Thierry Mandon : "Si la réforme n'est pas financée, ce sont les droits d'inscription qui vont être augmentés"
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« Il y a 60% d'échecs, 60% de gens qui ne l'ont pas au bout de la troisième année »
- 3:29Invité politiquePromesse
« Tout le monde s'est accordé sur le fait qu'il faut remettre 1 milliard par an pendant 5 ans à l'université »
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France Inter, le 7-9, Nicolas Demorand.
Invité de France Inter pour parler jusqu'à 9h de la réforme de l'entrée à l'université, un ancien secrétaire d'Etat qui fut chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche sous François Hollande. Thierry Mandon, bonjour. Bonjour. Un certain nombre d'évolutions ont été présentées hier par Frédéric Vidal, Édouard Philippe et Jean-Michel Blanquer afin d'aider les futurs bacheliers à mieux s'orienter lors de leur entrée à l'université. On va venir en détail à cette réforme. C'est un travail colossal, une petite révolution.
Oui, sur le papier, oui, c'est une petite révolution. Alors, les petites révolutions, parfois, se terminent en grosses révolutions. Il y a trois nouveautés dont le système universitaire avait besoin. D'abord, renforcer l'orientation. Vérifier pour certaines filières les acquis des bacheliers pour être sûrs qu'ils sont dans une filière dans laquelle ils ont des chances de réussite.
Et c'est sûrement la plus importante, repenser le premier cycle universitaire, ce qui amène à la licence, qui finalement, aujourd'hui, dans les faits, se fait en quatre années, puisqu'il y a 60% d'échecs, 60% de gens qui ne l'ont pas au bout de la troisième année, mais qui peut se faire en quatre ans avec une année de préparation. Donc ça, c'est bien. Mais c'est une révolution sur piste glacée. Parce que pour que ça marche, il faut quand même mettre les moyens financiers. Alors là, ils sont absolument absents. Ça aurait mérité un test, une révolution de cette ampleur-là. Quand même, on expérimente un minimum. On ne fait pas ça à la hussarde.
Et surtout, vous pensez que ça s'applique, là, je le dis aux lycéens, ça s'applique dans un mois et demi. Très concrètement, dans un mois et demi. Au mois de janvier, les lycéens vont remplir leurs voeux pour l'inscription universitaire. Ils auront déjà des avis, des conseils d'école. Là, ça me semble un peu audacieux.
Est-ce qu'il ne faut pas aller vite à un moment, Thierry Mandon ? Les problèmes sont connus depuis longtemps sur les trois points que vous venez de décrire. Est-ce que, bon, voilà, à un moment, on tranche, on y va ?
Oui, d'accord. Vous vous expliquerez ça aux 700 000 lycéens qui vont passer leur bac cette année, qui espèrent la place à l'université. Vous leur expliquerez que les universités, les présidents d'universités, expliquent aujourd'hui même qu'ils ne savent pas comment ils vont s'y prendre. Ils en sont même à repenser à faire leur petit logiciel APB par université pour pouvoir trier les 7 millions de dossiers que le système universitaire va avoir à traiter à moyen quasi constant.
700 000 bacheliers multipliés par 10 choix d'orientation égale 7 millions d'actes administratifs.
Donc, vous voyez, vous expliquerez aux lycéens que dans un mois, leur conseil d'établissement donnera un avis sur les voeux qu'ils ont formulés, alors que, pour l'instant, je ne vois pas comment ils vont faire très concrètement. C'est pas parce qu'on va le mettre dans la précipitation, un deuxième principal. Enfin, non, moi, je pense que ce n'est pas la vitesse qui fait les bonnes réformes. Ce qui fait les bonnes réformes, c'est des moyens et une méthode. La hussarde, c'est très risqué. C'est dommage parce que les intentions de Mme Vidal, qui est une bonne ministre, sont très bonnes. Encore une fois, orientation, prérequis et repenser le premier cycle, tout ça est très bon.
Mais j'ai peur qu'on aille beaucoup, beaucoup trop vite.
Il faudrait combien d'argent pour qu'une telle réforme puisse fonctionner ?
1 milliard par an pendant 5 ans, tout le monde le sait. On a fait, il y a quelques mois, un livre blanc. On a réuni l'ensemble de la communauté, syndicats, professeurs, présidents d'universités. Tout le monde s'est accordé sur le fait qu'il faut remettre 1 milliard par an pendant 5 ans à l'université. Là, vous avez 500 millions pour le bénéfice de cette réforme. Enfin, 500 millions, on va faire un petit exercice de calcul mental. Il y a 40 000 étudiants de plus chaque année. Chaque année, depuis quelques années, ça va continuer. Et en étudiant, ça coûte 8 000 euros à la nation. Donc, 40 000 multipliés par 8 000, ça fait 320 millions par an.
