LA FRANCE DE LOUIS XIV : BIENVENUE EN ENFER - ÉPISODE 11
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« « Voici la tour où était enfermée la belle Gabrielle. Tous les soirs, Rousseau venait pincer de la guitare sous sa fenêtre et le roi, qui était jaloux, le guettait souvent et a fini par le faire mourir. » »
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« 200 ans séparent Gabriel Destré, le grand amour d'Henri IV et Jean-Jacques Rousseau. »
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« Les rois jaloux construisent des légendes pour justifier leur règne et compensent souvent par des démonstrations d'histrionisme le peu d'amour réel qu'ils reçoivent de leur population ou des femmes de leur vie. »
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« C'est ce que Simone Veil a appelé la longue terreur du règne de Louis XIV. »
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« « En réalité, écrit Petitfils, Louis reçut une solide éducation, moins poussée cependant en raison des circonstances qu'on aurait pu l'espérer. » »
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« « Il faut en convenir, Louis ne fut pas très studieux, il préférait les distractions. » »
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« À l'âge de 13 ans, Louis XIV traduit le premier livre de « La Guerre des Gaules » de Jules César. »
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« « Toute autorité nous appartient, nous la tenons de Dieu seul, sans qu'aucune personne, de quelque condition qu'elle soit, puisse y prétendre. » »
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« Officiellement, la raison de l'arrestation de Fouquet n'est pas que son soleil faisait de l'ombre à celui à venir du roi. »
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« Mais la réalité, c'est que ces détournements liés au business de la guerre comme à des spéculations liées à la dette de l'État, Colbert en a croqué largement autant que Fouquet en tant qu'intendant de Mazarin, arnaqueur professionnel. »
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« Les dépenses militaires vont représenter la part la plus importante du budget de l'État. 80% jusqu'en 1692. »
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« La France va conquérir la Haute Alsace, le Roussillon, l'Artois, Cambray, le comté de Bourgogne, la Sarre, le Hénaud, la Basse Alsace. »
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« À sa mort en 1715, la nation ne conservait plus d'autres alliés européens que l'Espagne, la Suède et la Bavière. »
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« Ce qui justifie une guerre qui va durer de 1172 à 1178 et fera 342 000 morts. »
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« Dans les villages de Svaberdam et de Bodegraven, 2000 maisons sont incendiées avec leurs occupants à l'intérieur. »
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« Guerre de la Ligue d'Augsbourg, 680 000 morts. »
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« Guerre de succession d'Espagne, 1 251 000 morts. »
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« Dans le but de fournir une main-d'œuvre servile aux plantations, 2 000 esclaves sont acheminés d'Afrique chaque année. »
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« Selon le code noir, l'esclave noir a beau être canoniquement un homme, il est juridiquement une marchandise. »
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« « Déclarons les esclaves être meubles », indique l'article 44. »
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« Article 33, l'esclave qui aura frappé son maître sera puni de mort. »
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« S'il y a récidive, on lui tranche le jarret. »
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« En 1703, les recettes s'élevaient à 105 millions de livres, les dépenses à 171 millions. »
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« En 1706, les dépenses atteignent 196 millions alors que les revenus chutent à 53 millions. »
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« En 1708, la dette de l'État atteint 2 milliards de livres et le remboursement de celle-ci absorbe plus de la moitié des dépenses gouvernementales. »
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« Le coût total est difficile à estimer mais on penche sur 81 millions de livres en excluant la main-d'œuvre gratuite fournie par l'armée. »
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« Coût en vie humaine, 1500 morts par accident. »
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« Plus de 5000 lavements en 50 ans. »
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« Louis XIV meurt le 1er septembre 1715 d'une ischémie aiguë du membre inférieur causé par une embolie. »
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« Louis XIV meurt le 1er septembre 1715 »
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« D'une ischémie aiguë du membre inférieur causé par une embolie »
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« Les hommes meurent comme des mouches de pauvreté »
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« On déplore la mort de la plupart des laboureurs de tout âge »
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« Sigil Louis le Fortuné La Parc enfin vient de le prendre »
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« Pour le siècle de Louis XIV »
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« Qui est celle de Philippe Mancel »
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« Pierre Tévagnan »
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« Le code noir »
- 59:03PrésentateurFait
« Qu'il y avait eu au moins une condamnation à mort pour quelques gorgées de vin dans un verre »
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« Le Roi Machine de Jean-Marie Apostolides »
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« Les mémoires de Saint-Simon »
- 1:08:21PrésentateurFait
« Gabriel Destret est généralement considéré comme le grand amour d'Henri IV »
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« C'est en 1590 que l'écuyer Roger de Bellegarde évoque Gabriel Destret devant Henri IV »
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« Le désir extrême que j'ai de vous voir me fait passer par-dessus infini occasions qui naissent à tout moment »
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« Gabrielle, enceinte de 7 mois, est soudain prise de convulsion »
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« La représentation de son petit opéra, le devin de village, devant le roi et sa maîtresse »
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« Rousseau préfère fuir que d'avoir à les rencontrer et accepter »
Temps de parole
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C'est une question de pouvoir qui décide du sens des événements qui nous précèdent pavent la voie des événements à venir. Qui écrit le passé, invente le futur, qui fait main basse sur le narratif, s'empare des clés du studio de la réalité. Écrire, c'est associer des images initialement éloignées pour qu'elles produisent ensemble une impression frappante. L'impression qu'une séquence est supposée laisser dans la mémoire affective du lecteur ou du spectateur. C'est une question de montage et c'est une question de mise en forme. Le séquençage des énoncés pour produire une narration nouvelle. Le chemin le plus rapide n'est pas nécessairement le plus linéaire.
Parfois un détour, une anomalie ou un anachronisme produisent une accélération dans la signification à donner à l'ensemble et permettent de basculer plus rapidement d'une séquence à une autre. Il ne faut pas avoir peur de l'anachronisme. Qui a peur de l'anachronisme ? Dans les filles du feu, un recueil publié en 1854, le poète Gérard de Nerval raconte une promenade dans les environs de l'abbaye de Chalice. Pas loin d'Hermenonville ou un siècle plus tôt, avait passé les dernières semaines de sa vie. Un paysan montre à Gérard de Nerval une tour en ruine et lui dit « Voici la tour où était enfermée la belle Gabrielle.
Tous les soirs, Rousseau venait pincer de la guitare sous sa fenêtre et le roi, qui était jaloux, le guettait souvent et a fini par le faire mourir. » Le paysan commet alors un anachronisme étonnant. 200 ans séparent Gabriel Destré, le grand amour d'Henri IV et Jean-Jacques Rousseau. Et Rousseau n'a pas été assassiné par un roi jaloux. Enfin, la belle Gabrielle ne résidait pas dans une tour située près de l'abbaye de Chalice mais dans le château royal de Monceau. Château que lui avait offert Henri IV, le roi Stingfoot, l'idole de François Bayrou, dont je ne sais pas s'il est encore surintendant du petit roi de Wish au moment où vous découvrez cet épisode.
« Voilà pourtant comment se forment les légendes, écrit Nerval. Dans quelques centaines d'années, on croira cela. Henri IV, Gabriel et Rousseau sont les grands souvenirs du pays. On a confondu déjà, à 200 ans d'intervalle, les deux souvenirs. Et Rousseau devient peu à peu le contemporain d'Henri IV. Comme la population l'aime, elle suppose que le roi a été jaloux de lui et trahi par sa maîtresse en faveur de l'homme sympathique aux races souffrantes. La population n'a pas le monopole de l'anachronisme ou des légendes. Tout le monde construit des légendes.
Les rois jaloux construisent des légendes pour justifier leur règne et compensent souvent par des démonstrations d'histrionisme le peu d'amour réel qu'ils reçoivent de leur population ou des femmes de leur vie. Que ce soit par l'intérêt stratégique des dominants qui leur succèdent ou par la paresse critique de ceux qui devraient s'opposer à celle-ci, leurs légendes s'imposent d'autant mieux qu'elles sont sculptées dans les monuments que nous croisons, inscrites dans les noms des rues par lesquels nous marchons, écrites artificiellement mais efficacement dans le décor de nos vies jusqu'à s'imposer dans le tissu de nos mémoires.
Gabriel, il va falloir reparler de Gabriel, la grande passion du Roi Stingfoot. C'est une question de narration, de mise en place, de montage et c'est une question de pouvoir. D'où le recours aux fresques édifiantes, aux statues qui nous hypnotisent avec leurs grands yeux. Enfin, cette référence permanente à Rome et à Jules César. Une insistance maladive qui devait, pour des raisons stratégiques, afin de perpétuer un régime monarchique qui aurait déjà dû s'achever sous la Régence, à prendre une forme suprême, absolue, dans le règne interminable de Louis XIV. Et son chef-d'œuvre, Versailles, le château de l'enfer.
Parce que lorsqu'une narration devient hégémonique, lorsqu'elle s'impose au détriment de toutes les autres, lorsqu'elle est face jusqu'à la possibilité des autres récits, alors pas de doute, nous sommes en enfer. Cet enfer, c'est le règne de Louis XIV. Bienvenue dans la France de Louis XIV. Bienvenue en enfer. Je ne m'appelle pas comme tièlement. Je ne suis pas historien. Je suis exégète. Dans ce programme pour Blast, je fais l'exégèse de l'histoire de ce morceau de planète que nous nous sommes résignés à appeler la France. Cette exégèse ne prétend pas plus à l'exhaussivité qu'à l'objectivité.
Elle est simplement la reviviscence des bouts de chandelles que j'ai trouvés en voyageant dans le passé pour cheminer vers notre présent. Don't take the ring, Laura. Pour cet épisode, j'ai reçu l'aide de l'historien Raphaël Carbone et des historiennes Noémie Arnaud-Villemonteil et Marie-Aimée Romieux. Alors, si vous n'aimez pas mon histoire de France, écrivez la vôtre. Bienvenue dans L'Empire n'a jamais pris fin. Saison 2, épisode 4. Louis XIV, l'enfer sur France. Louis XIV est né le 5 septembre 1638 dans le château 9 de Saint-Germain-en-Laye et mort le 1er septembre 1715 dans le château infernal de Versailles.
Fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, petit-fils d'Henri IV, le roi Stingfoot, roi puant lui-même de France et de Navarre, au sens propre comme au figuré, son règne commence le 14 mai 1643 sous la régence d'Anne d'Autriche et du cardinal Mazarin qui s'étend jusqu'au 7 septembre 1651. Appelé simplement Dieudonné toute son enfance, Louis Dieudonné dit Louis XIV est le monstre du cardinal Frankenstein Richelieu. Il a été conçu parfaitement pour échapper aux régicides qui furent le triste sort de son grand-père et de son prédécesseur. Mais si parfaitement qu'il semble incapable de mourir. Tous ses enfants et ses petits-enfants meurent avant lui.
À sa mort en 1715, son successeur sera son arrière-petit-fils, Louis XV. Encore n'aura-t-il que 5 ans quand Louis XIV casse sa pipe. Il faudra refaire une régence. Son règne dure 72 ans et c'est le plus long de l'histoire de France. C'est ce que Simone Veil a appelé la longue terreur du règne de Louis XIV. Une longue terreur que le contrôle quasi-hypnotique des esprits réalisés pendant son règne aura également réussi à présenter sous un jour positif à la postérité. Le siècle de Louis XIV sera renommé en France le grand siècle. On va devoir décortiquer tout ça. Trigger warning comme disent les jeunes, ça va pas être joli joli.
Louis Dieudonné devient roi à 4 ans à la mort de son père Louis XIII. Et il vit pendant son enfance les épisodes de la fronde qu'il prendra personnellement très mal. Il reçoit une éducation sommaire. Toute sa vie il lira peu, voire pas. Ainsi, selon les mémoires du duc de Saint-Simon, qui jugeait que chez Louis XIV l'esprit est au-dessous du médiocre, à peine apprit-on au roi à lire et à écrire, il demeura tellement ignorant que les choses les plus communes d'histoire, d'événements, de fortune, de conduite, de naissance, de loi, il n'en sut jamais un mot. Il tomba par ce défaut et quelquefois en public dans les absurdités les plus grossières. Alors ça, les fanboys de Versailles n'aiment pas.
Ils n'aiment pas du tout. Regardez-les répondre. J'en pleure. En peloton de tête, le prince des fanboys, l'ex-banquier et auteur de biographies historiques à succès, Jean-Christian Petitfils, qui dans son comique Louis XIV s'acharne sur plusieurs paragraphes à répondre à cette remarque déplaisante de Saint-Simon. « En réalité, écrit Petitfils, Louis reçut une solide éducation, moins poussée cependant en raison des circonstances qu'on aurait pu l'espérer. » Un peu plus loin dans son texte, Petitfils continue à financer. « Il faut en convenir, Louis ne fut pas très studieux, il préférait les distractions.
» Et enfin, il goûtait peu leurs signements livresques, mais manifestait en revanche une grande curiosité de la vie. J'en pleure. On nous donne quand même un exemple de sa solide éducation. À l'âge de 13 ans, Louis XIV traduit le premier livre de « La Guerre des Gaules » de Jules César. Sans blague. Bien corrigé par son précepteur, Ardouin de Perfix, quasiment un ghostwriter, on va jusqu'à publier sa pseudo-traduction sous le titre « La Guerre des Suisses » traduite du premier livre des commentaires de César par Louis XIV dieudonné, roi de France et de Navarre. Non, je n'invente rien.
Si vous croyez que ça m'amuse, on prononce le nom de César dans cette émission autant que celui de Bolloré dans les autres programmes de Blast. C'est pas tout à fait vrai. En vrai, ça m'amuse. À la fin de la guerre contre Condé, dernier épisode de La Fronde, quand Anne et son fiston reviennent à Paris. Ce dernier déclare aux magistrats que « Toute autorité nous appartient, nous la tenons de Dieu seul, sans qu'aucune personne, de quelque condition qu'elle soit, puisse y prétendre. » Ok. Ok. Louis est sacré le 7 juin 1654 à Reims. La même année, une statue en marbre est installée dans la cour de l'hôtel de ville.
Louis XIV est représenté en César victorieux, revêtu d'un manteau à la romaine et couronné de laurier, foulant du pied une figure allégorique représentant la fronde. Oui, c'étaient eux les Gaulois dans cette narration anachronique. Vous avez dit anachronique, mon cher cousin. Comme c'est étrange.
Comme c'est bizarre.
Depuis une éternité, la France fait la guerre à l'Espagne des Habsbourg. C'est toujours la même rengaine. Lointains descendants de Jean Sempeur, on continue avec eux la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons, commencée au XIVe siècle. Celle qui s'est réinventée sous la forme du conflit entre François Ier et Charles Quint au XVIe siècle. Celle que Gérard de Nerval revivra un soir de dérive au Halle, au milieu du XIXe siècle, où il se prend de querelles avec un facteur qu'il croit être la réincarnation de Jean Sempeur. Pour faire la paix avec l'Espagne, le 7 novembre 1659, Louis XIV signe le traité des Pyrénées qui fixe des frontières entre la France et l'Espagne.
Il consent épouser l'infante Marie-Thérèse d'Autriche, fille du roi d'Espagne, qui est également sa cousine. Oui, le roi d'Espagne, Philippe IV, n'est pas seulement le descendant de Jean Sempeur. C'est aussi le frère de la maman de Louis, Anne d'Autriche, et la reine d'Espagne, et la sœur de Louis XIII. Vous suivez ? Et ça n'a pas empêché ces deux frères et sœurs, mariés à des sœurs et frères, tous loin d'un descendant de la même famille, de se battre toute leur fichue vie. Le mariage a lieu le 9 juin 1660 à Saint-Jean-de-Luz. Ce jour-là, Anne d'Autriche n'a pas revu son frère depuis 45 ans. Elle voudrait l'embrasser, mais il tourne la tête au dernier moment.
Elle lui aurait alors dit « J'espère que votre majesté me pardonnera d'avoir été aussi bonne française. Je le devais au roi mon fils et à la France. » Et Philippe IV aurait répondu « Je vous en estime. La reine ma femme en a fait autant, car étant française, elle n'avait dans l'âme que l'intérêt de mes royaumes et le désir de me contenter. » L'enfer stupide de ces stupides vies. Pour eux, comme pour nous. Puis Louis XIV et sa femme-cousine entrent à Paris le jeudi 26 août 1660. Le roi reçoit les clés de Paris, mais il ne confirme pas les privilèges de la capitale. Il se méfie de Paris. Il n'aimera jamais Paris. Le cardinal Mazarin meurt le 9 mars 1661.
Le jour même, Louis XIV dit « Je prétends désormais gouverner mon État par moi-même. » Ok. Ok. Louis XIV supprime immédiatement la fonction de ministre principal et prend personnellement le contrôle du gouvernement. Les membres du conseil se limitent tout d'abord à Lyon aux affaires étrangères, à Letellier à la guerre et à Fouquet aux finances. Fouquet, ça n'a pas duré. Colbert attend en embuscade. Le 17 août 1661 a lieu une des fêtes les plus célèbres de l'histoire de France. Celle donnée par Nicolas Fouquet en l'honneur de Louis XIV et de sa maman au château de Volvicomte à l'est de Paris. Plusieurs milliers d'invités. Sur les murs, Charles Lebrun a donné à Fouquet le soleil pour emblème.
Les jardins de Volvicomte ont été dessinés par André Le Nôtre. 200 g d'eau, 50 fontaines bordent le Grand Canal. Le banquet est préparé par le grand chef François Vattel. Et dans les jardins, on donne une comédie balée de Molière, jouée à la lumière des torches. Oui, oui, oui, oui. Vous avez compris. C'est une espèce de Versailles avant l'heure. Louis XIV, 22 ans, en est baba. Ira-t-on dire qu'il en est jaloux ? Moins d'un mois plus tard, le 5 septembre 1661, jour du 23e anniversaire du roi. Arrestation de Nicolas Fouquet. Bon anniversaire Louis XIV. Officiellement, la raison de l'arrestation de Fouquet n'est pas que son soleil faisait de l'ombre à celui à venir du roi.
Officiellement, Fouquet est accusé par Colbert de crimes graves, en particulier de détournement d'argent, ayant entraîné la situation financière dramatique du pays. Mais la réalité, c'est que ces détournements liés au business de la guerre comme à des spéculations liées à la dette de l'État, Colbert en a croqué largement autant que Fouquet en tant qu'intendant de Mazarin, arnaqueur professionnel. L'affaire Fouquet, écrit Stéphane Guerre, permet de solder l'immense fortune de Mazarin, la plus importante sous l'Ancien Régime pour un particulier avec un actif de 35 millions de livres. Or, 60% de cet actif est constitué d'un portefeuille de créances, dont beaucoup liés aux finances royales.
Il a donc profité des difficultés de l'État qu'il dirige comme Premier ministre pour faire des bénéfices sur son dos, sans s'empêcher d'ailleurs de spéculer. Avec cette circonstance aggravante qu'a sa mort en 1661, il est richissime alors que le trésor royal est vide. Dévoiler cette réalité est impossible, sauf à mettre en cause Mazarin, parrain et mentor politique de Louis XIV. Fouquet apparaît dès lors comme le bouc émissaire idéal pour innocenter le défunt cardinal, et celui qui depuis 1551 se trouve chargé de gérer sa fortune, un certain Jean-Baptiste Colbert. Le verdict de la cour sera le bannissement et la confiscation de ses propriétés. Le roi est déçu. Il attendait une mise à mort.
