Budget, procès du RN, affaire Epstein...l'interview de Manuel Bompard (LFI) en intégralité
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Bonjour Jean-Manuel Bompard, merci d'avoir accepté de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le coordinateur de la France Insoumise, le patron quoi, et vous êtes également député de la France Insoumise des Bouches-du-Rhône. Nombreuses questions à vous poser sur l'état de la France, le budget qui a finalement été adopté malgré vos motions de censure, mais une question d'abord sur les réquisitions à l'encontre de Marine Le Pen hier. Une peine de 5 ans d'inéligibilité, 4 ans d'emprisonnement, dont 3 avec sursis, la possibilité d'aménager la partie ferme sous bracelet électronique, 100 000 euros d'amende, voilà ce qui a été réclamé hier par le parquet général.
A l'époque de la première condamnation, Jean-Luc Mélenchon avait déclaré que la décision de destituer un élu devait revenir au peuple, sous-entendu pas au juge. Le dites-vous encore aujourd'hui ?
Ce que nous disions à l'époque, à l'époque du procès en première lecture, en quelque sorte, en première instance, pardon, première lecture c'est pour les textes, c'est qu'une décision aussi grave que celle qui consiste à déclarer une potentielle candidate à l'élection présidentielle inéligible, de notre point de vue, ne pouvait pas être prise sans que l'ensemble des voies de recours judiciaire puissent être invoquées. Là, en l'occurrence, Mme Le Pen a eu quand même la possibilité d'avoir un procès en appel qui se tient avant l'élection présidentielle. Si elle n'est pas satisfaite des modalités du jugement, elle a le pouvoir de se pourvoir en cassation, comme on dit.
On sait d'ores et déjà, en tout cas, c'est des informations qu'on a eues, que cette éventuelle instruction en cassation aurait lieu aussi avant l'élection présidentielle.
Justement, à deux mois.
C'est vrai, vous avez raison. Mais voilà, il me semble que du point de vue de ce qu'on pouvait, en quelque sorte, les éléments sur lesquels on pouvait être prudent après le jugement en première instance, nécessitant la possibilité d'un recours, il me semble que Mme Le Pen, d'un certain point de vue, peut être rassurée du fait qu'elle a eu le droit à ces différentes voies de recours.
Mais vous, vous estimez que la justice, là, ne prend pas la place du peuple ?
Bien sûr que quand vous avez une peine d'inéligibilité, ça empêche une candidate ou un candidat à une élection de pouvoir se présenter. Et moi, je préfère toujours que ce soit le peuple qui dise son dernier mot. Mais là, en l'occurrence, on parle quand même de faits qui sont des faits extrêmement graves. On parle d'étournements qui se chiffrent à 4 millions d'euros. C'est des sommes qui sont des sommes considérables. Moi, je suis très attaché au fait que les voies de recours puissent être engagées. Et là, il me semble que les voies de recours ont été engagées.
Les voies de recours engagées. La question de l'inéligibilité avec une application immédiate, ce qu'on appelle l'exécution provisoire, est-ce que vous considérez, au-delà de la question de Marine Le Pen, qu'il ne faut pas que ça existe ? C'est-à-dire, est-ce que vous considérez que cet outil, qui en effet fait que certains politiques pourraient ne pas pouvoir se présenter de manière immédiate, malgré un appel ou un pourvoi en cassation ? Est-ce que ça, vous considérez qu'il faut le supprimer des textes ?
Ça mérite débat, parce que je sais que l'exécution provisoire, elle est parfois mise en place sur certaines peines, dans lesquelles on considère que, même s'il y a une possibilité de faire un appel, c'est dangereux pour la société que la personne puisse rester en liberté. Mais il faut toujours proportionner ce type d'éléments, parce que le principe de la justice, c'est qu'une fois qu'on a été jugé une fois, on doit pouvoir faire un appel. C'est comme ça qu'on peut être sûr à la fin, en quelque sorte, que la décision judiciaire, elle s'appuie, elle a été prise par des personnes différentes. C'est quelque chose de très important.
