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interviewBFMTV· 19 décembre 2023 26 min

Loi immigration: l'interview intégrale de Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

— Tout bonsoir, Jean-Luc Mélenchon. — Bonsoir. — Merci beaucoup d'être en direct ce soir pour cette soirée spéciale sur BFM TV. On est, comment dire, à quelques instants d'un moment solennel et du vote de cette loi immigration. Qu'est-ce que vous dites ce soir, Jean-Luc Mélenchon, aux députés, notamment aux députés macronistes, qui s'apprêtent à voter cette loi ?

0:22
Jean-Luc Mélenchon

— Moi, je leur dis qu'il leur est possible d'agir autrement. En définitive, l'Assemblée nationale a voté le rejet. Et dès lors qu'elle l'a fait, comme dans la Constitution, c'est elle qui a le dernier mot, on pouvait penser que, ben, ma foi, c'est la vie, quoi, d'une démocratie. Un texte a été rejeté, ben, on passe à autre chose. Non, M. Macron s'est entêté. Et depuis, comme vous venez de le dire à l'instant, on n'a plus aucun repère stable et fixe. Déjà, je n'en mentionne qu'un. Nous venons d'avoir une CMP. Toute la France, maintenant, sait ce qu'est une commission mixte paritaire, n'est-ce pas ? Alors, on dit, ben, c'est la rencontre entre les sénateurs et les députés.

Oui, oui, bien sûr, mais c'est pas une rencontre comme dans un club ou à la terrasse d'un bistrot. Il y a des règles. La règle, c'est que, en toute hypothèse, c'est l'Assemblée nationale qui aura le dernier mot. Donc, quand ils se sont rencontrés, les sénateurs avaient un mandat, le texte qu'ils ont adopté au Sénat, et les députés en avaient un aussi. C'est le rejet du texte. Or, c'est pas ça qui s'est passé. Les députés macronistes ont négocié ligne à ligne le texte du Sénat. Mais c'est pas ça l'objet d'une commission mixte paritaire.

1:34
Présentateur

Mais s'il y a une majorité, Jean-Luc Mélenchon, ce soir, s'il y a une majorité, ce soir, c'est, là aussi, l'avis de la démocratie. S'il y a une majorité au Parlement de députés souverains qui votent un texte souverainement.

1:44
Jean-Luc Mélenchon

Non, mais... Oui, oui, oui, bien sûr. Mais, pardon, souffrez quand même qu'il y ait une certaine rigueur des formes. Parce qu'après tout, on pourrait aussi amener un autre texte pendant qu'on y est. Les députés auraient pu dire, eh ben non, puisque c'est celui-là va orient, on amène un autre. Je pense qu'il y a un esprit des lois, autant qu'une loi elle-même. Par exemple, j'ai entendu dire des dizaines de fois que parce qu'on avait voté le rejet, on s'était tiré une balle dans le pied. Mais alors, ça veut donc dire qu'à chaque fois qu'une loi arrive, il faut la voter pour éviter qu'une pire n'arrive derrière. Il n'y a plus de vie démocratique possible dans ces conditions.

J'ai entendu d'autres dire, ah mais le Front National, le Rassemblement National a voté avec vous, vous devriez avoir honte. Bon, je vois que la honte, à présent, serait partie bien, mais ce n'est pas le sujet. Par définition, une motion de rejet, c'est quand on dit, écoutez, quoi que vous nous disiez, votre texte, on ne peut pas l'avaler, on n'est pas d'accord avec l'organisation générale de ce texte. Et c'est précisément la raison pour laquelle des gens avec des motivations très différentes peuvent rejeter ensemble. C'est à ça que sert une motion de rejet. Permettez que je vous en parle avec un peu d'expérience, j'ai quand même été presque 30 ans parlementaire.

Donc tout ça, je l'ai vécu dans les diverses assemblées.

2:56
Présentateur

– Mais sans la motion de rejet, le texte aurait peut-être été moins à droite.

