous réfléchissez à comment vous pouvez vous rendre utile.
Alors ? – Vous dites, je veux être Premier ministre. Si Marine Le Pen gagne l'élection dimanche soir, vous pourriez être Premier ministre de Marine Le Pen ? Et même question, vous pourriez être Premier ministre d'Emmanuel Macron ?
– Prenez le problème par l'autre bout. Si je ne me bats pas pour cette victoire, qu'est-ce que je fais ? Je dis, donnez-leur tous les pouvoirs. Moi, je ne veux pas que Mme Le Pen prenne le pays et je ne veux pas que M. Macron garde le pouvoir. Et je dois résoudre cette contradiction et je ne la résous que d'une manière, en disant, il y a un troisième tour. Donc, commencez par régler ce qui vous paraît le plus urgent, le plus dangereux, et au tour suivant, on prend le suivant. Je serai donc le Premier ministre, pas par la faveur ou la grâce, pardon, laissez-moi finir, c'est pas de M. Macron ou de Mme Le Pen, mais parce que les Français l'auront voulu. Et si les Français l'ont voulu,
– Pour que je comprenne bien, Jean-Luc Mélenchon, vous dites au fond, il y a trois blocs, je reprends votre expression, qui sont presque à égalité, même si en réalité, Emmanuel Macron avait un peu d'avance au premier tour. Vous dites, ces trois blocs sont à égalité, au fond, il suffit qu'il y en ait un qui soit devant aux législatives, imaginons que ce soit le bloc populaire, je deviens Premier ministre. – Oui. – Voilà le raisonnement que vous faites.
– Oui, et je le… – J'accompagne votre pensée. – Mais merci, parce qu'on se croit souvent plus clair qu'on ne l'est, parce qu'on jargonne quand on est dans le milieu politique. Et ce matin, nous avons eu une longue séance de l'intergroupe parlementaire, et peut-être ai-je pris les mauvaises habitudes d'expression. Mais voilà ce que ça veut dire, en effet. Ça veut dire que ce sont les Français qui décident de qui va être le chef du gouvernement. – Je ne veux pas…
– Mais allez-y, il n'y a rien, il n'y a aucune question qui gêne. – Aujourd'hui, combien de députés insoumis ? 17 ? – Oui. – Il en faut 290 ? – Oui. – Pour être majoritaire ? – Alors, qu'est-ce que vous en concluez ?
– Ça va être une issue impossible. – Voilà, c'est comme la dernière fois, on m'avait dit, la gauche est divisée, c'est perdu d'avance. Ça a duré jusqu'au mois de janvier. Alors, là, je vous réponds, je prends l'argument, je le prends comme il est. Oui, nous étions 17. Et j'en profite pour dire que si les 7 millions qui avaient voté pour nous à la présidentielle avaient voté à la législative, j'aurais été le Premier ministre. Bon. De la période qui vient d'avoir lieu. Maintenant, regardons bien… – Il est en forme abstention, on s'en souvient, aux législatives de 2017. – Oui, mais regardons bien… – De 2017.
– Mais c'est bien ça que je veux dire aux gens de ne pas faire, c'est-à-dire de rester à la maison. Regardons bien, telle qu'est la situation aujourd'hui, l'Union populaire est en tête dans 105 circonscriptions du pays, c'est-à-dire 20% d'entre elles. Et nous sommes au deuxième tour, avec les résultats qu'il y a là, dans les circonscriptions, dans plus de 420 circonscriptions. Ce qui veut dire que c'est possible. Pourquoi ? Parce que nous avons un modèle d'élection législative, lui aussi aberrant, qui a le suffrage universel à deux tours, et qu'il faut faire 12,5 pour être présent au deuxième tour. M.
Toussaint, les calculs que nous avons faits, nous les avons faits sans compter les circonscriptions où on ne fait pas 12,5 aujourd'hui. Si bien que je le dis, si on veut, on peut. Et cette fois-ci, ce n'est pas un trou de souris, il y a une porte qui est là, vous la prenez ou vous choisissez l'autre.
– Je continue, je poursuis votre raisonnement, ça veut dire que vous serez vous-même, candidat aux législatives. – Alors ça, c'est une autre paire de manches, hein. – Comment ça ?
– Parce que, il n'y a pas besoin d'être élu député pour être Premier ministre. – Mais enfin, si vous voulez mener une bataille, – Ah ben, je vais mener, ah ben… – Autant la mener en étant candidat. – Ben, précisément, mon cher, c'est la raison pour laquelle des fois, il ne vaut mieux pas. Parce qu'il faut courir partout. Et on m'a déjà dit, on ne t'a pas assez vu à Marseille. Alors, j'avais beau leur dire, écoutez, vous êtes sympas, mais comment je fais pour mener la bataille à l'Assemblée, tout le temps, comme président de groupe, j'ai essayé de faire les deux, je crois que j'y suis arrivé. Mais là, il faut que j'aille partout.
Et il n'y a pas besoin d'être député pour être Premier ministre. Il suffit qu'on élise une majorité de députés. M. Castex n'est pas député. M. De Villepin n'a jamais été député. Et je pourrais en prendre d'autres, Raymond Barre n'était pas député. – Donc vous ne serez pas candidat ? – Je ne sais pas encore, nous allons trancher dans les jours qui viennent, mais vous savez, vous êtes incroyables. Le vote avait lieu le dimanche soir, le lundi matin, il fallait que je… ça y est, je devais… pas vous, mais… je devais répondre à ce gars, là, des centaines de messages. Non, moi, je suis un gars, là. J'aime que la poussière retombe.
– Non, mais vous voulez être Premier ministre. Donc bon, si vous avez cette ambition-là, vous pouvez peut-être, honnêtement, ce soir, répondre à cette question simple. – Eh bien, non. – Pardon, M. Toussaint, je ne veux pas vous…
– Que vous ne serez pas candidat, ou que vous serez candidat. – Mais je n'ai pas décidé, et cette décision n'est pas la plus urgente qu'il y avait à prendre. La plus urgente qu'il y avait à prendre, c'était d'abord de se reposer, parce qu'il y a tout un art, deux jours, et ensuite de remonter sur le cheval, en consultant tout le monde, largement autour de moi. – Est-ce que c'est une question de circonscription ? – Ah non, ben, j'ai fait 55% pour le premier tour, donc… – OK. – Vous savez, je suis déjà président de la République, à la Marseille, la Guadeloupe, la Guyane, la Réunion…
– Pour finir sur ce point, si vous êtes candidat, vous le seriez à Marseille, quoi qu'il arrive, pas ailleurs. – Je… franchement, on n'a pas parlé.