Donc moi, je trouve que la question de l'exécution provisoire, elle doit être vraiment réduite à des cas très particuliers, qui sont des cas où il y a une...
De danger imminent.
Il me semble, en tout cas, je trouve que ça mérite vraiment un débat. Mais là, en l'occurrence, je fais remarquer quand même que Mme Le Pen et le Rassemblement national a beaucoup critiqué la décision, y compris dans des termes qui étaient vraiment des termes extrêmement agressifs et violents, après le jugement en première instance. A l'époque, ils disaient « c'est scandaleux qu'il y ait eu l'exécution provisoire ». Mais là, en l'occurrence, puisqu'il y a le jugement en appel, je considère que leur argument, si vous voulez, il est tombé.
Cet argument-là, pour vous, est tombé. Manuel Bompard, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s'adressant à vous et au RN, d'ailleurs, a dit « vous aurez devant l'histoire à en répondre » à propos du fait que vous avez tenté de ne pas faire aboutir ce budget. L'avez-vous seulement lu, ce budget ? Vous avez même demandé Sébastien Lecornu.
Ah oui, je l'ai lu, moi. Moi, je l'ai lu. Et donc, je sais que dans ce budget, il y a, par exemple, 4 000 postes d'enseignants qui sont supprimés. J'ai lu ce budget, donc je sais qu'il y a 3 000 postes de surveillants qui sont supprimés. J'ai lu ce budget, donc je sais que, par exemple, on va supprimer les aides pour le logement pour les étudiants étrangers.
J'ai lu ce budget, donc je sais, par exemple, qu'à l'intérieur, on va supprimer un crédit d'impôt pour les personnes âgées quand elles ont besoin de faire des travaux, vous savez, pour pouvoir rester à domicile, quand on a besoin d'adapter sa douche, par exemple, parce qu'on commence à être âgé et qu'on a un problème pour utiliser sa salle de bain. Vous voyez, moi, j'ai lu ce budget, que je sais que, par exemple, on va y retirer la prime de Noël pour une partie des personnes qui sont allocataires du RSA. Et contrairement à ce que dit le gouvernement, qui dit que ce n'est pas vrai, eh bien, regardez dans les textes et regardez dans les amendements.
Et dites-moi pourquoi le montant qui est alloué à la prime de Noël pour les allocataires du RSA a bien été diminué par 2. Vous voyez, moi, je l'ai lu. Peut-être, je ne sais pas si M. Lecornu l'a lu, mais moi, je l'ai lu. Je l'ai lu précisément. Et je sais que ce budget, il va faire beaucoup de mal pour notre pays. Je l'ai lu aussi, pardon, je ne vais pas faire toute la liste, parce qu'il y a beaucoup de choses dans le budget. Mais allez-y, allez-y, c'est le moment. Mais je sais que, contrairement à ce qu'a dit M.
Lecornu, qui a menti sur ce sujet, le fonds vert, c'est-à-dire les fonds qui sont alloués aux collectivités locales pour des projets de transition écologique, ils baissent par rapport à l'année dernière. Et ce qu'on appelle les crédits alloués à la rénovation, ma prime rénove, le dispositif qui est alloué pour les gens qui organisent la rénovation thermique ou énergétique de leurs bâtiments, ils baissent par rapport à l'année dernière. Vous voyez, M. Lecornu, je ne sais pas, peut-être que lui, il l'a bien lu, mais c'est plus grave s'il l'a bien lu, parce que non seulement il l'a lu, et après il a menti.
– Est-ce que vous estimez que le Parti Socialiste est fait avoir ?
– Évidemment, écoutez, le Parti Socialiste, au mois de septembre, Mme de Malherbe, je vous invite à faire ce travail. Ils ont présenté leur contre-budget. Et forcément, au début d'une discussion budgétaire, quand vous présentez votre contre-budget, c'est une base de négociation. Il y avait 20 mesures qui concernaient soit des nouvelles recettes, soit des investissements que le Parti Socialiste considérait utiles. Est-ce que vous savez, Mme de Malherbe, combien, dans le budget de M. Lecornu, il y a parmi ces 20 mesures ? Je vais vous répondre. Vous savez combien ? Zéro. – Donc ils n'ont obtenu aucune des mesures de leur contre-budget ?
