Agnès Ricard-Hibon, porte-parole du Samu, alerte sur les coups de chaud : "Il faut nous appeler tôt"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:19OuverteRéponse directe
Pouvez-vous nous donner votre ressenti sur la situation actuelle ?
- 1:07FerméeRéponse directe
Est-ce qu'on est arrivé au point de rupture ou tout est sous contrôle ?
- 3:18OuverteRéponse directe
La ministre de la Santé évoque 1000 morts supplémentaires, est-ce que ça vous surprend ?
- 4:24RelanceRéponse partielle
Cette surmortalité est-elle inévitable ou aurait-elle pu être évitée ?
- 5:42OuverteRéponse directe
Quels sont les premiers symptômes à surveiller ?
- 6:41OuverteRéponse directe
Le plus dur est-il passé ou faut-il craindre un effet retard ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:29InvitéChiffre
« on a une augmentation très importante des appels au niveau du SAMU »
- 1:30InvitéChiffre
« on est à un plateau aujourd'hui, qui est à peu près de plus de 50-60% des appels »
- 1:51InvitéFait
« on avait demandé juste avant le week-end le déclenchement du plan blanc »
- 3:42InvitéFait
« la canicule, ça augmente la surmortalité »
- 5:51InvitéFait
« on a eu des jeunes quand même en état de déshydratation, parce qu'en pleine période de Coupe du Monde, ils prennent de la bière et ils pensent que la bière, ça hydrate »
- 8:50PrésentateurFait
« certains disent qu'il y a eu impréparation, impréparation dans les écoles, impréparation dans les hôpitaux »
- 8:54InvitéFait
« on aimerait bien avoir des hôpitaux climatisés »
- 10:18PrésentateurFait
« Météo France disait qu'un scénario de forte chaleur devenait plus probable pour la semaine du 6 au 13 juillet »
Temps de parole
- Invité76 %
- Présentateur23 %
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Thomas Soto, RTL Matin. Elle est médecin urgentiste dans un hôpital du Val-d'Oise et porte-parole de SAMU Urgence de France. Agnès Ricaribon est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Agnès Ricaribon.
Bonjour et merci.
Merci à vous d'être en direct avec nous depuis le Val-d'Oise où vous travaillez comme urgentiste, d'autant que vous avez été mobilisé tout le week-end et que ce n'est pas terminé. Peut-être pouvez-nous, docteur, pour commencer, nous donner votre ressenti, vos impressions sur ce que vous avez vécu ces dernières heures, ces derniers jours. Où en est-on ?
Alors, on a une augmentation très importante des appels au niveau du SAMU, mais cette augmentation d'appels, elle est non seulement attendue, souhaitée, puisqu'on souhaite que les personnes malades nous appellent pour être bien orientées dans le système de soins. Et s'ils sont graves, et c'est vrai qu'on a de plus en plus de patients graves, on envoie les ambulances de réanimation pour aller directement dans les services de réanimation. Et s'ils n'ont pas de signe de gravité, on fait beaucoup de conseils à domicile et où on les envoie vers les médecins traitants. Ce qui permet de réserver les urgences aux patients qui ont vraiment besoin du plateau technique hospitalier.
Donc la régulation de ce que j'entends s'est plutôt pas mal passée. Mais est-ce qu'en termes de volume, on est arrivé au point de rupture, de saturation, ou est-ce que tout est resté jusqu'à présent sous contrôle ?
Alors c'est qu'on est sous contrôle. La médecine d'urgence, la gestion de crise sanitaire, ça fait partie de notre métier. On sait s'adapter à l'augmentation d'activités. Les professionnels sont très sous tension, c'est vrai, mais on n'est pas à un point de rupture au niveau du SAMU. On est à un plateau aujourd'hui, qui est à peu près de plus de 50-60% des appels, mais on sait renforcer nos effectifs et s'organiser de façon à ce qu'on est certes sous tension, mais tout à fait opérationnel. Et au niveau des urgences, c'est vrai qu'on avait demandé juste avant le week-end le déclenchement du plan blanc.
Qui a été activé dans plusieurs régions, notamment en Ile-de-France.
Tout à fait, et on est en capacité d'accueillir plus de patients pour les diagnostiquer et initier les traitements, mais la difficulté, c'est de pouvoir les faire sortir des urgences vers l'hospitalisation, et il nous faut plus de lits, puisqu'on a plus de patients fragiles à hospitaliser, et c'est là où le plan blanc nous aide à avoir cette capacité augmentée d'hospitalisation.
Le plan blanc, pour faire simple, c'est une mobilisation générale, c'est le retour des personnels qui sont en congé. Juste pour qu'on précise bien quelque chose, quand on dit qu'on manque de lits, on ne manque pas de lits avec un matelas, on manque de personnes pour s'occuper de la personne qui serait dans la chambre. Donc il y a aujourd'hui des chambres vides, avec des lits qui sont inoccupés, faute de personnel, c'est ça la situation ?