500 millions sur la table pour 5 années, soit 100 millions par an, ça ne couvre même pas l'augmentation démographique. Donc, c'est très nettement insuffisant. Il faut que Mme Vidal et le Premier ministre qui l'accompagne et qui a les clés convainquent Bercy qu'il faut remettre de l'argent sur la table pour les universités si on veut que cette réforme réussisse.
Est-ce qu'on entre, Thierry Mandon, dans une forme de sélection ? Les mots ont été pesés au gramme. Pour éviter sélection, on a dit prérequis. Pour éviter prérequis, on a dit attendu. Le Premier ministre a dit hier, la sélection, c'est dire non à un étudiant, enfin un bachelier. Là, c'est dire oui, si. Oui, si, vous avez le niveau. Alors, sélection ou pas ? Passons sur, comment dire, ces querelles sémantiques, sur le principe.
Bah oui, évidemment. Enfin, il y aura de la sélectivité. C'est-à-dire que les dossiers, on dira oui, il n'y a pas de problème. Mais vous mettez un nouveau mot dans le besace. Moi, personnellement, je n'ai jamais considéré que c'était un gros mot à la sélection. D'ailleurs, d'une certaine manière, on l'a mis en place avec la réforme qu'on a créée sur les masters qui sert un petit peu d'exemple à un certain nombre de principes de cette réforme-là. Donc, oui, c'est évident. Et notamment pour... Le mouvement est amorcé pour au moins deux catégories de bacheliers.
C'est que les bacheliers techniques et les bacheliers professionnels, je ne pense pas qu'on en retrouvera beaucoup dans les filières sélectives à l'université. C'est, à mon sens, c'est quand même un des objectifs de cette réforme-là. Est-ce que c'est bien ? Est-ce que ce n'est pas bien ? Ça se discute. Mais en tout cas...
C'est de sortir les bacheliers professionnels.
L'effet induit de la réforme, ce sera celui-là. Ils iront vers des IIT, ils iront vers des formations Bac plus 2. Mais vous n'aurez pas beaucoup de bacheliers professionnels en droit l'année prochaine si le système fonctionne tel qu'il est pensé.
Quant aux filières sélectives, elles restent ou ultra-sélectives, rien ne change pour elles. Donc, entre ce que vous venez de dire et ce fait-là, on touche à la vérité de cette réforme ?
Oui. La vérité de cette réforme, c'est qu'il y a un autre élément qui trouve son chemin sous-jacent. Ce n'est pas affiché, clairement. Mais c'est quand même un pouvoir plus grand donné aux universités de choisir leur profil d'étudiant. Avant, APB, c'était un système centralisé qui affectait par algorithme, d'où les critiques, nationalement, les étudiants. Là, c'est les universités qui vont établir leurs fameux prérequis. Moi, je dis prérequis parce que, attendu, je ne sais pas ce que ça veut dire. C'est prérequis. Est-ce que l'étudiant a les compétences qu'il pense-t-on lui permettre de réussir dans telle matière ?
Mais l'université de Paris et l'université de Mulhouse, je ne suis pas sûr qu'elles auront les mêmes prérequis. Je ne suis pas sûr qu'un certain nombre d'universités ne vont pas monter le niveau des prérequis pour choisir plus. Donc, il y a ce chemin-là vers des disparités entre les universités. Et ça, c'est, me semble-t-il, pas nécessaire.
Une dernière question. Rapidement, on va avoir le temps d'entrer à nouveau dans les détails après la revue de presse. Le gouvernement souhaite que les nouveaux étudiants ne relèvent plus d'une sécurité sociale particulière. Ça va leur permettre de récupérer du pouvoir d'achat aux étudiants. Là aussi, vous dites, bonne nouvelle, bonne chose, Thierry Mandon.
Pour eux, c'est très bon. Après, ça veut dire concrètement que la solidarité nationale va financer le déficit du régime de sécurité sociale étudiante. C'est donc le reste de la nation qui financera ce que les étudiants ne financent pas. Mais tant mieux pour les étudiants dont le pouvoir d'achat est quand même très modeste. Donc, ça leur fera un bon coup de pouce. Merci.
Merci. Merci. Merci.
Thierry Mandon