Philippe Gosselin : Il y a "une majorité qui n'en est plus une, un gouvernement en diffitulté"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Ce matin, nous avons deux invités politiques. Et oui, on fait de la place pour revenir sur ces législatives, d'autant plus que ce scrutin nous a réservé plein de surprises. Yael Gauze est avec moi en studio et je vous présente notre invité. Bonjour Philippe Gosselin. Bonjour. Vous faites partie des 61 députés LR de cette nouvelle Assemblée. Vous avez été réélu pour un quatrième mandat dans la première circonscription de la Manche. Je le disais, il y a eu plein de surprises. Qu'est-ce qui vous marque le plus, vous ?
Écoutez, c'est cette opposition venant de toutes parts finalement au gouvernement actuel. Une claque, je crois, pour le gouvernement. C'est quand même quelque chose d'assez exceptionnel sous la Ve République. C'est cet ensemble, effectivement, qui me marque plus que tel ou tel résultat de tel ou tel sortant. Plus que l'abstention ? Oui, parce que l'abstention, malheureusement, si elle est dramatique et on la regrette tous, était un peu en germe déjà la semaine dernière. Donc l'abstention, oui, on peut s'en plaindre. Et je fais partie de ceux qui s'en plaignent, mais réellement et forcément, et pas simplement parce que vous la pointez, parce qu'elle est dramatique.
On ne sait pas interpréter ce qu'auraient fait ou auraient souhaité faire les abstentionnistes. Mais encore une fois, ce qui fait que le résultat est là, c'est un refus d'une majorité. C'est une dispersion des voix. Et c'est cela qui est le fait marquant d'hier soir. Une majorité qui n'en est plus une. Un gouvernement qui se trouve en difficulté. Et un président de la République qui, quelques semaines seulement après son élection, se trouve en réelle difficulté. Et au final, avec l'abstention, si on l'intègre, c'est une France très fracturée. Une France qui, aujourd'hui, ne se regarde plus dans les yeux. C'est cette difficulté à gouverner.
C'est cette difficulté à croire dans la vie politique.
Yael Gauze, il y a une question pour vous.
Est-ce que vous vous sentez dans la peau d'un faiseur de roi ce matin ? Puisque c'est vous, les LR, qui êtes en position d'arbitre.
Les LR sont en position d'arbitre si on ajoute numériquement et mécaniquement un certain nombre de voix. Mais pour quoi faire ? Pour quelle politique ? Aujourd'hui, ce ne sont pas les LR qui ont la main là-dessus. Le président de la République est un peu un roi nu. On ne sait pas précisément quels étaient ses envies, ses projets politiques, parce que la campagne présidentielle a été bien escamotée. La campagne des législatives a été aussi fortement escamotée. Quand on a un gouvernement qui met 23 jours à démissionner et quelques jours supplémentaires à se constituer. Ça, c'était le passé, Philippe Bossin. Là, on se projette. On est aujourd'hui en interrogation. On est en interrogation.
Arithmétiquement, aujourd'hui, il ne peut pas y avoir de majorité absolue sans vous.
Il ne peut pas y avoir de majorité absolue sans nous, certes. Mais pour faire quoi ? Encore une fois, le gouvernement est en difficulté. Qui va aller voter demain la confiance à ce gouvernement remanié ? Je vous pose la question. Pas nécessairement les LR. Moi, je souhaite une opposition constructive. J'ai fait campagne sur ce thème comme nombre de nos collègues.
Donc, ça veut dire au cas par cas, en fonction des textes qui seront présentés ? Vous vous déciderez au cas par cas, c'est ça ?
Je crois qu'aujourd'hui, ce qui est le plus vraisemblable, c'est que ça soit au cas par cas. Effectivement, moi, je ne vois pas à ce stade un contrat de gouvernement se dessiner. Mais encore une fois, c'est aussi au président de la République de dire ce qu'il souhaite. Nous, nous avons une mission aujourd'hui. Nous avons été élus les uns et les autres hier soir sur ce projet. C'est une opposition constructive. Et pour moi, cette construction ne peut se faire que dossier après dossier. Mais sans attendre... Sauf à trouver un accord de gouvernement.
Philippe Gosselin, attendez, sans attendre, vos collègues Christelle Morancet, présidente de la région Pays de la Loire, et Jean-François Copé, maire de Maux, demandent un pacte de gouvernement à Emmanuel Macron avec les LR. Vous suivez cette ligne ou pas du tout ?
Écoutez, pour le moment, aucun de ces deux-là n'est député, premier point. Et un pacte de gouvernement, d'une certaine façon, risquerait de nous amener à être en quelque sorte des supplétifs de la majorité. Et moi, je n'ai pas été élu pour être supplétif. J'ai été élu pour porter la voix de mon territoire, pour porter une voix d'opposition, mais en construisant, et ce n'est pas être associé nécessairement à une majorité sur l'ensemble des textes. Mais encore une fois, il faudrait savoir ce que veut réellement le président de la République. Aujourd'hui, on ne connaît pas son projet.
Philippe Gosselin, il y a énormément de députés LR qui viennent de la région Auvergne-Rhône-Alpes. On a fait les comptes, il y en a quand même 19 pour cette seule région. Est-ce que ça dit quelque chose de la future ligne du parti, ou du poids, ou du rôle que pourrait jouer Laurent Wauquiez, le président de la région ?
En tout cas, ça veut dire que ceux qui nous ont envoyés veulent une opposition qui s'exprime. Je crois qu'il faut de la clarté, il faut de la transparence. Et aujourd'hui, le en même temps ensemble, le en même temps du président de la République, c'est la négation des différences. Je crois qu'on nous a élus, encore une fois, parce que nous étions des LR, et pas parce que nous étions éventuellement une opposition fongible dans le macronisme. Moi, je ne cherche pas à dire que tout est mauvais chez Macron. Je ne cherche pas à ce que mon pays soit dans le trouble. Mais en même temps, il faut de la clarté et de la transparence.
Et aujourd'hui, les conditions de la clarté et de la transparence, en s'alliant le cas échéant avec Emmanuel Macron, ne sont pas remplies. Donc, encore une fois, que veut le président de la République ?
Les minutes filent. Une dernière question, dit El Gauze.
200 députés l'air il y a 10 ans, 100 il y a 5 ans, 61 depuis hier soir. Vous aussi, vous êtes sur un toboggan ?
Totalement, totalement. Moi, je fais partie de ceux qui ont été élus en 2007, vous voyez, pour la première fois. Donc, cette glissade, elle est là. Et au-delà de la résistance personnelle, il y a aujourd'hui une difficulté à faire entendre la voix des LR. Et je ne suis pas sûr que cette opposition dont on a besoin serait plus debout si demain, elle se fondait dans un parti de majorité. Mais encore une fois, tout cela va dépendre de ce qui se déroulera à l'Assemblée, du rapport de force. Moi, j'ai connu une obstruction très forte avec 17 insoumis. Je n'ose espérer quels troubles cela sera avec plus de 80 aujourd'hui et 130 ou 140 nups. C'est une difficulté, évidemment.
Merci, Philippe Gosselin, député LR de la Manche. Vous étiez l'un des deux invités du 5-7.
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