3:04
Jean-Luc Mélenchon

– Mais alors donc, c'est bien ce que je suis en train de vous dire. Donc dans votre esprit, du point de vue du fonctionnement d'une démocratie parlementaire, il faudrait, quand on est de gauche et contre un texte, mais absolument contre toute la logique de ce texte, il faudrait qu'on le vote pour éviter qu'un autre, pire après, arrive. Mais il n'y avait rien qui obligeait M. Macron à reprendre le texte du Sénat. Il aurait pu dire, écoutez, ou je laisse tomber, puisque vous n'en voulez pas. Ou bien finalement, les députés, puisqu'après tout, ils font ce qu'ils veulent dans la commission paritaire, eh bien, ils reprennent des arguments de la gauche. Pas un n'a été repris.

Et permettez-moi de vous dire, là encore, avec la hauteur de l'expérience, que la plupart des choses dont on discute, c'est la 30e loi sur l'immigration. Figurez-vous que je retrouve des articles qui ont été adoptés une première fois en 1987. 2007, je m'y trouvais, qui ont été supprimés, je m'y trouvais, et qui ont réintroduit. Et qui sont toujours aussi absurdes, comme vous savez, cette histoire du droit du sol. J'y reviens. Votre gosse numéro 1, votre gosse numéro 2 sont nés, ils étaient français. Le suivant tombe sous le coup de la nouvelle loi. Lui, il n'est plus français jusqu'à l'âge de 16 ans. Tout ça est absurde. Il faudra qu'il y ait en fasse la demande entre ces 16 et ces 18 ans.

4:20
Invité

Je me permets, parce qu'Elisabeth Borne, justement, a répondu à la gauche.

4:25
Jean-Luc Mélenchon

Des gens qui disent qu'ils trouvent qu'il y a trop d'étrangers dans ce pays, transforment des gens qui seraient français en étrangers. Quelle est la logique et à quoi ça sert ?

4:34
Invité

– Elisabeth Borne, donc, il vous dit, ce qui est dans le texte, c'est l'interdiction de placer des mineurs en rétention administrative ou la régularisation de celles et ceux qui travaillent sans avoir besoin de demander l'accord de l'employeur. Et ça, de la gauche, ne l'a pas fait. C'est ce qu'elle vous répond, la Première Ministre.

4:52
Présentateur

– Jean-Luc Mélenchon qui ne nous entend plus. Malheureusement, on va essayer de rétablir la liaison avec Jean-Luc Mélenchon. Ça va prendre quelques secondes. Évidemment, une première réaction, Gérard Nibelser, à ce que vient de dire Jean-Luc Mélenchon, qui dit aux députés macronistes ce soir, vous avez encore le pouvoir de faire tomber ce texte ?

5:09
Invité

– Je trouve qu'il y a, au terme de cette journée, beaucoup d'exagérations sur le symbole, sur la portée, sur les principes portés par ce texte. On comprend bien que chacun est dans une espèce de théâtre, mais on a quand même un décalage, que je veux souligner, entre la force de ces principes auprès des élus et ce que pense la population. On parle d'un texte qui essaye d'adapter nos règles aux réalités sociales, démographiques d'aujourd'hui, le plus raisonnablement possible, en essayant de rétablir un consensus, d'étayer de suivre les opinions qui sont largement majoritaires dans l'opinion sur ces questions, en essayant justement d'établir un consensus et que ça passe par quelques points.

On a parlé des aides au logement qui, effectivement, vont être conditionnées à une certaine présence sur le territoire pour les gens qui ne travaillent pas. Voilà, c'est quelque chose qu'on pouvait discuter et ça correspond surtout au souhait de 70-80% de la population. On est en démocratie, on peut quand même attendre que le peuple soit écouté. Et je n'entends ce soir que des gens qui s'insurgent qu'on ait écouté ce peuple comme si on avait une élite qui avait une pensée et une moralité supérieure qui se raccrochent à des principes immatériaux. Ce qu'on a entendu tout à l'heure Alexandre Bompard le dire, c'est l'image... Manuel Bompard, c'est l'image de la France.

Pardon, si on peut comparer simplement et modestement la France aux autres pays de l'OCDE, je pense qu'on est dans une exagération, mais scilérante. Géraldine, je n'aurais pas aimé t'entendre en 1981

6:52
Présentateur

au moment de l'abolition de la peine de mort. Jean-Luc Mélenchon est prêt.