– Vous ne le savez pas non plus ? – Mais non, mais non. L'évidence voudrait que ce soit Marseille. – Comment déciderez-vous ? – Ben, ça n'est pas… Attendez, quand même, M. Toussaint, il faut bien comprendre. La dernière fois, j'ai peut-être été présomptueux, j'avais une envie passionnelle d'être sur le bord de la Méditerranée. Bon, voilà. Alors, Marseille me parlait de 10 millions de façons. Et peut-être ai-je eu les yeux plus gros que le ventre, mais ça veut dire monter et descendre du train sans arrêt, c'est 3h pour y aller, 3h pour revenir, c'est la clim du matin au soir. Pardon, moi, je vous parle de choses très concrètes et qui touchent le bonhomme, hein.
Bon, comme disait François Mitterrand, la couche de terreau n'est pas si profonde, il ne faut pas gratter trop violemment. Et j'ai quand même gratté beaucoup et très fort. Alors, peut-être que, si j'avais 30 ans, je dirais, eh bien, pourquoi pas, même je veux bien m'être candidat sur la planète Mars. Mais maintenant, je suis conduit à être plus raisonnable et ça peut me faire douter. Mais franchement, ce n'est pas le premier critère. Mon premier critère, c'est comment je peux mener une campagne qui soit sur tout le pays, tout en étant présent dans une circonscription.
Résumons-nous, ce soir, vous annoncez que vous poursuivez votre combat politique en essayant donc de remporter les législatives. Mais là, il y a une question quand même très importante. Je vous l'ai déjà posée, je vous la repose. Vous connaissez par cœur les institutions de la Ve République. Être premier ministre d'un président, c'est répondre, rapporter à ce président de la République ou à cette présidente de la République. C'est avoir une relation particulière, même en cohabitation. Il y a des exemples historiques. Je n'arrive pas à comprendre, pardonnez-moi de vous le dire comme cela, mais comment vous pouvez imaginer un instant être premier ministre de l'un ou de l'autre ?
Donc vous me suggérez de cesser le combat. Je ne vous suggère rien. Est-ce que vous vous imaginez à l'Élysée, dans le bureau, avec Marine Le Pen en train de discuter de l'avenir du pays ?
Vox Populi, Vox Dei. Ce qu'ils auront décidé, je le ferai. Mais peut-être, par habitude, à force de voir des présidents décider de tout, intervenir sur tous les sujets. Le dernier était particulièrement spectaculaire, puisqu'il nous a même fait un numéro de marchand de voiture, si vous vous en souvenez, en plein milieu de la crise Covid. Donc les présidents qui se mêlent de tout. Mais la Constitution, vous le savez comme moi, le général de Gaulle était assez habile pour qu'il y ait à boire et à manger, du sel et du poivre. Donc le président de la... C'est une cohabitation. Oui, mais dans le texte de la Constitution, le président négocie et signe les traités.
Il a donc un poids considérable dans les affaires étrangères. Il est le chef des armées. Il a un poids considérable dans la question de la défense. Mais l'article 20 de la Constitution dit que c'est le premier ministre qui conduit et dirige la politique de la nation. Si bien que je serai élu par le peuple français au titre de cet article 20. Et si ça ne convient pas au président... Pardon, M. Brice Toussaint, laissez-moi finir. Si ça ne convient pas au président, il peut s'en aller. Moi, je ne m'en irai pas.
Ça, j'ai bien compris. Je ne pensais pas vous poser la question comme ça, mais tout de même, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, il y a quand même un des deux qui a votre préférence. Non.
Sérieusement ? Non. Alors les deux ne sont pas de même nature. Je ne veux pas tourner autour du pot. Ce n'est pas une question de personne. Parce que je ne connais pas Mme Le Pen comme individu. Et je ne connais pas non plus le président Macron. Ils doivent avoir chacun leur part de qualité et de défaut. Mais ils incarnent quelque chose, comme moi-même, qui est à leurs yeux sans doute que des défauts. Mais moi aussi, j'incarne quelque chose. Je vous l'ai dit tout à l'heure. Si dans 1% des communes les plus pauvres de France, je fais en moyenne 42%, je sais qui je suis. Et au nom de qui je parle.
Et permettez-moi de vous dire que la question de savoir qui est président à ce moment-là, eh bien on s'en fout. Parce que du moment qu'on aura la majorité, moi, le lendemain, vous savez une chose, ce n'est pas le président qui signe les décrets, c'est le Premier ministre. Je signerai le décret de blocage des prix. Et les gens, ils seront heureux de ça. Je vous pose la question autrement, Marine Le Pen. Elle fait partie du champ républicain, donc pour vous. Moi, j'ai toujours eu de la difficulté avec ça. Pourquoi ? Parce qu'au tout début des luttes avec le Front National, moi, j'étais sur une position très dure, m'inspirant du passé. Je disais, nous n'avons pas accepté.
Soit nous disons qu'ils sont dangereux pour la République, alors on les dissout. Si on ne les dissout pas et qu'on leur donne des sous tous les ans parce qu'ils ont 50 candidats, etc., alors c'est qu'on les accepte. Bien, eh bien, ce sont les conditions de la lutte. À l'époque, on m'a dit, oh non, ton truc, c'est beaucoup trop violent, on va régler ça par les voies démocratiques. Il n'y a qu'à voir comment on est en train de le régler. La question ne se pose pas comme ça pour moi. Elle se pose par le fait que, fondamentalement, elle porte avec elle une vision de la France qui fait que c'est une autre France. Ce n'est pas la France dans laquelle nous sommes.
Ce n'est pas la France républicaine. Je pourrais prendre des exemples qui sont assez sophistiqués. Par exemple, le droit du sol. Tu n'es en France, tu dois pouvoir devenir français. Aujourd'hui, à 16 ans, on manifeste la volonté d'être français. Personnellement, je préférerais qu'une fois nés en France, on n'ait français. Mais bon, c'est comme ça. Le droit du sol. Mais je pourrais dire combien d'autres choses. Quand elle dit que le premier référendum qu'elle veut organiser, M. Toussaint, le premier référendum, c'est sur le voile. C'est l'Ira à l'envers en France. On va commencer à surveiller les gens dans la rue et puis alors on va tomber sur une mamie.