Alors, oui et non, ça dépend des territoires, mais on a aussi beaucoup de chambres qui ont les personnels, mais qui sont occupées par des patients qui ont été programmés, et c'est vrai que là, il est nécessaire de déprogrammer, ce d'autant qu'il n'est pas pertinent aujourd'hui de se faire opérer d'une prothèse de hanche, une prothèse de genou, avec une hospitalisation derrière, dans des chambres surchauffées. Donc non seulement la déprogrammation, elle est utile pour libérer des lits pour les urgences, mais elle est aussi utile pour protéger la population, et il vaut mieux décaler les interventions non urgentes.
Agnès Ricari, est-ce que vous avez été surprise d'entendre la ministre de la Santé, Stéphanie Riste, parler d'au moins 1000 morts supplémentaires ces derniers jours, par rapport à la moyenne habituelle ? Est-ce que ça, c'est quelque chose auquel vous vous attendiez, malheureusement ?
Alors, cette mortalité ne nous étonne pas, parce que l'organisme a été mis à rude épreuve, et c'est vrai qu'au bout d'un certain temps, il y a des défaillances d'organes. On sait que la canicule, ça augmente la surmortalité. Mais ce qu'on veut surtout nous dire, c'est qu'il y a certaines surmortalités, mais il y a quand même surtout beaucoup, beaucoup de patients que l'on prend en charge et pour lesquels on arrive à sauver des vies.
Et il y a un message très important à faire passer, c'est qu'il faut nous appeler tôt, parce que dès le début des symptômes, parce que lorsqu'on arrive à limiter la hausse de température, on limite la défaillance d'organes, et c'est beaucoup plus facile finalement de soigner les gens et les faire rentrer chez eux quand on n'a pas encore la défaillance d'organes que quand la défaillance d'organes est installée. Donc il faut vraiment appeler le 15 au début des symptômes, le médecin traitant ou le 15.
Mais cette surmortalité, elle est inévitable, ou elle aurait été évitable avec une meilleure organisation, plus de moyens ? Vous savez qu'on se pose forcément la question ?
Alors, c'est difficile d'analyser cette surmortalité en temps réel, parce qu'il y a des décès qui sont attendus liés à l'évolution de la maladie, et il y a des décès qui sont inattendus. Alors on a eu des 40-50 nerfs qui ont fait des arrêts cardiaques, là on se dit que c'est vraiment une surmortalité liée à la canicule, ou des jeunes sportifs qui se sont retrouvés en coup de chaleur d'exercice, ça c'est de la surmortalité qui est liée à la canicule. Mais après, il y a des patients qui ont des pathologies chroniques pour lesquelles le décès est attendu dans les 2-3 mois, et la canicule a peut-être été un accélérateur, mais voilà.
Donc l'analyse de cette surmortalité, elle nécessite quelques mois pour l'interpréter, mais nous on préfère finalement, pour la population, parler des patients vivants pour lesquels on va sauver des vies, parce que là, effectivement, ils sont déjà beaucoup plus nombreux que les décès, et ça permet de passer des messages de prévention sur quand on nous appelait, parce que les premiers symptômes aussi...
C'est quoi les premiers symptômes dont vous parlez ? Qu'est-ce qui doit nous alerter ?
Ça ressemble un petit peu à l'ivresse chez les jeunes. Ce qui nous a surpris cette année, c'est qu'on a eu des jeunes quand même en état de déshydratation, parce qu'en pleine période de Coupe du Monde, ils prennent de la bière et ils pensent que la bière, ça hydrate. Alors que la bière, ça désaltère, mais ça déshydrate, parce que ça favorise le fait d'uriner. Et donc, les premiers symptômes, c'est les maux de tête, c'est des vertiges, c'est la lenteur de l'idée, c'est de la confusion, ce sont des nausées, des vomissements, ça ressemble un peu au premier signe de l'ivresse.
Et donc, ce qu'on dit, je sais que dire à des jeunes de ne pas boire de la bière pendant une couple de monde, c'est difficilement appliqué. Donc, au moins, alterner une pinte de bière et deux pintes d'eau, de façon à compenser la déshydratation.
Alors que les températures rebaissent un peu, on en parlait avec Louis Baudin tout à l'heure, est-ce que vous diriez que le plus dur est passé, ou pas encore ? J'entendais ce week-end le docteur Philippe Juvin, votre collègue des urgences de l'hôpital Pompidou à Paris, qui disait qu'il redoutait un bilan très, très lourd. Vous êtes d'accord avec ça ? Il y a un effet retard, entre guillemets, de la canicule à redouter ?
Alors, il y a tout à fait raison, il y a un effet retard. Nous, on s'attend à recevoir beaucoup de patients cette semaine qui ont des défaillances d'organes. En fait, le corps humain, il s'adapte pendant les premiers jours. C'est pour ça que les tout premiers jours de la canicule, on n'était pas surchargés aux urgences, parce que le corps humain s'adapte et puis au bout d'un certain temps, les capacités d'adaptation sont dépassées. Et quand la température monte comme ça, ça entraîne des défaillances d'organes. Donc, on a le cerveau, le cœur, le foie, le rein, le tube digestif, la coagulation, qui commencent à défaillir.