Paris se réjouit. Oui, curieusement, le Paris de la Fronde prend fait et cause pour Fouquet, qui n'a pourtant jamais été de leur côté durant celle-ci. Au contraire, travaillant comme Colbert pour Mazarin, Fouquet était un traqueur de libellistes. Mais les anciens frondeurs peuvent voir en lui la première victime d'un nouvel absolutisme comme ils les ont toujours détestés. Fouquet est emprisonné à vie à Pignerolles en 1165. On ne va pas faire de Fouquet une merveille d'homme, mais on peut reconnaître dans l'emprisonnement de cet ambitieux un peu trop flamboyant le sacrifice offert aux dieux politiques pour que l'enfer de Louis XIV s'installe en France et pour que Colbert administre celui-ci.
Finance, marine, commerce, agriculture, travaux publics, colonies. Fouquet, Colbert et Louis XIV vont le vider comme un poisson. Colbert copie sa gestion de l'État, tandis que Louis XIV lui prend le faste de Vaud pour faire son Versailles. Il reprend carrément les protégés de Fouquet. Le Brun, Le Nôtre, La Fontaine, Molière, qui deviennent les siens. Et la bibliothèque de Fouquet, de 13 000 volumes, devient la bibliothèque royale. Une bibliothèque dans laquelle le roi ne foutra jamais les pieds. Passons. Louis XIV savit son œuvre. « Louis eut toujours dans l'âme une élévation qui le portait aux grandes choses en tout genre », écrit Voltaire dans son livre de Fanboy, le siècle de Louis XIV.
Et même une âme aussi grande que sensible. Alors, par quoi commencer ? On va commencer par le plus extérieur et on va entrer pas à pas dans le plus intérieur. On va partir du monde où on terminera dans son cœur de grand sensible. Tout d'abord, sa politique extérieure, qu'on peut résumer par la formule « la guerre pour rien ». Les dépenses militaires vont représenter la part la plus importante du budget de l'État. 80% jusqu'en 1692. Louis XIV est un roi de conquête. Il veut profiter de sa puissance pour rattacher à la France tous les territoires ayant un jour relevé de la souveraineté de ses villes.
Tout peut devenir la France si un jour, selon une loi obscure, un bout d'un territoire étranger relevé d'un bout de son territoire. Alors, les guerres de Louis vont agrandir le territoire. Certes, la France va conquérir la Haute Alsace, le Roussillon, l'Artois, Cambray, le comté de Bourgogne, la Sarre, le Hénaud, la Basse Alsace. Mais elle l'isole des autres pays d'Europe qui vont finir par s'allier contre elle. En 1661, écrit Philippe Mancel, la France était protégée par des traités conclus avec presque toutes les puissances du continent, excepté l'Autriche. A sa mort en 1715, la nation ne conservait plus d'autres alliés européens que l'Espagne, la Suède et la Bavière.
Les bombardements de Gênes et de Bruxelles, les persécutions des Huguenots et la destruction du Palatina, attestés d'une cruauté qui poussa la plus grande partie de l'Europe à se retourner contre la France. Les guerres de Louis XIV se font surtout par vanité. Il ne faut pas faire de l'ombre à notre grand sensible. La Hollande, par exemple, insupporte Louis XIV parce qu'elle a du succès en matière de commerce. Elle lui fait donc injure. Ce qui justifie une guerre qui va durer de 1172 à 1178 et fera 342 000 morts. Une guerre dans laquelle les Français vont se comporter littéralement comme des porcs.
« Je n'ose vous dire quels excès ont atteint les pillages », écrit le commandant Luxembourg à Louvois le 12 août. De son côté, Louvois écrit au compte de Calvaux « Il faut brûler les villages entiers ». D'accord, chef. Dans les villages de Svaberdam et de Bodegraven, 2000 maisons sont incendiées avec leurs occupants à l'intérieur. Louis XIV est dénoncé en Hollande comme la bête de l'Apocalypse, le nouvel Attila. Les franc-comptois également sont hallucinés par la barbarie des troupes françaises qui brûlent vif une centaine de villageois d'Arcée réfugiés dans une église. Mais Louis XIV peut se réjouir. En échange de ces petits massacres d'êtres humains, la France récupère Besançon.
Colbert compare alors Louis XIV à Jules César qui avait pris Besançon 700 ans plus tôt. Youpi ! Les horreurs de 1173 sont célébrées par deux portes dans Paris, celle de la rue Saint-Denis et celle de la rue Saint-Martin. Sur la porte Saint-Denis, la Hollande est représentée en vieille femme terrorisée et en lion dépecée. Et le Rhin est un dieu terrassé, tandis que le roi emperruqué à cheval accepte la reddition de Maastricht. La porte Saint-Martin glorifie, elle, le roi qui s'est emparé de Besançon et de la Franche-Comté en le représentant à la fois comme un empereur romain en armure et comme un Hercule nu armé de son gourdin. Quand il n'y en a plus, il y en a encore.
Ce sera la guerre de la ligue d'Augsbourg de 1188 à 1197 et de 1701 à 1713, la guerre de succession d'Espagne où Louis XIV va imposer son petit-fils à la tête du royaume. À leur sujet, Louis XIV dira à l'ambassadeur de Turin avec une sorte de fierté vexée, « La plupart des princes de l'Europe s'étaient ligués contre moi. De mes alliés, ils étaient devenus mes ennemis. » « Mec, tu te demandes vraiment pourquoi ? » Du 13 au 15 août 1195, bombardement de Bruxelles. Villeroy, dans une lettre à Louis XIV, se réjouit de ce qu'il appelle l'embrasement total de la ville, ajoutant que le désordre que ses troupes ont créé dans Bruxelles est au-delà de toute description.
La plupart des édifices publics sont détruits, ainsi que 4500 domiciles privés. Un pamphlet circule, adressé à la France et attribué à Lucifer. Dans ce pamphlet, Lucifer se plaint que Louis XIV l'a privé de sa fonction. Louis XIV, plus maléfique que le diable, les Belges exagèrent-ils ? Je ne sais pas, mais je peux vous donner des chiffres. Le coup en vie humaine des deux dernières guerres déclarées par Louis XIV contre le reste de l'Europe. Guerre de la Ligue d'Augsbourg, 680 000 morts. Guerre de succession d'Espagne, 1 251 000 morts. Et c'est cet homme qu'on est supposé admirer aujourd'hui encore dans sa statue de roi cavalier, place des victoires.
Et puis il y a le colonialisme débridé, le racisme politique. En 1164, sur ordre du roi, Lefèvre de la Barre reprend la Guyane aux néerlandais. Colbert rachète la Guadeloupe et l'île de la Martinique. En 1197, le traité de Rizwick attribue à la France la moitié ouest de l'île de Saint-Domingue. La traite française des esclaves, à proprement parler, débute lorsque les premiers navires quittent Nantes pour l'Afrique en 1188. Dans le but de fournir une main-d'œuvre servile aux plantations, 2 000 esclaves sont acheminés d'Afrique chaque année.
Tout cela s'appuie sous une théorie qu'on appelle le mercantilisme et qui peut se résumer par des idées telles qu'une nation riche et forte est une nation qui les tient de l'or, où la grandeur d'un Etat est proportionnelle à ses ressources en métaux précieux. Théorie qui justifie pour la gloire de l'Etat l'appropriation du territoire des autres afin de profiter de leur richesse naturelle. Entre temps, Colbert a préparé et Louis XIV signé le code noir, un édit royal promulgué en mars 1685, deux ans après la mort de Colbert, pour régler ce qui concerne l'Etat et la qualité des esclaves, c'est-à-dire la légalisation de l'esclavage par achat et par naissance.
Selon le code noir, l'esclave noir a beau être canoniquement un homme, il est juridiquement une marchandise. « Déclarons les esclaves être meubles », indique l'article 44. Si l'esclave se défend contre les violences de son maître, on le punit de mort. Article 33, l'esclave qui aura frappé son maître sera puni de mort. Et les condamnations à mort sont fréquentes. Si l'esclave tente de fuir, on lui coupe les oreilles. S'il y a récidive, on lui tranche le jarret. Le vol est aussi passible de mort. Ce qui aura lieu au moins une fois pour quelques gorgées de vin dans un ver abandonné par un blanc.
Dans un ouvrage essentiel de 1987, le philosophe Louis Salamolin considère le code noir comme le texte juridique le plus monstrueux qu'aient produit les temps modernes. Je cite Salamolin « La France réussit dans la modernité cette performance théorique de dire sur la même ligne « esclavage et droit ». Considérer tout noir naturellement esclavisable. Esclaviser le noir parce que noir. Évacuer le noir parce que noir de l'unité de l'accomplissement anthropologique. Le bestialiser. Bâtir sur ce fait et sur sa formulation juridique la légitimation d'une pratique plus que séculaire d'arrachement et d'exil, de torture et d'épuisement à mort.
Le code noir règle le génocide utilitariste le plus glacé de la modernité. Après la guerre pour rien et la légitimation par sa formulation juridique du génocide, passons à la politique intérieure de Louis XIV qu'on peut définir par « la police partout ». Pendant le règne de Louis XIV, peu ou plus de révoltes nobilières, parlementaires, paysannes ou religieuses. Plus rien puisqu'il impose l'obéissance à toutes et tous et contrôle tous les courants d'opinion littéraire ou religieux. Que dit le mange-mère de Jacques Bainville dans son « Histoire de France pour les cons » ? Je cite « Le long règne de Louis XIV a un trait principal dominant, une tranquillité complète à l'intérieur.
Avec Louis XIV, le roi règne et gouverne. La monarchie est autoritaire, c'est ce que souhaitaient les Français. » À la boulette ! Mais mec, on leur demande pas leur avis. Je continue à citer. De là ce concert de louanges que la littérature nous a transmis, cet enthousiasme qui étonne quelquefois chez les esprits les plus libres et les plus fiers. Il comprend pas où il fait semblant. Les intellectuels et les artistes dépendent du roi à travers les académies et ils sont choisis sur des critères de soumission. Ils vont à la gamelle, sans flatterie, pas de chance de survie. N'ayons peur, ni de l'anachronisme, ni du point Godwin.