Ça pourrait être la mienne qui a son foulard sur la tête. Alors pourquoi vous le portez ? Il faut l'enlever. Ah ben non. Pourquoi ? On va donc faire la police du vêtement. On va donc recommencer à faire la chasse aux musulmans. Les musulmans de France, qui sont français, sont français. Et nous n'avons pas à discuter ce point. Et je vais le dire, si elle fait ça, c'est une provocation et une incitation qui est insupportable à se mépriser. Alors demain, après, ça sera les kippahs. Les gens diront, Abel, puisqu'on ne peut pas mettre de foulard, on ne peut pas mettre de kippahs. Après, les autres diront Abel et Croix non plus. Qu'est-ce que c'est que cette France-là ? C'est absurde.
C'est un tissu de violence contenu qui me fait horreur. Voyez-vous, je suis le petit-fils d'un homme qui suivait tous les cortèges militaires pendant la guerre, tellement il était attaché au drapeau français. Et on lui disait qu'il était menacé parce qu'il était un français de papier, parce qu'il avait été naturalisé français. Je ne supporte pas ça. La France est une et indivisible par son peuple qui est un et indivisible. Pardon si ça vous paraît grandiloquent, mais pour moi, ce sont les choses auxquelles je suis attaché.
– Je sens beaucoup de sincérité et du coup, je m'étonne. Pourquoi ne dites-vous pas clairement « Oui, je préférerais être Premier ministre d'Emmanuel Macron que de Marine Le Pen ». À vous entendre, ça paraît évident. – J'ai donné mon point de vue personnel.
Je pense que la plupart de mes amis le partagent. Ils n'ont pas la même réponse. Quelle est ma responsabilité politique ? Politique, ce n'est pas de prêcher dans le désert, c'est de convaincre et de garder un bloc de 11 millions de personnes qui doit devenir 12 ou 13 ou en tout cas le premier bloc du pays. Son unité est ma responsabilité politique. Or, ils sont divisés sur cette question. Et je ne vois pas au nom de quoi. J'irai leur dire « Faites ceci, choisissez celui-ci ou choisissez celle-là ». Je leur dis « Ne votez pas pour elle, premièrement ». Pourquoi ?
Parce qu'il y a des sondeurs qui m'ont dit, la dernière fois, ils avaient dit « À 22% des électeurs des Insoumis vont voter Mme Le Pen ». En réalité, c'est tombé à 7. Ce n'est pas la première fois qu'on me fait le coup de la porosité. Là, on m'a dit 13. Eh bien, moi, je dis à ces 13-là « Vous faites une erreur colossale si vous votez pour Mme Le Pen. Je ne vous dis pas de voter pour M. Macron. Cherchez dans votre tête ce qui est bien. » Mais si vous faites ça, vous êtes à contradiction totale du programme sur lequel... Parce que que dit ce programme l'harmonie des êtres humains entre eux et avec la nature. Les êtres humains sont semblables par leurs besoins et non par leurs droits.
sur ce point précis. Regardons d'abord, c'est important, ça a été l'événement, le soir du premier tour. Regardons ensemble ce que vous disiez très clairement, même en le répétant plusieurs fois. Regardez.
Il ne faut pas donner une seule voix à Mme Le Pen. Il ne faut pas donner une seule voix à Mme Le Pen. Il ne faut pas donner une seule voix à Mme Le Pen.
C'était préparé, ça, d'ailleurs ? Non.
Non. Non, c'est venu comme ça. Oui. Avec la foule. Non, parce que je voulais protéger les miens. Et la dernière fois, d'une manière assez honteuse, on m'a fait, pendant toute la campagne, des législatives, il n'est pas clair, il n'a pas choisi, alors que je ne m'étais quand même peut-être pas exprimé aussi clairement que Bucot l'aurait voulu. Alors justement, petit retour en arrière, 2017. Regardez. Chacun, chacune d'entre vous, c'est en conscience qu'elle est son devoir. Dès lors, je m'y range. Je n'ai reçu aucun mandat des 450 000 personnes qui ont décidé de présenter ma candidature pour m'exprimer à leur place sur la suite.
Elles seront donc appelées à se prononcer sur la plateforme et le résultat de leur expression sera rendu public. Reconnaissez qu'il y a un changement de ton. Peut-être parce que je ne sais pas à quel moment, il y a un moment où j'ai dit qu'on ne vote pas pour l'extrême droite. Je l'ai dit. Et puis dans le choix de la plateforme, il n'y avait pas la possibilité de voter pour Mme Le Pen. Mais bon, sans doute, j'aurais dû immédiatement, je ne sais pas comment tout ça est engagé et où on a coupé dans le film. Mais en tout cas, ce qui compte, ce n'est pas ce que j'ai dit. On n'est pas en 2017. Là, vous aurez noté la différence. On est en 2022.
Je pense m'être exprimé avec clarté et je n'en ferai pas davantage, quelles que soient les injonctions et le prestige de ceux qui me font ces injonctions, à dire, monsieur, vous devez être plus clair. Je suis très clair. Je l'ai été. Et par-dessus tout, je veux dire à ceux qui ne pensent pas comme moi, sauf sur le point de ne pas voter pour Mme Le Pen, que je les comprends. Et je comprends que quand on a été éborgné par M. Macron, on n'ait pas envie de voter pour lui. Je comprends quand trois jours après avoir accédé au deuxième tour, je vois M. le président du DAL, M. Jean-Baptiste Hérault, roué de coups et piétiné par terre. Je comprends
qu'on n'est pas au logement.
Et je pourrais continuer comme ça. La liste est longue. 21 lois contre les libertés dans ce pays sous le mandat de M. Macron, 11 sur des questions sanitaires et 10 sur le reste. Je comprends. Après toutes les brutalités sociales auxquelles il s'est livré et que les gens n'aient pas envie. Alors ne me demandez pas de m'abaisser à en dire davantage que ce que j'ai dit. Je fais confiance à l'intelligence collective. Si les gens votent comme on vient de le voir sur la plateforme.
Oui. Alors justement, vos militants, 37% choisissent le vote blanc, 33% votent Macron, 28% s'abstiennent. C'est-à-dire que quand vous dites ne votez pas pour Marine Le Pen, il y a plusieurs façons de répondre. Voilà. Il n'y a pas que le bulletin Macron. Il y a le vote blanc, en effet, il y a l'abstention, le vote nul,
que sais-je. Voilà. Vous avez tout compris. Donc ma famille est éclatée en trois positions différentes. Vous avez remarqué qu'il n'y a pas de vote Le Pen. et si ce résultat se décalque sur les 7 700 000 voix qu'il y a eu de notre côté, Mme Le Pen n'a aucune chance d'être élue. Donc je demande qu'on ait l'intelligence de comprendre ce qu'est ma position politique. Mais justement, Jean-Luc Mélenchon,
alors on va revenir encore un peu plus en arrière, 2002, voilà ce que vous disiez après le 21 avril.