– Pas les mesures de nouvelles recettes ou d'investissements indispensables, type les transports en commun, la transition écologique, que eux considéraient comme étant leur priorité.
– Mais pourquoi ils ont accepté ce budget ?
– Posez-leur la question. Moi, je ne suis pas parti socialiste, mais manifestement, ils avaient tellement peur que des élections législatives puissent avoir lieu, qu'ils ont été prêts à tout accepter.
– Mais il y a des points sur lesquels ils sont extrêmement fiers d'avoir obtenu des choses. Un des derniers, c'est le repas à 1 euro pour les étudiants.
– Alors vous savez, je veux dire deux choses sur ça. D'abord, l'année dernière…
– C'est bien dans le budget, ça ?
– Oui, oui, oui, oui. Attendez, c'est bien dans le budget, mais on va rentrer dans les types. Vous savez, dans le budget, il faut regarder, c'est comme les contrats d'assurance, il faut regarder un petit peu les astérisques. D'abord, c'est une proposition qui a été votée l'année dernière à l'Assemblée nationale. À l'unanimité, il y a eu juste les macronistes qui se sont abstenus. Donc c'est un peu gonflé d'expliquer que maintenant, il faut remercier le gouvernement de mettre en place des choses qui sont votées à l'Assemblée nationale.
Mais surtout, moi, en tant que député, depuis qu'il y a eu cette annonce, je reçois des mails, des crousses qui disent, « Attendez, on a un problème, c'est qu'il y a eu cette annonce qui a été faite, mais les moyens qui nous sont alloués sont en baisse par rapport à l'année précédente, donc on ne voit pas comment on va pouvoir la mettre en œuvre, cette mesure. »
Donc en fait, on leur dit qu'ils auront ça, mais ils n'ont pas les sous qui vont...
Je ne sais pas comment ils vont faire, ou alors ils vont devoir couper ailleurs, parce que les budgets de la vie étudiants t'y baissent. Donc vous voyez, c'est beaucoup, beaucoup, beaucoup d'entourloupes, et moi, je pense que les entourloupes, ça suffit maintenant, et que le Parti Socialiste assume une très lourde responsabilité en maintenant le gouvernement au pouvoir, en laissant passer ce budget, qui est, je crois, avoir donné un certain nombre d'éléments qui montrent à quel point il est problématique, et puis en laissant un gouvernement en place qui met une politique, et une politique que l'on combat.
D'ailleurs, vu que le PS avait fait un communiqué, contre les suppressions de 4000 postes d'enseignants. Ah bah très bien, mais si vous êtes contre, il fallait censurer le gouvernement, c'est plus simple, ça a évité que ça ait lieu. Donc il va y avoir des élections municipales le 15 et le 22 mars, et ça va être aussi l'occasion de sanctionner toutes celles de ceux qui ont laissé passer ce budget.
J'y viens aux municipales dans un instant, mais une question aussi sur les documents de l'affaire Epstein. Je reçois dans un peu plus d'une demi-heure sur BFM TV Jack Lang, qui dit assumer les liens établis avec Jeffrey Epstein lui-même et sa fille. Vous demandez une commission d'enquête ?
Oui, je pense que c'est nécessaire, c'est une proposition que notre groupe a formulée. Je pense que le mieux, c'est qu'elle soit transpartisane. Nous, on propose à co-signature aux autres parlementaires, parce que les révélations, et notamment les dernières révélations, les documents qui ont été révélés, ils posent un certain nombre de questions qui sont des questions légitimes. D'abord, il y a un certain nombre de personnalités qui sont citées à l'intérieur. Alors moi, je ne suis pas juge, je ne suis pas procureur.