6:56
Invité

On a retrouvé Jean-Luc Mélenchon. Alors je ne sais pas si vous avez pu entendre ma question tout à l'heure, mais je vous ai parlé des propos d'Elisabeth Borne. Elisabeth Borne qui dit ce texte, c'est aussi... C'est aussi la régularisation de celles et ceux qui travaillent sans avoir besoin de l'accord de l'employeur. C'est l'interdiction de placer des mineurs en rétention administrative. Et elle, elle le dit, la Première Ministre, ça, la gauche, elle ne l'avait jamais fait jusque-là.

7:21
Jean-Luc Mélenchon

Oui, c'est ça. Bon, écoutez, on va repartir de... Bon, je ne vais pas prendre l'argumentaire de Mme Borne, parce qu'à chaque fois, il faut que je reprenne techniquement à chaque point. Ce n'est pas vrai, la régularisation, c'est si le préfet la décide, et c'est seulement pour un an. Et pour que le préfet la décide, il faut que la personne qui est en situation irrégulière ait un papier de son employeur qui atteste qu'il est employé depuis mois face à une vaste rigolade. Ça n'a pas lieu, ça revient tout simplement à aller se dénoncer. Mais je voudrais reprendre ce qui vient d'être dit à l'instant sur le caractère théâtral.

Mais évidemment que quand on agite et qu'on présente des grands principes, on peut dire que c'est théâtral, mais nonobstance là, les principes existent. Le droit du sol, madame, c'est depuis cinq siècles dans ce pays. Donc on peut penser qu'avant l'arrivée miraculeuse de M. Macron, qui était tout mieux que tout le monde, pendant cinq siècles, on a pensé que ça fonctionnait. De même, quand on dit qu'il y a une majorité de l'opinion, bien j'en suis enchanté si on part des sondages. Alors, il y a 60% des Français qui sont pour le rétablissement de l'impôt sur la grande fortune. Pour autant, vous ne le faites pas. Donc je proposerai que dans un débat de cette nature, on écarte ces arguments.

Mais je voudrais cependant présenter un. Est-ce que vous êtes sûr que la France telle qu'elle est, puisque vous parlez de ses réalités, notamment démographiques, dans un pays vieillissant, décroissant en population, puisque nous sommes en descendance finale à 1,8 enfants, est-ce que vous êtes sûr que c'est le moment où c'est la bonne idée, c'est de dire on ne veut plus voir personne dans ce pays ? Qui va bosser ? Qui va maintenir le niveau d'activité nécessaire qui nécessite qu'il y ait des gens plus jeunes ? Comment expliquez-vous que tant de pays dans le monde sont en train de faire exactement l'inverse de ce que vous, vous proposez de faire pour la France ?

– Jean-Luc Mélenchon, je reviens sur ce que vous dites à l'instant. – Le Canada peut venir 480… – Je reviens sur ce que vous dites à l'instant

9:06
Présentateur

quand vous balayez l'opinion, quand vous balayez les sondages. Les sondages qui, ces dernières semaines, ces derniers mois, vont tous dans le même sens. Quand vous avez deux tiers des Français dans les sondages qui vous disent, par exemple, à une question toute simple, est-ce qu'il y a, oui ou non, trop d'immigrés en France ? Deux tiers des Français répondent oui dans les sondages aujourd'hui. Cet argument-là, vous dites, il ne compte pas, il ne faut pas qu'il compte, et les députés qui vont voter ce soir ne doivent pas l'avoir en tête.