Le 5 mai, il ne faut pas hésiter. Alors mettez des gants si vous voulez,
des pinces, ce que vous voulez, mais votez,
abaissez le plus bas possible Le Pen.
Vous voyez une très grande différence, mais je vais vous dire où est la différence. Elle n'est pas dans votre film. J'ai appelé à voter Chirac. Je l'ai écrit. Pourquoi ? Qui étais-je à ce moment-là, M. Toussaint ? Un ministre socialiste, membre du Parti socialiste et de sa direction. Il n'y avait aucun problème dans le Parti socialiste sur ce qu'il fallait faire. On était tous d'accord. Et nos électeurs nous ont suivis. Et maintenant, je ne suis pas un dirigeant socialiste. Je suis le porte-parole de l'Union populaire, j'ai été son candidat, et des Insoumis. Et donc, je suis en devoir d'entendre les voix qui composent ce qui n'est pas un parti, qui est un mouvement.
Et vous l'avez dit vous-même, vous venez de le répéter, il y a des gens qui pensent qu'il faut s'abstenir, moi je leur dis, écoutez, votez ce que vous voulez, mais ne vous abstenez pas. Restez acteurs de votre histoire. La morale de la responsabilité, si je peux parler comme ça, la philosophie de la responsabilité, et surtout, la philosophie humaniste veut que l'on soit son propre constructeur. Donc, en toute circonstance, participez à la vie de votre pays. Et puis après, vous votez comme vous voulez. Moi, je vous ai dit... un mot sur le vote blanc.
Je pense qu'il faudrait...
Vous pourriez...
Ah, dans le futur, il faudrait le compter. Non, mais là, pour le deuxième tour, vous comprendriez
les gens qui voteraient blanc. Mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse d'autre ? Vous pensez que je vais écrire à tout le monde en disant, vous autres, vous pourriez me dire je le regrette, ou je ne sais pas, vous pourriez avoir... Non, écoutez, monsieur Toussaint, on va arrêter avec ça parce qu'on va tourner en rond, vous allez essayer de trouver une faille dans le truc et il n'y en aura pas. Ce que j'ai dit est dit. On ne vote pas pour Mme Le Pen. On ne vote pas pour Mme Le Pen. Et ensuite, on fait avec sa conscience. Chacun. Je ferai avec ma conscience, d'autres feront avec leur conscience. Autour de moi, les avis sont extrêmement divers.
Et je suis le représentant de toute la famille. Mon but, ce n'est pas d'en casser la moitié pour faire plaisir à M. Macron ou à je ne sais qui ou à Mme Le Pen. Mon but, c'est de garder rassemblés les 11 millions de voix pour qu'elles deviennent la prochaine majorité. Ça, je pense que tout le monde peut le comprendre. Et parmi mes amis, quelles que soient leurs attitudes et leurs choix, au moment du vote, eux-mêmes le comprennent. Et c'est ce qu'ils attendent de moi. Ils n'attendent pas que je leur donne des consignes. D'abord, ils ont tellement mauvais caractère qu'ils n'en font qu'à leur tête. Et je dis à M. Macron qu'il vaut mieux éviter d'essayer de me tordre les bras.
Ça ne me plaît pas du tout. Et quand j'ai vu qu'il a dit nous avons eu un échange, je demande que ça soit discret. Non, moi, il faudrait savoir. Vous parlez ou pas ? Attendez. Si on a eu un échange, comme il dit, par SMS, c'est donc entre lui et moi. J'aimerais bien savoir pourquoi il me fait la leçon. Moi, je ne raconte pas ma vie. Oui, j'ai été en contact avec le président Macron pour essayer de tirer d'affaires quelqu'un qui est en très grand danger de mort dans un pays étranger. Et j'ai reçu de sa part les meilleures réponses. Et le travail a été fait. « Cet homme peut être tiré d'affaires à tout moment. » Ça, c'était avant le premier tour ? Avant, pendant.
J'ai même embêté pendant ces émissions. Alors, c'est dire. Donc, voilà. Pour le reste, il m'a appelé, je crois, je crois que c'est lui. L'autre jour, il m'a dit « Si vous voulez parler, etc. Non, je ne veux pas parler puisqu'il ne sait pas tenir sa langue. Donc, il va faire croire à tout le monde que je suis en train de négocier avec lui, je ne sais pas quoi. Je ne négocie rien avec M. Macron. Je ne négocie rien avec personne. » – Ce n'est pas négocier, c'est parler. Le président de la République vous appelle ? – Eh bien, il n'a qu'à vous appeler, vous. Vous avez l'air bien disposé à vouloir parler.
– Mais il n'a rien à faire. – Si vous êtes un journaliste,
vous êtes bien plus important que moi, vous voyez la télé sans arrêt. Vous appelez pour lui donner comme résultat que vous parleriez m'abandon de lui. – Soyons sérieux. – Oui, je suis sérieux. C'est vous qui ne l'êtes pas.
– Si, soyons sérieux. – Vous me demandez de parler pour parler de quoi ? – Je ne sais pas. Enfin, je veux dire… – Vous n'avez pas.
– Expliquez-moi. – Oui. – Oui. – Vous savez pourquoi ? – Ben, dites-moi. – Parce que je viens de vous le dire. Donc je répète pour que vous compreniez bien. Parce que le lendemain, il va dire « Tiens, j'ai eu au téléphone Mélenchon. » Tout le monde va se dire « Mais qu'est-ce qu'il se raconte, ces deux-là ? » Je ne veux pas de ces petits jeux-là. Je ne veux pas qu'on me torde le bras. On ne me tirera pas un mot de plus que ce que j'ai déjà dit. Et vous, vous pouvez passer tout le reste de l'émission à essayer de me faire dire autre chose. Voilà. Donc il faut savoir à un moment donné, écoutez-moi, M. Toussaint, qui on est ? Vous, vous êtes un journaliste.
Vous assumez votre boulot de journaliste. Vous vous mettez dans une attitude d'esprit critique. Moi, je suis le porte-parole de 11 millions de personnes. Je leur dois des comptes. Et à ces 11 millions de personnes, je ne veux pas qu'ils doutent un instant de ma sincérité et du rapport loyal et honnête que je veux avoir avec eux du moment qu'ils ne votent pas pour l'extrême droite.