Et quand ces atteintes d'organes sont installées, c'est beaucoup plus difficile de revenir à une restitution d'intégrable. C'est pour ça qu'on dit qu'il faut nous appeler dès les prochaines symptômes, parce que quand les défaillances d'organes sont installées, c'est plus compliqué de les traiter. Et là, donc oui, on va recevoir des patients qui ont des pathologies chroniques, qui décompensent, et puis des patients dont les organismes ont été mis à rude épreuve, notamment ceux qui sont dans des appartements surchauffés.
Il faut continuer à boire beaucoup d'eau dans les jours qui viennent, ou pas ? Est-ce qu'il faut continuer à s'hydrater plus que d'habitude, même si on en ressent moins le besoin ?
Alors, bien sûr, il faut continuer à s'hydrater, parce que ce que l'on nous explique, d'un part des climatologues, c'est que ce n'est plus le canicule, mais ça reste quand même une situation chaude, et le temps de se rétablir. Alors, il faut également réadapter les traitements, notamment les gens qui ont de l'hypertension, de l'insuffisance cardiaque, avec des traitements qui favorisent le fait d'uriner. Ça doit être réadapté par les médecins traitants, et ne pas oublier que la chaleur, elle peut revenir la semaine prochaine, de ce que l'on nous prévoit.
Agnès Ricari, certains disent qu'il y a eu impréparation, impréparation dans les écoles, impréparation dans les hôpitaux. Est-ce que vous, vous l'avez ressenti ?
Alors nous, c'est vrai qu'on aimerait bien avoir des hôpitaux climatisés, il faut le reconnaître. Tous les services d'urgence ne sont pas climatisés, alors dans les nouveaux bâtiments, parfois c'est climatisé, mais il y a beaucoup de bâtiments anciens où il n'y a pas la climatisation. Et c'est difficile de soigner les gens en essayant de faire baisser la température quand on est dans des locaux qui sont à 38 degrés. Donc, ce n'est pas normal maintenant qu'on construise des hôpitaux sans prévoir d'emblée la climatisation. Et aussi, ce qu'on souhaiterait, ce qu'on alerte depuis des années, c'est qu'on n'est pas bien organisé pour avoir le nombre de lits disponibles.
Tous les ans, on le dit, que ce soit en hiver, que ce soit en été, mais même au quotidien, il y a une stagnation des patients qui ont besoin d'être hospitalisés dans les urgences. Et c'est ce qui nous bloque, en fait. Quand tous nos blocs sont occupés par des patients qui doivent être hospitalisés, on n'a pas la capacité d'accueillir de nouveaux patients, ce qui est notre mission. Alors qu'on est en capacité, on sait s'adapter pour avoir plus de patients qui arrivent aux urgences. Ça, on sait faire, d'augmenter nos capacités. Mais quand on ne peut pas faire sortir les gens des services des urgences, ça bloque toute la chaîne de prise de soins.
Rapidement, pour terminer, vous évoquiez la possibilité d'une nouvelle canicule. Hier soir, Météo France disait qu'un scénario de forte chaleur devenait plus probable pour la semaine du 6 au 13 juillet, même si leur intensité reste à ce stade incertaine. Est-ce que vous êtes prêts à encaisser une deuxième canicule aussi rapprochée ou est-ce que ça vous angoisse ?
Alors, est-ce qu'on est prêts ? On n'en a pas envie, je ne vous cache pas, mais ça fait partie de notre métier. On a choisi une spécialité, c'est un peu une passion et on sait que la gestion de la crise sanitaire, ça fait partie de notre mission et on sait s'organiser pour ça. Alors, oui, on est prêts là aussi à réaugmenter les effectifs au SAMU et dans les services d'urgence sous réserve d'avoir la capacité d'hospitaliser. Et c'est ça, parce qu'en fait, les patients qui ont des défaillances d'organes restent à l'hôpital, on ne peut pas les faire rentrer chez eux aussi vite.
Donc, la capacité d'avoir des lits, ce d'autant qu'il y a des services qui ferment parce que les températures sont trop élevées. Donc, là, les plans blancs, c'est vraiment le stade ultime, c'est lourd à mettre en place. Ça ne peut pas être le mode de croire. Ça devient compliqué.
Juste, Louis Baudin, d'un mot, cette nouvelle canicule qui est plus probable du 6 au 13 juillet, on a une idée là-dessus ou pas ?
Vous savez qu'au-delà de 7 jours, je ne me prononce pas, on ne sait pas. Mais en revanche, ce que l'on voit, c'est qu'effectivement, entre dimanche et lundi prochain, donc en limite de ces 7 jours, les températures pourraient de nouveau remonter.
Donc, on ne peut rien exclure. Merci en tout cas Agnès Ricaribon d'avoir pris quelques minutes pour être en direct avec nous. Bon courage à vous, à tous vos collègues soignants. Et on peut peut-être ajouter un mot très très simple, c'est merci. Merci à vous tous. Merci à vous.