Le seul pour lequel, alors il y a des millions de documents, et donc effectivement, les enquêtes sont toujours en cours. Mais le seul, semble-t-il, pour l'instant, qui ait reçu de l'argent et qui ait eu des liens aussi avérés, c'est Jack Lang. Les autres, c'est des noms qui sont cités, mais parfois même dans des articles.
Il y a eu beaucoup de documents. Je pense qu'il faut qu'il y ait un travail d'enquête.
En tout cas, vous estimez que cette commission d'enquête doit pouvoir faire ce travail.
Mais bien sûr, pour que la vérité puisse être faite. Et puis je rappelle quand même qu'il y a en quelque sorte deux volets. D'abord, il y a l'affaire sordide, ignoble, de trafic de mineurs, de crimes sexuels, de pédocriminalités. Et il y a donc des victimes, et potentiellement des victimes en France. Et donc il est quand même légitime qu'on rende justice à ces éventuelles victimes.
Jack Lang répondra tout à l'heure, mais il dit lui-même, j'ai souvent vu Jeffrey Epstein accompagné, dit-il, de jolies femmes. Il dit qu'elle n'avait pas l'air mineure, mais en effet, au minimum, il avait cette... Et ça, c'était dans Paris.
– Donc il doit y avoir... – Ça, c'était lorsqu'il l'a vu à Paris. – Donc c'est quand même la moindre des choses de rendre justice à des personnes qui ont été victimes. Et puis il y a un deuxième volet qui n'est évidemment pas de même nature, mais qui pose question aussi, qui est des noms qui sont cités, peut-être des risques d'ingérence étrangère dans des processus électoraux. Et ça aussi, on doit pouvoir faire une enquête sur ce sujet. Et je veux dire deux choses, parce que parfois, quand on dit ça, on me dit, oui, mais le complotisme, le complotisme... Si on veut éviter qu'il y ait du complotisme, il faut avoir des procédures qui permettent de faire la vérité.
Et puis deuxième chose, là où je mets en garde, je lis sur les réseaux sociaux des commentaires antisémites, avec des formules issues d'une vision de la société, du type le complot, vous voyez ce que je veux dire ?
– De quoi, le complot judéo-médiaire ?
– Voilà, des gens qui disent des choses comme ça, donc je leur dis, attention, pas ça, pas ça. On peut faire la vérité sur ce qui s'est passé, mais ce n'est pas en raison de la confession ou de l'origine d'une personne. Je pense que c'est important de le dire, Madame de Malermes. – Qui a fait ça ? – Non, mais je vois des commentaires sur les réseaux sociaux.
– C'est peut-être sur les fils que vous, vous suivez.
– Non, non, pas sur les fils que moi je suis. Enfin, si vous ignorez qu'il y a autour de ces révélations de documents de l'affaire Epstein, des gens qui en profitent pour faire valoir une vision de la société antisémite, c'est qu'on n'a pas regardé la même chose. Donc je me permets de mettre en garde sur ce sujet, ça me paraît important de le faire.
– Tout à fait, manuellement pas. Les municipales, vous le disiez, alors quand on interroge les Français, leur priorité désormais, c'était jusqu'à présent le pouvoir d'achat, c'est désormais la sécurité. Sur ce point-là, qu'est-ce que vos candidats apportent comme réponse ?
– Une rupture avec la doctrine, qui est celle qui est à l'œuvre aujourd'hui dans l'essentiel des communes et qui ne fonctionne pas. Madame de Malherbe, est-ce que vous savez quelles sont les deux villes qui sont les plus vidéosurveillées en France ? Je vais vous répondre. – Je crois qu'il y a Nice. – C'est Nice la première et c'est Nîmes la deuxième. À Nice, il y a eu ces dernières années une augmentation de 70% des délits liés au trafic de drogue, c'est à peu près dans les mêmes proportions à Nîmes. Donc moi je veux bien qu'on me fasse croire que ce sont ces recettes-là qui fonctionnent, mais je ne le pense pas du tout.