– Vous avez entendu quand même qu'il a eu des mots qui semblent indiquer qu'il s'intéresse à vos électeurs. Quand il parle d'écologie, par exemple, qu'il veut que le Premier ministre soit en charge de l'écologie, de la planification, ça vous intéresse ? Vous qui voulez
être son Premier ministre ? – Écoutez, non. Non, vous voyez, c'est ça qu'il ne faut pas faire, M. Toussaint. Je recommence. Puisque vous n'avez rien compris. Non, non, non, non. Non, non, non, on ne joue pas, M. Toussaint. Vous, vous vous amusez. – Mais je ne l'abuse pas du tout. – Il y a en ce moment des gens dans le pays… – Mais vous avez… – Non, non, non, M. Toussaint, vous, vous voulez être le patron de votre rédaction, c'est votre affaire. Moi, je ne veux pas être le Premier ministre de Pierre-Paul ou Jacques. Je veux être le Premier ministre que les Français ont choisi parce qu'ils ont élu une majorité pour appliquer mon programme. – Alors, vous savez pourquoi ?
Parce que les gens sont en situation de détresse sociale et il leur faut un Premier ministre qui bloque les prix. Parce que nous sommes en situation d'urgence écologique et que le Président de la République et Mme Macron… – Justement. – Mme Le Pen n'ont rien compris. – Parlons d'écologie. – Et troisièmement, nous sommes en situation de crise démocratique et les deux ne veulent rien changer.
– Alors, parlons d'écologie si vous le voulez bien. C'est une proposition qui est mise sur la table par le candidat Président. Est-ce que vous avez un avis sur cette proposition ?
– J'ai l'habitude. La dernière fois, entre les deux tours, Mme Le Pen parlait de planification écologique. Tout le monde était mort de rire en lui disant « Mais il paraît que c'est le Gosplan, c'est l'Union soviétique ». Non, je suis content qu'il ait pris conscience. Mais à mon avis, si vous voulez, il y a un côté, pardon, comment je peux dire, batteur d'estrade. On reprend mes mots. Pourquoi pas ? Tant mieux ! – Il n'est pas crédible ? – Écoutez, je vais vous dire une bonne chose. Qu'il parle avec mes mots, il finira par parler avec ma grammaire. Et ce n'est pas lui qui compte.
Ce qui compte, c'est les millions de gens à qui on a dit pendant 10 ans « Mélenchon vous propose de faire l'Union soviétique avec la planification et maintenant tout le monde est d'accord pour planifier la bifurcation écologique ». Ça, c'est une victoire de ma part et de mes amis, surtout parce qu'ils ont fait le boulot. Mais quand je l'écoute, donc je me dis au moins ça a avancé. Et puis après, bon, je me dis « Mais qui va convaincre comme ça ? Les gens se disent « Mais c'est un batteur d'estrade. Il n'y croit pas. Il n'a pas compris parce qu'il devrait dire immédiatement « Écoutez, j'ai reçu le message donc je vais interdire les pesticides en France dans un an. » Pourquoi ?
Pourquoi je dis les pesticides ? Parce que, d'abord, on discute de ce sujet depuis un moment et puis parce que 99% des rivières sont infectées, 90% des Français en ont dans leur urine et j'ai été le premier en janvier dernier à dire « Attention, quand les pesticides que vous connaissez, le glyphosate, se décomposent, laissez-moi finir, qui constituent des corps qui sont dangereux. Vous avez 13 communes dans le Jura, sur le premier plateau, c'est mon petit pays, 13 communes qui ne peuvent plus prendre l'eau parce qu'elle n'est plus potable à cause de ces corps décomposés du pesticide. La crise de l'eau et la crise des pesticides est commencée. Vous en avez entendu parler en cette campagne ?
Non. De la même manière, il y a 4 réacteurs de plus nucléaires qui sont mis à l'arrêt parce qu'il y a des problèmes de corrosion. Vous en entendez parler ? Non. Le SMIC, j'ai parlé de l'urgence sociale, pardon de vous dire tout ça. Je m'en vais. 8 jours, en 8 jours, tous les thèmes ont disparu. De quoi ils parlent à nouveau ? Du voile, de je ne sais pas quoi et toutes ces bêtises qui nous ridiculiseraient aux yeux du monde. Donc je reviens pour dire les vrais sujets, c'est la paie, l'hôpital, la santé.
S'il avait compris le problème de la malbouffe qui nous coûte des milliards, 50 milliards par an dans leur deuxième tour, il serait en train d'en parler en disant on n'a pas retenu que le mot, on a retenu l'idée de Mélenchon donc on va se battre contre la malbouffe, on va donc arrêter de mettre du sucre partout, du sel partout, etc. Rien de tout ça n'apparaît. On a l'impression que c'est en deuxième tour si vous voulez, on dit des mots et puis tout ça n'a pas vraiment...
C'est un effet d'annonce pour vous, cette histoire de... de planification écologique...
Bah non, il va le faire sans doute, peut-être s'il est élu, mais je ne sais pas s'il le fera, il a déjà nommé un commissaire au plan, M. Béroud, qui est un homme tout à fait estimable, mais on se demande celui-là où il est passé, puisque normalement il y en a déjà un pour s'occuper du plan, c'est peut-être lui qui va devenir Premier ministre, c'est peut-être ça que nous annonce M. Macron s'il est réélu, mais tous, on se regarde, vous aussi M. Toussaint, ne vous faites pas plus brave que vous êtes, quand vous avez entendu ça vous dites mais ah bon ? Et comment il compte faire ? Alors vous en avez un qui paraît-il va planifier le territoire et l'autre qui va planifier je ne sais quoi.
Bon, tout ça m'a l'air d'être de l'improvisation. Et vous avez même vu que pour le chiffrage de son programme, M. Macron, il se fait rhabiller par l'Institut Montaigne qui dit mais ça ne va pas, les comptes ne tombent pas, ça ne correspond pas à ce qu'il dit. Le même Institut Montaigne qui désapprouve complètement mon plan avait dit il est correctement chiffré. Et vous savez que nous avons pris, nous pour chiffrer notre plan, la matrice économique de la Banque de France donc on ne peut pas faire mieux. Vous n'avez pas le sentiment comme moi que tout ça est improvisé ? Ces gens disent ce que les gens... Regardez Mme Le Pen, elle dit ah non non, le voile ça c'est pas l'urgent.