9:28
Jean-Luc Mélenchon

– Non, écoutez, vous avez une manière de procéder dans l'interrogation qui me paraît assez brutale. Vous me demandez de répondre, je m'en fous ce que disent les gens. Non, je dis, lorsque les gens pensent, par exemple, qu'il y a 30% d'immigrés dans la population, eh bien, ce n'est pas vrai. Il n'y a pas 30% d'immigrés dans la population. Et ce n'est pas parce qu'ils le croient que pour autant, il y a 30% d'immigrés dans la population. Dès lors, s'ils raisonnent sur la base du fait qu'il y ait 30% d'immigrés dans la population alors que ce n'est pas vrai, je comprends qu'ils disent, ah ben attendez, il faut arrêter ça parce que ce n'est pas la bonne pente.

sauf que le point de départ est faux. Donc, il faut bien entendre qu'on ne peut discuter que de réalité. Et pour ça, il faut en saisir les gens. La majorité pense ça, ils se trompent. Ils se trompent, on a le droit de le dire. Et surtout, ils se trompent sur un fait. Il n'y a pas 30% d'immigrés en France. Il y en a 6, 7%. Et ainsi de suite. On est à plus de 10% aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon.

10:29
Présentateur

On est à plus de 10% aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon. Oui, alors c'est trop pour vous, n'est-ce pas ? Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai rectifié le chiffre que vous avez donné.

10:38
Jean-Luc Mélenchon

Oui, mais donc, est-ce que 10% à votre avis, ça justifie qu'on dise c'est trop ? Non ? Ou oui ? Eh bien, je réponds, moi. Je comprends que vous ne vous posez que des questions. Mais moi, je pose aussi une question. Et je dis, est-ce que vous avez compris que nous ne serons, pas vous, mais en général, nous allons bientôt être dans une situation où la démographie va faire que le système des retraites ne pourra plus marcher, que les cotisations sociales ne suffiront plus à payer les soins. Et par conséquent, s'il n'y a pas des gens qui travaillent et qui cotisent, tout ça va s'effondrer.

Il ne restera que ceux qui auront la possibilité de se payer une retraite par des placements financiers, d'aller à la clinique ou à l'hôpital privé, parce qu'ils en auront les moyens. La société, c'est un tout. Enfin, j'ajoute la chose suivante. La France est un pays qui s'est toujours constitué autour seulement de la politique. Le pacte Liberté, Égalité, Fraternité, on l'a dit à cette fois. Ça n'est donc pas un pays ethnique. En quoi sommes-nous dérangés par des gens qui viennent et qui partagent nos valeurs ? Alors, je ne dis pas tout le monde, viens ! Je ne dis pas ça. Mais je dis que ça n'est pas raisonnable de mettre un verrou pareil.

Regardez, les grandes écoles viennent de dire que c'est de la folie. Après avoir augmenté les prédinscriptions des étudiants étrangers...

11:56
Présentateur

Vous ne dites pas ce soir, Jean-Luc Mélenchon, tout le monde vient, j'entends. Mais je vous ai écouté tout à l'heure à 19h, dans votre prise de parole, c'était sur YouTube. Vous dites clairement qu'il faudrait aujourd'hui, selon vous, régulariser tous les travailleurs sans papier en France. Où pouvez-vous trouver aujourd'hui une majorité ? À l'Assemblée ou dans l'opinion qu'ils seraient favorables à une régularisation massie des travailleurs sans papier en France.

12:19
Jean-Luc Mélenchon

Mais nous ferons campagne pour ça. La question qui doit être posée, c'est est-ce que c'est raisonnable ou pas ? Personne n'est capable de dire combien il y a de gens qui n'ont pas de papier dans ce pays. Mais supposons que je prenne la fourchette la plus haute, la chose qui fait le plus peur. On a dit 700 000 personnes. Eh bien, savez-vous, si par hasard vous arrivez à concentrer toutes les forces de l'ordre pour, comment dire, passer toute la population au tamis, je ne sais pas comment on ferait une chose pareille, vous allez renvoyer 700 000 personnes où vous avez tous à espérer qu'ils aillent tous au même endroit. Combien ça fait d'avions ? Combien ça fait de bateaux ?

Combien ça fait de trains ? Combien ça coûte ? 130 000, 13 000 euros, pardon, par tête de pipe. Ce sont des sommes gigantesques. Donc, personne ne fera jamais repartir les personnes qui sont clandestines en France. Personne n'y arrivera jamais. Et pourquoi le ferait-on ? Qu'est-ce qu'on a à perdre ? Quand je dis les travailleurs sans papier, vous avez entendu mes mots. Ce sont les gens qui travaillent. Ces gens payent des impôts, comme tout le monde, ne serait-ce que la TVA. Ils cotisent par la force des choses, car leurs employeurs, à part ceux qui les prennent au noir, mais ce n'est pas la majorité, cotisent. Tous ces gens cotisent, participent.

