Canicules de l'été : "On est dans le haut de la fourchette" analyse Jean-Marc Jancovici
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Questions et réponses
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- 0:51OuverteRéponse directe
Comment qualifiez-vous ce qu'on a tous vécu cet été ?
- 1:31RelanceRéponse directe
Il n'y a pas eu d'accélération dans les scénarios anticipés ?
- 3:14OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'on est en train de perdre, Jean-Marc Jancovici ?
- 4:26OuverteRéponse directe
On en est à quelle étape du deuil climatique ?
- 5:26OuverteRéponse directe
Est-ce que ces catastrophes, ces incendies, il faut s'habituer à ça ?
- 6:09OuverteRéponse partielle
Est-ce que la classe politique est à la hauteur sur cette problématique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« 52 jours de vagues de chaleur cumulés depuis la mi-juin, au moins 7300 morts liés à cette série inédite de canicules. »
- 0:15Invité politiqueChiffre
« Plus de 100 000 hectares de forêts détruits par les incendies cette année au sortir d'un été infernal. »
- 3:30PrésentateurFait
« Le dioxyde de carbone, qui est le principal gaz à effet de serre qu'on met dans l'atmosphère, est une espèce qui est chimiquement stable une fois dans l'air. »
- 3:51PrésentateurChiffre
« Les émissions de l'année dernière sont les plus importantes historiquement. »
- 7:25PrésentateurFait
« Ah, mais la France, c'est 1% des émissions. Venez pas nous faire suer. »
- 7:56PrésentateurFait
« La France et l'Europe en général est depuis 2008, depuis 2006 même, dans une situation de décrue subie de son approvisionnement en hydrocarbures. »
- 12:07PrésentateurChiffre
« J'ai fait un petit calcul de tête et je lui ai dit 4. Je n'ai jamais fait cette proposition. »
- 15:23Invité politiqueChiffre
« EDF annonce 8,7 milliards d'euros d'ici 2040 pour adapter ces centrales au changement climatique et promet que les futurs EPR seront dimensionnés pour résister aux canicules jusqu'en 2100. »
- 18:18AuditeurChiffre
« J'ai calculé mon empreinte de gaz à effet de serre avec le système proposé par Jean-Marc. 6 tonnes d'équivalent CO2 par an. Alors qu'il faudrait que je sois à 2 tonnes. »
Temps de parole
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale.
52 jours de vagues de chaleur cumulés depuis la mi-juin, au moins 7300 morts liés à cette série inédite de canicules. Plus de 100 000 hectares de forêts détruits par les incendies cette année au sortir d'un été infernal. On va prendre le temps ce matin de tirer les enseignements de ce qui nous arrive, de ces conséquences dramatiques du changement climatique avec l'un des experts les plus écoutés sur ces questions de climat et d'énergie. Bonjour Jean-Marc Jancovici, ingénieur, enseignant, fondateur et président du think tank de Shift Project. Merci d'être avec nous sur France Inter et j'appelle les auditeurs à vous poser leurs questions au 01 45 24 7000.
N'hésitez pas ou bien sur l'application Radio France. Pour commencer Jean-Marc Jancovici, comment est-ce que vous qualifiez ce qu'on a tous vécu cet été ?
Alors je vais donner des sentiments personnels parce que je n'ai pas fait un sondage auprès des 70 millions de Français. Moi je suis un peu triste, pas étonné malheureusement parce que ce qui s'est passé cet été est annoncé depuis des décennies. Donc je comprends qu'il y ait un moment de sidération, un moment de colère, un moment d'angoisse, un moment de etc. Par contre, comme je l'avais déjà dit, le seul sentiment qui n'est pas de mise c'est la surprise. Parce que ce qui se passe est malheureusement été écrit.
Mais il n'y a pas eu d'accélération dans les scénarios anticipés ? On avait le sentiment, comme on nous parlait de 2050, qu'on avait finalement encore du temps devant nous ?