Un jour après passe M. Bardella qui dit le contraire on leur va le faire. Alors il faudrait savoir. Et les gens quand ils m'entendent, j'ai vu que vous souriez quand je vous disais je suis candidat, je demande aux Français de me lire Premier ministre. Mais je leur dis vous voulez quoi M. Bardella Premier ministre ? Vous voulez M. Darmanin Premier ministre ? Qui a ramené l'extrême droite dans ce pays si ce n'est pas M. Darmanin en disant Mme Le Pen qu'elle était trop molle ?
Vous vous en souvenez de ça ? La victoire de Marine Le Pen est-elle possible ? Et pour compléter ma question, est-ce que le vote blanc qui est retenu par beaucoup de vos électeurs il risque pas de favoriser Mme Le Pen ?
Ben dites-le leur. Faites une émission. Ça changera. On va faire une émission pour dire aux gens votez. Vous savez que le gouvernement n'a même pas fait campagne pour instruire les gens. Je vous demande une analyse politique et je vous demande pas de me dire M. Toussaint. Vous pouvez passer par la fenêtre, par la cheminée, par la porte. Je ne vous dirai rien de plus que ce que je vous ai dit. Si des gens choisissent de voter blanc ou de s'abstenir, ils en ont le droit. Vous pourrez vivre avec. Mais tout le monde vivra avec. Vous aussi M. Toussaint. Et ce n'est pas en me tordant les bras que vous allez obtenir un autre résultat. Je vous le redis.
Si vous ne faites pas confiance à l'intelligence des gens, si vous ne vous adressez pas d'abord à leur sensibilité et à leur raisonnement, vous perdez votre temps. Les Français ne sont pas un troupeau que l'on mène comme ça au sifflet. Figurez-vous que les gens sont traumatisés par le résultat du premier tour. Jean-Luc Mélenchon,
on va écouter ensemble quelqu'un pour qui je suis sûr que vous avez un immense respect, c'est Robert Balinter. Il se trouve que je l'ai interviewé aujourd'hui et qu'il parle de vous et qu'il parle de vous et précisément de cette fameuse consigne de vote. Alors on va écouter ensemble l'ancien garde des Sceaux et évidemment on réagira juste après. Jean-Luc Mélenchon n'incarne pas votre gauche.
Il a du talent mais il y a des moments où les choix sont décisifs pour celui qui les énonce aussi. J'aurais aimé face aux chiffres faits par Mme Le Pen et M. Zemmour que face à ces résultats, il appelle à voter Macron. Répétez trois fois de suite la même chose. Ne votez pas pour Mme Le Pen. J'aurais préféré qu'il le dise beaucoup plus clairement pour battre Mme Le Pen. Il faut voter Macron.
Il a appelé à voter Macron au premier tour et il vote Macron au deuxième tour. C'est normal. Si on en est au chapitre des regrets, je lui dirais que pour lui un homme de gauche, si au lieu de voter Macron il avait voté pour moi, il aurait contribué efficacement à éliminer Mme Le Pen. Donc bon, c'est normal. J'ai du respect pour Robert Badinter. J'ai eu le bonheur de militer au Sénat en même temps que lui. On n'a pas toujours été d'accord. Mais c'est une figure qui a compté dans la gauche mais qui n'est plus entendue peut-être parce qu'il est devenu macroniste. Et la gauche n'est pas Macron. Alors la suite.
Maintenant, est-ce que vous vous imaginez que dans ce grand bloc que vous appelez de vos voeux, d'autres forces politiques pourraient vous rejoindre ? Je pense aux écologistes par exemple.
Oui, pas que d'ailleurs. Évidemment. D'abord, la situation est entièrement nouvelle. Une fois, je suis arrivé en tête en 2017. On a pu se dire que c'est un accident de l'histoire. deux fois, non. Ça porte un sens. Et le sens, je l'ai dit, c'est celui de la rupture avec cet ordre du monde et la France peut jouer un très grand rôle. Voilà. Donc, j'incarne trois ruptures en un programme. La rupture sociale, on distribue. La rupture écologique, on fait face et on fait la planification écologique. Et la rupture démocratique, on passe à la VIème République avec ce que vous savez. Ce sont trois thèses qui sont sur la table depuis, donc, trois élections.
J'ai été placé en tête dans des conditions telles que le sens politique ne doit pas être dilué parce que je sais qu'il y en a d'abord les sondeurs qui se sont plantés lamentablement donc il faut qu'ils trouvent une excuse. Et je leur reproche, pas tous, parce qu'ils ne tiennent pas tous le même discours, de ne pas parler de vote utile mais de vote futile. C'est-à-dire des gens qui au dernier moment ne sachant que faire choisissent n'importe quoi. Bon, alors peut-être qu'il y en a comme ça mais je vous l'ai dit tout à l'heure le gros bataillon et c'est moi d'ailleurs qui marche en tête l'avenir en commun 80% de gens convaincus par le programme.
Bon, donc ma situation est une responsabilité nouvelle.
31% chez les 18-24 ans 34% chez les 25-34 ans vos électeurs d'ailleurs sont plutôt citadins ou habitants banlieue et sont des foyers modestes souvent aussi. 31% parmi les personnes qui gagnent moins de 900 euros.
L'électorat Mélenchon. Oui, ça me fait devoir. C'est, je pense que nous avons réussi la première et la plus importante partie de ce qu'il y avait à faire après que le parti socialiste de François Hollande ait détruit la gauche en France. Et la gauche c'est une étiquette ce qui compte c'est le contenu. Donc nous avons fait la première grande partie avant l'accession au pouvoir pour développer un programme de rupture. On a rassemblé et on a créé en quelque sorte une diagonale. Ça va du plus pauvre au très sachant des villes. Et donc les très hauts niveaux de diplômes et ceux qui n'ont pas de diplôme.
Ceux qui habitent en ville et ceux qui habitent aussi dans les zones périurbaines et dans la profondeur du pays.
Et là... C'est ça qui est très intéressant. Pardonnez-moi de vous couper. J'en prie. C'est très intéressant d'analyser votre électorat parce qu'on comprend beaucoup de choses. Mais c'est vrai que la France rurale n'a pas voté pour vous massivement. Elle vote plutôt Marine Le Pen d'ailleurs. Les oubliés des eues du progrès j'allais dire ceux qui prennent leur voiture diesel pour aller bosser qui galèrent aussi d'ailleurs. La France périphérique. La fameuse France périphérique. Donc ça c'est une partie pourtant d'un électorat que vous pourriez séduire.