S'ils n'étaient pas là, je le dis les yeux dans les yeux à ceux qui m'écoutent, s'ils n'étaient pas là, tout le système de la sécurité sociale s'effondrerait, parce qu'il y aurait un trou dans la caisse. Par conséquent, il faut arrêter de prendre des décisions sans tenir aucun compte de la réalité. Savez-vous qu'à l'heure à laquelle nous parlons, le Canada fait entrer 480 000 personnes par an au Canada, pour remplacer la population qui a vieilli. Ce n'est pas parce qu'il y a de la place qu'il faut entrer 480 000 personnes. En Italie, c'est de même, vous vous rappelez comme moi, des scènes terribles qu'a vécu l'Italie. Et c'est pourtant ce qu'ils sont en train de faire.

Par conséquent, il faut réfléchir sur de toutes autres bases au rapport qu'on a à l'immigration, parce qu'au bout de 30 lois, on n'a toujours rien à régler.

14:13
Invité

Jean-Luc Mélenchon, pendant qu'on parle, il y a ces images en direct à l'Assemblée nationale, il y a du mouvement, puisque le vote doit maintenant avoir lieu dans 5 minutes. Peut-être avez-vous entendu ces toutes dernières informations sur ce que dit Emmanuel Macron. Il dit, je ne veux pas de la loi immigration avec les voix du Rassemblement national. En gros, il veut une majorité sans les voix du RN. Et si ce texte est adopté ce soir avec le Rassemblement national, dit-il, il saisira demain au Conseil des ministres le Conseil constitutionnel. Est-ce que vous saluez cette démarche ?

14:45
Jean-Luc Mélenchon

Mais toute cette politique de gribouille, tout ça est absurde. S'il ne voulait pas des voix du RN, ce qui n'est pas dans ses moyens, n'est-ce pas ? Vous ne pouvez pas empêcher une Assemblée de voter comme elle veut. Mais si il ne voulait pas des voix du RN, il ne fallait pas reprendre son programme. Madame, on m'a cité tout à l'heure dans mon intervention à 19h, j'ai cité, je les ai sous les yeux, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 points. Parmi les plus importants du texte de loi, qui sont directement tirés du programme présidentiel de Mme Le Pen. Ce qu'a M. Macron, c'est qu'il n'accepte pas de perdre. Et il n'accepte pas qu'à des moments dans la vie politique, ben, qu'est-ce que vous voulez ?

Vous avez perdu, vous avez perdu. Et puis, vous vous inclinez devant un vote. Une Assemblée dit qu'elle rejette, et ben elle rejette. On n'essaye pas de faire rentrer un texte par la fenêtre, comme ils viennent de le faire. Et là, maintenant, quoi ? On va rediscuter de tout ça ? Et qu'est-ce qui lui fait penser qu'il y aura un autre résultat au vote des députés que celui qu'il y aurait là ? Tout ça est dans la confusion, la pagaille, et ne correspond à aucun besoin. Car je vous le rappelle, où est le problème ? Il y a une vague tout d'un coup d'immigration, nous sommes submergés. Où est le problème ? Qui nécessite une telle urgence et une telle violence ? Il n'y en a pas.

Pour vous, elle est là, Jean-Luc Mélenchon, la victoire du RN,

15:57
Présentateur

la victoire idéologique dont parle Marine Le Pen, pour vous, elle est là ?

16:00
Jean-Luc Mélenchon

Ah oui ? Ah oui ? Ben écoutez, elle a au moins eu la franchise de le dire. Je sais que c'était pour embarrasser tout le monde. Je la connais depuis assez longtemps. Mais au moins, elle l'a dit. Bien sûr que c'est une victoire idéologique. Comment l'homme qui s'est fait élire en disant vos voix me font devoir en parlant à nous, à ceux qui, au deuxième tour, n'ont pas voté pour Mme Le Pen, et maintenant, le voilà en train de défendre le contenu, le cœur de ce qui fait qu'une personne qui a voté Macron ne peut pas accepter. Parce que, bien sûr, nous avons des divergences et vous en connaissez la profondeur. Il suffit de voir comment il me traite.