Donc nous, ce que nous défendons, c'est évidemment qu'il faut prendre en compte cette question de la sécurité. – Pas de vidéosurveillance ? – Alors je ne dis pas pas de vidéosurveillance, ça veut dire qu'on fait un moratoire et on met les moyens dans de la présence humaine, dans des effectifs de prévention, dans des effectifs qui garantissent la tranquillité publique. À chaque fois que vous mettez quatre caméras, vous pouvez mettre un effectif humain. Eh bien moi, je préfère mettre un effectif humain. Et j'assume sur ce sujet d'être en rupture avec les positions qui sont défendues par un certain nombre de municipalités, pas pour des raisons idéologiques, mais parce que ça ne fonctionne pas.
– Certains qui partageaient totalement votre point de vue lorsqu'ils ont été élus, je pense aux maires de Bordeaux ou aux maires de Lyon, ont aujourd'hui évolué sur cette question-là.
– Eh bien je pense qu'ils se trompent, je pense qu'ils font une erreur et une maladresse. Alors évidemment, il ne faut pas faire n'importe quoi, je ne vous dis pas qu'au lendemain vous allez tout supprimer, mais il faut faire monter en puissance un travail de prévention, un travail de tranquillité, un travail de présence sur le terrain, faire en sorte que dans nos quartiers, dans toutes nos villes, il y ait des services publics, il y ait des commerces, il y ait de la vie. C'est comme ça qu'on garantit la sécurité, la tranquillité et la tranquillité publique.
Et donc nous on assume d'avoir une vision, qui est une vision différente de celle des autres, mais je pense qu'elle serait plus efficace.
– À partir de quelles nuances de couleur de peau, noire ou marron ou de je ne sais quelle couleur, vous considérez que c'est ok d'être élu ?
– Quelle que soit sa couleur de peau, c'est ok d'être élu ? Je ne comprends pas pourquoi vous posez cette question.
– Je pose cette question parce que j'ai lu les propos de différents candidats, la France insoumise, qui disent qu'il faut élire un racisé, parce qu'il faut désormais représenter le réel peuple de France qui doit reprendre le pouvoir. Je lis les propos de Daniel Obono, qui dit à propos de la fête de l'Humain, que c'est une fête de blancs, et que d'ailleurs, finalement ça ressemble à des amphis de la France insoumise, et ça lui fait honte.
– Écoutez, Apolline de Malherme, il y a une question qui nous est posée. Est-ce qu'on considère aujourd'hui que notre classe politique, elle est représentative de la population française dans toutes ses dimensions ? Ses dimensions sociales, ses dimensions de genre, ses dimensions d'origine. Est-ce qu'on considère ça ? Je ne pense pas. Quand vous savez que, de mémoire, il y a à peu près 80% des mères en France qui sont des hommes, et seulement 20% qui sont des femmes, alors que 50% de la population sont des femmes. – Pardon Manuel Bancard, mais de quelle couleur êtes-vous ? – Mais moi je suis blanc, il n'y a pas de blanc ou de couleur de peau.
– Mais vous êtes le patron de la France insoumise, avez-vous déjà songé à laisser votre place ?
– Mais attendez, Apolline de Malherme, s'il vous plaît, je vais vous dire les choses très simples.
– Non, non, mais je vous pose la question. Est-ce que vous avez, lorsque vous avez lu le chat,
vous avez dit… – Franchement, vous ne devriez pas négliger un problème qui pose un problème… – Je ne néglige pas ce problème, je me dis que si c'est la couleur de peau
qui justifie, effectivement, qui est aujourd'hui l'argument principal pour faire élire un maire ou un député ou quoi, je m'inquiéterai à votre place.
– Oui, mais moi je m'inquiéterai à votre place si vous avez compris ça de mon discours, parce que je crois que jusqu'avant…
– Non, non, pas du vôtre, pas du vôtre, mais d'un certain nombre de vos membres.
– Du nôtre, parce que je crois que depuis tout à l'heure, on a parlé de fond, donc c'est d'abord quand on vote aux élections municipales, on vote d'abord pour un programme, pour des propositions. Ensuite, avoir comme souci et comme préoccupation, et oui, moi j'ai ce souci et cette préoccupation, de faire en sorte que nos élus soient davantage représentatifs de la population française, je ne vois pas pourquoi ça devrait déclencher des cris d'empré. – Vous êtes élu de Marseille ? – Oui, je suis élu de Marseille, moi je suis très fier.