Alors au début des années 2000, je me rappelle avoir participé à une émission qui était passée en prime time sur France 2 je crois. Qui s'appelait le Climaxion. Où déjà on avait essayé un peu de secouer les gens sur les questions climatiques. Et on avait fait un bulletin météo fictif pour 2050. Et puis on l'a ressorti il n'y a pas longtemps, ce bulletin météo fictif. Et en fait il est déjà arrivé.
Ben voilà, donc il y a eu une accélération finalement.
Donc ce qui avait été... Alors on est dans la fourchette des possibles de ce qui avait été annoncé avant. Mais on est plutôt dans le haut de la fourchette. Et en particulier quelque chose qui évolue encore plus vite que ce qui avait été imaginé, c'est les événements extrêmes. C'est-à-dire que ce qui bouge de façon attendue, c'est la moyenne planétaire. Ce qui bouge pas de manière attendue, ce qui va, j'ai envie de dire, plus vite que ce qui était attendu un peu plus vite, c'est les événements extrêmes.
Oui, parce qu'il y a les températures, mais il y a effectivement ces événements. Les feux de forêt, le fait que...
Les feux de forêt, ça c'était...
Non mais dans des régions, dans des régions, Jean-Covici, qu'on ne pensait pas tout à fait à même de brûler autant en région parisienne.
Je vous ressors des cartes qui datent de début 2000. Enfin je ne vais pas vous les sortir là parce qu'on est à la radio. Où vous aviez des projections sur l'inflammabilité des forêts, où en gros, à partir de la deuxième moitié du XXIe siècle, toute la France serait inflammable comme l'arc méditerranéen au début, à la fin du XXe siècle. Donc ça c'est malheureusement quelque chose aussi. C'est juste la vitesse où on peut se dire, ah ça arrive un peu plus tôt, un peu plus tard. Mais la tendance, elle était déjà écrite.
Donc ça y est, on est dans le dur. Et vous comparez ce qu'on est en train de vivre à un deuil. Qu'est-ce qu'on est en train de perdre, Jean-Marc-Covici ?
Je ne compare pas exactement, je dis qu'il faudrait arriver à en faire son deuil. On est en train de perdre le climat du passé. Il faut rappeler un fait physique simple. C'est que le dioxyde de carbone, qui est le principal gaz à effet de serre qu'on met dans l'atmosphère, est une espèce qui est chimiquement stable une fois dans l'air. Donc une fois qu'on l'y a mis, il ne s'en va pas facilement. Donc si on ne veut pas qu'il y en ait trop, il ne faut juste pas en mettre. Et en fait, la conséquence de ça est assez terrible. C'est que tant qu'on rajoute du CO2 dans l'atmosphère, tant qu'on en rajoute, le climat continue à dériver. Or aujourd'hui, on n'en a jamais rajouté autant.
Je veux dire, les émissions de l'année dernière sont les plus importantes historiquement. Et il faudrait arriver à ce qu'il n'y en ait plus du tout, zéro, pour que le climat arrête de se modifier. Et donc ça, ça ne va pas arriver demain matin. Donc le climat va continuer à dériver. Et malheureusement, la claque qu'on a prise cet été sera suivie par d'autres, pire.
Si on suit cette parabole que vous faites et la comparaison avec la situation de deuil, il y a les cinq étapes. Le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l'acceptation. Ça, c'est les étapes traditionnelles du deuil. Vous avez le sentiment, quant à la situation climatique, qu'on en est où ? On en est à quelle étape ?
On est quelque part entre le déni et la colère, pour l'essentiel d'entre nous. Donc le déni, c'est en fait, c'est comme s'il ne se passait rien. C'était un été particulier, ça reviendra à la normale. Regardez en ce moment, on est en pré-campagne électorale. Qui, parmi les candidats, met au centre de son programme le fait que le monde va changer et qu'il y a un certain nombre de prouesses qu'on pouvait tenir dans l'ancien monde qu'on ne pourra pas tenir dans le nouveau monde ? On va en parler de ça. Qui le fait ? Personne.