Mais nous avons aussi en commun un certain nombre peut-être de choses. En tout cas, nous, on le pensait. Vous savez, je vais vous dire, on a peut-être fait preuve de naïveté. Parce que quand on a voté la motion de rejet, on ne croyait pas que M. Macron reviendrait avec le même texte, aggravé par des prises de position du Rassemblement National. Comment a-t-on pu en arriver à une inversion de la société à ce point ? Je pense que le président, là, il n'est plus tout à fait dans ses pompes.

17:01
Invité

Enfin, c'était l'une des options qui se présentait à lui. C'était soit le retour de la navette, soit la commission mixte paritaire, soit le retrait. Il a choisi la commission mixte paritaire. Admettons-la. Je disais, le vote, c'est...

17:14
Jean-Luc Mélenchon

Non, mais attendez, j'ai dit il y a un instant pourquoi c'était un abus de pouvoir. Mais des fois, ça arrive. Moi, je me rappelle du président Mitterrand retirant la loi sur l'unité du service public de l'éducation parce qu'il y avait des manifestations extrêmement amples. Il a considéré que ça n'avait pas de sens d'essayer de forcer. Et j'aime mieux vous dire que nous, on n'était pas contents. Les gens de gauche, ben, quoi ? On a accepté la situation dans laquelle on était parce qu'il valait mieux ça que de se déchirer comme on va bientôt le faire. Et vous imaginez pour que cette soit s'applique.

Parce que combien se pose la question de savoir comment techniquement on fait pour aller vérifier un par un dorénavant depuis combien de temps vous êtes là ? Est-ce que vous avez droit à tel type d'aide ? À tel type d'autre ? Encore de la paperasse des contrôles, tout ça est fou ! Ça n'est pas raisonnable de faire tout ça. Mieux vaut avancer tranquillement, partir de choses raisonnables et les appliquer. Et convaincre surtout. C'est une démocratie.

18:06
Invité

Si on se projette dans les toutes prochaines minutes, admettons que ce vote qu'il y ait, que ce texte soit adopté à l'Assemblée nationale dans quelques minutes et après quoi ? On est tous d'accord pour dire qu'il y aura un avant et un après projet de loi immigration. Qu'est-ce que vous demandez-vous ? Est-ce que vous demandez un changement de Premier ministre ? Est-ce que vous demandez un remaniement élargi ? Est-ce que vous demandez une dissolution ?

18:31
Jean-Luc Mélenchon

Écoutez, d'abord, on fera, nous, le travail jusqu'au bout parce qu'on utilise tous les moyens mis à la disposition par les institutions. Par exemple, chaque fois qu'elle dépose un 49.3, on dépose une motion de censure. Je trouve incroyable qu'on nous dise vous êtes en train de banaliser la motion de censure. Peut-être bien, mais c'est eux qui sont en train de banaliser le 49.3. Vous connaissez beaucoup de démocratie dans le monde où un texte est considéré comme entièrement adopté sans qu'un seul parlementaire n'ait voté. Simplement parce qu'ils n'ont pas voté la censure. C'est ce qu'on est en train de faire. Maintenant, on en est à la 22e fois. Ça n'existe nul pas ailleurs au monde.

Là, il a dit, Emmanuel Macron, il n'y aura pas de 49.3.

19:10
Invité

Il n'y aura pas de 49.3 en l'occurrence, là, en cas de blocage à l'Assemblée nationale.