Il y a une analogie entre Hitler et Louis XIV, écrit Simone Veil dans « Quelques réflexions sur les origines de l'hitlérisme », un texte essentiel écrit en 1940. Le régime établi par lui méritait déjà pour la première fois en Europe depuis Rome le nom moderne de « totalitaire ». La propagande intérieure, malgré l'absence des moyens techniques actuels, atteint une perfection difficile à dépasser. Lise Lotte, la seconde madame, n'écrivait-elle pas qu'on ne pouvait publier aucun livre sans y insérer les louanges du roi. Nous avons aujourd'hui l'habitude de voir dans ces basses flatteries une simple clause du style liée à l'institution monarchique. Mais c'est une erreur.
Ce temps était tout nouveau en France, où jusque-là, sinon dans une certaine mesure sous Richelieu, on n'avait pas de coutume d'être servile. Sous Louis XIV, la servilité des sujets, la soumission aveugle, la flatterie extrême, l'absence de toute liberté spirituelle, mirent quelque temps la France au niveau de la Rome impériale et de ses provinces. Merci. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Louis XIV décide de faire du royaume un pays exclusivement catholique. Le 17 octobre 1885, même année que le code noir, c'est la révocation de l'édit de Nantes. Édit de Nantes, jadis promulgué par son grand-père Henri IV et qui octroyait la liberté religieuse aux protestants français.
Le protestantisme est donc tout simplement interdit. Le 2 novembre, un bourgeois de Marseille note que des centaines de dragons vont de maison en maison pour exiger des protestants de se convertir ou aller dès à présent en galère et leurs femmes à l'Amérique.
Pour s'assurer de la présence des convertis à la messe le dimanche, on procède à un appel où tous doivent répondre d'une voix forte.
Suis ici ! A défaut de se convertir, nombre de Huguenots choisissent de s'exiler. On estime le nombre d'exilés à 200 000 dont beaucoup d'artisans ou de membres de la bourgeoisie. Et pourtant, c'est dire à quel point la liberté d'opinion ou d'expression était morte et enterrée. Les persécutions des protestants ne suscitent alors presque aucune critique en France. C'est ce que Bainville appelle la tranquillité intérieure. Ça vous a plu ? Vous en voulez encore ? Louis XIV s'acharne également contre les Bohémiens, les Roms. Jusque-là, les seigneurs leur donnaient asile, s'ils le voulaient.
L'ordonnance du 11 juillet 1882 ordonne que tous les Bohémiens, dans toutes les provinces du royaume où ils vivent, soient condamnés aux galères à perpétuité, leurs femmes rasées et leurs enfants enfermés dans des auspices. Question économie, on divise généralement le règne de Louis XIV en deux périodes. Celle d'avant 1180, l'administration colbertiste dite brillante, et celle d'après 1180 dite inquiétante. Administration colbertiste brillante, ça veut surtout dire que les révoltes sont brillamment réprimées. Le 26 mars 1675, soulèvement contre l'impôt. On envoie 18 régiments pour réprimer les mécontents.
Les soldats provoquent de tels ravages que les rebelles s'enfuient carrément du pays, abandonnant 1100 maisons. Le 18 avril 1175, c'est une révolte à Rennes, provoquée par la hausse des taxes. Le roi envoie 6000 hommes afin de rétablir l'ordre. Les arbres ploient sous le poids des rebelles pendus. Alors sans surprise, le pays entier déteste colbert. Mais Louis XIV l'aime et la postérité devra bien sagement s'en tenir à l'opinion de celui-ci. Dans le siècle de Louis XIV, Voltaire écrit « Nous sentons aujourd'hui tout ce que le ministre Colbert fit pour le bien du royaume. Mais alors, on ne le sentait pas. Il travaillait pour des ingrats.
Il régnait d'ailleurs, en général dans la finance, autant de préjugés et d'ignorance que dans la philosophie. Voltaire n'est pas l'idole des éditocrates d'aujourd'hui pour rien. Il peut se moquer de la crédulité en matière de religion. Il a lui-même le culte des grands hommes. La postérité, écrit aussi Voltaire, chérira cet homme dont le peuple insensé voulut déchirer le corps après sa mort. Pas vraiment visionnaire, le Voltaire. La statue de Colbert est vandalisée en 2020 lors d'une manifestation en mémoire d'Adama Traoré avec l'inscription « Négrophobie d'État ». Oui, c'était une réponse logique au code noir. Mais souvenez-vous des réactions de la classe politique.
Vouloir censurer l'histoire dans ce cas-là de paradoxal parfois est absurde. A alors affirmé Richard Ferrand. Et Julien Aubert tweetera que l'inscription apposée sur la statue de Colbert, « Ce grand serviteur de l'État » était purement consternante. Enfin, Marine Le Pen se fera la porte-parole de l'anti-anachronisme. Juger l'histoire à partir des principes qui sont ceux d'aujourd'hui n'a juste aucun sens. Il faudrait quand même rappeler à ces gens que le peuple voulait dépecer le cadavre de Colbert et qu'il n'a guère été un homme admirable que pour les dominants.
Il faudrait aussi leur rappeler la réflexion de Simone Veil, que ce raisonnement qui se donne les apparences de la subtilité agacé au plus haut point. Rien ne permet de croire que la morale n'ait jamais changé. Tout porte à penser que les hommes des temps les plus reculés ont conçu le bien quand ils l'ont conçu, d'une manière aussi pure et aussi parfaite que nous, bien qu'ils aient pratiqué le mal et les célébraient quand il était victorieux, exactement comme nous le faisons. Après la mort de Colbert en 1183 et jusqu'à la mort de l'increvable Louis XIV en 1715, ce sera la période dite inquiétante. Plus de 30 années marquées par une succession d'hivers très rude de disettes d'épidémies.
La France va connaître deux grandes famines, celle de 1693-1694, il y a un été froid marqué par des pluies diluviennes, bilan 1,3 million morts, puis celle du grand hiver de 1709, bilan 630 000 morts. Mais ce qui inquiète les sectateurs de l'Etat, ce n'est pas les morts, c'est les dépenses gouvernementales et la dette. Alors donnons-leur des chiffres. En 1703, les recettes s'élevaient à 105 millions de livres, les dépenses à 171 millions. En 1706, les dépenses atteignent 196 millions alors que les revenus chutent à 53 millions. En 1708, la dette de l'Etat atteint 2 milliards de livres et le remboursement de celle-ci absorbe plus de la moitié des dépenses gouvernementales.
470 millions sur 756. Pays finito ! Maintenant qu'on a passé en revue son beau travail à l'extérieur et à l'intérieur du pays, abordons le chef-d'œuvre de Louis XIV. Ce pourquoi on s'en souviendra dans les siècles qui vont suivre, Versailles. Un château fait à partir d'un pavillon de chasse. Joël Cornette nous l'explique dans Le Roi de Guerre. La chasse, écrit François de Lamotte Levaillet dans son Traité d'Éducation du Dauphin de 1140, est une petite image de la guerre prélude du dieu Mars. Et Louis XIV aime la chasse plus qu'à son tour. Après un pari avec Mazarin alors qu'il a 19 ans, il abat 112 lièvres en cinq heures.
Quand il souffre de la goutte, il sort quand même à la chasse sur une chaise portée par quatre vallées. Ce sera donc à partir d'un pavillon de chasse construit en 1123 par son papa Louis XIII que Louis XIV va édifier son maudit château. En 1161, il commence l'agrandissement des jardins du pavillon et Versailles prendra plus de 20 ans de travaux. La construction coûtera environ 8 millions de livres par an avec un pic de 15 millions en 1185. Le coût total est difficile à estimer mais on penche sur 81 millions de livres en excluant la main-d'œuvre gratuite fournie par l'armée.
Et pourtant, excluant la main-d'œuvre gratuite donc, les ouvriers qui vont faire Versailles seront, quelle surprise, sous-payés. 30 livres par an en comparaison des 6000 livres du premier architecte Louis Levaux. Et on ne parle pas des morts, je veux dire, on ne doit pas en parler. Madame de Sévigny en 1178 a tout de même signalé les charrettes entières d'ouvriers morts qui étaient évacués toutes les nuits.
Et Olivier Lefebvre d'Ormesson signale dans son journal en juillet 1168 Une femme qui avait perdu son fils d'une chute pendant qu'il travaillait aux machines de Versailles, outrée de douleur, dit des injures au roi, l'appelant putassier, roi machiniste, tyran et mille autres sottises et extravagances dont le roi, surpris, lui demanda si elle parlait à lui. Elle répliqua que oui et continua. Elle fut prise et condamnée sur le champ à avoir le fouet. A l'inverse de Volvicomte, le château de Nicolas Fouquet, Versailles ne possède pas de bon approvisionnement en eau. Alors pour faire des fontaines qui est de la gueule, il faut 6230 mètres cubes d'eau à l'heure.
Le 19 octobre 1184, le roi machiniste décide de détourner et de canaliser une partie de l'heure qui se situe à une soixantaine de kilomètres à l'ouest. Il faut niveler les collines, construire des agducs, des routes et des ponts. C'est dangereux. Coût en vie humaine, 1500 morts par accident. Sans compter tous ceux qui vont périr de maladies à cause de l'atmosphère des marées, de l'eau croupie et répandre ensuite des maladies dans la population. Oui, plusieurs milliers de morts pour que ce gros débile de roi puisse admirer ses jets d'eau. Vauban est atterré et écrit à Louvois, le roi sera comptable à toutes les nations et à la postérité même. Vauban surestime la postérité.