Regardez dans les dirigeants économiques que vous recevez ici, qui dit qu'il y a eu des trajectoires qu'on a suivies dans l'ancien monde, on ne pourra pas les suivre dans le nouveau monde. Qui ? Très peu de gens. Donc en fait, on est tous dans une espèce de business as usual. Où on se dit, en fait, c'est un mauvais moment à passer, on fait un peu le dos rond, on va rajouter trois climes ici, changer deux arbres là, et on va repartir comme avant. En fait, non. Et ce non, ça s'appelle faire son deuil.
Mais ça veut dire, Jean-Marc Jancovici, quand on a vu cet été notamment la colère des habitants du Porges, qui ont vu leur maison brûler, on les a entendus pour certains huer le Premier ministre Sébastien Lecornu quand il s'est rendu sur place. Ça veut dire que ces situations, ces catastrophes, ces incendies, il faut s'habituer à ça. Là encore, je reprends la parabole du deuil. La dernière étape, c'est l'acceptation. Il faut se dire que l'été prochain, les étés qui vont suivre, ça arrivera de nouveau ?
Alors, ce qu'il faut se dire, c'est que l'été prochain et les étés qui vont suivre, on va de nouveau avoir des températures très élevées, on va de nouveau avoir des épisodes de sécheresse prolongée, et il faut arriver à s'en accommoder. Alors, arriver à s'en accommoder, ça ne veut pas dire qu'on reste les bras ballants. Ça veut dire que ce qu'on va construire tient compte de ça et qu'on accepte que c'est un élément, un élément nouveau du paysage, qu'il y a des choses qu'on va perdre. En France, par exemple, on sait très bien qu'on va perdre les épicéas en pleine. Voilà. On va perdre une partie des êtres, on va perdre une partie des sapins.
Il y a une partie des espèces qui sont adaptées au climat qu'on avait au XXe siècle, qui ne seront pas adaptées au climat qu'on va avoir, qui ne sont déjà pas adaptées pour partie au climat actuel, et qui seront encore moins adaptées au climat. On va les perdre. Donc, il faut planter autre chose. Il faut planter autre chose. Sinon, la florelle va disparaître. En ce qui concerne les cours d'eau, il y en a un certain nombre, on va les perdre l'été. Donc, en fait, il faut arriver à accepter. Et aujourd'hui, on est encore, pour une large part, j'insiste, dans le déni. Alors, on est dans le déni parfois par ignorance. On est dans le déni, mais on reste dans une forme de déni.
Et il n'y a que l'acceptation qui permet de repartir, comme pour un vrai deuil, qui permet de repartir sur d'autres bases.
Accepter, donc ça veut dire ne pas penser qu'on va pouvoir inverser la tendance
à une échéance brève. Non. Alors, surtout que le « on », c'est la planète dans son ensemble. C'est-à-dire qu'en fait, quand on regarde les sujets climatiques, il y a deux facettes. Il y a une facette qui est ce qu'on appelle l'atténuation, c'est-à-dire émettre moins. Et ça, c'est faire sa part pour que les émissions baissent dans le monde. Alors, souvent, il y a un argument qu'on oppose qui est « Ah, mais la France, c'est 1% des émissions. Venez pas nous faire suer. » Et qu'on commence par demander aux Chinois, aux Américains et aux Indiens de se modérer. Et puis nous, on verra derrière. Alors, cet argument n'est pas faux. Sauf qu'à un moment, il faut bien que quelqu'un commence.
Et je pense que la France est particulièrement bien placée pour commencer.
Et par ailleurs, la France a plutôt de bons résultats sur cette question des émissions de gaz à effet de serre.