19:16
Jean-Luc Mélenchon

Oui, mais il ne peut pas de toute façon. Alors, il nous fait un cadeau qu'il ne peut pas... C'est pour ça qu'il va faire revenir le texte parce que s'il fait revenir le texte en janvier, il sera dans une nouvelle session parlementaire et il aura à nouveau son droit de tirage de 1.49.3 pendant la session. C'est de la technique parlementaire mais en ce moment, on parle beaucoup de technique parlementaire. Nous, déjà, ce qu'on va faire, c'est un recours devant le Conseil constitutionnel. Enfin, madame, vous avez entendu, comme moi, monsieur Darmanin dire à la tribune du Sénat qu'il savait qu'il y avait des articles qui sont anti-constitutionnels.

Donc, en ce moment, l'Assemblée nationale s'apprête à adopter à la demande du Premier ministre un texte dont ils savent eux-mêmes qu'une partie va être censurée. Alors, moi, je pose la question, quelle partie, à son avis, va être censurée ? Est-ce que c'est ce qu'ils ont négocié avec LR ? Autrement dit, ils leur ont proposé un pacte bidon. Je crois qu'on nage dans l'à peu près n'importe quoi et qu'on a du mal à deviner ce qui va se passer sinon que, vous êtes d'accord, il y a en effet ce qu'on appelle une crise politique. Ça n'est pas à moi de dire comment M. Macron doit la régler dans sa majorité.

Mais il est certain qu'au bout d'un certain temps de blocage, c'est le retour au peuple, la bonne formule. Alors, je ne dis pas qui ça arrange et qui ça n'arrange pas. Mais en attendant, c'est comme ça que ça se passe dans les démocraties. D'habitude, quand on est dans une impasse, on retourne devant les électeurs. Ça se fait dans tous les pays du monde. Je ne vois pas où serait l'exception française qui ferait qu'on n'aurait pas besoin de revenir au peuple.

20:42
Présentateur

Précisément, Jean-Luc Mélenchon, dans cette optique-là, on sait que, beaucoup à gauche, en dehors de la France insoumise, et certains même dans la France insoumise, vous ont accusé d'avoir abîmé la NUPES, d'avoir abîmé l'union que vous aviez réussi à faire. Est-ce que vous considérez que ce soir, vu la tournure que prennent les débats et les événements à l'Assemblée, vu ce texte de loi, l'heure est suffisamment grave pour mettre tout ça de côté et revenir à une union plus solide de la NUPES. Est-ce que c'est ce que vous appelez ?

21:05
Jean-Luc Mélenchon

Alors, attendez. D'abord, je ne peux que démentir ce que vous venez de dire. Je n'ai rien abîmé du tout. Ce n'est pas moi qui ai décidé de quitter la NUPES. C'est le Parti communiste. Ce n'est pas moi qui ai décidé de mettre un moratoire. C'est le Parti socialiste. Ce n'est pas moi qui ai décidé de suspendre les travaux en commun. C'est Europe Écologie Les Verts. Et à l'heure à laquelle vous me parlez, je ne sais toujours pas pourquoi. C'est-à-dire qu'à aucun moment il n'a été dit autre chose que le style, le ton, etc. Mais chacun a sa manière. Quand j'ai proposé qu'on fasse un groupe unique, on m'a dit non.

Bah, si on ne fait pas un groupe unique, chacun fait comme il le sent et a sa manière d'être. Moi, je n'impose pas aux autres leur manière d'être. Alors maintenant, ce qui est certain, j'ai entendu l'appel de Manuel Bompard, notre coordinateur national, qui lui dit il faut séance tenante que tous les partis de la NUPES se voient parce que cette fois-ci, c'est très grave. Quand on pense que les macronistes ont franchi le Rubicon, qu'est-ce que ça veut dire concrètement ? Bah, que vous avez le bloc des droites est en train de se constituer qui aurait une caractéristique, son centre de gravité plutôt vers l'extrême droite et d'autre part, un dénominateur commun à bas et les filles.

Alors avec ça, bon, roule-bouboule, c'est ça qu'ils comptent faire. Mais en effet, je pense que j'entends ce que dit Bompard et je lui donne raison, il faut se réunir d'urgence et moi je dis qu'on peut laisser tout de côté, on peut faire un bilan et on peut repartir sur des bonnes bases. Mais je crois que non, ce n'est pas ce que veulent faire les autres et en particulier pour les élections européennes. Si nous avons une liste commune, nous rivalisons avec le Front National et les macronistes. Si nous n'en avons pas, nous ne rivalisons pas, vous le savez aussi bien que moi.