Elle continuera à célébrer cet innommable étron humain. Sur une gravure de 1183, on peut lire « Monde, viens voir ce que je vois et ce que le soleil admire. Rome dans un palais, dans Paris un empire et tous les Césars dans un roi. » Et M. Combes écrit que les peuples de la terre devraient venir à Versailles. Versailles seule suffit pour assurer à jamais à la France la gloire qu'elle a à présent de surpasser tous les autres royaumes de la science des bâtiments. Vous y verrez l'ancienne et nouvelle Rome. À partir de 1182, Louis XIV s'installe et dirige tout depuis son château de Versailles.
Le nombre d'employés à la maison du roi passe de 833 personnes en 1163 à 3309 en 1702, sans compter les 609 membres de la maison de la reine, les 830 officiers de la maison de monsieur, etc. Au cours d'une année normale, en temps de paix, ces services représentent entre 10 et 20% du total des dépenses de l'État. Et le roi s'attend bien à voir les nobles se ruer pour vivre autour de l'UH24. C'est la cour. Et cette cour qui va faire, d'après Saint-Simon, qui en fut, de Versailles l'endroit, je cite, « le plus triste et plus ingrat du monde ». La cour. Alors quel est le sens de cette espèce de pays à l'intérieur du pays ?
Eh bien, la possibilité de continuellement surveiller la noblesse, bien sûr, et de l'empêcher de faire une nouvelle fronde. La fronde était une guerre contre ce que Richelieu avait inventé, l'absolutisme royal. Louis XIV va construire son règne de police permanente comme une réaction à la fronde. Que doivent faire les nobles à Versailles toute la journée ? Eh bien, rien d'autre que de ramper, se confondre en louanges et en génuflexions. Ses ministres, ses généraux, ses maîtresses, ses courtisans s'aperçurent, bientôt après qu'il fut le maître, « de son faible plutôt que de son goût pour la gloire », écrit Saint-Simon.
Les louanges, disons mieux la flatterie, lui plaisaient à tel point que les plus grossières étaient bien reçues, les plus basses encore mieux savourées. La souplesse, la bassesse, l'air admirant, dépendant, rampant, plus que tout l'air de néant sinon par lui, étaient les uniques voies de lui plaire. Alors, à nuancer évidemment, tous les nobles français n'étaient pas admis à Versailles et seule une minorité d'entre eux était soumise aux règles très strictes de l'étiquette. La chambre du roi, bien que grande, ne pouvait pas contenir toute la cour, mais c'était un privilège. Et celui-ci rayonnait ainsi, par faisceau, sur les cercles les plus excentrés de l'enfer.
« J'aime autant mourir que d'être deux mois sans le voir », dit alors le duc de Richelieu. Ou le marquis de Varde, qui lui dit « Sire, quand on est assez misérable pour être éloigné de vous, non seulement on est malheureux, mais on est ridicule. » Ou encore Lausin, je mourrai content, si je peux encore une fois dans ma vie, comme de la boue, me trouver sous ses pieds. « Si on lit Saint-Simon », écrit Simone Veil, « non pas à titre de curiosité littéraire et historique, mais comme un document sur la vie que des êtres humains ont réellement vécu. » On est pris d'horreur et de dégoût devant une telle intensité de mortel ennui, une bassesse si générale d'âme, de cœur et d'intelligence.
En effet, c'est consternant. Tous ces seigneurs réduits à l'état de Locke vont jusqu'à faire des révérences devant le lit vide du roi. Certains vont simplement en devenir dingues, comme Condé. Vous vous souvenez de Condé ? Le fou de guerre, qui avait combattu du côté de la Reine, puis du côté de la Fronde, puis du côté de l'Espagne, qui ensuite avait demandé la clémence du roi, il avait reçu. « On disait tout bas qu'il y avait des temps où tantôt il se croyait chien, tantôt quelque autre bête dont alors il limitait les façons », écrit Saint-Simon.
« Et j'ai vu des gens très dignes de foi, qui m'ont assuré l'avoir vu au coucher du roi, jeter la tête en l'air subitement plusieurs fois de suite et ouvrir la bouche toute grande comme un chien qui aboie, mais sans faire de bruit. » Même Voltaire doit admettre que le roi machiniste se sentait finalement bien seul dans son petit système autoritaire. Je cite Voltaire. Le roi, trompé dans ses choix, dit qu'il avait cherché des amis et qu'il n'avait trouvé que des intrigants. Cette connaissance malheureuse des hommes qu'on acquiert trop tard lui faisait dire aussi « Toutes les fois que je donne une place vacante, je fais cent mécontents et un ingrat.
» « Mec, si ton but est de te faire des amis, comment te dire que tu ne t'y prends pas très bien ? » Louis XIV est donc entouré en permanence de sa cour, soumise à la torture de se plier à l'ensemble de ses caprices. Mais en retour, il se met lui-même en position d'être observé continuellement. L'ensemble se met à ressembler à une émission de télé-réalité qui ne s'arrêterait jamais, Versailles Story. C'est un présent perpétuel où tout le monde pourrit sur place d'un ennui plus terrible que la mort. Comme dira Stendhal, le chef-d'œuvre de Louis XIV fut de créer l'ennui, au sens originel du mot, de l'exil. À quoi ressemble une journée au cœur de l'enfer ?
À 7h15, le premier valet de chambre murmura l'oreille du roi pour qu'il se réveille. À 7h30, premières entrées, celles du premier médecin et du premier chirurgien. À 8h15, le premier gentilhomme de la chambre du roi tire les rideaux du lit. Puis le roi sort de sa couche, passe ses mules et sa robe de chambre tendue par le premier chambelan et prend siège pour se faire raser. C'est la fin du premier lever. À 8h30, secondes entrées. Pendant que le roi fait caca, se presse médecin et chirurgien ordinaires, secrétaire de cabinet, lecteur de la chambre, contrôleur de l'argenterie, premier valet de garde-robe et titulaire des brevets d'affaires, parfois une centaine de personnes.
Comme Henri IV, Louis XIV ne se lave presque jamais, mais tous les jours, il subit des purgations, des lavements, des saignées. Il porte alors sa perruque du lever et reçoit les gens de qualité dans l'ordre des préséances. L'huissier égrène leur nom au premier gentilhomme qui les répète au roi. À 9h, c'est l'heure de la tisane, des prières et de l'habillement. On change de perruque. C'est la fin du grand lever. À 10h, les gens de sa maison l'accompagnent à la messe. Le mardi et samedi sont ensuite révervés aux finances. Dimanche et mercredi, au Conseil d'État. Jeudi, portes ouvertes aux audiences particulières. Et vendredi, c'est confesse. À 13h, le roi dîne à petit couvert.
Tandis que les membres de sa famille et certains courtisans choisis se tiennent à distance de sa table et le regardent debout. Même son frère n'est pas autorisé à s'asseoir. Retour dans son bureau, le roi se change pour la chasse ou la promenade quotidienne dans ses jardins. À 17h, nouveau changement d'habit avant d'aller signer son courrier ou tenir conseil. D'octobre à Pâques, 3 jours par semaine, se tient de 19h à 22h l'appartement. Une session de divertissement obligatoire pour la cour, comprenant jeux, danse, mini-concerts, théâtre. Le roi tient à ce qu'on y soit assidu et que chacun s'empresse de lui plaire. Alors ce sera un concours de méchanceté et de mesquinerie.
L'humour de cours étant bien entendu basé sur l'humiliation. Ouais, on se croirait à nouveau à la télé mais chez Hanouna cette fois. Sauf maladie ou deuil, le souper au grand couvert se déroule de 22h à 23h dans l'antichambre. Le roi dîne avec la famille royale et en public. Les mets sont goûtés avant d'être servis pour vérifier la présence éventuelle de poison. Le dîner du roi nécessite un personnel de 324 personnes.
Un jour ordinaire, les mets servis sont Petit potage Petit potage hors d'oeuvre Entrée Petites entrées Petites entrées hors d'oeuvre Douze pigeons Douze pigeons Six fricassées de poules Deux paires de riz émincées Deux paires de riz Deux paires de roues Six dindes Trois poulets Quatre chapons Quatre paires de riz rôtis Deux gros chapons Neuf poulets Neuf pigeons Quatre tartes Quatre tourtes Un chapon Deux bécasses Deux cercelles ou bécassines des bois Cinq paires de riz en petits plats hors d'oeuvre Alors que ce n'est plus l'usage depuis bien longtemps.
Bien longtemps, le roi mange quasi exclusivement avec les doigts Ne se servant d'un couteau que pour couper sa viande Il interdit également à ses enfants l'usage de la fourchette D'ailleurs, il ne mange pas, il se baffre Madame, sa belle-sœur, se souvient de l'avoir vu au cours d'un repas enchaîné Une soupe, un faisan, une paire de riz, un jambon, du mouton et des pâtisseries
Il a tout mangé ? Les repas du roi s'achèvent généralement en indigestion et diarrhée.
C'est bien.