Oui, mais pour partie, à notre corps défendant. Parce qu'il y a un deuxième élément dont on parle très peu, qui est que la France et l'Europe en général est depuis 2008, depuis 2006 même, dans une situation de décrue subie de son approvisionnement en hydrocarbures. C'est-à-dire qu'en fait, pour des raisons de pics de production mondiaux ou régionaux sur le gaz et le pétrole, la France aurait de toute façon, depuis 2008, de moins en moins de gaz et de pétrole. Et donc, il nous appartient de faire de cette contrainte qu'on ne peut pas éviter non plus parce que les hydrocarbures sont épuisables, une opportunité. La France est un pays créatif. On est un pays inventif.
On a inventé le système métrique. On a des très bons créateurs de mode, des très bons jardiniers, des très bons pâtissiers, des très bons ingénieurs, etc. Non, mais je ne plaisante pas. Servons-nous de nos atouts ?
Ce que vous dites pour la France, là, est-ce que ce n'est pas valable en ce moment pour le monde entier avec la problématique du détroit d'Ormouz, la baisse de production du pétrole de 10% et une économie qui ne s'effondre pas ? Ça veut dire qu'on peut faire, on peut continuer à produire avec moins d'hydrocarbures ?
C'est tout le paradoxe. C'est tout le paradoxe. Sur les 50 dernières années, l'économie mondiale a été très finement ajustée à la quantité totale de pétrole qu'on a consommé. Donc, il y a un truc que je n'ai pas encore compris, personnellement. C'est pourquoi, alors que depuis 6 mois, on a 10% de pétrole en moins dans le monde, l'économie semble ne pas en porter la trace. Alors, je n'ai pas encore eu le temps de tout comprendre là-dedans. Il y a notamment la Chine, apparemment, qui avait des stocks très significatifs dans lesquels elle est capable de puiser. Attendons de voir.
Il est possible qu'on soit entré dans une transition contre notre gré ?
Attendons de voir. Pour le moment, je n'ai pas tout compris. Donc, attendons de voir.
Jean-Marc Jokovici, on va parler bien sûr de la question du nucléaire puisque c'est une de vos spécialités, et un de vos combats. Mais juste avant, puisque si on continue à faire le bilan de l'été, vous parliez tout à l'heure de la résonance du débat politique. Quand vous avez entendu, notamment sur cette question des feux de forêt, que le débat tournait autour, et parfois la polémique, autour de l'anticipation, autour du manque présumé de canadaires, quand vous avez entendu ça, est-ce que vous avez considéré que c'était la bonne façon de poser le problème ?
C'est un élément par mienne. C'est-à-dire que les canadaires, c'est utile pour éteindre les départs de feu assez rapidement. Donc, c'est très bien d'en avoir plus. Maintenant, il n'y a pas que ça à faire. Sur les feux de forêt, se pose la question des parfeux, enfin, des lignes, des coupes qui permettent d'éviter que le feu saute d'une part celle à une autre, des espèces qu'on plante, du comportement des gens. Enfin, bref, il y a tout un tas de trucs sur lesquels il faut jouer et les canadaires, c'est un élément parmi un certain nombre.
Mais même question sur le... Parce qu'il y a effectivement l'atténuation pour faire en sorte de baisser les émissions de gaz à effet de serre et la question de l'adaptation. Tout le débat dont on a notamment beaucoup parlé dans ce studio avant l'été sur la climatisation, sur l'isolation des bâtiments. Est-ce que, là encore, vous avez trouvé que la classe politique, elle était à la hauteur sur cette problématique ?
D'une manière générale, le sentiment un peu sévère que j'ai sur la classe politique, c'est qu'ils sont toujours, eux aussi, dans une forme de déni. Et ils sont dans une forme de déni parce qu'accepter que le monde va changer et qu'à l'avenir, on n'aura plus fromage et dessert aussi facilement qu'on l'avait dans le passé, c'est quelque chose qui est difficilement compatible avec la démagogie dont Tocqueville rappelait que c'était un élément constitutif de la démocratie. Donc, c'est un exercice nouveau pour eux, pas simple. Je pense que ça va aussi être aux citoyens de trouver des moyens un peu nouveaux de les aider, mais c'est quelque chose qui n'est pas simple pour eux.