Et ça finira par arriver. Je ne les séduirai pas. Je les convaincrai. Je les convaincrai de ne pas aller baiser la main qui les frappe. Parce que vous avez donné des statistiques tout à l'heure qui sont très flatteuses, qui situent l'Union populaire dans son camp populaire mais ça en fait quand même beaucoup qui votent pour autre chose. Et ça a toujours été comme ça. Moi je suis militant depuis assez longtemps pour vous dire que c'est pas la première fois que je vois des gens voter contre leur intérêt. Et donc le travail politique qui est le nôtre c'est de convaincre d'en créer, d'en raciner.
Mais je viens sur cette France bon alors non en effet je n'ai pas fait 100% des voix monsieur Toussaint. Je m'inquiéterais si je faisais 100%. Mais la question initiale c'est avec qui vous pourriez travailler ? Oui mais c'est vous qui m'avez amené à la France périphérique. Absolument. C'est moi qui viens. C'est moi juste terminé là. Il y a toujours eu une France rurale qui votait à droite. Bon elle a voté à extrême droite. Bon elle a évolué. Mais il y a aussi une France pardon je ne voudrais pas qu'on confonde ruralité et extrême droite. Parce que ça ça serait une lourde erreur.
Si vous regardez la carte de France vous avez un arc qui va d'est en ouest de la frontière italienne à la frontière espagnole et vous avez là beaucoup de secteurs où nous sommes majoritaires. Qui est là ? Eh bien ce sont souvent des néo-ruraux on appelle ça comme ça. Des gens qui sont là depuis 20 ans 30 ans. C'est là que se trouve concentré beaucoup de l'agriculture bio c'est à dire la fraction de la paysannerie la plus avancée dans sa compréhension du rapport à la nature et de sa responsabilité ainsi que des gens qui sont les plus directes victimes du il n'y a plus rien. Allez dans les Alpes de Haute-Provence et vous allez voir ce que c'est que la liaison entre deux villages.
On est allés ensemble. Oui. Et vous pour une grande émission. Bien sûr. Donc ce que je veux dire c'est que nous avons bien avancé. Il reste beaucoup de travail à faire et à convaincre. Nous le ferons. J'en viens maintenant aux forces politiques puisque c'était votre question. Merci. La situation... Alors oui mais c'est vous qui êtes venu sur autre chose. Moi je vous suis. Allez il faut bien que quelqu'un mène le bal ici. Allez-y. Je prends le pouvoir. Ça ne m'étonnerait pas de vous. Allez-y. Vous n'avez pas tort parce que tous les deux ça nous est déjà arrivé une fois ou l'autre de ne plus savoir qui c'est qui posait des questions ou à l'autre. Bon. Alors donc voyons ces forces.
Ma responsabilité politique est différente aujourd'hui de ce qu'elle était il y a 8 jours ou il y a 15 jours. Mon devoir je vous l'ai dit aussi bien pour ce qui est du vote du deuxième tour que du rapport aux autres forces politiques. Mon devoir c'est unir empêcher qu'on se divise unir et aller plus loin. Je ne dis pas que ça m'amène beaucoup plus loin à l'addition des suffrages des écolos des communistes qui ai-je oublié des socialistes et pourquoi pas M. Lassalle qui fait plus que les socialistes et les communistes pourquoi cet homme aurait-il disparu du paysage ?
Vous pourriez travailler avec lui.
Mais si M. Lassalle ayant lu le programme de l'Union Populaire considère que tout bien posé c'est celui qui est le moins éloigné de lui évidemment il serait le bienvenu. C'est le programme qui fait tout. Je ne peux pas convaincre des gens M. Toussaint pardon je me répète je ne peux pas convaincre si je vais voir un électricien et que je lui dis écoutez j'ai discuté avec les écolos finalement on est tombé d'accord sur quoi bon on verra et il va me dire mais M.
les écolos ont voté pour la libéralisation de l'énergie je suis électricien vous me demandez d'aller avec donc nous devons régler les questions de programme pour convaincre unir et entraîner il n'y a pas d'exclusive bon j'ai pris l'exemple de M. Lassalle mais je vais aller loin si alors pour être franc déjà les contacts existent pour être encore plus franc vous parlez avec mais ils n'ont jamais cessé ce sont des contacts informels alors évidemment il y a des moments où franchement
donc l'idée juste pour que je comprenne bien c'est qu'il y ait une seule étiquette alors nous partageons
mais vous m'avez compris pour ces législatives c'est à dire que d'abord il y a un fait électoral une stratégie a fait la preuve de son efficacité ce que nous mettons en partage c'est une stratégie il y a le logo qui va avec on ne va pas le changer alors qu'on a deux mois devant nous bon et le programme qui a été porté en tête est la base sur laquelle on discute alors on ne va pas non plus tout mettre comme ça à l'encan ou à un référendum donc discutons sérieusement déconstruisons là où il y a un point où on dit il y a un désaccord regardons pourquoi est-ce qu'il existe vraiment un désaccord ou c'était du pipeau électoral s'il y a un désaccord bon est-ce qu'il est surmontable est-ce qu'il n'est pas surmontable bon si on me dit ah ben non on ne veut pas entendre parler de 6ème république ah le nucléaire alors là il n'y en a absolument pas question si tout il n'y a pas question alors non autrement dit et pour me résumer nous ne proposons pas un accord électoral nous proposons on ne fait pas un accord stratégique qui devient un accord électoral mais on ne fait pas un accord électoral ce n'est pas la lutte des places c'est la lutte de classe qu'il s'agit d'organiser alors je m'excuse du caractère peut-être un peu brutal de cette formule mais au moins tout le monde comprend il nous reste quelques minutes
Jean-Luc Mélenchon je résume ça fait presque une heure que nous sommes ensemble ah oui c'est parce que vous avez passé deux heures à essayer de me faire dire quelque chose vous poursuivez votre combat politique
oui ah oui jusqu'à mon dernier souffle dans une fonction ou dans une autre et là j'ai un objectif
de combat que je propose à tout le monde vous mènerez la bataille des législatives même si vous n'êtes pas sûr d'être candidat à ce jour ça veut dire qu'aujourd'hui une candidature en 2027 n'est pas exclue ? ah non non non