22:41
Présentateur

Les prises de parole, Jean-Luc Mélenchon, sont en train de commencer à l'Assemblée avant le vote. On attend notamment Gérald Darmanin. Une question encore avant Gérald Darmanin. Reste avec nous encore. Le ministre de l'Intérieur n'est pas encore arrivé. On voulait vous garder encore quelques instants, quelques minutes, Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que vous dites ce soir, encore une fois, le vote va commencer d'un instant à l'autre et on va le suivre en direct sur BFM TV, les prises de parole avant. Est-ce que vous dites ce soir, 21h33, il y a encore un espoir que ce texte ne passe pas ? Oui.

23:11
Jean-Luc Mélenchon

Oui. Oui, il y a un espoir parce que vous avez beau penser que tout ça est très théâtral, mais nous sommes nombreux sur tous les bancs à avoir, en quelque sorte, la passion de la France. Et il y a des moments où on se retrouve sur certains sujets pour des raisons des fois très diverses. Pour moi, ça va être par philosophie. Pour mes collègues du Modem qui sont démocrates chrétiens, c'est parce que leur vision, leur inspiration chrétienne fait qu'ils ne peuvent pas accepter d'organiser une maltraitance d'État à l'égard des personnes qui arrivent dans notre pays ou des maltraitances d'enfants à cause de lois de cette nature. Et je pourrais en dire pour beaucoup d'autres.

Je vois des gens qui sont en désaccord absolu avec moi comme M. Gilles Le Gendre, l'ancien président du groupe macroniste à l'Assemblée, a annoncé qu'ils ne voteraient pas cette loi. Ça montre bien qu'il y a aussi un socle commun d'attachement à une certaine forme républicaine de l'État qui nous relie entre nous. Heureusement, non ? Pas la guerre civile dans ce pays, quand même.

24:14
Invité

Même si, quand même, ça risque d'être un petit peu compliqué. On l'entend, vous restez optimiste, mais si le Rassemblement National vote la loi... C'est mon devoir. Voilà. Si les Républicains votent la loi, vous comptez sur qui ? Vous comptez finalement sur les députés de la majorité qui diraient non comme Sacha Houllier, comme Gilles Le Gendre, c'est ça ?

24:33
Jean-Luc Mélenchon

Oui. Oui. Et d'abord, ce n'est pas une majorité, si bien pourquoi je peux y croire. Parce qu'ils sont une minorité la plus importante de l'Assemblée Nationale, mais en trois groupes. Le Modem, c'est 50 voix. Et pardon de vous dire que si le Modem décide ce soir de ne pas voter cette loi, c'est un problème politique. qui va bien au-delà des 50 membres de ce groupe. Et je pense que la majorité de M. Macron, interne, je veux dire, entre eux, la majorité n'est pas si stable qu'il puisse se passer de 50 personnes qui constituent un groupe entier.

Quand on voit que le groupe Lyot, qui bien sûr n'est pas membre de la famille présidentielle, va aussi voter contre, ne laissons pas croire qu'il y aurait un raz-de-marée en faveur des idées de Mme Le Pen, y compris dans l'Assemblée Nationale. Parce que ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai. Et puis, si on ne s'accroche pas à ça, eh bien alors, à quoi bon lutter, à quoi bon argumenter ? Moi, j'argumenterai tant que je peux et mes camarades le font. Vous savez en ce moment ce qu'ils font ? On appelle ça du bouton de veste, nous. C'est-à-dire qu'ils sont dans les couloirs, dans les bancs, essayer de convaincre l'un, convaincre l'autre, et pas évidemment des idées de la France insoumise.

Ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est surtout, ne votez pas ça, on va avoir l'air de quoi devant le monde entier dès demain matin.

25:47
Présentateur

Merci beaucoup. Merci Jean-Luc Mélenchon d'avoir été avec nous ce soir en direct pour cette soirée spéciale. Merci d'avoir été en duplex avec nous. Merci.