– Vous êtes élu de Marseille, vous êtes né, je crois, dans la Loire, vous avez grandi dans la Drôme, quelle est votre légitimité en termes de représentation, puisque désormais, pour la représentation, il faut venir d'un terreau ?
– Peut-être que j'ai été élu la dernière fois en 2024, au premier tour de l'élection législative, avec plus de 70% des voix, peut-être que ça me donne une certaine légitimité,
la question est la question de la représentation.
– Oui, très bien, mais je ne suis pas en train de vous dire que du jour au lendemain, il va falloir remplacer tous les élus, ce n'est pas ce que je vous dis, je vous dis qu'il me semble que c'est légitime d'avoir une importance particulière qui est attachée, et nous c'est ce qu'on fait à la France Insoumise, je l'assume, à faire en sorte d'essayer de présenter des candidates et des candidats que ce soit davantage représentatif de la population française.
– Ce qui m'intéresse, c'est presque philosophique, Manuel Bopar. – Oui, moi aussi c'est très philosophique. – Tout à fait, lorsque Rima Hassan dit « cette époque du porte-parole-là est révolue », c'est-à-dire désormais, vous ne parlerez pas en notre nom, dit-elle, les porte-paroles ne peuvent plus être des voix et des visages qui ne soient pas incarnés. Encore une fois, je vous pose la question, combien de temps allez-vous rester à la tête de la France Insoumise ?
– Mais c'est d'abord, c'est les militants et les militants de la France Insoumise, c'est ça qui le décident, mais ce n'est pas le sujet, je veux dire, Rima Hassan, elle n'a pas remis en cause.
– Ce n'est pas eux qui le décident, parce qu'il se trouve qu'il n'y a pas de vote.
– Mais si, on ne va pas rentrer dans les détails si vous voulez. Mais Rima Hassan, elle n'a pas remis en cause, par exemple, ma présence, et elle a remis en cause le fait que la classe politique aujourd'hui n'est pas suffisamment représentative de la population telle qu'elle est. – La question c'est, pouvez-vous parler ? – Vous voulez faire en sorte qu'il y ait une forme de peur morale sur ce sujet ? – Non, ce qui m'intéresse, c'est, pouvez-vous parler désormais en leur nom ?
– Mais je parle… – Puisque vous considérez, au fond, on va se mettre d'accord. – La représentation politique, c'est l'idée justement, précisément, qu'à un moment, on considère qu'un élu nous représente tous. Qu'on ait voté pour lui ou pas, qu'on partage les idées ou pas. Mais désormais, la question, lorsque Sébastien Delogu dit, désormais, il faut élire un racisé, parce que le peuple réel de France doit reprendre le pouvoir. – Lorsque Daniel Obono dit la fête de l'humain… – J'ai compris, vous pouvez reprendre les citations,
mais vous les avez déjà dites une fois. Mais non, parce que le problème, c'est que vous prenez des propos, vous les sortez d'un contexte, et vous essayez de leur faire dire autre chose. – Attendez, Apolline de Malherbe, ce que je dis, c'est très simple. Ce que je dis, c'est très simple. Ce que je dis, c'est que nos élus ne sont pas suffisamment représentatifs de la population et qu'ils doivent l'être davantage. Après, moi, quand je suis élu, je porte la parole de l'ensemble des électrices et des électeurs de ma circonscription, quelle que soit leur couleur de peau, quelle que soit d'ailleurs, y compris leur opinion politique.
– Mais qu'est-ce qui est le plus important ?
– Même celles et ceux qui n'ont pas voté pour moi.
– Ce qu'on est de naissance ou ce que l'on devient ?
– Mais vous pouvez comprendre, vous devez pouvoir comprendre, je pense, que quand on est français, qu'on a…
– Doit-on être réduit à notre origine, à notre couleur de peau, à notre religion ?