C'est-à-dire que si vous attendez des politiques... Et si je parle de ma petite et modeste expérience de contact avec ces gens-là, globalement, c'est un sujet qui travaille peu.
C'est-à-dire que... Ils ne bossent pas. Jean-Marc Jancovici, si vous attendez des politiques qu'ils fassent campagne en expliquant, comme vous avez pu le faire, qu'il faut limiter à quelques vols en avion par an ?
Moi, je n'ai pas dit il faut. C'est votre consoeur qui m'avait demandé un calcul que j'ai fait deux têtes à la volée au micro. Elle m'a dit si l'aviation prenait sa part dans la diminution des émissions qu'il faut pour qu'on tienne les deux degrés, à combien de vols dans une vie on aurait droit ? Et donc, j'ai fait un petit calcul de tête et je lui ai dit 4. Je n'ai jamais fait cette proposition. Après, ce qui est sûr, c'est que j'ai souvent dit que ça fait partie des choses qu'il faut faire si on veut baisser les émissions, c'est qu'il faut modérer progressivement nos vols en avion. Ce n'est pas nécessairement la mort du petit cheval.
Il y a des tas de moyens de voyager sans avion et d'être... Enfin, voilà. Encore une fois, dire je refuse de changer quoi que ce soit à mes habitudes sur les vols en avion, on reste dans le registre du déni.
Il faut qu'on ouvre standard avec Alice. Bonjour, bienvenue Alice. Oui, bonjour. Vous avez une question à poser à Jean-Marc Jankovici ? Oui,
merci de prendre ma question. Je me demandais hier...
Ah, alors on a perdu Alice. Alors, j'ai cru comprendre qu'Alice, elle voulait parler nucléaire et qu'elle voulait parler gestion de l'eau. Quand on voit, donc vous êtes spécialiste du nucléaire et partisan du nucléaire, quand on voit que le 12 août dernier, un cinquième du parc nucléaire français était indisponible pour raisons environnementales entre la sécheresse, le réchauffement des cours d'eau, les méduses dans les cours d'eau, est-ce que c'est toujours la panacée ? Le nucléaire,
est-ce qu'on va pouvoir... Mais aucune énergie n'est la panacée.
Est-ce qu'avec les étés qu'on connaît désormais, on va y arriver ?
Mais aucune énergie n'est la panacée. Donc, dans les raisons qui ont été évoquées, elles sont de nature assez différentes. Les méduses, c'est une gêne physique. Normalement, ce n'est pas toute l'année.
Non, mais tout ça, c'est quand même le réchauffement du climat. C'est les méduses dans les cours d'eau, le niveau d'eau qui baisse... Non, pas dans les cours d'eau, elles sont dans la mer, les méduses. Oui, non, mais enfin, c'est l'introduction de méduses là où elles ne devraient pas être en l'occurrence. Oui, absolument. Voilà, la baisse des cours d'eau, le réchauffement des cours d'eau. Qu'est-ce qu'on fait avec tout ça ? Puisque ça,
c'est inéluctable. Le réchauffement des cours d'eau, c'est la raison première, c'est la préservation de la biodiversité. C'est-à-dire qu'en fait, la centrale pourrait fonctionner, sauf qu'elle rejetterait à ce moment de l'eau à une température qui est supérieure à ce qu'on accepte aujourd'hui. Donc, c'est typiquement, c'est emblématique d'un dilemme qu'on a, qui est, on ne peut pas avoir le monde merveilleux, c'est-à-dire l'électricité et la préservation de la biodiversité. Qu'est-ce qu'on préfère ?
Alors, qu'est-ce qu'on préfère ?