ça c'est pas vraiment terrifiant vous et puis attendez puis 5 ans après il y a 2032 non non mais attendez non la question se pose non mais je peux vous répondre modestement qu'à l'heure et au jour où je vous parle je ne crois pas à ça j'ai beaucoup travaillé avec d'autres et il y a une très belle équipe qui est là et qui est capable de continuer ce combat et de l'amener jusqu'à la victoire j'espère l'amener à la victoire aux prochaines législatives mais je vous l'ai dit le fleuve continuera toujours à aller à la mer et nous continuerons à être l'incarnation de l'insoumission du refus de ce monde injuste et dégoûtant pour une autre manière de vivre et de vivre tous ensemble avec la nature
donc votre excusez-moi mais encore une fois je précise je voudrais préciser les choses j'ai l'impression
que vous sous-estimez l'intelligence des gens qui vous écoutent
surtout pas il vaut mieux pas poursuivre votre combat politique mais pour ce qui est de la présidentielle c'était le dernier combat ah ben il vaudrait mieux
quand même ça serait pas une vous savez tiens je vais prendre un exemple clérical le pape de l'an 1000 a fait une formule formidable il a dit le triomphe du disciple et la gloire du maître et bien moi je n'aurais pas de plus grand bonheur que de voir que tout ça a été porté jusqu'au point où nous incarnons cette idée d'enchangement vous savez que dans le monde entier on nous écrit on nous envoie des messages comment vous avez fait comment on s'y prend partout ils ont cru aux salades du centre gauche partout ils ont détruit tous les outils qu'avait donné un siècle de lutte syndicale et associative je vais vous dire monsieur Toussaint mon ambition politique pas personnelle ça serait que non seulement on arrive à faire une union populaire là parce qu'on est à la tâche mais j'aimerais qu'on arrive à construire un front populaire c'est à dire dans lequel il y aurait aussi des organisations syndicales qui soutiendraient à leur manière des associations c'est à dire que le programme l'avenir en commun il n'a de sens que porté par tout un peuple et je n'ai pas d'autre solution quand vous avez trois blocs égaux que de dire au quatrième qui n'a pas choisi mais choisissez aidez-nous si vous nous aidez on change tout et bien je crois que cet enthousiasme il peut être contagieux donc la gauche n'est pas morte alors la gauche c'est bien sûr moi je suis un homme de gauche je viens de la gauche je vais pas vous raconter d'histoire vous savez comme moi que la gauche ça commence le jour où on dit est-ce que le roi a le droit de veto alors ils avaient trouvé c'était des gros malins comme maintenant vous savez pour forcer et tordre les bras aux gens ils ont dit bon à gauche tous ceux qui veulent pas pour dire cette damnée vous irez en enfer elle reste elle n'avait pas de peau pour eux les gens se lèvent et ils étaient à gauche donc depuis la gauche a été le camp de la souveraineté du peuple par-dessus tout et la droite a été oui il y a droit de veto il y a le marché il y a tout ce que vous voulez qui surplombe l'activité humaine ou alors oui cette grande fresque elle continue mais le mot a été tellement tellement dégradé que j'ai dit aux gens c'est pas que c'est dépassé c'est laisser la terre en friche un moment et là nous faisons l'union populaire donc moi je ne demande pas si je viens vous voir tout à l'heure en privé je ne vous demanderai pas ce que vous étiez avant ni même si vous votez de droite ou de gauche je vous dirai est-ce que le programme vous convient et s'il vous convient et bien bienvenue et bienvenue à tous ceux à qui ce programme convient alors ça veut dire tout le monde s'il y a des socialistes non mais soyons clairs même les socialistes mais s'il y a des socialistes qui disent écoutez ok on a compris la leçon cette fois-ci et on est d'accord on part du programme on est d'accord la stratégie de l'union populaire on est d'accord le camarade Mélenchon sera le premier ministre si nous gagnons et bien tout va bien vous pouvez mais si vous ne voulez pas essayez pas de m'entourlouper essayez pas de me faire dire des choses que je ne veux pas et ça vaut pour le NPA et ça vaut pour et ça vaut pour monsieur Lassalle tous ceux qui veulent participer à la victoire du programme l'avenir en commun sont les bienvenus mais il faut bien qu'ils réfléchissent parce que après si on gagne on l'appliquera et ça ne sera plus le moment de discuter ça sera le moment de mettre en route de mobiliser et j'aime mieux vous dire que pour faire la transition écologique la bifurcation écologique il ne suffit pas de nommer un gars à la responsabilité il va falloir tout changer ça fait du boulot
dernière question demain soir
vous regardez comme tout le monde ah oui bien sûr vous ne bounez pas non nullement non moi je suis un bien écoutez c'est une démocratie alors à moi de c'est ça que me demandent les gens vous que vous n'ayez pas d'idées sur le sujet ça se comprend vous êtes journaliste pas dirigeant politique mais moi c'est mon boulot je suis là pour ça alors qu'est-ce qu'on fait Jean-Luc bah qu'est-ce qu'on fait qu'est-ce qu'on fait le lendemain matin ils me demandaient ça et bien alors je leur dis mais qu'est-ce qu'on fait on va essayer de gagner puisqu'on a une possibilité il y a un troisième tour mais vous en attendez quoi de ce débat ?
alors bon parce que vous rêviez d'y être j'imagine bon c'est pas le débat dont je rêvais c'est de l'exercice qui suivait c'était une première étape j'avais prévu beaucoup de choses déjà de faire vous savez que vous aviez déjà prévu anticiper le débat ah bah oui tout ce qu'il fallait ah oui avec lui mais lui c'est pas très compliqué qu'est-ce que vous auriez dit avec le débat d'abord j'aurais amené mes problèmes il aurait été obligé d'en parler je lui dis alors on augmente le SMIC il faudra bien qu'ils disent oui ou non allez 1400 euros net pour tout le monde deuxiaux les étudiants ils étudient et on les paye pour ça et ainsi de suite et la transition et tout le reste voilà voilà ce que j'aurais mis sur la table vous avez vu je m'en vais une semaine ils parlent d'autre chose donc je reviens ce soir chez vous pour leur dire écoutez les gens ils n'en peuvent plus ils ont besoin de sous pour booker la fin du mois et le reste
un grand merci Jean-Luc Mélenchon pour cette toute première interview
vous avez bien torturé mais
ça ne peut pas être si pédible comme torture merci en tout cas d'avoir accepté d'avoir accordé votre première interview à BFM TV merci beaucoup tout de suite justement Aurélie Cass et Natacha Polony vont débriefer vos propos sur BFM TV
merci pour la fin de suite
merci pour la fin de suite merci pour la fin de suite
Jean-Luc Mélenchon