Ça fait de l'occupation médecin et un beau spectacle à admirer pour la cour Le grand coucher succède au grand couvert Les courtisans refluent avec le roi dans sa chambre Tous les soirs, le roi désigne celui qui aura l'insigne privilège de lui tenir le bougeoir pendant qu'il fait sa prière Après le cérémonial du bougeoir, les gens de qualité se retirent Quant au petit coucher, il consiste dans le spectacle du roi ôtant sa robe de chambre entrant sous son bal d'aquin, tandis que le premier valet de chambre dresse auprès de lui son lit de camp Le roi n'a jamais eu une bonne santé malgré la longueur de son règne Toute sa vie, ce ne sera que saignée et purgation Plus de 5000 lavements en 50 ans Il a des troubles gastriques et des dysenteries Une tumeur au téton droit cautérisée en janvier 1153 Une gonorrhée tenue secrète Des douleurs dorsales fréquentes attribuées à une attaque de syphilis Et des pustules sur tout le visage Il a des problèmes urinaires, une fistule anale, des calculs et une goutte qui le tient immobilisé et parfois au supplice Enfin, un début de gangrène à la jambe Comme me l'a fait remarquer Raphaël Carbone, cette gangrène se situe sur la jambe même avec laquelle il écrase la fronde Sur les portraits du jeune roi couronné en empereur César Cette gangrène, c'est le travail souterrain de la colère réprimée de la fronde Qui devra encore attendre un siècle pour se transformer en révolution Louis XIV perd ses cheveux suite à une fièvre typhoïde en 1658 Ce qui le condamne à porter des perruques pour le restant de ses jours Enfin, non seulement il se lave peu voire pas Mais il a des ennuis dentaires depuis 1776 qui lui ont donné une très mauvaise haleine Ses maîtresses placent un mouchoir parfumé devant leur nez quand elles doivent l'embrasser
Prenez un chewing-gave et parlez-moi encore
A partir de 1185, lors d'une erreur dans une opération, on lui arrache accidentellement toute sa dentition supérieure avec le voile du palais Ce qui le laisse édenter pour toujours et provoque une communication buconasale qui fait que les liquides ressortent par son nez Primi Visconti, observateur italien de la cour, écrira que chaque dame y espère devenir la maîtresse du monarque Il les aime jeunes et ragoûtantes, mais en use comme des chevaux de poste que l'on ne monte qu'une fois et que l'on ne voit jamais plus Tout lui était bon, écrit la princesse Palatine, pour fût que ce fussent des femmes, les paysannes, les filles des jardiniers, les femmes de chambre, les dames de qualité Voltaire, baba d'admiration, écrit Il ne trouvait guère de femmes qui lui résistassent Mais comment t'expliquer fanboy de l'enfer ?
La vraie question, c'est quel peut être le destin d'une femme qui résiste au roi ? Spécule ! Représente-toi la scène dans ton esprit, imagine ! Imagine une femme qui dirait non au roi ! Qu'est-ce qui pourrait bien lui arriver de mal ? On connaîtra surtout les maîtresses importantes du roi machiniste On ne va pas faire la liste, il y en a beaucoup Après Henriette d'Angleterre, la femme de son frère, parce que pourquoi se gêner ?
Il y aura surtout Louise de la Vallière, dont il s'éprend alors qu'elle n'a que 17 ans Il lui fera 4 enfants Mais dès que celle-ci a 22 ans, il s'ennuie en sa compagnie Alors, il s'enthousiasme pour Madame de Montespan, méchante à souhait Louis XIV oblige Louise de la Vallière, alors ex-favorite, à aider à la toilette de la nouvelle Comme si elle était sa domestique Il exige même qu'elle dorme dans la chambre voisine à celle de Montespan Pour qu'elle puisse entendre les ébats du roi avec sa nouvelle maîtresse Ben oui, c'est la seule manière de s'amuser un peu à cette époque Humilier !
Le carnaval des puissants est aigre et il ne connaît pas la réversibilité Vous avez crédit, vous avez crédit !
La pauvre Louise réussit à fuir en s'installant chez les carmélites du Faubourg Saint-Jacques Alors que la reine et Madame de Montespan viennent lui rendre visite Et lui demandent si elle n'a pas un message à donner au roi Elle répond avec mépris qu'elles peuvent bien lui dire ce qu'elles veulent Puis le roi s'intéresse à une nouvelle jeune fille, la Duchesse de Fontange Inquiète à juste titre pour son avenir de favorite On suppose que Madame de Montespan l'a faite empoisonner C'est pas sûr, on n'en a pas la preuve Mais elle va être mise en cause durant la fameuse affaire dite des poisons Durant laquelle on découvre qu'un grand nombre de membres de l'aristocratie Participe à des messes noires et fait des pactes avec le diable Quelle surprise en effet !
Il est possible que Madame de Montespan se soit contentée d'acheter des poudres d'amour Possible aussi qu'elle soit allée jusqu'à l'empoisonnement, on ne sait pas Après plusieurs centaines d'arrestations et une trentaine d'exécutions Tous les dossiers de l'instruction de l'affaire des poisons seront brûlés à la demande du roi Louis XIV a longtemps multiplié les maîtresses Mais tout change avec Madame de Maintenon La nounou de ses petits bâtards Qu'il rencontre dans le courant des années 70 Alors qu'elle est sous les ordres de Madame de Montespan Madame de Maintenon a 3 ans de plus que Louis XIV C'est la veuve de l'écrivain génialement drôle, Paul Scarron Mais bientôt, plus personne ne va se souvenir de qui est Scarron Quand Madame Scarron fut devenue la marquise de Maintenon Il arriva à une chose singulière, écrit Théophile Gautier Il ne fut plus question de Scarron La flatterie des courtisans supprima complètement le poète comique Personne ne se permit de faire l'allusion la plus détournée au typhon A l'énéide travesti Il se fit un grand silence sur la tombe du pauvre cul de jatte Même Voltaire est gêné de cet omerta Il ne comprend pas bien Ce nom n'est point avilissant Et l'omission ne sert qu'à faire penser qu'il peut l'être Louis tombe amoureux de Madame de Maintenon Mais alors, vraiment Il va l'épouser secrètement après la mort de la reine Il va même lui être fidèle Mais l'amour et la fidélité vont le rendre encore plus pénible qu'avant Puisqu'ils amplifieront son penchant pour la bigoterie et la malveillance Au sujet du vieux Louis XIV, la princesse Palatine écrira Il se figure être dévot parce qu'il ne couche plus avec des jeunesses Toute sa dévotion consiste à être morose À avoir des espions partout Qui font de faux rapports sur tout le monde En un mot, à tourmenter tout un chacun Quand Madame de Maintenon Qui a vécu sa jeunesse chez l'homme le plus drôle de son temps Elle va se faire chier Mais comme ça ne devrait pas être permis Quand le roi est revenu de la chasse, raconte-t-elle Il vient chez moi On ferme les portes Personne n'entre plus Me voilà donc seul avec lui Il faut essuyer ses chagrins s'il en a Ses tristesses, ses vapeurs Il lui prend quelquefois des pleurs dont il n'est pas le maître Ou bien elle se trouve incommodée Il n'a pas de conversation Il ne serait pas étonnant que Madame de Maintenon Eût regretté du haut de sa grandeur Logi si joyeux, si gai et si libre de ce caron Écrit Téophile Gautier Et les jours où elle remplaçait le rôti absent Par une histoire Scaron n'était pas si difficile à rire que Louis XIV Dont elle disait qu'elle s'ennuye à la fin De tâcher de distraire quelqu'un Qui n'était plus amusable C'est vrai Elle qualifie carrément à l'archevêque de Paris Sa vie de martyr Et dira des jours passés avec le roi et la famille royale On n'en s'enguère que de la tristesse De la fatigue et de l'ennui Et le plaisir fuit à la proportion qu'on le cherche Ou encore Dans des lettres à l'évêque de Chartres Son directeur et conseiller Je suis comme hébété par l'accablement de mes peines et de ma tristesse Je m'ennuie de vivre Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse Dans une fortune que l'on aurait peine à imaginer Et qu'il n'y a que le secours de Dieu Qui m'empêche d'y secomber C'est donc ça le privilège d'être le grand amour du roi Ça rend triste comme ça Ça fait penser à Gabriel Gabriel d'Estrée Le grand amour de son grand-père Louis XIV meurt le 1er septembre 1715 D'une ischémie aiguë du membre inférieur Causé par une embolie Liée à une arythmie complète Compliquée de gangrène L'agonie a duré plusieurs jours Le cortège funéraire est hué ou raillé sur la route de Saint-Denis Voltaire est obligé de le constater dans le siècle de Louis XIV Il ne fut pas aussi regretté qu'il le méritait J'ai vu de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis On y buvait, on y chantait, on y riait Les sentiments des citoyens de Paris avaient passé jusqu'à la populace Quelle indignité !
Ce n'est pas l'idée, voyez-vous, que je me fais du service public C'est une honte Et Bainville a beau tenter de minimiser le fiasco Le mange-merde s'étonne Et essaye vainement de comprendre ce malheureux des amours On murmura beaucoup Il se chanta contre le roi et sa famille Des chansons presque révolutionnaires La France était très fatiguée Lorsque Louis XIV mourut en 1715 La fatigue ! C'est ça la raison ? La fatigue !
Écoutons quelqu'un d'un peu plus sérieux La princesse Palatine Les hommes meurent comme des mouches de pauvreté La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provision On déplore la mort de la plupart des laboureurs de tout âge Le reste ne ressemble qu'à des cadavres Qui tombent le long des haies et des chemins Et ne s'en relèvent pas Et même le duc de Saint-Simon Parle à la mort de Louis XIV Du peuple ruiné, accablé, désespéré Des poèmes moqueurs circulent alors dans Paris Sigil Louis le Fortuné La Parc enfin vient de le prendre On dit que Dieu l'avait donné Mais a-t-il voulu le reprendre ?
La conscience totale d'empathie devant la mort du souverain Me fait penser à une couverture célèbre de Charlie Hebdo Le vrai, celui de Cavanaille de Choron La couverture de Gébé pour la mort de Pompidou Avec son visage barré et la mention Plus jamais ça !