Il n'y a pas de vérité scientifique dans la réponse. En fait, ce qu'il faut bien voir, c'est que dans le réchauffement climatique, il y a une vérité scientifique dans les faits. C'est-à-dire que le CO2 absorbe les infrarouges terrestres, ça, c'est une vérité scientifique. Quand on en met plus dans l'atmosphère, la température monte, ça, c'est une vérité scientifique. Quand la température monte, on a plus de canicules et de sécheresse, ça, c'est une vérité scientifique. Dans qu'est-ce qu'on préfère abandonner ou comment est-ce qu'on préfère gérer nos renoncements, il n'y a pas de vérité scientifique, il n'y a que des choix collectifs.
Et donc, organiser la façon informer, ça, c'est quelque chose aussi, aujourd'hui, qu'on a du mal à faire.
Et donc, la question, Jean-Marc Jankovici, que posait Florence, c'est celle de la compatibilité de la production d'énergie nucléaire avec le réchauffement climatique qui va notamment se poser avec la construction de futurs réacteurs. Est-ce que, et là, on fait appel à l'ingénieur que vous êtes et défenseur du nucléaire, est-ce que ces futurs EPR, ils sont compatibles avec une progression des températures qui va encore plus vite que ce qui était anticipé ?
Alors, je n'ai pas la réponse à votre question parce que je n'ai pas les dossiers d'études.
Alors, EDF annonce 8,7 milliards d'euros d'ici 2040 pour adapter ces centrales au changement climatique et promet que les futurs EPR seront dimensionnés pour résister aux canicules jusqu'en 2100. Oui. Est-ce qu'on est à la capacité de le vérifier ?
Alors, il y a au moins une entité, normalement, qui est en capacité de le vérifier, c'est la SNR, dont ça sera le métier, enfin, dont ça sera le job de vérifier que c'est bien le cas. Après, un élément de débat qui va être important, c'est se mettre d'accord sur le seuil maximal, c'est-à-dire qu'on est dans un monde, encore une fois, là, ce qu'on vient de vivre cet été montre bien qu'il y a une incertitude sur le seuil maximal. De température ? De température. Donc, est-ce que dimensionner jusqu'en 2100, ça veut dire être capable de résister à 50, à 55, à 60, à 48,2 ? Ça, je ne sais pas.
Ça veut dire, là, si on parle très concrètement pour la vie quotidienne, ça veut dire se préparer éventuellement à, dans le cadre de situations où il y aurait ces températures, à des délestages, à des coupures de courant organisées ?
Alors, on doit se préparer à plein de choses s'il y a ces températures. On doit se préparer à avoir une agriculture qui va énormément souffrir et à avoir moins à manger. On doit se préparer à avoir des forêts qui vont mourir même si elles ne brûlent pas. On doit se préparer à avoir des cours d'eau qui sont beaucoup plus bas que ceux que vous avez vu le problème avec le Rhin cet été. On doit se préparer à avoir des bâtiments qui se fissurent de façon beaucoup plus importante. Enfin, je veux dire, on doit se préparer pour partie à de la souffrance. C'est absolument évident.
Et une des raisons pour lesquelles un certain nombre de gens comme moi ont milité depuis longtemps pour qu'on baisse nos émissions, pas qu'en France, dans le monde, c'est parce qu'on considérait que c'était un bon arbitrage que de faire des efforts maintenant pour s'éviter de la souffrance plus tard. Ce n'est pas ce qui s'est passé.
Là, on en aura les deux, en fait. Les efforts et la souffrance.
Alors, c'est exactement ce vers quoi on se dirige parce que, comme les hydrocarbures sont épuisables, si ce n'est pas nous qui diminuons volontairement leur usage, à un moment, c'est l'épuisement géologique qui va nous forcer à le faire. Et à ce moment, on se retrouvera avec de toute façon moins de moyens dans un monde qu'on aura beaucoup plus déréglé. Bon, ce n'est pas une situation très enviable.
Bon, on réveille sur France Inter.
Non, mais c'est vers ça qu'on se dirige tout droit si on ne prend pas la situation après le corps.
Alors, justement, on a Benoît au standard d'Inter qui nous appelle de Modane. Bonjour, bienvenue Benoît.