– On n'est pas réduit à ça, mais quand la classe politique apparaît comme étant complètement décalée par rapport à la société dans laquelle on est… – Mais croyez-vous en la liberté, Emmanuel Monde ? – Je crois en la liberté.
– À la liberté de penser contre ce que l'on est ou ce qu'on est…
– Mais évidemment, mais comprenez, mais tout à fait, Apolline Ola, mais comprenez aussi qu'il y a toute une partie de la population française aujourd'hui qui ne se sont pas représentées par la classe politique telle qu'elle est aujourd'hui. Et si vous voulez répondre à cette fracture politique et démocratique, vous devez aussi travailler à faire en sorte que la classe politique soit davantage représentative. Par exemple, regardez, il n'y a pas suffisamment d'ouvriers à l'Assemblée nationale, il n'y a pas suffisamment d'employés à l'Assemblée nationale, et pourtant je ne considère pas qu'un ouvrier va représenter que les ouvriers de sa circonscription.
Donc évidemment que c'est un sujet, une préoccupation qui est décisive pour moi.
– Vous le savez, sur une plateforme qui s'appelle la Librairie Africaine, j'ai écouté plusieurs de leurs podcasts. – Qui, pardon ? – Et votre M. Bilingo, qui est l'un de vos députés, qui est lui-même candidat. – Oui. Et la Librairie Africaine avait ensuite, la semaine d'après, invité une femme qui disait, elle était de couleur noire, et elle disait, faire des bébés avec un blanc, ça fait des métisses, et au fur et à mesure, ça élimine les noirs. Ça lui posait problème.
– Franchement, Mme Newellard, vous n'avez pas à m'interroger sur, on est allé quelque part, et une semaine plus tard, il y a quelqu'un d'autre. – Non, mais c'est une question philosophique. – Parce que, excusez-moi, mais je suis à votre micro, avant vous avez invité un certain nombre d'invités, avec qui ont tenu des propos qui me dérangent beaucoup.
– C'est une question philosophique, parce que quand on commence à calculer à partir de quelle couleur de peau on est représentatif…
– Mais franchement, c'est bizarre que vous vous disiez ça.
– Pourquoi justement ? Parce que je pense au contraire à la liberté.
– Oui, mais je vais vous dire, par exemple, je pense que vous êtes… Je me permets, je pense que par exemple, vous trouvez bien qu'il y ait eu la parité en politique, et qu'il y ait maintenant davantage de femmes que d'hommes. Et vous auriez pu m'utiliser les mêmes arguments il y a quelques années dans ces débats-là.
– Sachez que j'ai toujours été justement pour la liberté de chacun. – Oui, mais en l'occurrence, je ne suis pas femme de lui.
– Non, mais je sais, mais ce n'est pas une remise en cause de la liberté de chacun, de considérer que parfois, il y a des mécanismes de domination qui existent dans la société, qui font que par exemple, les femmes sont moins engagées ou se présentent moins à une élection, que les personnes issues de l'immigration peuvent moins se présenter à une élection. – Mais la question que je vous pose, c'est qu'en défendant cela,
en tirez-vous les conséquences pour vous-même ?
– Mais moi, j'en tire les conséquences tous les jours. Vous allez voir, pour nos candidates ou nos candidats aux élections municipales, où on fait un travail, et c'est un travail qui se fait de manière consciente et qui remet en cause la liberté de personne, pour faire en sorte que nos candidates et nos candidats soient davantage représentatifs de la population. – Manuel Bonfard, coordinateur de la France. – Je trouve que c'est un bon débat, c'est un débat intéressant.
– Et c'est un débat philosophique que je suis très heureuse d'avoir eu avec vous.
– Mais il ne faut pas le caricaturer. Et je pense qu'on a pu peut-être le préciser.
– Vous êtes député des... – Vous me permettez de dire une dernière chose ?
– C'est la dernière ligne droite pour s'inscrire sur les listes électorales aujourd'hui. – Et on l'a dit. – Alors inscrivez-vous. Voilà.
Manuel Bompard