Adieu Louis XIV Débrouille-toi comme tu peux Dans le Versailles de l'autre monde Avec Jules César Et tous tes copains Goudronnier de navire Et écarisseur de chevaux morts Pour le siècle de Louis XIV Je prends un verre de jus d'orange Bon alors, pour cet épisode J'avais commencé au départ par lire Le Petit Fils La biographie la plus célèbre Et la plus vendue sur Louis XIV Qui était une abomination Et puis une très bonne amie Qui se trouve être aussi mon attaché de presse Audrey Leroy Qui est une grande connaisseuse d'histoire M'a conseillé une autre biographie Qui est très bonne Qui est celle de Philippe Mancel Qui est un anglais Donc il est un peu moins pris par l'hypnose Produite par Louis XIV sur les français Et c'est Louis XIV roi du monde Donc cette biographie elle m'a bien aidé Pour l'ensemble Pour voir à peu près tout ce qui était en jeu Et tout ça C'est un très bon livre Sur les conseils de mon historien en résidence Raphaël Carbone Sur cet épisode ils sont trois Mais bon c'est Raphaël Carbone qui m'a conseillé Le Roi de Guerre de Joël Cornet Qui est un très bon livre Qui est plus un essai qu'une biographie Mais qui est un essai avec beaucoup d'éléments factuels historiques Sur toute la dimension guerrière de Louis XIV Et aussi sur ce qui va autour La représentation du pouvoir par la guerre Les choses comme ces portes là Épouvantables où il montre C'est les pays ennemis détruits Sous une forme allégorique Etc Et C'est que des gens qui m'ont conseillé Mon ami philosophe Pierre Tévagnan M'a conseillé sur le code noir Cet excellent excellent livre Du philosophe Louis Salah Molin Je suis pas certain de la prononciation Enfin c'est un livre qui explique tout Sur Mais vraiment Il n'y a pas de terme pour décrire Le degré d'abomination du code noir Et puis on a ce livre Contient en plus La totalité du texte du code noir Avec des exemples Et c'est dans ce livre par exemple Que j'ai appris Qu'il y avait eu au moins une condamnation à mort Pour quelques gorgées de vin Dans un verre Qui avait été abandonné par le maître Qui était un verre qu'on allait laver Et l'esclave A bu quelques gorgées de vin Mis à mort Considéré comme un vol Bon alors C'est un livre Mais qui fait froid dans le dos Qui glace le sang Et qui explique bien quand même La saloperie extrême Que sont Louis XIV et Colbert Qui pardon mais Ne méritent pas vraiment nos statuts Et puis il y a ce livre excellent Le Roi Machine de Jean-Marie Apostolides Sur toute la dimension La mécanique De la représentation du pouvoir Donc là c'est toute la dimension de Versailles Et des rituels du roi Et des rituels de la cour Etc C'était vraiment très très bien Magnifique aussi Alors c'est qu'une anthologie Autant pour la fronde J'ai pu lire les mémoires entières de Ré Ca fait un millier de pages Ca se fait Mais les mémoires de Saint-Simon Ca fait huit pléiades Donc c'est quelque chose que je lirai Je tiens vraiment à lire en entier Les mémoires de Saint-Simon Mais je les lirai quand j'aurai terminé L'Empire n'a jamais pris fin Sur le mois et demi que j'ai à consacrer à chaque épisode J'ai pas le temps de lire les mémoires entières de Saint-Simon Donc j'ai lu une anthologie Qui m'a procuré tant de rires Aussi de sentiments mais de vertiges Et puis c'est intéressant parce que tout ça c'est des mémoires écrites en secret Il n'y a pas du tout l'idée de faire un ouvrage public Donc tout ça il l'a écrit Et ça devait prendre des risques certainement pour écrire ses mémoires Parce que Comment dire Il s'agissait quand même d'être poli vis-à-vis de tout ça Donc c'est un livre C'est un livre absolument génial Le contraire total De cette grandiose nullité Mais vraiment J'avais pas Comment dire A priori absolument positif sur Voltaire Mais quand même Je pensais pas que ça allait jusque là Alors le fanboy de l'enfer Le fanboy de l'enfer Ce qui est fabuleux Ce qui est passionnant à voir quand même C'est que Voltaire Il se laisse pas raconter d'histoire sur les histoires de religion C'est le type que Comment dire Qui est supposé être pas crédule Mais alors la crédulité sur les grands hommes Elle est totale C'est à dire il a peut-être pas C'est pas le culte des miracles Mais par contre Il croit que les Que les hommes politiques en font des miracles Donc il gobe tout Son admiration pour Colbert est inouïe Son admiration pour lui 14 est absolument inouïe Il s'étonne sur des trucs Qui sont pas si surprenants Il est Il est à l'image de Je dirais de ses fans actuels quoi Les éditocrates quoi Voltaire c'est leur grand homme Il cite Voltaire à tout bout de champ Les Philippe Valls Les Franc-Tireurs Les Caroline Fourest Les Christophe Barbier et compagnie Tous des Voltaire addicts Et ouais Il y a des raisons Sur le fond Il y a des raisons Pour qu'ils admirent un type pareil Il est anti-religieux Sauf pour Louis XIV Qui est quand même le mec On a fait plus tolérant Qui a quand même révoqué l'édit de Nantes Et qui a fait des massacres de protestants Alors là Voltaire bah Ça le remue pas Ça l'inquiète pas Ça le Ça le scandalise pas Très instructif Très instructif tout ça Dans cet épisode Il y a quelques Il y a quelques apartés sur l'anachronisme C'est une question qui m'intéresse beaucoup C'est une critique qui revient souvent Les anachronismes dans l'Empire n'a jamais pris fin C'est une chose de dire que c'est volontaire C'est une autre de dire pourquoi c'est volontaire Oui c'est volontaire Pour dire mais bon Ça se justifie pas Bah moi je trouve déjà Que l'histoire est remplie d'anachronisme C'est à dire que Qu'est-ce qui est vraiment anachronique ?
Louis Salamolin par exemple Pour son livre Il y a des types qui l'ont critiqué Et qui ont considéré que c'était anachronique De juger l'esclavage Avec les yeux d'aujourd'hui Comme lorsque il y a eu Les personnes qui se sont attaquées A la statue de Colbert Et toute la question des statues Ils ont Surtout Marine Le Pen C'est plein de l'anachronisme De vouloir juger les hommes d'hier Avec la morale d'aujourd'hui Déjà ça, ça se discute Parce que déjà l'idée Qu'il y ait une Une éthique Qui soit mutable dans le temps Ça se discute Simone Veil n'était pas du tout d'accord avec ça Elle avait des très bons arguments Puis quand on On se penche sur l'histoire Comme l'année dernière On avait vu les cathares Ce qu'on a appelé les cathares On voyait que Fondamentalement Il y avait quelque chose Qui nous semblait Étonnamment proche Dans ces hommes Et quand on voit par contre Où en était arrivé Le pays A l'époque de Louis XIV Moi je vois un très grand anachronisme Et dans l'idée D'inventer Une légitimation juridique De l'esclavage Au XVIIème siècle Qu'est-ce qu'il y a de plus anachronique ?
Qu'est-ce qu'il y a de plus anachronique À ce moment-là Que de non seulement Pratiquer l'esclavage Massivement Mais de créer un code Qui le justifie Dans lequel On sépare les hommes Entre hommes et meubles Ça va très loin C'est un tel écart Avec des choses Qui étaient quand même Audibles Au XVIème siècle Montaigne Il n'y a pas de doute pour lui Que ceux qu'on appelle Les sauvages Ne sont pas des sauvages Ce sont des humains Et qu'ils ont leur sagesse Et qu'ils ont leur intelligence Et qu'ils ont leur raison Et qu'ils ont peut-être des choses À nous apprendre eux aussi Et je parle avec Quasiment les mots du XVIème siècle Et là on arrive au XVIIème siècle Et on considère les hommes Comme des meubles Qu'est-ce qui est anachronique ?
De se scandaliser ? D'halluciner devant ça ?
Ou de le gober et de dire Ah ben c'était l'époque Comme la flatterie Les dédicaces pour le roi En ouverture d'ouvrage Le nombre de bassesses Et de flatteries Qui ont été pratiquées Sous Louis XIV Ca avait commencé Sous Richelieu Mais alors sous Louis XIV Ca y est allé Et aujourd'hui on dit Oui mais c'était l'époque Mais cette époque Elle était anachronique Au XVIème siècle On n'écrivait pas comme ça Et au début du XVIIème Non plus Sous la fronde On n'avait pas La révérence Des gouvernants Justement Justement Donc là on se rend compte Que la question De l'anachronisme Je ne sais pas Si elle est bien posée Parce que j'ai l'impression Que tout le temps Nous sommes dans des anachronismes C'est anachronique D'avoir cette porte Derrière nous Est-ce qu'on se rend compte ?
Est-ce qu'on se rend compte ? C'est anachronique D'avoir Versailles Encore aujourd'hui Est-ce qu'on se rend compte De l'anachronisme ?
De visiter Le château de Versailles De visiter cette abomination Cette création abominable Et d'en faire Un événement touristique De le considérer Comme un fleuron De notre civilisation C'est anachronique De mon point de vue C'est anachronique De mon point de vue C'est aberrant C'est aberrant Ca me fait rire Je veux pas l'interdire Je veux pas dire Ne le faites pas Je veux pas dire C'est pas bien Vous êtes Vous êtes à côté de la plaque Ca me fait rire Et ça me fait vraiment rire De voir des personnes Qui sont capables De jouer les fanboys De l'enfer Traiter d'anachronique D'autres personnes Qui s'en étonnent Ca je trouve ça Comique Donc je trouve Voltaire Très drôle Mais pas là où il croyait
Nous aurons donc vécu 72 ans en enfer
Ou pas loin Parmi les poèmes comiques Écrits à la mort de Louis XIV Un dit carrément Ne priez point Dieu pour son âme Un tel monstre N'en eut jamais C'est excessif de dire ça Parce que Louis XIV est tombé amoureux Mais qu'est-ce que ça veut dire l'amour Pour un roi Et qu'est-ce que ça veut dire Dans ce monde affreux Être l'amoureuse du roi Louis XIV a aimé Madame de Maintenon Et Madame de Maintenon Aucun doute Même si cet amour L'a rendu encore plus pénible Mais la réciproque est-elle vraie ? Madame de Maintenon Était-elle amoureuse elle ? Ou avait-elle seulement Le choix de l'être Ou de ne l'être pas ? Qu'est-ce qu'un amour sans égalité ?