Oui.
Alors, vous posez la grande question du moment. Allez-y.
Ben, écoutez, moi, je fais ma part. Je ne suis pas dans le déni depuis le rapport Midos. Je fais tous mes déplacements en ville, en vélo, 400 km par an. Les grands déplacements en train, 30 000 km par an. Le reste en voiture, c'est 1 400 km par an. Les randonnées, c'est en Haute-Maurienne. C'est super. Il y a plein de choses à découvrir. Donc, du côté de chez vous. 1 000 km par an en vélo de course. Je ne prends plus l'avion depuis 2009 et je ne le prendrai plus jamais. Je ne mange plus de viande. Ah oui, mais Benoît est exemplaire. J'achète le minimum de vêtements de bonne qualité et pourtant, j'ai calculé mon empreinte de gaz à effet de serre avec le système proposé par Jean-Marc.
6 tonnes d'équivalent CO2 par an. Alors qu'il faudrait que je sois à 2 tonnes. 4 tonnes échappent à ma zone de pouvoir. 2 tonnes par an à cause d'une chaudière, un pule de chauffage collectif de mon logement et 2 tonnes par an liées à l'administration française, européenne et mondiale. Alors, j'ai fait ma part. Que faudrait-il faire sur le plan structurel au niveau politique français, européen et mondial pour changer réellement la donne.
Il a fait plus que sa part là Benoît.
Et pourtant, ça ne suffit pas si on prend effectivement votre mode de calcul. Alors d'abord,
la première chose, c'est que j'espère qu'il est heureux d'avoir fait sa part. Non, mais je ne plaisante pas parce qu'en fait, la transition, elle adviendra si elle est désirable. C'est ce que je disais tout à l'heure sur les choix collectifs. Un choix collectif, il est fait si on réussit à le rendre désirable. Donc en fait, il faut que ce que fait Benoît soit rendu désirable. Alors là, haute-maurienne, moi j'y vais aussi de temps en temps en vacances, en train. Il ne faut pas que ce soit désirable pour 50 millions de personnes quand même parce que sinon il va y avoir trop de monde. Est-ce qu'on a encore Benoît pour lui demander
s'il est heureux ?
Benoît ? Moi je suis là, je suis très heureux. Je vis très bien. De façon ordinaire, mais très très bien.
Voilà, donc c'est ça le but. En fait, c'est que ce genre de mode de vie, on ne le voit pas comme un truc casse-bonbon en se disant vraiment c'est la mort, mais en se disant au contraire ah c'est super, j'ai envie de faire pareil. Alors, qu'est-ce qu'il reste à changer dans le système politique ? Il a parlé du chauffage. Je ne sais pas qui est en charge du chauffage de son logement collectif, mais en fait, il y a des obligations à mettre pour que les chaudières à fioul et à gaz soient progressivement remplacées par des pompes à chaleur et éventuellement un peu de chauffage au bois et de l'isolation des bâtiments. Voilà, ça fait très longtemps qu'on en parle.
On n'est pas dans le mouvement de masse qu'il faudrait avoir. En plus, on a eu du stop and go et ma prime redove, je la mets, je l'enlève, etc. Ce qui est la pire des choses à faire. En ce qui concerne la partie collective, donc les deux tonnes qui sont liées à l'administration, ça, c'est l'État qui doit balayer devant sa porte, enfin l'État, les collectivités locales, etc. donc c'est l'isolation des hôpitaux, c'est la décarbonation plus exactement, des hôpitaux, des écoles, des piscines, des commissariats et qu'est-ce que je sais. Et enfin, il y a une partie qui est, même quand on ne mange pas de viande, par exemple, il faut quand même faire pousser des végétaux, etc.
L'agriculture aujourd'hui émet, bon bref, donc il y a des choses à faire absolument partout et une partie, effectivement, c'est de la responsabilité collective, donc c'est de ce qu'on appelle la politique.
Et la politique qui sera évidemment au cœur de cette année présidentielle et de cette année de campagne. Votre regard, Jean-Marc Jankovici, en l'état, tout à l'heure, vous expliquiez qu'une partie des politiques, une bonne partie était encore dans cette phase de déni. Est-ce qu'il y a, malgré tout, un candidat, une candidate qui vous paraît comprendre un peu mieux les sujets ? On a beaucoup parlé de cette déclaration de la ministre de l'écologie, Monique Barbu, qui considère que Jean-Luc Mélenchon est celui qui intègre le plus la question du climat dans son programme politique. Est-ce que vous avez le même constatquel ? Est-ce que vous faites le même constatquel ?
Alors, je vais faire une réponse à deux niveaux. D'abord, je suis président d'une association qui est A Partizane, le Sif Project. Et donc, en tant que président d'une association A Partizane, je ne m'exprime pas sur la cote d'amour ou de désamour que je peux avoir pour tel ou tel personnage politique. C'est pour ça
que je ne vous demande pas ce que vous pensez de X ou Y, c'est par rapport du réchauffement climatique. Qui a la meilleure grille de lecture ?
Et la réponse, c'est que pour ça, il faut regarder la totalité de ce que les gens proposent. Quand un même parti propose le blocage du prix des carburants et... Vous parlez de la France insoumise, oui. Ils ne sont pas les seuls.
Sur le blocage des prix, aussi. Pardon ? Sur le blocage des prix, si d'autres proposent de baisser les taxes.
Oui, non, mais ça revient au même. Je veux dire, voilà. La question, c'est où est la cohérence ? C'est-à-dire, est-ce que, de quel côté de la barrière sont-ils vraiment ? Et, en fait, quand vous regardez bien les programmes des partis politiques, ce que je n'ai pas fait récemment, mais ce que j'ai fait lors de la dernière élection présidentielle et législative, vous trouvez des incohérences partout. Ce qui revient à dire ce que je disais tout à l'heure, c'est-à-dire qu'en fait, il n'y en a pas un qui est vraiment sorti du déni.
Mais quand vous entendez Jean-Luc Mélenchon dire, par exemple, il faut des éco-régions, c'est sa nouvelle grande proposition. Très bien.
Enfin, je ne sais pas ce que c'est qu'une éco-région pour lui, donc je n'ai pas de commentaire particulier à faire là-dessus. Vous savez, je suis un petit ingénieur de base, donc je sais avoir un avis quand je sais de quel objet on parle. Là, une éco-région...
Un petit ingénieur de base qui a quand même l'ambition de contribuer au débat de cette campagne, d'y apporter sans doute des propositions. S'il y en avait, en deux mots, s'il y avait trois propositions majeures et urgentes à formuler ?
C'est une question qu'on me pose souvent. Pardon de vous taquiner, la presse aime bien résoudre les problèmes compliqués. On est assez prévisibles, on est désolé. En plus,
parce qu'il nous reste 20 secondes.
Quand vous voulez tout changer, il n'y a pas trois mesures où vous vous dites si on fait ça, on a fait le gros du boulot. En fait, malheureusement, ou plus exactement, il y a une mesure qui surplombe toutes les autres, c'est accepter l'idée qu'on est en train de changer de monde et que ce changement, on doit le retrouver absolument partout et qu'on parle de l'enseignement, de la justice, de la sécurité du pays, de la dette ou de l'isolation des bases, etc., on va retrouver en fait des choses
à changer absolument partout. Que donc un bon candidat à l'élection présidentielle doit dire le climat, le réchauffement climatique, c'est ma priorité et ça doit être en surplomb de toutes les autres problématiques.
Un bon candidat doit dire je ne propose rien qui fasse abstraction de la réalité physique du monde et pour le moment, ils ont quand même un peu trop tendance à le faire.
Merci Jean-Marc Jancovici d'avoir été au micro de France Inter ce matin, on est allé plus loin dans la réflexion avec vous.