Il faut parler de Gabriel La grande passion du roi Stingfoot Celle dont il aurait voulu faire ça maintenant Sa deuxième épouse Oui déjà Oui Lui aussi Ameyes Baptiste Mathias Morgane Désolé On doit retourner en arrière On rembobine le film On doit revoir quelque chose Je n'ai pas l'autre Gabriel Destret est généralement considéré comme le grand amour d'Henri IV Et tous les fans des grands hommes s'ébaudissent et se pâment d'admiration devant les lettres que le roi libre lui a écrites Ces lettres on va en lire des passages et vous pourrez juger sur pièce Retournons donc en arrière dans la vie du grand père de Louis XIV Le premier Bourbon Le roi Stingfoot Parce que tout était déjà là Et parce que la réalité de cette affaire est quand même d'un très grand sordide Ce genre de choses on n'en parle quasiment jamais On préfère ne pas en parler Mais il faut quand même y revenir Si on veut mesurer le degré de pourriture de cette histoire Et pourquoi il faudra bien un jour admettre Que tous ces statues de grands hommes Et tous ces monuments à leur gloire Ne méritent que la poubelle ou la déchetterie Gabriel Destret était une très grande amoureuse Oui, mais pas du roi Gabriel aimait un certain Roger de Bellegarde Grand écuyer d'Henri IV Et c'était un amour réciproque C'est en 1590 que l'écuyer Roger de Bellegarde Évoque Gabriel Destret devant Henri IV Il lui dit combien elle est merveilleuse Combien il l'aime Et il demande au roi la permission de s'absenter Pour aller la retrouver à Coeuvre Où elle réside et où elle l'attend Le roi dit d'accord Mais il veut aussi la voir Il est curieux Alors il accompagne Bellegarde à Coeuvre Pour voir Gabriel Et une fois qu'il l'a vu, il la veut Le roi libre explique à Bellegarde Qu'il doit tout simplement lui céder sa place Monsieur, j'entends ne partager pas plus la femme que j'aime Que j'aime que la royauté Je vous demande de ne plus penser à Mademoiselle Destret Et Bellegarde accepte Il se casse Bah oui c'est ça travailler pour un roi libre Mais Gabriel n'en veut pas Elle, d'Henri IV Elle lui dit qu'elle ne l'aime pas C'est Bellegarde qu'elle aime Depuis quand désobéitons au roi ?
Toute la famille de Gabriel s'en mêle Le père, la tante, le mari de la tante, l'amant de la tante Tous plus ambitieux, pourris les uns que les autres Font pression sur Gabriel et lui disent qu'elle doit céder Alors elle n'a pas le choix Elle se résigne et elle lui cède Elle ne l'aime pas mais elle le laissera l'aimer Henri IV en échange donne beaucoup d'argent et de pouvoir à toute la famille Destret Il leur offre même un château Le château royal de Mont-Solemo Il va créer pour Gabriel un duché Le duché de Beaufort en 1597 Henri IV pense pouvoir y baiser peinard avec cette pauvre femme Qui accepte tout ça sans joie Oui c'est ça le grand amour d'Henri IV Ça vous a plu ?
Vous en voulez encore ?
On nous a vanté les lettres d'amour d'Henri IV Et ben voyons ça de plus près Le désir extrême que j'ai de vous voir me fait passer par-dessus Infini occasions qui naissent à tout moment Je n'ai failli un seul jour de mon devoir Que de votre bonne grâce qui est mon unique trésor Croyez-en mon bel ange Que j'en estime autant la possession que l'honneur d'une douzaine de patailles Soyez glorieuse de m'avoir vaincu Moi qui ne le fus jamais tout à fait que de vous A qui je bais un million de fois les pieds Et ben plutôt que de les baiser un million de fois Il devrait commencer par laver les siens et cesser d'écrire avec Aimez votre sujet ma chère maîtresse Car il vous adore avec idoloterie Il vous donne le bonjour vous baisant un million de fois les pieds Aussi souvent qu'elle le peut Gabrielle se fait porter pâle Elle dit se trouver beaucoup trop mal pour recevoir le roi Et malgré la promesse qu'elle lui a faite Elle retrouve régulièrement Bellegarde Un soir un capitaine vient informer Henri IV Que Gabrielle est en ce moment même en train de coucher avec Bellegarde Alors Stingfoot devient dingue de rage et chasse à nouveau Bellegarde Et là il envoie à son grand amour une espèce de lettre un peu fumace Résolvez-vous donc ma maîtresse de n'avoir qu'un serviteur Vous me feriez tort si vous croyez que rien qui soit au monde vous puisse servir avec tant d'amour que moi Nul ne peut égaler ma fidélité Ah il a vraiment rien compris hein Elle s'en fout de ta fidélité Et du fait que rien qui soit au monde ne puisse la servir avec tant d'amour que toi Imbécile Ça fait presque pitié Et ça dit quelque chose de l'éternelle malédiction du pouvoir L'impossibilité d'accéder à l'amour réel de l'autre A ses sentiments réels Et l'impossibilité même de s'en rendre compte Pas d'égalité, pas d'amour Alors que Gabrielle ne l'aime pas Henri IV qui s'est démarié de la reine Margaux Commence à caresser l'idée qu'elle pourrait devenir sa reine Henri IV annonce leur noce à la cantonade le 23 février 1599 Un mardi gras lors d'une fête au palais du Louvre Oui, le carnaval se réinvite toujours quand on l'attend le moins Mais le carnaval des puissants est une fête triste Et quelques semaines plus tard, le 8 avril Gabrielle, enceinte de 7 mois, est soudain prise de convulsion A-t-elle été empoisonnée ?
On ne sait pas Peut-être, peut-être pas On dira plus tard qu'elle a succombé à une maladie qui touchait les femmes enceintes L'éclampsie On la saigne On lui tire un enfant mort-né à pièces et à lopin On l'extrait par morceaux de son corps Et elle meurt le 10 dans d'atroces souffrances Voilà l'histoire du grand amour d'Henri IV Celui que le paysan a associé à Rousseau devant Gérard de Nerval Dans les ruines de l'abbaye de Chalie Voici la tour où était enfermée la belle Gabrielle Tous les soirs, Rousseau venait pincer de la guitare sous sa fenêtre Et le roi, qui était jaloux, le guettait souvent et a fini par le faire mourir Alors, cette anachronique, certes, mais Nerval, qui comprend immédiatement ce type d'association, commente ainsi la parole du paysan Le sentiment qui a dicté cette pensée est peut-être plus vrai qu'on ne croit Rousseau, qui a refusé 100 louis de Madame de Pompadour, a ruiné profondément l'édifice royal fondé par Henri Tout a croulé, son image immortelle demeure debout sur les ruines Tout a croulé Ce à quoi Nerval fait référence C'est au fait qu'après un siècle et demi d'artistes officiels et d'écrivains serviles, tous au service du monarque Jean-Jacques Rousseau, au début de son parcours, va refuser la pension du roi Et le choc que ce geste va représenter Un choc susceptible de tout faire sauter C'est les 18 octobre 1752, au moment de ce qui devait être le début d'une brillante carrière La représentation de son petit opéra, le devin de village, devant le roi et sa maîtresse Pas Henri IV et Gabriel d'Estrée Louis XV et Madame de Pompadour Alors, quand Louis XV et Madame de Pompadour déboulent pour lui proposer une pension Rousseau préfère fuir que d'avoir à les rencontrer et accepter Les philosophes des Lumières, Diderot en tête, n'en reviendront pas qu'il ait laissé passer une opportunité pareille Critiquer la religion ?
D'accord Réformer les mœurs ? Carrément Mais envoyer balader le roi ? Je perdais, il est vrai, la pension qui m'était offerte en quelque sorte, expliquera Rousseau Mais je m'exemptais aussi du joug qu'elle lui imposait Adieu la vérité, la liberté, le courage Comment oser désormais parler d'indépendance et de désintéressement ?
Il ne fallait plus que flatter ou me taire Et c'est pourquoi cet acte de liberté fut si important, crucial même C'est ce qui permet à Nerval de dire que Rousseau, en refusant sans lui, a ruiné l'édifice royal Ce qu'a fait Rousseau en fiant le roi pour ne pas recevoir sa pension C'est un geste magique, un signe qui force les mondes, comme dirait le poète Roger Gilbert Lecomte C'est ce geste qui est sans doute celui qui le plus radicalement, non pas annonce, mais impose désormais la Révolution Ce sans-roi, au sens littéral du terme donc, va reprendre, peut-être sans le savoir ni le vouloir Par la seule force de son intelligence et d'une subjectivité assumée et mise au service de l'indépendance et du désintéressement La grande diagonale émancipatrice de Jésus et de Marie-Madeleine Des gnostiques, manichéens, cathares, de François Villon et de François Rabelais Et en moins de 50 ans, tout va crouler !
Son image immortelle, demeurée debout sur les ruines de la France monarchique et catholique, continue à nous faire signe Nous sommes encore en retard sur la liberté que Rousseau est venu nous apporter Merci d'avoir vu cet épisode de L'Empire n'a jamais pris fin et rendez-vous dans un mois pour le suivant Si celui-ci vous a plu, likez, commentez, partagez, abonnez-vous à Blast, activez la cloche Les 7 épisodes diffusés l'année dernière font désormais l'objet d'un livre aux éditions Florent Masso et Blast L'Empire n'a jamais pris fin, tome 1 de Jules César à Jeanne d'Arc, en vente dans toutes les bonnes librairies Et si vous n'aimez pas ce portrait de Louis XIV, faites comme Voltaire ou Jacques Bainville Et dites que la postérité chérira cet homme et que je suis, comme la France, fatigué !
Merci d'avoir regardé cette vidéo !